Texte libre

La tentation du désert
 

Les marchands de sable
détestent
prêcher dans le désert.
Que le désert croisse !
Honneur à qui favorise
le désert !
à qui recèle un désert !
 
Prophètes de malheur,
annonceurs d’apocalypses
naissent du  désert.
Brament dans le désert.
Aboulique, la foule.
Boulimiques, les masses.
Venues du Nord,
déferlent par les autoroutes
du soleil.
Maximalisation du Sud.
A l’heure de midi,
le midi brûle.
Le désert croît.
Déserts, les chantiers.
Licenciés, les ouvriers.
Moi, les pieds dans l’eau.
Indifférent au paradis.
 
Prophètes de bonheur,
annonceurs d’âges d’or
surgissent du désert.
Exultent dans le désert.
Mimétique, la foule.
Léthargiques, les masses.
Venues du froid,
s’allongent sur le sable
chaud.
Sieste sous parasol.
A l’heure de midi, il fait nuit.
Le désert croît.
Déserts, les embarcadères.
Désarmés, les rafiots.
Moi, la tête dans les étoiles.
Indifférent à l’enfer.
 
Les assoiffés de pouvoir
déversent sur la foule,
les grandes eaux
de leurs mirages.
Fébriles, les assujettis
fascinés par ces images
qui ne désaltèrent pas.
Qui en appellerait à
la traversée
du désert ?

Sur les plages de sable,
l’indifférence d’aujourd’hui.
Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable,
l’indifférence d’hier.
Dure. Sèche. Érémitique.
 
Du désert, aimer à la folie
le grain de sable
qui enraye la machine,
saboteur de toute folie
des grandeurs.
 
Du désert, garder
le grain de sable,
inaltérable,
ne pas s’attarder
à la dune,
sa répétition en masse,
altérée par
tout vent de sable.

Favoriser le désert
jusqu’au mira (cl ou g) e
de  l’oasis
                  
J.C. Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

Images aléatoires

Texte Libre




Les Cahiers de l'Égaré n'éditent que des titres en lien avec les activités des 4 Saisons du Revest.

Inutile d'envoyer des manuscrits
 
Le diffuseur-distributeur (national et international) des Cahiers de l'Égaré est:

SOLEILS,

23 rue de Fleurus, 75006 PARIS

courriel: soleilsdiffusion@wanadoo.fr
tel: 01 45 48 84 62 / fax: 01 42 84 13 36

 

Vous pouvez vous procurer les Cahiers de l'Égaré auprès de votre libraire ou sur les sites de vente en ligne.

Au 30 avril 2008: 36359 visiteurs uniques
87691 pages vues


Nouveauté: les essais dans la rubrique Pages

  autre blog
 

Les agoras d'ailleurs

 





 
Samedi 17 mai 2008
Le théâtre, de la pratique à la théorie
Denis Guénoun


Denis GUENOUN revient dans cet entretien sur ses expériences de mise en scène qu'il a pratiquée avec différentes troupes de théâtre et nous fait part de ses réflexions sur ces pratiques mais aussi sur l'écriture théâtrale et le théâtre en général.

Denis GUENOUN est agrégé de philosophie et professeur de littérature française (théâtre) à l’Université de Paris IV-Sorbonne depuis septembre 2000. Il est également auteur, comédien, musicien et metteur en scène.
Il fonde et anime la compagnie "l'Attroupement" de 1975 à 1982, puis celle du "Grand Nuage de Magellan" de 1982 à 1990. De 1986 à 1990, il exerce les fonctions de directeur du Centre dramatique national de Reims. Metteur en scène, il réalise de nombreux spectacles dont Jules César (Avignon 1976), Agamemnon (1977), Le Jeu de Saint Nicolas (Nancy, Paris 1979-80), Un Chapeau de paille d'Italie (Avignon 1981), Faust (1987). Il est l'auteur de plusieurs textes pour la scène, représentés en France et à l'étranger : Le Règne blanc (1975), L'Enéide d'après Virgile (1982), Le Printemps (1985), Un Conte d'Hoffmann (1987), La Levée (1989), X, ou le petit mystère de la passion (1990), Paysage de nuit avec oeuvre d'art (1991), Le Pas (1992), Lettre au directeur du théâtre (1996), Monsieur Ruisseau (1996). Il a par ailleurs réalisé un court métrage "Un Rêve de Goethe à Valmy "(1989) et a écrit divers essais sur le théâtre, "L'Exhibition des mots, une idée (politique) du théâtre" (Ed. de l'Aube, 1992), "Le Théâtre est-il nécessaire ?" (Circé, 1997), "Relation (entre théâtre et philosophie)" (Les Cahiers de l'égaré, 1997).

Les Cahiers de l'Égaré ont édité plusieurs pièces de Denis Guénoun:
- X ou le petit mystère de la passion (1990)
- Paysage de nuit avec oeuvre d'art (1991)
- Lettre au directeur du théâtre (1996) - 4° édition 2008
- Ruth éveillée (2007)

À paraître en 2008:
- Tout ce que je dis (mai)
- Théâtre, tome 2, comprenant Le printemps, La Levée, Le pas hors du pays des morts (novembre)




par Jean-Claude Grosse publié dans : théâtre communauté : L'art e(s)t la vie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 14 mai 2008
Thomas Quyncet, le personnage du roman Le Peintre de Cyril Grosse, médite sur le temps qui passe et toutes les histoires qui ne seront jamais écrites, jamais commencées mais virtuellement disponibles, possibles, comme dans l’univers quantique et sur sa vie, ratée ?, lui, le milliardaire, l'enfant choyé de sa mère, Rose O'Brien.

"Thomas Quyncet voyait dans les treize carnets de sa mère, Rose O'Brien, un triomphe de la sensibilité sur les conventions sociales, une révolution intérieure, une négation de l’esclavage quotidien, contre la mort, contre le désespoir et la fatalité, une force de vie. L’écriture comme une deuxième, une troisième, une centième vie, parallèles. Invulnérable. Vie, force de vie, rage, vivant, dédaigneux, tout ce qui, aujourd’hui, lui manquait. Dans des domaines aussi différents que la politique, la littérature, l’art, il avait cherché ce que sa mère, elle, avait trouvé sans efforts, et que ce fût sa mère le touchait d’autant plus. C’était ça, la musique était comme ça, et la danse : l’abolition de règles strictes, l’abolition de la physique, l’abolition du temps. C’était ça, une substance fabriquée par notre corps, pour notre corps. Il avait croisé dans sa vie tellement d’escrocs, de menteurs, de types mesquins, hypocrites, il avait fréquenté tellement de cercles, de milieux et aussi d’artistes – princes du partage, de la vérité et de la paix – avides de son fric, haineux, prêts à s’égorger, jaloux les uns des autres, que la générosité de sa mère et sa bonté lui faisaient l’effet d’une île perdue au milieu de l’océan, une île imaginaire, lumineuse. Depuis dix ans, il fuyait la compagnie, ne recevait que quelques intimes comme Antonina ou Hermann Salley. Les seules sorties qu’il s’accordait encore étaient celles avec Joseph. Il n’allait plus au cinéma – lui qui, dans sa jeunesse pouvait voir trois films par jour –, ni au théâtre. Il écoutait de la musique. Mais cette fuite, ce repli sur soi ne le comblaient pas plus. Aucune synthèse, un doute constant. Un balancier au mouvement perpétuel marquait son échéance.
Quai de Conti, longeant la Seine sur les pavés inégaux, hagard. Un boxeur, se disait-il, qui après l’uppercut tourne et vrille sur le ring, repart au combat, réplique coup pour coup, n’ayant comme alternative que vaincre ou finir K.O. Et Thomas essayait de vaincre. Ses yeux – rebelles, lui semblait-il, aux injonctions de son cerveau – envisageaient l’eau verte du fleuve et ses courants : une solution, un cachet d’aspirine pour sa tête, une piqûre de morphine. Se laisser couler. Plus il essayait de considérer le problème, plus son caractère aporétique lui apparaissait. Une question, une autre question, plus dangereuse que la précédente et la suivante plus vertigineuse, plus insoluble encore. Lui qui s’était habitué aux problèmes d’échec, à des heures de pénétration dans de petites pièces capitonnées, se trouvait devant un problème d’une autre dimension, sans points de fuite, sans repères chiffrés auxquels se retenir. La douce et lisse abstraction de l’échiquier, reproduite à échelle humaine, transformait ses lignes en d’effrayantes perspectives. Réalité non géométrique de la vie, chambre d’enfant. Il avait l’impression de n’avoir prise sur rien. Il avait fait un rêve, et maintenant il était son rêve dont la seule issue. Il volait, soit qu’il fût un oiseau, soit que ce fût lui, Thomas, dans le ciel. L’air se dérobait, insensiblement, et ne lui offrait plus sa résistance. Abolition de la pesanteur. Il chutait. Et à cet instant précis, ce n’était plus une image. Vaincre l’oppression de son propre cœur car, en comparaison, l’oppression des autres. Il s’arrêta sous le Pont-Neuf. À sa droite, deux clowns tiraient un orgue de barbarie, décoré de pétales de jacinthe, et se dirigeaient vers le Pont des Arts. Grimés, emperruqués, prêts à aller au boulot. Sous une bâche étaient entreposées de vieilles chaises en osier, une cage et une glacière. Un peu plus loin, sur un fauteuil recouvert d’un tissu rouge, une jeune femme les regardait partir, en fumant une cigarette. Parfois, j’imagine, parfois, je crois rêver. Vision de fin d’après-midi, au soleil. Il eut envie de s’approcher, de s’asseoir en face d’elle. Parler à une belle inconnue, se lever et repartir. Il sortit de la poche intérieure de sa veste son étui en cuir, dont il tira un double corona de Hoyo de Monterrey. Une réponse absurde, doublement absurde. Il était donc le genre de type à fumer un cigare, comme si un cigare pouvait changer la donne. Le monde sauvé par un Hoyo de Monterrey. Doublement absurde parce qu’il avait la gueule de l’emploi. Fumons un Hoyo, face à la Seine. Formule magique de publicitaire. Dictature du bonheur. Il fit tourner le double corona entre ses doigts, chauffa le pied lentement et craqua une seconde allumette. La tête s’enflamma et des volutes de fumée mauve vrillèrent et disparurent. Il avait la gueule de l’emploi et alors qu’il croyait être Thomas Quyncet, sa reine se dandinait au bout de son cigare, sur les cendres brûlantes. Thomas, simplement Thomas. Une heure auparavant, dans le café où, assis seul à une table, il dégustait un expresso, il s’était vu représenter sur un flipper. Il n’avait d’abord pas fait attention. Un adolescent jouait dans son coin ; il avait levé les yeux au hasard, il avait détaillé le titre : Love Supreme, A murder mystery – les lettres se tortillaient, flammèches irréelles – ; et il avait scruté le visage du quatrième en partant de la gauche. Un homme d’âge mûr, grand, maigre, avec une moustache et des cheveux blancs, coiffés en brosse. Voilà ce qu’il était : une gueule sur un flipper, un cliché. Le Milliardiaire en Smoking, qui vous regarde, méprisant, le bras d’une jolie fille langoureusement posé sur son épaule, un des suspects de l’enquête que mène le détective intrépide. C’était grotesque, de tous les points de vue. Manque, vie, force de vie. Une image oui, un symbole ridicule. Sous le Pont-Neuf, fumant un Hoyo de Monterrey, voilà en gros la situation. Il allait sur ses soixante ans, soixante ans l’année prochaine. Et il avait l’impression d’être déjà mort. Tout au long de son existence, il avait été obsédé par sa forme physique, gardant, malgré les excès auxquels il s’était livré, une parfaite maîtrise de son poids. Il s’était inventé – au fil des jours et des années – des règles d’hygiène personnelle, des régimes ésotériques : après une nuit d’alcool par exemple, il se tenait à jeun quelques heures, en buvant du café. Il nageait plusieurs fois par semaine, il entretenait ses muscles. C’était un des rares points d’équilibre entre lui et sa nationalité. Pourtant il sentait que sa carcasse le lâchait et que ce repère devenait aussi flou que l’étaient ses idées. Il pouvait se considérer, à soixante ans, comme un homme encore beau, plutôt bien conservé. Mais d’une part, il savait au prix de quels efforts, de quel manque de laisser-aller, il en était ainsi, d’autre part, la sensation de l’inutilité de ses efforts et du vide de sa prestance l’empêchait d’en jouir. Approche de la mort, incertitude quotidienne, certitude qu’un jour son corps ne fonctionnerait plus, qu’il ne pourrait plus, en toute liberté, faire l’amour, et qu’il passerait un temps plus ou moins long privé de sensualité. À quoi bon alors tous ces exercices ? Obèse, la fin serait la même. De paradoxe en paradoxe, traînant les pieds. Vue de l’extérieur, même avec bienveillance et sans a priori, la vie des autres paraît simple. À chaque problème, chante le sage, sa solution. Jolie petite philosophie optimiste. Suite logique d’événements sans conséquences. Il avait changé tant de fois de costumes, distribué ses bons mots dans tant de langues que la foule, déroutée par le caméléon qui, debout, variait de minute en minute et ne suivait aucune trame précise, avait dû, depuis longtemps, quitter les lieux. Non linéarité. Plus la société prônait un retour à des valeurs universelles – et d’une certaine manière indiscutables –, plus lui apparaissait la complexité de toute chose. Une sorte d’anti-pensée, comme il existe une anti-matière. Aucune ligne, aucune synthèse, alors qu’il aurait été si doux de se concentrer en un être unique, indivisible. De pouvoir penser la matière sans anti-matière, et Dieu sans la présence du vide. Une personnalité stable, sûre d’elle, engageante, comme le personnage qu’il s’était fabriqué – l’acteur grimaçant qui sautait sur un trampoline dans son dos –, et qui, toujours avait l’air sûr de lui, dont les répliques tranchaient dans les conversations, aiguisées par quarante années d’habitude et de labeur. Sa vie. Un flash-back linéaire de films hollywoodiens, comme dans sa jeunesse The great sinner. Gregory Peck fermait les yeux, l’image se troublait, se voilait doucement ; et les formes mobiles du passé remontaient à la surface. Dans tous les films – et il en avait vu des milliers – le même procédé, et toujours cette même manière de raconter une vie. Linéarité sans à-coups, sans ruptures, suivant les rails inamovibles et parfaits du destin et de la pellicule. La vie des autres paraît toujours très simple, facile à raconter. Il avait suivi, avec un plaisir hypnotique, la vie de personnages inventés, sur la page, ou dans les faisceaux lumineux d’un projecteur de cinéma. Alors pourquoi pas la sienne ?
Quai des Grands-Augustins, des jeunes filles en robes courtes le croisaient en souriant, nonchalantes et souples, de toutes jeunes filles – étudiantes, vendeuses dans des supermarchés, actrices, quoi d’autre –, avec une joie de début d’été. Et comme si elles s’étaient données le mot, elles lui souriaient toutes, en passant. Pauvre vieux cheval avec son cigare. Ces yeux et ces mines, ces démarches ondulantes. Il s’arrêta. Son enfance, oui. The great sinner, Pandora, The barefoot comtessa, Ava Gardner, dont il ne connaissait pas, dont il ne connaîtrait jamais le parfum. Il la contemplait : comment pouvait-elle être si simple et si sophistiquée ? Comtesse aux pieds nus. Il se souvenait encore de cette scène : elle dansait en compagnie de gitans, au bord d’une route. Elle possédait l’élégance d’une riche héritière et la rage d’une enfant de la balle ; à la fin du film, elle mourait, peut-être de n’avoir pas su trouver de lien entre ces deux tensions. Les jeunes passantes lui rappelaient l’Ava Gardner de son enfance. De ce point de vue, il embrassait le Pont-Neuf, la Conciergerie, Notre-Dame déjà, les deux quais, face à face. Les volutes du premier tiers de son double corona se dispersaient dans l’air tiède, se frayaient un chemin jusqu’à se dissiper. Volutes irrégulières,, spirales, autant de formes du chaos. La cendre violacée, au terme d’une combustion régulière, se détacha de l’extrémité du cigare et finit sur les pavés. Rassasiant : une expression qu’il goûtait autant que son Hoyo. Dire d’un cigare qu’il est rassasiant, comme on le dirait d’une émotion forte, d’un grand vin, d’une femme. Rassasiante à force de senteurs et de goûts. États de la matière, changements : les reflets de l’eau sur les berges, et sur les arcs du Pont-Neuf – figures mathématiques, ellipsoïdes mouvantes et réelles – croisant les courbes de la fumée de son cigare, se fondant en elle – arabesques d’un art mental, imaginaire et aussitôt oublié –. Thomas tanguait sur ses pieds, et ces images l’enivraient comme l’enivrait son cigare, et ces jeunes femmes, allant, venant, le croisant, le renversant, lui souriant. Se laissera tomber, se laisse tomber, tombera, tomba. Images, bouts de phrases, une mélancolie d’adolescent, un désespoir de vieux. Soupir sur les partitions. Les notes se suivent, s’enchaînent jusqu’au soupir qui trouble l’harmonie. Un soupir, une courte respiration. Le soleil chauffait son front et ses tempes ; la lumière l’éblouissait. Y aller, le faire, tomber à la renverse, oublier. Multiplications de pourquoi, courbes mathématiques oui, réalité non mathématique de la vie. Il était barbouillé ; son estomac déclinait ses douleurs sur le mode dodécaphonique ; il lâcha deux pets, coup sur coup, qui le soulagèrent, puis un troisième, moins arrogant. Il jeta un coup d’œil à droite, un autre à gauche. Les jeunes filles s’éloignaient, indolentes. Avec l’âge, tout se détraque, le corps est une mauvaise affaire, un truc d’occasion, assez cher à réparer. Il n’avait pas d’appétit, ça, c’était pas nouveau, ce qui l’était, c’est que quoi qu’il mangeât, il était malade, flatulent. Barbouillé, un mot français qui dit bien ce qu’il veut dire. L’estomac toujours, et il n’arrivait pas à se retenir de péter, il n’essayait même plus, du reste. Jeune, il pétait par jeu, bruyamment, pour choquer. Aujourd’hui, son ventre n’était plus cet allié, le frère farceur de sa jeunesse, mais un traître ; pas plus tard que cette nuit, avec les entraîneuses, il l’avait lâché. Mon estomac au bord du gouffre, poème par Thomas le malchanceux. Intérieur. Extérieur. Une plongée dans les sinuosités de ses intestins l’aurait peut-être fait rire. Déréglé, comme dans son enfance, un écart de plus de cinquante ans, des gargouillements du nouveau-né aux flatulences d’un quinquagénaire finissant. Il repartit vers le Pont Saint-Michel. Une fin de journée splendide, égayant le visage de jeunes filles inconnues.
Pourquoi pas un film, alors ? Plantez vos caméras et déroulons en flash-back nos tissus précieux, sortons-les des armoires où ils croupissent, détaillons-en les motifs, et à la loupe – opaque – de vos objectifs, saisissons-en les entrelacs. Il était prêt, il avait le titre : Avant le saut. Il refusait, depuis toujours, et systématiquement, les interviews, écrites, télévisées, radiophoniques, protégeant la seule petite chose qu’il possédait, son intimité. Il avait écarté de nombreuses propositions : commenter la vie de son père, ou plus tard, disserter sur sa fortune, ses collections. Il lui était arrivé d’organiser des séances de ce genre – pour Hermann Salley, surtout –, mais il n’était jamais apparu sur un écran, et sa voix, jamais, n’avait troublé les ondes. Film de sa vie, interview par lui-même, à son usage exclusif. Intime. Qu’aurait-il eu à raconter ? Que voulait-il encore ? Extrême-onction : vos dernières volontés. Déroulement continu, écoulement fluide ou au contraire, éclat, fulgurance, une vie entière se déroulant à une vitesse inimaginable pour l’esprit humain, une dilatation psychologique du temps transformant de pauvres minutes en années. Que lui restait-il ? Sa mère bien sûr, Joseph, Marie et Élisabeth. L’amour qu’il leur portait. Même s’il ne savait pas, s’il n’avait jamais su, et, peut-être, ne saurait jamais l’exprimer autrement que par ce personnage qui jouait à sa place son propre rôle. Plus Thomas Quyncet se redressait et se déployait en un cynisme érudit, plus il vieillissait et plus son corps se déglinguait. Dire son amour pour eux, alors qu’il ne parvenait même pas à le vivre. Amour, amour, mon bel amour perdu. Love and be silent. Un don, une aptitude au bonheur, à la joie. Plénitude : être, aimer, donner. Platitudes chrétiennes, trinité occidentale : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Que lui restait-il ? Deux ou trois petites choses qu’il considérait encore comme des victoires. Par exemple, de ne s’être jamais conformé aux modes d’existence de son père. Son hygiène avait atteint tous les domaines de sa vie. Il niait la profusion de ses biens et de ses possibilités par un ascétisme rigide, à la limite de l’obsession. Outre ses rapports tendus avec la nourriture – alors qu’une vingtaine de personnes travaillait dans sa cuisine, pour son plaisir –, il se crispait aussi quant aux moyens de locomotion. Il ne se servait jamais de sa voiture, et son chauffeur avait depuis longtemps pris l’habitude d’être au service de sa femme. Il prenait le taxi, parfois ; il marchait des heures durant. Il avait sillonné Paris, il avait marché dans New York, Boston et dans toutes les villes dans lesquelles il s’était arrêté. La marche comme un oubli de soi, une ivresse instantanée et instinctive. Sa pensée se contractait. Ses idées les plus désespérées côtoyaient un enthousiasme inouï. Il inspirait, il expirait, il se dilatait. Idéal, idéalisme sur lequel il tirait ensuite. Quoi d’autre ? Sa fortune, sa naissance. Hormis une somme conséquente déposée en Suisse, à l’usage de Joseph et Marie, il n’avait pas placé son argent. Il dilapidait son capital en salaires et mécénat – de méticuleux banquiers avaient usé leurs combinaisons à le faire changer d’avis, et certains y avaient perdu leur santé mentale –. C’était une équation enfantine : pas de spéculation immobilière, ni de jeux en Bourse, le calcul inversé des termes de la vie d’Henry Quyncet donnait les termes exacts de celle de Thomas Quyncet. Un pied de nez macabre au mythe de l’homme d’affaires, une négation du self-made-man. De ce point de vue particulier, Thomas se considérait comme une aberration, un contre-exemple dans son milieu, et son milieu lui rendait sa considération à l’identique. On le traitait d’original, de doux rêveur – les plus intéressés –, de malade, d’assassin – les autres –. S’ajoutait à cette donnée, une seconde, de notoriété publique, plus grave, que l’on appelait l’affaire de l’aile sud. Thomas ne croyait pas à la charité chrétienne – il ne croyait pas, tout court –, ni aux dons – une méthode, selon lui barbare, qui signifiait qu’une personne donne à d’autres personnes, de l’argent ou des biens, à répartir entre d’autres personnes, la chaîne permettant aux premiers de ne pas voir les derniers, et aux seconds de récupérer une partie de la somme de l’opération –. Ainsi, il avait cédé l’aile sud de son hôtel particulier à des clochards de passage. Peu à peu, le bruit s’était répandu, et l’aile était devenue un repaire de tout ce que la ville comptait de zonards, de chômeurs, de types qui ne savaient pas où dormir. Les règles de l’aile gauche étaient simples ; il n’y en avait pas. On débarquait quand on voulait, on cassait tout, on repartait. À heures fixes, les cuisiniers préparaient des repas qu’ils déposaient sur des tables roulantes, avec du vin et de la bière. Thomas n’était pas fier de son aile sud ; la charité n’était pas loin, la différence lui semblait infime. La misère, la faim, l’ignorance lui paraissaient des questions qu’un homme seul, aussi riche fût-il, ne pouvait pas résoudre. Mais il s’était éloigné des combats – politiques et amoureux – de sa jeunesse, il vieillissait, et sa sensibilité ne le portait plus, il manquait de courage. Lors d’une promenade, il avait imaginé ce petit tour de passe-passe avec sa conscience, et l’avait mis en œuvre le lendemain. Il avait organisé les travaux d’aménagement, repensé les entrées et sorties, imaginé la disposition des lits, des tables, des salles de bain et fait installer une bibliothèque de livres de poche de plus de dix mille titres. Élisabeth de Sainte-Amande, qui était opposée à ce qu’elle appelait la nouvelle lubie de son mari, déserta, plus de cinq mois, le luxueux domicile conjugal pour une destination qu’elle tint secrète. La seule concession qu’elle obtint de son époux fut la séparation totale des deux parties de l’hôtel particulier, afin, hurlait-elle, que leur vie de couple fût préservée. L’aile sud. Il ne parlait jamais de l’aile sud. Il y faisait un tour, il y mangeait parfois, mais, en bref, ce n’était pas à mettre au compte de ses réussites. Quoi d’autre ?
Fuir, et se perdre, contre le temps, contre le piège du temps, perdre connaissance, se perdre au sud du sud, s’oublier soi-même, respirer d’autres souffles, se réveiller ailleurs mais vivant, se réveiller avec toi mon amour. Tender is our love, sweet are your lips, lonely I am. Fuir, marcher des heures, des jours sur des chemins de montagne, alone, alone, le vent cinglant nos visages, et l’air nous renversant, marcher, marcher, courir, dévaler des pentes rouges, écraser les bois morts, nuages de neiges évaporées sur les cimes, plaques de neige fondante qui ruissellent et forment, très loin, dans la vallée, des rivières et des torrents. S’y plonger, comme dans l’eau de la Seine, prête à me prendre, si maintenant je le décide. Ivres, mon amour. Ivresse qui craque et brûle entre tes mains, ivresse des cimes, qui, là, proches et à prendre, gémissent et mordent, hurleront tout à l’heure. Fuir, être stryge sous l’amoncellement des forêts ou dans les arbres sous les coups de bûcherons abrutis, se perdre avec toi dans la lumière alanguie du soleil et entre les nuages-dromadaires, mouvants, dinosaures de notre enfance, et leurs ombres glissant devant nous sur les montagnes, sur les chaînes de sapins fous. Fuir, fuir, fuir. Se fuir. Se perdre dans des odes mentales, composer de longues rimes de nos plaisirs incandescents, célébrer notre amour partout, tous les jours, se dire bonjour mon bel amour, célébrer notre amour par des messages incohérents, sur du papier, sur des nappes, sur des tables vernies, graver notre fuite, l’inscrire partout, la hurler, l’écrire sur des écrans. Fuir, mon amour, escape, a stream is our love, rêver de tous les pays de nos sommeils ensemble, de l’Espagne et de la Catalogne, au sud du sud, de sommets, de déserts, de plaines, d’océans, et de mers trop petites dans des barques à deux voiles. Fuir nos absences, et tous les jours où nous ne sommes pas ensemble, réussir nos ratages, reprendre, recommencer, rater encore, recommencer. Il ouvrit les yeux. La façade occidentale de Notre-Dame l’écrasait, au loin. Il tira une longue bouffée ; il ouvrit les yeux. Plus ouverts, plus vivants. Où suis-je ? Loin de toi. Où es-tu ? Loin de moi. My beautiful lost love. Façade orientale, façade occidentale. En direction de. Il accéléra son allure, son ventre grognait toujours. Il croisait encore des jeunes filles qui, pour lui, n’existaient plus. Eau verte, bleue. Et le courant, les clapotis et le vent, douce brise sur ses yeux ouverts, fermés, le sifflement d’un merle sur une branche, caché, invisible, rugissement, pépiement, mugissement, rumeur, surdité de la ville, moteurs et mécaniques. Quai des Grands-Augustins, sous le tablier crasseux du Pont Saint-Michel. En passant par ici : un coup d’œil sur les pavés, un autre, le courant l’emporterait peut-être, peut-être pas. C’est une sensation presque jubilatoire : se dire qu’à tout instant je peux disparaître, comme ça, en claquant des doigts, t’oublier mon amour, faire disparaître la Seine et tout ce qui m’entoure. Arrêt définitif. En finir avec. Ma réalité et par là même la réalité. Rien. Du vide parfait. Silence. Mort. À qui dis-tu bonjour, mon amour, qui regardes-tu, qui croises-tu ? Si je faisais la somme de mes échecs. Le nôtre, notre échec. Film de ma vie, orage, souvenirs éteints, larmes d’enfant. Ne nous disons plus adieu, mon amour, comme dans les mauvais films, sur un quai de gare, dans un hôtel borgne, dans un palace. Rendons-nous l’un à l’autre. Je t’aime. Je t’aime dans la lumière espacée de cet après-midi de juin. On ne sait jamais comment ça arrive. Le temps passe, et l’on croit toujours, comme des gamins, qu’il reste un espoir, que l’on finira bien par se retrouver. Toute une vie d’attente et de mensonges. Le temps passe, rien ne change, et l’on ne se retrouve pas. Pas de happy end. Vide parfait. Le film de ma vie ? Une histoire d’amour, un ratage, comme des milliers d’autres avant et après moi. Nous avons joué, mon amour, nous avons perdu. Soixante ans demain, et je suis mort. Rendez-vous clandestins, jeux de dupes. Les combats amoureux de ma jeunesse, oui. Combats politiques et amoureux. Sentimental, aigri par toutes ces années d’errances, à passer à côté, à se fuir, et au bout du compte à ne rien voir. Et je pleure sur de vulgaires chansons d’amour, seul, à l’abri des regards. Sentimental, incohérent, immature. Tout l’amour, que j’avais au fond du cœur, pour toi, Rina Ketty me faisait pleurer et Barbara Streisand, l’amour dont tu méprisais la loi. Mots vides, phrases creuses, qui me touchent encore, à mon âge. S’allongeant, fixant le plafond dans le noir. Alors qu’il eût été si facile d’être différent. Jouisseur, ludique, comme je l’étais à vingt ans.
Figure de cire déterminée de A à Z. Choisir, inventer, connaître, voilà ce à quoi il avait cru. Personnage, figure d’un amour qui s’évanouit dans le temps. Your own. Vingt, trente, quarante, cinquante, infini, éternité dérisoire. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Une autre bouffée, et la cendre du deuxième tiers se détacha, tache grise sur les pavés mornes. Les deux tours de Notre-Dame séchaient au soleil, un échafaudage et d’immenses bâches vertes recouvraient la partie centrale de la façade occidentale, frontispice caché pour cause de travaux. Nettoyage de printemps, madame. Des ouvriers, perchés là-haut, à côté de gargouilles, circulant, courbés, fumant des clopes, riant sur les arcs-boutants, grimaçant de leurs dents noires au-dessus du portail de Marie, redonnaient aux pierres un semblant de leur couleur d’origine. To live and die, to love and do. Quai de Montebello, rive gauche. Toi et moi, à New York, il y a si longtemps, sur les rives de l’Hudson. Vent glacial de février, et nous, qui pensions que ce serait possible, nous le pensions encore. Et j’en rêvais. Je te rêvais mère de mes enfants, maîtresse, amante, femme d’une vie, d’une douce et longue, longue vie. Suis-je Thomas dans le rêve de Mary, suis-je le papillon de tes rêves, rêves-tu encore de moi, Mary ? La chanson d’Hendrix que nous écoutions après avoir fait l’amour. En soixante-sept ou soixante-huit. And the wind cries Mary, oui, le vent te pleure, Mary, le vent te pleure. Ton nom et le nom de notre amour. To live and die, to love and do. Tender is our love, sweet are your lips, lonely I am. Your own. Et les noms, et les mots de cette époque : Révolution, Socialism Workers Party, Quatrième Internationale, toi et moi dans l’Histoire, fiévreux, acharnés, tout à notre amour, à nos luttes, aux réunions du parti. Love and be silent ? Non, répondions-nous, hurler, se battre, hurler, se battre, et faire l’amour des heures durant, partout, dans des lits, contre des portes, dans des cours intérieures, sur les pavés, sur la terre humide, dans des champs – ciels lourds, après-midi de mai, le vent griffait nos peaux nues et des gouttes de pluie déjà dans le dos et sur les jambes –. Faire l’amour, oui. Ils avaient fait l’amour partout, spontanément, dans des hôtels, sur des moquettes défraîchies, dans des salles de réunion, sur de petites tables qui basculaient, et ils étaient tombés ensemble, ils avaient ri, ils avaient été obscènes, et gamins. Ils avaient fait l’amour, ivres, à la pointe du jour, ou sans boire, vers midi, et à toutes les heures de la journée. Spontanés, oui, irresponsables, un relâchement rapide et continu, une détente de leurs corps enlacés, des joies enfantines d’adultes amoureux. Obscènes et enfantins, joueurs, et le paradoxe n’était qu’apparent. Elle lui glissait des mots obscènes au creux de l’oreille, elle gémissait, homme et femme, sans distinction, et elle l’empoignait si fort, et elle le mordait si violemment qu’il perdait connaissance, oubliait son histoire et leur pays, les lieux, les noms et les langues. Ils avaient fait l’amour sous des tentes de meetings, dans un coin, alors qu’à la tribune de sombres barbus à lunettes proclamaient la Révolution Permanente. Ils s’étaient blessés, ils s’étaient manqués, ils avaient disparu ensemble, ils s’étaient dissous, d’individus séparés saisissant une réalité provisoire, ils devenaient mouvement, mouvement de leurs deux corps, un processus. Et aujourd’hui, des années après, il savait à quel point il avait été heureux avec elle, à quel point, à cette époque-là de sa vie. Arrêtons. Face à la Seine, une lettre à la main. Des mots pour toi mon amour. Des mots vite tracés, maintenant. Nous revoir, fuir et se perdre, mon amour, recommencer, tout reprendre à zéro. Il avait conscience du ridicule de la situation, lui écrire et la revoir peut-être, trente ans après, ou presque, alors que depuis ils ne s’étaient plus donnés de nouvelles. Film de sa vie, film d’une vie ratée, à se fuir, à la fuir, elle. Il la suivait de loin. Moi, à Paris, mon amour, et toi, mouvante et abstraite. Que cesse le temps qui nous sépare. Sur la berge, une vieille femme chantait. Les chatoiements de l’eau verte – qui s’écoulait, inlassable, d’une source lointaine à une destination qu’il ne connaissait pas, l’océan peut-être, cet océan qui l’éloignait un peu plus d’elle – se reflétaient sur les verres légèrement fumés de ses lunettes. Il s’arrêta à une dizaine de mètres d’elle. C’était une solide grand-mère – qui, peut-être, n’avait pas d’enfants, mais elle lui évoquait ça, une grand-mère –. Ses cheveux gris – ramenés en chignon et piqués d’une marguerite – étaient soignés – longtemps peignés, lui semblait-il –, comme l’était son costume – un chemisier blanc et une longue jupe plissée, dont les fleurs mauves et bleues chantaient elles aussi au soleil, douce mélodie d’amitiés et de repas de familles, fleurs de carnaval, guillerettes et optimistes pour la scène –. Peut-être vivait-elle dehors, mais tout, dans les traits de son visage, dans la grâce qu’elle mettait à lancer – de sa voix grêle et aiguë – ses airs nostalgiques, dans sa présentation – l’ensemble relevé d’une paire d’escarpins dorés, imitant les trucs de spectacles et de revues, pointe de faux luxe dans un pauvre univers –, tout en elle respirait, quoi, le courage et l’envie d’être debout face à une foule de passants et de passantes qui ne s’arrêtaient pas, qui ne jetaient pas une oreille à ses efforts, comme si elle eût été invisible. Ses mains graciles s’agrippaient à un mauvais micro en plastique, relié par un fil à une boîte minuscule, caisse de résonance, qui atténuait sa voix, la lançait dans le vide, au gré du vent. Pourquoi à soixante ans décide-t-on de sortir de chez soi – si le chez-soi existe – et de s’en aller sur les pavés, devant d’impossibles individus – hommes, jeunes ou vieux, femmes, belles ou pas, adolescents, étudiants, promeneurs, ayant d’infinies préoccupations, d’autres désirs, un rendez-vous, peu importe – pour chanter avec trac des airs dont tout le monde se fout. Ne sentait-elle pas – cette pauvre vieille, cette vieille folle – qu’elle n’existait pour personne, et qu’elle gênait le déroulement de ces existences, son harmonie. Pourquoi chantait-elle ? À cause de lui, peut-être, pour cet homme qui s’était arrêté, pour l’observer, l’écouter, et se poser la question, et des hommes qui, comme lui, dans le temps, sous le crépitement des feuilles et leur doux balancement, sous le soleil – vertes, jaunes, mordorées, flamboyantes, lumineuses – avaient fumé un cigare, et des femmes, rentrant d’une escapade, et qui, un peu mélancoliques, écoutaient cette voix de grelot. La vieille tremblait en chantant, son autre main serrait les paroles qu’elle déchiffrait à mesure, ou faisait mine de déchiffrer. Et ses yeux allaient et venaient – des mots sur la feuille, protégés par une pochette translucide, aux gens qui passaient –. Et sa voix – si faible et fausse, si aiguë et en même temps si enthousiaste, si volontaire et amoureuse – lui donnait envie de pleurer. Souffrance, cruauté, misère humaine, vieillesse, tristesse. Les amours perdues, et l’eau s’écoulait encore, plus sale, plus lente, et ses scintillements l’affaiblissaient encore, et ses yeux se plissaient de plus en plus, ne se retrouvent plus, et les amants délaissés peuvent toujours chercher. Mais pourquoi ? Pourquoi cette vieille folle s’était plantée là et pourquoi chantait-elle justement cette chanson stupide ? Mes amours perdues hantent toujours mes nuits, et les Rois cachés là-haut, dans leur galerie, riaient en le voyant, et les deux tours de Notre-Dame, comme des bras ouverts se dissipaient, s’étiolaient à une vitesse vertigineuse. Il fouilla ses poches et en tira deux billets qu’il déposa en passant dans une corbeille en osier ; et la vieille chanteuse, transportée, n’aperçut même pas la somme qu’une silhouette fugitive venait de lui laisser. Souffrance, misère humaine, des milliers de vies monotones et solitaires, de gens seuls, de vies absurdes, d’esclavages quotidiens, d’impuissances, se multipliant l’un, l’autre, s’additionnant, se superposant, des milliers de dérives et de vies inutiles, mornes, sans raccourcis, d’infinies espérances, de rares moments de bonheur, grappillés ici et là, amours, amours perdus, vides et oubliés. Comme ces vieux qu’ils allaient, avec sa mère, visiter, des années auparavant, au milieu des années cinquante. Hospices de Brooklyn et du Bronx, charité chrétienne, conformisme de sa maman. Hospices, mouroirs organisés dans lesquels des vieilles et des vieux hurlaient et se chiaient dessus, prostrés dans leurs cages, les yeux dans le vide, pleurant lorsqu’ils leur parlaient ; et le long de couloirs qui puaient la maladie, la dégénérescence et la mort déjà, d’autres, débraillés et se grattant les couilles dans de mauvais pantalons, quémandaient une cigarette, comme s’il s’agissait de sauver leur peau. Sa mère passait de chambre en chambre, s’asseyait et discutait, et lui, gardait le souvenir de ces jours de visite. Jamais il n’oublierait ces cris, ces membres tordus, bleuis, rouges et cette vieille qui lui avait raconté les supplices qu’ils enduraient, tous, les infirmières sadiques et les repas qu’elle vomissait. Miss Brockett, qui l’avait embrassé sur la bouche, et qu’il était revenu voir plusieurs fois, jusqu’à ce qu’on lui annonce – une grosse blonde, un peu tarée et nymphomane – qu’elle avait changé de service. Qu’est-ce que ça voulait dire un service, puisqu’il l’avait cherchée partout et qu’il ne l’avait pas trouvée ? Des couloirs gris et blancs et verdâtres, interminables, des clameurs de désespoir, des rires de dingues, des visages marqués et ce type de quarante-cinq ans qui avait passé la moitié de sa vie dans des hôpitaux à se faire greffer des organes et poser des plaques en métal, sur tous les membres, tous les os, toutes les parties de son corps – mais avait-il encore un corps –, des vis, des bouts de ferraille, plantés à coups de marteau, et qui riait de ses propres blagues. Ses rires résonnaient encore, stridents et brutaux, rires de mouettes agonisantes, se posant sur l’une des fenêtres, cris d’oiseaux. Il devait avoir quinze, seize ans à l’époque, et il sortait à peine d’une enfance et d’une adolescence choyées par sa mère, une éducation artiste et pieuse – longues heures de prières et de sermons, chez lui ou dans des nefs, sur des bancs de bois dur –. Mais il savait que, bientôt, il ne croirait plus ; une ironie malveillante l’empêchait de pénétrer ces rengaines ; et les visites aux hospices entretenaient cet état d’esprit, le métamorphosant en une colère froide dont il contenait l’explosion. Pendant dix-huit ans, il serait l’enfant modèle, dont rêvait sa mère, Rose O’Brien."
Le Peintre, pages 92 à 110, Cyril Grosse, édité par Les Cahiers de l'Égaré, en février 2002



par Jean-Claude Grosse publié dans : roman communauté : L'art e(s)t la vie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 2 mai 2008
A paraître:

- Fiction du capital de Gérard Lépinois, essai, pour le 15 mai 2008
- Tout ce que je dis de Denis Guénoun, théâtre, fin mai 2008
- La voie certaine vers "Dieu" de Marcel Conche, philosophie,  fin juin 2008
- Fournaise, journal de création, théâtre-cirque, de Gilles Cailleau
- Le cas Quichotte de Philippe Vincenot, théâtre,  septembre 2008
- Théâtre, tome 2, comprenant Le pas hors du pays des morts, La levée, Le printemps, de Denis Guénoun,  novembre 2008
- Décadrame de Roger Lombardot, théâtre, 10 pièces pour un acteur, décembre 2008
- La Fabrique imaginaire par Eve Bonfanti et Yves Hunstad
- Essais de Paul Mathis

Sont parus:

- Bonheur 2 d'Emmanuelle Arsan et Jean-Claude Grosse, correspondance heureuse
- Je sors d'Albertine Benedetto, poèmes
- 68 mon amour de Roger Lombardot, théâtre

POEME POUR LE JOUR DU MUGUET

La faille 

Devant sa porte

 

Resteras-tu

Entreras-tu

Qu’as-tu à perdre

A gagner

Le sais-tu

Ou est-ce dés jetés

Si tu restes dehors

Es-tu retenu

Dans ton élan

Par timidité

Ou par pressentiment

Si tu entres

T’abandonnes-tu

A un élan

Sans préméditation

Ou est-ce calcul

De sexe d'effroi

Si tu ressors

Prendras-tu à droite

A gauche

Ou iras-tu tout droit

Si tu entres

Parleras-tu

Te tairas-tu

Ou en silence

Contempleras-tu

L’advenue

L’avenir

Dehors

Courras-tu

Marcheras-tu

Dedans

Seras-tu troublé

Assuré

Iras-tu

Par routes et chemins

Par routes

Ou chemins

Là où on attend

Un train au départ

Un avion à l’arrivée

Une cabine de téléphone

Un banc de square

Un quai de fleuve

Un bord de mer

Une chambre d’hôpital

Un bureau de poste

Cèderas-tu

A la danse

De hanches qui se balancent

A l’aisance

De boucles qui s’emmêlent

Verras-tu là

Nouvelle chance

Hasard sans fard

Te décideras-tu

Enfin

A prendre la main

 Jean-Claude Grosse

 

par Jean-Claude Grosse publié dans : cahiers de l'égaré
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 30 avril 2008

Une opérette à Ravensbrück

de Germaine Tillion

Collection Points

 « Vivre et agir sans prendre parti, ce n'est pas concevable : la vie n'est qu'options (...) nous optons sans cesse entre les êtres, entre les actions et nous sommes constamment orientés, fibre par fibre, vis-à-vis de cet immense réseau d'événements et d'enchaînements qui tisse l'histoire. Et, de même qu'il n'existe pas, moralement, de vrais médiocres, mais seulement des êtres qui n'ont pas rencontré les événements qui les révéleront, il n'existe pas davantage de vrais indifférents, de vrais neutres, mais seulement des êtres qui, par manque d'expérience, se croient neutres »

Comme une bonne librairie est incitative. C'est le cas de L'arbre à lettres au bas de la rue Mouffetard où je me rends chaque fois que je monte à Paris.

Là, ça faisait trois ans.

Bien sûr, c'est l'actualité qui commande sur les espaces dédiés à l'histoire, à la politique, à la philosophie et aux sciences humaines, au roman, à la poésie...

N'empêche qu'en une heure, j'ai mis de côté 20 livres, soigneusement choisis, chacun pour des raisons différentes.

Avec Quand le soleil voulait tuer la lune, chez Métailié, j'ai renoué avec une histoire vieille de 42 ans.

Déjà professeur dans le Nord mais encore étudiant 3° cycle en Sorbonne et à Nanterre, j'avais entendu parler par Leroi-Gourhan ou Roger Bastide ou Lévi-Strauss de la dernière des  Fuégiens, des Selk'nam, interrogée par une ethnologue et cela m'avait fait bondir, peuple génocidé par les blancs avec ethnologue sauvant par ses entretiens la culture de ce peuple. D'autres avaient déjà fait cela : Malinovski en Nouvelle-Zélande qui eut l'idée d'introduire le rugby pour remplacer la guerre entre les tribus ce qui a conduit au fameux cri de guerre des all blacks, le haka,

Bernardino de Sahagùn avec son Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne, livre qui disparut pendant deux siècles avant d'être retrouvé à Madrid et à Florence et sans lequel on ne saurait rien des Aztèques.

42 ans après la mort de Lola Kiepja, son informatrice, voici que paraît en français, le livre d'Anne Chapman consacré aux rituels et au théâtre, le Hain, de ce peuple disparu.

Je le lirai avec une émotion particulière et peut-être la même répulsion pour l'Occident que celle que j'avais à l'époque.

Qu'est-ce qui m'a conduit à choisir le texte de Germaine Tillion ?

Le sujet et les circonstances : une pièce écrite en camp.

J'avais accueilli en novembre 2004 à la maison des Comoni, au revest : Qui ne travaille pas ne mange pas, spectacle documentaire sur le théâtre au goulag, mis en scène par Judith Depaule.

Se saisir de sujets aussi terribles me semble une des missions du théâtre ou du cinéma, de la littérature aussi. D'où mon intérêt pour le texte de Germaine Tillion, mais aussi pour le livre de Jonathan Little : Le sec et l'humide.

Là, anecdote. Un des comédiens du spectacle sur le goulag, chez lequel je suis hébergé lors de mes sorties parisiennes, me parle de sa conversation avec Jonathan Little, venu voir le nouveau spectacle de Judith Depaule sur Gagarine à Chelles, le 27 mars, lui ne connaissant pas l'écrivain et l'écrivain parlant russe avec ce comédien, évoquant ses 2 années passées en Tchétchénie, ses rencontres avec Bassaiev et les risques encourus avec Khattab.

Feuilletant le livre, je trouve en fin de livre l'épilogue sur Bassaiev. D'où l'achat, d'autant que le sujet est : une brève incursion en territoire fasciste.

L'opérette-bouffe de Germaine Tillion : Le Verfügbar aux enfers, écrite à Ravensbrück en 1944 a été publiée en 2005, en poche en 2007. Germaine Tillion avait gardé sous le coude ce texte parce qu'il avait eu son utilité en son temps, le temps de son écriture et qu'elle ne voyait pas comment ce texte pourrait être reçu par des spectateurs sans expérience du camp.

Cette opérette a été écrite par la détenue NN, nuit et brouillard, Germaine Tillion, entre octobre 1944 et janvier 1945, à Ravensbrück.

Germaine Tillion refusa de travailler pour les nazis, devenant une Verfügbar, disponible pour toute corvée mais aussi et surtout une prisonnière rebelle, se cachant de block en block, au milieu des dormeuses (celles qui avaient travaillé de nuit). Protégée par ses compagnes de détention, écrivant dans une grande caisse, quand elle était envoyée au tri du pillage de l'Europe par les nazis, ayant mis en place  dans son block, le cercle d'études,  autre façon de résister ou de survivre, ultime forme du sabotage selon une de ses expressions, Germaine Tillion, ethnologue de métier et résistante de conviction, décédée le 19 avril 2008 à presque 101 ans, a écrit cette opérette bouffe pour ses compagnes car que reste-t-il comme arme de résistance, de survie, dans un univers de cette brutalité : le rire, le rire le plus caustique, le rire sur soi, le rire aussi sur les bourreaux mais l'essentiel est bien le regard porté sur cette nouvelle espèce, décrite par un naturaliste, charrié par le chœur, le Verfügbar aux enfers, titre inspiré d'Offenbach, Orphée aux enfers.

«L'humour noir et l'autodérision tendent aux détenues un miroir sans pitié, dont la description même force la réaction, entraîne le refus et représente une victoire de l'esprit sur le système de déshumanisation», analyse Claire Andrieu, dans la préface du Verfügbar.

L'opérette comporte plusieurs registres :

- un registre d'observations sur l'organisation du camp, son vocabulaire particulier, les différentes catégories de prisonniers, les différents niveaux de la hiérarchie, les différents niveaux de traitements infligés aux prisonniers, observations concises, précises, sans concession, dans leur cruauté, maladies, dysenterie chronique, blessures infligées, sélection pour élimination par différents procédés, expériences médicales ou chirurgicales...On a la vie quotidienne au camp et entre le 1° et le 3° acte, celle-ci envahit l'opérette comme si l'écriture ne pouvait suivre la dégradation des conditions de vie avec l'avancée des alliés, la désorganisation et la folie saisissant les SS : une des chansons est explicite, celle des 30 jeunes filles rencontrant un SS hurlant qui en tue une, la 30° puis au couplet suivant, la 29° et ainsi de suite.

- un registre d'airs et de chansons connus, aux paroles détournées, adaptées à la situation mais permettant à toutes les compagnes d'être dans le coup, de chanter.

- un registre de dérision par le jeu entre le naturaliste et le chœur, indocile, interrompant le conférencier pour apporter son grain de sel, son information, sa précision mais aussi ses rêves de bons repas dans les diverses provinces françaises.

Il se trouve que le Théâtre du Châtelet a eu l'heureuse initiative en juin 2007 pour les 100 ans de Germaine Tillion, avec son accord, de faire créer pour 3 représentations, l'opérette bouffe. L'initiative est revenue à un théâtre privé. Pas au théâtre public, faut-il s'en étonner ?

 

Jean-Claude Grosse

 

Le Verfügar aux Enfers
de Germaine Tillion

Opération survie en humour noir et musiques joyeuses Paris - Théâtre du Châtelet

Germaine Tillion, ethnologue, humaniste et grande résistante a eu cent ans le 30 mai dernier. Pour rendre hommage à cette personnalité d'exception le Châtelet a eu l'heureuse initiative de ressusciter un texte inédit rédigé en cachette dans le camp de Ravensbrück où elle était déportée. Pour soutenir le moral de ses camarades de captivité, elle avait inventé des couplets à l'autodérision couleur d'encre, faits pour être fredonnés sur des musiques familières. Une façon de ne pas se laisser aller à mourir comme des bêtes et à tracer des pistes de mémoire. Un outil pour déclencher les rires autour des corps dévastés et des têtes vidées, de la pire dégradation humaine.

Raconter l'horreur en s'en moquant

Germaine Tillion raconte l'horreur en s'en moquant, par petites phrases et petites rimes et les colle aux refrains connus, d'Offenbach à Gluck, en passant par Bizet, Hahn, , Christiné ou Lalo, par les rondes enfantines et les comptines... Le tout gravitant autour du thème des « Verfügbar », les « disponibles », les filles bonnes à tout faire, condamnées à toutes les corvées, substituts réactualisés des antiques esclaves ou des serfs du moyen-âge. Une race à part donc qu'un naturaliste de carnaval vient présenter au cours de conférences délirantes qui servent de fil rouge. Bérénice Collet pour la mise en scène et Christophe Ouvrard pour les décors et les costumes ont relevé le défi de mettre en images et en mouvement ce qui était à priori indescriptible. Quelques bancs, deux panneaux jouant sur les transparences et les projections qui sui suggèrent l'intérieur des baraquements ou des paysages en désolation, des robes colorées comme des rêves d'un autrefois fantomatique...

Un petit air de grande production


En dialogues, en chants et en chansons méticuleusement reconstitués par Christophe Maudot, six solistes connues des scènes lyriques, Hélène Delavault, Emmanuelle Goizé, Gaële Le Roi, Jeannette Fischer, Carine Séchehaye, Claire Delgado-Boge jouent et chantent en charme, aplomb, émotion autour du naturaliste Alain Fromager, Les choristes de la maîtrise de Paris et des chœurs des collèges Camille Claudel et Evariste Galois, ainsi qu'une équipe de jeunes danseuses issues de divers conservatoires parisiens s'intègrent aux actions, les illustrent et donnent à l'ensemble un petit air de grande production. Les instrumentistes de l'Orchestre de Chambre Pelléas dirigés avec cœur et doigté par Hélène Bouchez soutiennent autant qu'ils accompagnent cette magnifique leçon d‘espoir, cet acte de création et de civisme à nul autre pareil..

Un seul regret : qu'il n'y ait eu que trois représentations pour s'imprégner de cette page d'histoire qui a bouleversé les spectateurs qui ont le privilège d'y assister.

Le Verfügbar aux Enfer- opérette-revue à Ravensbrück, textes de Germaine Tillion, musiques de Bruno Coquatrix, Reynaldo Hahn, Georges Bizet, Henri Christiné, Oscar Straus, Henri Duparc... Orchestre de Chambre Pelléas, direction Hélène Bouchez, mise en scène Bérénice Collet, restitution et compositions musicales Christophe Maudot, décors et costumes Christophe Ouvrard, chorégraphies Danièle Cohen. Avec Gaële Le Roi, Jeannette Fischer, Carine Séchehaye, Claire Delgado-Boge, Emmanuelle Goizé, Hélène Delavault, Alain Fromager. Chœurs de la Maîtrise de Paris et des collèges Camille Claudel et Evariste Galois, danseuses des conservatoires municipaux de Paris.

Théâtre du Châtelet à Paris, les 2 & 3 juin 2007

 



par Jean-Claude Grosse publié dans : notes de lecture communauté : L'art e(s)t la vie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 30 avril 2008

Toujours la vie invente

de Gilles Clément

Editions de l'Aube, poche essais


Ce petit livre d'une cinquantaine de pages est né de la conférence de Gilles Clément à la fête du livre d'octobre 2007 à Mouans-Sartoux. Déjà Albert Jacquard et Pierre Rahbi l'avaient précédé.

Voilà une ville, une municipalité qui ne se contentent pas de parler, qui agissent en matière de paysage, de développement durable. Dans l'essai, on trouve citées, Rennes et Curitiba en particulier.

J'ai retrouvé dans ce court essai, l'essentiel des idées de Gilles Clément, à savoir le lien existant entre tous les êtres (l'écologie bien comprise, comme humanisme respectueux de ce qui existe, le jardin sauvage ou en mouvement, sauvegarde de la biodiversité menacée par les multinationales et les semenciers, par le mode de vie des sociétés riches tendant à se mondialiser alors que le jardin planétaire est fini et qu'il ne peut donc y avoir de croissance infinie.

D'où nécessité de démondialiser, de relocaliser, de décroître.

Les émeutes récentes de la faim montrent bien l'erreur grossière, le crime même contre l'humanité, qu'a constitué le remplacement de l'agriculture locale vivrière par l'agriculture intensive d'exportation pour pays riches et classes moyennes avides de biens.
Allez donc demander aux gens de faire le choix :

Ou la satisfaction des besoins élémentaires pour tous : manger, se vêtir, se loger, se soigner, s'instruire

Ou la satisfaction de besoins futiles innombrables pour une minorité abondante de gens moyens : énumérons nos objets futiles pour faire un beau poème à la consommation

Ou la satisfaction de besoins de luxe pour une minorité de gens très riches : énumérons quelques objets de ce luxe, qui nous font baver d'envie et ne nous font plus braver le capitalisme prédateur.

Et sans doute vous comprendrez que nous irons dans le mur malgré les avertissements, malgré les solutions possibles.


 

par Jean-Claude Grosse publié dans : notes de lecture
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Présentation

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Catégories

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus