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Les Cahiers de l'Égaré

La liberté/Marcel Conche

27 Novembre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

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François Carrassan / Note de lecture / La liberté de Marcel Conche, Encre Marine/Les Belles Lettres, 2011. (Les chiffres entre parenthèses renvoient aux pages du livre).

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La liberté du philosophe

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Quand on demandait à Eric Weil - mon maître en sagesse, écrit Marcel Conche (39) - si la philosophie était nécessaire, il répondait, étonné, que rien en ce monde n’est nécessaire, pas plus la philosophie que tout le reste, et que la philosophie devient nécessaire seulement si l’on opte pour elle.

Quand il a opté pour la philosophie, Marcel Conche rappelle ainsi que cette décision inaugurale de consacrer le temps de sa vie à l’étude (11) était une parfaite expression de sa liberté absolue. Elle le demeure. Avec cette précision, déjà soulignée en 1991 dans Vivre et philosopher (Le livre de poche, pp. 202-203), que si je suis libre de philosopher, soit de rechercher la vérité pour elle-même, cette recherche ne saurait se concevoir sans être libre elle-même. Et tel fut donc le choix de Marcel Conche, d’aimer la philosophie, de porter le regard vers ce qui, dans cette vie, compte vraiment, loin de toute occupation besogneuse, utilitaire, servile.

 

Dans La liberté, il nous en dit davantage sur sa liberté qui est fondamentalement solitaire parce qu’elle est une liberté de philosophe et qu’elle demeure réticente à se plier à toute règle commune (15).  Et qu’elle porte en elle une puissance illimitée de dire « non ». Car si Marcel Conche a dit « oui » à la philosophie, il a aussi dit « non » au service militaire (11) manifestement contraire et défavorable au développement de sa pensée. Car, seul à pouvoir décider de qui est bon pour sa vie, sa liberté peut en faire un rebelle.

C’est que le philosophe ne reconnaît d’autre autorité que la raison et que l’exercice de son esprit critique ne se soumet à aucune autre règle que celles de cette étrange faculté par laquelle l’homme connaît, juge et se conduit : la raison, qu’il postule présente en chaque homme, universelle en ce sens, et qui rend seule possible un dialogue contradictoire sur le chemin de la vérité. En ce sens on pourrait aussi dire que la philosophie est le lieu par excellence de l’ouverture au monde (17, 50), et encore le foyer de la liberté.

On verra volontiers dans ce refus de toute autorité extérieure à la raison la condition même de la vie philosophique qui est de penser sans entrave (11) et de façon autonome (15), en ajoutant que cette affirmation d’une raison universellement partagée permet de dire de son exercice critique qu’il est d’essence démocratique. Encore que la pratique politique de la démocratie en paraît si éloignée qu’il vaudrait mieux le dire anarchiste au sens où il n’a ni dieu ni maître. Ce qui laisse entendre que la vérité de la démocratie ne se trouverait véritablement achevée que dans l’anarchie, là où s’étendrait le règne réel de la liberté. Au fond, ne serais-je pas anarchiste ? s’était demandé Marcel Conche dans Vivre et philosopher.

 

Libre d’une liberté infinie dans la Nature infinie (16), tel apparaît l’homme aux yeux du philosophe. Et cette liberté prend corps dans une personne surgie du hasard, inattendue et imprévisible, au sein de mondes changeants. Fidèle au De natura rerum de Lucrèce, Marcel Conche souligne ici le caractère aléatoire (66) de la combinaison fugitive qui donne naissance à chaque figure de l’existence où se révèle le paradoxe d’un être à la fois réel et passager, minuscule et singulier. C’est toute notre liberté, à la fois brève et infinie, telle une option éphémère de la Nature dans son incessant devenir.

 

Mais une ombre vient toucher le tableau de cette liberté infinie au moment où Marcel Conche semble finir de le peindre. Un malheur (53), une tristesse (54). Est-ce à son origine hasardeuse qu’on le doit ? Car il y a la liberté dans la pensée et la liberté dans le monde. Et si je suis infiniment libre d’opter pour la philosophie, que devient ma liberté d’aller et venir si je n’ai pas l’argent du voyage ? Où l’on retrouve la célèbre distinction que Descartes introduisit au fond de l’homme (54), entre un entendement limité, celui d’une créature finie, et une volonté illimitée semblable à celle de Dieu mais dont l’action, quand elle outrepasse notre ignorance, nous ferait tomber dans l’erreur. En droit, dit ainsi Marcel Conche, ma liberté est illimitée : en fait, elle est limitée(60).  Et dans le règne du hasard et du non-sens qu’il affirme (73), le philosophe mesure son impuissance devant l’injustice et la misère du monde, et sa liberté lui paraît soudain vide (71). A quoi bon alors cette liberté quasi divine, si c’est juste pour parler et se payer de mots devant l’injuste ordre des choses (52) ?

 

Mais Marcel Conche avait prévenu : l’envers de ma vocation purement intellectuelle est une volonté d’intervention minimale dans les affaires du monde (in Vivre et philosopher, p. 242). Des affaires qui, pour le dire de façon stoïcienne, ne dépendent pas de nous et face auxquelles notre impuissance vient de notre condition. Aussi le sage préférant la liberté intérieure à toute autre (ibid. p. 238) surmontera-t-il cette apparente contradiction, irritante aussi, quelque regrettable que soit la marche du monde.

Car si vous n’avez pas cette liberté intérieure, insiste-t-il, vous êtes un être du dehors, aliéné aux circonstances ; (…) une sorte de caméléon… (ibid. p. 242).

On mesurera donc ici combien est nécessaire la solitude du philosophe - et d’une nécessité essentiellement philosophique - et à quel point sa liberté est une liberté de sauvage. Sauvage au sens de Littré qu’aime rappeler Marcel Conche : qui se plaît à vivre seul, qui évite la fréquentation du monde.

 

François Carrassan, 22 novembre 2011

 

 

La liberté de Marcel Conche/Note de lecture de Jean-Claude Grosse

Encre Marine 2011

 

Voilà un livre de 100 pages qui en 35 courts chapitres fait le tour d'un thème qui ne fait pas l'unanimité. Il y en a qui croient à la liberté. Il y en a qui n'y croient pas. Il y ceux qui posent la liberté comme constituant chacun, donc originelle et originale. Et ceux pour qui la liberté n'est qu'une succession de libérations.

Peu importe l'unanimité, peu importent les clivages. En philosophie, selon la conception de Marcel Conche, il n'y a pas de preuves, seulement des arguments. Son essai a donc la nervosité de quelqu'un n'ayant pas envie de perdre son temps à convaincre un interlocuteur rétif. Arguments et exemples sont souvent accompagnés de etc, … Une liberté ne peut convaincre une autre liberté que si celle-ci veut bien l'être. La liberté de chacun est infinie mais impuissante dans le rapport à l'autre, limitée dans le rapport au monde, au temps. Libre mais seul. Ou libre parce que seul, unique.

La conception que nous expose Marcel Conche vaut pour lui. Elle est le fruit de sa liberté de penseur et de pensée. Elle fonde et s'appuie sur sa métaphysique naturaliste. Elle le constitue comme homme et philosophe, depuis son enfance. Marcel Conche, homme et penseur libre ou liberté pensante et en acte, est libre par le pouvoir de dire NON, pouvoir infini, illimité. Ce pouvoir originel, constitutif se limite ensuite. Le pouvoir de dire OUI vient après et lui n'est pas infini, il est non pas limité (on retrouverait la conception des déterminations dont on se libère progressivement) mais limitant (le libre Marcel Conche n'est pas limité par toutes sortes de limitations, de déterminations, il se limite lui-même par ses choix). Selon cette conception, l'homme libre, bien que né et vivant dans un monde daté, marqué, plein de significations préexistantes, s'individualise parce qu'ouvert à la vérité et à l'universel, en recherche, se servant de la raison en vue du juste, du vrai, du bien, du bon, du beau. Libre arbitre, acte libre, vie libre dans la durée sous le régime esthétique, éthique, ou poiétique, autant de pistes ouvertes par Marcel Conche, faisant de ce petit livre, un manuel de liberté pour qui le veut bien. Des affirmations fortes comme la bonté de l'homme liée à la bonté de la Nature, le mal étant donc un accident, lié à une inégale répartition des ressources, mettant les hommes en conflit … Avec lui, on n'est pas dans un combat entre nécessité et liberté où la liberté est toujours petite, toujours fragile. Sa vision de la liberté va jusqu'au Tout. Le philosophe crée sa métaphysique, son Réel, son Tout. Cette conception amène Marcel Conche à reprendre son nihilisme ontologique. Chaque chose du Tout n'est qu'apparence, apparence absolue, il n'y a pas d'être, pas de sujet, donc pas de liberté d'un être, pas de liberté d'un sujet. En conséquence, le philosophe « est » une liberté infinie. En un temps où les sentiments dominants sont la peur et l'impuissance, où l'on vit « petit », ce petit livre est un appel à vivre libre car vivre est bon et cela a du sens, un appel à s'engager dans le monde avec le meilleur de soi pour donner le meilleur de soi, pour créer ce que l'on peut de mieux. Désir, raison, volonté sont réveillés ou revivifiés et invités à jouer au jeu de dés car l'aléatoire est au cœur de la liberté.

 

Jean-Claude Grosse, le 8 novembre 2011

 

À peu prés en même temps, j'ai lu Petit traité de vie intérieure de Frédéric Lenoir. Philosophe et journaliste, Frédéric Lenoir sait nous mener en bateau sur le long fleuve tranquille de la vie heureuse et bonne. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les problèmes. L'universel est ramené à l'universalisme des doctrines, croyances, pratiques héritées de millénaires de pensée humaine, de révélations divines. Ce petit traité est un présentoir de super-marché dévolu à la vie intérieure et spirituelle. Éclectique au possible, syncrétique par juxtaposition des citations, des exemples, il donne le tournis en ramenant des doctrines hétérogènes à un corpus de sentences sentencieuses, sensées, censées nous guider. Bref, on en a pour son argent. Notre libre arbitre nous conduira à un libre choix entre une pratique bouddhiste de visualisation et une retraite dans un monastère, entre une méditation de ko-an sur un tapis volant et une prière dans une église romane. Je vais de ce pas pratiquer le yo yo du yin et du yang, me situer dans la perspective de l'amor fati avec une pincée de Coran et un zeste de sermon sur la montagne … J'invite chacun à se concocter son infusion, source de bien-être.

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Il n'y a pas d'autre monde/François Carrassan

9 Novembre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

  Paru le 18 juillet,

présenté le 15 octobre à la librairie Charlemagne à Hyères


Il n'y a pas d'autre monde

 

thème et variations (8)

 

de François Carrassan,

avec des photographies de Bernard Plossu

132 pages, format 13,5 X 20,5, 10 photographies

18 euros

diffusé, distribué par SOLEILS

 

J’ai très tôt éprouvé à l’égard de l’existence en général un sentiment d’insignifiance dont j’ignore s’il correspond à la réalité de ce qui est en dehors de moi. Comme il paraît raisonnable de renoncer à savoir quoi que ce soit de ce côté-là de la chose, je m’en suis accommodé.
J’en ai fait le thème de ce livre. Les huit variations que j’en propose pourront cependant apparaître comme autant de bonnes raisons de lui accorder le bénéfice du doute en observant qu’il pourrait, dans l’état où nous sommes, toucher juste. Et si ce n’est à l’égard de la vérité qui nous échappe, ce serait au moins à l’égard de la vie que nous vivons.
Depuis la couverture, les photos de Plossu ouvrent chaque partie de cet ensemble avec la troublante évidence de leur poésie muette.
F. C.

 

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– TABLE DES MATIÈRES –


Thème – De l’insignifiance .......7

Variation I – Le réveil de l’âme ..........17

Variation II – L’ordre du monde............33

Variation III – La limite du possible ..........49

Variation IV – La lumière du jour ............63

Variation V – L’aporie du fond des choses..........75

Variation VI – La figure de l’impasse ..............89

Variation VII – L’heure de notre mort .........103

Variation VIII – La fin de tout..........115

Bio-Bibliographies ........125 

 

 

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Avec Marcel Conche/coordonné par Yvon Quiniou

8 Novembre 2011 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

coordonné par Yvon Quiniou
Avec Marcel Conche


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Hommages personnels : Jean Salem, Gilbert Kirscher
La philosophie, vues d’ensemble : André Comte-Sponville, Philippe Granarolo, Marc Jarry, Jean-Philippe Catonné
La philosophie antique : Catherine Collobert,  Daniel Babut (sur Anaximandre), Olivier Bloch (sur Epicure), et Santo Arcoleo (sur Homère et les antésocratiques)
La métaphysique de la nature : Pilar Sanchez Orosco. Compte rendu par Yvon Quiniou de Philosopher à l’infini (L’Humanité). Compte-rendu par Nestor Turcotte de Quelle philosophie pour demain ?
Le tragique : La gestion du tragique, par Marc Wetzel. Métaphysique et soin chez Marcel Conche par Jean-Claude Grosse. Note sur La mort et la pensée par Jean-Claude Grosse
Le scepticisme : Sébastien Charles
Le matérialisme et la morale : Yvon Quiniou
Le Journal étrange : Compte rendu du tome I par Claude Jannoud (Le Figaro) ; Jean-Marc Gabaude commente le Journal étrange, tomes IV et V ; commentaires discontinus de Herman Bonne sur le tome IV du Journal
L’amour : Marcel Conche et l’amour, par Yvon Quiniou. Compte rendu par Yvon Quiniou de Corsica (L’Humanité).
Témoignages personnels : Un moment avec Marcel Conche par Bertrand Renouvin. Mon ami Marcel, par Georges Mazelié, médecin cardiologue. La chose de Noël Luciani, un ami corse.
Et pour finir : Une correspondance de Roland Jaccard avec Marcel Conche. Présentation par Marcel Conche de sa philosophie
Livre en souscription :
  paru le 27 mai 2011
20 euros franco de port
par chèque à l’ordre des Cahiers de l’Égaré,
669 route du Colombier, 83200 Le Revest
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Bulletin de souscription à retourner à
Les Cahiers de l’Égaré,
669 route du Colombier    83200 Le Revest
accompagné du règlement par chèque (20 euros, l'exemplaire)
Nom et prénom :
Adresse :
Souscrit pour  … exemplaires à 20 euros l’exemplaire, franco de port

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