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Les Cahiers de l'Égaré

Articles récents

L'Origine du Monde/Serge Rezvani

26 Avril 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

L'Origine du Monde/Serge Rezvani

Pour une ultime histoire de l'art

à propos du « cas Bergamme »

Babel 2002

 

Roman étourdissant et éblouissant sur la fin de l'art, de l'Art, sur l'histoire de l'art et du marché de l'art, sur le milieu des conservateurs, restaurateurs, commissaires, journalistes et fous d'art.

Étourdissant par ce qui se dit : les arguments des uns et des autres sont percutants et solides.

Éblouissant par les œuvres évoquées ou certaines révélations sur Rembrandt, Vinci, Picasso ...

Il s'agit des confessions de Bergamme, un fou d'art, voleur de génie qui a subtilisé un certain nombre d'oeuvres célèbres pour les poursuivre, les inachever comme il dit et qui ayant compris le travail destructeur du conservateur du Grand Musée tente de voler L'Origine du Monde de Courbet et se retrouve au cœur de la machinerie muséale. De curieux accidents, crimes, suicides se succèdent jusqu'à l'embrasement final du Grand Musée. Un éthologue de la névrose muséeuse de Bergamme, condamné à vie, obtient ces confessions d'une oralité (écrite) virtuose en ce sens que Bergamme n'est jamais seul à parler mais mêle ses interlocuteurs dans son récit.

Entre les multiples réflexions sur l'art, des récits plutôt désopilants sont le fait de différents protagonistes comme Quevedo, racontant les exploits de son chien, M. Bull, couvrant la chienne papillon ou comme Le Crapaud, faisant des expériences sur les rats-taupes-glabres. Art et science, art et technique ne sortent pas grandis de ce roman.

Le Grand Musée sensé mettre en valeur pour le plus grand nombre, le patrimoine pictural de l'humanité, n'est en réalité qu'un cimetière où dans les combles, les « plombs », pourrissent, fermentent les œuvres impossibles à conserver, restaurées par des générations de restaurateurs à tel point que plus aucune œuvre n'est originale, que toutes sont des œuvres de seconde et troisième et nième main. Cette situation, gardée secrète, n'est plus tenable. Il faut en finir avec l'unicité de l'oeuvre donc avec son caractère périssable, il faut la rendre éternelle par duplication, c'est le rôle de la machine à répliquer qui pourra reproduire l'originale à l'infini mais en l'absorbant, en l'avalant, en la détruisant.

Dans ces « plombs », les personnels du Grand Musée se retrouvent pour des parties de jambes en l'air dont ils comprennent l'origine, L'Origine du Monde. Au milieu de toutes ces œuvres, consacrées au mystère du féminin, à ce quoi toujours caché sous les jupes des femmes et objet de tous les désirs masculins, les personnels sont envahis par une sensualité exacerbant leur sexualité comme celle des rats-taupes-glabres. Les conversations accompagnant ces séances sont profondes et comiques, jubilatoires avec des perspectives ouvertes vertigineuses sur par exemple, la vraie recherche de l'homme, pas le quoide la femme, mais devenir le quoi, devenir femme, avec de nombreuses réflexions aussi dont celle-ci : en peignant d'après photographie le quoi d'une femme, en transgressant le tabou qui faisait du quoi, un lieu sacré, en ramenant la femme à n'être qu'une partie de son corps, en découpant donc l'être mystérieux, Courbet aurait été l'Iconoclaste, il aurait annoncé, préparé les équarrissages de masses et l'émergence des anartistes du n'importe quoi, le conservateur en chef du Grand Musée, un Allemand, multipliant les exemples de n'importe quoi où paradoxe, les anartistes ne revendiquent pas d'être dans la filiation des Anciens mais prétendent au contraire que c'est à partir d'eux que s'éclaire rétroactivement l'histoire de l'art.

Bref, on comprend le sous-titre : Pour une ultime histoire de l'art. À la fin de ce roman, beaucoup d'illusions sont tombées. On ne fréquentera plus les Grands Musées. On ne croira plus à la conservation patrimoniale. On ne croira plus à l'unicité de l'oeuvre. On sera redevenu humain, acceptant la précarité des œuvres, leur éphémère beauté, leur disparition prochaine ; on saura qu'on regarde un faux, prétendu vrai, original. Ce roman est donc une entreprise salutaire de démystification avec les moyens du roman à clefs et à suspense. Le dernier collectionneur de L'Origine du Monden'est pas nommé. Il n'a jamais montré ce tableau, caché derrière un rideau rouge. Il suffit que ce tableau soit su, disait-il, pas vu.

 

Jean-Claude Grosse,

le 23 avril 2012, anniversaire de la mort de Shakespeare et de Cervantes, le 23 avril 1616.

 


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Déluge/Henri Bauchau

22 Avril 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Déluge / Henri Bauchau

Babel 2011

 

Le-deluge--par-Michel-Ange.JPGle déluge par Michel-Ange

 

Henri Bauchau fait partie des écrivains que j’aime lire. Il se lit bien, ses mots sont simples, ses métaphores également, mais tout cela est nourri d’une grande écoute de la complexité humaine, des oscillations entre contraires qui font qu’on vit, qu’il y a de la souffrance puis du bonheur, de la création et de la destruction, de l’eau jusqu’au déluge et du feu ou l’inverse. Les histoires d’Henri Bauchau embrassent le temps et l’espace, les mythes d’hier et les légendes d’aujourd’hui.

Dans Déluge, l’histoire nous est racontée par Florence qui atteinte d’une maladie lui laissant peu de répit se retrouve à accompagner un peintre fou. Cet être extravagant se prend d’amour pour Florence, la met au dessin et à la peinture et la guérit de sa maladie. Ensemble et avec d’autres dont Simon, ils entreprennent sous la direction non directive de Florian, le peintre fou, pyromane, dont la vie occupe un chapitre, une œuvre inspirée du déluge. Cette œuvre monumentale leur demande des années, elle provoque des crises, des départs, des retours, des réconciliations, elle fait éclore un amour entre Florence et Simon, à partir de l’Ève peinte par Florian. Ce qui est raconté d’une façon épique, c’est le combat pour réaliser cette œuvre, au péril de leurs vies, il s’agit d’un corps à corps entre les visions, les histoires qu’ils se lisent et leur incarnation sur la toile, dans la toile car tout se passe comme si la toile, lieu de la représentation, de l’image était le lieu de la réalité, de la présence. Pas de distance quasiment entre la vie et l’art, l’art c’est la vie. En réalisant avec d’autres cette œuvre nommée L’œuvre infinie, Florian le peintre qui aimait créer puis détruire ses œuvres par le feu trouve enfin son équilibre, son point d’équilibre entre eau et feu. En brûlant légèrement son Ève, il la transforme en Florence qu’il offre à Simon. « Je survis, je vis, je vais vivre, c’est ce qu Florian montre … Simon est là … en moi qui peux le faire prendre feu à n’importe quel instant comme sans le savoir, et tout tremblant, il peut aussi me mettre en flammes … ce n’est pas ce qu’a peint Florian. Là, entourée d’arbres, je suis souveraine et mérite attente et patience. Simon le sent, il s’écarte, moi aussi. Nous descendons chacun de notre côté, par un escalier différent. Quand nous sommes en bas, Simon s’approche de moi, embrasse ma main, je tremble, il tremble aussi, nous nous séparons.» page 127. Le docteur Hellé, elle-même très malade, qui a suggéré à Florian cette œuvre sur le déluge et qui de loin, s’occupe de Florian qu’elle a confié avec une sûre intuition à Florence, peut voir l’œuvre achevée avant de s’en aller, confiant à Jerry le soin de fermer les yeux de Florian, le moment étant venu qui ne sera pas loin. Jerry a fait promesse à Florian d’achever l’œuvre en composant en musique, plus tard quand il sera grand, l’arc-en-ciel d’après le déluge. 

J’ai trouvé pas mal de similitudes entre les propos sur la peinture de Rezvani et ceux de Bauchau, avec la même fureur créatrice et destructrice mais avec des moments d’apaisement chez Bauchau. Maintenant j’entreprends la lecture de L’Origine du monde. Pour une ultime histoire de l’art, à propos du « cas Bergamme » de Rezvani. Une lecture dans la même veine. Je suis sûr que Pof aurait aimé ces livres.

 

Jean-Claude Grosse, le 22 avril 2012

 

deluge-4.pngla compassion de l'arche

 


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Isola Piccola/Serge Rezvani

21 Avril 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Isola Piccola/Serge Rezvani

chez Actes-Sud Papiers, 1994

 

Voilà une pièce qui m'a attiré par ce que dit le Collectionneur en 4° de couverture

« Mais savez-vous que c'est par une infinie répulsion que se tient en place l'univers ? En mathématique comme en chimie ou en physique l'élément d'affinité répulsive sert en quelque sorte de liant. Les affinités répulsives fondent la chimie, la biochimie, la physique nucléaire... et aussi le sexe ! L'univers ne tient ensemble que par le jeu des affinités répulsives. Nous-mêmes ne sommes que des charges électriques dont les phases ne cessent de s'inverser. Cette électricité déphasée, ces pertes et ces retours de tension font de l'univers une curiosité. Sans la folie des flux électriques répulsifs, l'univers ne serait pas cette curiosité qui maintient nos propres flux électriques en éveil. Nous crèverions d'ennui si nous n'étions non seulement plongés dans le chaos mais nous-mêmes chaos. Aucun de nous n'éprouve envers l'Autre ce qu'on nomme naïvement du sentiment... ou si vous préférez une affinité stable. », il dit cela à la Romancière, page 29.

L'histoire, compliquée : la Romancière de la génération perdue a été brisée en pleine gloire par le coup de revolver d'un garagiste admirateur ; paralysée, elle a pour soutien, le Poète. S'aiment-ils vraiment ? Le poison du doute travaille la Romancière paralysée, dépendante de cet homme beau comme un Ange et dont le Collectionneur est amoureux comme la Magicienne est amoureuse de la Romancière gainée comme une sirène. Le collectionneur se propose avec la magicienne de détruire cette relation, d'avoir pour lui, le poète, la magicienne voulant la romancière, d'où l'invitation sur la petite île du collectionneur où viennent d'arriver, invités, un peintre détraqué mais génial, fou quoi, arrivé de Hongrie avec une jeune femme qui s'occupe de lui comme le poète s'occupe par amour de la romancière. Le peintre est sujet à des crises et détruit au couteau une partie des œuvres rassemblées par le collectionneur qui trouve son compte dans ces actes : « Qu'il tue ! Qu'il égorge l'art ! Qu'il fasse saigner ! Saigne, Peintre, saigne-moi ça ! La science qui commande tes gestes fait que l'art se tient sur cette crête ardente du oui et du non, de la foi et de sa négation, de l'édification et de la sublime destruction. » page 34.

L'acmé se met en place avec la proposition de l'intermédiaire de vendre une esquisse du Sacrifice d'Isaac par Tintoretto. Le collectionneur va jusqu'à prendre la place d'Abraham dans l'oeuvre du peintre, couteau à la main, autre main sur la gorge d'un enfant albinos, acheté pour rien et jusqu'à demander à l'Ange de le retenir avec deux doigts sur son bras. Final à votre convenance.

 

10isaac.jpgLe Sacrifice d'Isaac par Tintoretto


C'est une pièce métaphysique par les perspectives ouvertes, sur le mal à l'oeuvre, le silence de Dieu … sur la création, l'art, la destruction, l'amour : « tu ne l'as jamais aimé. Tu t'es aimée à travers lui … Et lui s'est aimé en croyant que tu l'aimais pour lui quand tu l'aimais par ce que tu croyais être son amour de toi. » page 82.

Elle utilise des personnages peu approfondis psychologiquement de façon à ce que ce qui se dit et se passe ouvre sur des perspectives inhumaines si je puis dire. On ne s'étonnera pas de la présence d'une magicienne sans pouvoir autre que celui de manipulation. On ne s'étonnera pas de la mégalomanie et de la perversité du collectionneur, de la paranoïa du peintre, tout cela pour exacerber, porter aux extrêmes. On est chez des très riches mais cela importe peu parce que que ce qui est mis en avant, c'est le pouvoir permis avec l'argent, celui de tuer et non de sauver. Rien ne peut s'opposer aux desseins du collectionneur.

 

PS : hasard des lectures, je suis en train de terminer Déluge de Henri Bauchau, roman de Florian, un peintre détraqué qui peint le Déluge pour peut-être le brûler … (note pour bientôt)

 

Jean-Claude Grosse, le 20 avril 2012

 

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La Traversée des Monts Noirs/Serge Rezvani

16 Avril 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

 La Traversée des Monts Noirs

supplément au Rêve de d'Alembert

de Serge Rezvani

(Belles Lettres 2012)

 

voilà un roman d'une densité telle qu'il faut une grande attention et concentration pour ne pas s'égarer, lu dans l’édition de 1992 chez Stock, disponible en 2012 aux Belles Lettres

un roman dialogué ou plutôt monologué par des personnages divers qui parfois se coupent, se contredisent, s'affrontent, se comprennent, partagent mais l'essentiel est ce qu'ils assènent à coups d'arguments affutés sur des sujets divers qui leur tiennent à coeur ou sur leurs sentiments, leurs relations ; rien de superficiel dans ces échanges et ces confidences ; on admet sans méfiance particulière malgré les mises en garde sur un tel ou un tel qu’il s’agit d’une mise à nu sincère des différents protagonistes d’une histoire d’amours sur fond d’une histoire de dominations et de migrations ; on est amené à les croire même si les versions sont multiples, les subjectivités étant en jeu

ces monologues-dialogues ont pour témoin un Français qui ne dit pas un mot de tout le roman mais nous décrit en didascalies les péripéties, déplacements, arrêts, les lieux, les moments ; lui se déplace assez peu, le train, le planétarium ; les confidents ne cessent d'être en différents points du globe (en monologues) mais principalement Pologne, Russie, Israël ; ces confidents l'ont adopté pour la raison qu'ils croient qu'il ne comprend pas le russe ; ils parlent devant lui, le prenant à témoin (donc nous, lecteurs), lui parlant parfois en français, parfois en anglais, ne lui demandant jamais son avis ; cette avalanche de discours en 3 langues est paradoxalement écrite dans une seule langue, la française ce qui rend d'autant plus savoureux les remarques de nature linguistique sur le russe mais aussi le français : noirs = rions ou autre palyndrome : roc cornu pour parler des Monts Noirs

les personnages sont essentiellement des scientifiques, la majorité d'origine juive ; il y a une femme, la dernière juive polonaise, fauvette, hantée par le cimetière de ses ancêtres de la « juiverie » impossible à retrouver sauf peut-être sous un roncier qu’elle fait brûler pour ramener les cendres en Israël, l'homme des fauvettes dit le professeur, Sterne, le dernier descendant polonais des comtes pendeurs qui ont parqué si longtemps en bas de leur château la « juiverie », un jeune mathématicien, Math, un vieil entomologiste, un neuro-ornithologue et un arpenteur sans arpents, sans doute palestinien ; n'apparaît jamais mais est évoqué, un enquêteur des lointains districts qui enquête sur des crimes très archaïques

ces scientifiques sont des virtuoses de la logique et quand on dit d'une logique qu'elle est diabolique, on en a l'illustration à longueur de pages avec une insistance à donner le tournis car chacun insiste, reprend, ressasse ; sont-ils pris au piège de la raison, du raisonnement ? sont-ils pris au piège de l'expérimentation aussi ? Car fauvette, le professeur, l'entomologiste, Math, Sterne, le neurologue dit le docteur sont des expérimentateurs et observateurs d'espèces de toutes sortes, oiseaux, insectes, mais aussi de leurs comportements pris dans l’engrenage de l’histoire perpétuelle de la domination (comment se comporte un dominant ? comment se comporte une dominée ? qu’en est-il du dominé quand il se transforme en dominant ?)

je suis incapable de dire si ce qui est raconté sur le plan scientifique (et qui est sidérant souvent) repose sur la réalité ou si l'auteur nous mène en bateau ; en tout cas, pour moi, cet univers de scientifiques est un univers de malades, ils ont la maladie des symposiums où tout est vide avec sérieux, ils ont la maladie de savoir et cela les rend extrêmement manipulateurs, tortionnaires justifiés aussi ; les scientifiques ne sortent pas grandis de ce roman (à part l’étonnement qu’on peut avoir devant leurs découvertes) d'autant que les échappées métaphysiques déduites de ces expérimentations se ramènent à peu de choses ; tout est dans l'inné, mécaniquement reproduit d'où l'immobilité sous l'apparence du mouvement, ça revient toujours, ça revient toujours au même, palingénésie

ce roman, sans doute bien documenté scientifiquement, date de 1992 ; 20 ans, cela suffit à le rendre en partie obsolète de ce point de vue ; les découvertes des dernières années en cosmologie mettent à mal la stabilité et même le chaos n'est plus le meilleur moyen de rendre compte de ce qui se passe et qui est dans ce que l'on pourrait appeler la créativité de la Nature pour un métaphysicien et les étonnants pouvoirs du vide quantique pour un cosmologiste ; les univers naissent du vide quantique, se déploient, vieillissent, meurent, redeviennent vide quantique pendant qu'ailleurs de nouveaux univers surgissent ; les considérations sur la matière noire ne sont plus aussi pertinents ; avec la métaphysique naturaliste de Marcel Conche, on aurait un roman moins noir ; la nature des Monts Noirs est chaotique, effrayante, elle est métaphorisée comme les autres lieux, la Pologne du dégel, de la boue, le désert israélien ; cette nature hostile, à traverser, où séjourner, est propice aux désirs d’envol, de départ des oiseaux migrateurs comme des éternels migrants, sans arpents, propice aussi aux nostalgies de retour des mêmes oiseaux, des mêmes migrants ; les scientifiques, fauvette en tête, agissent sur l’inné des oiseaux avec leur planétarium au ciel mobile faisant croire aux fauvettes qu’elles ont voyagé jusqu’en Israël et voici qu’une fauvette pond dans les Monts Noirs croyant être en Israël ; la duperie a fonctionné, la simulation du voyage immobile puisque seul le dôme a tourné ; que peut-on prouver ainsi ? que veut-on prouver ainsi ? à moins qu’il ne s’agisse d’humour avec de gros moyens financiers tout de même (noirs = rions); à moins qu'il ne s'agisse d'appliquer ces déductions d'observations aux hommes  aussi ?

là où ce roman apporte beaucoup c'est sur la relation dominant-dominé, sur la dangerosité ou non de la symétrie (rendre à l'autre ce qu'il nous donne, lui reprendre ce qu'il s'est indûment approprié) ; les pages sur le crime de Sterne, écrasant un enfant palestinien de l’intifada avec ses pierres et son cocktail molotov, crime transformé en accident par Israël, crime insupportable pour fauvette qui était dans la voiture au moment des faits … montrent la complexité de la situation en Palestine avec les jeunes en guerre (sous chaque pierre, un couteau), en Israël avec les anciens comme l’entomologiste, venus de nulle part, les sans arpents de toujours et les jeunes comme Math, nés là, faisant des palestiniens les nouveaux sans arpents

évidemment, fauvette, la dernière juive de Pologne, travaillant dans les Monts Noirs, traquée avec son consentement par le dernier comte pendeur est le nœud du roman ; quatre hommes comme pour les fauvettes, quatre mâles pour une femelle, quatre hommes donc tournent autour d'elle qui va de l'un à l'autre sauf le professeur, pour finalement préférer le frère déclaré de l'enfant tué ; le roman se termine sans doute sur la mort de Sterne, tué par l'arpenteur, qui avait annoncé à Sterne que ça finirait par son assassinat, symétrie !

tout ce qui concerne ce crime de l’enfant et d’autres crimes similaires (celui d’un enfant juif poignardé par un enfant palestinien lequel est immédiatement lynché par les israéliens), avec références à l’actualité (propos d’un premier ministre nommant « animaux bipèdes » les enragés palestiniens, propos d’un Nobel de la paix israélien, propos de Leibowitz), révèle l’implication de Rezvani qui à travers les points de vue de ses personnages et leurs attitudes (fauvette va jusqu’au village de l’enfant écrasé au prix de sa vie) semble ne pas croire à une solution de paix possible. 20 ans après, ce qu'écrit Rezvani n'est pas obsolète. On en est au même point, pire peut-être, effets ravageurs de la symétrie ! Ce pessimisme (cette lucidité) me semble en lien avec la métaphysique sous-jacente aux développements scientifiques comme à la fin, celui consacré aux affinités répulsives, qu’on retrouve dans Isola Piccola :

« Mais savez-vous que c'est par une infinie répulsion que se tient en place l'univers ? En mathématique comme en chimie ou en physique l'élément d'affinité répulsive sert en quelque sorte de liant. Les affinités répulsives fondent la chimie, la biochimie, la physique nucléaire... et aussi le sexe ! L'univers ne tient ensemble que par le jeu des affinités répulsives. Nous-mêmes ne sommes que des charges électriques dont les phases ne cessent de s'inverser. Cette électricité déphasée, ces pertes et ces retours de tension font de l'univers une curiosité. Sans la folie des flux électriques répulsifs, l'univers ne serait pas cette curiosité qui maintient nos propres flux électriques en éveil. Nous crèverions d'ennui si nous n'étions non seulement plongés dans le chaos mais nous-mêmes chaos. Aucun de nous n'éprouve envers l'Autre ce qu'on nomme naïvement du sentiment... ou si vous préférez une affinité stable. » Isola Piccola

Évidemment, cette dernière affirmation est contredite par les 50 ans d'amour de Rezvani pour Lula et réciproquement et par l'Ultime amour.

 

Jean-Claude Grosse, le 16 avril 2012

 

 

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Ultime amour/Serge Rezvani

11 Avril 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

ULTIME AMOUR de Serge REZVANI

Les Belles Lettres, janvier 2012

 

Les Belles Lettres sont devenues l'éditeur du survivant renaissant Serge Rezvani, rescapé par réenchantement avec Marie-Merveille de la fin de vie terrible de son épousée de chaque jour pendant 50 ans, Danièle-Lula.

Ultime amour raconte certains aspects de cette histoire (l'essentiel est dans L'Éclipse). J'ai noté trois registres dans ce récit, avec ses retours, ses temporalités différentes :

  • ce qui concerne Danièle, ses soignantes, avec des portraits au vitriol ; deux types de rapports entre les aides et l'absente (la laisser à ses renoncements, la prendre en mains, la soumettre, la conditionner, l'humaniser, la réhumaniser par l'humiliation ; Rezvani est dans une position paradoxale, n'aimant aucune des deux attitudes, renonçant à faire face, impuissant à faire face tant à Danièle qu'à ses aides, favorisant ainsi son dépouillement par des prédateurs de plus en plus voraces) ; cette histoire est mortelle pour les amitiés qui se révèlent inconsistantes devant ce qui arrive à Danièle, ce qui pèse sur Rezvani et l'écrase

  • ce qui concerne la renaissance à travers l'ultime amour, la rencontre de Marie-Merveille, peinte, chantée, mise en mots ; femme d'exception proposant le mariage à Rezvani qui l'accepte et c'est elle qui va en finir avec les prédateurs, prenant en mains le sauvetage de ce qui peut encore l'être ; c'est très beau, le lien étant assuré entre les deux femmes par ce que Danièle avait souhaité pour Serge, une autre femme ; elle l'offrait en quelque sorte à la renaissance par l'amour et de l'amour ; l'enfermement dans le souvenir embelli ou beau n'était plus possible ; fallait seulement que vienne le beau jour, le hasard de la rencontre à moins que ce ne fut écrit ; il arriva plus vite qu'attendu ou non au grand dam de tout un entourage intéressé

  • des réflexions générales sur des sujets comme toujours d'envergure chez Rezvani, des ? sur le signe ∞, par exemple l'homme, femme inachevée, la femme avenir de l'homme, phrase dans le Platonov de Tchekhov, appropriée par Aragon, chantée par Ferrat ; ou par exemple sur ce qu'est peindre, sur peindre et écrire, sur le vide du virtuel internautique, sur les idéologies ; Rezvani est un homme de refus, un homme d'intermittences (il arrête la chanson pendant 20 ans, idem pour la peinture, veut brûler et Danièle sauve 16 Repentirs) et de reprises (il est revenu à la chanson, à la peinture et à l'écriture en même temps, signe de sa bonne santé) : il donne le meilleur de lui dans la beauté et la cruauté. Ah ! la gamine obèse, suceuse de pouce, la Luciefer et son Jojo la ferraille, les deux riches parisiennes, le psycho-rigide de l'édition, l'avocate salement intéressée … et la merveilleuse Marie-Merveille ; sur internet, les éditions Belles Lettres ont mis en partage 12 à 13 minutes avec Rezvani chantant ses deux dernières chansons et Marie-Merveille lisant les 1° pages de La Traversée des Monts noirs ; à apprécier sans modération

 

Les Belles Lettres ont réédité aussi le roman que Rezvani considère comme son plus grand roman : La Traversée des Monts Noirs. Il nous l'avait offert le 2 août 2001 lors d'une visite à La Béate. J'avais lu déjà pas mal d'oeuvres de Rezvani (Les années-lumière, Lea années-Lula, Le testament amoureux, L'anti-portrait ovale, Feu, des pièces) et écouté des chansons par lui-même ou Mona Heftre et puis je m'étais arrêté en chemin jusqu'à ce que je le redécouvre à travers la disparition récente de Pierre Chabert, metteur en scène qui m'avait mis en relation avec lui. Je viens d'écrire à Rezvani une longue lettre manuscrite adressée à la maison mythique. Espérons qu'elle arrivera à bon port, au sud du sud.

 

Jean-Claude Grosse, le 11 avril 2012

 

 


 

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Baïkal's Bocal

25 Janvier 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Le livre du bocal agité d'août 2010 au Baïkal

vient de paraître aux Cahiers de l'Égaré

 

 

BAIKAL BOCAL-couverture

 

264 pages

textes français et russes

thème dominant: l'eau, une goutte d'eau et le Baïkal

format 16, 5 X 24

tirage limité

avis donc aux amateurs

PVP: 35 euros, frais de port compris à l'ordre

Les Cahiers de l'Égaré

669 route du Colombier

83200 Le Revest

 

 

TABLE DES MATIÈRES


ENVIES DE BAÏKAL

5 - compte-rendu avec 68 photos

ENVIES DE MÉDITERRANÉE                              

41

Voldemar Bartachevitch (sans titre)                                   

45

Artiom Baskakov La voix de l'eau                                              

57

Dasha Baskakova La goutte                                             

65

Gilles Bouvet Pourquoi Russie                                                    

79

Bérénice Desnots Baïkaleau                                             

83

Gilles Desnots  Riviera Baïkal                                                 

95

Tatyana Grigoryeva 

Un nuage au dessus du Baïkal                                        

111

Gilles Desnots  Baïkal 2010                                                

123

Lisa Gorenko  Baïkala Poème                                                  

137

Jean-Claude Grosse Baïkal Bordure                                         

145

Baïkala  Reçois le Baïkal                                                          

153

Gilles Desnots  Les vagues du Baïkal                                                

165

Dasha Kosacheva  Le lac dans un puits                                            

179

Elizaveta Kosacheva 

La vraie histoire d'Angara                                        

187

Roger Lombardot  

Baïkal-Méditerranée Premier arrêt Avignon                                          

195

Philippe Rousseau 

Mes pas captent le vent                                            

199

Ilya Popkov  Conversation avec le Baïkal                                                     

213

Alexandre Tarmakhanov

Dans la chambre                                   

221

Sacha Volkov Baïkal pour trois                                                   

229

Jean-Claude Grosse  Baïkal Amor                                         

241

 

 

Il s’agit dans ce projet de confronter deux approches d’un même espace, d’un même territoire, par ceux qui y vivent depuis toujours, par ceux qui le découvrent pour la première fois. La distance, la différence de langues, de cultures, autant d’éléments à prendre en compte par les uns et les autres pour une production commune nourrie de ces différences.

Baïkal en 2010 avec des auteurs français et russes, des comédiens et metteurs en scène des deux pays pendant 16 jours au bord du Baïkal, du 28 juillet au 18 août 2010.

La pluralité culturelle a donné lieu à la production de textes aux registres très différents, fantastiques et psychologiques pour les Russes, politiques pour les Français.

 

Méditerranée en 2011 avec des auteurs français et russes, des comédiens et metteurs en scène des deux pays pendant 16 jours en septembre 2011 au bord de la Méditerranée.

Ce bocal retour a été annulé suite au refus de la municipalité d'Hyères de soutenir ce projet retour.

 

vidéos du bocal agité

 

 

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La liberté/Marcel Conche

27 Novembre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

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François Carrassan / Note de lecture / La liberté de Marcel Conche, Encre Marine/Les Belles Lettres, 2011. (Les chiffres entre parenthèses renvoient aux pages du livre).

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La liberté du philosophe

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Quand on demandait à Eric Weil - mon maître en sagesse, écrit Marcel Conche (39) - si la philosophie était nécessaire, il répondait, étonné, que rien en ce monde n’est nécessaire, pas plus la philosophie que tout le reste, et que la philosophie devient nécessaire seulement si l’on opte pour elle.

Quand il a opté pour la philosophie, Marcel Conche rappelle ainsi que cette décision inaugurale de consacrer le temps de sa vie à l’étude (11) était une parfaite expression de sa liberté absolue. Elle le demeure. Avec cette précision, déjà soulignée en 1991 dans Vivre et philosopher (Le livre de poche, pp. 202-203), que si je suis libre de philosopher, soit de rechercher la vérité pour elle-même, cette recherche ne saurait se concevoir sans être libre elle-même. Et tel fut donc le choix de Marcel Conche, d’aimer la philosophie, de porter le regard vers ce qui, dans cette vie, compte vraiment, loin de toute occupation besogneuse, utilitaire, servile.

 

Dans La liberté, il nous en dit davantage sur sa liberté qui est fondamentalement solitaire parce qu’elle est une liberté de philosophe et qu’elle demeure réticente à se plier à toute règle commune (15).  Et qu’elle porte en elle une puissance illimitée de dire « non ». Car si Marcel Conche a dit « oui » à la philosophie, il a aussi dit « non » au service militaire (11) manifestement contraire et défavorable au développement de sa pensée. Car, seul à pouvoir décider de qui est bon pour sa vie, sa liberté peut en faire un rebelle.

C’est que le philosophe ne reconnaît d’autre autorité que la raison et que l’exercice de son esprit critique ne se soumet à aucune autre règle que celles de cette étrange faculté par laquelle l’homme connaît, juge et se conduit : la raison, qu’il postule présente en chaque homme, universelle en ce sens, et qui rend seule possible un dialogue contradictoire sur le chemin de la vérité. En ce sens on pourrait aussi dire que la philosophie est le lieu par excellence de l’ouverture au monde (17, 50), et encore le foyer de la liberté.

On verra volontiers dans ce refus de toute autorité extérieure à la raison la condition même de la vie philosophique qui est de penser sans entrave (11) et de façon autonome (15), en ajoutant que cette affirmation d’une raison universellement partagée permet de dire de son exercice critique qu’il est d’essence démocratique. Encore que la pratique politique de la démocratie en paraît si éloignée qu’il vaudrait mieux le dire anarchiste au sens où il n’a ni dieu ni maître. Ce qui laisse entendre que la vérité de la démocratie ne se trouverait véritablement achevée que dans l’anarchie, là où s’étendrait le règne réel de la liberté. Au fond, ne serais-je pas anarchiste ? s’était demandé Marcel Conche dans Vivre et philosopher.

 

Libre d’une liberté infinie dans la Nature infinie (16), tel apparaît l’homme aux yeux du philosophe. Et cette liberté prend corps dans une personne surgie du hasard, inattendue et imprévisible, au sein de mondes changeants. Fidèle au De natura rerum de Lucrèce, Marcel Conche souligne ici le caractère aléatoire (66) de la combinaison fugitive qui donne naissance à chaque figure de l’existence où se révèle le paradoxe d’un être à la fois réel et passager, minuscule et singulier. C’est toute notre liberté, à la fois brève et infinie, telle une option éphémère de la Nature dans son incessant devenir.

 

Mais une ombre vient toucher le tableau de cette liberté infinie au moment où Marcel Conche semble finir de le peindre. Un malheur (53), une tristesse (54). Est-ce à son origine hasardeuse qu’on le doit ? Car il y a la liberté dans la pensée et la liberté dans le monde. Et si je suis infiniment libre d’opter pour la philosophie, que devient ma liberté d’aller et venir si je n’ai pas l’argent du voyage ? Où l’on retrouve la célèbre distinction que Descartes introduisit au fond de l’homme (54), entre un entendement limité, celui d’une créature finie, et une volonté illimitée semblable à celle de Dieu mais dont l’action, quand elle outrepasse notre ignorance, nous ferait tomber dans l’erreur. En droit, dit ainsi Marcel Conche, ma liberté est illimitée : en fait, elle est limitée(60).  Et dans le règne du hasard et du non-sens qu’il affirme (73), le philosophe mesure son impuissance devant l’injustice et la misère du monde, et sa liberté lui paraît soudain vide (71). A quoi bon alors cette liberté quasi divine, si c’est juste pour parler et se payer de mots devant l’injuste ordre des choses (52) ?

 

Mais Marcel Conche avait prévenu : l’envers de ma vocation purement intellectuelle est une volonté d’intervention minimale dans les affaires du monde (in Vivre et philosopher, p. 242). Des affaires qui, pour le dire de façon stoïcienne, ne dépendent pas de nous et face auxquelles notre impuissance vient de notre condition. Aussi le sage préférant la liberté intérieure à toute autre (ibid. p. 238) surmontera-t-il cette apparente contradiction, irritante aussi, quelque regrettable que soit la marche du monde.

Car si vous n’avez pas cette liberté intérieure, insiste-t-il, vous êtes un être du dehors, aliéné aux circonstances ; (…) une sorte de caméléon… (ibid. p. 242).

On mesurera donc ici combien est nécessaire la solitude du philosophe - et d’une nécessité essentiellement philosophique - et à quel point sa liberté est une liberté de sauvage. Sauvage au sens de Littré qu’aime rappeler Marcel Conche : qui se plaît à vivre seul, qui évite la fréquentation du monde.

 

François Carrassan, 22 novembre 2011

 

 

La liberté de Marcel Conche/Note de lecture de Jean-Claude Grosse

Encre Marine 2011

 

Voilà un livre de 100 pages qui en 35 courts chapitres fait le tour d'un thème qui ne fait pas l'unanimité. Il y en a qui croient à la liberté. Il y en a qui n'y croient pas. Il y ceux qui posent la liberté comme constituant chacun, donc originelle et originale. Et ceux pour qui la liberté n'est qu'une succession de libérations.

Peu importe l'unanimité, peu importent les clivages. En philosophie, selon la conception de Marcel Conche, il n'y a pas de preuves, seulement des arguments. Son essai a donc la nervosité de quelqu'un n'ayant pas envie de perdre son temps à convaincre un interlocuteur rétif. Arguments et exemples sont souvent accompagnés de etc, … Une liberté ne peut convaincre une autre liberté que si celle-ci veut bien l'être. La liberté de chacun est infinie mais impuissante dans le rapport à l'autre, limitée dans le rapport au monde, au temps. Libre mais seul. Ou libre parce que seul, unique.

La conception que nous expose Marcel Conche vaut pour lui. Elle est le fruit de sa liberté de penseur et de pensée. Elle fonde et s'appuie sur sa métaphysique naturaliste. Elle le constitue comme homme et philosophe, depuis son enfance. Marcel Conche, homme et penseur libre ou liberté pensante et en acte, est libre par le pouvoir de dire NON, pouvoir infini, illimité. Ce pouvoir originel, constitutif se limite ensuite. Le pouvoir de dire OUI vient après et lui n'est pas infini, il est non pas limité (on retrouverait la conception des déterminations dont on se libère progressivement) mais limitant (le libre Marcel Conche n'est pas limité par toutes sortes de limitations, de déterminations, il se limite lui-même par ses choix). Selon cette conception, l'homme libre, bien que né et vivant dans un monde daté, marqué, plein de significations préexistantes, s'individualise parce qu'ouvert à la vérité et à l'universel, en recherche, se servant de la raison en vue du juste, du vrai, du bien, du bon, du beau. Libre arbitre, acte libre, vie libre dans la durée sous le régime esthétique, éthique, ou poiétique, autant de pistes ouvertes par Marcel Conche, faisant de ce petit livre, un manuel de liberté pour qui le veut bien. Des affirmations fortes comme la bonté de l'homme liée à la bonté de la Nature, le mal étant donc un accident, lié à une inégale répartition des ressources, mettant les hommes en conflit … Avec lui, on n'est pas dans un combat entre nécessité et liberté où la liberté est toujours petite, toujours fragile. Sa vision de la liberté va jusqu'au Tout. Le philosophe crée sa métaphysique, son Réel, son Tout. Cette conception amène Marcel Conche à reprendre son nihilisme ontologique. Chaque chose du Tout n'est qu'apparence, apparence absolue, il n'y a pas d'être, pas de sujet, donc pas de liberté d'un être, pas de liberté d'un sujet. En conséquence, le philosophe « est » une liberté infinie. En un temps où les sentiments dominants sont la peur et l'impuissance, où l'on vit « petit », ce petit livre est un appel à vivre libre car vivre est bon et cela a du sens, un appel à s'engager dans le monde avec le meilleur de soi pour donner le meilleur de soi, pour créer ce que l'on peut de mieux. Désir, raison, volonté sont réveillés ou revivifiés et invités à jouer au jeu de dés car l'aléatoire est au cœur de la liberté.

 

Jean-Claude Grosse, le 8 novembre 2011

 

À peu prés en même temps, j'ai lu Petit traité de vie intérieure de Frédéric Lenoir. Philosophe et journaliste, Frédéric Lenoir sait nous mener en bateau sur le long fleuve tranquille de la vie heureuse et bonne. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les problèmes. L'universel est ramené à l'universalisme des doctrines, croyances, pratiques héritées de millénaires de pensée humaine, de révélations divines. Ce petit traité est un présentoir de super-marché dévolu à la vie intérieure et spirituelle. Éclectique au possible, syncrétique par juxtaposition des citations, des exemples, il donne le tournis en ramenant des doctrines hétérogènes à un corpus de sentences sentencieuses, sensées, censées nous guider. Bref, on en a pour son argent. Notre libre arbitre nous conduira à un libre choix entre une pratique bouddhiste de visualisation et une retraite dans un monastère, entre une méditation de ko-an sur un tapis volant et une prière dans une église romane. Je vais de ce pas pratiquer le yo yo du yin et du yang, me situer dans la perspective de l'amor fati avec une pincée de Coran et un zeste de sermon sur la montagne … J'invite chacun à se concocter son infusion, source de bien-être.

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Il n'y a pas d'autre monde/François Carrassan

9 Novembre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

  Paru le 18 juillet,

présenté le 15 octobre à la librairie Charlemagne à Hyères


Il n'y a pas d'autre monde

 

thème et variations (8)

 

de François Carrassan,

avec des photographies de Bernard Plossu

132 pages, format 13,5 X 20,5, 10 photographies

18 euros

diffusé, distribué par SOLEILS

 

J’ai très tôt éprouvé à l’égard de l’existence en général un sentiment d’insignifiance dont j’ignore s’il correspond à la réalité de ce qui est en dehors de moi. Comme il paraît raisonnable de renoncer à savoir quoi que ce soit de ce côté-là de la chose, je m’en suis accommodé.
J’en ai fait le thème de ce livre. Les huit variations que j’en propose pourront cependant apparaître comme autant de bonnes raisons de lui accorder le bénéfice du doute en observant qu’il pourrait, dans l’état où nous sommes, toucher juste. Et si ce n’est à l’égard de la vérité qui nous échappe, ce serait au moins à l’égard de la vie que nous vivons.
Depuis la couverture, les photos de Plossu ouvrent chaque partie de cet ensemble avec la troublante évidence de leur poésie muette.
F. C.

 

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– TABLE DES MATIÈRES –


Thème – De l’insignifiance .......7

Variation I – Le réveil de l’âme ..........17

Variation II – L’ordre du monde............33

Variation III – La limite du possible ..........49

Variation IV – La lumière du jour ............63

Variation V – L’aporie du fond des choses..........75

Variation VI – La figure de l’impasse ..............89

Variation VII – L’heure de notre mort .........103

Variation VIII – La fin de tout..........115

Bio-Bibliographies ........125 

 

 

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Avec Marcel Conche/coordonné par Yvon Quiniou

8 Novembre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

coordonné par Yvon Quiniou
Avec Marcel Conche


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Hommages personnels : Jean Salem, Gilbert Kirscher
La philosophie, vues d’ensemble : André Comte-Sponville, Philippe Granarolo, Marc Jarry, Jean-Philippe Catonné
La philosophie antique : Catherine Collobert,  Daniel Babut (sur Anaximandre), Olivier Bloch (sur Epicure), et Santo Arcoleo (sur Homère et les antésocratiques)
La métaphysique de la nature : Pilar Sanchez Orosco. Compte rendu par Yvon Quiniou de Philosopher à l’infini (L’Humanité). Compte-rendu par Nestor Turcotte de Quelle philosophie pour demain ?
Le tragique : La gestion du tragique, par Marc Wetzel. Métaphysique et soin chez Marcel Conche par Jean-Claude Grosse. Note sur La mort et la pensée par Jean-Claude Grosse
Le scepticisme : Sébastien Charles
Le matérialisme et la morale : Yvon Quiniou
Le Journal étrange : Compte rendu du tome I par Claude Jannoud (Le Figaro) ; Jean-Marc Gabaude commente le Journal étrange, tomes IV et V ; commentaires discontinus de Herman Bonne sur le tome IV du Journal
L’amour : Marcel Conche et l’amour, par Yvon Quiniou. Compte rendu par Yvon Quiniou de Corsica (L’Humanité).
Témoignages personnels : Un moment avec Marcel Conche par Bertrand Renouvin. Mon ami Marcel, par Georges Mazelié, médecin cardiologue. La chose de Noël Luciani, un ami corse.
Et pour finir : Une correspondance de Roland Jaccard avec Marcel Conche. Présentation par Marcel Conche de sa philosophie
Livre en souscription :
  paru le 27 mai 2011
20 euros franco de port
par chèque à l’ordre des Cahiers de l’Égaré,
669 route du Colombier, 83200 Le Revest
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Bulletin de souscription à retourner à
Les Cahiers de l’Égaré,
669 route du Colombier    83200 Le Revest
accompagné du règlement par chèque (20 euros, l'exemplaire)
Nom et prénom :
Adresse :
Souscrit pour  … exemplaires à 20 euros l’exemplaire, franco de port

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Fragments/Marilyn Monroe

5 Août 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Pour le 49° anniversaire de la disparition de Marilyn Monroe, le 5 août 1962, à 4 H 25, (on lira Enquête sur un assassinat de Don Wolfe par exemple), cette note de lecture sur les Fragments publiés en octobre 2010.

 

Note de lecture sur

Fragments de Marilyn Monroe

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Voilà une belle réalisation éditoriale, des présentations claires, des photos significatives (Marilyn lisant ou écrivant, une seule), les fragments originaux avec l'écriture généralement au crayon de Marilyn, textes parfois tapés à la machine dont un avec la signature de Marilyn, les mêmes fragments tapés en anglais et en français, une préface érudite et interprétative d'Antonio Tabucchi.

Ce qui frappe, c'est la variété des supports, papier à en tête d'hôtels célèbres, carnets noirs Record, agenda italien, cahier rouge, carnet d'adresses, feuilles volantes … Aucun fétichisme, aucune méticulosité, tout est bon pour le moment d'écriture car il est vital de coucher des mots. Crayon, stylo à bille, stylo à encre, machine à écrire. Des ratures, des remords, des ruptures de ton. Elle pense, se sert de ses moyens de compréhension mais l'émotion est là, les larmes coulent, troublent la pensée, font perdre le fil. Ce ne sont pas des textes destinés à la publication. Somme toute, il y en a assez peu sur 28 ans (1943-1961). Marilyn n'est pas auteur, ne souhaite pas l'être. Ces fragments sont des aides, des mises en mots destinées à faire le point sur tel ou tel épisode de sa vie professionnelle, sentimentale. Pas mal de notes sur le métier d'acteur, sur ses rapports à cet art, nécessaire à sa vie, son rêve, qui la tient debout. Elle est douée d'une sensibilité donnant à ses interprétations plus que ce que Hollywood attend, faisant le succès de ces films – des comédies pour l'essentiel– tissant avec le public une relation particulière ; elle l'a dit, c'est le public qui m'a fait, pas les studios. Et en même temps, elle est terrorisée, angoissée, craint la folie héréditaire, manque de confiance en elle, a besoin du soutien de Paula, de Lee Strasberg dont elle note cette phrase terrible : il n'y a que la concentrationentre l'acteur et le suicide (page 217). Ce qu'elle dit sur ses peurs qui remontent à loin et que les analyses ne règlent pas est précis, lucide. Mais cela ne suffit pas à ne plus avoir peur. Et le faut-il ? Puisque ces peurs sont le ressort de son génie. Deux phrases comme des aphorismes. Pour la vie C'est plutôt par détermination qu'on ne se laisse pas engloutir. Pour le travail La vérité peut seulement être retrouvée, jamais inventée (page 183). On retrouve cette lucidité désenchantée quand elle évoque son amour avec Jim (elle a 17 ans) ou avec Arthur (elle en a 30).

Ce qui m'a frappé dans ce petit ensemble de fragments intimes, c'est la présence de la nature, arbres et feuilles, herbes, êtres vivants, souffrants, personnifiés, la lune, les pierres, des animaux, chiens, chats ; beaucoup de compassion là-dedans par identification. Marilyn est très sensible à ce qui se passe en elle mais aussi à ce qui se passe chez l'autre, pas nécessairement une personne mais une chose, une poupée … Évidemment et c'est le plus triste dans toute cette tristesse qui se dégage, c'est ce que la vie lui a appris, j'ai appris de la vie qu'on ne peut aimer l'autre, jamais, vraiment (page 139). Plonger dans ces fragments, poèmes, lettres c'est découvrir une femme sans complaisance vis à vis d'elle, exigeante dans ce qu'elle attend d'elle, veut pour elle.

Une surprise : rien concernant Di Maggio pourtant toujours là quand c'est grave (l'épisode de la clinique psychiatrique est édifiant, c'est lui qui la sort de cet enfer ; et dire qu'on remet ça aujourd'hui en France avec la législation depuis le 1° août 2011 sur l'hospitalisation sous contrainte ; c'est lui aussi qui organisera les obsèques écartant le tout Hollywood et l'ignoble Franck Sinatra ; Arthur Miller ne s'y manifestera pas ; il écrira Après la chute).

Une autre surprise : le projet de recréer, en date du 19 décembre 1961, après l'échec des Marilyn Monroe Productions, un nouveau studio indépendant avec Marlon Brando (nom de code : Carlo), Lee et Paula Strasberg, au service des artistes, preuve de la ténacité de Blonde, mais l'année 1962 allait lui réserver le meilleur et le pire (le 19 novembre 1961, elle rencontre Kennedy).

Le manque d'amour solide et d'attention, avec pour conséquence la méfiance et la peur du monde. Je n'en ai rien retiré de bien excepté ce que cela m'appris des besoins essentiels des tout-petits, des malades et des faibles (page 255).

Ces fragments ne peuvent donner une vision globale de la vie de Marilyn. Ils ne peuvent servir de biographie. Mais qu'importe. Seuls quelques fragments de nous toucheront un jour des fragments d'autrui. La vérité de quelqu'un n'est en réalité que ça – la vérité de quelqu'un(page 45). Aujourd'hui, la poétique du fragment est la norme. On n'a plus la tentation de la globalité, de l'unité d'un être, d'une vie.

 

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De ces fragments de Marilyn se dégage pour moi, une image de bonté, d'amour inconditionnel pour ce qui vit. Pour se maintenir dans cette bonté, cet amour, que de souffrances, de désir de mort, d'expérience de la solitude, d'acceptation-rejet de cette solitude pour aimer bravement et accepter, autant qu'on peut le supporter (page 155)

D'où l'intérêt des photos d'André de Dienes nous montrant une Marilyn mariale dans les nuages, en prière, extatique ou dolorosa. Là je me démarque d'Antonio Tabucchi en recherche de la poudre du papillon. Rêver de Marilyn qui rêve d'être un papillon (page 18). Marilyn a à la fois la légèreté du papillon (de jour, de nuit ; leurs différences !) et la carnalité double de la Femme (jeune fille romantique et amante universelle).

Vie

Je suis tes deux directions (page 39).


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Jean-Claude Grosse, à Corsavy, le 3 août 2011

 


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