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Les Cahiers de l'Égaré

Disparition de Lorand Gaspar/9 octobre 2019

Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse, #pour toujours, #poésie

Lorand Gaspar

Lorand Gaspar

Lorand Gaspar:

« Une musique faite seulement de ce rien qui respire entre contraires entre un battement du coeur et le battement d’une aile, la fin et l’infini. »

« Nous n’avons que cette musique – multitude blessante et joyeuse pour toucher le feu qui nous habite. »

la plaquette de 1987 consacrée à Lorand Gaspar (600 exemplaires), les N° d'Aporie (7 et 9) consacrés à Lorand Gaspar; le N° d'Aporie sur Salah Stétié avec participation de Lorand Gaspar
la plaquette de 1987 consacrée à Lorand Gaspar (600 exemplaires), les N° d'Aporie (7 et 9) consacrés à Lorand Gaspar; le N° d'Aporie sur Salah Stétié avec participation de Lorand Gaspar
la plaquette de 1987 consacrée à Lorand Gaspar (600 exemplaires), les N° d'Aporie (7 et 9) consacrés à Lorand Gaspar; le N° d'Aporie sur Salah Stétié avec participation de Lorand Gaspar
la plaquette de 1987 consacrée à Lorand Gaspar (600 exemplaires), les N° d'Aporie (7 et 9) consacrés à Lorand Gaspar; le N° d'Aporie sur Salah Stétié avec participation de Lorand Gaspar
la plaquette de 1987 consacrée à Lorand Gaspar (600 exemplaires), les N° d'Aporie (7 et 9) consacrés à Lorand Gaspar; le N° d'Aporie sur Salah Stétié avec participation de Lorand Gaspar
la plaquette de 1987 consacrée à Lorand Gaspar (600 exemplaires), les N° d'Aporie (7 et 9) consacrés à Lorand Gaspar; le N° d'Aporie sur Salah Stétié avec participation de Lorand Gaspar
la plaquette de 1987 consacrée à Lorand Gaspar (600 exemplaires), les N° d'Aporie (7 et 9) consacrés à Lorand Gaspar; le N° d'Aporie sur Salah Stétié avec participation de Lorand Gaspar

la plaquette de 1987 consacrée à Lorand Gaspar (600 exemplaires), les N° d'Aporie (7 et 9) consacrés à Lorand Gaspar; le N° d'Aporie sur Salah Stétié avec participation de Lorand Gaspar

Angelus Silesius : « Tu cherches le paradis, tu voudrais arriver / Là où tu échapperas aux douleurs et à l’inquiétude. / Apaise ton cœur, rends-le pur, rends-le blanc, / Et tu seras, dès ici-bas, dans un tel paradis » (Le Voyageur chérubinique)


Lorand Gaspar : « Essaye / essaye encore / d’aimer vraiment / d’aimer assez / et qu’est-ce que comprendre / même un peu sinon accueillir / dans son corps et dans sa pensée / un commencement d’amour / qui ne t’a jamais manqué / seuls la main et le regard / seule la pensée qui voit et qui sent / peuvent commencer un jour / à sentir, à voir, à penser / ce qui depuis toujours fut là – // encore et encore sans répit / s’ouvrir chaque jour et chaque nuit / à la pensée claire de l’amour // n’ajoute pas de la haine à ta douleur / essaye d’aimer ne fût-ce qu’un instant / ce signe qui est encore de la vie / car le néant ne souffre pas, n’est rien / et même un atome de vie et de lumière / est toute la vie et toute la clarté » (Derrière le dos de Dieu).

La poésie de Loránd Gáspár, conçue comme travail sur soi-même et comme approche de la plénitude, est marquée par quatre grandes expériences fondatrices. La première est celle d’une vie placée sous le signe de l’exil : un exil imposé par les tragédies de l’Histoire, puis librement choisi afin d’être un « habitant de l’espace », un nomade, un « flâneur du mouvement éternel ». La deuxième expérience capitale est celle du désert : un livre comme Sol absolu témoigne de l’intérêt passionné du poète pour le monde minéral. Loránd Gáspár n’envisage pas le désert comme un lieu stérile mais comme un lieu de vie. La troisième expérience est celle qui lui fut apportée par son métier de chirurgien qui exige à la fois une rigueur d’ordre scientifique et de hautes qualités humaines pour affronter quotidiennement l’énigme de la souffrance et de la mort. La quatrième expérience est celle d’une lecture sans cesse poursuivie de l’œuvre de Spinoza qui a permis au poète d’affiner son intuition première d’une union absolue de l’esprit et du corps. L’œuvre poétique de Loránd Gáspár, toujours « en chemin vers l’inconnu », se double d’un projet scientifique, comme en témoignent ses recherches dans le domaine des neurosciences.

revue Europe n° 918 – Loránd Gáspár – octobre 2005.

hasard ou pas ? 
mardi 15 octobre 2019 vers 13-14 H, à table, chez AB3 à Six-Fours qui nous régale d'un repas simple, sain, coloré, parfumé, nous nous mettons à parler du poète Lorand Gaspar; je l'ai découvert en 1966 dès la parution de son premier recueil chez Flammarion, Le quatrième état de la matière, livre numéroté 2445 suivi de Gisements (1968), N° 271; ne me demandez pas où s'est fabriqué ce flair pour aller vers ce genre de poètes
normal que la discussion porte sur Lorand Gaspar, 
Nouria Rabeh lui consacre une étude dans son essai L'éveil d'une génération, à paraître aux Cahiers de l'Égaré vers février 2020 (paru);

je raconte la venue au fort Napoléon de Lorand Gaspar le 30 mai 1987 (il reste une plaquette de cette rencontre), les deux N° de la revue Aporie consacrés l'un à Égée-Judée (N°9) en lien avec la création de Judée au Festival de théâtre du Revest, à l'été 1987 par Gilbert Lyon, l'autre au Désert (N°7), un des endroits préférés du poète; je raconte l'itinéraire et le suicide de François Abou Salem, un de ses enfants, créateur du théâtre El Hakawati, devenu Théâtre national Palestinien et qui a joué deux spectacles au Revest; je raconte enfin ma visite par effraction de sa maison à Sidi Bou Saïd, qu'il venait de quitter et où traînaient par terre, à tous les vents, de multiples papiers et livres; je dois avoir des photos tirage papier mais où ? (1995-1996 pour mon 1° et seul voyage en Tunisie, boycottée pour la présence de Ben Ali au pouvoir)
le dernier échange que j'ai eu avec Lorand Gaspar remonte à la parution d'un livre collectif sur des recherches neuro biologiques sur le cerveau; il m'avait fait part de son intérêt pour ces recherches auxquelles il participait, contribution dans L'intelligence du stress dirigé par Jacques Fradin, chez Eyrolles (2008)
hasard ou pas ? le 15 octobre au soir, par l'intermédiaire de 
François Carrassan, j'apprends la disparition le 9 octobre de Lorand Gaspar (94 ans) qui sera incinéré demain 16 octobre au Père Lachaise
je signale que Jean-Yves Debreuille, l'auteur d'un livre sur Lorand Gaspar est le maître en poésie avec d'autres de Nouria Rabeh.


" L'homme était secret, exigeant et serein. Né en Transylvanie (alors hongroise, aujourd'hui roumaine), carrefour de toutes les langues, les cultures, les religions et les expériences européennes, terre de magies ancestrales, de haines recuites, de patrimoine immémorial et de lignes de fuite, Loránd Gáspár échappe de peu aux tragédies de la Seconde Guerre mondiale.
Mobilisé en 1943, alors qu'il vient d'être reçu à l'école polytechnique de Bucarest, il est ensuite déporté dans un camp de travail, d'où il s'évade en 1945 pour gagner la France. Là, il étudie la médecine. Devenu chirurgien, il exerce à Jérusalem et Bethléem de 1954 à 1970, puis à Tunis, jusqu'en 1995.
Elias Sanbar, délégué de la Palestine à l'Unesco, se souvient d'avoir découvert l'homme en tant qu'auteur d'une Histoire de la Palestine (1968, dans la « petite collection » de chez Maspero) : « À l'époque, il n'y avait quasiment aucun livre en français sur la question – la bibliographie était surtout en anglais et en arabe –, aucun livre de surcroît favorable à la cause palestinienne », se remémore Elias Sanbar pour Mediapart.
Loránd Gáspár avait-il des origines juives ? « C'est une question qu'on ne se posait jamais et c'était aussi bien ainsi », répond l'intellectuel palestinien, qui se souvient avoir rencontré à plusieurs reprises le poète dans sa maison surplombant la mer à Sidi Bou Saïd, non loin de Mégara, faubourg de Carthage et des jardins d'Hamilcar ; après que Yasser Arafat, chassé de Beyrouth, s'était installé à Tunis.
Mais jamais une discussion, chez cet être si cloisonné, ne fut consacrée à la poésie, alors que Loránd Gáspár avait publié dès 1966, chez Flammarion, un premier recueil, couronné par le prix Guillaume-Apollinaire : Le Quatrième État de la matière (1966). Il y eut ensuite Égée suivi de Judée, Patmos, Gisements. Puis Corps corrosifs (Fata Morgana), ou La Maison près de la mer (Pierre-Alain Pingoud). L'œuvre poétique a été reprise chez Gallimard.
Transi de déserts, happé par les sols, hanté par les éléments, rêvant de cosmos tout en continuant jusqu'en son très vieil âge d'étudier les neurosciences avec un soin pointu, Loránd Gáspár, arpenteur de paysages, était aussi photographe.
Ayant eu la chance de lui rendre visite dans son nid d'aigle du VIIe arrondissement de Paris pour préparer une émission de France Culture (« Tire ta langue »), je me souviens de sa haute humilité, sous les yeux de braise de sa compagne dont il était d'un lustre le cadet : Jacqueline Daoud née Gutmann, sœur du fabuleux danseur Jean Babilée.
C'était avant le suicide, en 2011, à Ramallah, d'un des trois enfants de Loránd Gáspár, le metteur en scène François Abu Salem, récipiendaire des mains de Yasser Arafat, en 1998, du prix Palestine pour l'ensemble de son travail théâtral.
Mais déjà Sol absolu et autres textes (Gallimard, 1982) avait donné le ton :
La bouche et les yeux
dépossédés
dépouillés

espace d’un cri
entouré d’
espace
entouré de
rien.
Déjà l'ultime recueil publié chez Gallimard, Derrière le dos de Dieu (2010), était en route : « Vois, disait la voix, comme tout est mort, désolé – en moi-même je pensais : “j’entends creuser le silence.” »
Déjà le poète né dans les années 1920 (comme Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Jacques Dupin, ou l'ultime survivant Philippe Jaccottet), déjà Loránd Gáspár passait pour vivant en se faisant bon mort :
Ici ma langue se paralyse
et se creuse l’ouïe –
le corps, la pensée
rôdent dans les ravins calcinés.
Somptueuse nudité qui bâille
dans l’étendue sans mémoire
et le souple fruit de la langue
rendu aux ans de sécheresse –
oracle toujours qui se tait –
sur le même tas de fumier. "
Antoine Perraud, producteur de Tire ta langue sur France Culture

Lorand Gaspar écrit ainsi dans la préface de notre volume : «Il veut désormais que les mots dont il se sert soient aussi parmi les plus usés, des mots quelconques, sans éclat, tirés du grand dépotoir de la langue. Son ambition, de plus en plus, est de créer une poésie pour les «horrifiés», pour et avec ceux qui sont livrés au mépris, à toutes sortes de boucheries morales ou physiques», in Même dans l'obscurité (traduit du hongrois par Sarah Clair et Lorand Gaspar, La Différence, coll. Orphée, 1991), p. 9.

<EM>Votre défiance vis à vis de l’affectivité empêche-t-elle le poème ? Barre-t-elle une écriture plus « autobiographique » ? Pourquoi la refuser ? EM>

Il n’est surtout pas question en ce qui me concerne de refuser notre composante émotivo-affective nécessaire pour le fonctionnement et le déploiement de nos systèmes d’adaptation et de défense, sans parler de leur part de nourriture de base de nos structures cérébrales les plus récentes dans l’évolution phylogénétique. Privés de nos sens, de nos capacités émotivo-affectives nous n’aurions guère accès à ce que nous appelons intelligence, raison, pensée intuitive et créativité. Il est pourtant vrai que je me méfie des affects, des sentiments, dans la mesure où la plupart du temps ils fonctionnent comme des automatismes, déclenchés par des causes extérieures ou intérieures toujours semblables pour chacun de nous selon nos empreintes épigénétiques particulières et nos apprentissages. Je pense que nos structures émotivo-affectives peuvent distordre nos pensées et être par là destructrices, limitantes, enfermantes tant qu’elles restent « réactionnelles », conditionnées, donc fermées à la lumière de l’entendement. Nos réactions affectives et nos affects ou sentiments changent totalement de caractère à partir du moment où ils sont éclairés par l’intelligence. Celle qui éclaire, celle qui ne se laisse pas impressionner, déformer par nos flambées, enfermements ou effondrements plus ou moins conditionnés. L’affectivité rendue lumineuse par l’intelligence s’appelle ouverture à l’autre et au monde, écoute, générosité. De tels hommes ont toujours existé ; pensez à Socrate, à Épicure, à Montaigne, à Spinoza ou à Einstein, pour ne mentionner que les plus connus. Ils existent toujours, et plus nombreux que du temps de Socrate, mais plus que jamais ils sont difficiles à percevoir derrière nos « écrans » où dominent la distraction, la violence et la séduction.. Revue Nu(e) N°17


 

https://youtu.be/x1iI1FWQq0Q

apocryphe lu par Janos, 5'15

Entretien avec le poète hongrois János Pilinszky, extrait du film de Gyula Maár, "Fidélité au Labyrinthe". Partiellement traduit par Lorand Gaspar et Sarah Clair

De quoi l'écrivain a-t-il peur devant la page blanche ? Qu'est-ce qu'il risque en écrivant les premières phrases, les premiers mots ? Quelque chose d'irréparable, peut-être ? Dans la vie nous sommes insouciants. Pourquoi est-ce justement dans le domaine de l'imagination que nous sentons le plus de responsabilité ? Serait-ce parce que le mot écrit est plus durable que nos actes ? Je ne le crois pas. Ce qui rend l'écriture redoutable, c'est qu'elle est à la fois acte, confrontation et jugement. C'est moins et plus que notre vie. Il est stérile de confronter vie et écriture. L'écriture est une variété exceptionnellement intense de la vie, variété consciente. Son rôle est double. Elle montre comment nous avons vécu jusqu'à présent et comment nous devons vivre désormais. Elle est critique de tout ce qui nous est arrivé jusque là mais en même temps elle représente aussi pour nous la possibilité du salut. Devant le papier blanc il n'y a que notre espérance qui soit plus grande que notre peur. Janos Pilinszky

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