Texte Libre
avec les activités des 4 Saisons d'ailleurs
SOLEILS,
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L’Île aux mouettes
de Jean-Claude Grosse
à paraître le 5 mars 2012
aux Cahiers de l’Égaré
texte pluriel : écrits intimes, poésie, théâtre, essais, méditations, jeux
personnages : des amoureux, des parents, des enfants,
des passionnés de théâtre …
thèmes : la vie, l'amour, F/H, la transmission, le partage, les incompréhensions,
les conflits intimes et relationnels, les différentiels culturels, l'art du théâtre, la mort
lieu : le Baïkal entre autres …
le texte de 4° dit tout, y compris qu'il y a des passages en russe (traduits)
La vie est comme un zèbre,
une bande blanche,
une bande noire …
Жизнь – как зебра !...
черная полоса !...
белая полоса !
format 13,5 X 20,5
248 pages
couverture quadri 3 photos
prix, frais de port compris : 15 euros
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La Religieuse/ Diderot/Théâtre du Ranelagh
tous les dimanches à 18 H jusqu'en mai 2012
Christelle Reboul et Frédéric Andrau
J'ai vu ce spectacle, dimanche 19 février 2012 au Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes dans le XVI°, métro Passy.
La présentation (je préfère à représentation) se fait dans le foyer du théâtre. Au 1° rang, j'ai reçu ce spectacle avec beaucoup de force, d'émotions, de rires contenus, de sourires. Avoir Suzanne à ses pieds pour la prononciation des vœux, voir la mère supérieure séductrice de Suzanne à 2 mètres, c'est être au plus près des affects, sans tricherie possible, tant pour les comédiens que pour le public.
C'est la principale qualité de ce spectacle, son interprétation par des comédiens qui font tout passer ou plutôt laissent tout passer, se laissent traverser.
Christelle Reboul en Suzanne Simonin est bouleversante, touchante. J'ai jubilé à ses répliques qui mettent à mal tous ceux qui veulent son bien, son obéissance, son corps. Cette rebelle de 17 ans, au départ de son histoire d'enfermement, d'incarcération au couvent, fait preuve d'une maturité étonnante. Elle a une boussole et celle-ci a pour nom LIBERTÉ, ce pouvoir premier, absolu, infini, de l'homme de dire NON comme Jean-Paul Sartre, hier, aujourd'hui, Marcel Conche, (La Liberté, Encre Marine, 2011) nous proposent de définir l'homme : libre d'abord, ce qui veut dire que c'est cette liberté première qui nous permet d'effectuer nos libérations successives d'aliénations, de conditionnements divers. En quoi, la démarche rebelle de Suzanne est très différente de tout un tas de démarches mettant en premier les aliénations, soumissions (volontaires ou non). Ce n'est pas la même chose de se sentir libre, y compris de se tuer, se suicider, pour progressivement ou radicalement se libérer des bourreaux, des maîtres chanteurs ou de se sentir prisonnier, embarqué et prenant conscience, de vouloir se libérer.
Suzanne nous fait rire par certaines de ses répliques qui paralysent ses geôlières, stoppent leurs diverses formes de harcèlement. Elle montre le pouvoir de la liberté, trop souvent refusé par nous, en toute mauvaise foi comme Sartre l'a analysé, la faute aux autres, aux circonstances, jamais à nous, à notre lâcheté, à notre irresponsabilité. C'est cette liberté qui fait qu'on peut être libre même dans les pires situations, en camp par exemple. Ou qui permet à Socrate de boire la cigüe. Ne nommait-on pas musulmans les prisonniers qui se laissaient aller à leur arrivée en camp ? Ce fatalisme est le contraire de notre liberté ontologique, si nous acceptons cette vision de la liberté. Le pouvoir de dire OUI vient après le pouvoir de dire NON et le pouvoir de dire OUI n'est pas infini, il est non pas limité (on retrouverait la conception des déterminations dont on se libère progressivement) mais limitant (la libre Suzanne n'est pas limitée par toutes sortes de limitations, de déterminations extérieures, elle se limite elle-même par ses choix intimes). Selon cette conception, l'homme libre, bien que né et vivant dans un monde daté, marqué, plein de significations préexistantes, s'individualise, devient cause de lui-même parce qu'ouvert à la vérité et à l'universel, en recherche, se servant de la raison en vue du juste, du vrai, du bien, du bon, du beau. Libre arbitre, actes libres, vie libre dans la durée, autant de pistes ouvertes à Suzanne. Certes, elle perd son procès, certes, elle a la foi mais elle sait que la foi ne justifie pas les traitements qu'on lui inflige, certes, elle ne quittera pas le couvent de la meilleure façon d'où son mémoire au marquis mais intérieurement elle a gagné, elle reste libre de dire NON puis OUI.
Les deux autres comédiens ont un statut plus complexe, ils sont la voix de plusieurs personnages. Marie-Laurence Tartas est la voix de la mère, des mères supérieures, toutes expertes en chantage, harcèlements divers, sauf la première. Nous transposons très facilement cet univers où on enferme contre son gré, pour de mauvaises raisons, à d'autres univers d'enfermement actuels, de la famille traditionnelle de certains pays à l'univers des prisons, des hôpitaux, des asiles, des maisons de retraite, des mouroirs … Couvent, mariages forcés, arrangés, enfermements, abandons, le monde exclue en masse, exige obéissance, soumission, pratique le chantage, use de tous les procédés du harcèlement, à la maison, au travail …
Frédéric Andrau est la voix de Suzanne, la voix de l'avocat, la voix des pères spirituels … voix de narrateur aussi, ce qui permet de suspendre le jeu, de ne pas représenter ce qui est raconté et nous laisse à notre imagination, regardant avidement les gestes arrêtés de Madame ***, supérieure du couvent d'Arpajon, désireuse de caresser Suzanne. Avec la diversité des partitions s'introduit l'ambiguité ; on ne saisit pas toujours avec netteté qui parle ? Les glissements entre les pères spirituels et l'avocat permettent d'introduire une forme de sensualité, du désir peut s'esquisser, du possible peut émerger, la liberté sait se saisir ou pas de ce que l'aléatoire produit, propose. Je signale au passage l'extraordinaire modernité de la plaidoirie contre les trois vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, plaidoirie qui fait perdre à Suzanne son procès car de telles vérités ne pouvaient être entendues à l'époque. Aujourd'hui, elles sont pleinement recevables mais pas dans les milieux les plus traditionalistes.
Bref, un spectacle au service d'un grand texte qui mériterait de tourner largement. Dans quel format ? Intimiste pour 50 spectateurs ou pour jauge plus grande, 200 spectateurs et plus ? On aura une réception différente, moins charnelle peut-être mais tout aussi forte au niveau des enjeux du texte, des situations et des personnages.
Je n'insiste par sur la prestation de la viole de gambe. Je ne suis pas sûr de la nécessité de sa présence aussi insistante.
En tout cas, merci aux artistes, au metteur en scène, Nicolas Vaude, qui a travaillé dans la sobriété des moyens, des lumières, des costumes et des accessoires, a su trouver les comédiens qui allaient porter ce texte. Bons vents à ce spectacle au moment où se prépare le tricentenaire de la naissance de Diderot.
Jean-Claude Grosse, Paris le 20 février 2012
peinture de Jean-Pierre Grosse
Elle aurait eu 64 ans ce 14 février 2012.
Pour qu'elle vive d'une autre vie, la voie des mots est celle qui me convient le mieux, qu'il s'agisse de ses mots ou des miens. 3 des 4 textes peuvent être lus ou (et) écoutés.
à Corsavy (P.O.)
Dans le noir, on entend des rafales de vent, des hurlements et chants de loups
Dans le silence et le noir, on entend
une voix de jeune fille, pure, douce, affirmée, sans hésitations :
Mon p'tit chat ! attends mon p'tit mot !
J'attends le transsibérien. Tu m'attends mais je ne sais rien de là où tu es, où je vais. La vie m'attend aujourd'hui, cuisses ouvertes. Si tu veux savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur, ouvre la chaumière de mes yeux, emprunte les chemins de mes soleils levants, affronte les cycles de mes pleines lunes. Je voudrais avoir des ailes pour t'apporter du paradis. Des ailes de mouette à tête rouge ça m'irait bien pour rejoindre ton île au Baïkal. Je transfigurerai les mots à l'image de nos futurs transports. Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde. Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies. Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune. Je t'aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l'embrume de tes réveils d'assommoir, dans l'écume de tes chavirements. Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire. Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu'à des rives encore vierges. Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune ou des isbas de rondins blonds. J'aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l'urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes. Je m'appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de rien … J'aime les cris de nos corps qui s'épuisent à vivre. Je t'ai ouvert un cahier d'amour où il n'y aura jamais de mots, jamais de chiffres. Il n'y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres. Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils. À la fin du cahier, je t'aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.
Ton p'tit chat
Errance
Je m’en irai par les avenues des villes de Sibérie
Terre endormie
Novossibirsk Krasnoïarsk Irkoutsk Oulan-Oudé
je m’en irai sans me laisser séduire
par les promesses qui s’affichent
je m’en irai à ta rencontre
sans te chercher
car je sais que là où s’achèvent
ces villes aux filles de rêve
qui enlèvent le haut puis les bas
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Alors j’irai par les rues défoncées des villages sibériens
Enkhelouk Sukhaya Zarech'e Boldakova
abandonnés à l’ivraie livrés à l'ivresse
j’irai sans m’attarder dans les bazars de misère
sans m’attacher aux filles légères
qui te montrent tout par petits bouts
j’irai à ta rencontre sans te chercher
car je sais que là où se tarissent
les nostalgies de belle époque soviétique
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Mais quand j'arriverai
où s'affrontent houles et ressacs
sur les granits de l'île aux mouettes à tête rouge
au Baïkal mugissant
à 10000 kilomètres de nos lieux de surgissement
je te verrai
et je saurai
À la croisée des chemins
Elle attendait
corps fermé à jamais sur son passé
Elle attendait à Moscou gare Iarolavski
sur le quai des départs transsibériens
ouverte à l’indéfini de la voie ferrée
prête à se saisir d’un hasard
pour en faire une chance
La fumée bleue des cigarettes avait donné ciel à ses rêves
la fumée blanche des trains avait agité ses sommeils
Elle attendait
qu’un train l’entraîne
gorge déployée voyelle après voyelle
o qui fait écho dans le dos
a qui s’exclame par le thorax
Qu’il l’entraîne
toutes chansons dehors
le ciel enfin au-dessus de sa tête
Demain
à la croisée de chemins de terre détrempée
assez loin de la gare de Babushkin
au bord du Baïkal
sur la rive bouriate
la rive du soleil levant
face au soleil couchant
les rêves de ses sommeils feront de moi
son arc-en-ciel
quand je lui demanderai
dans quelle isba de la taïga
mêler les sangs circulant dans nos lèvres
porter nos toasts de Kedrovaïa
au lac aux morts à l'amour
pour vivre deux saisons
de cavale
en cabane
Prends
Je t’apporte un corps des lèvres une peau
des yeux une voix des gestes
je t’apporte mes caresses mes mots
mon cafard mes espoirs mes cuisses mon ventre
Prends-moi dans tes bras dans tes draps
Je t’apporte tout cela
et plus encore
mon cœur et ses faiblesses
ses angoisses sa force et son mystère
et ma tête ni bien pleine ni bien faite
Je t’apporte tout cela
sans calcul sans pari
sans savoir si je me donne ou me refuse
spontanément facilement
Je t’apporte tout cela
sans tendre la main
ni pour trouver toit
sans cris ni larmes
dispersée rassemblée
enracinée déracinée
dans un sourire pour aujourd’hui
Prends-moi dans tes bras dans tes draps
Débrouille-toi avec tout cela
Je ne sais faire ni vaisselle ni cuisine
pas même l’amour
Je ne sais que croire
sans savoir à quoi et sans savoir pourquoi
Débrouille-toi avec tout cela
aujourd’hui
peut-être demain
ici n’importe où
peut-être ailleurs
Peut-être que demain tu ne seras plus comme tu es
peut-être qu’ailleurs ce sera un nouveau départ
néant ou nouvel élan
peut-être qu’ici ce sera une foi nouvelle
ou une fois de plus
Prends maintenant
que je me délivre
car peut-être tout à l’heure
me verra partir sans bagages
à cause d’un vieux souvenir
qui vient me presser la tête
au milieu de la fête
poussée par le bargouzine
de l’impossible oubli
Jean-Claude Grosse
sculpture de Michel
Gloaguen
Voici le communiqué de presse qui récompense Le Silence d'Émilie, de Marcel Conche, édité par Les Cahiers de l'Égaré, en
2010.
Ce livre est disponible exclusivement auprès des Cahiers de l'Égaré.
édition hors commerce
20 euros franco de port
à l'ordre des Cahiers de l'Égaré
669 route du Colombier
83200 Le Revest
Le Prix des Charmettes/J.-J. Rousseau (Noël 2011) à
Marcel CONCHE Le Silence d’Émilie, Journal Etrange VI, Les Cahiers de l’Égaré (Le Revest-les-Eaux, 2010)
Ce prix annuel, financé par la célèbre coutellerie OPINEL, sise à Cognin, à proximité des Charmettes de Rousseau (1500 euros et un coffret de produits Opinel), récompense une œuvre qui se situe dans le sillage des Rêverieset/ou Confessions. Son jury est franco-suisse, et a couronné depuis 1989 des auteurs célèbres (Philippe Jaccottet, Jacques Chessex, Rachid Boudjedra…) ou inconnus (Georges Saint-Clair, par exemple, en 1991 avant qu’il n’obtienne le Grand Prix de Poésie de l’Académie française)
Le point de vue de trois membres du jury
Philippe Rahmy, poète suisse handicapé :
« Silence comme don de soi consommé par l’amour. Je vote pour ce texte avec reconnaissance, gravité, joie, avec modestie devant l’injonction qui nous est faite de pardonner, de pardonner au-delà du concevable pour s’élever vers l’autre, dans l’universel. On est, en lisant, traversé par l’écriture et par la vie qui fait corps avec elle. Un "oui". Inconditionnel. »
Jean Burgos, professeur à l’Université de Savoie :
« Enfin un ouvrage dans la droite ligne des Confessions – où le philosophe et l’homme conjointement serein et torturé se fondent pour nous donner un livre magnifiquement écrit et qui déborde la seule littérature. Merci de me l’avoir fait connaître. »
Daniel Aranjo (Prix de la critique de l’Académie Française 2003), Secrétaire du Prix des Charmettes :
« Nous connaissons tous l’amour absolu, mythique de Nerval pour Jenny Colon. Avec Marcel Conche, nous vivons cet amour-là, cet amour-ci, qui dépasse peut-être son objet mais dans le bon sens, et le vivons dans notre monde à nous et ses décors quotidiens : Corse actuelle, petite voiture, repas au restaurant, plantations d’oliviers d’Émilie. Et quel courage pour cet immense esprit de se dire amoureux, si je calcule bien, à 85 ans d’une jeune Eurasienne corse d’une trentaine d’années et d’en faire une dure, énigmatique, fascinante, philosophique, poétique déesse grecque ! Quel honneur aussi pour l’éditeur d’avoir pu et su publier ce frugal, cet ardent fragment de journal (supérieurement conçu et douloureusement élaboré) dans son quasi-cercle d’oliviers du Revest-les-Eaux !»
liens internet :
Le livre du bocal agité d'août 2010 au Baïkal
vient de paraître aux Cahiers de l'Égaré
264 pages
textes français et russes
thème dominant: l'eau, une goutte d'eau et le Baïkal
format 16, 5 X 24
tirage limité à 30 exemplaires
avis donc aux amateurs
PVP: 35 euros, frais de port compris à l'ordre
Les Cahiers de l'Égaré
669 route du Colombier
83200 Le Revest
TABLE DES MATIÈRES
ENVIES DE BAÏKAL
5 - compte-rendu avec 68 photos
ENVIES DE MÉDITERRANÉE
41
Voldemar Bartachevitch (sans titre)
45
Artiom Baskakov La voix de l'eau
57
Dasha Baskakova La goutte
65
Gilles Bouvet Pourquoi Russie
79
Bérénice Desnots Baïkaleau
83
Gilles Desnots Riviera Baïkal
95
Tatyana Grigoryeva
Un nuage au dessus du Baïkal
111
Gilles Desnots Baïkal 2010
123
Lisa Gorenko Baïkala Poème
137
Jean-Claude Grosse Baïkal Bordure
145
Baïkala Reçois le Baïkal
153
Gilles Desnots Les vagues du Baïkal
165
Dasha Kosacheva Le lac dans un puits
179
Elizaveta Kosacheva
La vraie histoire d'Angara
187
Roger Lombardot
Baïkal-Méditerranée Premier arrêt Avignon
195
Philippe Rousseau
Mes pas captent le vent
199
Ilya Popkov Conversation avec le Baïkal
213
Alexandre Tarmakhanov
Dans la
chambre
221
Sacha Volkov Baïkal pour trois
229
Jean-Claude Grosse Baïkal Amor
241
Il s’agit dans ce projet de confronter deux approches d’un même espace, d’un même territoire, par ceux qui y vivent depuis toujours, par ceux qui le découvrent pour la première fois. La distance, la différence de langues, de cultures, autant d’éléments à prendre en compte par les uns et les autres pour une production commune nourrie de ces différences.
Baïkal en 2010 avec des auteurs français et russes, des comédiens et metteurs en scène des deux pays pendant 16 jours au bord du Baïkal, du 28 juillet au 18 août 2010.
La pluralité culturelle a donné lieu à la production de textes aux registres très différents, fantastiques et psychologiques pour les Russes, politiques pour les Français.
Méditerranée en 2011 avec des auteurs français et russes, des comédiens et metteurs en scène des deux pays pendant 16 jours en septembre 2011 au bord de la Méditerranée.
Ce bocal retour a été annulé suite au refus de la municipalité d'Hyères de soutenir ce projet retour.
Les 4 Saisons d'ailleurs et Lire à Hyères
présentent
les rencontres-philo du Moulin
au Moulin des contes à Hyères
place de l'Oustaou Rou
le thème de la saison 2012 est : les violences …
samedi 21 janvier 2012 de 14 H 30 à 16 H 30
avec Jean-Claude Grosse
La philosophie et la violence
Héraclite disait : « Le combat est le père de toutes choses » (polemos pantôn mèn patèr ésti).
De Plaute à Freud, en passant par Hobbes, on retient que « l’homme est un loup pour l’homme » (homo homini lupus). Hegel, entre temps, écrivait que « chaque individu doit tendre à la mort de l’autre ».
Ces quelques expressions expriment la thèse d’une violence fatale et nécessaire, inscrite dans le destin du monde et des hommes.
Plus près de nous, Marcel Conche pense que la violence dont l’homme fait preuve « vient de ce qu’il vit sur une Terre où il n’y a pas assez de tout pour tous » et qu’elle résulte donc « d’un accident lié à l’environnement ».
A nous donc d’examiner cette alternative d’une violence essentielle ou accidentelle.
samedi 18 février 2012 de 14 H 30 à 16 H 30
avec Jean-Claude Grosse et Marie-Paule Candillier
Violences intimes/violences collectives
Nous nous interrogerons à partir de Freud et Lacan sur les pulsions de vie, Eros, les pulsions de mort, Thanatos, leur intrication, (unité des contraires), l’irréductibilité des violences pulsionnelles, tournées contre soi ou contre autrui (la femme, principale victime de la plupart des violences, sexuelles, conjugales, sociales, professionnelles, guerrières. (Du sexe de la femme comme champ de bataille de Matei Visniec. L’autre guerre d’Elsa Solal).
Qu’est ce qui agit l’homme dans ses violences contre la femme, quelles peurs inconscientes ?
L’agressivité est au cœur de l’homme, c’est ce que nous enseigne Freud avec la découverte de la pulsion de mort en 1929.
« L’homme n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. » nous dit Freud. (Malaise dans la civilisation, PUF, p. 64)
La pulsion de mort est à l’œuvre à côté de l’Eros, retournée contre soi ou contre l’autre, toutes deux se partagent la domination du monde.
Qu’est-ce qui peut rendre inoffensif chez un sujet son désir d’agression (surmoi, culpabilité) ?
À quels moyens recourt la civilisation pour inhiber l’agression et la violence ?
La culture peut-elle apporter une réponse ?
Marie-Paule Candillier
Samedi 24 mars 2012 de 14 H 30 à 16 H 30
avec Jean-Claude Grosse et Dominique Coppola
Les violences conjugales
Les violences au sein du couple sont punies par la loi et sont réprimées plus sévèrement y compris lorsque les deux conjoints sont séparés. Dés le premier fait de violences constaté, des poursuites peuvent être engagées même en l’absence de toute plainte. Aujourd’hui la notion de famille a changé et s’est complexifiée. Les violences conjugales ont-elles même connu une mutation au point que le législateur a estimé nécessaire d’adapter la loi pénale à cette « guerre » que se livrent les couples.
Les violences graves qui ont pour objet de détruire l’autre psychologiquement et surtout physiquement sont commises majoritairement par les hommes. Cependant les femmes aujourd’hui investissent ce domaine jusque là plutôt masculin. La question des « violences au féminin » doit être abordée au sein de notre société moderne où la femme revendique à juste titre l’égalité dans tous les domaines.
Alcool, drogues, frustrations, irrespect, égoïsme, obscurantisme sont les principaux invités de cette « guerre des sexes » au 21ème siècle.
Dominique Copola-Lacombe,
Samedi 14 avril 2012 de 14 H 30 à 16 H 30
avec Jean-Claude Grosse, Agnès Cretté-Bouvet et Bruno Malafosse de l'association Orion
De la violence à l’adolescence : fantasmes et réalités
Nous tenterons d’aborder la violence au-delà des modèles explicatifs centrés sur l’individu et l’individuel, dans une analyse du lien, et des relations, dans le contexte de notre société en mutation.
D’une violence, fantasmée, virtuelle, médiatisée …. au passage à l’acte, quels sont les facteurs favorisants ?
Agnès Cretté-Bouvet
Samedi 12 mai 2012 de 14 H 30 à 16 H 30
avec Jean-Claude Grosse, Nathalie Rocailleux et Odile Jacquemin
Pour une éthique du regard et de la parole
Quels liens entre résilience (familiale) et émancipation (citoyenne) ? Des souffrances familiales aux souffrances sociales, une approche de la "prévention ressource" contre la "prévention sécuritaire de repérage". Comment la dignité vient au petit d'homme: des exemples de lieux humanisants et civilisateurs de proximité.
Nathalie Rocailleux
Qualité de vie pour les fins de vie
Fin de vie et faim(s) de vie ??
Que la question soit sociale, éludée par la collectivité, récupérée par une société marchande ou qu’elle soit privée, mise de côté par peur, dans sa plus profonde intimité jusqu’au moment où le mur empêche la fuite, le temps de vie de la fin de vie est encore l’objet de multiples tabous. Pour soi-même comme pour les autres.
Que savons nous de ces violences intimes ou hurlantes causées par le corps qui vous lâche, par l’abandon du groupe, par la trop grande sollicitude des enfants, par la mansuétude de l’infirmière qui vous appelle « ma petite chérie », alors qu’elle ne vous connaît pas ? par ces personnes qui parlent devant vous de vous à la troisième personne, vous sentant déjà de l’autre côté ? par une économie qui ne voit en vous que l’acheteur potentiel d’un ascenseur à poser dans l’escalier, d’une baignoire à porte, d’un système de sécurité et qui veut faire de vous l’éventuel « senior » de la future maison de retraite ou résidence service Serena, Elena… Bellisima ???
Comment dire le rapetissement du champ de l’horizon des jours quand brusquement vous est confisqué l’usage de la voiture, puis de la marche, puis de la vue….
Jeu de cache-cache entre la conscience de soi et le regard des autres….
Les années passent et ceux qui les vivent et voient passer ne les décomptent pas de la même manière…
Comment se vit le grand vieillissement de celui qui ne se sent pas vieillir dans sa tête, de celle qui ne se sait pas vieillir ? où sont les espaces d’expression de ces indicibles soifs de vie que l’homme actif , marchant et courant, ne prend ni le temps de voir, ni le soin de dire ??
Entre bien être et accueil, remettre la mort et l’avant mort au cœur de la vie et en faire un lieu de réappropriation d’une mobilisation de chacun et d’une initiative citoyenne est le projet social et éthique de la nouvelle association : « Un lieu où aller, un lieu où bien aller, des liens à conserver »
Odile Jacquemin
Dans les forêts de Sibérie
de Sylvain Tesson
Sylvain Tesson a passé près de 6 mois dans une cabane au bord du Baïkal, sur la rive occidentale, entre février et le 28 juillet 2010. Il a quitté le Baïkal, le jour où avec quelques écrivains français nous allions à la rencontre d'écrivains russes et bouriates, au bord du Baïkal, sur la rive orientale, la rive bouriate. Nous y avons passé 21 jours pour un bocal agité. De son séjour d'ermite, il a ramené ce livre. De notre rencontre avec écrivains, comédiens, metteurs en scène, nous avons ramené un livre Baïkal's Bocal et des vidéos.
Le livre de Sylvain Tesson est un journal tenu au jour le jour sauf les 9 jours nécessaires au renouvellement de son visa. Ermite volontaire, pour rompre avec sa vie d'aventurier : savourer le temps plus qu'avaler l'espace, rompre aussi avec le monde d'où il vient mais où il reviendra. De ce monde lui arrivent quelques nouvelles par visiteurs intempestifs et une par téléphone satellitaire : celle qu'il aime le laisse tomber. L'ermite amoureux en est ravagé et se défonce dans des escapades harassantes.
La vie d'ermite est faite d'un certain nombre d'activités, une quinzaine, de moments de paresse, de contemplation de divers endroits, derrière la vitre, au niveau de l'eau, en hauteur entre 0 et 2000 mètres, de lectures, d'écriture, de rencontres, les unes prévues, les autres, inattendues, tonitruantes.
Le journal est rempli des échos des lectures. De nombreuses citations, judicieuses, profondes, donnant à réfléchir. L'ermite très actif, hyperactif même, n'hésite pas à nous livrer ses réflexions, comparant la vie d'ermite, bien équipé, jamais seul très longtemps, car il rend visite, reçoit des visites, à la vie urbaine. En gros, l'ermite vit dans la proximité, de la proximité, de son travail de pêche, de cueillette, de ses talents de bricoleur, d'arrangeur. Il prélève sur l'environnement immédiat ce dont il a besoin, sans excès. Il vit l'immédiat, au contact des éléments, souvent en furie. Sylvain Tesson nous décrit bien les lieux, leur végétation, les variations observées, les présences, des plus petites (insectes et moustiques) aux plus dangereuses (ours, silènes). Son vocabulaire est riche, c'est le vocabulaire de celui qui sait nommer ce qu'il escalade, qui sait nommer ce qu'il voit, hume, touche. Beaucoup de comparaisons entre les spiritualités et les philosophies, le bouddhisme, le shivaïsme, le stoïcisme, le pofigisme, le christianisme. Beaucoup de réflexions sur les attitudes possibles sous ces latitudes et dans ces conditions. Ce qui anime Sylvain Tesson c'est prendre part au chant du monde, sans théorie ou religion adoptée, comme ça vient, comme ça s'offre, une forme d'épicurisme plus sensible aux plaisirs pris qu'aux déplaisirs évités. D'où les plaisirs des cigares (ne pas comparer un Roméo ici bas et un Partagas ici haut), les plaisirs des rituels russes (les toasts à la vodka ; on a parfois l'impression que l'ermite a un penchant prononcé pour ce poison, c'est le poison ravageur de la Russie, ce qui rend possible le pofigisme : mélange d'indifférentisme et de force vitale).
Un paradoxe : Sylvain Tesson cite Nietzsche évoquant les ravages des livres asséchant leurs lecteurs et son livre est rempli de citations, de réflexions à partir de ses lectures. C'est que c'est un lecteur actif, critique. On est étonné d'ailleurs par le choix des livres, souvent à mille lieues de sa situation, livres dépaysants, nécessaires pour l'éveil.
Un autre paradoxe : l'ermite revient au bout de six mois et se révèle comme quand il faisait l'aventurier, un excellent communiquant. Il sait écrire (parfois c'est un peu léger au niveau de certaines comparaisons) et il sait le faire savoir et il se vend bien. Il y a une envie de partage peut-être un peu suspecte qui rend un peu suspecte l'aventure. Elle a été réelle mais a t-elle été authentique ? Je tranche en pensant que bien peu oseraient un tel séjour, que Sylvain Tesson a le droit d'être ermite six mois et citadin bien d'autres mois, en attendant une nouvelle démangeaison, une nouvelle pulsion de forte solitude contemplative et active. Le panthéisme qui se dégage du livre est réjouissant, matérialiste, sensualiste, un panthéisme d'athée. Manque dans ce livre, la rencontre du chamanisme, si présente au Baïkal, plus peut-être sur la rive bouriate que sur la rive occidentale.
Ces quatre vers de William Blake me semblent en partie résumer l'aventure spirituelle et charnelle de l'auteur :
Voir un Monde dans un Grain de sable
Un Ciel dans une Fleur sauvage
Tenir l’Infini dans la paume de la main
Et l’Éternité dans une heure.
William Blake,
Augures d’Innocence.
Revue des deux mondes,
N° hors série, 6 décembre 2011
(les liens renvoient à des articles précédents,
à consulter ainsi que les vidéos)

ce N° exceptionnel a été présenté le 6 décembre 2011 au cinéma du musée du quai Branly lors de la présentation du projet de la Grotte Chauvet Pont d'Arc, candidate au patimoine mondial de l'UNESCO
Trente-trois auteurs de théâtre se sont donné rendez-vous un week-end en Ardèche, afin de découvrir les lieux qui accueillent un trésor de l’humanité, la Grotte Chauvet-Pont d’Arc, candidate au patrimoine mondial de l’Unesco, dont les fresques pariétales sont datées de – 36 000 ans… À partir de leurs impressions et de leur inspiration, chacun de ces auteurs a écrit un texte de 1000 mots recueillis dans ce hors-série. 33 textes, 33 000 mots, en hommage à cette grotte vieille de 33 000 ans…
(Avec N. de Pontcharra, G. Trépanier, M. Grégo, J.-M. Ribes, J. Larriaga, J.-C. Grosse, P. Tanon, G. Costaz, M. Bellier, R. Escudié, G. Desnots, L. Contamin, P. Touzet, Lazare, G. Boulan, E. Destremau, M. Beretti, S. Joanniez, Y. Cusset, S. Lastreto Prieto, P. Alkemade, J.-P. Alègre, G. Brulotte, J.-Y. Picq, B. Purkhardt, É. Melgueil, J.-P. Thiercelin, G. Gruhn, C. Piret, C. Confortès, B. Jacobs, D. Paquet, C. Tullat. Préfaces de M. de Lacharrière, P. Terrasse, J.-J. Queyranne, R. Lombardot, D. Baffier,.)
Les Cahiers de l'Égaré ont publié en 2007, La Rose, hommage théâtral à la grotte Chauvet, de Roger Lombardot, initiateur de ce projet de 33000 mots, ouvrage comportant un cahier de 24 pages de photographies, toujours disponible sur commande aux Cahiers de l'Égaré, 669 route du Colombier, 83200 Le Revest. 17 euros port compris, par chèque.
François Carrassan / Note de lecture / La liberté de Marcel Conche, Encre Marine/Les Belles Lettres, 2011. (Les chiffres entre parenthèses renvoient aux pages du livre).
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La liberté du philosophe
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Quand on demandait à Eric Weil - mon maître en sagesse, écrit Marcel Conche (39) - si la philosophie était nécessaire, il répondait, étonné, que rien en ce monde n’est nécessaire, pas plus la philosophie que tout le reste, et que la philosophie devient nécessaire seulement si l’on opte pour elle.
Quand il a opté pour la philosophie, Marcel Conche rappelle ainsi que cette décision inaugurale de consacrer le temps de sa vie à l’étude (11) était une parfaite expression de sa liberté absolue. Elle le demeure. Avec cette précision, déjà soulignée en 1991 dans Vivre et philosopher (Le livre de poche, pp. 202-203), que si je suis libre de philosopher, soit de rechercher la vérité pour elle-même, cette recherche ne saurait se concevoir sans être libre elle-même. Et tel fut donc le choix de Marcel Conche, d’aimer la philosophie, de porter le regard vers ce qui, dans cette vie, compte vraiment, loin de toute occupation besogneuse, utilitaire, servile.
Dans La liberté, il nous en dit davantage sur sa liberté qui est fondamentalement solitaire parce qu’elle est une liberté de philosophe et qu’elle demeure réticente à se plier à toute règle commune (15). Et qu’elle porte en elle une puissance illimitée de dire « non ». Car si Marcel Conche a dit « oui » à la philosophie, il a aussi dit « non » au service militaire (11) manifestement contraire et défavorable au développement de sa pensée. Car, seul à pouvoir décider de qui est bon pour sa vie, sa liberté peut en faire un rebelle.
C’est que le philosophe ne reconnaît d’autre autorité que la raison et que l’exercice de son esprit critique ne se soumet à aucune autre règle que celles de cette étrange faculté par laquelle l’homme connaît, juge et se conduit : la raison, qu’il postule présente en chaque homme, universelle en ce sens, et qui rend seule possible un dialogue contradictoire sur le chemin de la vérité. En ce sens on pourrait aussi dire que la philosophie est le lieu par excellence de l’ouverture au monde (17, 50), et encore le foyer de la liberté.
On verra volontiers dans ce refus de toute autorité extérieure à la raison la condition même de la vie philosophique qui est de penser sans entrave (11) et de façon autonome (15), en ajoutant que cette affirmation d’une raison universellement partagée permet de dire de son exercice critique qu’il est d’essence démocratique. Encore que la pratique politique de la démocratie en paraît si éloignée qu’il vaudrait mieux le dire anarchiste au sens où il n’a ni dieu ni maître. Ce qui laisse entendre que la vérité de la démocratie ne se trouverait véritablement achevée que dans l’anarchie, là où s’étendrait le règne réel de la liberté. Au fond, ne serais-je pas anarchiste ? s’était demandé Marcel Conche dans Vivre et philosopher.
Libre d’une liberté infinie dans la Nature infinie (16), tel apparaît l’homme aux yeux du philosophe. Et cette liberté prend corps dans une personne surgie du hasard, inattendue et imprévisible, au sein de mondes changeants. Fidèle au De natura rerum de Lucrèce, Marcel Conche souligne ici le caractère aléatoire (66) de la combinaison fugitive qui donne naissance à chaque figure de l’existence où se révèle le paradoxe d’un être à la fois réel et passager, minuscule et singulier. C’est toute notre liberté, à la fois brève et infinie, telle une option éphémère de la Nature dans son incessant devenir.
Mais une ombre vient toucher le tableau de cette liberté infinie au moment où Marcel Conche semble finir de le peindre. Un malheur (53), une tristesse (54). Est-ce à son origine hasardeuse qu’on le doit ? Car il y a la liberté dans la pensée et la liberté dans le monde. Et si je suis infiniment libre d’opter pour la philosophie, que devient ma liberté d’aller et venir si je n’ai pas l’argent du voyage ? Où l’on retrouve la célèbre distinction que Descartes introduisit au fond de l’homme (54), entre un entendement limité, celui d’une créature finie, et une volonté illimitée semblable à celle de Dieu mais dont l’action, quand elle outrepasse notre ignorance, nous ferait tomber dans l’erreur. En droit, dit ainsi Marcel Conche, ma liberté est illimitée : en fait, elle est limitée(60). Et dans le règne du hasard et du non-sens qu’il affirme (73), le philosophe mesure son impuissance devant l’injustice et la misère du monde, et sa liberté lui paraît soudain vide (71). A quoi bon alors cette liberté quasi divine, si c’est juste pour parler et se payer de mots devant l’injuste ordre des choses (52) ?
Mais Marcel Conche avait prévenu : l’envers de ma vocation purement intellectuelle est une volonté d’intervention minimale dans les affaires du monde (in Vivre et philosopher, p. 242). Des affaires qui, pour le dire de façon stoïcienne, ne dépendent pas de nous et face auxquelles notre impuissance vient de notre condition. Aussi le sage préférant la liberté intérieure à toute autre (ibid. p. 238) surmontera-t-il cette apparente contradiction, irritante aussi, quelque regrettable que soit la marche du monde.
Car si vous n’avez pas cette liberté intérieure, insiste-t-il, vous êtes un être du dehors, aliéné aux circonstances ; (…) une sorte de caméléon… (ibid. p. 242).
On mesurera donc ici combien est nécessaire la solitude du philosophe - et d’une nécessité essentiellement philosophique - et à quel point sa liberté est une liberté de sauvage. Sauvage au sens de Littré qu’aime rappeler Marcel Conche : qui se plaît à vivre seul, qui évite la fréquentation du monde.
François Carrassan, 22 novembre 2011
La liberté de Marcel Conche/Note de lecture de Jean-Claude Grosse
Encre Marine 2011
Voilà un livre de 100 pages qui en 35 courts chapitres fait le tour d'un thème qui ne fait pas l'unanimité. Il y en a qui croient à la liberté. Il y en a qui n'y croient pas. Il y ceux qui posent la liberté comme constituant chacun, donc originelle et originale. Et ceux pour qui la liberté n'est qu'une succession de libérations.
Peu importe l'unanimité, peu importent les clivages. En philosophie, selon la conception de Marcel Conche, il n'y a pas de preuves, seulement des arguments. Son essai a donc la nervosité de quelqu'un n'ayant pas envie de perdre son temps à convaincre un interlocuteur rétif. Arguments et exemples sont souvent accompagnés de etc, … Une liberté ne peut convaincre une autre liberté que si celle-ci veut bien l'être. La liberté de chacun est infinie mais impuissante dans le rapport à l'autre, limitée dans le rapport au monde, au temps. Libre mais seul. Ou libre parce que seul, unique.
La conception que nous expose Marcel Conche vaut pour lui. Elle est le fruit de sa liberté de penseur et de pensée. Elle fonde et s'appuie sur sa métaphysique naturaliste. Elle le constitue comme homme et philosophe, depuis son enfance. Marcel Conche, homme et penseur libre ou liberté pensante et en acte, est libre par le pouvoir de dire NON, pouvoir infini, illimité. Ce pouvoir originel, constitutif se limite ensuite. Le pouvoir de dire OUI vient après et lui n'est pas infini, il est non pas limité (on retrouverait la conception des déterminations dont on se libère progressivement) mais limitant (le libre Marcel Conche n'est pas limité par toutes sortes de limitations, de déterminations, il se limite lui-même par ses choix). Selon cette conception, l'homme libre, bien que né et vivant dans un monde daté, marqué, plein de significations préexistantes, s'individualise parce qu'ouvert à la vérité et à l'universel, en recherche, se servant de la raison en vue du juste, du vrai, du bien, du bon, du beau. Libre arbitre, acte libre, vie libre dans la durée sous le régime esthétique, éthique, ou poiétique, autant de pistes ouvertes par Marcel Conche, faisant de ce petit livre, un manuel de liberté pour qui le veut bien. Des affirmations fortes comme la bonté de l'homme liée à la bonté de la Nature, le mal étant donc un accident, lié à une inégale répartition des ressources, mettant les hommes en conflit … Avec lui, on n'est pas dans un combat entre nécessité et liberté où la liberté est toujours petite, toujours fragile. Sa vision de la liberté va jusqu'au Tout. Le philosophe crée sa métaphysique, son Réel, son Tout. Cette conception amène Marcel Conche à reprendre son nihilisme ontologique. Chaque chose du Tout n'est qu'apparence, apparence absolue, il n'y a pas d'être, pas de sujet, donc pas de liberté d'un être, pas de liberté d'un sujet. En conséquence, le philosophe « est » une liberté infinie. En un temps où les sentiments dominants sont la peur et l'impuissance, où l'on vit « petit », ce petit livre est un appel à vivre libre car vivre est bon et cela a du sens, un appel à s'engager dans le monde avec le meilleur de soi pour donner le meilleur de soi, pour créer ce que l'on peut de mieux. Désir, raison, volonté sont réveillés ou revivifiés et invités à jouer au jeu de dés car l'aléatoire est au cœur de la liberté.
Jean-Claude Grosse, le 8 novembre 2011
À peu prés en même temps, j'ai lu Petit traité de vie intérieure de Frédéric Lenoir. Philosophe et journaliste, Frédéric Lenoir sait nous mener en bateau sur le long fleuve tranquille de la vie heureuse et bonne. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les problèmes. L'universel est ramené à l'universalisme des doctrines, croyances, pratiques héritées de millénaires de pensée humaine, de révélations divines. Ce petit traité est un présentoir de super-marché dévolu à la vie intérieure et spirituelle. Éclectique au possible, syncrétique par juxtaposition des citations, des exemples, il donne le tournis en ramenant des doctrines hétérogènes à un corpus de sentences sentencieuses, sensées, censées nous guider. Bref, on en a pour son argent. Notre libre arbitre nous conduira à un libre choix entre une pratique bouddhiste de visualisation et une retraite dans un monastère, entre une méditation de ko-an sur un tapis volant et une prière dans une église romane. Je vais de ce pas pratiquer le yo yo du yin et du yang, me situer dans la perspective de l'amor fati avec une pincée de Coran et un zeste de sermon sur la montagne … J'invite chacun à se concocter son infusion, source de bien-être.
Paru, fin novembre 2011
Vous qui lisez ne me regardez pas
de Gilles Cailleau
400 pages, 13,5 X 20,5
VOUS QUI LISEZ, NE ME REGARDEZ PAS
(œuvres quasi complètes)
Autant d’écritures que d’histoires racontées.
On voyage beaucoup dans le temps et l’espace,
une mappemonde à portée de regards
et des rêves possibles sur des noms de villes, villages, de lieux divers, inattendus ;
l’amour beaucoup, jamais toujours
mais c’est beau, frais,
douloureux
et suprêmement déllicieux, tentateur,
éprouvant, tendre et cruel.
Jean-Claude Grosse
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