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Les Cahiers de l'Égaré

Articles avec #poesie tag

L'été du Léthé à La Coquette

22 Juillet 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #théâtre, #poésie, #pour toujours

photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio
photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio
photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio
photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio
photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio

photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio

Le 2° été du Léthé s'est déroulé le 1° juillet 2017 à La Coquette à Toulon, de 10 H à 20 H 30 avec comme participants Marilyne Payen, notre hôtesse, Michelle Lissillour, Isabelle Barthélémy, Fabienne Ashraf, Pauline Tanon, Moni Grego, Lionel Parrini, Raphaël Rubio, Wianney Qolttan', Eric Meridiano, Yves Ferry, Chris Darvey et Jean-Claude Grosse. Excusée Sylvie Combe. Ils sont venus de Sète, Nîmes, Arles, Avignon, Gardanne, Toulon. Ce 2° été a coïncidé avec le 50° anniversaire de mon mariage avec la Mouette à tête rouge.

Il a été inspiré par un "pèlerinage" à la Sainte-Baume les 7 et 8 avril 2017 avec Moni Grego pour les 40 ans de l'écriture de La Nuit juste avant les forêts par Bernard-Marie Koltès pour Yves Ferry. Moni Grego lut une scène de L'Ultime scène dans la Bibliothèque des dominicains de l'Hostellerie de la Sainte-Baume.

 
Temps prévus 
1- 10 à 11 H, chacun vient avec un court texte d’un autre ou de lui (10 lignes) qui l’a structuré, lui a servi de repère, un texte fondateur
lecture par chacun ou un autre (par affinité ou hasard) de ces textes avec retour des autres participants
2- temps d’écriture, à partir de 11 H et après l'auberge provençale vers 12 H 30, durée 1 à 2 H, sur consignes; écriture en solo ou à deux (affinité ou hasard)
ça tournera autour de la figure de Madeleine (une image flottant dans nos inconscients);
faites vos propres recherches et lectures (mais ce n’est pas une nécessité ni une obligation)
3 pistes seront sollicitées pour 3 courts textes
- traverser sans voile, sans rame, sans gouvernail la Méditerranée
- 30 ans de vie érémitique dans une grotte particulièrement humide 
- l’amour comme origine, chemin et but (Deepak Chopra avec Le chemin vers l’amour me semble intéressant à lire); 
les titres de deux livres photographiés à la Sainte-Baume serviront d'amorce
Épouse-là et meurs pour elle (des hommes vrais pour des femmes sans peur)
Marie-toi et sois soumise (pratique extrême pour femmes ardentes)
3- temps de partage, notre auberge provençale avec ce que nous apporterons, à partir de 12 H 30; n'oubliez pas d'apporter vos livres pour échanger, donner, qu'il s'agisse de vos oeuvres ou de livres que vous voudriez offrir au hasard de la rencontre
4- temps de lecture des textes avec échanges sur chaque texte, lecture soit par soi-même, soit par un autre à partir de 16 H; on a commencé à 17 H
au préalable, Moni Grego nous donnera quelques conseils utiles sur comment lire à voix haute
5- lecture de L’Ultime scène de Moni Grego, texte édité aux Cahiers de l’Égaré pour ce moment, ode à la disparition de la scène de théâtre dans un lieu « magique »  appelé à disparaître, vers 17 H 30; on a commencé à 19 H après l'intermède musical d'Isaac
ces deux temps de lecture seront ouverts au public et aux amis; sont venus Jeanne Mathis et son mari Isaac qui a interprété un morceau de sa composition (de la veille) à la guitare et ampli (instrument padipulé, au pied) en harmonie avec l'ambiance studieuse et joyeuse, pas festive, de la journée
6- agapes du soir, tangos dans le salon de La Coquette, vers 19 H; en fait fin des lectures à 20 H, pas d'agapes
7- Christian Darvey réalisera un film, pour sauver les meubles, appelés à disparaître
8- les textes seront mis sur le site des écritures nomades, les écrivents (comme du vent)  peaufinent leur texte jusqu'au 10 juillet. Chacun est libre de faire tous usages de son texte, FB en particulier.

Consignes

Les bienheureux qui séjournaient aux Champs Élysées dans le sous-sol grec pouvaient revivre une nouvelle vie sur terre. Passant dans le Léthé, ils oubliaient tout de leur vie antérieure de héros ou de sage mais pouvaient conserver, réactiver un souvenir pour leur nouvelle vie.
Vous êtes des bienheureux. Quel souvenir voulez-vous réactualiser pour votre nouvelle vie sur terre ?

Cela veut dire que vous êtes l'homme ou la femme qui était mort(e) et que vous allez vous réincarner en un autre, l'homme ou la femme qui revit d'une autre vie, résurrection ? réincarnation ?

Vous aurez à votre disposition pour vos textes, ces deux personnages, l'homme qui était mort, l'homme qui revit d'une autre vie.

 

Vous avez choisi un texte fondateur. Vous devrez vous en servir pour vos 2 écritures. Thème, citation …

Nous sommes à La Coquette, vous intègrerez ce lieu et ce moment, 1° juillet 2017, dans vos textes.

 

3 thèmes à traiter en 3 textes courts :

 

  • Madeleine dans une barque sans gouvernail, sans rame, sans voile, livrée aux vents, houles, courants, encalminages de la Méditerranée, seule ou accompagnée, pour seul vêtement sa chevelure abondante, et pour luxe, ses parfums ; elle souffre, elle prie, elle est en colère, elle a la diarrhée, elle vomit, elle n'a rien à manger, à boire ; y a-t-il un miracle ? un événement merveilleux surgit-il au pire des moments ? Votre Madeleine décidez si c'est la vraie, si elle est d'aujourd'hui, venue d'où, pourquoi, pour où ? Ce qui lui arrive dans la barque jusqu'à Massilia est-il réel ? Optez-vous pour un récit, un conte, un dialogue ?

  • Madeleine dans la grotte de la Sainte-Baume vit 30 ans d'une vie érémitique, grotte humide, elle ne se nourrit que de ses larmes. Quelles larmes pleure-t-elle ? De quelles larmes nourricières s'agit-il ? Elle monte au ciel, entre terre et paradis, ascension pouvant durer 7 H. Que se passe-t-il ? Contemple-t-elle quelqu'un, quelque chose ? Pense-t-elle pendant son ascension et son extase ? A-t-elle des visions ? Donnez-nous envie de nous élever. Donnez-nous envie de revenir ici-bas ! La grotte est-elle rassurante, inquiétante ? Quelles résonances entre la grotte et le ventre-mer, entre la grotte et le ventre-mère ? A-t-elle été engrossée ? A-t-elle un désir d'enfant ? Porte-elle un tel désir ? Ou y a-t-elle renoncé, femme à moitié ou femme accomplie malgré tout ? Votre Madeleine grotesque est-elle la vraie, est-elle un fantasme ? A-t-elle un interlocuteur, un intercesseur ? Demande-t-elle ? Quoi ?

  • Madeleine et l'amour sublime. Imaginez sa relation de prostituée repentie, de pècheresse, d'épousée, d'épouse à l'Époux. Quel statut souhaitez-vous lui donner ? Un, plusieurs ? Cet Époux, l'acceptez-vous fils de Dieu, se refusant à Madeleine, Ne me touche pas ! Ressuscitant, donc se montrant à elle pour ensuite disparaître, s'élever avec la promesse de revenir à la fin des temps pour le grand rassemblement des ressuscités ? Croyez-vous à sa mission de Sauveur ? Le préfèreriez-vous plus soucieux de Madeleine, la comblant, comment ? Cet amour sans consommation est-il source d'élévation, d'extase ? À quoi peut-il faire accéder ? L'extase mystique, est-ce que ça, ÇA, vous parle ? Le sexe peut-il être source de comblement ? La jouissance, la petite mort, n'est-elle pas chacun son moment de plaisir, dans son moment de plaisir ? L'autre Jouissance dont parle Lacan, indicible, réservée à certaines femmes, sur laquelle rien ne peut être dit car cette Jouissance est accès au Réel le Grand Réel de René Char, croyez-vous possible de la décrire ? En poète, en dramaturge, en psychanalyste ?

  • Si possible des textes d'une quinzaine de lignes. Bonne écriture.

L'été du Léthé à La Coquette

texte fondateur d'Isabelle Barthélémy

Quand la mer parle

Vous êtes-vous déjà installé au bord de la mer ? L’avez-vous entendue vous murmurer à l’oreille ? Vous n’oserez peut-être pas le dire ! Il suffit pourtant, que l’on se penche un peu vers vous, pour parvenir à vous entendre. Attention, approchez encore car la mer parle. Elle vous a déjà parlé ou le fera un jour ou l’autre lorsque vous la croiserez. Voilà, vous vous êtes assis. Elle est face à vous. Elle vous a vu arriver de loin, car il a fallu marcher pour parvenir jusqu’à elle, jusqu’à son corps immense qui se vêt de costumes mouvementés par la mode du vent. Vous êtes là et elle vous observe, attentive. Bien évidemment, elle ne parle pas tout de suite aux inconnus. Il lui faut le temps de vous apprivoiser. Elle sait que vous êtes venu là pour une raison particulière, une raison qui pousse à demander conseil. Au fond, lorsqu’on décide de s’installer devant sa robe changeante comme le vent qui l’effleure, on sait très bien qu’on rencontre une amie attentive.

Le six avril. Il est déjà onze heures. Il l’a vue se préparer, mettre ses lunettes de soleil sur la tête. Ses cheveux tombent sur ses épaules et ce matin ils paraissent ternes dans le miroir quand elle y jette un coup d’œil. Il n’y a pas que ses cheveux qui paraissent ternis, comme sur une vieille photographie qui aurait pris l’humidité d’un grenier, il y a aussi l’éclat de ses yeux noisette. Ce matin, la femme va marcher au bord de la mer. Elle n’a pas envie d’aller courir. Ses nerfs sont à vif et son corps dans une chape de plomb. Tu veux boire un café, il a demandé. Elle n’a pas osé lui dire non, elle n’a pas osé lui dire qu’elle avait besoin de se retrouver seule. Sarah a tellement l’impression que tout va de travers, qu’elle s’accroche encore à des délicatesses qui n’en sont plus vraiment. Elle se surprend à ne pas être naturelle. Ses gestes ont pris une forme affectée, contrôlée, proche de la crispation dès que l’homme l’approche. Sarah ne sait pas pourquoi elle a peur de le blesser alors qu’il n’y a rien de mal à avoir envie d’aller seule, ses écouteurs plantés dans les oreilles. Il lui suffit d’appuyer sur play et les sons parviennent à ses tympans pour s’enrouler progressivement autour de son cœur. Depuis plusieurs semaines, Sarah s’échappe du quotidien dans des volutes musicales, c’est un des moyens qu’elle a trouvé pour échapper à la peur.

En cette fin de matinée, la voilà donc en train de dire oui à l’homme pour aller se promener. Elle est envahie par une forme d’étrange faiblesse qui la ronge. Ils sont descendus sur le port. Ils ont pris le sentier qui borde la dérisoire falaise le long de la plage. Ils se tiennent la main. Comme par réflexe. C’est vrai qu’elle la rassure péniblement cette main de l’homme qui la tient à peine. Puis elle a marché devant car le sentier s’est rétréci. La mer la regarde. Le vent est absent comme le souffle de Sarah. La houle, petite et ferme, frappe les rochers et son cœur contracté en une systole arythmique dominicale. Dans la petite crique, à quelques mètres du sentier qui devient du béton, Sarah décide de s’arrêter. Tu vas te baigner ? il a dit. Elle sourit. Il est tendre.

La mer entend soudain le ressac de ses idées brouillonnes aller et venir entre ses tempes, vagues au creux des rochers de la crique où ils se sont assis, lui et elle. Combien elle voudrait entendre le tempo de Vincetone, l’album de 2013 du Dj, qu’elle a copié dans son Mp3. Elle donnerait beaucoup pour ne pas entendre à la place le tintement clair de sa voix qui vire au Beat profond. Elle pressent la tempête. Elle est à présent inévitable et pourtant Sarah demande à la mer de chasser son amertume au large. Son souffle bref passe dans la brise qui se lève. Et les mots terribles qui harcèlent son cœur, la mer les emporte, le temps de cette pause sur le sable strié par une épaisse couche de posidonies.

Sarah a envie de fermer les yeux. L’homme lui parle doucement du dernier livre qu’il vient de terminer dans le lit ce matin. Elle l’écoute, elle se dit que c’est bien, un moment comme ça, que c’est ce qu’elle a voulu…Pourtant elle n’arrive pas à apprécier l’instant. Il y a encore quelque temps, elle se serait blottie contre lui, elle aurait été capable de s’abandonner à la complicité. Tandis qu’ils sont assis là, la mer écoute ce que Sarah a à lui dire. Elle le fait pour elle comme elle le fera pour vous, quand vous serez près d’elle. Sarah la sent emporter son cœur. La mer dit qu’elle ne doit pas avoir peur des vagues dans lesquelles elle plonge de face depuis plusieurs mois. C’est tout bonnement le ressac de l’amour. Dans l’écume épaisse qui crépite sur son âme flottent de terribles ressentiments. Ils troublent son amour perdu au creux des blessures. Sarah croyait pouvoir… Elle croyait savoir… Elle croyait vivre… La mer répète. Et le regard de l’homme se perd au large tandis qu’elle est assise à côté de lui sur le sable. Brusquement, Sarah enlève ses habits de Carnaval, ceux qui lui ont permis de déguiser ses envies, de taire ses sourires. Elle les observe un instant à ses pieds. Les couleurs sont chamarrées mais ont perdu un éclat de vie. Sarah marche nue sur le tapis épais de posidonies. Elle s’enfonce. Au moins sur vingt centimètres. Ce n’est pas stable. L’eau remue et arrive au-dessus des genoux. Lorsque Sarah sort, de longues minutes plus tard, alors que ses mollets sont devenus brillants de fraîcheur, elle s’enfonce de nouveau dans le tapis des plantes marines mortes. Des dizaines de paillettes noires et collantes recouvrent ses jambes. Toutes ses pensées sont là, collées, pour l’empêcher de courir. Alors la mer murmure :

- Va-t-en, Sarah ! Garde les paillettes, elles vont sécher dans ta course.

 

texte d'Isabelle Barthélémy

Les Bienheureux

 

Poussière d’étoile, nous sommes.

    M, poussière d’alphabet dans certains dictionnaires de langue.

     

    J’y trouve des mots qui ont des définitions. N’importe qui peut partir à la recherche du sens.

     

    Définir la poussière d’étoile que je suis, c’est tenter d’en retrouver l’essence.

     

    A la lettre M du dictionnaire de Vie je trouve

     

    « Matrice », poussière de mot à la lettre M de certains dictionnaires de langue.

     

    A la lettre M du dictionnaire de Vie je trouve

     

    «  Matière », poussière d’étoile.

     

    Je trouve

    Mère et Maternité.

     

    Je trouve aussi dans la catégorie Nom Propre

     

    Marie. Madeleine. Marie-Madeleine.

     

    Mais si j’entends M, je peux aussi trouver un mot qui ressemble étrangement à la lettre.

     

    Aime. M.

    Et voilà, il suffit d’une lettre abstraite, d’une lettre de l’alphabet pour entrer en Amour.

     

    Alors quoi ? Marie-Madeleine ? Toi aussi tu aimes. Ton amour s’appelle Jésus. Il aurait pris forme humaine pour parler d’Amour au nom de tous. Il aurait été le fils de l’Eternel, ce qu’on ne peut pas nommer.

     

    Jésus est un homme, il porte une parole forte puissante et pacifique. Marie- Madeleine tu es une femme. Entends-tu sa parole forte puissante et pacifique ? Bien sûr comme les autres.

    Madeleine, c’est parce que tu as perdu Jésus, son amour et son entièreté que tu te retrouves sur cette barque.

    Madeleine, c’est parce que tu es sa femme à jamais que tu pénètres dans la Grotte de la Sainte Baume ;

    Madeleine, c’est parce que tu l’aimes, Jésus, l’homme et le sauveur annoncé chrétien, que ton désir vibre et sublime ta chair.

    Madeleine ; il est des temps qui se superposent et se dilatent.

    Madeleine, tu fais partie des bienheureux qui prennent le chemin pour revenir dans la Matrice du Monde et de la Matière. C’est un choix. Ton heureux bien-aimé a fait aussi ce choix.

    La Mort conduit à l’A Mour.

    Amor Amor a enlevé le U de cette Utopie.

    C’est en approchant la Mort que l’on parvient à l’Amour. La Mort et l’Amour sont les deux points d’un même état limite, celui qui nous conduit à notre Humanité.

    Marie- Madeleine. Marie tu es la mariée éternelle d’un seul Homme. Madeleine tu es celle qui pourrait le pleurer à jamais.

    Mais pleurer la perte entraîne vers une mer de larmes.

    Se réjouir de l’Amour reçu et donné entraîne vers une mer vivante, mouvante et éprouvante.

    Laisse ta barque voguer et te conduire au large, puis te ramener à terre, couverte du sel alchimique éternel. Tu es faite de sodium, d’eau et d’esprit.

    Lorsque ton pied foulera à nouveau le sol tu pourras cheminer vers la grotte sombre, tiède et humide de la terre qui t’accueille pour ta renaissance. La montagne de la Sainte-Baume. A l’intérieur, l’obscurité, la tiédeur et l’eau t’invitent. Tu pourrais avoir peur, mais il n’en est rien car l’Amour que tu lui portes annihile la crainte.

    Tu l’aimes. A toujours. A jamais. La souffrance est possible, elle ne t’est pas nécessaire.

    Ce n’est pas parce que tu hurles aux étoiles ou que tu te terres dans le silence que tu aimes, que tu souffres de la perte.

    Tu peux hurler. Tu peux pleurer. Tu peux rire aux éclats. Tu peux te blottir contre lui, contre son âme, tu peux courir, rester face contre terre dans l’humidité et la moiteur, planter tes ongles, secouer ta chevelure, montrer tes petits seins et le creux de tes reins à l’obscurité de la grotte ou au soleil éclatant qui s’acharne sur la barque dans laquelle tu es montée pour partir à la découverte.

    Tu ne pers rien Marie-Madeleine. Tu ne perds rien, comme nous, toutes ces femmes, qui aimons notre époux. La matière se transforme, elle prend des formes impalpables mais vibrantes d’autres champs d’énergie.

    Car, enfin, sentir la perte ce n’est pas Aimer. Sentir la perte ce n’est pas Mourir. Sentir la perte c’est ne pas t’incarner.

    Avoir peur de perdre c’est ne pas entrer dans ta propre chair vivante et ne pas découvrir celle de ton aimé.

    Femme Vivante, Marie-Madeleine éternelle, Va sur la mer, entre dans la grotte vis et apprends à mourir. Tu pourras choisir de revenir quand tu le souhaiteras.

     

    Isabelle Barthélémy 1° juillet 2017

     

     

     

     

    Texte fondateur :

     

    Le chemin du renonçant est aride et sa coupe amère.

    Acte de foi de croire possible l'impossible,

    de l'embrasser pour devoir y renoncer,

    Le Vivant donne, le Vivant reprend,

    et rit de notre soif et notre confusion.


     

    Lorsque la traversée devient trop difficile,

    Il nous accorde un répit et murmure : « Vois, je suis là ».

    Son nectar est doux et apaisant et il nous dit :

    « Je Suis le miel pour l'errant, le baume pour le souffrant.

    Ne t'attardes pas ici, ces racines ne sont pas tiennes,

    Tu bois de mes feuilles, mais ne t'y attaches pas,

    La douceur aujourd'hui sera amertume demain.

    Poursuis ta marche, et deviens ce que tu es déjà,

    le baume, le nectar et le miel ».


     


     

    (Eric Méridiano, juillet 2014)


     


     

     

    Marie-Madeleine.

     

    Traversée.

     

    Mon frêle esquif, sur la mer, monte, descend.

    Attachée à la proue, écœurée, mon amour,

    Désolée de t'avoir perdu, vomissant,

    Écoute-moi, car cette fois je porte la vie,

    L'ardeur de ta folie résolue,

    Exquis souvenirs de tes baisers fugaces.

    Infidèle, pourquoi es-tu parti ?

    Notre vie n'est plus qu'une trace,

    Éplorée, morose, promesse de notre salut.

     

    La grotte :

     

    Pourrai-je dire combien de fois, silencieuse, je suis morte,

    Usée, inutile, meurtrie dans cette grotte ?

    Ta présence, fantasme de l'esprit, rappel maudit,

    Enfanté dans mon imaginaire, m’enchaîne, me détruit.

     

     

    Extase :

     

    Marie-Madeleine est morte ! Libre !

    Accueille, accepte, accouche.

    Ris. Jouis. Pouffe.

    Indicible amour, tu nous confies qu'il n'y a pas d'autres règles,

    Embrasés, nous recevons le souffle, mourant, renaissant, espiègle.

     

     

    (Eric Méridiano 1° juillet 2017)

     

    MEMENTO MORI


     

    I. La barque


    Le narrateur est là. Bienheureux personnage rescapé du Léthé. Bienheureux ? C’est à voir. On voudrait nous faire croire que c’est la panacée de conserver intact le souvenir d’avant, de notre vie d’avant. Moi, je demande à voir.

    Trois citations suffisent, qui traînent dans sa cervelle, pour dresser le portrait de notre narrateur : « Sois sage O ma douleur et tiens-toi plus tranquille ». Déjà, ça peut offrir une idée du marasme, ça donne un peu le ton d’une enfance des plus propices à toucher du doigt la vacuité de l’existence et à s’interroger, dès le berceau, ou presque  sur des questions qui, si l’on n’a vraiment rien d’autre à faire, peuvent faire passer le temps : « à quoi ça sert tout ça ? D’avoir si mal à l’existence ?» En toute logique, son adolescence attardée a brandi un étendard qui ne surprendra pas : « Il vaut mieux mourir d’un abus de vodka que d’ennui ». Mais, attention, avec dans l’oreille, et c’est impératif, la voix d’Anna Prucnal, qui cogne chaque mot, sinon, ça marche pas. Pour parachever le portrait, n’oublions pas les velléités de se diriger vers un bonheur parfait avec une phrase en bandoulière « un de ces jours où j’ai compris qu’il faut d’abord s’aimer soi-même, pour faire l’amour à la vie ». Oui, je sais. Choisir Philippe Léotard, sa « drôle de cocaïne », « pas un jour sans une ligne », le tenir par la main pour marcher d’un pas pas rien moins qu’assuré vers le bonheur, c’est cocasse. Oui. Je sais.
    Maintenant que vous avez fait sa connaissance, au narrateur, et que j’ai rempli une bonne part des consignes d’écriture (ce qui est fait et caetera) je reprends du début.

    Le narrateur est là.

    Ici et maintenant.

    1er juillet 2017.
    Ici. C’est la Coquette.

    La Coquette en décombres.
    La Coquette encore belle.

    Le narrateur est là : il a choisi sa chaise, l’a plantée au plus près face à un dépotoir.
    Des tuyaux rouge sang, une pelle, des tringles, des chaînes bien rouillées, des pissenlits crevés, une épave de bateau, des voiles déchirées.
    Et le voilà parti dans sa vie d’autrefois, dans ce bateau qui tangue et voudrait tant bouger.

    « Me voici revenu là où la mer est morte et le soleil brûlant. Arrêtés dans l’exil. Migrants d’un autre siècle.
    Je la revois encore parce que là, juste hier. Dans notre vie d’avant.
    Elle n’est pas belle à voir. La Marie Madeleine.
    Elle croit qu’on va mourir, elle voudrait, mais ne peut, s’en aller bien sereine, un doux sourire aux lèvres retrouver son Amant, sa sainte Trinité.
    Et son masque grimace  pendant que « Jesus cries », en anglais dans le texte, disons « Jesus's crying », à lire c’est plus facile.

    Enfin, il faut bien l’espérer que son Amant sublime pleure de la voir là, crevant de faim, de chaud, de se retrouver seule, de l’avoir vu en croix, des clous dans les poignets, de l’avoir vu renaître, de l’avoir vu partir. Elle voudrait croire qu’il pleure, son Jésus au grand coeur. Mais moi, je n’y crois pas.

    Je la regarde encore : elle n’est vraiment pas belle, à deux doigts d’y aller, passer par le Léthé !
    Petite fille perdue, habillée de cheveux et les tripes en lambeaux déchirées par la peur, tout son corps crie « Maman » mais Maman n’est pas là et son Amant Céleste est bien loin du bateau.

    Et moi je l’aime à mort mais elle ne me voit pas.


     

    II. La grotte

    La Sainte.
    La Salope.
    Elle vit sa mort chaque jour, la savoure, s’en délecte, tout au fond de sa grotte, son doux sourire aux lèvres, les yeux illuminés.

    J’attends. Je la connais.

    Sa Foi aime qu’elle souffre toutes ses morts quotidiennes, tous ses renoncements.
    Et je la vois errante, ivre de Sa lumière tandis que, chaque jour, la grotte humide et froide admire son martyr, endort mon impatience.
    Elle croit, la Salope, la Sainte, que le désir est mort, que tout est pardonné.

    J’attends. Je la connais.

    Notre millième matin dans cette immonde grotte voit Marie Madeleine se jeter à genoux à peine elle est levée.
    Je la vois qui rayonne de tout ce qu’elle sublime.
    J’attends qu’elle me regarde et que son corps me sente.

    J’attends. Je la connais.


     

    III. L’Amour

    Le narrateur a froid.
    Il veut changer de place.
    La grotte, humide et sombre de son ancienne vie, l’a glacé jusqu’au sang.
    Il se lève, divague, s’éparpille aux quatre coins, assoiffé de chaleur.
    Il s’assoit puis s’allonge sur des dalles brûlantes et ferme un peu les yeux.
    Des verres qui s’entrechoquent, des mots, des phrases ausssi.
    Il est 15h25, les clients du resto digèrent leurs semaines sur des chaises en plastique laissant leurs gosses hurler comme il est convenu.
    La hotte, les cigales, le soleil sur les jambes, le champagne, le vin. Pas facile de penser d’autant que dans ses jambes son sang cogne et fait mal tandis que ses seins gênent pour être bien à plat. Car les Dieux sont rieurs.

    Vivre une vie de femme quand on était un homme et que la mémoire reste, à vif, acérée, de l’homme qu’on était, de celle qu’on a aimée.

    Une chance. Vraiment ?
    Bien entendu, ses seins d’aujourd’hui le ramènent à Marie de toujours. Vraie Femme, fausse sainte,
    solidement clouée sur la planche à penser du bienheureux.

    « Je ne sais toujours pas quelle part du père elle a bien pu chercher si longtemps dans le Fils.
    Plus le temps d’y penser, il est bientôt 16h, il faut rendre les textes. Son autre vie flamboie juste quelques instants, les images se bousculent. Il ne peut qu’évoquer la vraie Révélation. Leurs amours si charnelles. Leurs orgasmes terrestres. Leurs mille et une façons de regarder la mort. Envie, haine, tendresse, pitié et compassion, j’en passe et des bien pires de cette grandeur humaine. Et puis, par-dessus tout, leurs reins qui vont. Qui viennent. Se quittent et se retrouvent.
    Tout au fond de la grotte.
    Bien à l’abri des Dieux.
    Et se jouant des hommes. »


    Marilyne Payen, 1° juillet 2017

     

     

    J'ai vu la beauté

    J'ai vu la beauté décliner comme si l'émotion elle même était en exil
    J'ai vu là bas en Palestine les vins d'or et les blancs manteaux
    J'ai vu l'ambre violette pénétrer tes poumons
    J'ai vu les fruits les miroirs
    Les chasubles écrasés sous les mûriers morts
    J'ai vu ta peine
    Ta détresse
    Des éclats de lotus descendre sur ta nuque
    J'ai vu ton corps Madeleine crispé contre le Roy
    Cette croix
    Ce cristal
    Les apsides irisées contre les crânes nus
    Dame blanche
    Noli me tangere

    Le soleil est une autre fontaine
    Un séjour bénit d'encre fécondé par ta voix
    Tu fus Marie la Juive
    L'eau de Lune poudreuse émiettée par le ciel
    Tu fut la nervure des siècles
    Chamane druidesse ou femme-cathédrale
    Dame folle
    Noli me tangere

    Je me souviens de toi
    Les lèvres décelées sur un caducée blanc
    Je me souviens ton ombre
    Tes seringues tranchantes empruntées à l'orgasme

    Madeleine mon Isis disloquée

    De la drogue séchée s'effusait dans ton sang
    J'écoutais du Piano
    Rêvant en majesté
    Comme ces Christs fendus s'enfonçant dans tes veines

    Dame coupe
    Ma lumière mouillée

    Noli me tangere

    J'ai entouré tes cuisses de bandelettes fraîches
    Derrière les voiles rouges et presque inachevés
    Tu lisais Trimegistes
    La table des émeraudes
    Ta sueur organique
    Naissance du troisième oeil
    Madeleine
    Ô mémoire
    La moelle de ma chair à l'Orient de ton ange
    Tu étais l’héroïne
    Orgasme malaxé

    Beau calice
    Approche toi un peu

    Les pianos romantiques se mêlent au son de Sax
    Tu inventes un organe
    Pénitente immuable
    Où le Jazz et ton cul transpercent mon désir

    Eternelle

    Des mystères alchimiques trempés dans de l'eau verte

    Je te cherche à présent sous les grottes lubriques
    Pour offrir une fresque à tous les réprouvés
    Rennes-les-Bains et Couiza
    Les flancs du Bugarach
    Mes dunes oubliées

    Dame rousse
    Caresse moi un peu

    Je revois insolent cette tour goudronnée
    Des tableaux un peu punk ornaient ta chambre close
    Une nef
    Un portique
    Quelques gouaches liquides
    Et du café cramé

    Madeleine

    J'aime te voir trop blonde croqué par Hugues Merle
    J'aime ton huile sainte arrosée de semance
    J'aime tout tes parfums
    Tes conciles irréels
    Les râles interminables sous des linceuls râpés

    Poétesse
    Junkie
    Jeune pute assoiffée par la plainte des Dieux

    Mon ivresse
    Ouvre le 7eme sceau

    Tu es partie un soir sous une pluie glissante
    Les rues du vieux Toulouse étaient pleines de craies
    Tu es partie errante serrant un suaire noir
    Le visage endormie et la gorge tranchée

    Dame morte
    Les tombeaux de Lazare
    Dame lasse
    Tu es ressuscitée

    Raphaël Rubio, 1° juillet 2017

     

    La Dame

    Certains l’auraient appelée Coquette, et aussi pécheresse

    Car en l’an un et pour longtemps encore, un esprit libre chez une femme, autrement nommée sorcière ou magicienne, ne pouvait être que le fruit du Malin, un objet de peur et de jalousie pour les hommes, une diablerie passible des flammes du bûcher...

    Mais l’Enseigneur en fit son Elue et l’initia.

    Porteuse de la descendance en son sein/saint Graal, utérus béni, coupe de vie, symbolisée par ce grand V peint par Léonard de Vinci, entre elle et Jésus lors de la dernière Scène, elle remet le Féminin au cœur de la quête d’évolution.

    A ce jour cette quête est au point mort !

    Pâques lui ressuscite son Enseigneur. Il lui apparaît en premier et termine son initiation, au grand dam de toute la clique machiste et sexiste des autres apôtres, nous raconte son évangile longtemps passé sous silence.

    S’ensuivent Ascension et Pentecôte. L’époux, le Bien-Aimé s’en est allé. Seules demeurent la Force et la Lumière de l’Esprit Saint.

    Ainsi habitée, Marie-Madeleine embarque avec les autres Maries. Sans voile et sans rame le vent et les courants poussent le rafiot vers le delta aujourd’hui appelé Camargue.

    Pour garder vivant l’homme crucifié, elles vont porter son verbe d’Arles à Bugarach, où subsiste encore le passage ouvert vers d’autres mondes. Mais, chut, c’est un secret.

    Leur pratique est ardente, animée par le souffle de l’Esprit Saint.

    Point de larmes si ce n’est d’extase.

    La Dame danse avec les fleurs et les animaux lui font escorte.

    A chaque escale elle délivre le message d’Amour à ceux qui ont un cœur pour entendre.

    Proche des Licornes, elle offre la transcendance de l’extase et l’exaltation du don.

    Bienheureuse, elle outre passe la mort pour communier avec son Epoux, et donne à voir la lumière de l’au-delà à travers son regard.

    Son chemin n’est pas un renoncement glacé. Elle offre aux démunis le baume, le miel et le nectar.

    A ceux qui sont prisonniers dans les greniers d’amertume, elle envoie la force des cyclones pour nettoyer leur âme et les faire renaître, tel un archipel vierge surgit des flots.

    Après son passage s’ouvrent comme des jardins secrets où la perfection se donne à voir. Et même si quelques idiots y divaguent à loisir, la poésie en calme les turbulences.

    Et puis même si....même si....., consciente de la cathédrale inachevée, un jour, Marie Madeleine décide de se retirer dans la baume humide, au nord de la froide montagne, pour y retrouver son époux en de secrètes noces.

    Là, ruisselante de larmes d’extase, elle, la Femme choisie, demeura puis s’en fût.

    Michelle Lissillour, le 1er juillet 2017


     

    Texte fondateur de Lionel Parrini

    tiré du recueil Des étoiles et des ellipses, Les Cahiers de l'Égaré 2015

    Je m’appelle
    Je m’appelle n’a aucune importance
    Je viens d’un jardin vigne et cerise 
    J’ai appris à lécher la buée des fenêtres 
    J’ai jeté tous mes cartables et ma raison 
    Je déteste les chemises et les cravates 
    Je me suis construit des rivières autour du cou pour respirer 
    La terre a été ma première maîtresse 
    Mon premier amour, la solitude 
    Je suis simple 
    Comme les cailloux au fond de l’eau 
    Dans la valse et la vase Accessible aux courants 
    Aux sourires des papillons 
    Je m’appelle idiot et j’aime les bêtises
     J’écris des lettres le soir à des morts 
    Je leur dis que je les aime encore 
    Même si, même si… 
    Le miroir ne me trahit pas. 
    J’ai violé mon cœur 
    J’aurais pu faire plus simple 
    On peut écrire avec des pneus 
    Signer la sottise du haut d’une falaise 
    Appartenir 
    Appartenir 
    Je viens d’un jardin vert, rouge, turquoise 
    J’ai dialogué avec un ciel immense 
    Dis, tu as quel âge, toi ? 
    Moi ? Tu parles à moi ?
    La brise s’infiltre dans le seringat et me donne la bise 
    J’ai envie de disparaître dans les arbres 
    Revenir dans les cendres chaudes des feuilles d’acacias 
    Il est beau ton jardin 
    C’est un livre qui pousse et dans lequel je me planque
    Ma philosophie s’appelle cabane 
    J’ai effacé la date 
    Croquer des fèves 
    Cueillir de minuscules tomates
    Rouler la nuit avec des rides 
    Il neige 
    Il pleut 
    Il brille 
    Avant, avant, l’évidence. 
    Je veux que tu saches 
    Je m’appelle n’a aucune importance 
    Je suis un enfant de la vigne-cerise 
    Je n’ai rien d’autre à te léguer 
    Que ces phrases confettis.


    1 / La barque.

    Elle, la barque.
    Elle, debout, dans la barque.
    Au crépuscule, le courant dessine, décide, sans rame où tout cela peut bien recommencer... L’autre vie. L’autre rive. L’autre choix. Ciel immense aux yeux diamants.
    Elle n’a rien ou si peu. « Je parle la dérive à mon cou » se dit-elle. « Le courant peut-il être un frère ? »
    La barque avance, paisible, dans une brise tendre. Ce soir, il n’y a pas de lumière, ce soir les mains dansent sur la peau tremblante. Où atterrir ? Partir les mains sur les hanches en guise de seuls vêtements. Se sentir vulnérable dans l’immensité de l’instable noire. Bien sûr qu’elle a peur mais la langue bouge encore. La langue d’où sort, glisse, le son parfois. La barque aime le murmure des femmes seules qui espèrent des lendemains dociles.
    Elle ouvre la bouche : « à quoi sert la poésie dans le gouffre ou le ver dans la gorge ? » La barque trace, imperturbable, la phrase inachevée : « Je suis faite pour être avalée mais les ténèbres, peut-être, me... »
    Cette femme seule dans la petite barque a le droit de se parler, a le droit de croire à un repli. La foi, c’est fait pour ça. Chants. Vertiges. Mains flottantes sur chair exil.
    « Je prie les cieux de me prendre la bouche. Je veux les branches des arbres dans mon cou. L’humidité dans mon souffle. Le noir dans mes yeux. Les embruns sur mes pieds. »
    La peur n’est pas la douleur.

    Elle, la barque.
    Elle, sur la barque. Elle pénètre, verticale, la brume austère. Se fondre en elle. Devenir elle. Ne plus sentir l’eau. L’entendre. Juste l’entendre. Puis, le bruit râpeux de la coque sur la vase. Il semblerait que la traversée se termine ici. Cris d’oiseaux mystérieux. Le sexe trempé de sueur. « Qu’ai-je fait de mon passé ? Où se niche-t-il ? Suis-je une offrande ? » Le geste fou. Aventureux. Le pied dans l’eau. Chaude. S’enfoncer jusqu’aux chevilles. Esquisse d’un demi-sourire. « Je ne coulerai pas, c’est ce que je dis à mes larmes de joie. Mon sexe s’ouvre un peu. Relâchement. Je marche. Je marche. Sans barque. »


     

    2 / La grotte.

    La nuit ouvre toutes ses portes. La boussole est dans l’instinct. Pieds nus et regards écarlates. Je peux voir la nuit avec ma lune à lèvres. Marcher sur des choses qui craquent, suintent, se dérobent. Mon ventre me dit d’aller là-bas. Le ventre, qui l’écoute ? Quelque chose embrasse ma nuque. Mes seins ont froid. Mes doigts touchent une roche. Grande. Grosse. Chaude. Je me souviens tendrement. Point de bascule. Se cambrer par envie. Ce souvenir me fait glisser et je découvre les ténèbres. Réminiscence étrange d’un frisson fripon. Pas les ténèbres, il s’agit d’une grotte. Mon nid de hasard. Nid ou cercueil. Besoin d’épouser le sol. Être à l’horizontale. Pas avalée par l’eau, le serai-je par le trou ? J’ai faim. J’ai soif. Mes doigts partent à la chasse. Parenthèse élastique. Paupières closes.


     

    3/La passerelle.

    Se laisser traverser par soi-même. L’ongle est une barque miniature. La lune et toutes les lunes vous le diront. J’aime mon goût. Les étoiles aussi. La sueur me rend coquette : paillettes. 1er Juillet 2017, où serai-je ? La peau respire, la peau est libre. Ne pas croire aux rumeurs, aux légendes. L’amour est libre ou ce n’est pas l’amour. Il n’y a pas que l’univers qui soit une énigme. Mon bassin valse, danse, chante. D’où vient cette pluie intérieure ? Les insectes et les animaux me regardent. Jamais, ils ne me dévoreront. Je me dévore toute seule. Briser le puits du silence. Arc-en-ciel. Arc en yeux. La mer joue avec mes lèvres. J’aime cet autre sel. Ces autres vagues. Ni verticale. Ni horizontale. Arc en Corps. Arc en fête. Encore. Que ces fantômes généreux viennent nourrir tous mes orifices !
    Ni la mer, ni la forêt, ni la grotte ne m’ont avalée mais moi, moi, la petite femme seule dans la petite barque avec mon petit ventre, j’ai avalé toute l’histoire.

    (Et je marche. Je marche. Avec sourire).

    Lionel Parrini, 1° juillet 2017

     

    1 – MADELEINE, UNE FEMME DE RIEN

    La mer.

    Elle – Bonjour Monsieur, pouvez-vous me dire ce que je fais là ?

    Lui – Vous êtes en garde à vue, Madame. C’est nous qui posons les questions. Vous, vous pouvez ne pas répondre, c’est votre droit c’est dans la loi, mais je ne vous le conseille pas…

    Elle – Je ne connais pas ce monsieur…

    Lui – Oui c’est votre avocat commis d’office. Vous êtes une ayant droit à l’aide judiciaire aux indigents.

    Elle – Merci. C’est très aimable à vous. Que voulez-vous de moi ?

    Lui – Ben… On vous a retrouvée sur une page… heu… sur une plage… Les gens vous croyaient morte, et puis non…

    Elle – Je suis dans un drôle d’état Monsieur, je regrette d’être là, je regrette le chant des sirènes, les récits de la guerre de Troie, des guerres de Palestine, de toutes celles qui depuis des temps ancestraux et des pays innombrables, ont foutu à la mer des tas de corps pleins d’âmes. Vous n’auriez pas dû me réveiller. La mer m’avait engloutie et j’étais bien avec Ulysse, Don Quichotte, Virginia Woolf, Frantz Fanon, Ophélie, Pier Paolo Pasolini… Je flottais, heureuse là où plus rien ne pouvait me dire qui je suis.

    Lui – Vous vous souvenez de quoi d’autre ?

    Elle – Je me souviens juste que quelque chose voulait me dire quelque chose…

    Lui – Quelque chose ? Quelque chose ? Vous voulez dire quelqu’un ?

    Elle – Non, quelque chose, quelque chose, de l’autre côté…

    Lui – Je suis désolé… Il n’y a pas d’autre côté…

    Elle – Mais si, mais si, et c’est bien ça qui m’encombre…

    Lui – Qui vous encombre ?

    Elle – Oui, je ne suis plus sûre de qui j’étais avant…

    Lui – Avant quoi ?

    Elle – Avant que je sois ici, dans ce commissariat des Champs-Élysées… Vous êtes si joli, Monsieur l’inspecteur. Je me sens toute retournée rien que par vos yeux, comme sous l’étreinte d’un certain barbu au cœur tendre, ce monsieur Iscariote dont la trique me tenait en haut de… loin… aux sommets de toute illusion amoureuse, comme jamais. Et pourtant j’en ai eu des orgasmes, des énormes, des petits, des tout petits, des lumineux, des cosmiques, des tendres, des sonores, des mouillés, des rapides, des très longs, des vifs, des ayuverdiques, des catholiques, des musulmans, des visionnaires, des musicaux, des rigolos, des poétiques, des politiques, des sans issue, des renouvelés, des inventifs, des ciselés, des puissants, des fous…

    Lui – … D’accord, d’acccord, vous êtes bienheureuse d’avoir tout oublié de votre malheur, mais qui étaient les trafiquants, qui ?

    Elle – Je ne vois pas de qui vous parlez…

    Lui – De ceux que vous avez payés pour obtenir des papiers… Vous aviez sur vous des papiers : Madame Madeleine de La Coquette, écrivain, domiciliée à Toulon… Née le…

    Elle – … Première nouvelle. Je ne sais pas lire.

    *

    2 – MADELEINE UNE FEMME DE RIEN

    La grotte.

    MADELEINE – Pèlerins de Saint-Jacques et de notre galaxie, vous me voyez ici dans toute l’étendue de ma déconfiture. Ce drôle d’olibrius que tout le monde connaît depuis des millénaires, m’a fait croire en l’amour absolu et j’y ai cru et je sais qu’il existe. Mais où ? Lui il en a écrit là-dessus, il en a parlé, il en a même fait un best-seller. Ah pour la parlotte publique ça y allait, et tous ses fans qui buvaient ses paroles, et ceux qui n’arrêtaient pas de prendre des notes… Que de bla-bla !… Mais au pieu et à la maison… que nib ! Comme je lui rappelais que tout ce qu’il m’avait promis : « Rien que toi, toujours toi, encore toi, dans la vie… pour les siècles des siècles ad vitam æternam… », c’était rien que de la gnognote, ça le dérangeait. Et v’là-t’y pas qu’il me frappait quand il avait trop bu avec ses douze potes. Voilà pourquoi je me suis barrée… Je suis partie loin de lui vers n’importe où.

    J’ai fini par arriver dans ce lieu hors du monde qu’est la Sainte-Baume. Il faisait nuit, j’ai grimpé dans un sentier de chèvres vers le sommet de la montagne. À mi-chemin du sommet, je n’avais pas trente ans, j’ai trouvé cette grotte inhospitalière, humide. Elle m’a fait peur. J’ai pensé un moment à redescendre jusqu’au monastère où les frères m’auraient accueillie. Mais déjà je m’étais fixé un certain nombre de lignes de conduite afin de ne pas retomber dans les mêmes pièges, dans les mêmes trous de désespoir amoureux. Et l’un de ces principes était, par exemple, « Combattre la peur ». Oui, la peur, ce grand poignard planté dans tout désir… La première peur de cette ombre, de cette humidité, de cette solitude n’était pas grand-chose au fond, la peur de manquer, non plus. En l’absence d’amour absolu, loin de tout, que pouvais-je faire de mieux que viser à m’élever ? Quand il n’y a plus personne pour vous serrer dans ses bras, pour vous dire : « Je t’aime. Ma préférée entre toutes les femmes, c’est toi ! », que devenir d’autre qu’une illusion, un polichinelle désérotisé, une supercherie thérapeutique ? Je les connais les hommes, ils préfèrent, presque tous, une baudruche qui acceptera de la fermer, à un être vivant, perdu dans le désert des civilités bienséantes et pour lequel le moindre geste d’amour vrai qu’ils feraient serait une révélation, un accès concret au réel de sa féminité chancelante.

    La grotte, j’ai fini par lui ressembler, intouchable, indésirable, salie, interdite à l’amour vrai, ce cadeau, cet accès exceptionnel du non-être à de l’être… Mais qu’est-ce que je raconte ?…

    Moi, je ne m’élève, pestiférée, puante, dégoûtante, que pour éviter la jouissance puérile de ces hommes du siècle. Eux qui, désireux de ne pas, une fois de plus, se coltiner cette ancestrale demande de lumière qu’ils croient ne pas pouvoir satisfaire, s’en vont vers le néant du sexe ou vers des cristallisations figées dans la domination, la consommation, la consumation passionnelle… Toutes choses qui n’ont qu’un temps et s’envolent toujours, après usure, vers d’autres proies, d’autres corps esclavagisés, ad libitum

    Ne vous inquiétez pas pour moi. Je ne suis rien qu’une fille de rien. Rien de bon ne peut plus m’arriver. Rien… C’est quand rien ne va plus, que tout va bien. Ça va. Ça !... Ça ira…

    La plupart du temps je ne pense à rien. C’est impossible ? Non ! L’unité pure de mon être est devenue une sorte d’enchevêtrement sauvage d’une intériorité bazardée, déchiquetée, poignardée, souillée de mille gestes initiés par un mépris venu de loin, innocent et agissant. Avec aussi, malgré tout, la beauté éphémère de certains de ces gestes surgis de ces mains d’hommes anciens, incultes du féminin, qui ne savent pas, et ne veulent rien savoir, encore. Pourtant, de la beauté avance, absolument, dans le silence. Cette beauté réveillera les morts qui gisent en vous, en nous les vivants saccagés.

    La grotte de Madeleine est si facile d’accès. Venez voir ce que vous voyez sans savoir le voir. Allez, l’entrée est libre… Après vous, les damnés de la terre.

    *

    3 – MADELEINE, UNE FEMME DE RIEN

    L’amour sublime.

    « Erunt uno in carne una. » « Et ils ne firent qu’une seule chair. » Oui, leurs étreintes étaient un défi aux lois de la gravitation, à ce que la nature définit comme l’unité de chaque être. Leur amour les avait rendus plus proches que des jumeaux. Ce qui faisait jouir la chair de l’un était aussi une jouissance pour la chair de l’autre. Ce qui blessait l’un, blessait l’autre immédiatement. L’alchimie de noces d’or qui avait rapproché leurs corps les rendait invincibles. Comme des jumeaux stellaires, mais si différents, elle et lui allaient dans le monde, liés à jamais par la lumière, la vibration de la matière éternelle. Rien de ce que faisait l’un ne pouvait abîmer l’autre et, au contraire, cet amour absolu qui leur avait été donné on ne sait comment, dans les éclats de rire et de soleil de la Sainte-Baume, ne leur était que don prodigieux, émerveillement, miracle !

    Comme si tout ça qu’on nous apprend, qui nous pèse tant… on était là pour, peut-être, en faire quelque chose d’autre, quelque chose qui serait un peu plus léger, vivable, vrai… pour traverser des après moins rudes.

    Je me souviens, mais je ne le voudrais pas, d’un certain voyage. Maudit voyage. Un voyage fluvial, une nuit terrible de lèvres déchiquetées, de trésors de pacotille, de corps en lambeaux, d’une séparation brutale, qui fit que tout fut voué à la mort. Un Invité de Pierre s’éleva. Le fleuve se dirigeait vers la mer, mais la chaleur devenait telle que ce Commandeur lança une sorte de sollicitation à devancer l’appel pour griller, le plus tôt possible, corps et âmes et souvenirs, dans la géante qu’allait devenir notre soleil, puis dans la naine qui succèderait à cette géante que fut l’astre suprême. Là seraient enfin accomplis les désirs secrets de nos urnes démocratiques : être enfin tous mêlés, mixés… le Roi Soleil avec Fantine, les pharaons momifiés et les cadavres de Pompéï, le vieil azur, la licorne et sa dame, la mer toujours recommencée, salopée à jamais maintenant, pourrissante, faisandée par tous les corps migrants partiellement dévorés. Aubaine pour les poissons, ces salopards qui font ventre de tout, viandes rongées par les crabes, les rascasses, et même les majestueux hippocampes ces salopiots, élégants décortiqueurs, rats rongeurs de nos profondeurs.

    Ô sainte Humanité, enfin unifiée dans l’amour fou de la matière céleste et divine, joliment engloutie dans le prochain brasier solaire. Gloire à la fin de l’homme, cette gifle à la vie, enfin matée… Cendres et poussières, laves de feu. Magma qui n’en a plus rien à foutre du boson de Higgs. Les uns dans les autres à jamais hommes ardents et femmes ardentes : Léonard de Vinci et Jean-Luc Godard, Marilyn Monroe et Rachida Dati… Gilles Deleuze et Pauline Carton, William Shakespeare et Lolo Ferrari, Marguerite Duras et Marc-Olivier Faugiel, Dominique Strauss-Kahn et Camille Claudel, Yourcenar et Bigard, Hitler et Anne Frank, Sigmund Freud et Onfray, Bardot et Picasso… Etc. etc. Oui bien niqué le boson de Higgs.

     

    Moni Grégo

    *

    Écriture à La Coquette de Toulon, sous la direction de Jean-Claude Grosse, pour L’Été du Léthé du 1er juillet, aux côtés de Fabienne Ashraf, Isabelle Barthélémy, Marilyne Brunet, Sylvie Combe, Christian Darvey, Yves Ferry, Michelle Lissilour, Éric Méridiano, Lionel Parrini, Wianney Qolltan, Raphaël Rubio, Pauline Tanon.

     

    Naufrage ?

    Partie 1

     

    ... la douleur, la peur, Elvire, la douleur, la peur, Elvire, alitée : flagrant des lits, la douleur, la peur, l’horreur, la douleur, Elvire, alitée, la douleur, délires, réel : flagrant délit : la douleur, sale mine, mal : termite : mal-termite : broyeur, vide, rongeur, rapide, rageur, vengeur, y a erreur, erreur sur la victime, acide aminé, incident miné, mine de plomb acariâtre, verdâtre, rageur, vengeur, y a erreur sur la victime, sur la victime, erreur sur la victime, victime, y a erreur sûr, la victime, la douleur, la peur, l’horreur, y a erreur, sûr, erreur sur la victime, virale,erreur virale sûre, la victime, rassure pas, la victime, y a erreur, y a effroi, la douleur, mal : termite, mal-termite : broyeur, vide, rongeur, mine de plomb acariâtre, étau qui broie, étau étroit, étau, qui broie, toqué, fou, qui broie, qui broie, toqué, qui broie, toqué, broie, broie, broie, du noir, noir, intense, intense, noir intense, sentiment castré, déglingué, dégingandé, plus rien, rien, du noir, broie, du noir, noir, du noir, noir , noir , noir, intense, sentiment abîmé, noyé, castré, noyé, noyé, castré, limé, éliminé, mal mené, miné, né, et mort, mené par le bout du mal, malmené par le mal : termite, mal-termite, paterne pas terminé, termite, mite, imite acide, crée du vide, rongeur, rageur, vengeur, vengeur...de quoi ? vengeur de quoi ? mangeur de couenne, mal : rongeur, rapide, rageur, vengeur, y a erreur sur la victime, y a abîme, mal : acide à miner, sévices animés, vice miné, vissé, service compris, sévices complets, vices accomplis, mal qui prive, Elvire qui prend, Elvire qui rend, mal qui prive, vices et complices, vices sans polices, sans contrinventions, en contrat d’insertion, contraint à l’insertion, à l’encontre, contre, contre, contre, contre, con, la tête contre, les murs, contre, les murs, en contrat d’insertion, contraint à l’abandon, à l’encontre, contre, vices, sévices : mal qui prive, mal compris, y a erreur sur la personne, y a Elvire qui détonne, qui délire, qui, qui, qui , qui , qui , qui ? Y a Elvire qui soupire, pire, y a Elvire, qui, au pire, pire, condamnée à errer, y a erreur sur l’ermite, mal : mal-termite, termite mâle, broyeur, termine pas, broyeur, acide, termite, mite, imite acide, rongeur, acide aminé, suicide a miner, animé par subside, insecte acide, mal : acarien, rongeur, attaque sans limite, flagrant délit, délices en friche : compte en Suisse, mal- termite, broyeur, termine pas, Elvire : ermite, ermite dans sa douleur, termine mal, mal en profondeur, fondue dans l’horreur, mal-en-odeur, couleur pâle, vermifuge, refuge néant, refus sans, refus lent, inexistant, inconscience suspendue, absence interdite, dite facile, improbable, miracle raté in extremis, Elvire, odeur rance, souffrances, souffles courts, hymne à l’amour, à l’obéissance, secours figé, oublié, frelaté, discours inutiles, débits débiles, hymne à la mort, pas encore, Elvire, souffle court, couleur grise, mine, grise mine, plomb, Elvire, ermite, ermite dans ta douleur, couleur pâle, termine mal, mal-en-odeur, rance, grise, mine, plomb, grise, plomb, mal : frayeur, termite, rongeur, extermine, mal, frayeur, terreur, terreur, terreur, y a erreur sur elle, Elvire, toi, seule, ermite, mal au corps, mal : dévore, encore, encore , encore , encore, mal au coeur, la douleur, Elvire, les leurres, les leurs : passent, les leurs : riens, passent, la douleur : impasse, la douleur : impasse, les heurts, les heures passent, passent, passent, passent, les leurs, les leurs, les leurs, il est l’heure, pas encore, pas, pas, pas, les heurs, les leurres, les douleurs, déflore, dévore, tu dors mal, tu dors pâle, en mal, mal d’aurore, mal : termite, écrasement, fureur : même pas, place vide, regards : vides, vie : vide, expressions rares, vie vide, livide, expressions rares, sourires hagards, faibles, à peine visibles, filaments blancs transparents, parenthèse vide, parents terribles, enterrée, pas encore, par intérim, et encore, mal : dévore, expressions rares, sourires hagards, à peine visibles, parents absents, fils coupés, fille-ermite, je suis là, je suis là, Elvire, y a erreur sur le regard : fil vitreux, livide, creux, sans vie, sans intrigue (intrigue pourtant), toi Elvire, seule, je suis là, presque seule, Elvire, sourire vide, y a erreur sur la candeur, (grandeur pour tant), fièvre, mal a dit : « encore », mal a dit « errance », elle a dit : « d’accord », elle a dit : « mal », j’ai « mal » , elle a dit peu, et : presque rien, quoi- ?tu veux quoi- ? elle a dit : « rien », elle a dit : « rien », elle a rien dit, elle a dit « peux », « peux plus », dis, dis, dis, dis : encore, dis, encore, Elvire, elle a dit « rien », peut plus, rêve plus, cyanure elle rêve, tente pas, pas encore, veut pas, peur, mort, pas encore, pas l’odeur de cadavre, pas exquis le cadavre, pas franchie la muraille, le braille de la mort, la langue des signes isolés, l’insupport, le geste décisif, incisif, perdu, fou, feu follet intrépide et vif, pas encore, feu follet, geste impudique, trop d’efforts, Elvire, sur son lit, vide, pas encore, trop d’efforts, Elvire, sur son lit, le lit d’eau, stagnante, coule pas, à flots, de larmes, coule pas, à flots, à ras bords, lit tranquille, île flottante, parodie menaçante, paradis, paradis, rêve,

     

    Partie 2

     

    Soudain, Elvire, sourit, là, je rêve, Elvire,sourit, sourit, va, paradis, dit possible, encore, paradis, dit possible, Elvire dit : « peut-être », elle dit : « peut naître », un souffle, peut n’être qu’un instant (peut être pourtant), peut être reposant, printemps : Elvire née sans, là : printemps naissant, Elvire mal reçue, mal sans interdit, brisures, là pourtant sens naissant, portant espérance, douceur latente, apparente, luminescente, chance en puissance, Elvire, née avec sans, avec sens interdits, sang figé, dépareillé, ignifugé, là : printemps, un instant, espoir naissant, pour tant, peut n’être qu’un instant (peut être pourtant), espoir naissant, non muselé, souffle court, long cours vers vie, court vers vie, long cours vers vie, vers vie, vers vie, cours vers vie, long cours, souffle long, long vers, long vers vie, cours vers vie, rivière limpide, course lente vers l’essence, peut n’être qu’un instant (peut-être pourtant), printemps (peut-être vraiment peut être), peut être souffle lent, lent, s’éloigne du couchant, lent, marche à l’ombre puis vers rayon vert, atteint le rayon vert, le vert lumière, à toi, Elvire, l’indicible rayon vert, à toi, un instant (peut être vraiment), le vert lumière, l’onde file vers le rayon vert, entre ciel et mer, aux confins des univers, des univers étirés, allongés, offerts, étirés, allongés, illimités, donnés pour tant donner (pourtant), désirés depuis... des années depuis...des années depuis...des années de larmes sèches, là enfin à portée d’espoir, là : rivière limpide, course lente vers l’essence, cours moussu glissant vers renaissance, idée d’aller mieux, d’aller /peut aller peu mais/peut aller mieux, mieux, mieux, aller mieux, faire mine d’aller mieux, faire semblant de passer du gris au blanc, du blanc au rose, du rose à l’opale, au doré, au hâlé, mieux, absence tout d’un coup de douleurs, d’étaux, être capable d’aller, d’aller, marcher, marcher, Elvire, nager, entre deux aubes, entre autres temps, là, éperdument abandonnée, donnée au souffle, au rayon vert, donnée, à la beauté, capable de s’émerveiller pour des prunes, pour des dunes de sels dorés, des auréoles boréales, des aurores idéales, des alignements mythiques d’arbres au vert Cythère, là, te baigner dans la sphère, outremer, outreterre, vite animée, vitaminée, Elvire, sourit, à moi, sourit, à moi, moi sans douleur, Elvire, sourit, à moi : Larry, Elvire, heureuse, miracle, heureuse elle a ri elle a ri elle a ri : «elle arrive elle arrive elle arrive, Larry, elle arrive Larry Larry Larry Larry elle arrive la rive la rivière la rivière la rivière la rivière hier hier hier l’enfer hier l’enfer hier l’enfer : l’infect, là : la rivière la rivière la rivière » oui, Elvire, doucement, Elvire, doucement, Elvire (prends ton temps), ton temps (prends ton temps), la rivière la rivière la rivière elle arrive elle arrive elle arrive, Elvire, la rivière, elle arrive, vers toi, vertige, attends, elle arrive, respire, Elvire, pas trop vite, ça tangue, Elvire, ça tangue, tangage, tangage, tangage, tangage, t’engage pas, t’engage pas, pas trop vite, Elvire, pas trop vite, la vie pas trop vite, la vie, ça tangue, ça tangue, ça tangue, prends ton temps d’oublier : la douleur, prends ton temps d’oublier : la douleur la douleur, prends ton temps d’oublier t’engage pas, les restes : la douleur, le mal, on verra , les bagages : on verra, les restes, les bagages : les orages, les rages : on verra les rages : on verra, les rages : on verra, les bagages... t’engage pas, sage sage sage sage reste sage respire, Elvire, respire, tantage, tangage, t’engage pas, Elvire, t’engage pas,

     

    Partie 3

     

    soudain : virage, tapage : retournée, barque : retournée, barque retournée ! retourne retourne retourne retourne tourne retourne tourne tourne retourne toi, plus vite, retourne, toi, plus vite, plus vite, toi, plus vite , plus vite , plus vite, vite , vite , vite , vite, plus vite, vite, vite, vite , vite vite vite vite vitevitevite vis vis vis vis vis vis, Elvire, vis, Elvire, regarde, rivage, regarde, rivage, courage, Elvire, rivage, corps étalé, ton corps étalé sur rivage, étalé sûr, rivage, étalé, Elvire, respire, ton corps : est allé sur rivage, allez, respire, Elvire, respire, reste, reste, reste, reste, vis, vis, vis, allez, vis, respire, vis, respire, vis, Elvire, Elvire, allez, respire, vis, Elvire, allez, respire, respire, je t’aime, Elvire, je t’aime, Elvire, vis, respire, courage, allez, laisse pas, m’laisse pas, m’laisse pas, m’laisse pas tomber, tombe pas , tombe : trop tôt, m’laisse pas, Elvire, m’laisse pas, vis, vis, Elvire, m’laisse pas, m’laisse pas, tombe trop tôt, m’laisse pas tomber, je t’aime, Elvire, je t’aime, Elvire, elle elle elle ellelleelleelle elle est belle elle elle elle est elle est elle est elle est elle est..., pas partir, elle est, allez, vis, pas partir, pas, pas partir, pas partir, Elvire, allez, vis, respire, vis, respire, allez, allez, elle est, elle est, elle est, elle, elle, elle, elle est, respire, allez, vis, pas partir, je t’aime, elle est, vis, souviens-toi, vis, souviens-toi, vis, souviens-toi, et moi, émoi, émoi, souviens-toi, émois, seuls, à deux, courage, souviens-toi, à deux, les yeux bleus, à deux, les enfants, beaux, blonds, feux, à deux, m’laisse pas, je sème, je sème, je t’aime, Elvire, rêve, respire, courage, te rends pas, accroche-toi, et moi, rêve, encore, accroche, toi, et moi, seuls à deux, le désert : autour, la paix : aux corps : les caresses, les envies, vis, les enfants, les sourires, les désirs, aux corps, au secours, accroche-toi et moi, encore, juste un peu (pour tant) effort, pour eux, pour nous, pour toi, pour vivre, pour voir, pour croire, pour apprendre, pour souffrir, pour rêver, pour sentir, pour comprendre, pour savoir, pour l’espoir, perle d’espoir, perle d’espoir, pas perdre espoir (pour tant), pas perdre, pas, pas, pas pas pas pas pas pas pas, pas quitter, pas quitter, je t’aime, je rêve, je suis là, là, je suis là, là, là, là, je suis là, je suis las , je suis las , las las las las, aidez-la, aidez-la, des mots, des bras, aidez-la, au delà des entailles, des brûlures : déchirures, du mal : termite, Elvire, pars, pars, pars, pars, si tu veux, pars, si tu veux, pars, tu ne veux pas, tu ne veux pas, tu vis ! tu vis ! je t’aime, maintenant : c’est vivant, c’est du vent, des vagues, des souvenirs : vagues (pourtant), des souvenirs, c’est vivant, je t’aime, c’est vivant, c’est du vent, je pleure, je vis, je meurs, je vis, pars, reste, comme tu veux, c’est vivant, reste, pars, comme tu veux, c’est vivant, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime...

     

    Wianney Qoltann'

    « Laissez passer »

    texte de Pauline Tanon

    Extrait d’un poème inédit d’Armand GATTI :

    pierres

    de grande mer peuplant les géographies enfantines

    elles ne servent à marquer ni le nord

    ni le sud

    elles ne font point signe

    aux bateaux en souffrance

    elles échappent aux manuels scolaires

    Lorsque couvertes par le sel des larmes

    elles parlent de trésor enfoui

    c'est de trésor appris aux récréations

    des cours élémentaires

    Leur dessin à la craie

    sur les murs des préaux

    les disent accessibles

    Mais

    tu les as toujours ignorés

    [Sur la mer]

     

    Elle – (sur l’air de la chanson « Les petits papiers » de Gainsbourg)

    Laissez passer les p’tits papiers

    Papiers d’Irak ou de Syrie

    De vos hublots, bien calfeutrés,

    Laissez passer…

     

    Lui – Marie Madeleine donne un grand coup de rame, si grand, si enragé, qu’elle se brise (la rame, pas Marie Madeleine, Mim l’Invincible !). Je te regarde, Mim, et je m’agace de ne pas savoir vers quelle(s) direction(s) – au singulier ou au pluriel – tu ramais ? Voilà ta pagaie réduite en deux morceaux. Ils te tombent des mains et tu les jettes, les abandonnes aux courants marins, dont je ne sais rien et dont ma jalousie s’inquiète. Réponds.

     

    Elle – Si tu m’écoutes.

     

    Laissez passer les p’tits papiers

    De Mossoul ou bien de Gaza

    De Jordanie ou de Turquie

    Laissez passer.

     

    Laissez passer du Sud Soudan…

     

    Et merde !

     

    Lui – Mim ?

     

    Elle – Suis-je recherchée ? Assise à fond de cale, quelque part au large d’îles sans visage, je pourrais tenter de me laisser dériver… au risque de revenir à mon point de départ.

     

    Lui – Ou de couler.

     

    Elle – J’ai trouvé derrière le gouvernail un couteau, alléluia, qui porte un drôle de nom : c’est un nontron.

     

    Lui – Un intrant ?

     

    Elle – Non, un nontron, avec on et haine avant, non.

     

    Lui – Non-tronc, comme la femme-tronc que tu es, Marie Madelon, assise dans ta barquasse sans moteur ni voile, cachant tes jambes et tes pieds et… ton « séant » et ton visage même derrière tes longs cheveux épars ?

     

    Elle – Nan. Nontron, n, o, n, t-r, o, n. Fabriqué en Dordogne, dans la ville du même nom, dans du bois de buis bien dur. Fine lame ! Saurais-je m’en servir ? Faut-il le manier de la main droite ? ou de la gauche ?

     

    Lui – Que veux-tu en faire ?

     

    Elle – Ou à deux mains ? Je vais commencer par tailler une nouvelle rame. Et quand j’arriverai au port, doux Jésus, je le plante dans le ventre du premier qui me barre la route.

     

    Lui – Mais quelle route, Mim ?

     

    Elle – Ce nontron m’étonne, comme si je l’avais déjà tenu dans ma main autrefois, il y très longtemps, dans une autre vie. Qu’en dis-tu ?

     

    Lui – C’est un symbole phallique.

     

    Elle – Aurais-je été un homme dans une précédente existence ? Pourtant ces cheveux, ces seins, ces lèvres, leur douceur, leur poids, leur galbe, je les sens tellement miennes !

     

    Lui – Miens. Le masculin l’emporte.

     

    Elle – Je les aime tant… Je les connais mieux que personne. Non ! D’autre chose qu’un sexe ce nontron est le nom ! Je trouverai ! La mémoire me reviendra.

     

    Lui – Elle a fini de sculpter une nouvelle rame. Elle l’empoigne et repart énergiquement sur ces eaux dans la nuit nouvelle baignée dans par la lune apparue. Son rafiot s’éloigne.

     

     

    *

    * *

    [A Toulon]

     

    Elle – Approchez ! Approchez ! Monsieur ? Un jaune ? Un Picon bière ? Un Daïkiri ? Un Fred-Zizi ? Vous ne connaissez pas le Fred-Zizi ? C’est un vin cuit remis à la mode par les propriétaires d’un vignoble de Frontignan, près de cette île singulière de Sète. Ils ont décidé de le ressusciter. C’est pas mauvais et puis surtout c’est drôle, Fred-Zizi, hihi ! Approchez, mais sans toucher ! Personne n’a le droit de me toucher !

     

    Lui – Pourquoi ?

     

    Elle – Ben je ne sais pas. C’est écrit.

     

    Laissez passer la p’tite pépé

    Des bords d’la Méditerranée

    Y’a pas d’souci, pouvez zyeuter

    Mais laissez passer !

     

    C’est parti : trois Fred-Zizi pour la cinq ! Si j’ai pas honte d’être si idiote ? Non, toute honte bue avec toutes les larmes de mon corps. Je ne pensais pas, bien sûr, débarquer dans ce rade de « La Coquette » en arrivant à Toulon. « La Coquette », c’est pas le nom du strabisme ? D’une femme qui louche, on dit qu’elle a une coquetterie dans l’œil, non ? Eh bien, vous y êtes : ici, c’est le plus louche du louche !

     

     

    *

    * *

    [Toujours à La Coquette, elle devant son ordinateur, lui sur l’écran : elle le skype]

     

    Elle – Mon doux Jésus !

     

    Lui – Elle coupe une tranche de saucisson de Toulon en riant aux éclats de sa stupide blague. Devient vulgaire.

     

    Elle – Non, vraie !

     

    Lui – Ah ?

     

    Elle – Vrais, les chiottes détraqués, la gouttière qui fuit, la machine à café en panne. Vraie ta cuite, vraie ma fatigue, vraie ta trique, vraie… vraie… Pas vrai ?

     

    Lui – Non. Je ne te désire pas.

     

    Elle – Tiens donc ! Tu veux un dernier Fred-Zizi ? C’est moi qui régale.

     

    Lui – Pauvre Mim, où t’en vas-tu ?

     

    Elle – Aporie. J’ai vu ce titre sur la couverture d’un livre dans la salle d’attente chez le gynéco cet après-midi. Tu sais ce que ça veut dire ?

     

    Lui – Qu’allais-tu faire chez le gynéco ?

     

    Elle – Des examens. Des examens du ventre. Sais-tu ce que c’est ?

     

    Laissez passer les p’tits bébés

    D’Afghanistan ou d’Ethiopie

    Ou bien même de Grande Papouasie

    Laissez passer

     

     

     

    texte de Sylvie Combe

    Elle est là, elle attend

    Elle ferme les yeux et se voudrait Madeleine traversant la mer, libre, entourée de vent et d’incertitude

    Ne pas savoir pour ne pas avoir mal

    Le désespoir l’occupe toute entière

    Elle se penche, écoute le cœur de l’Autre

    Puis passe son visage au travers des grilles

    Bientôt elle devra choisir

    Mais ce choix là n’en est pas un

    Une mascarade

    Elle le sait, ça lui fait tordre le ventre

    Aucun miracle ne viendra aujourd’hui

    Les paroles ont disparu

    Seul le bruit des cigales au loin, l’odeur des poubelles putréfiées par l’été, le cri des enfants désœuvrés l’accompagnent

    Seule

    Elle retourne auprès de l’Autre

    Bientôt ne restera que les battements de son cœur à elle

    Elle ne pense pas encore aux larmes

    Elle est dans la mort d’avant

     

    Tordue sur son lit, le dégout entre les jambes

    Elle accouche de son chagrin

    Son ventre est dur et froid comme la terre

    L’Autre est seul maintenant

    Et n’a plus besoin d’elle

    Inutile corps sur le drap

    Elle sent sur son bras encore un peu le souffle de l’Autre

    Encore un peu le corps de l’Autre

    Sa couche est l’antre de la douleur

    Elle y reste longtemps pour l’ancrer là

    Pour ne pas qu’elle se déplace ailleurs

    Sentant qu’ici, elle pourra la dompter

    Elle contemple le plafond, cherche un signe

    En voit mille et finit par sourire

    Ses larmes coulent et elle les laisse l’inonder

    Elle est dans la mort du juste après

     

    La souffrance s’est transformée en absence

    Restent parfois des empreintes immenses et nues

    Qu’elle foule en esquissant le quotidien

    Elle connait le temps que prend l’oubli

    Joue avec lui par touches discrètes

    S’arrangeant de la langueur d’un jour ou le fatras d’une nuit

    Elle sait aussi la lenteur silencieuse

    La résilience ordonnée où tout pourra être encore beauté
    Luxe, calme et volupté.

     

    Sylvie Combe

    Je suis tout , dans ma chair et mon sang. Je suis ceux d’avant et ceux d’après. Je suis la terre et le ciel. Moi, Madeleine, j’ai souvent rêvé de mon destin car je savais qu’il serait unique. Chaque jour, j’emprunte pieds nus les chemins de terre aride en rêvant de fleurs que je n’ai jamais vues. Mon nom est celui d’une sainte dont le ventre ne produira jamais de fruits. Pourtant je sais qu’un homme m’attend quelque part ; qu’il prépare ma venue avec impatience et obstination mais que lorsque je m’installerai, confiante, dans le foyer qu’il a construit , il se détournera peu à peu de moi. Je regarde l’horizon et je sais que la seule véritable existence se trouve de l’autre côté. La ligne blanche est une impitoyable ,lame tranchante qui,chaque nuit égorge et punit mes frères de leur témérité, buvant le sang qui s’écoule en fumée dans l’opacité de l’ abîme. Ce soir ce sera peut être mon tour. Ce soir je risquerai mon cœur , mes souvenirs et mes rêves. Je ne laisserai rien derrière moi pour que ceux qui restent se souviennent. Je n’aurai fait que passer. Dans l’embarcation fragile qui défiera les flots capricieux, je me protègerai de ma robe de coton, de mes cheveux, et d’un petit sachet de poivre. Avant que le soleil ne brule mes paupières, que la soif n’entaille ma gorge, que mes pieds ne frôlent les corps desséchés agonisant au fond de la barque, je l’ouvrirai. Chaque inspiration de brise salée et de parfum de terre sera l’imperceptible souffle frais qui me conduira là bas…

     

    Le fait d’avoir été choisie m’a gardée en vie. J’ai entendu l’appel dont je savais depuis toujours qu’il se ferait entendre lorsque je n existerais plus que par la sensation de m’absorber,  les vagues scintillantes me laissant entrevoir les joyaux de mon futur royaume. Il m’appelle ,Moi, grande dans la souffrance dont le prix est l’éternelle résignation à endurer jusqu’à la jouissance.
    Mes cheveux sont secs de sel et du sang des cadavres ayant fait la traversée sans être mangés par les poissons ou les hommes. La terre d’accueil est hostile. D’autres embarcations de fortune traînent çà et là, échouées et vides ; Nous , survivants , sommes extirpés de nos planches pourrissantes et acheminés vers la terre ferme. Séparés, triés, évalués. Foire aux bestiaux, marché aux esclaves. Deux hommes au regard sombre s’avancent vers moi en silence et me font monter dans une carriole. Je ne sais plus rien : je ne Le vois plus , ne L’entends plus. Malgré mon corps famélique et endolori, je sombre dans le sommeil le plus profond de mon existence. Au réveil, les deux hommes , silencieux, conduisent la carriole. Mon corps est léger comme une plume. Mes plaies et ma faim ont disparu ; mes cheveux sont doux et balayent mon visage, soulevés par le souffle à peine perceptible du vent . Il est de nouveau près de moi, me conduisant à sa demeure, je sens presque sa main frôler la mienne ; son regard étincelle à travers les branches, son sourire effleure mon cœur.

    Majestueuse, la grotte se dresse au sommet de la montagne. Son entrée est sombre, silencieuse, fraiche et profonde . J’explore ses cavités des heures durant et alors qu’il n’y a aucune lumière, je trouve mon chemin et distingue clairement les images gravées dans la roche . Apparait une madone au visage incliné . Ses yeux sont fermés et semblables à ceux d’un fœtus ne les ayant jamais ouverts. Dehors, des hommes vigoureux et élancés , identiques à ceux qui m’ont conduite jusqu’ »ici vont et viennent, transportent, acheminent, préparent. Ils ne me regardent pas . Au fil des semaines et des mois, je ne croiserai jamais leur regard, non parce qu’ils me respectent ou me craignent, mais parce qu’ils ne me voient pas. Au soir de mon arrivée dans la grotte, je me baigne dans un petit lac intérieur. La même lumière douce et tamisée me permet de voir mon reflet dans le miroir liquide. Tout est silence, quelques gouttelettes tombent irrégulièrement ,confirmant une présence discrète.
    Drapée de blanc, je me présente au grand soleil couchant, ardente dans l’altitude, remplie d’espoir et de confiance, offerte à sa bénédiction. Sa couleur ocre me métamorphose en la madone de la grotte, sa chaleur me fait renaître et valide mon entrée dans l’éternité. Je suis une femme phoenix, je suis amour et puissance, dans mon corps bout la lave de l »astre divin, je suis la vie qui rayonne dans son mystère et l’élue d’un homme qui n’en a que l’apparence.

    L’un de ceux au regard sombre me conduit jusqu’à une immense salle de la grotte. Enfin, Il est là. assis, drapé de manière identique à la mienne. Nous sommes les époux désignés et destinés. Il m’invite à m »asseoir à ses côtés et m’offre du vin dans une coupe d’or. Son sang. Son visage est d’une sublime beauté. Il m’interroge sur ma traversée , sur sa présence dans ma souffrance. Il ne me dit pas pourquoi je suis là. C’est par ce que je dois comprendre. Plus tard, il me prendra par la main et se couchera à mes côtés. S’enroulera dans mes cheveux en chuchotant que je ne devrai jamais les couper. Mon désir restera intact. Je passerai les prochaines années de ma vie à me promener au milieu des arbres et des plantes, à écouter le vent dans leurs branches et le chant des oiseaux qui deviendra peu à peu ma complainte. Je continuerai de me baigner dans la grotte et les gouttelettes commenceront à ruisseler le long des parois, laissant apparaitre des failles creuses et sombres.

    Un jour la lumière ne pénètrera plus dans la cavité. Il fera toujours froid, désormais sur ce versant de la montagne. Les hommes sombres ont empilés de lourds fardeaux sur des charrettes et ont quitté les lieux. Je ne sais comment Il s »en est allé. Soudain, un éclair a transpercé mon cœur et J’ai ressenti qu’il n était plus là et qu’il ne reviendrait jamais. J’ai su alors que mon devoir était de savoir et de comprendre L’humidité de la grotte s est infiltrée dans mes os qui sont devenus des morceaux de glace, conférant à mon teint une pâleur translucide.

    En automne, J’essayai parfois d’ingérer quelques rayons de soleil égarés mais en vain.

    Je suis morte de froid

    Mon destin ne fut pas d’aimer ; mon destin fut d’accepter.

     

     

    texte fondateur de Jean-Claude Grosse

    L’Amour de Madeleine
    Traduit par Rainer Maria Rilke
    (extraits)


     (...) Elle court donc, elle cherche, elle se consume, elle s’épuise, elle se déchire le coeur par des désirs violents. C’est là que l’amour, frustré de ce qu’il désire, entre en fureur et ne peut plus supporter la vie. Madeleine, pressée et tirée, ne peut embrasser Jésus qu’au travers des obscurités de la foi, c’est-à-dire qu’elle peut embrasser plutôt son ombre que son corps.
     Que fera-t-elle ? Où se tournera-t-elle ? Elle ne peut faire autre chose que de crier sans cesse avec
    l’Épouse : Revertere, revertere. Retournez, ô mon bien-aimé, retournez. Hélas ! je ne vous ai vu qu’un moment. Retournez, retournez encore. Ah ! que je baise vos pieds encore une fois ! Et Jésus cependant ne retourne pas ; il est sourd aux plaintes et aux désespoirs d’une amante si passionnée.
     Le Revertere de l’Épouse, c’est le vrai cantique de l’Église, comme ces autres mots : Venez, approchez, montrez-vous, percez les nues sont le cantique de la Synagogue. Celle-ci ne l’a pas encore vu ; mais l’Église l’a vu, l’a ouï, l’a touché, et il s’en est allé tout à coup. Elle avait tout quitté pour lui. Voilà, dit l’apôtre saint Pierre, que nous avons tout quitté pour vous suivre. Jésus ensuite l’avait épousée, prenant sa pauvreté et son dépouillement pour sa dot. Aussitôt après l’avoir épousée il meurt ; et s’il ressuscite, c’est pour retourner d’où il est venu. Il laisse sa chaste Épouse sur la terre, jeune veuve désolée, qui demeure sans soutien. Que peut-elle faire autre chose, sinon de crier sans cesse : Revertere, revertere, Retournez, retournez, ô divin Époux ; hâtez ce retour que vous nous avez promis. C’est pour cela que toutes les entrailles de l'Épouse ne cessent de soupirer après le second avènement de Jésus-Christ. Mais en attendant qu’elle le revoie, elle s’abandonne aux regrets.
     C’est donc en cet état de l’Église que s’accomplit cette parole du sacré Cantique : La voix de la tourterelle a été ouïe dans notre terre. Car, avant la venue de Jésus-Christ, on avait ouï la voix du désir et les plaintes au sujet du retardement. Mais après son Ascension, une autre voix, un autre soupir, un autre gémissement a commencé de se faire entendre. C’est le gémissement de l’Église privée de son Époux, qu’elle n’a possédé qu’un moment ; et c’est la voix de la tourterelle qui a perdu son pair, qui ne trouve plus rien sur la terre, qui cherche les déserts et les lieux affreux pour gémir et se plaindre en liberté. (...)

    © Copyright Editions Arfuyen 2014

    à rapprocher pour opposition avec L'homme qui était mort, nouvelle de D.H Lawrence

     

    épitaphe, à la Jodelle,

    les 4 derniers vers 749-752 de l'oeuvre de César de Nostredame

    (Les perles ou les larmes de la Saincte Magdeleine)

     

    Flore eut ses pleurs et l'Aurore ses larmes

    Echo sa voix, l'Amour chaste ses armes

    L'air ses soupirs, le rocher ses desbors

    Le Ciel a l'âme et Provence son corps

     

    Pétrarque (qui est passé à la Sainte Baume et à la Chartreuse de Montrieux)

    et Laure de Sade, aïeule du divin marquis

    apparentement entre l'amour de Pétrarque pour Laure dans Le Canzoniere

    et l'amour de Marie Madeleine pour Jésus Le Christ

    (Le Carmen de Beata de Maria Magdelena de Pétrarque, antérieur au Canzoniere)

     

    de René Char : Madeleine à la veilleuse (Fureur et mystère), Madeleine qui veillait (Recherche de la base et du sommet)

     

                          

    Oui je veux bien OUI


    Le narrateur – Bienheureux je suis. Pour vie nouvelle. Droit à un vieux souvenir. De l'ancienne vie. Vie de héros, de sage, d'ouvreur de voies ? En tout cas, j'ai eu droit aux Champs-Élysées. Je me souviens, je veux me souvenir de toi, Marie Madeleine. Il m'avait convaincu que j'étais son fils, le Fils de l'Homme. J'avais cru à ma mission de Sauveur des Hommes. Je me suis sacrifié. Ils m'ont crucifié. Père, pourquoi m'abandonnes-tu ? Phrase terrible. Désespéré, j'étais. Ces clous ! Cette éponge de vinaigre ! Saloperie de bourreaux ! Froids fonctionnaires de la mort en série. Mis au tombeau, j'en ressors comme Lazare, à qui j'ai dit : Lève-toi et marche ! M'a toujours fasciné ce retour de l'homme qui était mort. Tu sais qu'ils y travaillent les prophètes du futur de la Silicon Valley ? Ray Kurzweil, directeur de projet chez Google, annonce le retour de la mort pour 2037. Je ressors du tombeau. Et toi, Marie Madeleine, Marie de Béthanie, ils savent plus très bien les chrétiens, première à me voir, à y croire. Pourquoi l'homme mort que j'étais a accepté cette ascension ? Pourquoi te répondre Noli me tangere, à mon surgissement nouveau. Pourquoi te faire cette Promesse de retour à la fin des Temps pour le grand rassemblement des ressuscités ? Sais-je qui je suis ? Un Sauveur ? Un Salaud ? Marie Madeleine, entends-tu mes tourments ?


    Marie Madeleine dans la barque – Le fuir, fuir ce salaud. Toujours s'est refusé à rendre ce que je lui donnais, ce que je lui offrais. Mes palpitations du tréfonds, là où sont tapies les stupeurs pétrifiées de trop d'audaces. Pas assez gratuit mon don ? Donc prends ça dans les dents ! donc pas rendre ? Veut vrai don, don sans retour, don donc sans attente de retour ? C'est ça que je devais comprendre ? Oh Marie, ce mal de ventre, cette diarrhée diarrhée diarrhée é é é ! (3 jours plus tard, de plus en plus faible) vidée é é é ! (petite voix ). Oh Jésus ! Que se passe-t-il ? … Où suis-je ? … Toulon, Saint Jean du Var, La Coquette, Le Barbecue, La Plancha, 3 en 1, la Sainte-Trinité. Hahaha ! Je suis donc une Bienheureuse, autorisée à une vie nouvelle avec un vieux souvenir. L'Amour de Madeleine, traduit par Rainer Maria Rilke, sera mon texte fondateur, le fondement de ma vie nouvelle pour amour à l'ancienne. Marie-toi et sois soumise, dit le livre de la pratique extrême pour femmes ardentes. Oui je veux bien oui. Oh, ce coin de tonnelle pour tête à tête, à la Roméo et Juliette, au bord de l'étang, oui je veux bien oui ! Où ai-je entendu ça ? Ah oui, Cécile Morel disant dans le noir, de sa voix sensuelle, le monologue de Molly Bloom. Incroyable l'effet d'un texte chuchoté dans le noir ! Oui je veux bien oui. Place réservée au Revenant, au Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. Oui je veux bien oui. Place réservée à l'Épousée, jour après jour jusqu'à ce que ça fasse toujours, à Annie, la Revenante, la Bienheureuse, pour leurs 50 ans de mariage, ce 1° juillet 2017. Quelle réception ! comme il m'a embrassée sous la tonnelle je me suis dit après tout aussi bien lui qu'un autre et alors je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne ma rose rouge oui ma rose blanche oui et d'abord j'ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son cœur battait comme fou et oui j'ai dit oui je veux bien Oui


    Sous la tonnelle du tête à tête, le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – Quelle connerie ma première vie ! Croire que j'avais à les Sauver tous ! Quel orgueil d'Insoumis !


    Sous la tonnelle du tête à tête, la Bienheureuse Annie – Oui, quelle connerie de t'envoyer en l'air ! Ton ascension ! Alors que t'as pas été capable de rester en moi, le 14 juillet 1970, quand tu m'as éjecté par ton retrait du grand Orgasme Cosmique pour me ramener à la petite mort orgasmique. C'est pour me rappeler cette blessure de ma sexualité que tu fais ce miracle, d'une barque à la dérive à une table gastronomique ? Je vais te dire, fils de Pute. Tu as eu raison de revenir à la maison qui n'est pas celle du Père. Tu le sais que t'es né de Père Inconnu ? Que t'es né sous X ? Né du Saint-Esprit, 3 en 1 !


    Le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – D'où tiens-tu ce savoir qui me démolit ?


    La Bienheureuse Annie – 30 ans de vie grotesque dans la grotte, à te nourrir de tes larmes, ça te ramollit le bulbe et la vulve tu sais. Je n'avais pour me distraire que mes envols, sept heures durant, entre terre et paradis, au septième ciel, vol stationnaire, lévitation quantique. Ça y est, ils commencent à admettre que c'est possible, les cartésiens ! J'ai vécu dans ma chair décharnée que la Vraie Vie est ici-bas, que le Très-Haut n'est pas là-bas, là-haut mais ici, sous cette tonnelle, oui, je veux bien oui que tu ne me fasses pas l'Amour, ni le sublime ni le sublimé, oui je veux bien oui que tu me baises comme je le criais avec mes yeux, le 14 juillet 1970; oh mon Bien-Aimé, BAISE-MOI !


    Le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – Oh ce n'est ni miracle, ni magie. Sous cette tonnelle pour nos 50 ans de mariage, tu n'es pas un mirage, une image. Te voilà de retour, en chair et en os, ma disparue depuis sept ans. Tu as dormi du sommeil des sept dormants d'Éphèse. Tu t'es endormie, tu avais mal entendu Hamlet : dormir, rêver ... mourir peut-être. Lui, dit : mourir, dormir rien de plus, rêver peut-être. Tu t'es endormie après 14 apnées comme le jour de ta naissance, ma Bien-Aimée Valentine. Quel retour ! Vois comme le monde n'a pas changé. La modernité qu'ils disent ! Allez, on s'en tape de leur monde. Levons la coupe de champagne, de notre préféré, la Veuve Clicquot ! À notre amour au jour le jour ! Le livre ne le dit-il pas : Épouse-là et meurs pour elle, des hommes vrais pour femmes sans peur ? Oui je veux bien OUI. Cette nuit, Je Te Baise ! Épectase !


    La Bienheureuse Annie – Pas de Promesse ! La Preuve ! L'extase ! Oui je veux bien OUI.


    Jean-Claude Grosse, communément appelé J.-C.
    à La Coquette, Toulon, 1° - 4 juillet 2017

    roses rouges et blanches du mariage, la mouette à tête rouge, l'ivresse
    roses rouges et blanches du mariage, la mouette à tête rouge, l'ivresse
    roses rouges et blanches du mariage, la mouette à tête rouge, l'ivresse
    roses rouges et blanches du mariage, la mouette à tête rouge, l'ivresse

    roses rouges et blanches du mariage, la mouette à tête rouge, l'ivresse

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    Essentia, un film de Christian Darvey

    5 Juillet 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #poésie

    les tragédiennes sont venues de Saint-John Perse, mise en scène Dominique Lardenois, décor Jean-Michel Bruyère avec entre autres Dominique Lacarrière, Elizabeth Macocco, Caroline Giacalone, Denis Guénoun; en juillet 1986 au château de La Ripelle
    les tragédiennes sont venues de Saint-John Perse, mise en scène Dominique Lardenois, décor Jean-Michel Bruyère avec entre autres Dominique Lacarrière, Elizabeth Macocco, Caroline Giacalone, Denis Guénoun; en juillet 1986 au château de La Ripelle
    les tragédiennes sont venues de Saint-John Perse, mise en scène Dominique Lardenois, décor Jean-Michel Bruyère avec entre autres Dominique Lacarrière, Elizabeth Macocco, Caroline Giacalone, Denis Guénoun; en juillet 1986 au château de La Ripelle

    les tragédiennes sont venues de Saint-John Perse, mise en scène Dominique Lardenois, décor Jean-Michel Bruyère avec entre autres Dominique Lacarrière, Elizabeth Macocco, Caroline Giacalone, Denis Guénoun; en juillet 1986 au château de La Ripelle

    bonjour,

    que voilà un splendide travail accompagnant les écritures et écrivains du 19 juin à La Ripelle au Revest, là où furent créées Les Tragédiennes sont venues de Saint-John Perse mis en scène par Dominique Lardenois
    c’était en 1986 et bien sûr je ne pouvais pas ne pas penser au magnifique décor, la ville blanche d’un rivage de Méditerranée, réalisé par Jean-Michel Bruyère

    merci à Christian Darvey pour nous avoir saisis et immortalisés; il y a du Vent Gogh dans l'air
    30 ans après Les tragédiennes, ce 1° juillet 2016, au Théâtre de Privas, Dominique Lardenois recevait la médaille de chevalier des arts et des lettres des mains de Denis Guénoun, auquel on doit un événement énorme à Châteauvallon à l'été 1985, Le Printemps, dont personne n'a célébré le 30° anniversaire sur Toulon;
    alors qu’on a réussi à fêter les 25 ans des Comoni au Revest en juin 2015
    un très beau moment en présence des autorités et du public, des amis aussi;
    Dominique, directeur du théâtre de Privas depuis 13 ans, 2000 abonnés dans une ville de 7000 habitants, (promenez-vous avec lui dans la ville et vous allez voir comme les gens se précipitent sur lui) avait tenu à m'associer pour lui avoir demandé de mettre en scène Les tragédiennes sont venues de Saint-John Perse, sa 1° mise en scène en 1986, au château de La Ripelle au Revest, il y a donc 30 ans;
    émotion pour moi que ce moment où j'ai lu avec Nadine Demange-Lardenois, 3 poèmes dédiés, écrits à l'époque, tirés de La Parole éprouvée (Écrits de craie, pour Dominique, Horizons 1, pour Denis, Horizons 2, pour Elizabeth Macocco),
    1° juillet qui était aussi le 49° anniversaire de mon mariage avec la mouette à tête rouge
    1° juillet hélas de la disparition de Yves Bonnefoy, poète de la présence, pensée pour lui;
    voir le conflit entre l'auteur XXX et l’éditeur sur la poésie dans cette page
    beaux souvenirs avec en plus le plaisir d'une dizaine de rocks endiablés comme je les aime avec Sylviane, Céline, Elsa, Stéphanie et des sans prénoms;

    la prochaine saison du Théâtre de Privas commence par le fabuleux François d'Assise de Joseph Delteil joué par Robert Bouvier, que j'ai accueilli aux Comoni, en mai 1994,
    suivi de Qu'est-ce que le temps, d'après le livre XI des Confessions d'Augustin, mis en scène par Denis Guenoun avec Stanislas Roquette,
    spectacle qui sera donné à l'automne 2017 dans la cour de l'hôtel de Sully

    dernières anecdotes que je veux rapporter donc garder
    à la librairie La Fontaine à Privas, je parle de L’Homme qui aimait les chiens de Leonardo Padura à Denis; le libraire qui était prof alors à Reims, au temps où Denis dirigeait la Comédie de Reims évoque son enthousiasme pour La Levée, de Denis, sur La Révolution et de lui offrir le chef d’oeuvre sur Trotsky et son assassin, Ramon Mercader
    et bien sûr on a évoqué avec Denis, La Esmeralda, créée sur la terrasse de La Ripelle avec le TUT (théâtre universitaire toulonnais),
    jouait Phoebus de Châteaupers, l’ami Thierry Macia qui a un bien beau projet pour les 50 ans d’un théâtre, là-bas vers l'est
    j’essaierai d’y aller pour entendre de belles paroles sur l’art et la culture

    voici les poèmes, tirés de La parole éprouvée

    1 - à Denis Guénoun pour Le Printemps
    Horizons 1

    faut-il donc que les fils
    trouvent les repères nécessaires à leurs itinéraires de marchands

    que leurs pères n’ont indiqués sur nulle carte

    faut-il donc que les fils
    construisent les repaires que n’ont pas édifiés leurs pères

    repaires nécessaires sur leurs itinéraires d’aventuriers

    nous avons souffert
    des guerres de nos pères
    de leurs étendards sanglants

    nous avons à inventer
    en mettant à bas les banques de la possession

    n’est-ce pas les Bardi les Peruzzi

    en mettant à bas les églises de la perversion

    n’est-ce pas Sepulveda Torquemada

    sur le ventre dur de leurs certitudes
    avec nos mains d’Héraclès
    notre ingéniosité de Dédale
    nos désirs d’Icare
    nous avons à inventer
    la seule terre permise
    la seule terre possible

    la terre non promise

    la terre paisible

    2 - à Elizabeth Macocco pour Médéa

    Horizons 2

    faut-il donc que les filles
    trouvent les pelotes nécessaires à leurs itinéraires de labyrinthes

    que leurs mères n’ont pas laissées en héritage

    faut-il donc que les filles
    construisent les amers que n’ont pas édifiés leurs mères

    amers nécessaires sur leurs itinéraires de messagères

    nous nous sommes nourries des sourires de nos mères
    de leurs rêves d’amours flous

    nous avons à inventer
    très près du quotidien conforme
    n’est-ce pas Aïdée, Pasiphaé pleine de moi, ton Minotaure

    loin de l’ordinaire répétition
    n’est-ce pas Annie, Pénélope rêveuse de moi, ton Ulysse

    sur le ventre tiède de leurs mystères
    avec nos doigts de perce-neige
    nos bras de carrousel
    nous avons à inventer
    le seul amour aimant
    le seul amour vivant

    l’amour du dernier jour

    comme au premier jour


    3 - à Dominique Lardenois pour Les tragédiennes sont venues

    (et là un autre souvenir: lors de ma dernière visite à Privas, pour un Dario Fo, sur les pavés de plusieurs rues, un texte écrit à la craie, une lettre par pavé, Ulysse de Joyce, l’artiste ayant entamé un tour de villes pour y écrire à la craie tout Ulysse; comment ne pas penser au projet de Cyril Grosse, Ulysse in nighttown, interdit par l’affreux petit-fils de James Joyce, Stephen James Joyce; maintenant c’est dans le domaine public mais le projet ne verra sans doute jamais le jour; le texte de Cyril Grosse a été préservé dans Le gras théâtre est mort, maman)
    Écrit de craie

    Pour toi j’écris comme peu le font

    à la craie

    J’aime la craie qui s’efface
    Je déteste les décrets


    Mes textes ne laisseront traces

    À moins que ta voix ne les livre

    à l’écho du labyrinthe

    bon voyage dans l’univers de Christian Darvey, dans essentia

    Jean-Claude Grosse

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    Slam au lycée du Parc Saint-Jean

    6 Décembre 2006 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #poésie

    SLAM au Lycée du Parc Saint-Jean à Toulon



    Antoine MACIA

    Fier d'etre ce que je suis, fier de mes reves de mes envies.
    Et de partout ou la vie me mene je serais toujours le meme.
    Je ne suis pas un delinquand moi je ne frappe pas les gens
    Je ne suis pas Marc Dutroux je ne viol pas les petits bouts de choux.
    Moi je sui moi, normal, banal qui ne joue pas au flingue mais plutot a la balle.
    Mais pourtant la vie ne ma pas gatée j'ai pas mal d'exemple mais a quoi bon vous les citer.
    Les gens qui me sont chers disparaissent pas a pas et ce sont tout simplement la cause de mes tourments.
    Et c'est dans ces moment la que je tombe les bras et meme dieu ne peut rien pour moi il y a bien longtemps que j'ai perdu la foi.
    Mais je n'abandonne pas, je sais que ma vie changera.
    Et que si dans mon enfance les malheurs se sont enchainés, mon destin sera plein de bonheurs et de gaietés.



    Attends mais... qu'est-ce que j'fous là ?
    Cette question que tu te pose au moins une fois :
    - lors d'une réunion de famille où t'as forcément droit à "dis donc t'as grandi ! je t'ai connu t'étais comme ça
    - ou bien encore en classe, devant une feuille où l'on te demande d'analyser le positionnement des jambons Herta
    Voilà c'est dans ces moments là que tu t'arrêtes tout d'un coup et que tu te dis putain mais qu'est-ce que j'fous ?.

    T'en connais beaucoup des gamins qui ont pour ambition d'être vendeur ?
    Petit, moi j'voulais être médecin, comme le Dr Baker dans la petite maison dans la prairie, le genre de mec qui te soigne une hémorragie interne avec de la boue et du citron vert et du beurre

    Comment j'ai fait pour dévier autant ? Qu'est-ce qui a merdé ?
    Avec ma chance j'vais sûrement finir dans une banque. Pour l'humour c'est pas trop l'endroit, à part si t'estime que tu te planque et que tu te tapes un fou rire en faisant un Plan d'Epargne Logement.
    Mais je ne deviendrais pas un simple vendeur je serai un grand buisnessman plein d'ardeur et je vivrai un grand bohneur


    KREBS
    Jeoffrey
    Slam Pour SheinB

    Je vis dans mon univers, à moi seul,
    Où personne ne me fait la gueule,
    Et quand le soleil se lève,
    Je comprends que ce n’était qu’un rêve,
    J’affronte la vie comme elle vient,
    Et je me prépare pour demain,
    La vie peut changer en bonheur,
    Comme elle peut changer en malheur,
    Le soleil se couche alors comme tous les soirs,
    Et à mon tour je m’endors dans mes histoires,
    Je repars pour une journée,
    Tourmentée…


    Je suis une footballeuse heureuse.
    J'ai des qualitées mais rien que pour les exploiter.
    Je viens de là et de là bas, rien que pour toi.
    Je vais là ou tout le monde m'acceuillera.
    Je veux le bonheur et la joie, le mektoub tourne autour de moi.
    Manelle Segaier
    Daucé
    Jérémy
    Je ne regrette pas d’être toi, car moi c’est autre chose.
    Et autre chose ce n’est pas toi.
    Car toi et moi c’est différent.
    Et pour moi la différence entre toi et moi, c’est qu’on n’a pas les mêmes choses en communs.
    Alors donc rappelle toi, tu ne seras jamais moi.

    Mon pays c’est l’Italie, mais je ne regrette en rien d’être ici.
    Quand je suis là bas, je retrouve un peut de moi.
    Ici la plupart du monde est pourri.
    Les gens sont fous, on ne se respecte même plus entre nous.
    Liberté, égalité, fraternité, à quoi bon ?
    De nos jours plus rien n’est respecté,
    Même plus l’amitié.
    Anne-Sophie
    Allione

    Je suis perdu dans ce monde en folie
    J’ai qu’une seule envi, c’est de toujours pouvoir sourire à la vie
    Je viens d’un village assez perdu mais où même la bas les gens ne se respectent pas
    Je vais tous les jours à l’école, pour pouvoir m’en sortir dans la vie, mais je ne sais même pas plus tard où aller
    Je veux avoir beaucoup d’argent, de l’amour et une belle maison mais comment faire, de nos jours tout est bientôt fait qu’avec du piston.
    Anne-Sophie
    Allione


    BELAHOUANE Chemsdin
    Je ne regrette pas d’avoir tué George bush pour toute c’est conneri moi ça m’fait pas rire qu’il est tué au temps d’iraquien il est traite comme des chiens.
    Je ne regrette pas d’avoir mis un také à la bouche à George bush si je le touche il se couche j’ai toujours des balle pour faire mouche
    Si je ne vois pas le soleil briller je ne regrette pas
    Et si j’ai foutu la merde en bas je ne regrette pas
    Mais si j’ai menti a mère je regrette ça.
    Dans la vie tu sais on est ce que l’on est
    Mais l’essentiel c’est d’assumer ce que l’on fait
    Si dans se texte tu te reconnaît
    Tu sais on a pas le cœur au regret.

    Liberté, égalité, fraternité j'ai appris cette devise mais malgré tout cela;
    Mon pays la TUNISIE c'est la vie loin ou tous sont unis, sans mon esprit, la vie ne représente que le fruit de la nuit.
    Fierté d’être là avec vous et tous ensemble le mektoub et avec vous et moi inchallha.
    Pourquoi dans les tiékart sa roule et sa patrouille parce que sa sniff sous les porche, il y a foule.
    Je ne regrette pas d'être là malgré tout cela, c'est le mektoub.
    Manelle Segaier


    Ninerol Mickael

    1er Slam :
    Je voudrais faire un slam pour cette ville qui m'a vu grandir
    Celle qui m'a vu bruler mon ame et mon esprit
    Ou du lundi au samedi je faisaient des conneries
    Puis j'ai vu un ami partir un garde a vue
    Alors je me suis retrouvé seul et un peu perdu

    2eme Slam :
    Je voudrais slamer pour mes origines
    là ou je suis né mais ou j'ai pas grandi
    j'ai toujours regrétté d'etre venu ici
    d' avoir été obliger de quitter mon pays
    mon pays c' est ole pays basques
    là ou le surf et les vagues sont un mode de vie
    je suis fier de mon pays et de ses valeurs
    c 'est pour sa que je le conte en devenant slameur
    de ce pays je n 'ai connu ni les rouages ni les galeres
    et pourtant de ce pays jen suis fier
    ce pays je le pote dans mon coeur
    et pourtant tout le monde en a peur
    car l' ETA fait sa lois
    a coup de violence et d' attentats
    le pays basques et plein d' espoir
    les gens se battent pour qu ' il reste intacte
    les basques se battent contre ces impacts
    tout le monde signe des tracks contre ces attaques
    l ' ETA manque de tact
    pour faire passer leur message
    ce moyen n' est pas tres sage
    mais c' est radical
    j' espere que je t'ai convaincu
    si tu me traite de sale basques
    je te met mon accent dans le cul

    3eme slam :
    je m' exclame comme je slam
    pour enumeré cette verité
    cette réalité qui me tracasse toute la journéé
    je ne fais que révélé les dessous de la société
    la société se défoule sur nos quartier
    c'est a cause de sa que sa a fini par cramer
    je comprend pas pourquoi les politiques s'en prennent a nous
    nous les jeunes qui venont d'en dessous
    alors je lance un cri d 'alerte contre ces fonbous
    en leurs disant lachez nous
    dans la france d'en bas c'est la guerre
    cette jeunesse violente qui saigne
    ne dit plus que va niquer ta mere
    et quand tu voit sarko
    qui t ' attrape au karcher



    Força Corsa
    Je suis en stress dans se monde en détresse.
    J’ai mal au cœur de cette vie qui nous délaisse.
    Je viens sourire à tous ces jeunes qui encaissent.
    Je vais partir de ce pays qui est en paresse.
    Je veux quitter se monde qui nous rabaisse.

    Força Corsa
    Fier d’être moi car moi c’est moi et toi tes toi.
    La liberté est oublié, l’égalité est aveuglé, la fraternité est ignoré.
    Mon pays c’est ne pas trouver sa destinée qui nous donne envi de tous niquer.
    Je ne regrette pas d’ouvrir ma gueule dans cette société ou tout les gens sen veulent.
    Pourquoi sa brûle dans les tierquars ? ces à cause de tous ces gros battard sont trop avare.


    Santiago
    Kevin
    Je suis fier d’être ce que je suis et d’être bien aimes par mes amies
    Je suis fier d’être à l’école au lieu de rester dans la rue et de faire le con.
    Je suis fier d’être moi-même.
    Je suis fier de respecter les personnes qui me respecte.
    Je suis de jouer au ballon au lieu de casser des vitres.
    Je suis fier de ne pas être un délinquant qui vend de la drogue.

    Le passé:
    Liberté, égalité, fraternité tel est la devise.
    Je suis fière d'être ce que je suis et fière de ma famille.
    Je sais maman, que je t'ai fais souffrir, donc pour toi maman et pour vous mes frères et ma soeur,
    Un ptit slam pour notre nouveau bonheur.

    Un père :
    Tu a souffert et tu nous a sauver de se père dangereux et mal élevé.
    Tu as su nous élever seul et nous montrer que la vie est dure et compliquée.
    maintenant tes filles adorée ont grandi, ont découvert l'amour mais se méfient toujours,
    car on ne sais jamais se qui peu arrivé.
    Maman on sera toujours là pour toi comme tu l'à toujours été pour nous.
    on t'aime et sa pour toujours!
    Tu n'a pas voulue sa, des filles sans père mais c'est la vie.
    Mes frères on compris q'un père qui boit se disant innocent n'est q'un homme violent.
    Papa tu a fait des choses que moi, ma soeur et mes frères ne pouvons te le pardonné
    alors stp oublie nos coordonnées.
    Peres Anais


    Ici ça va brûler une fois de + des soucis
    Les jeunes ont envie mais le car cher veut nettoyer
    On aimerait qui il nous comprennent
    Ils auront le feu car ils ont semé la haine
    NICO sans hiérarchie va se faire pulvériser par SEGO
    Celle qui est royale est celle qui ne tire pas des balles
    Comme on l entend tjrs a pont carral


    Chérif ilhem
    Mon pays c’est là bas « la Tunisie » de l’autre coté de la mare nostrum.
    Quand je vais là bas je suis fière, je retrouve tout mes repères, mais quand j’suis ici c’est pas très joli.
    Franchement, on ose nous dire pourquoi ça brûle dans nos cités ? Mais c’est normal mon gars quand on ne respecte pas la devise LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE.
    Alors comment veux tu que sa ne brûle pas hein ????!!!!!


    Mon pays c’est un petit bout de terre dans un grand univers.
    Rempli de calvaires et de misères.
    Et moi je suis là je me demande ce que je fous là.
    La vie et comme ça c’est une trajectoire avec des haut et des bas et toute la terre est comme ça.
    Mais malgré cela mon pays c’est ma vie.

    Donat
    Samantha

    Ilslam (Alias Yazid)
    - Nos racines -

    -Mon pays c’est l’Algérie,
    Je suis fier d’être Maghrebi.
    -Mais je sais que dans la vie tu ne peux pas te faire que des amis.

    -Pour moi l’égalité,
    C’est le meilleur des respects
    -Que tu sois blanc, vert ou noir,
    Tu seras toujours un frère même si tu dors sur le trottoir.

    -Lundi j’étais avec Marco,
    Il est drôle mais c’est vraiment un fardeau.
    -Mardi j’étais avec Momo,
    Islamique sur les bords, à la fin il t’endort.
    -Mercredi j’étais avec Moïse,
    Lui il divise alors que moi je vise la paix.
    -Tout se suit jusqu’au Samedi.
    -Et enfin le dimanche,
    Soirée Playstation avec mes amis les Fashions.

    -Et mon cœur porte tout de même les couleurs du bonheur.



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    Slam au Lycée Beaussier

    6 Décembre 2006 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #poésie

    SLAM AU LYCÉE BEAUSSIER
    Sélection de slams écrits dans 2 classes de Seconde du Lycée Beaussier, le mardi 7 novembre 2006 avec SHEINB
    Les textes ne nous sont pas parvenus par mail: il a fallu les taper d'où la sélection et non la censure.
     
    Fière d’être vivante
    Fière d’être une femme
    Ce que je regrette c’est
    D’être vivante dans ce pays
    D’être une femme dans ce pays
    Ce pays qui n’est que mensonges
    Qui nous promet la liberté
    Alors que nos pensées sont enfermées
    Qui nous promet l’égalité
    Alors que nous sommes sous-estimées
    Qui nous promet la fraternité
    Alors que nous ne sommes même pas regardées
    Après tu te demandes pourquoi ça brûle dans les quartiers
    Mais parce que nous sommes révoltés
    Car nous sommes exploitées
    Fière d’être vivante
    Fière d’être une femme
    Mais pas de mon pays

    Lola

    J’ai 15 et non 20 ans
    Je suis une fille dont les yeux brillent
    Pourquoi ça ? je ne sais pas
    Je viens de quelque part
    D’où ? ne me demandez pas
    Je vais vers un monde meilleur
    Un monde plein de bonheur et sans malheur
    Je veux de l’amour
    Raconte-moi une histoire

    Amélie

    Je suis un être qui vient de naître
    Je veux des jeux où jeux veux quand jeux veux
    Je viens de loin des miens je suis loin
    J’ai un mois beaucoup de gens autour de moi
    Un mois c’est tout ça suffit pour faire un bon soldat
    Je vais là où ça me plaît
    Prisonnier des bombes
    Je me sens aller dans un autre monde

    Maurine

    Moi je suis celle qu’à l’école
    On montre du doigt car différente
    J’ai versé des larmes de honte
    D’avoir une couleur qui n’était pas la leur
    Je viens d’une île
    Que le soleil illumine
    Je vais dans un pays
    Où les différences ne sont pas
    Dans les consciences
    Je veux être moi
    Sans changer de personnalité
    Sans être le miroir des autres
    Être libre d’être moi
    Avec mes envies

    Andréa

    Je suis une ado de 15 ans
    J’ai pas la pêche
    Mon père est alcoolo
    C’est grave mais je l’aime quand même
    Les gens parlent sur lui
    Les gens sont hypocrites
    Les gens ne comprennent pas
    Ce qu’il endure c’est terrible
    Il est peut-être instable
    Il est peut-être faible
    Je viens de me rendre compte
    Combien il compte pour moi
    Je vais tenter de l’aider
    Autant que je le pourrai
    Je veux qu’il s’en sorte
    Pour lui je serai forte

    X

    Fières d’être ce que l’on est
    Autour de nous ceux qui ne savent que critiquer
    Fières d’avoir une passion dans la vie
    C’est ce qui nous fait avancer aujourd’hui
    Fières de danser
    C’est notre priorité
    Fières de ne pas fuir
    C’est ce qui nous fait grandir
    Fières de ce rêve merveilleux
    Dans un monde qui n’est pas comme on l’veut

    Caroline et Coline

    Corse à vie fière d’être Corse une Corse bien corsée
    Pour moi c’est ma nationalité
    Même si la France ne nous a pas libérés
    Fière de mon sang celui qui coule dans mes veines depuis 15 ans
    Même si je ne viens qu’au mois d’août
    J’emmerdre les pinzullus
    Qui pourrissent mon île de beauté
    Qui polluent les plages ensoleillées
    C’est le seul pays où je me sens bien
    C’est le seul pays où je vois mon destin

    Y

    Toi qui ne me connais pas
    Je suis la femme de ton malheur
    Toi qui n’es plus rien pour moi
    Je suis celle dont tu as peur
    J’ai pas envie d’te faire pleurer
    Mais juste te faire comprendre
    Que t‘es pas celui qui m’fait rêver
    Et moi l’objet que tu peux prendre
    Je vais peut-être te choquer
    Ou peut-être t’embrouiller
    Me dire que tout va bien
    Et que pour moi t’es plus rien
    Je viens pas ici
    Pour t’expliquer ma vie
    Je viens pas ici
    Juste pour qu’tu m’ souris
    Je veux tellement de choses
    Je veux trop dans la vie
    Je veux tellement de choses
    Mais t’es plus l’objet de mon envie

    Hélène

    Je ne regrette pas
    D’être née dans ce monde
    Qu’il soit pourri
    Je n’en veux à personne
    Ces femmes qui n’ont aucun respect pour elles-mêmes
    Ces enfants battus qui restent dans le silence
    Car s’ils l’ouvrent un peu trop
    Ils peuvent y laisser leur peau
    Mais je n’en veux à personne
    Ces hommes qui frappent leur femme
    Et qui leur disent qu’ils les aiment dès le lendemain
    Ces sans-abri qui crèvent à tous les coins de rue
    Mais de toute façon tout le monde s’en fout
    Ils sont rejetés de la société
    Malgré cela je n’en veux à personne
    Cette fille qui lance un appel au secours
    Mais personne ne l’entend
    On l’a retrouvée pendue quand elle avait 16 ans
    Ce gamin qui vit blotti dans la peur
    Un homme abuse de lui depuis maintenant trop longtemps

    Apparemment
    Il faut de tout pour faire un monde

    Naïs

    Je suis une fille de la Révolution
    La vie c’est ma passion
    J’ai 15 ans
    Et l’avenir devant
    Je viens d’une petite ville tranquille
    Même si c’est pas toujours la belle vie
    Je vais vers l’avant
    Jamais en arrière
    Car je veux un pays sans barrières

    Virginie

    Dans mon pays c’est la guerre
    Respectez-vous bordel de merde mes frères
    Dans mon pays c’est la sère-mi
    Vous les bourgeois aidez vos amis
    Dans mon pays le slogan Liberté Égalité Fraternité
    C’est juste une illusion pour nous aider
    Mais en vain nos efforts n’ont jamais été remerciés
    Par la société
    Dans mon pays les gens des cités se croient tout permis
    Les p’tits délinquants de 12 ans volent et conduisent des voitures
    Comme s’ils avaient le permis
    Dans mon pays les délinquants agressent les gens plus grands
    Putain mes frères soyez plus grands
    Oui plus grands dans vos têtes
    Dans mon pays je veux la paix entre frères et soeurs
    Car nous sommes tous pareils
    Nous avons tous un cœur
    Tous le même sang
    Tous le même sens

    Angélique

    Je suis triste
    Je n’arrive à rien pour le moment
    J’ai déjà foutu en l’air 2 ans de ma vie
    Je viens de comprendre que l’espoir fait vivre
    Et que sans rien il n’y arien
    Je vais enfin me reprendre en mains
    Je veux réussir

    Liberté Égalité Fraternité
    La devise des Français
    Sauf dans les quartiers populos
    Où ça commence à devenir chaud
    Pourquoi demandez aux politicos
    Que ce soit Le Pen ou Sarko
    Tous ces clampins ont les crocs
    Et qui exploitent ceux qui galèrent
    Pour pouvoir rester millionnaires
    Je ne regrette pas certaines actions
    Réalisées contre ces bouffons
    Si ça peut faire bouger les chose
    Pour que les gens cessent d’être morose

    Lisa

    Je ne veux pas choisir ce que je peux écrire
    C’est un art pour libérer ses pensées
    Arrêtez d’essayer de nous diriger
    Et donnez-nous un peu de liberté
    Un enfant donnant et devant prendre une décision à chaque instant
    Devant une mère pleurant tout le temps
    Laissez-le respirer pour qu’un sourire puisse enfin s’égarer
    Ne vous sentez pas concernés
    Je parle de ce monde qui nous guide sans arrêt
    Juste un peu d’air frais
    Pour éviter encore quelques larmes sans aucune utilité
    Je sais que c’est pour notre bien et c’est pour cela que je ne dis rien
    Désolé de ne pas avoir fait ce sujet qui m’était tant demandé
    J’ai défié l’autorité
    Mais c’est ce que je voulais

    Léa

    Je ne regrette rien
    Tout ce que j’ai fait dans ce pays qui est le mien
    Pourquoi regretter mon redoublement
    Ils m’ont sous-estimé
    Je suis passé
    Je les ai bien…
    J’dirai pas le mot c’est trop grossier
    Toutes les conneries d’aujourd’hui à quand j’étais petit elles sont passées
    Et d’autres vont venir
    Je suis fier de ma famille de moi-même et de ma patrie
    Même si on a perdu contre l’Italie
    Cette France ce pays où il y a de la joie et de la vie
    Mais c’est pas toujours cool
    Car de temps en temps ce pays brûle
    Pourquoi ne pas voter au lieu de tout faire cramer
    Pourquoi ne pas débattre au lieu de se battre
    Il faut attendre les prochaines élections
    Pour avoir la réponse à nos questions

    Clément

    Je ne regrette pas d’être une personne dont le cœur est rempli de pleurs
    J’ai vu les filles me donner de la douceur comme de la douleur
    Je vais là où le cœur m’emmène même si je dois connaître la peur
    Je sais qu’il y aura toujours quelqu’un quime sortira de la terreur
    Même si je suis dans le malheur j’y verrai une lueur qui me mènera vers le bonheut
    Malheureusement tout cela n’est qu’un leurre jusqu’à ce que je meure
    À ce moment-là j’entendrai ma famille en chœur me demander pourquoi je les ai qittés
    Et je dirai que c’était l’heure
    Peut-être que j’aurai laissé tomber ma sœur
    Mais je l’aurai déjà prévenue
    Que dans ce monde tout est fait d’horreurs

    Jonathan
     
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    Slam aux Lycées Rouvière, Jean Aicard et Parc Saint-Jean

    6 Décembre 2006 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #poésie

    Slams du Lycée Rouvière à Toulon
     
    Certains slams écrits par les élèves du Lycée Rouvière le lundi 6 novembre dans le cadre de la semaine du slam avec SheinB et Les 4 Saisons du Revest nous ont été communiqués. Nous les mettons donc en ligne. Après un slam de SheinB et une définition du slam, les élèves ont écrit
    2 textes,
    le 1° sur les amorces suivantes: Je suis,    J'ai,    Je viens,    Je vais,    Je veux; 
    le 2° sur les thèmes suivants: Liberté, Égalité, Fraternité;    Mon pays c'est;    Fier d'être;    Pourquoi ça brûle dans les tiersquart;    Je ne regrette pas.

    Une scène slam a eu lieu le lundi 6/11 vers 18h à Rouvière qui a rassemblé une quinzaine de personnes. Le mercredi 8, ce fut à la Maison des Comoni: une quinzaine de personnes. Le jeudi 9/11, au lycée du Parc Saint-Jean: plus de 100 élèves et adultes. Les vidéos reprennent des extraits des 3 scènes.


    Les quartiers brûlent car la politique fait des bulles
    L’hypocrisie a envahi Sarko
    De ce fait les bus brûlent
    Les cités hurlent c’est un vrai fardeau
    Pourquoi une telle injustice ?
    Où est passée notre devise ?
    Les flammes ont brisé le silence de l’injustice
    Et de leurs actes les jeunes pâtissent.
    MOUROU

    Mon pays était celui de la liberté
    Une liberté trop souvent bafouée
    Bientôt interdit de fumer
    Mais jusqu’où vont-ils aller ?

    Peux-tu croire à l’égalité
    Quand tu es noir et que tu es dénigré
    Peut-on avoir l’espoir de tout changer
    Quand on sait que le FN va peut-être passer

    Comment faire pour tout changer
    Des voitures brûlées
    Des quartiers remontés et des mamies rackettées
    Mais comment éviter cette fatalité ?
    JULIEN

    Je suis un jeune alcoolo
    Je sais c’est vraiment trop tôt
    Je viens d’être convié, à des beuveries insensées
    Je vais encore être empégué
    Je veux seulement tout oublier
    JULIEN
    Mon pays c’est mon quartier
    Tous les jours des sans papiers se font brûler sur mon palier
    Fier d’être français ça c’est pas vrai
    Quand vous voyez tous ces immigrés qui se font insulter
    Tout ça il faut le changer ou bientôt
    C’est le drapeau français qu’on va calciner
    Tout ça pour vous dire que d’être français n’est pas de toute paix.
    ANTHONY

    Pourquoi ça brûle dans les quartiers
    Parce que les jeunes sont révoltés
    Abusés, trop souvent trompés
    Les quartiers ont des raisons de se manifester
    Parce que mon pays c’est un manipulateur
    Imposant la peur à ceux qui sont dans les quartiers
    Ceux pour qui liberté, égalité, fraternité
    N’est qu’un principe non respecté
    Les quartiers sont considérés comme des lépreux
    Alors qu’ils sont victimes d’injustice malgré eux
    Je ne regrette pas mes paroles amères
    Car si des yeux sont ouverts
    Je serais fier d’être celui à qui on le doit
    Si les quartiers ne brûlent plus grâce à ça
    JULIEN

    Fier de ne pas être un fils à papa
    Elevé dans les cités
    Bercé par le gangsta
    Je ne regrette pas
    D’avoir dealé pour un simple beretta
    Je ne regrette pas
    D’avoir passé toutes ces nuits dans un commissariat
    Je ne regrette pas d’être un futur taulard
    J’assume ce que je suis
    Et c’est mon instinct que je suis
    On me dit de penser à l’amour
    Avec tous ces faux culs dans les alentours
    Je serais mieux seul au milieu de mes tours
    Comme je vous l’ai dit
    Je vivais grâce au deal
    Rejeté par la société
    Je pense souvent à changer
    Mais pour moi c’est une impossibilité
    Pris pour cible par la justice
    Mon identité n’est plus qu’une seule série de chiffres
    Liberté, Egalité, Fraternité
    Tellement d’air brassé
    Pour peu de vérité
    Comment faire changer ces mentalités
    Qui nous parlent que pour nous condamner
    Mesdames et messieurs, nous sommes dans le troisième millénaire
    Alors pourquoi devons-nous nous mettre face contre terre
    Mesdames et messieurs,
    Je ne demande qu’une seule chose
    C’est de cesser le feu.
    ALEXANDRE

    Je ne regrette pas la vie que j’ai
    Je ne regrette pas d’être français
    Car dans d’autres pays où naît la misère
    Des jeunes de mon âge connaissent déjà l’enfer

    Je ne regrette pas d’être amoureux
    Car je sais ce que je veux
    Ce que je regrette dans ma vie
    C’est de ne pas savoir qui je suis

    Je regrette toutes ces conneries
    Qui n’ont fait que gâcher ma vie
    Hier j’ai dû assumer
    Et dans le malheur et le doute je sui tombé.
    MAËL

    Je suis un homme qui ne supporte pas d’écrire
    J’ai pourtant écrit ce slam
    Plus bidon que ça, ça n’existe pas
    Et pourtant je ne regrette pas
    De vous avoir fait partager ce texte
    Voilà c’est fini, j’ai plus rien à dire
    Alors j’peux enfin partir.
    GUILLAUME

    Je ne regrette pas de t’avoir embrassée
    Car au premier regard mes yeux ont brillé
    Quand j’ai compris que je t’aimais
    J’ai appris que tu me quittais
    Alors j’ai commencé à déprimer
    Car je ne pourrais plus jamais être à tes côtés
    Mais vivre je devais continuer
    Pour essayer de t’oublier
    Et tout recommencer
    Quand les blessures seront refermées.
    JÉRÔME

    Mon pays c’est l’accueil et la tolérance
    Mais c’est aussi la bêtise qui sent le rance.
    Sarko a acquis un karscher mais à quoi y sert ?
    C’est un blaireau de première qui pense qu’à sa tête.
    Monsieur de Villepin sort la tête que pour acheter du vin
    Mais il ne voit pas la misère sans pain.
    Heureusement la royalité arrive sur le terrain et l’espoir revient
    Elle est un peu centriste mais ça va pas être triste.
    ANTOINE

    Je suis Kévin, le roi du ring
    J’ai une telle envie de rentrer dans l’arène
    Je viens dans cette vie pour enlever toute la haine
    Je vais rétablir la paix
    Je veux que ce pays ne sente pas mauvais.

    Mon pays c’est la France
    Où nous sommes souvent solidaires
    Pour négocier les affaires
    Nous les gaulois,
    Ne respectons pas les lois
    Rien ne va plus
    Mais nous n’avons pas tout vu
    Je pense
    Que nous avons de la chance
    D’être dans un pays
    Comme celui-ci
    Nous vivons dans la souffrance
    Nous sommes toujours sur la défense
    C’est ainsi que nous vivons
    C’est ainsi que nous vivrons
    C’est comme ci ou comme ça en France
    KÉVIN

    Mon pays c’est de la merdre
    Je regrette vraiment de la perdre
    Pourquoi ça brûle dans les quartiers
    Dans mon pays comme dans ma vie il y a du laisser aller
    Le gouvernement perd la tête, dur d’être français
    Le respect disparaît de façon insensée
    Ça fait mal de voir les méfaits
    Qui se passent dans les quartiers
    De voir toutes ces voitures qui se font chambouler
    Mais la vie c’est comme aujourd’hui
    Dur d’être français.
    GUILLAUME

    Liberté, Egalité, Fraternité
    Sont les trois mots clés qui me font marrer dans ce pays où je suis né
    Mon pays est la France et ma couleur beur vient de mon origine maghrébine
    Cette origine qui est pointée du doigt
    Dans cette société qui pourrit au fur et à mesure que les jours passent
    Fier d’être né dans ce tierquart du 83,
    A Sainte Musse, chaleureux, où il fait bon vivre,
    Et oui, dans les quartiers, ça fait pas que brûler
    Brûler par ces jeunes pour lâcher la haine qui est au fond de leur cœur
    Ces jeunes qui font des sacs à l’arrache pour se faire des sous
    Eux qui préfèrent tenir les murs des halls
    que d’aller travailler ou à l’école
    Volent grosse moto, voiture, cross pour se la raconter
    Ou tout simplement s’amuser
    Se battent pour défendre un de leur quartier ou leur fierté
    T’étonne pas si tu les vois courir à la vue des flics
    Ou détaler de peur de se faire tirer par flashball
    Ou aveugler par lacrymogène ou se faire frapper en se faisant attraper.
    AÏMEN

    Tu te souviens de cette soirée,
    On était calés dans ton hall en train de papoter
    Toi et moi on se regardait les yeux dans les yeux
    Et tu m’as dit viens, on va chez moi regarder la télé.
    On est montés, on s’est calés dans ton canapé
    Et on a maté quelques séries télés
    Et puis tu m’as embrassé
    Tendrement
    Puis tu m’as caressée
    Soudainement, le temps s’est arrêté
    Quelques instants se sont écoulés
    Et t’as commencé à me forcer
    Tu te souviens de cette soirée
    Si particulière à mes yeux
    Ce soir d’hiver tu m’as violée
    Tous mes espoirs se sont envolés en fumée
    Et mes cauchemars ont commencé à arriver
    A cause de toi on m’a surnommée
    La jeune fille violée.
    Quand j’allume la télé, c’est l’actualité
    J’ai envie de zapper mais je reste bloquée
    Sur les enfants violés, tués
    C’est quoi ce monde de merde dans lequel on vit,
    Où on prend des enfants pour des objets
    Qu’on casse, qu’on déplace, qu’on brise.
    Dire que l’euthanasie, c’est que pour les chiens,
    Mais nous, les humains,
    On fait qu’aboyer,
    Nous on tue, on viole, on se drogue.
    J’aimerais savoir où sont le président et le ministre
    Quand je vois les parents qui sont tristes
    D’entendre dire j’ai perdu un copain.
    Et j’aimerais savoir pourquoi on libère un meurtrier sous prétexte qu’il est fou
    En bref, l’actualité ça ne fait pas que t’informer, ça te fait déprimer.

    Je ne regrette pas ma vie,
    Je ne regrette pas mes erreurs
    Je ne regrette pas ce monde dans lequel je vis
    Mais seulement mon quartier qui brûle chaque année
    Pourquoi tant de haine et de fumée dans ces quartiers
    Peut-être, parce que tout simplement, les droits de l’homme :
    Egalité, liberté, fraternité ne sont pas respectés
    Ou peut-être parce que notre gouvernement nous a délaissés
    Tout simplement
    RUTTEN

    Je suis fier d’être ce que je suis
    Un jeune sympa et bien compris
    De mes amis, de ma batterie
    C’est de ces passions que je vis
    On me demande souvent pourquoi je suis comme ça
    Un fan de métal et de David Silvéria
    Tous les jours j’ai le moral car je me défoule sur ma TAMA
    Je ne regrette pas d’être comme ça car c’est ma vie qui me va
    THOMAS

    Je suis en génie mécanique
    J’ai en moi un sentiment mélancolique
    Je viens de Rouvière
    Je vais en cours pour faire plaisir à mon père
    Je veux devenir vendeur de glacières


    Liberté, égalité, fraternité,
    Des paroles qui ne sont pas toujours respectées
    Et après on se demande pourquoi ça brûle dans les quartiers
    Je voyais ce rançonné qui pleurait car on lui avait brûlé sa petite Audrey
    Audrey c’est sa 306 car il en a une qu’il a troquée contre du cannabis
    Je le sais car, rançonné, je lis dans ses pensées
    GEED

    Liberté, égalité, fraternité
    Depuis quand cette devise est respectée ?
    Ça, personne ne le sait
    C’est pour cela que ça brûle dans nos quartiers
    Des petits cons ont mis le feu à un car
    Mais personnellement j’en ai marre
    De vois des gens bizarres
    Et là, je vous parle de ce pays
    Qui est la France
    Et des gens vivant dans la souffrance
    Liberté, égalité, fraternité
    Quand cette devise sera-t-elle respectée ?
    ALEXIA
    4 slams du Lycée Jean Aicard à Hyères

    Mon pays c'est la France
    Les gens ici restent dans le silence
    Soit disant le pays de la tolérance
    Moi je vois que des guerres
    Que ce soit des quartiers ou entre nos pères
    Mais l'hexagone a mélangé les cultures
    Oh moins ils on compris la connerie de la race pure
    Seulement il n'y a pas tout le peuple qui a compri
    Il y a encore qui ne crie que par l'abîme
    Liberté, égalité, fraternité
    Ca serait synonyme de paix
    Moi je crois surtout que c'est bien laid
    Faire passés ce qui n'est pas
    On est surtout bien baisés par l'état

    Brice

    Je suis une fille qui devient femme
    J'ai appris à vivre, à comprendre le slam
    Je viens de loin mais je suis près de vos coeurs
    Je vais là où ne reigne plus la peur
    Je veux seulement un monde meilleur.

    Je ne suis pas fière d'être sur terre
    Quand on voit c'que l'on fait de la mer
    La polution, le pétrôle envahissent les eaux
    Et oui messieurs, il fallait y penser plus tôt.

    Je ne suis pas fière d'être sur terre
    Quand on voit c'que l'on fait de l'air
    Les enfants attrapent des maladies de poumons
    Et oui messieurs, faut pas nous prendre pour des cons.

    Je ne suis pas fière d'être sur terre
    Quand on sait qu'on peut éviter cette guerre
    Si on s'y met tous main dans la main
    Et oui messieurs, nous changerons la vie de demain.

    Marie
    Je ne regrette pas
    Vivre cette vie là
    Pourri par une ordure
    Qui m'a fait subir la torture
    Enfermé derrière ces barreaux
    Il ne recommencera plus ce Salaud
    Connaitre la maltraitance
    Ma permis de prendre conscience
    De ne plus vivre dans le silence

    Vanessa


    Mon pays, c’est le japon
    La ou se trouve les traditions
    Avec un « J » pour japonais
    Avec un « A » pour animés
    Avec un « P » pour population
    Avec un « O » pour otaku
    Avec un « N » pour nouveautés

    Mon pays, c’est le japon
    Pays de la délectation
    Pays rêvé
    Seulement faut bosser pour y aller




    Slam au Lycée du Parc Saint-Jean à Toulon

    Mon pays, c’est la France
    Qui a beaucoup d’élégance.
    Avec ses milliers d’habitants
    Elle pourrait gouverner
    La mer qui vagabonde le littoral
    Pour ainsi vaincre son rival.
    Ici nous sommes en démocratie.
    Le Droit et la Liberté se sont unis
    Livrés aux concitoyens
    Afin de les perfectionner avec nos meilleurs moyens.
    Aurélie

    Mon slam
    Fière d’être espagnole
    Même si certaines personnes pensent qu’on vole
    En tout cas pour moi ce n’est pas le cas
    Même si cela arrive quelquefois
    J’ai envie de m’en sortir, construire mon avenir
    Sortir de cette cité qui ne fait que m’empirer
    Il y a des fois, je me dis : « Mais qu’est-ce que je fais ici ? »
    Heureusement ma famille et mes amis me soutiennent
    Dans ma vie, j’ai eu des hauts et des bas
    Mais je décide de ne pas baisser les bras.
    A. C.

    Moi je slame toute mon âme
    Moi j’écris toute ma vie
    Moi j’exprime ma déprime
    Moi je vis ainsi
    By Marlène

    Je suis une fille, une jeune femme
    J’ai quinze ans
    J’me jette sur le papier sans
    Savoir où je vais
    Un peu bavarde mais j’arrive
    A me faire supporter
    Je viens du coucher du soleil
    Sans y être née, mais je suis
    Des quartiers
    Je vais où Dieu me mène
    Seul lui me protège.
    A. B.

    Je suis une femme de Toulon
    Je traîne dans le quartier du Mourillon
    Avec tous mes « potos » et mon Tonton
    Je vais regarder les étoiles sur le Mont Faron
    Mais quand j’y vais, c’est avec ma boîte de bonbons.

    Mon slam
    Je l’ai aimé,
    Il m’a aimée,
    On s’est quitté,
    J’en ai pleuré,
    On a repris,
    J’ai pas compris,
    On s’est quitté,
    J’ai préféré !

    Je suis Marlène et j’ai la haine
    J’ai des blèmes mais où ça me mène ?
    Je vais bouger, j’en ai assez
    Je veux sourire, pas mourir
    Je veux rêver, pas pleurer.
    By Marlène

    Je ne regrette pas de t’avoir aimé
    Malgré le mal que tu m’as causé
    Quand tu m’as trompée.
    Je me suis mise à pleurer.
    Maintenant je t’ai quitté
    Toi tu t’es planté
    Aujourd’hui je t’ai oublié
    Ma page est tournée
    Ne reviens plus jamais.
    M.

    L’amour d’une sœur
    Je suis fière d’avoir eu des barrières par ma mère
    D’être une fille avec de la cervelle et des repères
    Alors je voudrais dire merci
    Merci à qui à toi maman
    Papa toi tu m’as abandonnée
    Jamais je ne pourrai te pardonner
    Mais je reviendrai
    Car tu as créé ma seconde vie
    Laurie
    Emilie

    Je ne regrette pas ce lundi
    Où tu m’as souri
    C’est à ce moment-là que je te rencontre
    Toi ma meilleure amie
    Toi qui le seras pour la vie
    On est passées par le pire
    On s’est fait souffrir
    Maintenant tout ça c’est fini
    On est reparties sur de nouvelles bases
    J’avais fait déborder la goutte du vase
    Je l’ai cassé
    Tu l’as réparé
    On l’a reconstruit en entier
    Aujourd’hui tu vois noir
    A cause de ce faux espoir
    Mais tu sais ce mec
    Il restera bête
    Tu sais on dit « Un de perdu, dix de retrouvés »
    T’inquiète elle l’a testé
    Ce mec qui l’a fait souffrir
    A détruit son empire
    Elle a failli faire le pire
    Mais nous l’avons aidée à tout reconstruire
    Regarde-la aujourd’hui
    Elle s’est épanouie avec celui
    Qu’on considère comme notre meilleur ami.


    Française mais fière d’être sénégalaise, je ne regrette pas mes origines, ce sont mes racines, celles qui m’analysent, qui me permettent de garder les pieds sur terre. De ne pas oublier d’où je viens, mon pays si lointain. Là-bas, le respect est une valeur, qui n’appartient pas à tout le monde car ici, les quartiers brûlent. Des gens révoltés, pas écoutés, peut-être oubliés. Mais je ne regrette pas la France qui est mon pays d’accueil et là-bas ma terre d’origine.
    A. N.

    Fière d’être ce que je suis
    Habiter dans mon pays
    Où j’ai grandi
    Je finirai ma vie
    Je regrette tout
    Mais pas d’avoir vécu ainsi
    Car ma vie avec lui m’a épanouie
    Et grâce à lui j’irai au paradis.

    La Martinique
    Martiniquaise mais quel bonheur !
    Pas d’origine mais de cœur
    C’est un merveilleux pays
    Tel un paradis
    Et ça c’est moi qui vous le dit
    Moi ici, mon pays là-bas,
    Je le serre dans mes bras
    J’y retournerai,
    Pour encore et toujours rêver
    Depuis ce voyage,
    Je suis comme sur un nuage,
    Mais est-ce un mirage ?
    S. M.

    Mon slam :
    Le sang chaudde mon père portugais coule dans mes veines.
    Mon pays est un rêve réel qui m’ensorcelle.
    Mon amour s’y cache dans les plus belles merveilles.
    Mon cœur s’éveille lorsque je vais au bled
    Mais la panique montre ma faiblesse.
    La musique portugaise me révèle tous les secrets de sa richesse.
    S. M.

     
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    Slam avec des enfants de 8 à 12 ans

    6 Décembre 2006 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #poésie

    Textes de slam écrits par les jeunes des associations
    « Vivre à la Serinette » et « Centre d’Animation de l’Escaillon »,
    invités par l’Ecrit Plume à la journée slam du mercredi 8 novembre animée par Shein B.


    Je suis Meriem
    J’ai douze ans, je ne suis pas encore une femme
    Je vais au concert slam au Revest
    Voir une femme
    Je viens parce que j’aime le slam
    Je veux pas qu’on me déslam
    Parce que le slam, c’est mon âme !

    Je suis une jeune fille de douze ans
    J’ai les cheveux bruns et les yeux marrants
    Je vais vers un océan de l’armes et maintenant
    Je viens ici admirant le slam
    Je veux garder mon âme pour le slam !

    Meriem

    Je suis Marilou dix ans et demi
    J’ai les cheveux blonds car je suis une belle blonde, c’est tout !
    Je vais me jeter dans la gueule du loup
    Je viens parce que je sais où je vais
    Je veux aller de partout sans regret !

    Je suis poisson
    J’ai plein de sons
    Je vais leur faire la leçon
    Je viens voir les cons
    Je veux réussir ma mission

    Marie Lou

    Je suis Ikrame
    J’ai onze ans, pas encore une femme
    Je vais là où mon cœur déchaîne les flammes
    Je viens parce que j’aime le slam
    Je veux écrire des textes que j’incarne !

    J’ai mes poignets encerclés
    Je ne suis pas prisonnière
    Je vais me libérer
    Je viens de retrouver ce que j’avais
    Je veux voir cette spécialité !

    Ikrame

    Je suis Kawtar Haddou

    J’ai neuf ans et demi je bouge partout
    Je vais de partout
    Je viens parce que je veux voir le loup
    Je veux jouer avec le loup tout mou !

    Je suis taureau avec des grosses cornes
    J’ai un tableau
    Je vais chez Gréco
    Je viens voir les sons au , o
    Je veux prouver le chaos !

    Kawtar


    Je suis espagnole et marocaine
    J’ai dix ans et neuf ans
    Je vais voir une star tous les ans
    Je viens donner l’exemple à tous ceux qui mentent
    Je veux voir la tour !

    Marilou et Kawtar



    Je suis née dans la cité
    J’ai envie d’y rester
    Dans ma cité où je suis née
    Je vais devenir une star dans ma cité
    Je viens d’être filmée
    Je veux être une célébrité

    Je slamais autour de tous les concerts
    C’est une dame qui m’a appris à slamer
    Je leur dis merci à Sylvie et puis à Shein B

    Melissa


    Je suis une petite fille avec une queue de cheval
    J’ai neuf ans et je bouge pas mal
    Je vais à l’école François Nardi
    Je viens du Maroc d’Oujda pas loin de l’Algérie
    Je veux être danseuse de hip hop car ma cité est propre
    Aujourd’hui j’écris avec mon cœur !

    Nour


    Je suis une fille qui s’appelle Asma
    J’ai dix ans et je ris avec ceux de là-bas
    Je vais tous les jours à l’école
    Je viens de Pontcarral, là-bas j’y suis déjà
    Mais je ne sais pas si j’y resterais, mais bon
    Je veux rester là-bas !

    Je suis d’une cité dont j’ai toujours rêvé
    J’ai eu quelques problèmes mais je les ai réglés
    Je vais à la rentrée dont je croyais rêver
    Je viens d’une ville Bizerte, Tunis et Jouaouda
    Je veux maintenant croire que ma cité et mon pays sont réunis !

    Asma

    Je suis une fille de l’an 2000
    Une fille d’aujourd’hui
    Je ne me fais pas de bile
    J’ai toujours dit oui
    J’ai aussi rêvé de faire bouger ma cité
    Mais je me suis jamais réveillée
    Je vais réaliser ce que j’ai toujours rêvé
    Je viens de Pontcarral
    La cité où je suis née
    Et je veux pas qu’on me promette ce qui ne sera jamais !

    Amina


    Je suis animateur bénévole et je m’appelle Fayçal
    J’ai la responsabilité d’enfants pour le soutien scolaire dans une salle
    Je vais partir à l’étranger au mois de décembre pour mission personnelle sans râle
    Je viens de Tunisie où je suis né
    Et ke suis arrivé en France à l’âge d’un an sans décale
    Je veux continuer à m’épanouir au sein de ma famille
    Pour un bonheur final !

    Fayçal

    Et d’autres textes jolis un peu hors contexte !

    La pluie a coulé
    Entre deux feuilles mortes
    Les deux feuilles ont plié
    Et se sont craquées
    Les fleurs ont fané
    Et se sont évadées
    Donc tout a raté !

    Asma


    Je viens de la cité où je suis née PTK SNT
    On s’est tous traités
    On a toujours pensé
    A faire comme la télé
    Mais on ne l’a jamais fait
    On n’a jamais été
    Ce que notre mère a rêvé
    On a toujours traîné dans les rues de notre quartier
    On partait à la Mosquée
    Pour discuter !

    Amina


    Un jour, j’air rencontré un mec au niveau du feu rouge. Il me dit « hé, m’dame quelle heure est-il ? ». Je lui réponds « Comment tu parles ? Tu serais fier si on parlait comme ça à ta mère ? ». Il me dit « Et parle pas de ma daronne sinon t’auras à faire à moi ! ». « Hé, p’tit c’est quoi ce manque de délicatesse, on t’a pas dit de traiter les gens comme des princesses ? ».
    Et je ne lui laisse pas le temps de répondre et je rentre chez moi. Il reste planté là. J’en ai plein la tête et cette chanson me vient à la tête :
    Dans mon cœur, je serais présente là avec toi et si par malheur tu n’étais pas, tu ressemblerais à tous les gens de cette ville. Je te le dis à toi mais pas deux fois, décidément les gens de cette ville ne comprennent pas la politesse.
    J’imagine dans ma tête un monde sans violence, respectueux quoi !
    C’est Sylvie, une dame qui nous enseigne le slam, qui m’a inspiré ces idées. Je lui fais une grande dédicace en la remerciant beaucoup.
    Et à ceux qui m’ont écoutée et qui ont compris le message que je voulais leur faire passer, merci !

    Ikrame

    Tous ces jeunes et d'autres ont fait une scène slam
    à la Maison des Comoni
    le mercredi 8 novembre 2006
    entre 17 H 30 et 18 H 30




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