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Les Cahiers de l'Égaré

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L'été du Léthé à La Coquette

22 Juillet 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #théâtre, #poésie, #pour toujours

photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio
photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio
photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio
photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio
photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio

photos de Fabienne Ashraf et Raphaël Rubio

Le 2° été du Léthé s'est déroulé le 1° juillet 2017 à La Coquette à Toulon, de 10 H à 20 H 30 avec comme participants Marilyne Payen, notre hôtesse, Michelle Lissillour, Isabelle Barthélémy, Fabienne Ashraf, Pauline Tanon, Moni Grego, Lionel Parrini, Raphaël Rubio, Wianney Qolttan', Eric Meridiano, Yves Ferry, Chris Darvey et Jean-Claude Grosse. Excusée Sylvie Combe. Ils sont venus de Sète, Nîmes, Arles, Avignon, Gardanne, Toulon. Ce 2° été a coïncidé avec le 50° anniversaire de mon mariage avec la Mouette à tête rouge.

Il a été inspiré par un "pèlerinage" à la Sainte-Baume les 7 et 8 avril 2017 avec Moni Grego pour les 40 ans de l'écriture de La Nuit juste avant les forêts par Bernard-Marie Koltès pour Yves Ferry. Moni Grego lut une scène de L'Ultime scène dans la Bibliothèque des dominicains de l'Hostellerie de la Sainte-Baume.

 
Temps prévus 
1- 10 à 11 H, chacun vient avec un court texte d’un autre ou de lui (10 lignes) qui l’a structuré, lui a servi de repère, un texte fondateur
lecture par chacun ou un autre (par affinité ou hasard) de ces textes avec retour des autres participants
2- temps d’écriture, à partir de 11 H et après l'auberge provençale vers 12 H 30, durée 1 à 2 H, sur consignes; écriture en solo ou à deux (affinité ou hasard)
ça tournera autour de la figure de Madeleine (une image flottant dans nos inconscients);
faites vos propres recherches et lectures (mais ce n’est pas une nécessité ni une obligation)
3 pistes seront sollicitées pour 3 courts textes
- traverser sans voile, sans rame, sans gouvernail la Méditerranée
- 30 ans de vie érémitique dans une grotte particulièrement humide 
- l’amour comme origine, chemin et but (Deepak Chopra avec Le chemin vers l’amour me semble intéressant à lire); 
les titres de deux livres photographiés à la Sainte-Baume serviront d'amorce
Épouse-là et meurs pour elle (des hommes vrais pour des femmes sans peur)
Marie-toi et sois soumise (pratique extrême pour femmes ardentes)
3- temps de partage, notre auberge provençale avec ce que nous apporterons, à partir de 12 H 30; n'oubliez pas d'apporter vos livres pour échanger, donner, qu'il s'agisse de vos oeuvres ou de livres que vous voudriez offrir au hasard de la rencontre
4- temps de lecture des textes avec échanges sur chaque texte, lecture soit par soi-même, soit par un autre à partir de 16 H; on a commencé à 17 H
au préalable, Moni Grego nous donnera quelques conseils utiles sur comment lire à voix haute
5- lecture de L’Ultime scène de Moni Grego, texte édité aux Cahiers de l’Égaré pour ce moment, ode à la disparition de la scène de théâtre dans un lieu « magique »  appelé à disparaître, vers 17 H 30; on a commencé à 19 H après l'intermède musical d'Isaac
ces deux temps de lecture seront ouverts au public et aux amis; sont venus Jeanne Mathis et son mari Isaac qui a interprété un morceau de sa composition (de la veille) à la guitare et ampli (instrument padipulé, au pied) en harmonie avec l'ambiance studieuse et joyeuse, pas festive, de la journée
6- agapes du soir, tangos dans le salon de La Coquette, vers 19 H; en fait fin des lectures à 20 H, pas d'agapes
7- Christian Darvey réalisera un film, pour sauver les meubles, appelés à disparaître
8- les textes seront mis sur le site des écritures nomades, les écrivents (comme du vent)  peaufinent leur texte jusqu'au 10 juillet. Chacun est libre de faire tous usages de son texte, FB en particulier.

Consignes

Les bienheureux qui séjournaient aux Champs Élysées dans le sous-sol grec pouvaient revivre une nouvelle vie sur terre. Passant dans le Léthé, ils oubliaient tout de leur vie antérieure de héros ou de sage mais pouvaient conserver, réactiver un souvenir pour leur nouvelle vie.
Vous êtes des bienheureux. Quel souvenir voulez-vous réactualiser pour votre nouvelle vie sur terre ?

Cela veut dire que vous êtes l'homme ou la femme qui était mort(e) et que vous allez vous réincarner en un autre, l'homme ou la femme qui revit d'une autre vie, résurrection ? réincarnation ?

Vous aurez à votre disposition pour vos textes, ces deux personnages, l'homme qui était mort, l'homme qui revit d'une autre vie.

 

Vous avez choisi un texte fondateur. Vous devrez vous en servir pour vos 2 écritures. Thème, citation …

Nous sommes à La Coquette, vous intègrerez ce lieu et ce moment, 1° juillet 2017, dans vos textes.

 

3 thèmes à traiter en 3 textes courts :

 

  • Madeleine dans une barque sans gouvernail, sans rame, sans voile, livrée aux vents, houles, courants, encalminages de la Méditerranée, seule ou accompagnée, pour seul vêtement sa chevelure abondante, et pour luxe, ses parfums ; elle souffre, elle prie, elle est en colère, elle a la diarrhée, elle vomit, elle n'a rien à manger, à boire ; y a-t-il un miracle ? un événement merveilleux surgit-il au pire des moments ? Votre Madeleine décidez si c'est la vraie, si elle est d'aujourd'hui, venue d'où, pourquoi, pour où ? Ce qui lui arrive dans la barque jusqu'à Massilia est-il réel ? Optez-vous pour un récit, un conte, un dialogue ?

  • Madeleine dans la grotte de la Sainte-Baume vit 30 ans d'une vie érémitique, grotte humide, elle ne se nourrit que de ses larmes. Quelles larmes pleure-t-elle ? De quelles larmes nourricières s'agit-il ? Elle monte au ciel, entre terre et paradis, ascension pouvant durer 7 H. Que se passe-t-il ? Contemple-t-elle quelqu'un, quelque chose ? Pense-t-elle pendant son ascension et son extase ? A-t-elle des visions ? Donnez-nous envie de nous élever. Donnez-nous envie de revenir ici-bas ! La grotte est-elle rassurante, inquiétante ? Quelles résonances entre la grotte et le ventre-mer, entre la grotte et le ventre-mère ? A-t-elle été engrossée ? A-t-elle un désir d'enfant ? Porte-elle un tel désir ? Ou y a-t-elle renoncé, femme à moitié ou femme accomplie malgré tout ? Votre Madeleine grotesque est-elle la vraie, est-elle un fantasme ? A-t-elle un interlocuteur, un intercesseur ? Demande-t-elle ? Quoi ?

  • Madeleine et l'amour sublime. Imaginez sa relation de prostituée repentie, de pècheresse, d'épousée, d'épouse à l'Époux. Quel statut souhaitez-vous lui donner ? Un, plusieurs ? Cet Époux, l'acceptez-vous fils de Dieu, se refusant à Madeleine, Ne me touche pas ! Ressuscitant, donc se montrant à elle pour ensuite disparaître, s'élever avec la promesse de revenir à la fin des temps pour le grand rassemblement des ressuscités ? Croyez-vous à sa mission de Sauveur ? Le préfèreriez-vous plus soucieux de Madeleine, la comblant, comment ? Cet amour sans consommation est-il source d'élévation, d'extase ? À quoi peut-il faire accéder ? L'extase mystique, est-ce que ça, ÇA, vous parle ? Le sexe peut-il être source de comblement ? La jouissance, la petite mort, n'est-elle pas chacun son moment de plaisir, dans son moment de plaisir ? L'autre Jouissance dont parle Lacan, indicible, réservée à certaines femmes, sur laquelle rien ne peut être dit car cette Jouissance est accès au Réel le Grand Réel de René Char, croyez-vous possible de la décrire ? En poète, en dramaturge, en psychanalyste ?

  • Si possible des textes d'une quinzaine de lignes. Bonne écriture.

L'été du Léthé à La Coquette

texte fondateur d'Isabelle Barthélémy

Quand la mer parle

Vous êtes-vous déjà installé au bord de la mer ? L’avez-vous entendue vous murmurer à l’oreille ? Vous n’oserez peut-être pas le dire ! Il suffit pourtant, que l’on se penche un peu vers vous, pour parvenir à vous entendre. Attention, approchez encore car la mer parle. Elle vous a déjà parlé ou le fera un jour ou l’autre lorsque vous la croiserez. Voilà, vous vous êtes assis. Elle est face à vous. Elle vous a vu arriver de loin, car il a fallu marcher pour parvenir jusqu’à elle, jusqu’à son corps immense qui se vêt de costumes mouvementés par la mode du vent. Vous êtes là et elle vous observe, attentive. Bien évidemment, elle ne parle pas tout de suite aux inconnus. Il lui faut le temps de vous apprivoiser. Elle sait que vous êtes venu là pour une raison particulière, une raison qui pousse à demander conseil. Au fond, lorsqu’on décide de s’installer devant sa robe changeante comme le vent qui l’effleure, on sait très bien qu’on rencontre une amie attentive.

Le six avril. Il est déjà onze heures. Il l’a vue se préparer, mettre ses lunettes de soleil sur la tête. Ses cheveux tombent sur ses épaules et ce matin ils paraissent ternes dans le miroir quand elle y jette un coup d’œil. Il n’y a pas que ses cheveux qui paraissent ternis, comme sur une vieille photographie qui aurait pris l’humidité d’un grenier, il y a aussi l’éclat de ses yeux noisette. Ce matin, la femme va marcher au bord de la mer. Elle n’a pas envie d’aller courir. Ses nerfs sont à vif et son corps dans une chape de plomb. Tu veux boire un café, il a demandé. Elle n’a pas osé lui dire non, elle n’a pas osé lui dire qu’elle avait besoin de se retrouver seule. Sarah a tellement l’impression que tout va de travers, qu’elle s’accroche encore à des délicatesses qui n’en sont plus vraiment. Elle se surprend à ne pas être naturelle. Ses gestes ont pris une forme affectée, contrôlée, proche de la crispation dès que l’homme l’approche. Sarah ne sait pas pourquoi elle a peur de le blesser alors qu’il n’y a rien de mal à avoir envie d’aller seule, ses écouteurs plantés dans les oreilles. Il lui suffit d’appuyer sur play et les sons parviennent à ses tympans pour s’enrouler progressivement autour de son cœur. Depuis plusieurs semaines, Sarah s’échappe du quotidien dans des volutes musicales, c’est un des moyens qu’elle a trouvé pour échapper à la peur.

En cette fin de matinée, la voilà donc en train de dire oui à l’homme pour aller se promener. Elle est envahie par une forme d’étrange faiblesse qui la ronge. Ils sont descendus sur le port. Ils ont pris le sentier qui borde la dérisoire falaise le long de la plage. Ils se tiennent la main. Comme par réflexe. C’est vrai qu’elle la rassure péniblement cette main de l’homme qui la tient à peine. Puis elle a marché devant car le sentier s’est rétréci. La mer la regarde. Le vent est absent comme le souffle de Sarah. La houle, petite et ferme, frappe les rochers et son cœur contracté en une systole arythmique dominicale. Dans la petite crique, à quelques mètres du sentier qui devient du béton, Sarah décide de s’arrêter. Tu vas te baigner ? il a dit. Elle sourit. Il est tendre.

La mer entend soudain le ressac de ses idées brouillonnes aller et venir entre ses tempes, vagues au creux des rochers de la crique où ils se sont assis, lui et elle. Combien elle voudrait entendre le tempo de Vincetone, l’album de 2013 du Dj, qu’elle a copié dans son Mp3. Elle donnerait beaucoup pour ne pas entendre à la place le tintement clair de sa voix qui vire au Beat profond. Elle pressent la tempête. Elle est à présent inévitable et pourtant Sarah demande à la mer de chasser son amertume au large. Son souffle bref passe dans la brise qui se lève. Et les mots terribles qui harcèlent son cœur, la mer les emporte, le temps de cette pause sur le sable strié par une épaisse couche de posidonies.

Sarah a envie de fermer les yeux. L’homme lui parle doucement du dernier livre qu’il vient de terminer dans le lit ce matin. Elle l’écoute, elle se dit que c’est bien, un moment comme ça, que c’est ce qu’elle a voulu…Pourtant elle n’arrive pas à apprécier l’instant. Il y a encore quelque temps, elle se serait blottie contre lui, elle aurait été capable de s’abandonner à la complicité. Tandis qu’ils sont assis là, la mer écoute ce que Sarah a à lui dire. Elle le fait pour elle comme elle le fera pour vous, quand vous serez près d’elle. Sarah la sent emporter son cœur. La mer dit qu’elle ne doit pas avoir peur des vagues dans lesquelles elle plonge de face depuis plusieurs mois. C’est tout bonnement le ressac de l’amour. Dans l’écume épaisse qui crépite sur son âme flottent de terribles ressentiments. Ils troublent son amour perdu au creux des blessures. Sarah croyait pouvoir… Elle croyait savoir… Elle croyait vivre… La mer répète. Et le regard de l’homme se perd au large tandis qu’elle est assise à côté de lui sur le sable. Brusquement, Sarah enlève ses habits de Carnaval, ceux qui lui ont permis de déguiser ses envies, de taire ses sourires. Elle les observe un instant à ses pieds. Les couleurs sont chamarrées mais ont perdu un éclat de vie. Sarah marche nue sur le tapis épais de posidonies. Elle s’enfonce. Au moins sur vingt centimètres. Ce n’est pas stable. L’eau remue et arrive au-dessus des genoux. Lorsque Sarah sort, de longues minutes plus tard, alors que ses mollets sont devenus brillants de fraîcheur, elle s’enfonce de nouveau dans le tapis des plantes marines mortes. Des dizaines de paillettes noires et collantes recouvrent ses jambes. Toutes ses pensées sont là, collées, pour l’empêcher de courir. Alors la mer murmure :

- Va-t-en, Sarah ! Garde les paillettes, elles vont sécher dans ta course.

 

texte d'Isabelle Barthélémy

Les Bienheureux

 

Poussière d’étoile, nous sommes.

    M, poussière d’alphabet dans certains dictionnaires de langue.

     

    J’y trouve des mots qui ont des définitions. N’importe qui peut partir à la recherche du sens.

     

    Définir la poussière d’étoile que je suis, c’est tenter d’en retrouver l’essence.

     

    A la lettre M du dictionnaire de Vie je trouve

     

    « Matrice », poussière de mot à la lettre M de certains dictionnaires de langue.

     

    A la lettre M du dictionnaire de Vie je trouve

     

    «  Matière », poussière d’étoile.

     

    Je trouve

    Mère et Maternité.

     

    Je trouve aussi dans la catégorie Nom Propre

     

    Marie. Madeleine. Marie-Madeleine.

     

    Mais si j’entends M, je peux aussi trouver un mot qui ressemble étrangement à la lettre.

     

    Aime. M.

    Et voilà, il suffit d’une lettre abstraite, d’une lettre de l’alphabet pour entrer en Amour.

     

    Alors quoi ? Marie-Madeleine ? Toi aussi tu aimes. Ton amour s’appelle Jésus. Il aurait pris forme humaine pour parler d’Amour au nom de tous. Il aurait été le fils de l’Eternel, ce qu’on ne peut pas nommer.

     

    Jésus est un homme, il porte une parole forte puissante et pacifique. Marie- Madeleine tu es une femme. Entends-tu sa parole forte puissante et pacifique ? Bien sûr comme les autres.

    Madeleine, c’est parce que tu as perdu Jésus, son amour et son entièreté que tu te retrouves sur cette barque.

    Madeleine, c’est parce que tu es sa femme à jamais que tu pénètres dans la Grotte de la Sainte Baume ;

    Madeleine, c’est parce que tu l’aimes, Jésus, l’homme et le sauveur annoncé chrétien, que ton désir vibre et sublime ta chair.

    Madeleine ; il est des temps qui se superposent et se dilatent.

    Madeleine, tu fais partie des bienheureux qui prennent le chemin pour revenir dans la Matrice du Monde et de la Matière. C’est un choix. Ton heureux bien-aimé a fait aussi ce choix.

    La Mort conduit à l’A Mour.

    Amor Amor a enlevé le U de cette Utopie.

    C’est en approchant la Mort que l’on parvient à l’Amour. La Mort et l’Amour sont les deux points d’un même état limite, celui qui nous conduit à notre Humanité.

    Marie- Madeleine. Marie tu es la mariée éternelle d’un seul Homme. Madeleine tu es celle qui pourrait le pleurer à jamais.

    Mais pleurer la perte entraîne vers une mer de larmes.

    Se réjouir de l’Amour reçu et donné entraîne vers une mer vivante, mouvante et éprouvante.

    Laisse ta barque voguer et te conduire au large, puis te ramener à terre, couverte du sel alchimique éternel. Tu es faite de sodium, d’eau et d’esprit.

    Lorsque ton pied foulera à nouveau le sol tu pourras cheminer vers la grotte sombre, tiède et humide de la terre qui t’accueille pour ta renaissance. La montagne de la Sainte-Baume. A l’intérieur, l’obscurité, la tiédeur et l’eau t’invitent. Tu pourrais avoir peur, mais il n’en est rien car l’Amour que tu lui portes annihile la crainte.

    Tu l’aimes. A toujours. A jamais. La souffrance est possible, elle ne t’est pas nécessaire.

    Ce n’est pas parce que tu hurles aux étoiles ou que tu te terres dans le silence que tu aimes, que tu souffres de la perte.

    Tu peux hurler. Tu peux pleurer. Tu peux rire aux éclats. Tu peux te blottir contre lui, contre son âme, tu peux courir, rester face contre terre dans l’humidité et la moiteur, planter tes ongles, secouer ta chevelure, montrer tes petits seins et le creux de tes reins à l’obscurité de la grotte ou au soleil éclatant qui s’acharne sur la barque dans laquelle tu es montée pour partir à la découverte.

    Tu ne pers rien Marie-Madeleine. Tu ne perds rien, comme nous, toutes ces femmes, qui aimons notre époux. La matière se transforme, elle prend des formes impalpables mais vibrantes d’autres champs d’énergie.

    Car, enfin, sentir la perte ce n’est pas Aimer. Sentir la perte ce n’est pas Mourir. Sentir la perte c’est ne pas t’incarner.

    Avoir peur de perdre c’est ne pas entrer dans ta propre chair vivante et ne pas découvrir celle de ton aimé.

    Femme Vivante, Marie-Madeleine éternelle, Va sur la mer, entre dans la grotte vis et apprends à mourir. Tu pourras choisir de revenir quand tu le souhaiteras.

     

    Isabelle Barthélémy 1° juillet 2017

     

     

     

     

    Texte fondateur :

     

    Le chemin du renonçant est aride et sa coupe amère.

    Acte de foi de croire possible l'impossible,

    de l'embrasser pour devoir y renoncer,

    Le Vivant donne, le Vivant reprend,

    et rit de notre soif et notre confusion.


     

    Lorsque la traversée devient trop difficile,

    Il nous accorde un répit et murmure : « Vois, je suis là ».

    Son nectar est doux et apaisant et il nous dit :

    « Je Suis le miel pour l'errant, le baume pour le souffrant.

    Ne t'attardes pas ici, ces racines ne sont pas tiennes,

    Tu bois de mes feuilles, mais ne t'y attaches pas,

    La douceur aujourd'hui sera amertume demain.

    Poursuis ta marche, et deviens ce que tu es déjà,

    le baume, le nectar et le miel ».


     


     

    (Eric Méridiano, juillet 2014)


     


     

     

    Marie-Madeleine.

     

    Traversée.

     

    Mon frêle esquif, sur la mer, monte, descend.

    Attachée à la proue, écœurée, mon amour,

    Désolée de t'avoir perdu, vomissant,

    Écoute-moi, car cette fois je porte la vie,

    L'ardeur de ta folie résolue,

    Exquis souvenirs de tes baisers fugaces.

    Infidèle, pourquoi es-tu parti ?

    Notre vie n'est plus qu'une trace,

    Éplorée, morose, promesse de notre salut.

     

    La grotte :

     

    Pourrai-je dire combien de fois, silencieuse, je suis morte,

    Usée, inutile, meurtrie dans cette grotte ?

    Ta présence, fantasme de l'esprit, rappel maudit,

    Enfanté dans mon imaginaire, m’enchaîne, me détruit.

     

     

    Extase :

     

    Marie-Madeleine est morte ! Libre !

    Accueille, accepte, accouche.

    Ris. Jouis. Pouffe.

    Indicible amour, tu nous confies qu'il n'y a pas d'autres règles,

    Embrasés, nous recevons le souffle, mourant, renaissant, espiègle.

     

     

    (Eric Méridiano 1° juillet 2017)

     

    MEMENTO MORI


     

    I. La barque


    Le narrateur est là. Bienheureux personnage rescapé du Léthé. Bienheureux ? C’est à voir. On voudrait nous faire croire que c’est la panacée de conserver intact le souvenir d’avant, de notre vie d’avant. Moi, je demande à voir.

    Trois citations suffisent, qui traînent dans sa cervelle, pour dresser le portrait de notre narrateur : « Sois sage O ma douleur et tiens-toi plus tranquille ». Déjà, ça peut offrir une idée du marasme, ça donne un peu le ton d’une enfance des plus propices à toucher du doigt la vacuité de l’existence et à s’interroger, dès le berceau, ou presque  sur des questions qui, si l’on n’a vraiment rien d’autre à faire, peuvent faire passer le temps : « à quoi ça sert tout ça ? D’avoir si mal à l’existence ?» En toute logique, son adolescence attardée a brandi un étendard qui ne surprendra pas : « Il vaut mieux mourir d’un abus de vodka que d’ennui ». Mais, attention, avec dans l’oreille, et c’est impératif, la voix d’Anna Prucnal, qui cogne chaque mot, sinon, ça marche pas. Pour parachever le portrait, n’oublions pas les velléités de se diriger vers un bonheur parfait avec une phrase en bandoulière « un de ces jours où j’ai compris qu’il faut d’abord s’aimer soi-même, pour faire l’amour à la vie ». Oui, je sais. Choisir Philippe Léotard, sa « drôle de cocaïne », « pas un jour sans une ligne », le tenir par la main pour marcher d’un pas pas rien moins qu’assuré vers le bonheur, c’est cocasse. Oui. Je sais.
    Maintenant que vous avez fait sa connaissance, au narrateur, et que j’ai rempli une bonne part des consignes d’écriture (ce qui est fait et caetera) je reprends du début.

    Le narrateur est là.

    Ici et maintenant.

    1er juillet 2017.
    Ici. C’est la Coquette.

    La Coquette en décombres.
    La Coquette encore belle.

    Le narrateur est là : il a choisi sa chaise, l’a plantée au plus près face à un dépotoir.
    Des tuyaux rouge sang, une pelle, des tringles, des chaînes bien rouillées, des pissenlits crevés, une épave de bateau, des voiles déchirées.
    Et le voilà parti dans sa vie d’autrefois, dans ce bateau qui tangue et voudrait tant bouger.

    « Me voici revenu là où la mer est morte et le soleil brûlant. Arrêtés dans l’exil. Migrants d’un autre siècle.
    Je la revois encore parce que là, juste hier. Dans notre vie d’avant.
    Elle n’est pas belle à voir. La Marie Madeleine.
    Elle croit qu’on va mourir, elle voudrait, mais ne peut, s’en aller bien sereine, un doux sourire aux lèvres retrouver son Amant, sa sainte Trinité.
    Et son masque grimace  pendant que « Jesus cries », en anglais dans le texte, disons « Jesus's crying », à lire c’est plus facile.

    Enfin, il faut bien l’espérer que son Amant sublime pleure de la voir là, crevant de faim, de chaud, de se retrouver seule, de l’avoir vu en croix, des clous dans les poignets, de l’avoir vu renaître, de l’avoir vu partir. Elle voudrait croire qu’il pleure, son Jésus au grand coeur. Mais moi, je n’y crois pas.

    Je la regarde encore : elle n’est vraiment pas belle, à deux doigts d’y aller, passer par le Léthé !
    Petite fille perdue, habillée de cheveux et les tripes en lambeaux déchirées par la peur, tout son corps crie « Maman » mais Maman n’est pas là et son Amant Céleste est bien loin du bateau.

    Et moi je l’aime à mort mais elle ne me voit pas.


     

    II. La grotte

    La Sainte.
    La Salope.
    Elle vit sa mort chaque jour, la savoure, s’en délecte, tout au fond de sa grotte, son doux sourire aux lèvres, les yeux illuminés.

    J’attends. Je la connais.

    Sa Foi aime qu’elle souffre toutes ses morts quotidiennes, tous ses renoncements.
    Et je la vois errante, ivre de Sa lumière tandis que, chaque jour, la grotte humide et froide admire son martyr, endort mon impatience.
    Elle croit, la Salope, la Sainte, que le désir est mort, que tout est pardonné.

    J’attends. Je la connais.

    Notre millième matin dans cette immonde grotte voit Marie Madeleine se jeter à genoux à peine elle est levée.
    Je la vois qui rayonne de tout ce qu’elle sublime.
    J’attends qu’elle me regarde et que son corps me sente.

    J’attends. Je la connais.


     

    III. L’Amour

    Le narrateur a froid.
    Il veut changer de place.
    La grotte, humide et sombre de son ancienne vie, l’a glacé jusqu’au sang.
    Il se lève, divague, s’éparpille aux quatre coins, assoiffé de chaleur.
    Il s’assoit puis s’allonge sur des dalles brûlantes et ferme un peu les yeux.
    Des verres qui s’entrechoquent, des mots, des phrases ausssi.
    Il est 15h25, les clients du resto digèrent leurs semaines sur des chaises en plastique laissant leurs gosses hurler comme il est convenu.
    La hotte, les cigales, le soleil sur les jambes, le champagne, le vin. Pas facile de penser d’autant que dans ses jambes son sang cogne et fait mal tandis que ses seins gênent pour être bien à plat. Car les Dieux sont rieurs.

    Vivre une vie de femme quand on était un homme et que la mémoire reste, à vif, acérée, de l’homme qu’on était, de celle qu’on a aimée.

    Une chance. Vraiment ?
    Bien entendu, ses seins d’aujourd’hui le ramènent à Marie de toujours. Vraie Femme, fausse sainte,
    solidement clouée sur la planche à penser du bienheureux.

    « Je ne sais toujours pas quelle part du père elle a bien pu chercher si longtemps dans le Fils.
    Plus le temps d’y penser, il est bientôt 16h, il faut rendre les textes. Son autre vie flamboie juste quelques instants, les images se bousculent. Il ne peut qu’évoquer la vraie Révélation. Leurs amours si charnelles. Leurs orgasmes terrestres. Leurs mille et une façons de regarder la mort. Envie, haine, tendresse, pitié et compassion, j’en passe et des bien pires de cette grandeur humaine. Et puis, par-dessus tout, leurs reins qui vont. Qui viennent. Se quittent et se retrouvent.
    Tout au fond de la grotte.
    Bien à l’abri des Dieux.
    Et se jouant des hommes. »


    Marilyne Payen, 1° juillet 2017

     

     

    J'ai vu la beauté

    J'ai vu la beauté décliner comme si l'émotion elle même était en exil
    J'ai vu là bas en Palestine les vins d'or et les blancs manteaux
    J'ai vu l'ambre violette pénétrer tes poumons
    J'ai vu les fruits les miroirs
    Les chasubles écrasés sous les mûriers morts
    J'ai vu ta peine
    Ta détresse
    Des éclats de lotus descendre sur ta nuque
    J'ai vu ton corps Madeleine crispé contre le Roy
    Cette croix
    Ce cristal
    Les apsides irisées contre les crânes nus
    Dame blanche
    Noli me tangere

    Le soleil est une autre fontaine
    Un séjour bénit d'encre fécondé par ta voix
    Tu fus Marie la Juive
    L'eau de Lune poudreuse émiettée par le ciel
    Tu fut la nervure des siècles
    Chamane druidesse ou femme-cathédrale
    Dame folle
    Noli me tangere

    Je me souviens de toi
    Les lèvres décelées sur un caducée blanc
    Je me souviens ton ombre
    Tes seringues tranchantes empruntées à l'orgasme

    Madeleine mon Isis disloquée

    De la drogue séchée s'effusait dans ton sang
    J'écoutais du Piano
    Rêvant en majesté
    Comme ces Christs fendus s'enfonçant dans tes veines

    Dame coupe
    Ma lumière mouillée

    Noli me tangere

    J'ai entouré tes cuisses de bandelettes fraîches
    Derrière les voiles rouges et presque inachevés
    Tu lisais Trimegistes
    La table des émeraudes
    Ta sueur organique
    Naissance du troisième oeil
    Madeleine
    Ô mémoire
    La moelle de ma chair à l'Orient de ton ange
    Tu étais l’héroïne
    Orgasme malaxé

    Beau calice
    Approche toi un peu

    Les pianos romantiques se mêlent au son de Sax
    Tu inventes un organe
    Pénitente immuable
    Où le Jazz et ton cul transpercent mon désir

    Eternelle

    Des mystères alchimiques trempés dans de l'eau verte

    Je te cherche à présent sous les grottes lubriques
    Pour offrir une fresque à tous les réprouvés
    Rennes-les-Bains et Couiza
    Les flancs du Bugarach
    Mes dunes oubliées

    Dame rousse
    Caresse moi un peu

    Je revois insolent cette tour goudronnée
    Des tableaux un peu punk ornaient ta chambre close
    Une nef
    Un portique
    Quelques gouaches liquides
    Et du café cramé

    Madeleine

    J'aime te voir trop blonde croqué par Hugues Merle
    J'aime ton huile sainte arrosée de semance
    J'aime tout tes parfums
    Tes conciles irréels
    Les râles interminables sous des linceuls râpés

    Poétesse
    Junkie
    Jeune pute assoiffée par la plainte des Dieux

    Mon ivresse
    Ouvre le 7eme sceau

    Tu es partie un soir sous une pluie glissante
    Les rues du vieux Toulouse étaient pleines de craies
    Tu es partie errante serrant un suaire noir
    Le visage endormie et la gorge tranchée

    Dame morte
    Les tombeaux de Lazare
    Dame lasse
    Tu es ressuscitée

    Raphaël Rubio, 1° juillet 2017

     

    La Dame

    Certains l’auraient appelée Coquette, et aussi pécheresse

    Car en l’an un et pour longtemps encore, un esprit libre chez une femme, autrement nommée sorcière ou magicienne, ne pouvait être que le fruit du Malin, un objet de peur et de jalousie pour les hommes, une diablerie passible des flammes du bûcher...

    Mais l’Enseigneur en fit son Elue et l’initia.

    Porteuse de la descendance en son sein/saint Graal, utérus béni, coupe de vie, symbolisée par ce grand V peint par Léonard de Vinci, entre elle et Jésus lors de la dernière Scène, elle remet le Féminin au cœur de la quête d’évolution.

    A ce jour cette quête est au point mort !

    Pâques lui ressuscite son Enseigneur. Il lui apparaît en premier et termine son initiation, au grand dam de toute la clique machiste et sexiste des autres apôtres, nous raconte son évangile longtemps passé sous silence.

    S’ensuivent Ascension et Pentecôte. L’époux, le Bien-Aimé s’en est allé. Seules demeurent la Force et la Lumière de l’Esprit Saint.

    Ainsi habitée, Marie-Madeleine embarque avec les autres Maries. Sans voile et sans rame le vent et les courants poussent le rafiot vers le delta aujourd’hui appelé Camargue.

    Pour garder vivant l’homme crucifié, elles vont porter son verbe d’Arles à Bugarach, où subsiste encore le passage ouvert vers d’autres mondes. Mais, chut, c’est un secret.

    Leur pratique est ardente, animée par le souffle de l’Esprit Saint.

    Point de larmes si ce n’est d’extase.

    La Dame danse avec les fleurs et les animaux lui font escorte.

    A chaque escale elle délivre le message d’Amour à ceux qui ont un cœur pour entendre.

    Proche des Licornes, elle offre la transcendance de l’extase et l’exaltation du don.

    Bienheureuse, elle outre passe la mort pour communier avec son Epoux, et donne à voir la lumière de l’au-delà à travers son regard.

    Son chemin n’est pas un renoncement glacé. Elle offre aux démunis le baume, le miel et le nectar.

    A ceux qui sont prisonniers dans les greniers d’amertume, elle envoie la force des cyclones pour nettoyer leur âme et les faire renaître, tel un archipel vierge surgit des flots.

    Après son passage s’ouvrent comme des jardins secrets où la perfection se donne à voir. Et même si quelques idiots y divaguent à loisir, la poésie en calme les turbulences.

    Et puis même si....même si....., consciente de la cathédrale inachevée, un jour, Marie Madeleine décide de se retirer dans la baume humide, au nord de la froide montagne, pour y retrouver son époux en de secrètes noces.

    Là, ruisselante de larmes d’extase, elle, la Femme choisie, demeura puis s’en fût.

    Michelle Lissillour, le 1er juillet 2017


     

    Texte fondateur de Lionel Parrini

    tiré du recueil Des étoiles et des ellipses, Les Cahiers de l'Égaré 2015

    Je m’appelle
    Je m’appelle n’a aucune importance
    Je viens d’un jardin vigne et cerise 
    J’ai appris à lécher la buée des fenêtres 
    J’ai jeté tous mes cartables et ma raison 
    Je déteste les chemises et les cravates 
    Je me suis construit des rivières autour du cou pour respirer 
    La terre a été ma première maîtresse 
    Mon premier amour, la solitude 
    Je suis simple 
    Comme les cailloux au fond de l’eau 
    Dans la valse et la vase Accessible aux courants 
    Aux sourires des papillons 
    Je m’appelle idiot et j’aime les bêtises
     J’écris des lettres le soir à des morts 
    Je leur dis que je les aime encore 
    Même si, même si… 
    Le miroir ne me trahit pas. 
    J’ai violé mon cœur 
    J’aurais pu faire plus simple 
    On peut écrire avec des pneus 
    Signer la sottise du haut d’une falaise 
    Appartenir 
    Appartenir 
    Je viens d’un jardin vert, rouge, turquoise 
    J’ai dialogué avec un ciel immense 
    Dis, tu as quel âge, toi ? 
    Moi ? Tu parles à moi ?
    La brise s’infiltre dans le seringat et me donne la bise 
    J’ai envie de disparaître dans les arbres 
    Revenir dans les cendres chaudes des feuilles d’acacias 
    Il est beau ton jardin 
    C’est un livre qui pousse et dans lequel je me planque
    Ma philosophie s’appelle cabane 
    J’ai effacé la date 
    Croquer des fèves 
    Cueillir de minuscules tomates
    Rouler la nuit avec des rides 
    Il neige 
    Il pleut 
    Il brille 
    Avant, avant, l’évidence. 
    Je veux que tu saches 
    Je m’appelle n’a aucune importance 
    Je suis un enfant de la vigne-cerise 
    Je n’ai rien d’autre à te léguer 
    Que ces phrases confettis.


    1 / La barque.

    Elle, la barque.
    Elle, debout, dans la barque.
    Au crépuscule, le courant dessine, décide, sans rame où tout cela peut bien recommencer... L’autre vie. L’autre rive. L’autre choix. Ciel immense aux yeux diamants.
    Elle n’a rien ou si peu. « Je parle la dérive à mon cou » se dit-elle. « Le courant peut-il être un frère ? »
    La barque avance, paisible, dans une brise tendre. Ce soir, il n’y a pas de lumière, ce soir les mains dansent sur la peau tremblante. Où atterrir ? Partir les mains sur les hanches en guise de seuls vêtements. Se sentir vulnérable dans l’immensité de l’instable noire. Bien sûr qu’elle a peur mais la langue bouge encore. La langue d’où sort, glisse, le son parfois. La barque aime le murmure des femmes seules qui espèrent des lendemains dociles.
    Elle ouvre la bouche : « à quoi sert la poésie dans le gouffre ou le ver dans la gorge ? » La barque trace, imperturbable, la phrase inachevée : « Je suis faite pour être avalée mais les ténèbres, peut-être, me... »
    Cette femme seule dans la petite barque a le droit de se parler, a le droit de croire à un repli. La foi, c’est fait pour ça. Chants. Vertiges. Mains flottantes sur chair exil.
    « Je prie les cieux de me prendre la bouche. Je veux les branches des arbres dans mon cou. L’humidité dans mon souffle. Le noir dans mes yeux. Les embruns sur mes pieds. »
    La peur n’est pas la douleur.

    Elle, la barque.
    Elle, sur la barque. Elle pénètre, verticale, la brume austère. Se fondre en elle. Devenir elle. Ne plus sentir l’eau. L’entendre. Juste l’entendre. Puis, le bruit râpeux de la coque sur la vase. Il semblerait que la traversée se termine ici. Cris d’oiseaux mystérieux. Le sexe trempé de sueur. « Qu’ai-je fait de mon passé ? Où se niche-t-il ? Suis-je une offrande ? » Le geste fou. Aventureux. Le pied dans l’eau. Chaude. S’enfoncer jusqu’aux chevilles. Esquisse d’un demi-sourire. « Je ne coulerai pas, c’est ce que je dis à mes larmes de joie. Mon sexe s’ouvre un peu. Relâchement. Je marche. Je marche. Sans barque. »


     

    2 / La grotte.

    La nuit ouvre toutes ses portes. La boussole est dans l’instinct. Pieds nus et regards écarlates. Je peux voir la nuit avec ma lune à lèvres. Marcher sur des choses qui craquent, suintent, se dérobent. Mon ventre me dit d’aller là-bas. Le ventre, qui l’écoute ? Quelque chose embrasse ma nuque. Mes seins ont froid. Mes doigts touchent une roche. Grande. Grosse. Chaude. Je me souviens tendrement. Point de bascule. Se cambrer par envie. Ce souvenir me fait glisser et je découvre les ténèbres. Réminiscence étrange d’un frisson fripon. Pas les ténèbres, il s’agit d’une grotte. Mon nid de hasard. Nid ou cercueil. Besoin d’épouser le sol. Être à l’horizontale. Pas avalée par l’eau, le serai-je par le trou ? J’ai faim. J’ai soif. Mes doigts partent à la chasse. Parenthèse élastique. Paupières closes.


     

    3/La passerelle.

    Se laisser traverser par soi-même. L’ongle est une barque miniature. La lune et toutes les lunes vous le diront. J’aime mon goût. Les étoiles aussi. La sueur me rend coquette : paillettes. 1er Juillet 2017, où serai-je ? La peau respire, la peau est libre. Ne pas croire aux rumeurs, aux légendes. L’amour est libre ou ce n’est pas l’amour. Il n’y a pas que l’univers qui soit une énigme. Mon bassin valse, danse, chante. D’où vient cette pluie intérieure ? Les insectes et les animaux me regardent. Jamais, ils ne me dévoreront. Je me dévore toute seule. Briser le puits du silence. Arc-en-ciel. Arc en yeux. La mer joue avec mes lèvres. J’aime cet autre sel. Ces autres vagues. Ni verticale. Ni horizontale. Arc en Corps. Arc en fête. Encore. Que ces fantômes généreux viennent nourrir tous mes orifices !
    Ni la mer, ni la forêt, ni la grotte ne m’ont avalée mais moi, moi, la petite femme seule dans la petite barque avec mon petit ventre, j’ai avalé toute l’histoire.

    (Et je marche. Je marche. Avec sourire).

    Lionel Parrini, 1° juillet 2017

     

    1 – MADELEINE, UNE FEMME DE RIEN

    La mer.

    Elle – Bonjour Monsieur, pouvez-vous me dire ce que je fais là ?

    Lui – Vous êtes en garde à vue, Madame. C’est nous qui posons les questions. Vous, vous pouvez ne pas répondre, c’est votre droit c’est dans la loi, mais je ne vous le conseille pas…

    Elle – Je ne connais pas ce monsieur…

    Lui – Oui c’est votre avocat commis d’office. Vous êtes une ayant droit à l’aide judiciaire aux indigents.

    Elle – Merci. C’est très aimable à vous. Que voulez-vous de moi ?

    Lui – Ben… On vous a retrouvée sur une page… heu… sur une plage… Les gens vous croyaient morte, et puis non…

    Elle – Je suis dans un drôle d’état Monsieur, je regrette d’être là, je regrette le chant des sirènes, les récits de la guerre de Troie, des guerres de Palestine, de toutes celles qui depuis des temps ancestraux et des pays innombrables, ont foutu à la mer des tas de corps pleins d’âmes. Vous n’auriez pas dû me réveiller. La mer m’avait engloutie et j’étais bien avec Ulysse, Don Quichotte, Virginia Woolf, Frantz Fanon, Ophélie, Pier Paolo Pasolini… Je flottais, heureuse là où plus rien ne pouvait me dire qui je suis.

    Lui – Vous vous souvenez de quoi d’autre ?

    Elle – Je me souviens juste que quelque chose voulait me dire quelque chose…

    Lui – Quelque chose ? Quelque chose ? Vous voulez dire quelqu’un ?

    Elle – Non, quelque chose, quelque chose, de l’autre côté…

    Lui – Je suis désolé… Il n’y a pas d’autre côté…

    Elle – Mais si, mais si, et c’est bien ça qui m’encombre…

    Lui – Qui vous encombre ?

    Elle – Oui, je ne suis plus sûre de qui j’étais avant…

    Lui – Avant quoi ?

    Elle – Avant que je sois ici, dans ce commissariat des Champs-Élysées… Vous êtes si joli, Monsieur l’inspecteur. Je me sens toute retournée rien que par vos yeux, comme sous l’étreinte d’un certain barbu au cœur tendre, ce monsieur Iscariote dont la trique me tenait en haut de… loin… aux sommets de toute illusion amoureuse, comme jamais. Et pourtant j’en ai eu des orgasmes, des énormes, des petits, des tout petits, des lumineux, des cosmiques, des tendres, des sonores, des mouillés, des rapides, des très longs, des vifs, des ayuverdiques, des catholiques, des musulmans, des visionnaires, des musicaux, des rigolos, des poétiques, des politiques, des sans issue, des renouvelés, des inventifs, des ciselés, des puissants, des fous…

    Lui – … D’accord, d’acccord, vous êtes bienheureuse d’avoir tout oublié de votre malheur, mais qui étaient les trafiquants, qui ?

    Elle – Je ne vois pas de qui vous parlez…

    Lui – De ceux que vous avez payés pour obtenir des papiers… Vous aviez sur vous des papiers : Madame Madeleine de La Coquette, écrivain, domiciliée à Toulon… Née le…

    Elle – … Première nouvelle. Je ne sais pas lire.

    *

    2 – MADELEINE UNE FEMME DE RIEN

    La grotte.

    MADELEINE – Pèlerins de Saint-Jacques et de notre galaxie, vous me voyez ici dans toute l’étendue de ma déconfiture. Ce drôle d’olibrius que tout le monde connaît depuis des millénaires, m’a fait croire en l’amour absolu et j’y ai cru et je sais qu’il existe. Mais où ? Lui il en a écrit là-dessus, il en a parlé, il en a même fait un best-seller. Ah pour la parlotte publique ça y allait, et tous ses fans qui buvaient ses paroles, et ceux qui n’arrêtaient pas de prendre des notes… Que de bla-bla !… Mais au pieu et à la maison… que nib ! Comme je lui rappelais que tout ce qu’il m’avait promis : « Rien que toi, toujours toi, encore toi, dans la vie… pour les siècles des siècles ad vitam æternam… », c’était rien que de la gnognote, ça le dérangeait. Et v’là-t’y pas qu’il me frappait quand il avait trop bu avec ses douze potes. Voilà pourquoi je me suis barrée… Je suis partie loin de lui vers n’importe où.

    J’ai fini par arriver dans ce lieu hors du monde qu’est la Sainte-Baume. Il faisait nuit, j’ai grimpé dans un sentier de chèvres vers le sommet de la montagne. À mi-chemin du sommet, je n’avais pas trente ans, j’ai trouvé cette grotte inhospitalière, humide. Elle m’a fait peur. J’ai pensé un moment à redescendre jusqu’au monastère où les frères m’auraient accueillie. Mais déjà je m’étais fixé un certain nombre de lignes de conduite afin de ne pas retomber dans les mêmes pièges, dans les mêmes trous de désespoir amoureux. Et l’un de ces principes était, par exemple, « Combattre la peur ». Oui, la peur, ce grand poignard planté dans tout désir… La première peur de cette ombre, de cette humidité, de cette solitude n’était pas grand-chose au fond, la peur de manquer, non plus. En l’absence d’amour absolu, loin de tout, que pouvais-je faire de mieux que viser à m’élever ? Quand il n’y a plus personne pour vous serrer dans ses bras, pour vous dire : « Je t’aime. Ma préférée entre toutes les femmes, c’est toi ! », que devenir d’autre qu’une illusion, un polichinelle désérotisé, une supercherie thérapeutique ? Je les connais les hommes, ils préfèrent, presque tous, une baudruche qui acceptera de la fermer, à un être vivant, perdu dans le désert des civilités bienséantes et pour lequel le moindre geste d’amour vrai qu’ils feraient serait une révélation, un accès concret au réel de sa féminité chancelante.

    La grotte, j’ai fini par lui ressembler, intouchable, indésirable, salie, interdite à l’amour vrai, ce cadeau, cet accès exceptionnel du non-être à de l’être… Mais qu’est-ce que je raconte ?…

    Moi, je ne m’élève, pestiférée, puante, dégoûtante, que pour éviter la jouissance puérile de ces hommes du siècle. Eux qui, désireux de ne pas, une fois de plus, se coltiner cette ancestrale demande de lumière qu’ils croient ne pas pouvoir satisfaire, s’en vont vers le néant du sexe ou vers des cristallisations figées dans la domination, la consommation, la consumation passionnelle… Toutes choses qui n’ont qu’un temps et s’envolent toujours, après usure, vers d’autres proies, d’autres corps esclavagisés, ad libitum

    Ne vous inquiétez pas pour moi. Je ne suis rien qu’une fille de rien. Rien de bon ne peut plus m’arriver. Rien… C’est quand rien ne va plus, que tout va bien. Ça va. Ça !... Ça ira…

    La plupart du temps je ne pense à rien. C’est impossible ? Non ! L’unité pure de mon être est devenue une sorte d’enchevêtrement sauvage d’une intériorité bazardée, déchiquetée, poignardée, souillée de mille gestes initiés par un mépris venu de loin, innocent et agissant. Avec aussi, malgré tout, la beauté éphémère de certains de ces gestes surgis de ces mains d’hommes anciens, incultes du féminin, qui ne savent pas, et ne veulent rien savoir, encore. Pourtant, de la beauté avance, absolument, dans le silence. Cette beauté réveillera les morts qui gisent en vous, en nous les vivants saccagés.

    La grotte de Madeleine est si facile d’accès. Venez voir ce que vous voyez sans savoir le voir. Allez, l’entrée est libre… Après vous, les damnés de la terre.

    *

    3 – MADELEINE, UNE FEMME DE RIEN

    L’amour sublime.

    « Erunt uno in carne una. » « Et ils ne firent qu’une seule chair. » Oui, leurs étreintes étaient un défi aux lois de la gravitation, à ce que la nature définit comme l’unité de chaque être. Leur amour les avait rendus plus proches que des jumeaux. Ce qui faisait jouir la chair de l’un était aussi une jouissance pour la chair de l’autre. Ce qui blessait l’un, blessait l’autre immédiatement. L’alchimie de noces d’or qui avait rapproché leurs corps les rendait invincibles. Comme des jumeaux stellaires, mais si différents, elle et lui allaient dans le monde, liés à jamais par la lumière, la vibration de la matière éternelle. Rien de ce que faisait l’un ne pouvait abîmer l’autre et, au contraire, cet amour absolu qui leur avait été donné on ne sait comment, dans les éclats de rire et de soleil de la Sainte-Baume, ne leur était que don prodigieux, émerveillement, miracle !

    Comme si tout ça qu’on nous apprend, qui nous pèse tant… on était là pour, peut-être, en faire quelque chose d’autre, quelque chose qui serait un peu plus léger, vivable, vrai… pour traverser des après moins rudes.

    Je me souviens, mais je ne le voudrais pas, d’un certain voyage. Maudit voyage. Un voyage fluvial, une nuit terrible de lèvres déchiquetées, de trésors de pacotille, de corps en lambeaux, d’une séparation brutale, qui fit que tout fut voué à la mort. Un Invité de Pierre s’éleva. Le fleuve se dirigeait vers la mer, mais la chaleur devenait telle que ce Commandeur lança une sorte de sollicitation à devancer l’appel pour griller, le plus tôt possible, corps et âmes et souvenirs, dans la géante qu’allait devenir notre soleil, puis dans la naine qui succèderait à cette géante que fut l’astre suprême. Là seraient enfin accomplis les désirs secrets de nos urnes démocratiques : être enfin tous mêlés, mixés… le Roi Soleil avec Fantine, les pharaons momifiés et les cadavres de Pompéï, le vieil azur, la licorne et sa dame, la mer toujours recommencée, salopée à jamais maintenant, pourrissante, faisandée par tous les corps migrants partiellement dévorés. Aubaine pour les poissons, ces salopards qui font ventre de tout, viandes rongées par les crabes, les rascasses, et même les majestueux hippocampes ces salopiots, élégants décortiqueurs, rats rongeurs de nos profondeurs.

    Ô sainte Humanité, enfin unifiée dans l’amour fou de la matière céleste et divine, joliment engloutie dans le prochain brasier solaire. Gloire à la fin de l’homme, cette gifle à la vie, enfin matée… Cendres et poussières, laves de feu. Magma qui n’en a plus rien à foutre du boson de Higgs. Les uns dans les autres à jamais hommes ardents et femmes ardentes : Léonard de Vinci et Jean-Luc Godard, Marilyn Monroe et Rachida Dati… Gilles Deleuze et Pauline Carton, William Shakespeare et Lolo Ferrari, Marguerite Duras et Marc-Olivier Faugiel, Dominique Strauss-Kahn et Camille Claudel, Yourcenar et Bigard, Hitler et Anne Frank, Sigmund Freud et Onfray, Bardot et Picasso… Etc. etc. Oui bien niqué le boson de Higgs.

     

    Moni Grégo

    *

    Écriture à La Coquette de Toulon, sous la direction de Jean-Claude Grosse, pour L’Été du Léthé du 1er juillet, aux côtés de Fabienne Ashraf, Isabelle Barthélémy, Marilyne Brunet, Sylvie Combe, Christian Darvey, Yves Ferry, Michelle Lissilour, Éric Méridiano, Lionel Parrini, Wianney Qolltan, Raphaël Rubio, Pauline Tanon.

     

    Naufrage ?

    Partie 1

     

    ... la douleur, la peur, Elvire, la douleur, la peur, Elvire, alitée : flagrant des lits, la douleur, la peur, l’horreur, la douleur, Elvire, alitée, la douleur, délires, réel : flagrant délit : la douleur, sale mine, mal : termite : mal-termite : broyeur, vide, rongeur, rapide, rageur, vengeur, y a erreur, erreur sur la victime, acide aminé, incident miné, mine de plomb acariâtre, verdâtre, rageur, vengeur, y a erreur sur la victime, sur la victime, erreur sur la victime, victime, y a erreur sûr, la victime, la douleur, la peur, l’horreur, y a erreur, sûr, erreur sur la victime, virale,erreur virale sûre, la victime, rassure pas, la victime, y a erreur, y a effroi, la douleur, mal : termite, mal-termite : broyeur, vide, rongeur, mine de plomb acariâtre, étau qui broie, étau étroit, étau, qui broie, toqué, fou, qui broie, qui broie, toqué, qui broie, toqué, broie, broie, broie, du noir, noir, intense, intense, noir intense, sentiment castré, déglingué, dégingandé, plus rien, rien, du noir, broie, du noir, noir, du noir, noir , noir , noir, intense, sentiment abîmé, noyé, castré, noyé, noyé, castré, limé, éliminé, mal mené, miné, né, et mort, mené par le bout du mal, malmené par le mal : termite, mal-termite, paterne pas terminé, termite, mite, imite acide, crée du vide, rongeur, rageur, vengeur, vengeur...de quoi ? vengeur de quoi ? mangeur de couenne, mal : rongeur, rapide, rageur, vengeur, y a erreur sur la victime, y a abîme, mal : acide à miner, sévices animés, vice miné, vissé, service compris, sévices complets, vices accomplis, mal qui prive, Elvire qui prend, Elvire qui rend, mal qui prive, vices et complices, vices sans polices, sans contrinventions, en contrat d’insertion, contraint à l’insertion, à l’encontre, contre, contre, contre, contre, con, la tête contre, les murs, contre, les murs, en contrat d’insertion, contraint à l’abandon, à l’encontre, contre, vices, sévices : mal qui prive, mal compris, y a erreur sur la personne, y a Elvire qui détonne, qui délire, qui, qui, qui , qui , qui , qui ? Y a Elvire qui soupire, pire, y a Elvire, qui, au pire, pire, condamnée à errer, y a erreur sur l’ermite, mal : mal-termite, termite mâle, broyeur, termine pas, broyeur, acide, termite, mite, imite acide, rongeur, acide aminé, suicide a miner, animé par subside, insecte acide, mal : acarien, rongeur, attaque sans limite, flagrant délit, délices en friche : compte en Suisse, mal- termite, broyeur, termine pas, Elvire : ermite, ermite dans sa douleur, termine mal, mal en profondeur, fondue dans l’horreur, mal-en-odeur, couleur pâle, vermifuge, refuge néant, refus sans, refus lent, inexistant, inconscience suspendue, absence interdite, dite facile, improbable, miracle raté in extremis, Elvire, odeur rance, souffrances, souffles courts, hymne à l’amour, à l’obéissance, secours figé, oublié, frelaté, discours inutiles, débits débiles, hymne à la mort, pas encore, Elvire, souffle court, couleur grise, mine, grise mine, plomb, Elvire, ermite, ermite dans ta douleur, couleur pâle, termine mal, mal-en-odeur, rance, grise, mine, plomb, grise, plomb, mal : frayeur, termite, rongeur, extermine, mal, frayeur, terreur, terreur, terreur, y a erreur sur elle, Elvire, toi, seule, ermite, mal au corps, mal : dévore, encore, encore , encore , encore, mal au coeur, la douleur, Elvire, les leurres, les leurs : passent, les leurs : riens, passent, la douleur : impasse, la douleur : impasse, les heurts, les heures passent, passent, passent, passent, les leurs, les leurs, les leurs, il est l’heure, pas encore, pas, pas, pas, les heurs, les leurres, les douleurs, déflore, dévore, tu dors mal, tu dors pâle, en mal, mal d’aurore, mal : termite, écrasement, fureur : même pas, place vide, regards : vides, vie : vide, expressions rares, vie vide, livide, expressions rares, sourires hagards, faibles, à peine visibles, filaments blancs transparents, parenthèse vide, parents terribles, enterrée, pas encore, par intérim, et encore, mal : dévore, expressions rares, sourires hagards, à peine visibles, parents absents, fils coupés, fille-ermite, je suis là, je suis là, Elvire, y a erreur sur le regard : fil vitreux, livide, creux, sans vie, sans intrigue (intrigue pourtant), toi Elvire, seule, je suis là, presque seule, Elvire, sourire vide, y a erreur sur la candeur, (grandeur pour tant), fièvre, mal a dit : « encore », mal a dit « errance », elle a dit : « d’accord », elle a dit : « mal », j’ai « mal » , elle a dit peu, et : presque rien, quoi- ?tu veux quoi- ? elle a dit : « rien », elle a dit : « rien », elle a rien dit, elle a dit « peux », « peux plus », dis, dis, dis, dis : encore, dis, encore, Elvire, elle a dit « rien », peut plus, rêve plus, cyanure elle rêve, tente pas, pas encore, veut pas, peur, mort, pas encore, pas l’odeur de cadavre, pas exquis le cadavre, pas franchie la muraille, le braille de la mort, la langue des signes isolés, l’insupport, le geste décisif, incisif, perdu, fou, feu follet intrépide et vif, pas encore, feu follet, geste impudique, trop d’efforts, Elvire, sur son lit, vide, pas encore, trop d’efforts, Elvire, sur son lit, le lit d’eau, stagnante, coule pas, à flots, de larmes, coule pas, à flots, à ras bords, lit tranquille, île flottante, parodie menaçante, paradis, paradis, rêve,

     

    Partie 2

     

    Soudain, Elvire, sourit, là, je rêve, Elvire,sourit, sourit, va, paradis, dit possible, encore, paradis, dit possible, Elvire dit : « peut-être », elle dit : « peut naître », un souffle, peut n’être qu’un instant (peut être pourtant), peut être reposant, printemps : Elvire née sans, là : printemps naissant, Elvire mal reçue, mal sans interdit, brisures, là pourtant sens naissant, portant espérance, douceur latente, apparente, luminescente, chance en puissance, Elvire, née avec sans, avec sens interdits, sang figé, dépareillé, ignifugé, là : printemps, un instant, espoir naissant, pour tant, peut n’être qu’un instant (peut être pourtant), espoir naissant, non muselé, souffle court, long cours vers vie, court vers vie, long cours vers vie, vers vie, vers vie, cours vers vie, long cours, souffle long, long vers, long vers vie, cours vers vie, rivière limpide, course lente vers l’essence, peut n’être qu’un instant (peut-être pourtant), printemps (peut-être vraiment peut être), peut être souffle lent, lent, s’éloigne du couchant, lent, marche à l’ombre puis vers rayon vert, atteint le rayon vert, le vert lumière, à toi, Elvire, l’indicible rayon vert, à toi, un instant (peut être vraiment), le vert lumière, l’onde file vers le rayon vert, entre ciel et mer, aux confins des univers, des univers étirés, allongés, offerts, étirés, allongés, illimités, donnés pour tant donner (pourtant), désirés depuis... des années depuis...des années depuis...des années de larmes sèches, là enfin à portée d’espoir, là : rivière limpide, course lente vers l’essence, cours moussu glissant vers renaissance, idée d’aller mieux, d’aller /peut aller peu mais/peut aller mieux, mieux, mieux, aller mieux, faire mine d’aller mieux, faire semblant de passer du gris au blanc, du blanc au rose, du rose à l’opale, au doré, au hâlé, mieux, absence tout d’un coup de douleurs, d’étaux, être capable d’aller, d’aller, marcher, marcher, Elvire, nager, entre deux aubes, entre autres temps, là, éperdument abandonnée, donnée au souffle, au rayon vert, donnée, à la beauté, capable de s’émerveiller pour des prunes, pour des dunes de sels dorés, des auréoles boréales, des aurores idéales, des alignements mythiques d’arbres au vert Cythère, là, te baigner dans la sphère, outremer, outreterre, vite animée, vitaminée, Elvire, sourit, à moi, sourit, à moi, moi sans douleur, Elvire, sourit, à moi : Larry, Elvire, heureuse, miracle, heureuse elle a ri elle a ri elle a ri : «elle arrive elle arrive elle arrive, Larry, elle arrive Larry Larry Larry Larry elle arrive la rive la rivière la rivière la rivière la rivière hier hier hier l’enfer hier l’enfer hier l’enfer : l’infect, là : la rivière la rivière la rivière » oui, Elvire, doucement, Elvire, doucement, Elvire (prends ton temps), ton temps (prends ton temps), la rivière la rivière la rivière elle arrive elle arrive elle arrive, Elvire, la rivière, elle arrive, vers toi, vertige, attends, elle arrive, respire, Elvire, pas trop vite, ça tangue, Elvire, ça tangue, tangage, tangage, tangage, tangage, t’engage pas, t’engage pas, pas trop vite, Elvire, pas trop vite, la vie pas trop vite, la vie, ça tangue, ça tangue, ça tangue, prends ton temps d’oublier : la douleur, prends ton temps d’oublier : la douleur la douleur, prends ton temps d’oublier t’engage pas, les restes : la douleur, le mal, on verra , les bagages : on verra, les restes, les bagages : les orages, les rages : on verra les rages : on verra, les rages : on verra, les bagages... t’engage pas, sage sage sage sage reste sage respire, Elvire, respire, tantage, tangage, t’engage pas, Elvire, t’engage pas,

     

    Partie 3

     

    soudain : virage, tapage : retournée, barque : retournée, barque retournée ! retourne retourne retourne retourne tourne retourne tourne tourne retourne toi, plus vite, retourne, toi, plus vite, plus vite, toi, plus vite , plus vite , plus vite, vite , vite , vite , vite, plus vite, vite, vite, vite , vite vite vite vite vitevitevite vis vis vis vis vis vis, Elvire, vis, Elvire, regarde, rivage, regarde, rivage, courage, Elvire, rivage, corps étalé, ton corps étalé sur rivage, étalé sûr, rivage, étalé, Elvire, respire, ton corps : est allé sur rivage, allez, respire, Elvire, respire, reste, reste, reste, reste, vis, vis, vis, allez, vis, respire, vis, respire, vis, Elvire, Elvire, allez, respire, vis, Elvire, allez, respire, respire, je t’aime, Elvire, je t’aime, Elvire, vis, respire, courage, allez, laisse pas, m’laisse pas, m’laisse pas, m’laisse pas tomber, tombe pas , tombe : trop tôt, m’laisse pas, Elvire, m’laisse pas, vis, vis, Elvire, m’laisse pas, m’laisse pas, tombe trop tôt, m’laisse pas tomber, je t’aime, Elvire, je t’aime, Elvire, elle elle elle ellelleelleelle elle est belle elle elle elle est elle est elle est elle est elle est..., pas partir, elle est, allez, vis, pas partir, pas, pas partir, pas partir, Elvire, allez, vis, respire, vis, respire, allez, allez, elle est, elle est, elle est, elle, elle, elle, elle est, respire, allez, vis, pas partir, je t’aime, elle est, vis, souviens-toi, vis, souviens-toi, vis, souviens-toi, et moi, émoi, émoi, souviens-toi, émois, seuls, à deux, courage, souviens-toi, à deux, les yeux bleus, à deux, les enfants, beaux, blonds, feux, à deux, m’laisse pas, je sème, je sème, je t’aime, Elvire, rêve, respire, courage, te rends pas, accroche-toi, et moi, rêve, encore, accroche, toi, et moi, seuls à deux, le désert : autour, la paix : aux corps : les caresses, les envies, vis, les enfants, les sourires, les désirs, aux corps, au secours, accroche-toi et moi, encore, juste un peu (pour tant) effort, pour eux, pour nous, pour toi, pour vivre, pour voir, pour croire, pour apprendre, pour souffrir, pour rêver, pour sentir, pour comprendre, pour savoir, pour l’espoir, perle d’espoir, perle d’espoir, pas perdre espoir (pour tant), pas perdre, pas, pas, pas pas pas pas pas pas pas, pas quitter, pas quitter, je t’aime, je rêve, je suis là, là, je suis là, là, là, là, je suis là, je suis las , je suis las , las las las las, aidez-la, aidez-la, des mots, des bras, aidez-la, au delà des entailles, des brûlures : déchirures, du mal : termite, Elvire, pars, pars, pars, pars, si tu veux, pars, si tu veux, pars, tu ne veux pas, tu ne veux pas, tu vis ! tu vis ! je t’aime, maintenant : c’est vivant, c’est du vent, des vagues, des souvenirs : vagues (pourtant), des souvenirs, c’est vivant, je t’aime, c’est vivant, c’est du vent, je pleure, je vis, je meurs, je vis, pars, reste, comme tu veux, c’est vivant, reste, pars, comme tu veux, c’est vivant, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime...

     

    Wianney Qoltann'

    « Laissez passer »

    texte de Pauline Tanon

    Extrait d’un poème inédit d’Armand GATTI :

    pierres

    de grande mer peuplant les géographies enfantines

    elles ne servent à marquer ni le nord

    ni le sud

    elles ne font point signe

    aux bateaux en souffrance

    elles échappent aux manuels scolaires

    Lorsque couvertes par le sel des larmes

    elles parlent de trésor enfoui

    c'est de trésor appris aux récréations

    des cours élémentaires

    Leur dessin à la craie

    sur les murs des préaux

    les disent accessibles

    Mais

    tu les as toujours ignorés

    [Sur la mer]

     

    Elle – (sur l’air de la chanson « Les petits papiers » de Gainsbourg)

    Laissez passer les p’tits papiers

    Papiers d’Irak ou de Syrie

    De vos hublots, bien calfeutrés,

    Laissez passer…

     

    Lui – Marie Madeleine donne un grand coup de rame, si grand, si enragé, qu’elle se brise (la rame, pas Marie Madeleine, Mim l’Invincible !). Je te regarde, Mim, et je m’agace de ne pas savoir vers quelle(s) direction(s) – au singulier ou au pluriel – tu ramais ? Voilà ta pagaie réduite en deux morceaux. Ils te tombent des mains et tu les jettes, les abandonnes aux courants marins, dont je ne sais rien et dont ma jalousie s’inquiète. Réponds.

     

    Elle – Si tu m’écoutes.

     

    Laissez passer les p’tits papiers

    De Mossoul ou bien de Gaza

    De Jordanie ou de Turquie

    Laissez passer.

     

    Laissez passer du Sud Soudan…

     

    Et merde !

     

    Lui – Mim ?

     

    Elle – Suis-je recherchée ? Assise à fond de cale, quelque part au large d’îles sans visage, je pourrais tenter de me laisser dériver… au risque de revenir à mon point de départ.

     

    Lui – Ou de couler.

     

    Elle – J’ai trouvé derrière le gouvernail un couteau, alléluia, qui porte un drôle de nom : c’est un nontron.

     

    Lui – Un intrant ?

     

    Elle – Non, un nontron, avec on et haine avant, non.

     

    Lui – Non-tronc, comme la femme-tronc que tu es, Marie Madelon, assise dans ta barquasse sans moteur ni voile, cachant tes jambes et tes pieds et… ton « séant » et ton visage même derrière tes longs cheveux épars ?

     

    Elle – Nan. Nontron, n, o, n, t-r, o, n. Fabriqué en Dordogne, dans la ville du même nom, dans du bois de buis bien dur. Fine lame ! Saurais-je m’en servir ? Faut-il le manier de la main droite ? ou de la gauche ?

     

    Lui – Que veux-tu en faire ?

     

    Elle – Ou à deux mains ? Je vais commencer par tailler une nouvelle rame. Et quand j’arriverai au port, doux Jésus, je le plante dans le ventre du premier qui me barre la route.

     

    Lui – Mais quelle route, Mim ?

     

    Elle – Ce nontron m’étonne, comme si je l’avais déjà tenu dans ma main autrefois, il y très longtemps, dans une autre vie. Qu’en dis-tu ?

     

    Lui – C’est un symbole phallique.

     

    Elle – Aurais-je été un homme dans une précédente existence ? Pourtant ces cheveux, ces seins, ces lèvres, leur douceur, leur poids, leur galbe, je les sens tellement miennes !

     

    Lui – Miens. Le masculin l’emporte.

     

    Elle – Je les aime tant… Je les connais mieux que personne. Non ! D’autre chose qu’un sexe ce nontron est le nom ! Je trouverai ! La mémoire me reviendra.

     

    Lui – Elle a fini de sculpter une nouvelle rame. Elle l’empoigne et repart énergiquement sur ces eaux dans la nuit nouvelle baignée dans par la lune apparue. Son rafiot s’éloigne.

     

     

    *

    * *

    [A Toulon]

     

    Elle – Approchez ! Approchez ! Monsieur ? Un jaune ? Un Picon bière ? Un Daïkiri ? Un Fred-Zizi ? Vous ne connaissez pas le Fred-Zizi ? C’est un vin cuit remis à la mode par les propriétaires d’un vignoble de Frontignan, près de cette île singulière de Sète. Ils ont décidé de le ressusciter. C’est pas mauvais et puis surtout c’est drôle, Fred-Zizi, hihi ! Approchez, mais sans toucher ! Personne n’a le droit de me toucher !

     

    Lui – Pourquoi ?

     

    Elle – Ben je ne sais pas. C’est écrit.

     

    Laissez passer la p’tite pépé

    Des bords d’la Méditerranée

    Y’a pas d’souci, pouvez zyeuter

    Mais laissez passer !

     

    C’est parti : trois Fred-Zizi pour la cinq ! Si j’ai pas honte d’être si idiote ? Non, toute honte bue avec toutes les larmes de mon corps. Je ne pensais pas, bien sûr, débarquer dans ce rade de « La Coquette » en arrivant à Toulon. « La Coquette », c’est pas le nom du strabisme ? D’une femme qui louche, on dit qu’elle a une coquetterie dans l’œil, non ? Eh bien, vous y êtes : ici, c’est le plus louche du louche !

     

     

    *

    * *

    [Toujours à La Coquette, elle devant son ordinateur, lui sur l’écran : elle le skype]

     

    Elle – Mon doux Jésus !

     

    Lui – Elle coupe une tranche de saucisson de Toulon en riant aux éclats de sa stupide blague. Devient vulgaire.

     

    Elle – Non, vraie !

     

    Lui – Ah ?

     

    Elle – Vrais, les chiottes détraqués, la gouttière qui fuit, la machine à café en panne. Vraie ta cuite, vraie ma fatigue, vraie ta trique, vraie… vraie… Pas vrai ?

     

    Lui – Non. Je ne te désire pas.

     

    Elle – Tiens donc ! Tu veux un dernier Fred-Zizi ? C’est moi qui régale.

     

    Lui – Pauvre Mim, où t’en vas-tu ?

     

    Elle – Aporie. J’ai vu ce titre sur la couverture d’un livre dans la salle d’attente chez le gynéco cet après-midi. Tu sais ce que ça veut dire ?

     

    Lui – Qu’allais-tu faire chez le gynéco ?

     

    Elle – Des examens. Des examens du ventre. Sais-tu ce que c’est ?

     

    Laissez passer les p’tits bébés

    D’Afghanistan ou d’Ethiopie

    Ou bien même de Grande Papouasie

    Laissez passer

     

     

     

    texte de Sylvie Combe

    Elle est là, elle attend

    Elle ferme les yeux et se voudrait Madeleine traversant la mer, libre, entourée de vent et d’incertitude

    Ne pas savoir pour ne pas avoir mal

    Le désespoir l’occupe toute entière

    Elle se penche, écoute le cœur de l’Autre

    Puis passe son visage au travers des grilles

    Bientôt elle devra choisir

    Mais ce choix là n’en est pas un

    Une mascarade

    Elle le sait, ça lui fait tordre le ventre

    Aucun miracle ne viendra aujourd’hui

    Les paroles ont disparu

    Seul le bruit des cigales au loin, l’odeur des poubelles putréfiées par l’été, le cri des enfants désœuvrés l’accompagnent

    Seule

    Elle retourne auprès de l’Autre

    Bientôt ne restera que les battements de son cœur à elle

    Elle ne pense pas encore aux larmes

    Elle est dans la mort d’avant

     

    Tordue sur son lit, le dégout entre les jambes

    Elle accouche de son chagrin

    Son ventre est dur et froid comme la terre

    L’Autre est seul maintenant

    Et n’a plus besoin d’elle

    Inutile corps sur le drap

    Elle sent sur son bras encore un peu le souffle de l’Autre

    Encore un peu le corps de l’Autre

    Sa couche est l’antre de la douleur

    Elle y reste longtemps pour l’ancrer là

    Pour ne pas qu’elle se déplace ailleurs

    Sentant qu’ici, elle pourra la dompter

    Elle contemple le plafond, cherche un signe

    En voit mille et finit par sourire

    Ses larmes coulent et elle les laisse l’inonder

    Elle est dans la mort du juste après

     

    La souffrance s’est transformée en absence

    Restent parfois des empreintes immenses et nues

    Qu’elle foule en esquissant le quotidien

    Elle connait le temps que prend l’oubli

    Joue avec lui par touches discrètes

    S’arrangeant de la langueur d’un jour ou le fatras d’une nuit

    Elle sait aussi la lenteur silencieuse

    La résilience ordonnée où tout pourra être encore beauté
    Luxe, calme et volupté.

     

    Sylvie Combe

    Je suis tout , dans ma chair et mon sang. Je suis ceux d’avant et ceux d’après. Je suis la terre et le ciel. Moi, Madeleine, j’ai souvent rêvé de mon destin car je savais qu’il serait unique. Chaque jour, j’emprunte pieds nus les chemins de terre aride en rêvant de fleurs que je n’ai jamais vues. Mon nom est celui d’une sainte dont le ventre ne produira jamais de fruits. Pourtant je sais qu’un homme m’attend quelque part ; qu’il prépare ma venue avec impatience et obstination mais que lorsque je m’installerai, confiante, dans le foyer qu’il a construit , il se détournera peu à peu de moi. Je regarde l’horizon et je sais que la seule véritable existence se trouve de l’autre côté. La ligne blanche est une impitoyable ,lame tranchante qui,chaque nuit égorge et punit mes frères de leur témérité, buvant le sang qui s’écoule en fumée dans l’opacité de l’ abîme. Ce soir ce sera peut être mon tour. Ce soir je risquerai mon cœur , mes souvenirs et mes rêves. Je ne laisserai rien derrière moi pour que ceux qui restent se souviennent. Je n’aurai fait que passer. Dans l’embarcation fragile qui défiera les flots capricieux, je me protègerai de ma robe de coton, de mes cheveux, et d’un petit sachet de poivre. Avant que le soleil ne brule mes paupières, que la soif n’entaille ma gorge, que mes pieds ne frôlent les corps desséchés agonisant au fond de la barque, je l’ouvrirai. Chaque inspiration de brise salée et de parfum de terre sera l’imperceptible souffle frais qui me conduira là bas…

     

    Le fait d’avoir été choisie m’a gardée en vie. J’ai entendu l’appel dont je savais depuis toujours qu’il se ferait entendre lorsque je n existerais plus que par la sensation de m’absorber,  les vagues scintillantes me laissant entrevoir les joyaux de mon futur royaume. Il m’appelle ,Moi, grande dans la souffrance dont le prix est l’éternelle résignation à endurer jusqu’à la jouissance.
    Mes cheveux sont secs de sel et du sang des cadavres ayant fait la traversée sans être mangés par les poissons ou les hommes. La terre d’accueil est hostile. D’autres embarcations de fortune traînent çà et là, échouées et vides ; Nous , survivants , sommes extirpés de nos planches pourrissantes et acheminés vers la terre ferme. Séparés, triés, évalués. Foire aux bestiaux, marché aux esclaves. Deux hommes au regard sombre s’avancent vers moi en silence et me font monter dans une carriole. Je ne sais plus rien : je ne Le vois plus , ne L’entends plus. Malgré mon corps famélique et endolori, je sombre dans le sommeil le plus profond de mon existence. Au réveil, les deux hommes , silencieux, conduisent la carriole. Mon corps est léger comme une plume. Mes plaies et ma faim ont disparu ; mes cheveux sont doux et balayent mon visage, soulevés par le souffle à peine perceptible du vent . Il est de nouveau près de moi, me conduisant à sa demeure, je sens presque sa main frôler la mienne ; son regard étincelle à travers les branches, son sourire effleure mon cœur.

    Majestueuse, la grotte se dresse au sommet de la montagne. Son entrée est sombre, silencieuse, fraiche et profonde . J’explore ses cavités des heures durant et alors qu’il n’y a aucune lumière, je trouve mon chemin et distingue clairement les images gravées dans la roche . Apparait une madone au visage incliné . Ses yeux sont fermés et semblables à ceux d’un fœtus ne les ayant jamais ouverts. Dehors, des hommes vigoureux et élancés , identiques à ceux qui m’ont conduite jusqu’ »ici vont et viennent, transportent, acheminent, préparent. Ils ne me regardent pas . Au fil des semaines et des mois, je ne croiserai jamais leur regard, non parce qu’ils me respectent ou me craignent, mais parce qu’ils ne me voient pas. Au soir de mon arrivée dans la grotte, je me baigne dans un petit lac intérieur. La même lumière douce et tamisée me permet de voir mon reflet dans le miroir liquide. Tout est silence, quelques gouttelettes tombent irrégulièrement ,confirmant une présence discrète.
    Drapée de blanc, je me présente au grand soleil couchant, ardente dans l’altitude, remplie d’espoir et de confiance, offerte à sa bénédiction. Sa couleur ocre me métamorphose en la madone de la grotte, sa chaleur me fait renaître et valide mon entrée dans l’éternité. Je suis une femme phoenix, je suis amour et puissance, dans mon corps bout la lave de l »astre divin, je suis la vie qui rayonne dans son mystère et l’élue d’un homme qui n’en a que l’apparence.

    L’un de ceux au regard sombre me conduit jusqu’à une immense salle de la grotte. Enfin, Il est là. assis, drapé de manière identique à la mienne. Nous sommes les époux désignés et destinés. Il m’invite à m »asseoir à ses côtés et m’offre du vin dans une coupe d’or. Son sang. Son visage est d’une sublime beauté. Il m’interroge sur ma traversée , sur sa présence dans ma souffrance. Il ne me dit pas pourquoi je suis là. C’est par ce que je dois comprendre. Plus tard, il me prendra par la main et se couchera à mes côtés. S’enroulera dans mes cheveux en chuchotant que je ne devrai jamais les couper. Mon désir restera intact. Je passerai les prochaines années de ma vie à me promener au milieu des arbres et des plantes, à écouter le vent dans leurs branches et le chant des oiseaux qui deviendra peu à peu ma complainte. Je continuerai de me baigner dans la grotte et les gouttelettes commenceront à ruisseler le long des parois, laissant apparaitre des failles creuses et sombres.

    Un jour la lumière ne pénètrera plus dans la cavité. Il fera toujours froid, désormais sur ce versant de la montagne. Les hommes sombres ont empilés de lourds fardeaux sur des charrettes et ont quitté les lieux. Je ne sais comment Il s »en est allé. Soudain, un éclair a transpercé mon cœur et J’ai ressenti qu’il n était plus là et qu’il ne reviendrait jamais. J’ai su alors que mon devoir était de savoir et de comprendre L’humidité de la grotte s est infiltrée dans mes os qui sont devenus des morceaux de glace, conférant à mon teint une pâleur translucide.

    En automne, J’essayai parfois d’ingérer quelques rayons de soleil égarés mais en vain.

    Je suis morte de froid

    Mon destin ne fut pas d’aimer ; mon destin fut d’accepter.

     

     

    texte fondateur de Jean-Claude Grosse

    L’Amour de Madeleine
    Traduit par Rainer Maria Rilke
    (extraits)


     (...) Elle court donc, elle cherche, elle se consume, elle s’épuise, elle se déchire le coeur par des désirs violents. C’est là que l’amour, frustré de ce qu’il désire, entre en fureur et ne peut plus supporter la vie. Madeleine, pressée et tirée, ne peut embrasser Jésus qu’au travers des obscurités de la foi, c’est-à-dire qu’elle peut embrasser plutôt son ombre que son corps.
     Que fera-t-elle ? Où se tournera-t-elle ? Elle ne peut faire autre chose que de crier sans cesse avec
    l’Épouse : Revertere, revertere. Retournez, ô mon bien-aimé, retournez. Hélas ! je ne vous ai vu qu’un moment. Retournez, retournez encore. Ah ! que je baise vos pieds encore une fois ! Et Jésus cependant ne retourne pas ; il est sourd aux plaintes et aux désespoirs d’une amante si passionnée.
     Le Revertere de l’Épouse, c’est le vrai cantique de l’Église, comme ces autres mots : Venez, approchez, montrez-vous, percez les nues sont le cantique de la Synagogue. Celle-ci ne l’a pas encore vu ; mais l’Église l’a vu, l’a ouï, l’a touché, et il s’en est allé tout à coup. Elle avait tout quitté pour lui. Voilà, dit l’apôtre saint Pierre, que nous avons tout quitté pour vous suivre. Jésus ensuite l’avait épousée, prenant sa pauvreté et son dépouillement pour sa dot. Aussitôt après l’avoir épousée il meurt ; et s’il ressuscite, c’est pour retourner d’où il est venu. Il laisse sa chaste Épouse sur la terre, jeune veuve désolée, qui demeure sans soutien. Que peut-elle faire autre chose, sinon de crier sans cesse : Revertere, revertere, Retournez, retournez, ô divin Époux ; hâtez ce retour que vous nous avez promis. C’est pour cela que toutes les entrailles de l'Épouse ne cessent de soupirer après le second avènement de Jésus-Christ. Mais en attendant qu’elle le revoie, elle s’abandonne aux regrets.
     C’est donc en cet état de l’Église que s’accomplit cette parole du sacré Cantique : La voix de la tourterelle a été ouïe dans notre terre. Car, avant la venue de Jésus-Christ, on avait ouï la voix du désir et les plaintes au sujet du retardement. Mais après son Ascension, une autre voix, un autre soupir, un autre gémissement a commencé de se faire entendre. C’est le gémissement de l’Église privée de son Époux, qu’elle n’a possédé qu’un moment ; et c’est la voix de la tourterelle qui a perdu son pair, qui ne trouve plus rien sur la terre, qui cherche les déserts et les lieux affreux pour gémir et se plaindre en liberté. (...)

    © Copyright Editions Arfuyen 2014

    à rapprocher pour opposition avec L'homme qui était mort, nouvelle de D.H Lawrence

     

    épitaphe, à la Jodelle,

    les 4 derniers vers 749-752 de l'oeuvre de César de Nostredame

    (Les perles ou les larmes de la Saincte Magdeleine)

     

    Flore eut ses pleurs et l'Aurore ses larmes

    Echo sa voix, l'Amour chaste ses armes

    L'air ses soupirs, le rocher ses desbors

    Le Ciel a l'âme et Provence son corps

     

    Pétrarque (qui est passé à la Sainte Baume et à la Chartreuse de Montrieux)

    et Laure de Sade, aïeule du divin marquis

    apparentement entre l'amour de Pétrarque pour Laure dans Le Canzoniere

    et l'amour de Marie Madeleine pour Jésus Le Christ

    (Le Carmen de Beata de Maria Magdelena de Pétrarque, antérieur au Canzoniere)

     

    de René Char : Madeleine à la veilleuse (Fureur et mystère), Madeleine qui veillait (Recherche de la base et du sommet)

     

                          

    Oui je veux bien OUI


    Le narrateur – Bienheureux je suis. Pour vie nouvelle. Droit à un vieux souvenir. De l'ancienne vie. Vie de héros, de sage, d'ouvreur de voies ? En tout cas, j'ai eu droit aux Champs-Élysées. Je me souviens, je veux me souvenir de toi, Marie Madeleine. Il m'avait convaincu que j'étais son fils, le Fils de l'Homme. J'avais cru à ma mission de Sauveur des Hommes. Je me suis sacrifié. Ils m'ont crucifié. Père, pourquoi m'abandonnes-tu ? Phrase terrible. Désespéré, j'étais. Ces clous ! Cette éponge de vinaigre ! Saloperie de bourreaux ! Froids fonctionnaires de la mort en série. Mis au tombeau, j'en ressors comme Lazare, à qui j'ai dit : Lève-toi et marche ! M'a toujours fasciné ce retour de l'homme qui était mort. Tu sais qu'ils y travaillent les prophètes du futur de la Silicon Valley ? Ray Kurzweil, directeur de projet chez Google, annonce le retour de la mort pour 2037. Je ressors du tombeau. Et toi, Marie Madeleine, Marie de Béthanie, ils savent plus très bien les chrétiens, première à me voir, à y croire. Pourquoi l'homme mort que j'étais a accepté cette ascension ? Pourquoi te répondre Noli me tangere, à mon surgissement nouveau. Pourquoi te faire cette Promesse de retour à la fin des Temps pour le grand rassemblement des ressuscités ? Sais-je qui je suis ? Un Sauveur ? Un Salaud ? Marie Madeleine, entends-tu mes tourments ?


    Marie Madeleine dans la barque – Le fuir, fuir ce salaud. Toujours s'est refusé à rendre ce que je lui donnais, ce que je lui offrais. Mes palpitations du tréfonds, là où sont tapies les stupeurs pétrifiées de trop d'audaces. Pas assez gratuit mon don ? Donc prends ça dans les dents ! donc pas rendre ? Veut vrai don, don sans retour, don donc sans attente de retour ? C'est ça que je devais comprendre ? Oh Marie, ce mal de ventre, cette diarrhée diarrhée diarrhée é é é ! (3 jours plus tard, de plus en plus faible) vidée é é é ! (petite voix ). Oh Jésus ! Que se passe-t-il ? … Où suis-je ? … Toulon, Saint Jean du Var, La Coquette, Le Barbecue, La Plancha, 3 en 1, la Sainte-Trinité. Hahaha ! Je suis donc une Bienheureuse, autorisée à une vie nouvelle avec un vieux souvenir. L'Amour de Madeleine, traduit par Rainer Maria Rilke, sera mon texte fondateur, le fondement de ma vie nouvelle pour amour à l'ancienne. Marie-toi et sois soumise, dit le livre de la pratique extrême pour femmes ardentes. Oui je veux bien oui. Oh, ce coin de tonnelle pour tête à tête, à la Roméo et Juliette, au bord de l'étang, oui je veux bien oui ! Où ai-je entendu ça ? Ah oui, Cécile Morel disant dans le noir, de sa voix sensuelle, le monologue de Molly Bloom. Incroyable l'effet d'un texte chuchoté dans le noir ! Oui je veux bien oui. Place réservée au Revenant, au Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. Oui je veux bien oui. Place réservée à l'Épousée, jour après jour jusqu'à ce que ça fasse toujours, à Annie, la Revenante, la Bienheureuse, pour leurs 50 ans de mariage, ce 1° juillet 2017. Quelle réception ! comme il m'a embrassée sous la tonnelle je me suis dit après tout aussi bien lui qu'un autre et alors je lui ai demandé avec les yeux de demander encore oui et alors il m'a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de la montagne ma rose rouge oui ma rose blanche oui et d'abord j'ai mis mes bras autour de lui oui et je l'ai attiré sur moi pour qu'il sente mes seins tout parfumés oui et son cœur battait comme fou et oui j'ai dit oui je veux bien Oui


    Sous la tonnelle du tête à tête, le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – Quelle connerie ma première vie ! Croire que j'avais à les Sauver tous ! Quel orgueil d'Insoumis !


    Sous la tonnelle du tête à tête, la Bienheureuse Annie – Oui, quelle connerie de t'envoyer en l'air ! Ton ascension ! Alors que t'as pas été capable de rester en moi, le 14 juillet 1970, quand tu m'as éjecté par ton retrait du grand Orgasme Cosmique pour me ramener à la petite mort orgasmique. C'est pour me rappeler cette blessure de ma sexualité que tu fais ce miracle, d'une barque à la dérive à une table gastronomique ? Je vais te dire, fils de Pute. Tu as eu raison de revenir à la maison qui n'est pas celle du Père. Tu le sais que t'es né de Père Inconnu ? Que t'es né sous X ? Né du Saint-Esprit, 3 en 1 !


    Le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – D'où tiens-tu ce savoir qui me démolit ?


    La Bienheureuse Annie – 30 ans de vie grotesque dans la grotte, à te nourrir de tes larmes, ça te ramollit le bulbe et la vulve tu sais. Je n'avais pour me distraire que mes envols, sept heures durant, entre terre et paradis, au septième ciel, vol stationnaire, lévitation quantique. Ça y est, ils commencent à admettre que c'est possible, les cartésiens ! J'ai vécu dans ma chair décharnée que la Vraie Vie est ici-bas, que le Très-Haut n'est pas là-bas, là-haut mais ici, sous cette tonnelle, oui, je veux bien oui que tu ne me fasses pas l'Amour, ni le sublime ni le sublimé, oui je veux bien oui que tu me baises comme je le criais avec mes yeux, le 14 juillet 1970; oh mon Bien-Aimé, BAISE-MOI !


    Le Bienheureux Jean-Claude, communément appelé J.-C. – Oh ce n'est ni miracle, ni magie. Sous cette tonnelle pour nos 50 ans de mariage, tu n'es pas un mirage, une image. Te voilà de retour, en chair et en os, ma disparue depuis sept ans. Tu as dormi du sommeil des sept dormants d'Éphèse. Tu t'es endormie, tu avais mal entendu Hamlet : dormir, rêver ... mourir peut-être. Lui, dit : mourir, dormir rien de plus, rêver peut-être. Tu t'es endormie après 14 apnées comme le jour de ta naissance, ma Bien-Aimée Valentine. Quel retour ! Vois comme le monde n'a pas changé. La modernité qu'ils disent ! Allez, on s'en tape de leur monde. Levons la coupe de champagne, de notre préféré, la Veuve Clicquot ! À notre amour au jour le jour ! Le livre ne le dit-il pas : Épouse-là et meurs pour elle, des hommes vrais pour femmes sans peur ? Oui je veux bien OUI. Cette nuit, Je Te Baise ! Épectase !


    La Bienheureuse Annie – Pas de Promesse ! La Preuve ! L'extase ! Oui je veux bien OUI.


    Jean-Claude Grosse, communément appelé J.-C.
    à La Coquette, Toulon, 1° - 4 juillet 2017

    roses rouges et blanches du mariage, la mouette à tête rouge, l'ivresse
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    Les Cahiers de l'Égaré 2017

    6 Juillet 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

    Les Cahiers de l'Égaré 2017
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    Les Cahiers de l'Égaré 2017
    Les Cahiers de l'Égaré 2017

    7 titres pour le 1° semestre 2017 dont

    - la 6° édition des Pieds tanqués (nouvelle édition avec cahier photos, 3000 exemplaires), la 7° sera mise sous presse en juillet

    - la 2° édition de Lili/Suzon

    pour l'automne

    - La nature prisonnière, photos de Bernard Plossu, textes de Rudy Ricciotti et François Carrassan

    - Le voyage d'Amadou de Michel Gendarme

    - Une tragédie américaine, trilogie sur la peine de mort de Marc-Israël Le Pelletier

    Bien sûr, auteurs et lecteurs, vous avez compris

    que je n’accepte pas les manuscrits (pratique insolente);

    que mes choix dépendent de rencontres personnelles (pratique inqualifiable);

    avec de telles pratiques (éditer le plus pertinent des impertinents, É Say Salé) on va à bons pas vers les 30 ans des Cahiers de l’Égaré;

    ça se passera en deux temps: au Revest (investissement du village sur deux week-end de septembre-octobre 2018 sur un projet conçu et réalisé par Katia Ponomareva à la demande du maire)

    et au Bateau Lavoir à Paris du 15 au 30 octobre 2018

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    (C'est possible) ça va de Cyril Grosse

    19 Juin 2017 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #spectacles, #pour toujours

    Cyril avec Anatoli en 1998 au Revest, Cyril à sa descente du transsibérien le 19 juin 2000, Anatoli, Dasha and Co en 2009 à Corsavy, pour préparer le bocal de 2010, JCG volontaire pour nettoyer les rives, écritures, lectures à Sukhaya et Baklany, la datcha dortoir de l'oligarque qui nous a accueillis la nuit du 13 au 14 août 2010, lectures au Molodiojni Theatr' à Oulan-Oudé, la sirène du Baïkal qui a inspiré mon poème Dans le sillage de Baïkala
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    Cyril avec Anatoli en 1998 au Revest, Cyril à sa descente du transsibérien le 19 juin 2000, Anatoli, Dasha and Co en 2009 à Corsavy, pour préparer le bocal de 2010, JCG volontaire pour nettoyer les rives, écritures, lectures à Sukhaya et Baklany, la datcha dortoir de l'oligarque qui nous a accueillis la nuit du 13 au 14 août 2010, lectures au Molodiojni Theatr' à Oulan-Oudé, la sirène du Baïkal qui a inspiré mon poème Dans le sillage de Baïkala
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    Cyril avec Anatoli en 1998 au Revest, Cyril à sa descente du transsibérien le 19 juin 2000, Anatoli, Dasha and Co en 2009 à Corsavy, pour préparer le bocal de 2010, JCG volontaire pour nettoyer les rives, écritures, lectures à Sukhaya et Baklany, la datcha dortoir de l'oligarque qui nous a accueillis la nuit du 13 au 14 août 2010, lectures au Molodiojni Theatr' à Oulan-Oudé, la sirène du Baïkal qui a inspiré mon poème Dans le sillage de Baïkala
    Cyril avec Anatoli en 1998 au Revest, Cyril à sa descente du transsibérien le 19 juin 2000, Anatoli, Dasha and Co en 2009 à Corsavy, pour préparer le bocal de 2010, JCG volontaire pour nettoyer les rives, écritures, lectures à Sukhaya et Baklany, la datcha dortoir de l'oligarque qui nous a accueillis la nuit du 13 au 14 août 2010, lectures au Molodiojni Theatr' à Oulan-Oudé, la sirène du Baïkal qui a inspiré mon poème Dans le sillage de Baïkala

    Cyril avec Anatoli en 1998 au Revest, Cyril à sa descente du transsibérien le 19 juin 2000, Anatoli, Dasha and Co en 2009 à Corsavy, pour préparer le bocal de 2010, JCG volontaire pour nettoyer les rives, écritures, lectures à Sukhaya et Baklany, la datcha dortoir de l'oligarque qui nous a accueillis la nuit du 13 au 14 août 2010, lectures au Molodiojni Theatr' à Oulan-Oudé, la sirène du Baïkal qui a inspiré mon poème Dans le sillage de Baïkala

    Histoire du dernier spectacle de Cyril Grosse.
    D'abord le titre: (C'est possible) ça va ou l'un de nous est en trop. Cyril n'a jamais voulu m'expliquer ce titre. Mais j'ai fini par comprendre ceci : Tout ce qui arrive est possible, on ne peut rien y changer donc mise entre parenthèses = le signe de notre impuissance et dire ça va, accepter ce qui arrive. C'est une des caractéristiques des philosophies d'extrême-orient, tout au moins c'est comme ça que nous les recevons. Ou l'un de nous est en trop, là on a affaire à l'Occident qui a toujours besoin d'un ennemi, d'un bouc émissaire pour exister par opposition. Évidemment, ce titre n'avait rien de prémonitoire, il n'annonçait pas la disparition de Cyrll, par contre il indique comment se comporter quand la nouvelle tombe le 28 septembre 2001 à 16 H (9 jours plus tard, invraisemblable): ce qui est arrivé le 19 septembre était possible et dire ça va. Bien sûr, cela demande du temps et cela n'est pas possible pour une mère par exemple.
    Les circonstances du spectacle.
    Qui va en Sibérie pour se former auprès d'Igor Grigurko à Oulan-Oudé ? La soeur, Katia, 6 mois durant, hiver, printemps. Elle ramènera dans ses bagages, un futur mari, comédien, Vitya Ponomarev. On doit être en 1994.
    La Russie tente Cyril à son tour. Il découvre au Festival Passages à Nancy en 1998, le travail d'Anatoli Baskakov, encensé par Jean-Pierre Thibaudat et la fille d'Anatoli, Dasha Baskakova, parolière, compositrice et interprète, chanteuse qui mériterait que le kairos passe à sa portée. Anatoli et Cyril se retrouvent au Revest et décident avec le soutien des 4 Saisons du Revest d'élaborer un double projet franco-russe.
    En 1999 à l'été, séjour d'1 mois et demi à Oulan-Oudé, au Molodiojny Theatr' d'Anatoli Baskakov. Rencontres diverses. Anatoli créera Le mariage de Gogol avec une équipe franco-russe, les comédiens français apprenant pour la circonstance, le russe. Cyril créera (C'est possible) ça va où l'on entendra les deux langues, français et russe.
    C'est à l'été 2000 pendant 3 mois et demi dont plusieurs semaines en campement à Baklany que les deux spectacles sont répétés. La compagnie vient d'être conventionnée pour 3 ans (2000-2002), 1° et seule compagnie varoise à obtenir ce conventionnement qui permit après (c'est possible) de créer Père de Strindberg. La compagnie a été dissoute en 2003. Katia Ponomareva, la soeur de Cyril, a créé sa compagnie L'Ensemble À Nouveau. Il faut attendre 2017  pour qu'une nouvelle compagnie installée dans le Var soit conventionnée: Attention fragile de Gilles Cailleau.
    L'accueil de L'Insolite Traversée fut très officiel, médiatisé, filmé. Il en reste quelques traces. La jeunesse de Cyril, son charisme lui attiraient la sympathie. L'ambassade de France via la chargée culturelle a soutenu le projet. Les Français arrivèrent par le transsibérien le 19 juin 2000. Cyril est rayonnant.
    J'ai des VHS de ce séjour. Encore faut-il que je les numérise et que j'en fasse un montage. Le travail de mémoire est long et lent. Ce que je sais, c'est que la rencontre entre deux conceptions du théâtre, le théâtre d'art russe et le théâtre d'improvisation, n'a pas été facile. Il y a eu des tensions, des incompréhensions. Mais la mayonnaise a fini par prendre. On trouve des traces de ces âpres discussions dans L'Île aux mouettes et Là où ça prend fin.
    Il y eut bien sûr, aventures humaines, liaisons, désunions, circulation de désirs, il y eut des soirées arrosées, des nuits risquées. Ce fut possible, ça va. Ainsi l'histoire entre Cyril et Dasha. À la Noël 2000, à la Mahakali, à Châteauvallon chez Simone Komatis, au milieu d'une danse, il me demande à quoi on reconnaît l'amour. Et un peu plus tard dans la soirée, en quoi ça consiste être père. Il a 29 ans passés, va sur 30.
    Je ne livrerai pas mes réponses.
    À chacun de se demander ce qu'il répondrait s'il répond à son fils.
    Traces tout de même dans L'Île aux mouettes. Et bien sûr dans le dernier projet de Cyril, Père de Strindberg qui tourna 2 ans sans lui avec François Marthouret, Anne Alvaro.
    Les deux semaines de représentations au Revest en octobre 2000 restent mémorables:
    un jour, Le mariage de Gogol en traduction par casques venus de Nancy,
    le lendemain (C'est possible) ça va toujours avec les casques et la voix magnifique de Cyril, traducteur, légèrement décalée pour qu'on puisse recevoir le jeu du comédien.
    Et les deux samedi, les deux spectacles avec un repas russe entre, de 19 H à minuit.
    Pour mes 60 ans, le 25 octobre 2000, j'eus droit sur la scène à des impromptus et des sauts en l'air.
    Pour la dernière, sans doute la fatigue, trop de vodka, une violente crise de jalousie à cause d'une belle actrice et la profonde mélancolie, la tristesse immense qui précèdent la séparation, une bagarre a eu lieu entre les comédiens et il m'a fallu toute mon autorité pour empêcher que ça dégénère. Ce fut un sale épisode. Cyril me traita de fasciste, je partis 3 jours sans donner de nouvelles.
    Dois-je dire que ces deux semaines nous valurent la présence du consul russe de Marseille, que le prince Georges Angouladzé fut, comme président des Russes de Marseille, d'une formidable complicité ainsi que sa femme, Tamara, préparatrice experte des repas et de la dernière, très arrosée (j'ai cru que les artistes sauraient se tenir, ce ne fut pas tout à fait le cas). Je fis même la connaissance du fils de l'ophtalmologue Koutzeff qui m'opéra de l'oeil gauche à la fin de la guerre, après un bombardement qui m'avait fait tourner l'oeil.
    Extrait du spectacle:
    "un sentiment de sécurité, de bien-être, de chaleur estivale se répand dans ma mémoire, vigoureuse réalité qui fait du passé un fantôme, le miroir déborde de lumière, un bourdon est entré dans la pièce et cogne contre le plafond ... tout est bien, rien ne changera jamais, personne jamais ne mourra... ici chanson de et par Dasha Baskakova... puis texte : c'est une histoire que je voulais raconter et mon amour comme tous les fils, toutes les mères, les vieux, les enfants, les fous ... comment penser que tu n'es plus là, que plus jamais, plus jamais, comment se dire un jour tu vas disparaître et qu'aujourd'hui, tu as disparu..."
    le 2 avril 1998, la grand-mère maternelle, Guiguite, disparaît; pour les enfants c'est la découverte de la mort, subitement réelle, impensée jusque-là (personne jamais ne mourra); Guiguite trouvera une nouvelle place dans ce spectacle où plein de rituels sont pratiqués dont le rituel accompagnant la séparation, l'exil, le départ pour ailleurs
    simples paroles, paroles inoubliables du spectacle (c'est possible) ça va ou l'un de nous est en trop de Cyril Grosse, créé en 2000, patience: 15' à écouter
     
    Après la disparition de Cyril, le 19 septembre 2001 à Jaguey-Grande à Cuba, avec son oncle, l'artiste-peintre Michel Bories et deux Cubaines, la mère et la fille, ses amis russes édifièrent en juillet 2002, le mémorial de Baklany.
    En août 2004, Annie et moi nous fîmes le voyage de Russie (Moscou, Saint-Pétersbourg) avec le transsibérien AR (2 fois 5 jours et nuits) Moscou-Oulan-Oudé; nous eûmes la possibilité de séjourner à Oulan-Oudé et de passer deux nuits et trois jours sous tente à Baklany. Campement plus que rudimentaire. Pas de matelas. Plastique, manteaux. On ne s'est jamais serré aussi forts, Annie et moi. 70 bouteilles de vodka furent sacrifiées, chansons et anniversaire de la mort de  Vissotski, chanté par Anatoli Baskakov.
    En 2005, en Avignon, j'organisai des rencontres pour des enseignants et étudiants russes pendant 5 jours. Je racontai l'histoire de Cyril, distribuai des livres de Cyril et autres Cahiers de l'Égaré. J'ignorais que 2 ans après, cela se traduirait par une surprise à l'Université de Novossibirsk où Cyril n'est jamais allé, où je suis allé 4 fois.
    De 2007 à 2011, des étudiants de l'université de Novossibirsk organisèrent les rencontres théâtrales Cyril Grosse, sous l'impulsion d'une enseignante Anna Leontieva.
    En août 2010, j'ai organisé un bocal agité sur le thème de l'eau au Baïkal, une autre façon de tenter de se rencontrer, Russes et Français. Les textes produits sont d'inspirations très différentes. Ils ont été publiés en bilingue dans Baïkal's Bocal.
    Sur ce bocal agité de 3 semaines, quelques moments.
    Pour nous aussi, accueil très officiel en mairie, à Oulan-Oudé, TV bouriate, réception par le ministre de la culture bouriate, la plus petite république de la Fédération de Russie.
    Je suis filmé avec un tee-shirt sur lequel j'ai fait imprimer l'homme aux semelles de vent, Arthur Rimbaud,  participant au nettoyage des rives du Baïkal pour inciter les Russes à faire de même. Ils sont très sales en camping sauvage.
    Au retour, le ministre est venu nous saluer à l'aéroport. Ce projet avait bénéficié du label de l'année franco-russe et a été partiellement financé par la ville de Hyères, restitution publique au Théâtre Denis le 19 ou 20 octobre 2010.
    D'abord, on a permis l'achat de tentes et de matériel pour tout le campement, une trentaine de personnes, grâce à l'argent qu'on mit à leur disposition. Les Russes sont débrouillards mais pauvres.
    Ensuite, je fis appel à deux étudiantes de Novossibirsk comme traductrices. C'étaient les plus assidues pour les Rencontres Cyril Grosse, manière de les récompenser et remercier. Elles firent un travail exceptionnel, disponibles sans rechigner.
    Évidemment, je flashe sur l'une des deux. Quand je parlerai de ce moment violent à l'épousée, vers le 20 août 2010, elle me dira: mais c'est de Cyril que tu parles.
    Je tombe amoureux d'une fille, même prénom, même âge que la dernière compagne de Cyril, même goût que Cyril pour les excès, l'alcool, même goût et culture que Cyril pour la littérature. Un coup de jeune, moi, me prenant inconsciemment pour Cyril. En tout cas j'assume, j'essaie d'assumer du mieux que je peux l'héritage artistique et humain, affectif, de Cyril comme celui de son oncle, Michel, inventeur du Pof Art.
    Amour sauce Platon, pas sauce Cupidon. Traces dans L'Île aux Mouettes. L'épousée me dira une parole forte à ce sujet avant de partir.
    Dans la nuit du 13 au 14 août 2010 à Baklany où nous sommes reçus dans les datchas et banyas (saunas) d'un oligarque qui s'est approprié la plage (il n'y avait rien en 2004), je bois trop de vodka, l'ambiance chaleureuse et électrique s'y prête, impossible de dormir.
    Au petit matin, me promenant sur la plage, illumination, la fin d'un texte commencé à Johannesburg en 2002, Deuils ou L'Invitation à la Vie (titre ambigu à souhait) et inachevé depuis 8 ans s'offre à moi.
    Ça donnera L'Île aux mouettes en 2012, L'Éternité d'une seconde Bleu  Giotto en 2014, Là où ça prend fin en 2014.
    Depuis, je suis à nouveau en panne pour Ma dernière bande (ou Mon dernier branle).
    Baïkala, la sirène du Baïkal m'a inspiré un testament amoureux: Dans le sillage de Baïkala, transformé en livre sillage par Aïdée Bernard (autre amour sauce Platon), pièce d'artiste qui circule beaucoup.
    Lue et exposée le 19 mai 2017 à la Bibliothèque Li Campanetto aux Milles, Aix-en-Provence.
    Baïkala a passé 1 mois en France du 20 août au 20 septembre 2011. Elle lut avec moi, Tourmente à Cuba pour 30 invités le 19 septembre 2011, pour les 10 ans du départ de Cyril. Elle a fait forte impression sur les convives. Moi, j'ai eu les plus grandes difficultés à la coucher tellement elle avait arrosé le rosé. Le départ en avion, de Nice, le 20, fut pénible.
    Je l'ai revue 3 jours à Paris en août 2015, 3 jours de promenades insolites, du tourisme inventif, loin des circuits.
    C'est comme ça avec les Russes, pas de nouvelles ou des nouvelles par mail, 3 à 4 fois l'an puis élan, avion, rendez-vous, retrouvailles comme si le temps n'était pas passé.
    Je pense bien revenir une fois encore au Baïkal. En 2028.
    Ce sera un voyage familial et sentimental.
    2028 = 80 ans de l'épousée, 60 ans de Katia, 20 ans de Rosalie-Lili-Lison, 60 + 20 = 80. Ça n'arrive qu'une fois. Donc en être, une pierre plate et 5 à 7 rebonds sur l'eau du lac.
    À Baklany.
    La vidéo Baïkal's Bocal donne une idée du mémorial et de l'ambiance le soir auprès du feu de camp.
    Jean-Claude Grosse, le 19 juin 2017
     
     
    (C'est possible) ça va
    ou l'un de nous est en trop

    est le dernier spectacle abouti de Cyril Grosse (1971-2001)
    présenté ici non par nostalgie mais pour la qualité du spectacle
    et du film qui l'a saisi
    CYRIL.JPG
    créé en octobre 2000
    au Molodiojny Theatr'
    à Oulan-Oudé en Sibérie,
    après répétitions au lac Baïkal, à Baklany,
    (cliquer sur la photo = vidéo Traces)
    MEMORIAL.JPG
    puis présenté au Centre Vissotski à Moscou,
    au Théâtre de La Passerelle à Gap,
    à La Maison des Comoni au Revest, pendant 2 semaines
    à Gare au Théâtre à Vitry.
    Réalisation franco-russe avec 12 comédiens,
    2 compagnies:
    L'Insolite Traversée
    Le Molodiojny Theatr',
    2 langues: russe et français,
    ce spectacle a été filmé par un vidéaste russe, Vladislav Kostine.
    Ce n'est que 6 ans après que Les 4 Saisons du Revest,
    co-producteurs du spectacle,
    ont pu retrouver le film,
    tourné à La Maison des Comoni,
    le 25 octobre 2000,
    pour mes 60 ans.
    Merci à Ivan.

    Deux versions sont mises en ligne, l'une sur ce blog,
    l'autre sur le blog des agoras d'ailleurs
    Ces deux versions filmées sous deux angles différents permettent d'apprécier ce spectacle dans toute sa légèreté, sa densité, sa nostalgie.
    À voir dans l'ordre ou le désordre des vidéos.

     


    A va cyril 1
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    A va cyril 2
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    A va cyril 3
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    Le Livre des cendres d'Emmanuelle

    10 Mai 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

    Livre des cendres d'Emmanuelle, édition courante parue le 7 mai 2017
    Livre des cendres d'Emmanuelle, édition courante parue le 7 mai 2017

    Livre des cendres d'Emmanuelle, édition courante parue le 7 mai 2017

    Est paru le 7 mai 2017, au soir d'une présidentielle à la française, le Livre des cendres d'Emmanuelle, édition courante aux Cahiers de l'Égaré, édition de tête chez Le Sélénite.

    Note de l'éditeur de l'édition courante

    En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane m'a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle. Il m'avait appris par deux lettres, deux ans après, en 2005 donc, la disparition d'Emmanuelle et je venais lui rendre visite chez lui, pour la première fois à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70.

    Il y eut une deuxième visite. La troisième, décalée pour cause de neige, n'eut pas lieu. Quand je repris contact en avril 2008, Louis-Jacques Rollet-Andriane venait de disparaître à son tour. Pendant mes deux visites, je pus filmer Chantelouve et en particulier le faux livre contenant les cendres d'Emmanuelle, au milieu d'autres livres de l'une des bibliothèques.

    J'ai édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan : Le sexe et la fronde, Pourquoi la jalousie est une boucle étrange, Lesbos Alpha, Lesbos Omega, Pour qu'il puisse y avoir une dernière parole, Liberté charmée et l'irremplaçable Bonheur. J'ai entretenu avec elle une longue correspondance, du 19 mars 1988 au 31 mars 2005, partiellement publiée dans Bonheur et Bonheur 2. Nous ne nous sommes jamais rencontrés et sans doute est-ce la raison de cette correspondance heureuse selon sa propre formule, « sans rien entre nous qui pèse ou qui pose ».

    J'ai envoyé le tapuscrit de Louis-Jacques Rollet-Andriane à Pierre Pascual, jeune éditeur et passionné par toute Emmanuelle, en juin 2016. Nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples.

    Une histoire commencée avec la publication en 1959 sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur, du roman Emmanuelle, trouve une forme d'achèvement avec la publication sans nom d'auteur et sans nom d'éditeur du Livre des cendres d'Emmanuelle, en 2017, dix ans après que son auteur me l'ait confié. Mais il va de soi que pour Pierre Pascual comme pour moi-même, l'oeuvre plurielle d'Emmanuelle Arsan continue et continuera à « faire l'amour ».

     

    Jean-Claude Grosse

     

    Avant-propos de l'édition de tête

     

    En 2007, peu avant sa mort l’année suivante, Louis-Jacques Rollet-Andriane a confié ce Livre des cendres d’Emmanuelle à l’éditeur ami Jean-Claude Grosse qui venait lui rendre visite chez lui, à Chantelouve d’Emmanuelle, la maison du Var qu’il habitait avec sa femme, Marayat, depuis le milieu des années 70.

    Jean-Claude Grosse, qui a édité les derniers textes d’Emmanuelle Arsan et entretenu avec elle une longue correspondance, m’a envoyé ce tapuscrit en juin 2016 ; nous avons décidé d’en sortir une édition conjointe en hommage à Emmanuelle Arsan, à Louis-Jacques et Marayat qui aimaient que les amours, les corps (et certainement les livres) soient libres, multiples.

    Le Livre des cendres d’Emmanuelle est un vibrant hommage à Marayat qui, pendant plus de quarante ans, a illuminé la vie de Louis-Jacques, façonnant avec lui l’enfant de leur vie : Emmanuelle.

    À sa mort, Louis-Jacques conservera les cendres de Marayat dans un livre. C’est ce livre « que personne n’a écrit, que nul ne lira » que Louis-Jacques décide de transformer en poèmes vivants, pour que sa femme, celle qui fut tout autant que lui « Emmanuelle », vive encore.

    Ce recueil vient clore une aventure commencée en 1959 avec la publication du premier tome anonyme de celle qui portait ce prénom qui aura traversé les décennies.

    Après Emmanuelle, Emmanuelle à Rome, Les enfants d’Emmanuelle, Les soleils d’Emmanuelle, le Livre des cendres d’Emmanuelle vient achever en poèmes l’histoire d’une vie ; une vie pleinement et multiplement vécue par celles qui portaient tous les visages, investissaient tous les corps : Louis-Jacques et Marayat.

    Lorsqu’il y a quelques années j’ai commencé à écrire moi aussi une Emmanuelle, j’avais décidé d’adopter pour parler du couple mythique que formaient L.J. et Marayat, le féminin pluriel. J’ai découvert dans ces poèmes que Marayat utilisait elle-même ce féminin pluriel pour parler d’ « elles ».

    Le futur sera féminin pluriel.

    J’ai tenté de respecter tant que faire se pouvait la forme du tapuscrit original qui ne comportait pas de nom d’auteur en choisissant de n’en faire figurer aucun sur la couverture.

    Le respect de cet anonymat et de tous les jeux/je qui en découlent rendra je l’espère hommage à celui qui s’écrivit pendant des décennies au travers de son Emmanuelle rêvée, et qu’une fois son incarnation terrestre disparue il ne pouvait plus investir.

    Après maintes réflexions, j’ai décidé de faire coexister pour la première fois, sur la page de grand titre, le nom de Louis-Jacques avec celui d’Emmanuelle, non loin du visage esquissé de Marayat. 

    Trio enfin réuni.

    Pour Louis-Jacques et Marayat, le chiffre trois était le chiffre de l’amour, rien ne pouvait naître du couple fermé sur lui-même ; Emmanuelle était cet(te) autre attendu(e) invoqué(e) espéré(e), cet(te) autre qui était possiblement eux-mêmes, « elles-mêmes », simultanément ou à tour de rôle.

    Je ne reviendrai pas pendant des pages et des pages sur l’identité d’Emmanuelle Arsan, je me suis expliqué sur ce choix dans la préface de La Philosophie Nue il y a quelques mois. Louis-Jacques aura le dernier mot ; Marayat, la dernière image, déjà floue, presque éteinte ; la Siamoise nue s’efface pour n’être plus que toutes les femmes, Emmanuelle, rien de moins.

    Que l’auteur ait remis ces poèmes en personne à celui qui serait susceptible de les éditer prouve qu’il acceptait enfin que son nom soit accolé à une « œuvre emmanuelle » (même si tristement amputée de sa moitié), et qu’il espérait que cette œuvre soit partagée.

    C’est aujourd’hui chose faite, dix ans après, dans cet écrin couleur de cendres.

     

     

    Pierre Pascual

     

     

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    2 nouveaux titres de la Collection privée du Capitaine

    23 Avril 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

    2 nouveaux titres de la Collection privée du Capitaine
    2 nouveaux titres de la Collection privée du Capitaine

    Chères amies, Cher amis,

     

    J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie des deux nouveaux ouvrages de La Collection privée du Capitaine (Les Cahiers de l’Égaré).

     

    -         La Légende des jumeaux, une pièce de théâtre du poète et écrivain, Franco-Argentin, Miguel Angel Sevilla, autour de l’ethnologue  Alfred Métraux.  

     
     

    86 pages, 12 X 18,5

    L’intrigue

    Baptiste, un réalisateur originaire de Suisse, désire faire un film documentaire sur le célèbre ethnologue Alfred Métraux, lui qui a tant fait pour les indiens. Il se rend pour cela au Musée du quai Branly, accompagnée de sa célèbre assistante, certes non suissesse, Laetitia. Au musée, ils font la rencontre d’un gardien nommé Raymond, et il se trouve que l’homme est originaire de Tucumán. C’est le début d’une belle aventure.

     

     

    -         Les Saintes écorchures, seconde pièce publiée de Laura Leoni. Une exploration de la douleur, au plus près de la chair, des vies, et de ce qui motive les existences.  

     
     

    80 pages, 12 X 18,5

    L’intrigue

    Dans une petite ville de campagne, l’arrivée d’un cirque ambulant n’est pas un événement anodin. Samuel est revenu à ses racines après des études en ville, pour reprendre l’exploitation de ses défunts parents. Il retrouve Julie, son amour d’enfance. Autour de ce couple gravitent le prêtre du village et un peintre parisien qui a le mal du pays. Avec pour toile de fond le calme de la campagne et le bruit de la fête qui se prépare, un drame va se nouer.

    PROMOTION : 9 euros au lieu de 12 euros le livre + frais d'expédition

    La collection privée du Capitaine c’est déjà 6 titres maintenant, et cela augmentera encore très bientôt.

    Voici les titres précédents :

    -         Anatomie d’une absence, Laura Leoni  (théâtre – sublime exploration de l’absence)

    -         L’Émergence d’une île, Lucie Doublet  (récit somptueux où la mer nous prend)

    -         Les Mauves, Benoît Rivillon  (formidable roman sous tension, on ne s’arrête plus)

    -         Suis-je donc… ?, Julien Daillère  (un très beau théâtre-conte, jouissif et tendre)  

     

    Les ouvrages sont disponibles, sur commande, en librairie. Sur le site de vente en ligne, ou en vente directe.

     

    Baptiste Moussette - La Collection privée du Capitaine

    14 rue des Gobelins, 75013 Paris
     
       http://lescahiersdelegare.fr/
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    sur la Révolution d'Octobre vue depuis aujourd'hui

    19 Février 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #cahiers de l'égaré, #EAT (Écrivains Associés du Théâtre), #agora

    Le Triomphe de l'artiste (la révolution d'octobre et les artistes, Russie, 1917-1941, le dernier livre de Tzvetan Todorov

    Le Triomphe de l'artiste (la révolution d'octobre et les artistes, Russie, 1917-1941, le dernier livre de Tzvetan Todorov

    L'appel à écritures sur octobre 17 vu depuis aujourd'hui, lancé le 3 février avec date-limite le 28 février a reçu 7 projets. Après une semaine de lecture et de réflexion, j'ai retenu, le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le projet de Gilles Cailleau: OCTOBRE.

    Une page est ouverte sur ce blog pour accueillir les écritures de l'auteur, comédien, metteur en scène, directeur de la compagnie Attention Fragile.

    Appel à écritures :

    Je  vous présente « mon »  nouveau projet provoqué par une phrase de Georges Perpès de la Bibliothèque Armand Gatti à La Seyne-sur-mer dans un mail très récent:
    Pour le moment, je n'ai pas encore vu passer de projet ou de pièce sur  octobre 1917;
    je le jure, je n’ai pas vu 1917;
    le questionnant sur pourquoi octobre, il me répond en majuscule OCTOBRE 1917;
    je le jure, je vois 2017, pas 1917 (Freud à l’interprétation, STP) puis je réalise
    et réaction immédiate de proposition d’écriture à des écrivains de théâtre
    faire écrire un texte sur La Révolution d’Octobre 17 (qui eut lieu en novembre 1917),  vue depuis aujourd'hui
    (une histoire de calendriers comme pour Cervantes et Shakespeare)
    il me semble que ça ne bouge pas beaucoup autour de cet événement pas français

    je souhaite une pièce d’un auteur, EAT éventuellement  (EAT = Écrivains associés du Théâtre), pas EAT aussi bien

    avec les petits moyens des Cahiers de l‘Égaré, je mettrai une certaine somme pour l’écriture plus l’édition
    l’objectif est aussi de favoriser la création du texte dans un ou plusieurs lieux (donc bien évaluer le nombre de personnages, trop, c’est foutu, monologue à exclure)
    la Bibliothèque Armand Gatti à La Seyne participera en amont à la mise en valeur du travail
    1 ou 2 lectures en cours d’écriture pour retours (est-ce du write in progress ?) par un petit nombre de lecteurs professionnels
    pas de résidence prévue dans un endroit paradisiaque (la grotte d’Ouvéa)
    mais l’auteur choisi sera libre de solliciter aides à l’écriture, résidence d'écriture
    peut-être qu’un mécène comme Ladret de Lacharrière sera intéressé en production ou co-production pour une somme de 100000 € au moins (l’aumône attribuée à Pénélope pour sa "participation" à la Revue des Deux Mondes)
    ou Kléber Rossillon, gestionnaire d’une vingtaine de sites patrimoniaux et qui con-gestionne La Caverne du Pont d’Arc, 320000 visiteurs en 4 mois en 2015
    un des héritiers de la famille Schlumberger qui a perdu plusieurs millions d'euros dans l'affaire Madoff
    l’auteur pourra aussi après l’édition demander des aides à la création

    condition: me soumettre un projet, précis, pour le 28 février 2017, en word, open office ou PDF, avec nom, adresse, mail, téléphones
    j’évalue les projets début mars, choisis l’impétrant
    et nous nous mettrons d’accord alors sur les conditions financières et éditoriales ainsi que sur la date de livraison du texte pour avoir le temps de l'édition avant la date anniversaire du centenaire
    mais si nécessaire, on débordera
    j’aurai aussi une discussion avec l’auteur, non sur mes attentes
    mais sur ce qu’il ne faut pas rater quand on veut traiter d’un événement aussi lourd de conséquences;
    c’est un défi et c’est casse-gueule

    je conseille la lecture du dernier livre de Tzvetan Todorov (décédé le 7 février 2017), livre sorti le 14 février 2017:

    Le Triomphe de l'Artiste (La révolution et les artistes, Russie: 1917-1941) chez Flammarion

    c’est comme avec la Révolution française et Robespierre, peut-être même en plus complexe

    je compte demander à l’ami Marcel Conche, une préface
     
    Jean-Claude Grosse
    EAT
    Les Cahiers de l’Égaré

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    1907/Batailles dans le Midi/Philippe Chuyen/Les Cahiers de l'Égaré

    31 Janvier 2017 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

    couverture de 1907

    couverture de 1907

    Vient de paraître, le dernier titre 2016 des Cahiers de l'Égaré: 1907, Batailles dans le Midi, la grande révolte des vignerons de Philippe Chuyen. La pièce a été créée en 2007 et a pas mal tourné. L'histoire théâtralisée de cette révolte des vignerons méritait un livre. Après des mois à la proposer à l'auteur voici une édition attendue qui sera bien accueillie par caves, cavistes, viticulteurs, chambres d'agriculture, syndicats de vignerons des Pyrénées Orientales au Var en passant par l'Hérault. Il est bon que la mémoire soit réactivée, actualisée (je me souviens par exemple d'avoir vu de vieilles photos de cette révolte, de cette grève à Cassagnes, village improbable des Pyrénées Orientales où on m'en parla comme si ça c'était passé hier) car les événements petits et grands cheminent souterrainement.

    Si nous ne savons plus où nous allons, arrêtons-nous et regardons d'où nous venons, dit le cadran solaire du château de Tourris au Revest où 4 ha de vignes récentes produisent un vin qui n'a même pas besoin d'être commercialisé car il trouve immédiatement ses buveurs.

    Le livre sera présenté publiquement à Brignoles, le 4 février 2017 à 17 H à la Librairie Le Bateau Blanc, en présence de l'auteur, de l'éditeur, de la fédération des caves viticoles du Var, du syndicat des vignerons du Var.

    Présentation : En ce 9 juin 1907, Marcelin Albert exulte. Lui, le simple vigneron, contemple les 800 000 personnes qui à son appel se sont rassemblées dans les rues de Montpellier. Du Languedoc au Var, là où depuis l’An quité on cul ve la vigne, c’est tout le Midi vi cole qui clame sa misère. Mais Clemenceau n’en a cure et pour lui le nombre ne fait pas la loi. Alors, la plainte va se muer en colère et l’euphorie des grandes journées cèdera la place aux larmes.

    Ce e pièce fait revivre les personnages et les moments clés de la révolte des vignerons en 1907. Ces paysans défendant le droit de vivre de leur terre, découvrant les vertus de l’union, rêvant même de l’indépendance du Midi, nous touchent et apparaissent comme les acteurs d’une prodigieuse épopée.

    Philippe Chuyen, né en 1964 à Toulon, est auteur également de Les Pieds Tanqués et de 1851, le banquet des Insurgés. Comédien et directeur d’Artscénicum Théâtre, il est aussi adaptateur de La Mandragore de Machiavel, Carrière Célèbre Giono et Germain Nouveau, le mendiant magni que. Par un théâtre de textes, a en f aussi bien à l’histoire qu’à la li érature du Sud, il crée des spectacles épiques ou poé ques dans lesquels les blessures des hommes nourrissent leurs rêves et leur quête de liberté.

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    Les Cahiers de l'Égaré parus en 2016

    31 Décembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

    le bandeau du site des Cahiers de l'Égaré; l'accroche du site: ayez peur du théâtre, il parle de vous et du monde; gravure attribuée à Rabelais pour illustrer son éloge du gai savoir
    le bandeau du site des Cahiers de l'Égaré; l'accroche du site: ayez peur du théâtre, il parle de vous et du monde; gravure attribuée à Rabelais pour illustrer son éloge du gai savoir

    le bandeau du site des Cahiers de l'Égaré; l'accroche du site: ayez peur du théâtre, il parle de vous et du monde; gravure attribuée à Rabelais pour illustrer son éloge du gai savoir

    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine
    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine
    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine
    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine
    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine
    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine
    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine
    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine
    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine

    LES 7 TITRES DES CAHIERS DE L'ÉGARÉ PARUS EN 2016 + les 2 titres parus dans La Collection privée du Capitaine

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    Focus auteur : J.C. Grosse

    18 Décembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #EAT (Écrivains Associés du Théâtre)

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    Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

    20 Novembre 2016 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

    Entretiens avec Marcel Conche/Les Cahiers de l'Égaré

    début du livre : Marcel Conche y donne un aperçu de sa philosophie.

    J’en viens à des concepts clés, dont je fais usage habituellement.

    Nature. J’entends, par là, la φύσις grecque, omni-englobante, omni-génératrice, qui englobe absolument tout ce qu’il y a. Je n’utilise pas la nature comme n’étant que la moitié du réel, par opposition à ce qui est culture, histoire, esprit, liberté, etc.

    Ensuite, monde. Pour moi monde, c’est-à-dire cosmos. Un monde est nécessairement fini, contre Kant qui parle, dans sa première des Antinomies de la Raison Pure, du monde infini dans l’espace et le temps. C’est impossible et contradictoire avec la notion de monde, parce qu’un monde est nécessairement structuré, donc fini, parce qu’il n’y a pas de structure de l’infini.

    Ensuite, mal absolu. C’est-à-dire mal qui ne peut se justifier à quelque point de vue que l’on se place. Qui est sans relations, absolu, veut dire sans relation, donc il n’y a rien qui puisse le justifier.

    Ensuite, apparence absolue. Absolue, c’est-à-dire sans relation ; sans relation à un sujet ou un objet. C’est la notion que nous retenons de notre lecture de Pyrrhon.

    Ensuite, temps rétréci. Nous ne pouvons vivre dans le temps immense de la Nature. Nous vivons dans un temps finitisé, que j’appelle le temps rétréci. Et c’est ainsi que nous pouvons croire à l’être, alors que nous ne sommes pas vraiment.

    Ensuite, le réel commun. Je distingue le réel commun et le réel des philosophes. C’est-à-dire pour nous, être en tant que nous sommes des êtres communs. Ce cahier est réel. Pour un savant, c’est la même chose ; pour les philosophes, il y a autant de réels que de grandes métaphysiques. Pour les philosophes, d’abord, le réel est ce qui est éternel, et ce qui est éternel varie d’un philosophe à l’autre, d’un métaphysicien à l’autre.

    Ensuite, scepticisme à l’intention d’autrui. C’est une notion dont je fais usage habituellement. Le scepticisme à l’intention d’autrui, cela veut dire d’abord que je ne suis pas sceptique. Je suis tout à fait assuré de la vérité de ce que je dis. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde ; alors je suis sceptique pour laisser une porte de sortie à ceux qui ne voient pas les choses comme moi. Parce que, si vivre dans l’illusion les rend heureux, pourquoi pas ? Cela ne me gêne pas du tout.

    Ensuite, sagesse tragique. C’est une notion que j’ai empruntée à Nietzsche il y a trente-huit ans, dans mon livre Orientation philosophique, dans le chapitre Sagesse tragique. Je laisse de côté ce que Nietzsche entend par ce mot ; pour moi cela veut dire qu’il faut toujours s’efforcer de réaliser ce que l’on peut réaliser de meilleur, quoique ce soit périssable et appelé à disparaître.

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