Texte libre

La tentation du désert
 

Les marchands de sable
détestent
prêcher dans le désert.
Que le désert croisse !
Honneur à qui favorise
le désert !
à qui recèle un désert !
 
Prophètes de malheur,
annonceurs d’apocalypses
naissent du  désert.
Brament dans le désert.
Aboulique, la foule.
Boulimiques, les masses.
Venues du Nord,
déferlent par les autoroutes
du soleil.
Maximalisation du Sud.
A l’heure de midi,
le midi brûle.
Le désert croît.
Déserts, les chantiers.
Licenciés, les ouvriers.
Moi, les pieds dans l’eau.
Indifférent au paradis.
 
Prophètes de bonheur,
annonceurs d’âges d’or
surgissent du désert.
Exultent dans le désert.
Mimétique, la foule.
Léthargiques, les masses.
Venues du froid,
s’allongent sur le sable
chaud.
Sieste sous parasol.
A l’heure de midi, il fait nuit.
Le désert croît.
Déserts, les embarcadères.
Désarmés, les rafiots.
Moi, la tête dans les étoiles.
Indifférent à l’enfer.
 
Les assoiffés de pouvoir
déversent sur la foule,
les grandes eaux
de leurs mirages.
Fébriles, les assujettis
fascinés par ces images
qui ne désaltèrent pas.
Qui en appellerait à
la traversée
du désert ?

Sur les plages de sable,
l’indifférence d’aujourd’hui.
Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable,
l’indifférence d’hier.
Dure. Sèche. Érémitique.
 
Du désert, aimer à la folie
le grain de sable
qui enraye la machine,
saboteur de toute folie
des grandeurs.
 
Du désert, garder
le grain de sable,
inaltérable,
ne pas s’attarder
à la dune,
sa répétition en masse,
altérée par
tout vent de sable.

Favoriser le désert
jusqu’au mira (cl ou g) e
de  l’oasis
                  
J.C. Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

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Mardi 30 juin 2009



Par grossel - Publié dans : cahiers de l'égaré - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Mardi 30 juin 2009
À paraître




Par grossel - Publié dans : cahiers de l'égaré - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Mardi 23 juin 2009
Note de lecture
Marilyn et JFK
François Forestier

Voilà un livre qui s’appuie sur une documentation considérable. Pas moins de 122 titres sont énumérés dans la bibliographie.
Cela rejaillit-il sur l’écriture ?
Voilà un récit assez peu chronologique puisque démarrant le 22 novembre 1963 à Dallas, jour de l’assassinat de JFK, se terminant presque sur la mort de Marilyn, le 4 août 1962. Le dernier chapitre étant consacré à La grande lessive, au grand nettoyage, avec l’assassinat à Washington, le 12 novembre 1964, de Mary Pinchot Meyer. Chapitre suivi d’un In memoriam édifiant consacré à 25 personnages de cette saga sordide vue sous l’angle du sexe. JFK fut-il un grand président ? À part quelques allusions, l’auteur nous livre en pâture la frénésie sexuelle de JFK, celle de MM, ces deux exacerbés du sexe ne semblant pas se retrouver que pour la culbute. Cette saga se déroule au vu et au su de tous sans que ça transpire dans les journaux car les ausculteurs des culbutes du président et de la star par Magnet-o-Phones planqués, photos  compromettantes  (mais cela suppose une attitude de coincé, les moeurs ont tout de même fortement évolué et ceux qui étaient, sont choqués par les galipettes n'ont après tout qu'à ne s'intéresser qu'à leur vie privée et pas à celle des autres) et autres moyens d’espionnage ont tous des dossiers sur les autres, peuvent jouer de l’arme du chantage, s’en serve jusqu’à la mort de MM. Sont dans le cirque à scruter la piste, le FBI et Hoover à titre personnel (tenu par le pénis pour une photo de fellation détenue par deux membres de la Mafia), la CIA et Angleton à titre personnel, la Mafia et plusieurs de ses membres à titre personnel (qui finissent très mal comme Sam Giancana, tortionnaire des balances et violeur de MM, un soir de bourre), Robert Kennedy, Joe DiMaggio (le plus propre, le plus fidèle, le plus aimant), Ralph Greenson le dernier analyste de la star (démoli par l'auteur) et d’autres, détectives privés travaillant pour plusieurs clients et pour eux-mêmes, spécialistes des écoutes travaillant pour plusieurs clients et pour eux-mêmes… Chacun est regardé pendant qu’il regarde.
On sort de cette lecture, lessivé. Le mythe JFK est réduit en miettes. La famille Kennedy, Joe en tête, apparaît pour ce qu’elle est, cynique, manipulatrice, idéologiquement raciste, quasi fasciste (pour Joe, le père tout puissant). Le mythe MM explose : en particulier, elle était sale, (mais cela renvoie peut-être à ce qu'elle a été salie, toute petite et comme on ne veut pas, sait pas quand on est petit la responsabilité du violeur, on se fait sale, on se croit sale... mais l'auteur n'a pas ce genre de réflexions, pas davantage sur ses "caprices"), clivée entre la star et Norma Jeane. FBI, CIA, Mafia, organisations de l’ombre apparaissent en pleine lumière, manipulatrices, en conflit et se rendant de mutuels services.
Tout cela se passe en pleine guerre froide avec des moments particulièrement risqués : la baie des Cochons, Berlin, l’affaire des missiles soviétiques à Cuba.
Sûr qu’on aimerait que ces histoires de cul trouvent leur toute petite place (et encore car les histoires de cul ça ne regarde que les intéressés mais l'intrusion dans la vie privée ça commence avec les ragots entre voisins et ça grimpe tous les échelons jusqu'au 7° ciel) dans une fresque d’envergure. Dans la guerre culturelle entre l’Occident et l’Union soviétique, les USA ont été particulièrement offensifs pour compenser l’adhésion des intellectuels de gauche, très majoritaires, au modèle communiste, transformé en modèle totalitariste par des idéologues et propagandistes américains et par quelques « théoriciens ». Le livre de Frances Stonor Saunders, Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle, publié chez Denoël en 2003 est éloquent à ce sujet.
Je reprocherai à l’auteur de faire du mauvais esprit : il le revendique dans l’avant-propos. Son mauvais esprit consiste en jugements de valeur lapidaires sur certains personnages, certains faits. Le style est plutôt débraillé, fait pour aller vite, à la hussarde comme JFK (le coup en 20 ou 40 secondes):
il y a monsieur raf raf,
« Marilyn pourrit tout, autour d’elle, en cercles. »

« Un jour, une femme de ménage trouve une petite culotte noire dans le lit du président. Elle la rapporte à la first lady. Jackie va voir son mari, lui tend la dentelle, et se contente de dire :
-    Pas ma taille
Franchement, il y a quelque chose de pourri à Camelot. » (page210).
Et je pourrais continuer ainsi.
Ce mauvais esprit là pourrit tout, autour de lui, en cercles, à l’image de la pourriture qu’il décrit et juge. C’est le Tous pourris des spectateurs de la politique spectacle, de ceux qui ont viré leur cuti, communistes devenus front national, soixanthuitards devenus cyniques hommes d’affaires, banquiers de haut « vol », voisins- voisines du ragot de caniveau…
François Forestier est journaliste au Nouvel Observateur.

Jean-Claude Grosse, le 22 juin 2009


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Mardi 23 juin 2009
Note de lecture
Petit prince du désert
Patrick Poivre d’Arvor


Voilà un court roman qui se lit d’une traite, sur lequel on ne s’attarde pas. On veut aller au bout de cette histoire, sans pause. En deux heures, on referme le livre. On a eu du plaisir avec une écriture simple, un récit limpide.
Comme dans J’ai tant rêvé de toi, l’auteur mêle fiction et réalité, Mermoz, Guillaumet, Reine, Saint-Exupéry, le rezzou, la prise d’otages, la demande de rançon, la libération de Jacques, le héros du récit, âgé de treize ans, amoureux de sa mère, sauvé par son « père », Marcel Bonnieux le lâche devenu un héros aux yeux de son fils quand sa mère, Gabrielle, Yella, splendide jeune femme de trente ans partie avec Charles Lindbergh le foudroie en s’offrant au célèbre aviateur, lui inflige la pire des frustrations en l’abandonnant.
De cette aventure, enfermé dans un sac postal d’un avion de l’Aéropostale, puis aux mains des Touareg, initié à la sexualité et à l’amour par la jeune Aman Dina, quatorze ans, Jacques ressortira grandi, réconcilié avec son « père », séparé de sa mère et de la jeune Targuie, l’unité des contraires au cœur d’un même cœur.

Jean-Claude Grosse, le 22 juin 2009
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Lundi 15 juin 2009
Note de lecture
Diversités
Journal étrange IV
Marcel Conche


Marcel Conche régale ses lecteurs depuis quelques années avec son Journal étrange dont les trois premiers tomes sont parus aux PUF, celui-ci paraissant aux Belles Lettres, collection Encre marine.
Dans son avant-propos et au chapitre XXVI, Marcel Conche précise pourquoi « étrange » :
« Mon journal n’est pas comme un journal ordinaire, la relation au jour le jour de ce qui s’est passé. Il est « étrange », entendant par ce mot, ce qui sort de l’ordinaire. Je relate seulement ce qui me vient à l’esprit à propos de quoi que ce soit – livre, lettre, rencontre, grand ou petit événement, réflexion entendue, chose vue, création spontanée de mon imagination, etc. –,  et qui me semble présenter de l’intérêt. »
En 81 chapitres plus l’avant-propos et l’épilogue, Marcel Conche nous balade dans le temps et l’espace. La diversité des sujets est grande, le pluriel à « diversités » se justifie et en même temps une place particulière est accordée à Émilie. Présente depuis les Confessions d’un philosophe, après une éclipse, la voici plus que jamais, sans qu’elle le cherche, l’inspiratrice du philosophe. Je dirai plutôt qu’elle l’influence à travers lettres et propos, réactions, actes aussi. Ce que le philosophe appelle la « religion » d’Émilie est formulée admirablement par celle-ci, au chapitre LXXVII. Il s’agit de chercher l’infini dans le fini, de vibrer à cette présence de l’universel et de l’éternel dans le moindre souffle, dans le plus aride paysage, à la vue d’un arbre, d’un cheval, de contribuer par son travail à générer cette perpétuation de la Vie, d’être porté par et porteur de la Source. Je le dis avec mes mots ; à vous de lire les mots d’Émilie, leur écho chez Marcel Conche qui tente d’approcher cette « religion » avec ses propres mots, avec ceux aussi d’Émily Brontë ou d’Holderlin. Cela nous vaut des pages belles, fortes, profondes dans Méditation sur Émilie, chapitre XV ou Solitude de mon amour, chapitre LXXV. De toute évidence, l’homme, philosophe aussi, s’efforce de façon presque désespérée de comprendre Émilie, de communier avec elle, de la ressentir. Mais celle-ci lui rappelle que si lui chemine vers elle, la comprend, elle aussi chemine et que donc comme l’a dit Zénon d’Élée, « celui qui a commencé à avancer après l’autre ne pourra pas le rattraper ». J’ignore ce qu’il adviendra de cet effort vers cet essentiel incarné, dépassant Émilie, la traversant, l’habitant. Julie semble faire le constat d’une certaine naïveté chez Marcel, lui qui n’a même pas connu le baiser dont il rêvait et qu’il n’a pas demandé, sentant qu’il ne l’obtiendrait pas. Je ne dirai pas cela, pas de naïveté chez lui qui a su, parce qu’ayant en vue l’essentiel, se préserver de sollicitations précises qui l’auraient égaré dans la passion ou le divertissement. Les femmes aimées par Marcel Conche le sont de différentes manières et ses territoires du sentiment, chapitre V, sont balisés, bornés sans confusion des sentiments possible. N’empêche qu’avec Émilie quelque chose se joue. Il veut « un amour singulier comme mon âme même, et qui choisit, qui trie, qui comporte une exigence, un appel… Être aimé ne me suffit pas. Il faut que ce soit de la façon dont l’amour que j’ai en moi contient la définition. » page 310. J’ignore si son souhait d’un pont génois entre elle et lui se concrétisera ou si comme il l’envisage aussi, il devra rester sur la rive, la voyant comme le pays enchanté où « je suis chez moi mais comme en rêve. » page 311. Je dirai que les approches ordinaires de l’amour pas plus d’ailleurs que les approches mystiques ne conviennent pour parler de ce qu’éprouve Marcel Conche pour Émilie, métonymie de la Source, de la phusis, du divin si l’on tient à ce mot. Quel que soit le devenir de cette rencontre qui n’est pas fusion, qui n’est pas intrusion, qui est compréhension dynamique, cheminement au moins de l’un vers l’autre car c’est l’homme qui chemine vers Émilie même si elle ne reste pas immobile, même si elle avance avec ses questions comme celle-ci : l’échange d’amour est-il nécessaire à l’Amour ?, le philosophe, lui, a gagné à cette rencontre, d’approfondir sa métaphysique. Déjà La voie certaine vers « Dieu »  (édité par Les Cahiers de l’Égaré)l ui ouvrait, nous ouvrait la voie de l’amour inconditionnel pour l’humanité. De la morale universelle des droits de l’homme (le chapitre LXVII fait très bien le point face à François Jullien, relativiste culturel qui a du mal à admettre l’universalité de la morale telle que fondée par Marcel Conche sur ce qui est impliqué par le dialogue), à l’amour inconditionnel de l’humanité, le philosophe, le métaphysicien du Tout de la réalité élargissait, universalisait son approche. Sous l’influence d’Émilie, il regarde, écoute plus et mieux la Source, son jaillissement en toute chose, en quelques visages rayonnants (chapitre XI). Comme lui écrit Émilie : « Quand les choses ont leur sens en Dieu (on pourrait dire dans la Nature, la phusis), tout alors est beau parce que tout est à sa juste place. C’était pour répondre un peu à la question : « Quel chemin doit-on prendre dans la vie ? ». Et l’on voit le commentateur d’Héraclite, bousculé par cette remarque, ne doutant pas de l’unité des contraires dans le monde des hommes mais se souvenant du fragment 102 : « Pour la divinité, tout est beauté, vertu, justice. Ce sont les hommes qui ont conçu le juste et l’injuste. » chapitre IV. Disons que le philosophe rejoint le poète, devient poète. Son écriture parle au cœur, à l’imagination, pas seulement à la raison car l’amour  « n’enseigne rien, ne conseille rien, ne demande rien, mais fait de celui qui est aimé l’éducateur de lui-même. » page 124. Marcel Conche, éducateur de lui-même, paradoxe, par l’amour singulier qu’il porte à Émilie. Il faut entendre "singulier" comme propre à Marcel Conche et pas comme bizarre, hors normes.
Je me suis attardé sur ce thème de l’amour singulier car c’est celui qui peut faire bouger nos lignes, nos convictions, nos préjugés, celui qui peut nous bousculer.
Cela n’enlève rien à l’intérêt d’autres chapitres. On apprend toujours avec Marcel Conche. Dirai-je que j’ai particulièrement savouré certaines de ses énumérations, qu’il s’agisse d’outils ou des créations de Coco Chanel.
Autre délectation, sa lecture de La fêlure, nouvelle de Fitzgerald, sa façon de régler son compte au pessimisme, chapitre VII, sa façon de mettre à terre les conseils de celui-ci à sa sœur Annabel, conseils pour la galerie, les siens à sa  petite nièce, Laura, se résumant en « Ne t’abîme pas ! », chapitre XXXVIII,  étonnement de voir que Luis de Miranda s’appuie aussi sur cette nouvelle pour parler des lignes de vie de Deleuze dans Une vie nouvelle est-elle possible ?
Ce Journal étrange est à lire, relire, méditer pour travailler sur soi à la façon de ce travailleur acharné, de cet amoureux singulier qu’est Marcel Conche, choisissant les souffrances qui le fortifient (étonnement d’un voisin le voyant porter ses courses et ne voulant pas d’un caddie pour le soulager), chapitre IX, Ma philosophie de la vie, choisissant qui aimer selon les distinctions qu’il opère entre les différentes formes d’amour et d’amitié.
Un désaccord avec le chapitre sur mai 68, chapitre LXXIV qui me semble un peu court, 68 ne fut pas qu’une récré, interrompue par de Gaulle, le 30 mai. L’interruption a été soufflée au général, isolé à l’Élysée et qui n’avait pas trouvé le soutien de Massu en Allemagne, par L’humanité et le PCF, proposant la dissolution de l’Assemblée nationale et des élections anticipées. Cela permit à la CGT de faire rentrer en une semaine 10 millions de grévistes et l’on obtint la chambre bleue CRS la plus forte de toute la V° république. Même Sarkozy n’a pas fait aussi bien. Par contre d’accord avec Marcel Conche sur ce que les prises de parole des humiliés, des offensés modifièrent durablement (les 10 années qui suivirent virent nombre de libertés conquises) et sur ce constat : « Il en restait l’idée qu’après tout, l’on n’est obligé  à rien que ce à quoi l’on s’oblige soi-même et que la liberté métaphysique (la possibilité permanente de dire « non » à tout) était le trait essentiel de l’homme ». Donc, 68, révolte métaphysique, oui, récré, non.

Jean-Claude Grosse,
Le Revest, le 15 juin 2009




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