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Les Cahiers de l'Égaré

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Les Cahiers de l'Égaré: histoire

4 Mai 2014 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

  Histoire des Cahiers de l’Égaré

 

L’histoire des Cahiers de l’Égaré est liée à trois histoires :

- celle de la revue Aporie qui a sorti 13 numéros entre 1982 et 1990 consacrés à des thèmes comme l’ordre et le désordre, la limite, le désert, la crise, l’espoir, la mise à mort, le mythe, le soleil

et à quatre poètes : Odysseus Elytis, Saint-John Perse, Lorand Gaspar, Salah Stétié

dont quatre œuvres ont été créées pour le théâtre : Marie des Brumes, Les tragédiennes sont venues, Judée, Lecture d’une femme ;

- celle du Festival de théâtre du Revest de 1983 à 1991, devenu Les 4 Saisons du Revest à partir de 1990 avec l’inauguration de la Maison des Comoni, jusqu’à fin 2004, cessation d’activité dans ce lieu par décision politique non motivée ni communiquée par écrit, décision contestée devant le tribunal administratif. 1° jugement rendu en avril 2009 favorable aux 4 Saisons du Revest.

- celle des agoras du Revest d’octobre 1995 à fin 2004, séances mensuelles de débats sur une thématique annuelle.

 

À la revue Aporie, Les Cahiers doivent de s’appeler de l’Égaré. Et quelques titres de poètes.

Odysseus Elytis : Avant tout, épuisé

Salah Stétié : Lumière sur lumière ou l’Islam créateur, Le voyage d’Alep, épuisés

Tristan Cabral : L’enfant d’eau, épuisé

Dimitri Analis : Sana’a-Aden, Silencieuse fraternité, épuisés

Emmanuelle Arsan : Bonheur, épuisé,  Bonheur 2, disponible

 

Au Festival et à la Maison des Comoni, Les Cahiers doivent d’éditer surtout du théâtre.

 

Aux agoras du Revest devenus depuis, les agoras d’ailleurs (soirées et pauses-philo à La Seyne et à Hyères), Les Cahiers doivent d’éditer de la philosophie (8 Cahiers de l’Agora édités entre 1996 et 2003 et divers autres livres dont 4 titres de et sur Marcel Conche).

 

On peut trouver  dans les pages des 3 blogs animés par Les 4 Saisons d’ailleurs, les interventions sur des sujets variés de plus de 12 philosophes, psychanalystes, auteurs.

 

 

Les Cahiers ont édité  150 titres depuis juillet 1988 dont 60 titres épuisés, désormais indisponibles.

 

Certains titres sont le résultat de commandes d’écriture comme Feu, Elipse, Le fond des navires. Les autres ont été publiés parce que créés ou accueillis au Revest, avec tournées des spectacles.

Il y a aussi des titres non liés à l’histoire des 4 Saisons, des coups de coeur comme La mort et l’amour, Une vie, L’école imprévue, Temps de loups…

Tirage : entre 500 et 1 000 exemplaires.

Avec des retirages : Feu (2 éditions à 500), Lettre au directeur du théâtre (2 à 1000, 2 à 500), Babel (2 à 500), Mabel (2 à 500). Le cas Gaspard Meyer édité à 500 exemplaires a été réédité. Pilate, Soir bleu-soir rose, Sarah, La Rose ont  aussi été réédités.

Depuis 2007, pour certains titres, Les Cahiers de l’Égaré sont passés à l’impression numérique. Il s’agit de titres dont on sait que l’impact public sera réduit mais qui doivent exister pour après-demain. Exemple : Fiction du capital, essai de penser et d’écrire le capital aujourd’hui dans son action oxymorante d’où perte des repères, valeurs, confusion généralisée, absence de boussole idéologique  et bourrage de crâne.

Les ventes sont assurées par les spectacles qui tournent et qui ont du succès. Exemples : Le tour complet du cœur, Fournaise, Le cas Quichotte, tous les textes de Roger Lombardot…

Les Cahiers ont un diffuseur distributeur à Paris, Soleils.

Les ventes en librairie se font en petite quantité (sauf Denis Guénoun, Marcel Conche).

Les bibliothèques, malgré des lettres et des catalogues, nous ignorent.

Les Cahiers et l’Agence régionale du livre sont dans une relation d’ignorance même si nous sommes informés mais nous ne jouons pas dans les mêmes cours.

Outre les spectacles, les lectures constituent un bon relais pour la diffusion.

Ces lectures à plusieurs voix sont des moments appréciés, pour 20 à 50 personnes, en appartement, médiathèque, extérieur jour ou nuit.

Dernières lectures en appartement ou en public en 2008 et en 2009:

68 mon amour de Roger Lombardot

La vie sublime de Roger Lombardot

Temps de loups de Gilles Desnots

Le cas Quichotte de Philippe Vincenot

Avide, farce électorale de portée municipale, de Say Salé,

auteur burkinabè, non publiée à ce jour

Fiction du capital de Gérard Lépinois.

 

Certains titres ont été repris par d’autres éditeurs : Claudine Galéa (Chants du silence rouge) chez Circé, Claude Ber (L’auteurdutexte) chez Via Valeriano, Salah Stétié (Le voyage d’Alep) chez Fata Morgana…

Évidemment, je reçois des manuscrits. Mais je décourage l’envoi de manuscrits.

Je veux continuer à faire seul ce que je fais : je sais quels sont les gens avec qui j’ai envie de travailler et Les Cahiers ne cherchent ni la rentabilité, ni l’expansion, ni la communication dispendieuse : il n’y a aucun service de presse et plus de participation à des salons, Paris, Toulon, Mouans-Sartoux, Cotignac...

Il y a des ventes, l’argent en trésorerie est  donc réinvesti sur de nouveaux titres. Pas d’autres dépenses que les frais d’impression et de maquette.
Je ne publie que 4 à 5 titres par an, en relation avec ce qu’on a fait hier avec Les 4 Saisons du Revest,  avec ce qu’on fait aujourd’hui  avec Les 4 Saisons d’ailleurs.

Il y a bien sûr des exceptions.

Dis, la vie d’Elsa Solal, édité avec La Coupole à  2 500 exemplaires pour les habitants de Sénart. Rouge Nocturne de Michel Simonot, édité avec Le Carreau de Forbach à 700 exemplaires pour les habitants de Verdun. 

Lumière sur lumière ou l'Islam créateur de Salah Stétié, édité à 2 000 exemplaires pour donner une vision juste de l’Islam.

Ayant un budget de 5000 à 10000 euros par an en moyenne (ventes de livres dont les livres en souscription, hors commerce), je ne peux pas dépasser 4 à 5 titres par an. Mais en 2007 et 2008, j'ai édité 9 titres par an. En 2009, 3. En 2010, 3.

C’est pourquoi je n’ai pu éditer, par exemple, La mastication des morts de Patrick Kerman qui voulait être publié dans Les Cahiers.

J’ai cédé à la Bibliothèque de théâtre Armand Gatti, à Cuers, prés de 250 manuscrits. Et il y a là-dedans pas mal d’auteurs qui, aujourd’hui, comptent. J’en ai encore une centaine à sa disposition. À noter la co-édition de 3 livres de théâtre pour la jeunesse avec Orphéon, bibliothèque de théâtre Armand Gatti.

J’obtiens parfois une aide à la collection théâtre des Cahiers de l’Égaré de la part de la Région Provence-Alpes-Côte d'azur qui me permet de doubler le volume éditorial de l'année aidée. Dernière aide obtenue : 4000 euros en 2006. Pas de demande en 2007. Pas d’aide obtenue en 2008. Pas de demande en 2009. Ni pour 2010. Fatigué de faire des demandes, de remplir des dossiers.

Dernier point : les stocks non vendus des Cahiers de l’Égaré peuvent profiter à certaines opérations à destination d’élèves, d’étudiants ou de pays en demande. Nous avons en particulier fait profiter l’Université de Novossibirsk (département de français) de pièces de théâtre et ces dons de 2005-2006 ont donné naissance aux 1° rencontres Cyril Grosse à l’Université de Novossibirsk fin mai début juin 2008, avec création de textes d’auteurs français vivants en plus des classiques, le théâtre étant en Russie un vecteur pédagogique d’apprentissage de la langue.

Les 2° rencontres Cyril Grosse ont eu lieu en mai juin 2009.

 

  Jean-Claude Grosse

  Directeur des Cahiers de l’Égaré

 

 

 

Les Cahiers de l'Égaré: histoire
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Cervantes-Shakespeare/écritures 2014-2015

23 Avril 2014 , Rédigé par grossel Publié dans #EAT (Écrivains Associés du Théâtre), #écriture, #théâtre

26 H, 19 F, de Méditerranée, Atlantique, Aquitaine, Ile de France, Normandie, Bourgogne, Corse dont 25 nouveaux se sont inscrits en 15 jours pour le projet, début janvier 2014.

Quelques auteurs hispanisants et anglo-saxons sont sollicités pour en être.

Projet faisant suite aux projets pluriels Envies de Méditerranée (2010), Marilyn après tout (2012), Diderot pour tout savoir (2013-2014).

Cervantes-Shakespeare : hasardantes coïncidences


Je ne suis pas intervenu donc hasard ou pas ? les statistiques pourraient-elles prédire cela ?
le projet Cervantes-Shakespeare est maintenant sur les chemins vagabonds

je souhaite aux auteurs de grimper haut avec l'échelle de leurs rêves JCG

Cervantes-Shakespeare

une « pétrifiante » coïncidence

morts tous les deux le 23 avril 1616

un projet ludique mais pas seulement

pour le 399° anniversaire de cette coïncidence

(pas le 400°; nombres et lettres, « jeux » créatifs, répétitifs de l'inconscient, du ÇA)

le 23 avril 2015

à laquelle il faut ajouter l'autre « pétrifiante » coïncidence

Shakespeare naît et meurt un 23 avril (1564-1616)

La coïncidence de la date de leur mort est partiellement fabriquée (on se reportera aux notes 1 et 2 des articles de Wikipedia sur ces deux auteurs).

http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Shakespeare

http://www.inlibroveritas.net/auteur360-oeuvres.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Miguel_de_Cervantes

http://www.inlibroveritas.net/auteur4390.html

On passera outre la fausseté de la stupéfiante coïncidence pour s'inscrire dans la légende qui fait que chaque 23 avril est la journée mondiale du livre (en Espagne les femmes offrent un livre aux hommes qui ne lisent pas, les hommes des roses rouges aux femmes qui ne les aiment pas) et que le Falstaffday se fête dans les pubs anglais, œuvres en mains, chaque 23 avril depuis 1717 (comme il y a un Bloomday qui se fête dans les pubs de Dublin, œuvre en mains, chaque 16 juin depuis 1954, 50 ans après la journée du roman).

Par contre la coïncidence entre date de naissance et date de mort de Shakespeare n'est pas fabriquée.

Ces « pétrifiantes » coïncidences comme les appelaient les réalistes sûrs (genre : l'improbable rencontre sur une table de dissection d'un parapluie féminin et d'une machine à coudre masculine ?!?) posent la question du hasard que beaucoup récusent pour dire c'est le destin, c'était écrit.

Un premier enjeu se joue entre une métaphysique théologisée (Dieu créateur et ses créatures, métaphysique pour paresseux préférant obéir et peu penser puisque une seule cause initiale suffit à expliquer l'infinité des conséquences aussi variables et contradictoires soient-elles) et une métaphysique du hasard (faire du hasard le moteur, le créateur aveugle de tout ce qui apparaît, disparaît, se transforme, est une entreprise difficile à penser surtout quand pensant l'homme, on le pense comme liberté et volonté ou comme multiples déterminations et déterminismes). Lire l'article en lien : La métaphysique du hasard de Marcel Conche. http://leportique.revues.org/180

Si on choisit une métaphysique du hasard, des calculs se mettent en place pour le prévoir, des jeux s'inventent pour le déjouer, le mettre de son côté. Y a-t-il de l'impossible ? Tout est-il possible ? Quelles probabilités pour tel possible ? Y a-t-il de l'improbable ? C'est quoi la chance ? La malchance ? Le kairos ? Un mauvais concours de circonstances ? Place aux nombres et aux calculs, de plus en plus puissants avec les calculateurs Ada et Turing, ou avec Gaia. Les chercheurs auront bientôt la capacité de calculs exaflopiques. Ils pourront alors définir les caractéristiques de ce qui leur résiste aujourd'hui, matière et énergie noires, avant de les déceler. Les écrivains feront place à des situations, des lieux réels, imaginaires, des personnages de leur choix ou qui leur échoient dans leurs rêves, en introduisant le plus d'aléatoire possible (on lira L'aléatoire de Marcel Conche). Et pour vivre sa vie, on valsera-hésitera entre croire la maîtriser, la livrer au hasard (coup de dés, pile ou face, roulette russe avec arme à blanc ou chargée mais jamais, un coup de dés…), inventer chaque jour ses « impossibilités de vivre » en alternant souffrance et résilience, tirer trigrammes et hexagrammes du Yi Jing avec 3 pièces et tous autres bricolages, poser des questions à Siri, un 31/12 (quel est le sens de la vie ? 3 réponses : 1- 42 ; 2- qui suis-je, où vais-je et dans quelle étagère ? 3- j'ai arrêté de me poser ce genre de questions) ou ayant dit blablabla, j'ai obtenu : avez-vous pensé à devenir orateur, Jean-Claude ?

http://www.lolagassin.com/serge3.htm

http://www.chinastral.com/chinastral/yi-king/yi-king.html

Une anecdotique question subsidiaire en découle : y a-t-il immortalité des œuvres « immortelles » qui ont eu beaucoup de chances d'arriver jusqu'à nous dans des versions multiples sans qu'on puisse décider laquelle est la vraie ou la plus vraisemblable et dont les supports sont périssables ?

Un paradoxe prend forme : ce qui a eu lieu a eu lieu pour toujours, rien ne peut l'effacer, rien ne peut effacer ce qui a été dit, pensé, ressenti, éprouvé, fait, été. Nous oublions ou commémorons, réécrivons : c'est sans importance ou incidence par rapport au fait que c'est inscrit dans le temps infini ou éternel. Mais où passe donc le passé ? Où ça se stocke tout ça si ça se stocke et qui est incommensurable ? Y a-t-il un lieu de mémoire ou est-ce dans l'Immémorial, l'Utopie ? Ça reste en l'état, ça se disperse ou ça se réduit en éléments irréductibles pour d'autres combinaisons (analogie : codes génétiques, génomes) ? Le périssable du corps, de l'esprit sans doute, se conjugue avec l'impérissable éternité de ce qui a eu lieu, de ce qui est passé. Comme avec la madeleine de Marcel Proust, exemple ne valant que pour un vivant et pour la question que se posait Bergson à propos du retour des souvenirs oubliés dans Matière et mémoire, comment ça revient si ça revient, sous quelles formes et autres questions possibles aujourd'hui grâce aux avancées scientifiques mais voulant des écritures de poètes, d'épitaphiers et des pensées de métaphysiciens du hasard ?

Le projet

23 avril 2015 : 399e anniversaire de la mort de Shakespeare et Cervantes, œuvres accomplies.

L'un, l'Anglais, a fait le tour complet du cœur selon le titre du spectacle mis en scène et joué seul par Gilles Cailleau 542 fois depuis le 2 juillet 2002, pour 28000 spectateurs sous chapiteau pour 35 spectateurs.

L'autre, l'Espagnol, a réussi l'exploit de ridiculiser et de tuer le genre dominant que constituait le roman de chevalerie dont les méfaits sur les cœurs et les esprits étaient notoires.

Flaubert a tenté quelque chose contre la bêtise (la connerie = la commerie) avec Bouvard et Pécuchet. A-t'il réussi ?

Shakespeare ou les passions humaines et les passions politiques.

Cervantes ou l’espoir, l’utopie, la résistance.

Le 2° livre du Don Quichotte fut publié en janvier 1615 soit 400 ans dans un an ; le 1° l'avait été en 1605. Don Quichotte, un redresseur de torts à travers.

Il y en a qui continuent aujourd'hui, genre Les enfants de Don Quichotte, Jeudi Noir, Génération Précaire, Le Grand Don, Germinal, La manif de droite, À la rue O-bloque et autres artivistes tentant de renouveler formes et contenus de la militance comme de l'art en lien avec notre société de précaires fabriqués par les puissants de la finance et rejetés par les réactionnaires de tous bords.

Ils ont eu des précurseurs car il y en a toujours et nous serons les précurseurs de nos suiveurs et suivants survivants. Shakespeare et sa troupe ont construit, enthousiasme et nécessité aidant, le Globe Theatre, dans la nuit du 28 décembre 1598, dit-on. Regardons comment nous gérons nos lieux et carrières. Jeux de pouvoir et de coulisses, tout cela pour une durée de 10 ans, 20 ans pour les plus chanceux.

On lira cet essai de portrait quantique de l'homme Shakespeare et de son œuvre et celui sur le SPL qui peut-être inspirera l'un d'entre les auteurs à venir :

http://les4saisons.over-blog.com/shakespeare-antibiographie/bill-bryson

http://fr.wikipedia.org/wiki/Shakespeare_Programming_Language

et ceux-ci sur Cervantes et Don Quichotte

http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/cervantes_l_homme_des_masques_et_des_secrets.asp

http://fr.wikipedia.org/wiki/Don_Quichotte#Influences_de_Don_Quichotte

http://donquijotedelamancha.free.fr/fiches.html

Appel à textes : 30 auteurs français, 5 anglo-saxons, 5 hispanisants.

Pas de sélection mais l'éditeur fera en sorte que le nombre de participants ne dépasse pas 40, que la parité F/H soit à peu près respectée, qu'un renouvellement des contributeurs s'effectue.

L'éditeur sollicitera quelques auteurs de son choix. Il invite à participer Bernd Lafrenz, qui en Allemagne joue avec humour depuis le 23 avril 1983, pièce après pièce, l'oeuvre de Shakespeare. Déjà 9 pièces en solo à son actif, plus de 4000 représentations, 800000 spectateurs en live et 200000 téléspectateurs, 1,5 million de kilomètres parcourus.

Texte de 2000 mots pour les textes confrontant, mêlant (et toute autre sauce) Shakespeare et Cervantes. Ou deux textes de 1000 mots si on les traite séparément. Le souhait est de voir traiter les deux, ensemble ou séparément. Ou un texte de 1000 mots, si on ne traite qu'un des deux géants.

On tentera de privilégier dialogues et formes théâtrales. Mais les formes restent libres, à inventer ou à imiter avec intelligence. Si un rêve de rencontre prend une forme graphique, pourquoi pas ! On s'essayera à provoquer des coïncidences arbitraires, déroutantes (décidées par jeux de hasard ou tirage du Yi Jing), des rencontres stupéfiantes à probabilités quasi-nulles (à indiquer après calcul) à partir de Cervantes et de Shakespeare : vies, œuvres, thèmes, lieux, milieux, époques, personnages, rêves et songes (le royaume où tout est possible dit Borges, le travail nocturne de Fellini dans Le livre de mes rêves, un fabuleux déclencheur).

Skakespeare et Cervantes parlent de l'arbitraire des hommes (et non pas du libre arbitre). Le projet consiste en un appel à la responsabilité, impossiblement pure, des auteurs quant à leur arbitraire à chacun. L'arbitraire du pouvoir, du devoir, de l'art, de l'amour, comme version humainement vivable du hasard ? Jeux entre sens, non-sens, avec « nonsense », absurde.

Tout texte dépassant les limites sera refusé par l'éditeur.

Appel à texte sur 15 jours, début janvier 2014.

Livraison des textes, fin décembre 2014.

Édition par Les Cahiers de l'Égaré, fin mars 2015.

Tirage fonction de l'écho envisagé et des manifestations suscitées, 500 ou 1000.

Exploitation jusqu'au 400° anniversaire soit fin 2016.

Une étape de mi-parcours est prévue en Avignon à Présence Pasteur en juillet 2014. Des textes ou des planches de dessins N et B en l'état, achevés ou non, seront lus et discutés avec le public.

Semaine du 18 au 25 octobre 2015, exposition et lectures au Bateau Lavoir à Paris avec mise en valeur des 4 projets pluriels initiés par les EAT Méditerranée avec l'ensemble des EAT (Envies de Méditerranée, Marilyn après tout, Diderot pour tout savoir, Cervantes-Shakespeare : hasardantes coïncidences).

Ayant déjà l'expérience de l'investissement et du talent des participants à trois projets aboutis, je ne doute pas que ce 4° et dernier projet que je porte avec mes collègues sera de la plus grande qualité dans la diversité.

Amitiés vives dans le partage d'écritures vivantes.

Le 16 janvier 2014

Chers amis,

voilà, le projet Cervantes-Shakespeare est sur les chemins vagabonds ; vous en êtes : merci

les aventures seront fortement perturbées par les vents violents

déjà dans les rangs dérangés du groupe on s'amuse avec

chat qui expire sert vent d'est

ou Dan qui chante pour faire la manche et Sang-froid qui pense rencontrent dans un bistro de Calais, Gilden et Rosen partis à la recherche de leur cousin

ou signé Dona Manuela de la Letra, arrière-arrière.... petite-fille de Cervantès par la branche maternelle et arrière-arrière... de William Shakespeare par un côté très tangent au paternel

je vous renvoie l'appel à texte, à prendre au pied de l'Esprit qui ne manquera pas de souffler sous l'éteignoir

je voudrais préciser quelques points

- il s'agit d'être hasardant tant dans l'écriture que sur le fond: rien n'est acquis, on n'est sûr de rien, il y a peu de probabilités mais c'est possible

pour favoriser ce processus, j'ai demandé à Gérard Lépinois d'animer un atelier de procédures hasardantes une fois par mois de février à juin pour ceux qui peuvent fréquenter la Maison des auteurs de la SACD; le travail de cet atelier sur Sha-Cer sera intégré au livre; je vous communiquerai lieu et dates plus tard

- je pense à l'invention d'un ou deux personnages qui comme Padox pourrait être repris, développé, un don du groupe à l'humanité espérante-désespérée

Padox, c'est vous, c'est moi, c'est Guignol, Tintin, le Gros Dégueulasse, Bidochon et Gaston. Il a été inventé et écrit par Gérard Lépinois, créé par Alain Roussel, mis en cris et chuchotements par Jeanne Heuclin, Padox, le personnage unique d'un spectacle de théâtre noir, marionnette pour représenter les hommes, l'homme d'aujourd'hui et qui a fait le tour du monde

- je pense, parce que nos deux hommes C/S en partie s'opposent, à un affrontement idéologique entre le personnage (à inventer) du Manifeste (à écrire) des cyniques, des nipotes (en italien = népotisme), des oligarques, des ploutocrates et celui (à inventer) du Manifeste (à écrire) des Riens, moins que rien; je vous indique quelques liens sur les maîtres du monde et vous communique deux manifestes du Sous-Comité décentralisé des gardes-barrières en alternance ; je pense que la théâtralisation courte de cet affrontement serait efficace littérairement et peu probable politiquement ; évidemment Noam Chomsky est à prendre en compte

http://r-eveillez-vous.fr/wp-content/uploads/2011/03/manifeste.pdf

http://www.diogene.ch/IMG/pdf/second-manifeste-diogene.pdf

je vous souhaite de grimper haut avec l'échelle de vos rêves

amitiés vives JCG

sur les maîtres du monde, attention à ne pas prendre au pied de la lettre mais avec esprit critique

http://www.syti.net/Targets.html

http://www.syti.net/Organisations.html

http://www.syti.net/MeilleurDesMondes.html

http://youtu.be/x2Mi5r4njo4

http://youtu.be/jE6wppWhOx0

http://www.desobeir.net/

Déclaration attribuée à Thomas Jefferson Troisième président des Etats-Unis de 1801 à 1809

citation qui est peut-être un faux :

Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l'inflation (?), ensuite par la récession (?), jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis.

aparté :

La lecture du mardi midi 14 janvier au Théâtre 13 Seine fut truculente

nous ne sommes pas restés sur notre faim avec Une famille aimante mérite de faire un vrai repas, de Julie Aminthe

la discussion fut très révélatrice sur cette comédie de l'impuissance, des faux semblants, des micro-mouvements au sein d'une famille lambda (la fuir, y rester, quel combat, tout cela métaphores possibles du néo-cannibalisme et de ses tuyauteries : absorber, déjecter...)

on avait envie d'un bon manifeste digeste genre celui du Sous-Comité décentralisé des gardes-barrières en alternance

la discussion courte mais dense a mis en avant l'influence de la télévision sur le façonnage, le formatage des esprits mais cela suppose qu'on regarde la télé qui absorbe 3 H 25 de la vie des gens chaque jour soit notre temps libre, possiblement créateur

sur l'impossibilité pour certains jeunes de s'évoquer, se représenter, s'identifier sans référence à des émissions mais cela suppose le renoncement à son temps libre, à son pouvoir créateur

la discussion a porté aussi sur le clivage dont nous sommes constitués : conscients qu'on est manipulé et soumis à cela

ou travaillés subconsciemment, inconsciemment par des modèles dominants sans même nous en apercevoir

mais Huxley, Orwell, d'autres ont bien décrit il y a déjà quelque temps vers quoi nous allons; Huxley me semble plus pertinent qu'Orwell

d'autres nous alertent depuis longtemps: Chomsky par exemple en décrivant les mécanismes de manipulation

comment se fait-il qu'on découvre au détour d'une discussion des évidences assez mal admises

ce n'est plus le temps des héros ai-je entendu

bien sûr, on nous a convaincus que victimes, nous étions aussi des bourreaux

que nous étions tous des salauds en puissance et en actes, micro-actes dans ma cuisine, au lit ... le confessionnal n'est plus loin et pire

qu'exploités, aliénés, nous étions surtout des soumis volontaires

je préférerais un temps de héros; je me réfugie donc dans des films où un balèze tout seul ou une femme toute seule aussi ... vous voyez le genre ; ça me dispense d'agir, de susciter mon enthousiasme et celui des autres, d'aiguiser mon désir, de me coltiner à certains de mes rêves; les Américains sont très forts dans ces films à héros solitaires qui s'en prennent aux puissants qui ne respectent pas règles, films de "droite" permettant l'identification; que seraient des films de "gauche" où ce serait des groupes invisibles qui agiraient sur des cibles elles-mêmes invisibles ?

au théâtre, y a t-il encore des héros ? il me semble que non, peut-être sur les scènes privées

dans la vie, il y en a beaucoup, on ne les voit pas JCG

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Tania's Paradise/Journal de voyages en Israël

27 Mars 2014 , Rédigé par grossel

Le livre en 3 langues, français, anglais, hébreu vient de paraître.

Tania’s Paradise

Solo pour contorsionniste de proximité

Une écriture de pavés et de poupées

J’ai vu ce nouveau spectacle de la compagnie Attention Fragile les 15 et 16 décembre 2012 à La Valette, dans le Parc des Troènes, accueilli par le service culturel de la ville. Tout frais, le spectacle, une dizaine de représentations.

J’avais assisté à la première ébauche du travail en avril 2009 au collège de la Marquisane à Toulon. Je rêvais de faire installer la compagnie pour plusieurs semaines au Lycée du Golf-Hôtel à Hyères. Cela n’eut pas lieu.
Le spectacle se déroule sous une yourte kirghize, jauge 50 à 70 personnes, en rond, sur 3 niveaux, très près de la piste ronde où se raconte l’artiste Tania Sheflan. Je dis artiste car elle a de nombreuses cordes à son arc : contorsionniste, comédienne de l’intime, danseuse classique sur pointes, manipulatrice d’accessoires, musicienne harpiste, hôtesse accueillante …

Et j’ai vu que ce spectacle variait un peu d’un jour à l’autre, la rondeur de la piste permettant ces variations.

Pour ce spectacle écrit et mis en scène par Gilles Cailleau, Tania s’est racontée à Gilles et après 3 ans de maturation racontée dans un journal de voyage lisible sur le site de la compagnie, nous sommes interpellés par cette jeune femme de 32 ans, mère d’une petite fille, qui a appris son métier de contorsionniste en quelques années à son arrivée en France après son service militaire en Israël. Nous recevons ces confidences comme si nous étions ses ami(e)s. Et le temps passant (1 H 15), nous le devenons. Elle s’adresse à nous avec une belle franchise, une simplicité sans impudeur, avec drôlerie ; quand ça fait mouche, le public l’exprime par des rires légers.

J’ai aimé cette légèreté : rien d’appuyé, un naturel dans l’interprétation qui fonctionne à merveille.
Ce naturel des confidences est obtenu alors même que Tania manipule sans cesse des accessoires : chaises d’enfants, poupées, pavés, seau, harpe, planche. Elle n’arrête pas de construire, démolir. L’espace scénique est le lieu de transformations incessantes et sur ces constructions de pavés, modèles réduits de ce qui se passe en Israël, pays de constructions et de démolitions (nous le comprenons progressivement, ça nous imprègne doucement), notre confidente contorsionniste exécute des numéros dont certains sont osés.

J’ignore le risque pris par Tania mais nous l’éprouvons. Nous retrouvons de vieilles peurs pour l’artiste se mettant en danger, risques calculés.

Évidemment, des confidences dites dans des déplacements périlleux, des contorsions exigeantes physiquement, ne sont pas reçues comme des confidences au creux de l’oreiller. Elles sont plus inquiètes et inquiétantes. Et quand Tania respire un grand coup après un exercice, avec elle nous reprenons notre souffle. C’est bon que le souffle soit ainsi sollicité. Êtres de souffle, nous en prenons conscience après l’avoir suspendu.

Deux accessoires dominent, les pavés et les poupées. C’est une véritable écriture de pierres qu’inscrit Tania sur la piste pour nous parler, dans les décors qu’elle construit avec dextérité et reprises, de son quotidien en Israël, pays des alertes et des attentats, des constructions et démolitions.

Ce qui n’empêche pas de s’aimer, de se blesser, d’avoir peur, de rechercher des souvenirs. De se heurter à l’Histoire (en 1948, l’année de la Nakba - la catastrophe - pour les palestiniens, il n’y avait rien, a-t-elle appris et elle découvre un jour que ce n’est pas vrai). De se poser des questions (et si ma fille vient m’annoncer un jour qu’elle va faire son service militaire comment jugerai-je mon éducation).

Ne voulant pas révéler ce qui se passe sur la piste, je ne mets l’accent que sur cette écriture de pavés qui construit et démolit, sur cette écriture de poupées qui humanise ces habitats. Les poupées permettent manipulations sans ménagement, avec violence ou avec délicatesse.

Les poupées comme les pavés nous proposent un univers miniature donc distancié, avec une forte charge symbolique. Les contorsions deviennent elles-mêmes symboliques tout en étant ressenties physiquement.

Sous nos yeux, nos contorsions sans cas de conscience, liées à nos contradictions, irresponsabilités, lâchetés, tricheries.

Paradoxe, cette visualisation ne nous culpabilise pas. Car ce que le corps de Tania montre, propage, c’est à la fois de l’aisance, de l’effort, de la légèreté, de la fragilité, de la gaieté (ah l’ambiguïté de son rire dans le masque à gaz !)

Pas de manifestation de force, de puissance. Pas de manifestation de souffrance.

Une vie s’expose, s’accepte et s’offre comme elle est vécue, avec ses équilibres et déséquilibres.

L’art de la contorsion tient dans ce sens de l’équilibre dans le déséquilibre, l’art de se rattraper d’une maladresse.

C’est le message de ce spectacle : au milieu des dangers de toutes sortes menaçant ton intégrité, tente d’avoir le sens de l’équilibre. Exerce-toi !

C’est la notion de juste milieu, de prudence d’Aristote rendue physique par l’attachante Tania dans un monde de convulsions.

J’ai pensé au comportement de Marcel Conche quand réfractaire et se déplaçant pour échapper à tout embrigadement (ou STO ou Résistance dans les rangs de l’AS, des FFI ou des FTP), il se retrouve avec d’autres à devoir traverser une clairière où bivouaquent des Allemands. Les officiers sont au mess, les soldats déjeunent. Les réfractaires passent naturellement. Peu de temps après, Marcel Conche apprend que ce sont les SS de la division Das Reich, celle qui a pendu à des crochets de boucher, 99 habitants de Tulle, le 9 juin 1944 (il apprend que c’est la veille de son passage) et qui, le 10 juin 1944, rasera Oradour-sur-Glane brûlant 642 personnes dont 247 enfants. Nous racontant cette scène, il y a une dizaine de jours, il nous dira : les Allemands ne peuvent pas faire deux choses en même temps ; ou ils tuent, ou ils mangent. Ils avaient tué, ils mangeaient. On a pu traverser. Et entré dans le bois, il se sépara de ses compagnons pour avoir plus de chances de s’en sortir seul.

Si je rapporte cette histoire à propos du spectacle, c’est que la vie en Israël est sur le fil, le cul entre deux chaises. Parce que ce pays est cerné comme Tania, cernée par nous. Parce que ce pays est un pays d’occupants et un pays d’assiégés. Parce que ce pays subit la pression démographique palestinienne interne et finira peut-être par perdre son identité juive.

Le mur de pavés avec ses deux petits drapeaux israéliens dit la fragilité de ce pays, contraint à s’encercler, à s’enfermer ou le faisant volontairement. Le mur connaîtra nécessairement un jour l’effet domino, comme tous les murs. D’où viendra le coup de pied qui l’effondrera ? Pour le meilleur, pour le pire ou un mélange des deux ?

Tania’s Paradise est un spectacle fabriqué avec de l’intime, porté à l’incandescence politique par le travail de contorsionniste de Tania avec ses pavés et ses poupées.

Spectacle se révélant profondément politique sans délivrer aucun message pro ou anti-israélien. Donnant à sentir une situation indécidable, en équilibre instable, pouvant à tout moment basculer. Comme Tania enlevant un pavé de son dernier édifice.

Va-t-il s’écrouler ?

Noir.

Ce spectacle a été créé en hébreu en Israël. Il se joue et se jouera en français, chez nous. Une version anglaise est en préparation. C’est dire l’attente de la compagnie et de la production In8Circle.

Ce spectacle connaîtra peut-être le sort du Tour complet du cœur, 547 représentations et ce n’est pas fini, 3 éditions du livre. Ou de Gilles et Bérénice, déjà 140 représentations et 1 édition.

La compagnie Attention fragile vient de s’installer à La Valette, accueillie par la ville et le Conseil général du Var.

Cette compagnie foraine qui apporte ses spectacles là où le théâtre ne va pas, avec ses 5 chapiteaux, est atypique dans le paysage théâtral français. Elle prouve qu’on peut inventer, innover, tisser des liens durables en circulant dans les territoires, en allant vers les autres dans la proximité.

Je suis fier d’avoir été le premier à accueillir Le Tour complet du cœur dans le Var, au Revest. Et d’être l’éditeur de cet auteur subtil qu’est Gilles Cailleau, saltimbanque de l’étrangeté de l’âme ordinaire.

Jean-Claude Grosse, le 19 décembre 2012

Commentaire

Bonjour Jean Claude,

Très intéressant ton article sur ce spectacle, j'aimerais bien le voir si c'est possible lorsque je serai en France. L'idée de ces chapiteaux est très intelligente et importante. Gilles revient au théâtre comme il était pratiqué il y pas si longtemps, les saltimbanques passant de ville en ville.
Quant à Israël c'est bien compliqué. Je suis en train de préparer un texte qui va s'appeler "The Massada complexe" qui parle justement de la destruction d'Israël. Je pense en effet qu'il y aura une nouvelle diaspora d'ici... peut-être même de mon vivant. Pas uniquement du fait des palestiniens et de leur démographie galopante, mais peut-être surtout de la démographie tout aussi galopante des juifs orthodoxes, et crois-moi le Hamas à côté ce sont des enfants de choeur. A moyen terme, ce pays qui est déjà par sa nature un pays fasciste (ce n'est pas moi qui le dis, mais l'historien américain Robert Paxton dans son livre The Anatomy of Fascism), deviendra ultra-fasciste... Le risque c'est que les Israëlliens modérés se cassent. Exactement comme mon beau-frère qui voudrait envoyer en avant-garde ses deux fils 14 et 12 ans vivre en France, parce qu'il n'a pas envie de les voir se faire tuer pour défendre les intérêts de colons qui pour une bonne part sont des orthodoxes. On serre les fesses à l'idée que les Iraniens puissent avoir la bombe. Moi je serre les fesses à l'idée que les juifs orthodoxes prennent le pouvoir d'un état qui l'a déjà.

Sur ce bonne journée à toi,

Marc

Tania's Paradise/Journal de voyages en Israël
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Jouer avec le temps / François Carrassan

23 Décembre 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Vient de paraître aux Cahiers de l'Égaré

Jouer avec le temps

(1995-2008)

de François Carrassan

Ce petit livre au format 12X17, de 72 pages, raconte les 12 années de François Carrassan comme adjoint à la culture de la ville d'Hyères, le maire étant Léopold Ritondale.

Le livre est composé de fragments de trois sortes, anecdotes et réalisations culturelles de cette période, réflexions philosophiques sur la nature du pouvoir politique en général, considérations sur les rapports entre politique et culture. On sort de cette lecture convaincu que quand ça marche entre politique et culture, c'est un fait rare, dû à une rencontre, des opportunités, une chance. Convaincu aussi que le pouvoir des maires est le plus souvent exorbitant, que rares sont ceux qui ont la sagesse et le recul pour ne pas se laisser manger par le clientélisme, le populisme, l'électoralisme.

Un petit livre, utile à tout le monde, gens de culture, artistes, gens de pouvoir, gogos.

JCG, éditeur des Cahiers de l'Égaré

Jouer avec le temps / François Carrassan
Jouer avec le temps / François Carrassan
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Diderot pour tout savoir/Les Cahiers de l'Égaré

24 Septembre 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #EAT (Écrivains Associés du Théâtre)

Vient de paraître

Diderot pour tout savoir

aux Cahiers de l'Égaré

176 pages, 13,5 X 20,5, 18 euros PVP

diffusé distribué par Soleils

23 rue de Fleurus

75006 Paris

Tel : 01 45 48 84 62
Fax : 01 42 84 13 36

Diderot [did o] pour tout savoir est un projet à l’initiative des Cahiers de l’Égaré, des 4 Saisons d’ailleurs, des Écrivains associés du théâtre (EAT National et filiales EAT Atlantique, EAT Méditerranée, EAT Nord- Pas-de-Calais).
Trente-six écrivains à parité F/H se confrontent à la diversité et modernité des écritures de Diderot avec des textes de 1000 mots. Ils se demandent en quoi il éclaire ou peut éclairer notre monde, notre temps, nos mœurs, nos aigreurs, nos peurs, nos récentes percées scientifiques, nos vieilles spéculations métaphysiques.
Comme lui ou contre lui ou toute autre attitude, posture en rapport à lui, ils s’essaient à des voies nouvelles. Ils font commentaire, diversion, digression, mettent en abyme, réfutent, confrontent, se démarquent, se mettent en jeu.

manifestations prévues autour et à partir du livre

sous forme de lectures de textes et discussion
12 octobre, bibliothèque Armand Gatti à La Seyne sur mer
16 novembre, théâtre de L'Isle 80 en Avignon
7 décembre, Librairie Dialogues Théâtre à Lille
9 décembre, Maison des auteurs à la SACD
31 mars,
salle Vasse à Nantes

SOMMAIRE

Préface

Projet Diderot 2013-2014 page 11

ALBO Michèle
Diderot conteur ou Les Deux Amis de Bourbonne 13

AUBERT Grégoire
Diderot à contre-pied 15

SUITE DIDEROT
Lettre de Johann Joachim Winckelmann
à Denis Diderot 21

AZAMA Michel
Denis, grand fou 24

BAUDOUIN Jean-Michel
Esprit des ténèbres 34

BENEDETTO Albertine
Ecic n’set aps nu ocnet 38

CAILLEAU Gilles
La dernière année de Denis Diderot ne fut pas
très heureuse 41

Une lettre 42

CARRASSAN François
Les droits précaires de l’homme 45

CHARLEMAGNE Malika-Sandrine
Requiem pour un philosophe… 50

CHRYSSOULIS Dominique
À Sophie pour la vie 53

SUITE DIDEROT
Baudelaire Dufaÿs et l’Aquafortisme 57

DESNOTS Gilles
Une lettre inédite de Denis Diderot à Sophie Volland 59

DOCTEUR VALENTIN G. DUCHMOLL
L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert résumée
en 26 tweets alphabétiques pour les jeunes
et les malentendants 63

ESCUDIÉ René
Rencontre de monsieur Denis D.
et madame Christine B. 66

FLOUREZ Bertrand-Marie
I, comme idéologie ou intégrisme ? 70

GREGO Moni
Ma Sophie est un homme et une femme
quand il lui plaît 74

GROSSE Jean-Claude
Opacité/Transparence. Entretien entre une cosmologiste
et un philosophe 80

SUITE DIDEROT
Seurat et Signac 85

GRUVMAN Henri
C’était 87

JABÈS Sophie
Jacques et Jacqueline, Jacqueline et Jacques,
histoire d’une fatalité 90

KERGARIOU Caroline de
Nouvel entretien très indiscret d’un philosophe
avec la maréchale de *** 92

LEIRIS Noëlle
La véridique histoire du Bandeur Masqué et de
la si jolie si jolie si jolie petite petite Miss O’Murphy 97

SUITE DIDEROT
Cher Martin Heidegger 103

LÉPINOIS Gérard
Sentir-penser 106

LOMBARDOT Roger
Le bijou calcifié 109

MALLET Sabine
Hommage aux cylopédistes ou petit galimatias
à la Jacques 113

MARIEL Henri
« Qui aperit vulvam aperit atque mentem » 116

SUITE DIDEROT
Anna et Aube 121

OPPERT Benjamin
Le parking Diderot de la Gare-de-Lyon… 124

PAQUET Dominique
L’acteur chez Diderot : un art philosophique 127

PATRIS Anne-Pascale
La lettre 130

PILLOT René
Le paradoxe du public 134

PROSPERINI Robert
Mille mots pour Diderot 140

SUITE DIDEROT
Cher Larry 145

RONIGER Jom & TANON Pauline
La Diderot 147

THYRION Françoise
Abécédaire de Denis Diderot par moi-même 152

VALMER Michel
De vous à moi. Rêve de Mirabelle - Mirabilia Volland 156

VIOUX Danielle
Fontange des Souleurs 160

VIVARELLI Diana
Mon unique consolation 166

VUILLERMET Claudine
La rencontre du paradoxe 170

Diderot pour tout savoir/Les Cahiers de l'Égaré
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Un projet d'alphabétisation/Le syndrome de Wendy/Angélica Liddell

21 Août 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Maudit soit l’homme qui se confie à l’homme :

un projet d’alphabétisation

Tout le ciel

au-dessus de la terre

(Le syndrome de Wendy)

Angélica Liddell

Les Solitaires Intempestifs

Allez savoir pourquoi, je n’ai pas envie d’aller voir les spectacles d’Angélica Liddell. Ce que je peux en lire, plutôt dithyrambique, me décourage. Je ne suis pas tenté par la provocation, l’imprécation, la masturbation simulée en public.

Mais approcher autrement ce phénomène semble possible en lisant son œuvre publiée.

C’est ce que j’ai fait en lisant deux textes.

Le projet d’alphabétisation est un manuel de méfiance absolue. En particulier vis à vis des déclarations d’amour, des sentiments, des bons sentiments, du plus de dignité, des louanges, de T comme Table, table de mariage qui commence dès qu’on est deux. Moins vis-à-vis de l’argent parce que l’échange est réduit au minimum avec le boulanger chinois quand tu achètes ton pain. Évidemment le regard porté sur l’humanité est noir, intégrant aussi l’élaboratrice du projet de malédiction, l’auteur. Ce qu’elle écrit à la lettre M : je ne te salue pas Angélica pleine de merde… ne prie pour aucun de ces connards ni maintenant ni à l’heure de ta putain de mort donne le ton à cet abécédaire en désordre que j’ai reçu avec jubilation. J’ai aimé cette méfiance généralisée qui s’en prend aux parents, aux pères, aux mères, aux violeurs dans les familles, à ce putain de président de la France, à la France, au 14 juillet, à la Comédie humaine (Comédie-Française). Il y a de la métaphore dans l’air, du retournement de sens. C’est le loup qui est mangé par l’enfant et ça leur fait un peu de bien. C’est Schubert et le piano qui sont convoqués pour indiquer l’utopie : l’âme ne progresse pas donc on ne peut pas jouer du Schubert… si on savait tous ce qu’est le bien, on jouerait du piano comme on respire. C’est la balle et le revolver qu’il faut séparer, le corps et les sentiments. Je veux bien croire que ce genre de texte corresponde à une vision personnelle du monde d’aujourd’hui, vision partageable mettant tout le monde dans le sac des souillures, des immondices, des ordures, des déchets ambulants et de tout ce qui est fait pour camoufler nos saletés individuelles et collectives sous des couches et des couches de saletés hypocrites, idéologiques, sentimentales, déclaratives.

Une solution : ne crois personne, on va se tirer une jolie balle dans la tête devant le putain de président de la France.

Le syndrome de Wendy est plus complexe dans sa construction, en tableaux, avec des répétitions comme les 4 scènes inachevées du film d’Elia Kazan La fièvre dans le sang sur des vers de William Wordsworth, de longs monologues comme pour L’Île. On va de l’île d’Utoya à Shangaï en passant par réminiscence par Le pays imaginaire de Peter Pan. Peter et Wendy sont personnages de ce récit qui fait glisser la tuerie froide d’Anders Breivik à Utoya dans le monde cruel du conte. Cet agencement est profond. Avec les 4 scènes de La fièvre dans le sang, on a comme un contrepoint, la dénonciation inaboutie de l’idéalisme. Avec Utoya, on a une métonymie de la froideur meurtrière universelle. Avec Peter et Wendy, on a la matière d’un conte qui ouvre des abîmes de perplexité. Peter, l’enfant qui ne veut pas grandir, qui ne veut pas mourir, garçon cruel, sans sentiment, égocentrique. Wendy, la mère maternante qu’il se choisit puis qu’il remplace par la fille de Wendy, Jane, puis par la fille de la fille… car le temps passe, les autres grandissent, deviennent adultes. Lui est immuablement enfant. Et bien sûr même si Angélica Liddell l’occulte, on ne peut pas ne pas penser à la fée Clochette. Voilà 3 personnages très exploités par la psychologie moderne, qui ont donné lieu à des noms comme le syndrome de Peter, le syndrome de Clochette, le dilemme ou le syndrome de Wendy. Il n’y a pas lieu ici d’approfondir ces syndromes. Mais nous avons à nous demander si une éducation est possible ou non, si nous pouvons ou non faire un travail sur nous, seul ou avec un tiers, nous changer quoi. Pour Peter, mission impossible. Wendy peut s’en sortir si elle rompt avec Peter. Clochette a trop envie d’être aimée pour renoncer à la conquête.

Angélica Liddell use du syndrome de Wendy pour répondre NON et pour balancer aux mères, mères de tous les maux :

FOR ALL MOTHERS ! FUCK YOU ! MOTHER !

On retrouve dans ce récit la méfiance de l’abécédaire. Les balles imaginaires devant le putain de président de la France sont devenues les balles réelles d’Utoya, froides, refroidissant des vivants, des jeunes avec lesquels Wendy se voit faire l’amour. Non elle n’a pas de douleur, elle n’a pas le souffle coupé par l’horreur. Elles pensent à eux qu’elle aurait aimés sans qu’ils l’aiment, leurs sexes dans sa bouche pour d’éternelles fellations. Ainsi s’achève Peter Pan.

Jean-Claude Grosse

Un projet d'alphabétisation/Le syndrome de Wendy/Angélica Liddell
Un projet d'alphabétisation/Le syndrome de Wendy/Angélica Liddell
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7 femmes/Lydie Salvayre (et autres lectures)

8 Août 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

7 femmes

de Lydie Salvayre

Perrin 2013

De Lydie Salvayre, j’ai vu, donc entendu et non lu, les Quelques conseils aux élèves huissiers dans l’interprétation remarquable de Frédéric Andrau et La Compagnie des spectres dans celle, non moins remarquable, de Zabou Breitman

Les 7 femmes sur lesquelles écrit Lydie Salvayre sont des écrivains, des écrivains pour lesquelles écrire et vivre ne font qu’un, vivrécrire dit Marina Tsvetaeva.
Il y a une belle liberté de ton chez cette lectrice admiratrice qu’est Lydie Salvayre. Elle trouve pour chaque auteur évoqué, l’angle qui la touche et qui rend cet auteur on ne peut plus vivant. Par exemple pour Marina Tsvetaeva, elle insiste sur l’écriture de celle-ci, un choc à l’époque, (Emily Dickinson l’avait précédé sur les chemins de la syncope, de la ponctuation explosée) et sur la correspondance entre Pasternak (Ma sœur la vie) et celle qui vit dans les incendies (Le ciel brûle).
Des 7 parcours abordés dans leurs singularités, Emily Brontë, Djuna Barnes, Sylvia Plath, Colette, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Ingeborg Bachmann, j’avoue ma préférence pour 3 : Emily Brontë dans sa lande d’Haworth et pour Les Hauts de Hurlevent, Marina Tsvetaeva la plus radicale des 7 dans son refus de toute compromission, de tout renoncement à l’infini potentiel contenu dans l’amour (azur, azur deuxième terre dit un titre d’une biographe), à la singularité de chaque être qui ne doit pas se laisser broyer par la machine collective, Ingeborg Bachmann, autre radicale qui m’a renvoyé à une pièce lue il y a peu : À bout de silence d’Anne-Marie Storme (ou le prix, le poids de la culpabilité collective assumés par une femme).

Ce qui est étonnant dans ces parcours qu’aime avec grande émotion et lucidité l’auteur, c’est le grand écart qu’il y a entre eux. C’est ainsi que je l’ai ressenti,

d’un côté les allumées de plus grand que soi, de ce qui nous dépasse, de ce qui nous augmente, l’amour (Tsvetaeva), la nature (Woolf, qui sait emmailloter ses sensations à son contact dans les mots) mais la disproportion est telle entre l’aspiration et la réalité que cela peut mal finir, avec le suicide de Marina Tsvetaeva par exemple,

de l’autre les allumées de l’auto-destruction, à entendre non comme une volonté délibérée mais comme une impuissance, un épuisement devant des forces infernales, des terreurs insurmontables, incontrôlables qui surgissent à votre insu et vous dévorent d’où le suicide de Virginia Woolf ou celui de Sylvia Plath.

Un tel grand écart explique l’ironie mordante dont fait preuve l’auteur vis-à-vis de tout ce qui est petit, mesquin, hypocrite, conformiste, bourgeois, bureaucratique. Elle est féroce comme ses allumées contre les mœurs d’hier et d’aujourd’hui, raconte leurs amants et amantes (pour Colette, Tsvetaeva), les scandales qu’elles provoquent, leurs déboires, l’isolement qui a caractérisé la plupart d’entre elles car à leur mépris pour les « bonnes mœurs », leur insolence, leur liberté, sexuelle en particulier, leur insoumission, la société répondait par le rejet, pire, l’indifférence. Ce n’est qu’après leur disparition que la reconnaissance est venue, un malentendu sans doute car on ne voit pas en quoi les lecteurs d’aujourd’hui seraient plus sensibles que ceux d’hier aux écritures de ces allumées. Sauf que la mode des livres culte, des films culte, des chansons culte est passée par là. Deux mondes sont stigmatisés, le monde stalinien (qu’elle décrit dans des termes que je trouve réactionnaires pour adopter une terminologie trotskyste, février 17 étant une révolution, octobre 17 un coup d’état dit-elle) et ses purges (quel mot !), le monde autrichien, national-socialiste jusqu’au quotidien d’aujourd’hui. Mais les États-Unis ne sont pas épargnés ni l’Angleterre ni la France et Paris dont deux visages nous sont présentés, celui vécu par Djuna Barnes, celui vécu au même moment par Marina Tsvetaeva.

J’avoue que les expériences de lectrice admiratrice de Lydie Salvayre sont roboratives puisqu’elle n’occulte pas l’étonnant antisémitisme de Virginia Woolf (surmonté au moment de l’avènement de Hitler au pouvoir) ou les travers de Colette (n’empêchant pas son sens merveilleux de l’éclosion). La complexité, mot-clef du spectacle Rock’n Love sur le mécanisme amoureux, est le propre de ces écrivains. Pas faciles à cerner, à comprendre. Reste l’admiration et donc les citations qui ont une belle place dans le récit.

Je voudrais terminer sur trois remarques.

Le quotidien que Sylvia Plath tient à intégrer à sa conception de l’écriture, pas d’écriture sans renvoi à ce qui se passe dans la cuisine et au WC, il en est de même mais différemment chez Colette, celle-ci exaltant ce quotidien, celle-là le détestant car amenuisant, rapetissant l’être. Ces rapports opposés au quotidien le plus banal me font penser aux travaux d’Henri Lefebvre sur la critique de la vie quotidienne. Vouloir échapper à celle-ci me semble voué à l’échec donc comment vivre le quotidien avec ses habitudes ? Je pense qu’il n’y a pas à discréditer les habitudes, gain de temps, d’énergie, qu’il y a à les vivre en en connaissant les risques de sclérose, en introduisant de la surprise, en acceptant l’inattendu, en étant ouvert à des sollicitations simples. Le jeu des portions de camembert peut être un bon accompagnement dans la vie de tous les jours pour la conscientiser.

Ce que dit Ingeborg Bachmann sur le mariage comme assassinat me semble d’une grande justesse dans beaucoup de cas. Je préciserai que c’est moins le mariage que l’amour qui conduit à cette soumission mortifère dont le sadisme masculin se nourrit, détruisant à petit feu l’autre. Oui, il y a une grande force dans le passage consacré à Franza, roman inachevé de Ingeborg Bachmann. Mais comme à mon habitude, je me demande si c’est une fatalité. Ma réponse est non. C’est de la responsabilité de chacun de savoir s’il veut ou non tenter de sublimer, différer ses pulsions. Comme je l’ai dit dans mon article sur Rock’n Love, spectacle faisant écho à la désespérance de l’auteur de 7 femmes, il n’y a pas d’éducation à l’amour, chacun est livré à lui-même, subissant les illusions collectives et la société ne va pas chercher à modifier cet état de choses, la soumission amoureuse étant la meilleure forme de servitude volontaire, ensuite généralisable au reste des comportements individuels et collectifs. Mais si c’est une fatalité pour le grand nombre, ça ne l’est pas pour les lucides et volontaires forçats de l’harmonie, de la beauté, de la bonté (ne pas donner à ce mot, un sens cucul, la bonté est ce qui me conforme à ma nature), du pur Amour.

Les allumées de Lydie Salvayre me semblent malgré leur force intérieure les conduisant jusqu’au suicide pour certaines, très complexes, trop complexes. Je sais, c’est gonflé de porter un tel jugement. Mais en disant cela, je pense à mon ami Marcel Conche, à ses efforts pour devenir cause de lui-même et non conséquence des influences parentales, sociales, historiques. Dans son souci exclusif de la recherche de la Vérité sur le Tout de la Réalité, il a su tenir à distance toutes les fausses valeurs, toutes les tentations détournant du droit chemin de sa vocation et se construire ses convictions vécues, une trentaine. À la complexité d’une Virginia Woolf (ce que l’on peut appeler les données initiales induites par le milieu familial et social, l’époque, sur lesquelles je pense qu’on peut agir si on le veut), je préfère la simplicité exigeante, voulue, modifiant les dites données d’un Marcel Conche (son effort d’élucidation, non de ce qu’il est et de ses conditions de vie, dont il se moque, mais de la Vérité et le respect qu’il voue à sa vocation de philosophe me semblent aussi allumés que les complexes psychés des admirées de Lydie Salvayre).

Merci à l’auteur des 7 femmes de m’avoir permis de me coltiner à quelques questions essentielles pour moi. Mes admirés s’appellent Rabelais, La Boétie, Montaigne, un certain Pascal, un certain Diderot, un certain Rimbaud, Shakespeare, les milliers de ma bibliothèque, Ada Lovelace et Marceau Farge. Comme lui, je ne me soucie pas de notoriété, je fais mon travail sans chercher la reconnaissance, écrire, éditer à petits pas, sans service de presse, artisan passionné et je l’espère, sans posture ni imposture.

Au sortir des 7 femmes, je suis allé avec Rosalie, 5 ans et demi, au cimetière de Corsavy où elle veut passer tous les soirs et où elle parle aux disparus de la famille. À l’écouter et à penser à deux titres Façons de mourir (Ingeborg Bachmann) et Fin de partie (Samuel Beckett), je sais que c’est ma prochaine tentative de sortie de route : donner à poursuivrevie à quelques spectres, les uns aimés, les autres peu appréciés.

Un mot sur À bout de silence d’Anne-Marie Storme, collection Théâtres chez L’Harmattan.
Je n'ai pu voir ce spectacle en Avignon, c'était à la même heure que Nous serons vieux aussi.

Écriture sans fioritures pour une histoire terrible de culpabilité collective assumée par une femme, une mère, qui se donne la mort volontairement à la date de son choix, une date terrible et porteuse d'avenir, la libération de Mauthausen.

Finir sur le 5 mai m'a fait monter l'émotion.

L’auteur file la métaphore de la poupée sur son socle de verre; cette métaphore est fil conducteur du récit et tentative de compréhension d'une psychologie, la rigidité (est-ce le mot juste ?) inculquée puis assumée comme ligne de conduite dans la vie ce qui amène la mère à des renoncements et à un choix, maîtriser sa mort comme elle a maîtrisé sa vie.

J'ai cru comprendre qu'il s'agit de la mère de l’auteur, d’origine allemande, devenue Française, ne supportant pas l’Holocauste et finissant par se suicider, sans bruit, sans publicité. Quelle façon de mourir qui en dit long sur comment la culpabilité agit chez certains pendant que les cyniques se disent responsables mais pas coupables ou pire, innocents, banalité du Mal.

Ce récit avec son titre qui évoque aussi À bout portant est un tir au but, se veut tel, sans ornements ni détours; elle n'y va pas par quatre chemins, droit au but; la vérité crue, racontée par la voix de celle qui veut se regarder en face prise dans les glaces de l'Histoire que rien ne peut faire fondre.

Évidemment, derrière la narratrice, il y a l’auteur, la fille donc, et là je me tais. Respect.

Un mot sur Ce que signifiait Laurent Terzieff de Jean-Pierre Siméon (Les Solitaires intempestifs, 2011).

Au-delà de l’hommage à cet acteur immense (être acteur c'est un travail physique quotidien, la voix est un muscle à travailler, être acteur c'est par la voix, transmettre énergie, rythme, sens d'un texte et particulièrement pour les poèmes, exercice délicat mobilisant tout l'être de l'acteur, voix, corps, coeur, intelligence, souffle, âme) dont j’avais aimé la beauté du diable dans Les Tricheurs de Marcel Carné, que nous dit Jean-Pierre Siméon, que l’artiste est un médium, un médiateur entre individu et collectivité, entre soi et les autres, entre l’ordinaire et le sacré laïque, que la poésie est essentielle au théâtre, que le théâtre sans dimension poétique n’est que savoir faire et faire savoir, bref des lieux communs qu’il fallait répéter en ces temps de scandales délibérés.

En supplément, cette élégie de Rilke à Marina Tsvetaeva

Marina, toutes ces pertes dans le grand tout, toutes ces chutes d’étoiles

Nous pouvons partout nous jeter, quelle que soit l’étoile,

nous ne pouvons l’accroître !

Dans le grand tout les comptes sont fermés.

Ainsi qui tombe ne diminue pas le chiffre sacré.

Toute chute qui renonce choit dans l’origine et, là, guérit.

Tout ne serait donc que jeu, métamorphose du semblable, transfert

Jamais un nom nulle part, le moindre gain pour soi-même

Nous vagues Marina, et mer nous sommes !

Nous profondeurs, et ciel nous sommes !

Nous terre, Marina, et printemps mille fois,

ces alouettes lancées dans l’invisible par l’irruption du chant

Nous l’entonnons avec joie, et déjà il nous a dépassés

et soudain notre pesanteur rabat le chant en plainte...

Rien n'est à nous. À peine si nous posons notre main autour

du cou des fleurs non cueillies.

Ah déjà si loin emportés, Marina, si ailleurs, même sous la plus fervente raison.

Faiseurs de signes, rien de plus.

Cette tache légère, quand l'un de nous ne le supporte plus et se décide à prendre, se venge et tue.

Qu'elle ait pouvoir de mort, en effet, nous l'avions tous compris à voir, sa retenue, sa tendresse

et la force étrange qui fait de nous vivants des survivants...

Les amants ne devraient, Marina, ne doivent pas en savoir trop sur leur déclin. Ils doivent être neufs.

Leur tombe seule est vieille, leur tombe seule se souvient, s’obscurcissant sous l’arbre qui pleure, se souvient du « à jamais ».

Leur tombe seule se brise ;...

nous sommes devenus pleins comme le disque de la lune.

Même à la phase décroissante, ou aux semaines du changement,

nul qui puisse nous rendre à la plénitude,

sinon nos pas solitaires, au-dessus du paysage sans sommeil

(élégie empruntée au site Esprits nomades)

Jean-Claude Grosse

Aujourd’hui, 8 août, Lydie Salvayre est reçue au Café-librairie-bar à vins La Part de l’Ange à Portiragnes, un lieu où je me promets de passer un de ces jours.

7 femmes/Lydie Salvayre (et autres lectures)
7 femmes/Lydie Salvayre (et autres lectures)
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L'Algérie de Sandrine Charlemagne

27 Juin 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

L'Algérie de Sandrine Charlemagne

Mon pays étranger de Sandrine Charlemagne La Différence (août 2012)

La narratrice, de double origine : algérienne par le pater, mort à 49 ans, enterré en Algérie à Makouda, française par la petite maman, encore de ce monde, a le désir de se rendre en Algérie où elle n’est jamais allée pour retrouver, trouver, connaître, reconnaître la moitié d’elle-même, l’autre face, la face du pater, violent, cogneur, alcoolique et qui n’a pas laissé de bons souvenirs sur le corps de ses femmes ni dans leur âme. La narratrice, au moment de son départ, est pleine de ressentiment et ambivalente tout au long de son séjour en Algérie : ira-t-elle au cimetière ou non ? Finalement, non, elle n’ira pas mais le voyage l’aura en partie réconciliée avec le pater, dont l’image, les coups, les cris surgissent en cours de récit, alors qu’elle est avec d’autres personnes dont les souffrances sont si vives, si présentes, si discrètes, si mal cachées derrière les sourires, les rites d’accueil si chaleureux, propres à ces gens de pays déchirés comme l’Algérie aujourd’hui. La narratrice n’est pas partie pour mener une enquête sur ce pays si proche de nous mais sur elle-même et son voyage, son séjour ne correspondent à aucun agenda agencé d’avance. Son séjour est commandé par les gens qui l’accueillent, contactés depuis la France et entre les mains desquels elle confie son sort car elle ne sait rien ou si peu de ce pays. C’est donc en la compagnie de ses hôtes que nous découvrons avec elle cette Algérie martyrisée, déchirée, à travers des rencontres simples, des situations du quotidien. Ce qui frappe à la lecture de ce récit, c’est la prédominance des hommes, la quasi-absence des femmes. On en rencontrera quelques-unes en cours de récit : Djâmila à Sidi-Bel-Abbès, Amina et ses filles: Farah et Nawel, l’adoptée, à Oran. Mais ce déni des femmes par l’Algérie d’aujourd’hui est proprement terrifiant, même si certaines, étudiantes, prostituées, essaient d’afficher leurs présences mais à quel prix, à quels risques. Quant aux hommes rencontrés : Sofiane, Boualem, Malek…ils nous font découvrir une Algérie de cauchemar : assassinats barbares, corruption généralisée, beuveries entre amis pour oublier, le rêve français de ces anciens colonisés, quitter l’Algérie à tout prix. Eux peuvent avoir accès à l’alcool, aux cigarettes, s’asseoir n’importe où, mettant en garde la narratrice sur ce qu’elle peut faire et surtout ne doit pas faire : étrangère, elle a cependant droit à quelques transgressions d’interdits. On n’en revient pas de voir comment une société d’hypocrisie peut régenter les comportements les plus quotidiens, les plus anodins : vie privée ne veut plus rien dire dans un tel monde ; même Amina est avertie : la rumeur dit qu’elle parle trop, elle dont le mari, Kada, a été assassiné. Ce voyage n’est pas un pèlerinage comme dit la 4° de couverture car quand on pèlerine, on sait ce que l’on va vénérer. Là, il n’y a rien à vénérer. La narratrice avait des comptes à régler avec la moitié d’elle-même, un pater à la fois absent et violent, trop pesant pour cette âme hyper-sensible et la découverte de la réalité présente de l’Algérie l’aide sans doute à relativiser sa propre souffrance. D’autant que dans ce voyage, l’accompagne Nina, son amie, suicidée par amour, avec laquelle la narratrice poursuit son dialogue. Ce récit ne nous apprend rien sur les tenants et les aboutissants de la situation actuelle de l’Algérie : deux chapes de plomb pèsent sur elle, celle des généraux, celle des barbus et il est sans doute impossible de comprendre vraiment quelque chose à la situation sinon qu’elle est désespérée et qu’en Algérie, on survit comme on peut. La narratrice, très sensible, par tous ses sens, à ce qui se présente, aux présences qui l’accueillent, réussit dans cette ambiance de désespoir à laisser passer de la lumière, de la sensualité ( beaucoup, ébauchée, rêvée), de la légèreté, de l’espoir. C’est un récit bien écrit, avec tantôt des propositions réduites à l’os, sans gras ni chair, avec tantôt des propositions poétiques, écrites en italiques pour bien faire apparaître le changement de registre, avec des descriptions évocatrices de lieux, de personnes, parfois un ou deux mots rares qui nous mettent en arrêt… Bref, fond et forme se conjuguent pour faire de ce 1° voyage en Algérie, à bord du Tarik, odyssée de Paris à Paris via Alger, Sidi-Bel-Abbès, Oran, sous les auspices de Sofiane et Amina, un voyage au bout de l’enfer, de la nuit algérienne pour retrouver Paris, ses obstacles et ses facilités. Un livre attachant, que je conseille en particulier à ceux qui ont de l’amitié pour les Algériens auxquels nous devons tant. Et que je conseille à tous ceux qui votent de façon imbécile, qui, pour des généraux et présidents corrompus, en Algérie comme en France, qui, pour des barbus et des intégristes, qui, pour des extrémistes de droite ou des droites extrêmes, qui, pour des politiciens carriéristes et clientélistes de droite et de gauche. Les hommes politiques de presque tous bords ne sont pas dignes et ne méritent que notre abstention ou notre vote blanc. Confier le pouvoir à de tels prédateurs, c’est se préparer des lendemains qui déchantent. Ce qui ressort de ce livre, c’est le ressort dont font preuve quelques individualités rencontrées pour tenter de survivre dans cet enfer. Mais l’enfer, nous devrions pouvoir l’éviter en faisant preuve de plus de lucidité, en ne cédant pas aux fascinations pour la pulsion de mort, si bien incarnée par les hommes et femmes de pouvoir et leurs sbires: militaires et policiers.

Jean-Claude Grosse

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Passion arabe/Gilles Kepel

16 Juin 2013 , Rédigé par grossel

Passion arabe de Gilles Kepel, Témoins chez Gallimard, 2013

Journal 2011-2013

J'ai acheté ce journal à Casablanca le 9 mai, au prix marocain soit la moitié du prix français. J'ai commencé à le lire pendant mon périple de 3700 kilomètres dans l'est et le nord du Maroc. Puis mon frère se l'est approprié et l'a terminé avant moi. Je l'ai achevé à Paris le 12 juin. Tant de temps pour le lire, autant dire que ma note va s'en ressentir.

J'ai apprécié les deux versants de ce journal, récit « objectif » de rencontres nombreuses dans les différents pays où ont eu lieu les révolutions arabes, à partir de l'immolation de Mohamed Bouazizi, à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010, et journal « personnel » par retour dans le passé sur ce qui a déclenché cette passion arabe, ces deux mots étant les deux derniers du livre en italiques avec majuscule. La parole est donnée aux arabes, leaders religieux, leaders politiques, gens du peuple, étudiants. Les connaissances linguistiques, historiques de l'auteur lui servent à décrypter les propos. L'écriture est fluide, nourrie aussi de mots rares.

On comprend, grâce à ce travail réalisé sur le terrain (avec sa part de risques) et inscrit dans la temporalité, la complexité de ce qui est sorti des révolutions arabes et dont l'évolution dépendra des rapports de force entre les différentes composantes islamiques et des réactions populaires.

On a, soutenus par le richissime Qatar à la manne gazière, les Frères musulmans, très bien organisés, pouvant aller de la modération pseudo-démocratique au radicalisme djihadiste. Soutenus par l'Arabie saoudite à la manne pétrolière, les salafistes, particulièrement offensifs, radicaux. Soutenus par l'Iran, les chiites, également radicaux. Les puissances régionales sont la Turquie où émerge un renouveau de l'ottomanisme, l'Iran qui vise la possession de l'arme nucléaire pour dominer la péninsule, l'Arabie saoudite qui veut contrecarrer l'Iran, le Qatar qui soutient tout ce qui peut affaiblir Iran, Arabie saoudite, afin de continuer à exister. Il semble aller de soi que le rêve de kalifat mondial des uns et des autres a peu de chances de se réaliser étant données les divisions internes au monde islamique. C'est peut-être ce qui fera qu'après la main mise des islamistes soi-disant modérés sur le pouvoir dans certains pays (Tunisie, Égypte, Turquie) et après la déception très grande de certains couches des populations, on verra refleurir les aspirations démocratiques.

Ce livre fourmille d'anecdotes, d'histoires qui ne demandent qu'à être prolongées en pièces, romans, nouvelles. Je pense à la page consacrée à la Lybienne Houda Ben Hamer ou aux quatre pages consacrées à la Tunisienne Fayda Hamdi. Je lirai d'ailleurs ces pages le 11 juillet à Présence Pasteur dans le cadre de Voyages de mots en Méditerranée.

Le dernier voyage, périlleux, consiste à passer en Syrie à partir de la Turquie. Gilles Kepel relate à la fois ce passage risqué et un voyage réalisé 40 ans plus tôt à Antioche et qui fut le déclic de sa passion arabe. À 40 ans d'intervalle, l'auteur est accompagné par une jeune femme. On sent son attirance pour les beautés arabes comme on sent sa passion de transmettre, sa passion de professeur.
Bref, un livre important pour comprendre une région du monde qui agace trop de nos con-citoyens, partisans du simplisme réducteur, du racisme, à l'image d'ailleurs des islamistes, simplistes (L'Islam est la solution, slogan dominant), antisémites, anti-occidentaux.

Pour ma part, ce livre m'a fait prendre conscience que cette région du monde, bien que poudrière, a peu de chances de provoquer un déchaînement mondial. Mon regard a alors toute latitude pour tenter de voir d'où viennent les dangers. J'en suis convaincu : c'est chez nous que banquiers, financiers, multi-nationales travaillent contre les peuples, contre la démocratie, contre l'avenir et l'espoir.

Je renvoie à mon voyage au Maroc et à deux liens pour compléter ma note :

http://www.lemonde.fr/livres/article/2013/04/17/un-nouveau-monde-arabe_3161420_3260.html

http://www.huffingtonpost.fr/ruth-grosrichard/passion-arabe-gilles-kepel_b_2934514.html

Jean-Claude Grosse

Passion arabe/Gilles Kepel
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Tout est bien ainsi / Marc Bernard

6 Avril 2013 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Tout est bien ainsi

Marc Bernard

Récit

Gallimard, 1979

 

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Après La mort de la bien-aimée (1972) et  Au-delà de l’absence  (1976), j’ai voulu lire le 3° récit écrit par Marc Bernard en lien avec la disparition de sa bien-aimée, Else, en 1969. Presque dix ans se sont écoulés. Marc Bernard a 79 ans, il est atteint d’une coronarite, astreint à un régime sévère, à des alertes, il est assez souvent fatigué, constate la diminution de ses forces, se désinvestit de la comédie humaine (mais quel humour ravageur pour parler de son invitation chez ses voisins anglais à Majorque). La nature qui a toujours compté beaucoup pour lui est encore plus présente, contemplée, source d’émerveillement plus que de questions.  Il est solitaire, apprécie  cette solitude parfois rompue par des visites, les unes agréables, les autres agaçantes. Entre Paris, Nîmes et Majorque. Il retrouve sa première femme dont il a eu une fille, l’occasion pour lui de revenir sur cette passion jalouse, sur cette impossible relation, à mille lieues de l’amour pour Else.

L’évolution des titres est significative. La mort de la bien-aimée est un récit tout entier rempli d’Else, du hasard-miracle de la rencontre près de la Vénus de Milo au Louvre aux derniers moments, plein des lieux habités, plein des questions que se pose l’homme sur l’après Else, pour elle, pour lui. Au-delà de l’absence est un approfondissement oscillant des questions métaphysiques que l’on peut se poser quand un être profondément aimé disparaît, trop tôt, oscillations entre deux noms et deux conceptions, Dieu ou la Nature, à moins que ce ne soit à peu près la même chose.

Tout est bien ainsi, voilà un titre d’acceptation, d’acquiescement à ce qui est, à ce qui apparaît puis disparaît. Il semble que la Nature l’emporte sur Dieu. Le mot panthéisme est utilisé. Les considérations scientifiques sur l’univers sont mises à contribution. Elles ont déjà 35 ans. Certaines sont devenues obsolètes. Sachant ce que l’on sait aujourd’hui, au moins à titre d’hypothèses encore à vérifier, il n’est plus possible de se contenter de ce que l’on voit quand on observe la voie lactée par exemple. Cette matière lumineuse ne constitue que 4% de l’univers. Il y a sans doute de la matière noire pour 23% et plus étrange, 73% d’énergie noire à effet répulsif provoquant une accélération de l’expansion de l’univers. La beauté d’un ciel d’été ne peut suffire à nos exigences de clarté. Elle est certes réelle et a sans doute un effet bienfaisant, nous réconciliant avec l’infini, avec les deux infinis qui effrayaient tant Pascal. Mais nos connaissances d’aujourd’hui nous propulsent dans des perplexités déstabilisantes, mettant en cause nos certitudes d’hier, nos modèles standard et nos théories à constantes universelles. On en est à une phase où l’élaboration théorique est fortement sollicitée pour tenter de répondre aux défis de ce que sondes, satellites, télescopes et autres appareils rapportent des confins stellaires et galactiques. C’est plus passionnant qu’inquiétant. Suivre cette actualité cosmologiste me semble nécessaire pour ne pas s’égarer dans une contemplation naïve, illusoire, seulement esthétique de l’univers. La quête métaphysique tendant à penser la Nature, comme le fait Marcel Conche, avec références aux résultats de la cosmologie mais en s’en écartant aussi à cause de l’illusion scientiste cherchant l’unité, à unifier quand il faut privilégier selon lui, la pluralité et la créativité, propose en assez peu de mots, métaphores et concepts de quoi installer d’autres rapports à ce qui nous entoure, nous enveloppe, nous englobe. Les attitudes vis-à-vis de l’englobant universel qu’est la Nature sont multiples, le plus souvent impensées, assez sommaires et simplistes. La contemplation esthétisante, de nature poétique, est plutôt passive. Elle ne stimule pas la curiosité, elle ne répond pas à notre naturelle curiosité.

Marc Bernard, à son insu, m’a proposé une attitude active. Il sait qu’il est mortel, il ignore forme et moment de sa fin qu’il sait prochaine (ce sera en 1983). Il se prépare, comme on prépare un mort avant la mise en bière. Mais c’est de son vivant qu’il se prépare. Il s’agit de se dépouiller, de faire honneur à celle qui vient alors qu’on est encore vivant, en ne se laissant pas aller, en étant respectueux de cette vie en nous, de ce corps qui se délite, en étant de plus en plus en harmonie avec ce qui nous entoure (il a une grande attention aux animaux, sauf les moustiques qu’il massacre s’il peut). Il s’agit de commencer à se dissoudre, à s’y préparer mentalement, il s’agit de se sentir participer au brassage universel, métaphore sans doute trop facile. Après le temps d’une vie vécue comme singularité puisque personne ne peut vivre à ma place, vient le temps de l’acceptation active du retour à l’éternel brassage dont on peut penser qu’il n’est pas seulement brassage de particules élémentaires, d’ondes électromagnétiques, de fluctuations quantiques mais aussi brassage de souvenirs, d’événements, de rencontres, de hasards heureux, malheureux, de liens profonds, de liens ténus. Me préparer au grand brassage, c’est pour moi, rassembler, exposer dans Fin de vie, comment je les ai vus partir, les êtres chers de 4 générations, comment je me vois partir, anticiper par l’écriture l’inéluctable. C’est dans un autre récit, faire récit réfléchi de quelques moments-clefs d’une vie singulière, d’une insolite traversée. Ce qui est le cas de toute vie même celle qui semble la plus banale. La 1° femme de Marc Bernard lui donne une sacrée leçon de courage et de dignité, d’acceptation de la maladie et de ses contraintes. Ces récits à venir, pour ceux qui restent, transmission, partage, mémoire vive avant oubli. Commencer à me dissoudre, c’est réduire ma surface d’exposition, réduire mes besoins, devenir homme très ordinaire, ennuyeux et s’ennuyant, silencieux, préférant écouter, absent ou presque au monde, sans révolte, sans colère, sans dégoût pour tout ce qui hier me fâchait, me mettait en mouvement, m’indignait, c’est me retirer de la comédie humaine, des jeux de pouvoir et de séduction, accepter l’érosion sexuelle, ne pas s’en remettre aux prouesses viagresques. C’est de temps à autre, recevoir et apprécier visite d’amis, continuer à apprécier ce qui s’offre aux sens, encore vifs mais qui vont déclinant. Lever ou baisser les yeux, regarder là-haut ou tout près, sentir, écouter, lire. Tout le contraire de ces vieux qui veulent s’éclater, profiter de la vie comme ils disent. Les adultes ne sont pas en reste avec cette conception jouisseuse de la vie. Je préfère la sobriété, sans le qualificatif heureuse  que rajoute Pierre Rabhi. Je formule cette hypothèse du grand brassage pas seulement de la matière mais aussi de la pensée, de l’esprit, parce que je crois que ce qui a lieu a lieu une fois et pour toujours, que rien ne peut effacer ce qui a eu lieu même si l’oubli semble faire son œuvre d’effacement. Mais peut-être est-ce prétentieux de vouloir donner de l’éternité à ce qui n’est qu’éloise dans la nuit éternelle (Montaigne) ?


En tout cas, voilà trois récits qui n’ont pas vieilli. Reste son dernier livre, un testament en quelque sorte,  Au fil des jours. « Une tâche noire est soudainement apparue sur ma main ; hier, elle n’y était pas. » « Les fins de vie ressemblent à des batailles. » « C’est en zigzaguant que nous approchons de la mort. » « Else est partout, dans l’arbre, l’oiseau, le bleu du ciel, le nuage noir. » « Nous serons une poignée de poudre redistribuée au hasard. »

 

Jean-Claude Grosse

 


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