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Les Cahiers de l'Égaré

Disparition de Tristan Cabral / 22 juin 2020

Rédigé par grossel Publié dans #JCG, #pour toujours, #poésie

Tristan Cabral, réaction sur Facebook, L'enfant d'eau (1997) avec une photo du poète de 1986
Tristan Cabral, réaction sur Facebook, L'enfant d'eau (1997) avec une photo du poète de 1986
Tristan Cabral, réaction sur Facebook, L'enfant d'eau (1997) avec une photo du poète de 1986

Tristan Cabral, réaction sur Facebook, L'enfant d'eau (1997) avec une photo du poète de 1986

Je viens d'apprendre la disparition de Tristan Cabral, ce 24 juin, suite à l'envoi d'un poème de lui, écrit au Revest en 1997. Je demande à l'auteur de l'envoi d'où il sort ce poème et il me répond par la copie de messages sur Facebook annonçant la mort de Tristan Cabral, de son vrai nom Yann Houssin, professeur de philosophie à Nîmes et poète remarqué dès 1974 avec son recueil Ouvrez le feu (1964-1972), annoncé comme le recueil d'un poète Tristan Cabral, suicidé à 24 ans. On apprendra 5 ans plus tard qu'il s'agissait d'un nom littéraire, d'un suicide littéraire. 
Un peu poète, très amateur de poètes, j'avais, dès la 1° parution en 1974, repéré, cet Ouvrez le feu ! de Tristan Cabral. Quel lyrisme d'écorché ! Je venais d'arriver à Toulon. Je n'étais pas encore investi dans l'action littéraire et artistique. Il faudra que je m'installe au Revest en 1981, que l'aventure des 4 Saisons du Revest voit le jour dès mars 1983, que l'aventure théâtrale s'invente dès juillet 1984 et l'aventure éditoriale dès juillet 1988 pour que je fasse appel à des poètes ou que des poètes viennent à moi. Cela commença avec la revue Aporie dont 4 N° sont consacrés à des créations de poètes montrées sur les planches : Odysseus Elytis, Saint-John Perse, Lorand Gaspar, Salah Stétié. Il y eut des printemps des poètes (une remarquable exposition d'écritures de poètes réalisée par le Centre européen de poésie d'Avignon alors sous la houlette de Marie Jouannic), des  poètes en partage, des salons de lecture, des paroles d'auteurs (Sappho/Elytis, Pétrarque/René Char, Marina Tsvetaeïva/Henri Michaux, Michel Flayeux, Jean-Max Tixier, Jean-Claude Villain); il y eut les sentiers des 4 saisons avec Rezvani, Elytis, Saint-John Perse, Le Clézio; il y eut des livres avec Salah Stétié (Le voyage d'Alep en particulier) et Tristan Cabral avec L'enfant d'eau. Ce fut le seul de 4 livres annoncés Le quatuor de l'Atlantique. Tristan Cabral vint 2 fois au Revest, 3 fois à Toulon. Je l'ai vu deux fois au festival de poésie de Lodève avant que ce festival ne se transporte à Sète. Le 8 mars 2008, je l'ai interviewé à Toulon, vidéo devenue mémoire depuis deux jours. J'ai eu pas mal d'échanges avec Tristan, très investi politiquement pour une 6° république, moi-même étant très engagé politiquement. Je dois encore avoir son projet de 6° république Manifeste pour une VIème République, Éditions La Mémoire du Futur, 1988. J'ai évidemment toute son oeuvre jusqu'à Mourir à Vukovar en passant par Messe en mort.

Deux poètes disparus en un mois : Salah Stétié, Tristan Cabral. C'étaient aussi des amis.

Quand je serai parti
je ne veux pas que le soleil se colore de sang
je ne veux pas que meurent les arbres de Judée

mais que le chant des louves
veille sur les hommes seuls
mais qu’on demande à ceux qui restent
s’ils savent
où la douceur s’est réfugiée

qu’on refuse d’abjurer
et que partout la liberté insiste !...

d’où je ne serai plus
il faudra bien qu’il neige
je serai dans l’odeur des œillets
dans la douleur des arbres
je serai dans les mains habilleuses des morts
et sur tous les chemins d’un Peuple de Beauté
et je dirai des mots qui sentent encore les pommes
et je dirai des mots
qui me rendront les jours perdus
et je dirai des mots de feu
des mots de violoncelle
et de miséricorde...

TRISTAN CABRAL 
Le Revest
2 février 1997

A la mémoire de Jean Sénac et de Tahar Djaout

Un homme beau est mort qui signait d’un soleil
il s’appelait Sénac
Jean Sénac

un homme beau est mort qui signait d’une rose
il s’appelait Djaout
Tahar Djaout

depuis toute leur enfance est morte pour le monde…

sous l’amandier nomade
ils venaient tous les deux
à l’eau du soir blessée
ils ramassaient les ombres
pour en faire des pétales

toujours l’inespéré accompagnait leurs pas

toujours dans leur maison
on partageait le pain
toujours dans leur maison
on partageait le sel
et la douce patience qui tremble au bord des larmes…

les amandiers sont morts de leurs blessures…

et la mort en grand nombre a frappé en vingt ans !

hier c’était Sénac aujourd’hui c’est Djaout 
assassinés chez eux par les mêmes tueurs
pour avoir cru ensemble à une même Terre
de toutes les couleurs
pour avoir cru ensemble à une même Terre
de toutes les douleurs

hier c’était Sénac aujourd’hui c’est Djaout 
assassinés chez eux par les mêmes tueurs
sur cette même Terre de toutes les splendeurs…

assassinés chez eux en des temps différents
et semblables pourtant…

deux hommes beaux sont morts
tous deux enfants d’orages
et deux frères pourtant

deux hommes beaux sont morts qui signent d’un Silence…

(Tristan lut ce poème à l'équipe des 4 Saisons du Revest, dans le bureau de l'ancienne poste, sans doute en 1997)

 

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