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Les Cahiers de l'Égaré
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Cahier Qui est Antigone aujourd'hui ?

15 Octobre 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #écriture, #auteurs de théâtre, #lettre, #philosophie

Cahier Qui est Antigone aujourd'hui ?
Cahier Qui est Antigone aujourd'hui ?

Qui est Antigone aujourd’hui ?

Parcours d’écritures et de lectures autour du mythe d’Antigone, proposé par Marilyne Payen-Brunet, formatrice, Marie-Agnès Decoopman, animatrice pédagogique, et Moni Grégo, écrivain, femme de théâtre, avec de jeunes apprentis de classes de seconde, première et terminale de l’unité de formation par apprentissage du Lycée agricole et horticole Agricampus de Hyères (Var).

 

C’est dans un espace merveilleux aux arbres hors d’âge, que j’arrive un jour de février 2020, accompagnée par Jean-Claude Grosse. Ce lycée de Hyères est comme un quartier fleuri où chaque rue mène à des bâtiments largement aérés. Tout est calme et accueillant. Après un café partagé avec Marie-Agnès Decoopman, l’animatrice pédagogique de l’établissement, nous allons rencontrer des élèves de seconde, de première et de terminale qui ont déjà approché le mythe d’Antigone avec leur formatrice Marilyne Payen-Brunet, par des textes, en particulier le texte dramatique original de Sophocle, mais d’autres aussi comme ceux de Jean Cocteau, Jean Anouilh... et le mien, « Les Enfants du Sphinx » paru aux Éditions Domens. Je présente Jean-Claude Grosse, éditeur des Cahiers de l’Égaré venu du Revest, qui me présente, moi qui viens de Sète.

PREMIÈRE DEMANDE DE MONI :
Des élèves par deux, chacun interviewe puis présente l’autre au groupe
et parle de sa relation au texte, au mythe, aux personnages de cette tragédie. Puis un essai par chacun de retracer les grandes lignes de l’histoire des Labdacides

TEXTE 2 - ÉCRIRE : UN MONOLOGUE

Un personnage de la famille des Labdacides parle à la première personne.

TEXTE 3 - ÉCRIRE : UNE ÉNIGME

TEXTE 4 - ÉCRIRE : UNE CÉLÉBRATION DE L’HUMANITÉ

TEXTE 5 – ÉCRIRE : UNE LETTRE

La dernière lettre d’Antigone murée dans sa prison.

TEXTE 6 - ÉCRIRE : UN RAP.

TEXTE 7 – ÉCRIRE : UN DIALOGUE.

Entre un père : Créon et son fils : Hémon

LIBRE DISCUSSION :

Petit point final où je leur demande si tout va bien,
s’il y a des questions, des propositions de choses à aborder auxquelles ils ont pensé ?...

En réponse, il semble que tout va bienque ces premiers temps ont été très heureux. Nous nous quittons avec le plaisir de prochains temps de rencontres où nous mettrons l’accent sur la lecture en public et la construction d’une présentation d’une heure de ces travaux à partager avec le public, cela en même temps que l’édition des textes aux Cahiers de l’Égaré et la réalisation d’un film par Christian Darvey. Ce projet a été accueilli au Lycée Agricampus de Hyères avec de jeunes apprentis de classes de seconde, première et terminale entre février et octobre 2020.

La restitution publique a été réalisée le vendredi 16 octobre 2020, à 15 H dans le grand amphithéâtre d'Agricampus.  

Ce 16 octobre, vers 17 H, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie et d'enseignement moral et civique, au collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte Honorine est décapité par un islamiste radical d'origine tchétchène.

Je ne découvrirai l'événement que le lendemain en lisant le journal du bar. Coïncidence ? Synchronicité ?

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Ma Pov Lucette / Caroline Leurquin

5 Octobre 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #auteurs de théâtre, #théâtre, #écriture

Ma Pov Lucette / Caroline Leurquin
Ma Pov Lucette / Caroline Leurquin

Ma Pov Lucette

Caroline Leurquin

achevé d'imprimer 11 septembre 2020

 

Ce texte a été accompagné par le collectif À mots découverts (chantier au plateau en partenariat avec Artcena et le Théâtre des Quartiers d’Ivry). Il a été sélectionné en 2020 par Troisième Bureau dans le cadre du festival Regards Croisés (Grenoble).

format 12 X 17,5 ; 94 pages ; PVP : 9€

ISBN 978-2-35502-114-5

distribution-diffusion par Soleils diffusion

23 rue de Fleurus 75006 Paris

0145488462 ; soleilsdiffusion@hotmail.fr

Depuis la mort de sa mère à sa naissance, il y a quinze ans, Marie est élevée par ses grands-parents dans un sentiment de culpabilité et de honte. En recherche du père qu’elle ne connaît pas, elle n’a pour tout confident que le curé du village, jusqu’au jour où elle rencontre Charlie, jeune homme inquiétant et poétique...

Comédie douce et drôle sur la bienséance sociale et religieuse, Ma Pov Lucette est avant tout l’apprentissage de la liberté d’une adolescente.

 

PERSONNAGES

MARIE, 15 ans
PAPI
MAMIE
SŒUR JULIETTE
LE CURÉ
CHARLIE, pas très beau, une vingtaine d’années

MAMAN

 

1.
MARIE – PAPI – MAMIE

MARIE. – Pas regarder, pas lever la tête, pas croiser les yeux.

PAPI. – Comme ça, t’y verras pas les pensées. Les pensées des gens, tu sais...

MAMIE. – Tu prends une religieuse au chocolat, un mille-feuille et un baba au rhum. Tu lui demandes de rajouter du rhum. Ils mettent jamais assez de rhum, c’est trop sec. Faut mettre du rhum dans le baba, au pire j’en rajouterai, si tout n’a pas été bu par quelqu’un. Tu demandes, t’es polie, tu dis s’il vous plaît mais tu regardes pas dans les yeux. Surtout si c’est l’patron.

PAPI. – C’est pour ton bien. Nous c’qu’on veut c’est juste pour ton bien.

MAMIE. – Pour la religieuse, si y’a plus au chocolat, tu prends au café.

PAPI. – J’aime bien le café, ça m’dérange pas.

19.
MARIE – CHARLIE

 

..............................................................

Ils s’éloignent du village.

MARIE. – Au revoir ma maison Au revoir la boulangerie
Au revoir « L’Eau de vie »,
Au revoir la cordonnerie de papi Au revoir l’église de mon père Au revoir la mairie

Au revoir le cimetière Au revoir les voisins Au revoir les champs Au revoir les chevaux...

J’ai lâché les rebords de la selle de la mobylette. Je l’ai lâchée en me disant, soit je me jette en arrière et je meurs, soit je me jette en avant, contre Charlie, et je vis.
Je me suis penchée, doucement. J’ai appuyé ma poitrine contre son dos, il a freiné légèrement et mon corps s’est calé comme un puzzle entre ses omoplates. J’ai passé mes bras autour de son corps. J’ai senti sa chaleur et j’ai cru à son amour, là tout de suite, j’ai su qu’il m’aimait et que je l’aimais. Sans passer par les yeux. J’ai senti que si je devais mourir là tout de suite éjectée, percutée, écrasée, je serais heureuse. Que si je devais partir maintenant et bien ce serait le bon moment, le moment juste. Alors que je pensais à l’accident, à la chute, à la fin, Charlie m’a pris la main, il tenait le guidon de l’autre et il m’envoyait la promesse d’un futur, la promesse d’un nous-deux. Il allait m’apprendre l’amour qui dévore et je n’avais pas peur. Il serrait ma main et en retour je le caressais. C’était la première fois que je caressais quelqu’un et pourtant tout était si simple. Je me penchais sur sa nuque et respirais, inspirais. Je l’ai embrassé. J’ai senti un petit frisson dans l’espace de sa peau, il m’a serrée plus fort et ma bouche a continué à explorer sa saveur, son odeur. Sa nuque était si douce, si chaude.
Je ne regarde pas, mamie ; je ne regarde pas, papi. Je vous jure, je baisse les yeux.
Mes yeux sont fermés et je sens, c’est la seule chose que je fais, je sens.

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Les collections des Cahiers de l'Égaré

5 Septembre 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #collection privée du capitaine, #philosophie, #poésie, #théâtre, #écriture, #jean-claude grosse, #pour toujours

article paru le 17 août 2020 annonçant la parution du Germain Nouveau par José Lenzini; titres récents
article paru le 17 août 2020 annonçant la parution du Germain Nouveau par José Lenzini; titres récents
article paru le 17 août 2020 annonçant la parution du Germain Nouveau par José Lenzini; titres récents
article paru le 17 août 2020 annonçant la parution du Germain Nouveau par José Lenzini; titres récents

article paru le 17 août 2020 annonçant la parution du Germain Nouveau par José Lenzini; titres récents

Pour mes 80 ans prochains, sachant que l'éternité est le lot des âmes et des esprits, pour le corps, je ne sais rien, il semble judicieux de se soucier de la pérennisation des Cahiers de l'Égaré, aventure initiée en juillet 1988, en lien avec le festival de théâtre du Revest et qui à ce jour a publié 214 titres. La meilleure façon de pérenniser semble être dans la création  de collections, indépendantes, sous la responsabilité de personnes beaucoup plus jeunes que moi. Existe déjà la collection privée du capitaine, ISSN 2430-4204, sous la responsabilité de Baptiste Moussette et de Lucie Doublet, collection basée à Saint-Denis dans le 93. 

La Collection privée du Capitaine est née en juin 2015.

Elle s’inscrit au sein des Cahiers de l’Égaré comme une collection autonome, qui s’appuie sur la structure de la maison d’édition, pour déployer son propre chemin, sa propre sensualité, s’inspirant de l’esprit poétique d’égarement déjà existant, et inventant son propre esprit.

La ligne éditoriale de La Collection privée du Capitaine désire défendre, et mettre en avant, des écrits contemporains d’une certaine qualité et tenue littéraires. Les écrits peuvent être de l’ordre du récit, du roman, du théâtre, ou encore, de la poésie. Il y a un déploiement, espérons-le, d’écritures singulières, exigeantes, mais accessibles à tous.

De par son format, la collection privilégie des écrits courts, ou mi-longs.

La Collection privée du Capitaine désire offrir un espace aux écritures profondes, mais qui savent aussi caresser les surfaces. Aux écritures habitées, et maniant le retrait. Aux belles écritures, touchantes, vives, évocatrices, prospectives. Des écritures qui donnent à entendre, humaines, et qui puissent être objet de lectures vivantes. Des écritures à traverser, à méditer, et dont les images émergent aisément.

Chaque écrit déploie une beauté, une justesse, qui lui est propre, et qui lui échappe aussi. Des écritures engagées par les auteurs, comme désengagées, laissant ainsi la place à l’écriture, aux lecteurs et aux lectrices.

La Collection privée du Capitaine vous souhaite de bonnes lectures, et elle remercie chaleureusement ses auteurs, sans qui, elle n’existerait pas. Elle remercie aussi, pour ses illustrations de couvertures exceptionnelles, Vincent Muir et Céline Piriac. Elle remercie enfin Jean-Claude Grosse, pour son bonheur égarant.

Baptiste Moussette & Lucie Doublet
La Collection privée du Capitaine

Une deuxième collection existe de facto mais n'a jamais été finalisée, la collection Théâtre de la Jeunesse. Elle est le fruit d'un partenariat suivi entre la Bibliothèque de Théâtre Armand Gatti (basée un temps à L'Abattoir à Cuers, puis installée à La Seyne sur Mer, place Martel Esprit, devenue aussi lieu de résidences d'écritures) et Les Cahiers de l'Égaré.

Depuis le 28 septembre 2019, la Bibliothèque de Théâtre Armand Gatti est passée sous la responsabilité du Pôle, scène conventionnée d'intérêt national art en territoire, basée au Revest. Les activités portent dorénavant le nom de Saison Gatti. Dans les semaines à venir, un N° de collection sera demandé, officialisant l'existence de cette collection.

La Bibliothèque Armand Gatti a coédité avec Les Cahiers de l’Égaré :
Le Corps qui parle (recueil de huit pièces courtes commandées à huit auteurs varois, 2001) Rêver le monde (recueil de quatre pièces pour la jeunesse couvrant le champ scolaire du primaire au lycée, 2002), Des Lendemains qui dansent (cinq pièces pour la jeunesse, 2004).

Dans la collection Théâtre jeunesse en partenariat avec la bibliothèque de théâtre Armand Gatti

Des lendemains qui dansent : Mina Chouya de Frédéric Senent - Mise au point, virgule de Françoise Pillet - Le Garçon aux sabots de Marie-Line Laplante - On fume une cigarette et en avant pour la nouvelle de vie! de Fabienne Rouby - « Au pays de mon Père on voit des bois sans nombre » de Françoise du Chaxel.

Rêver le monde : Les trois vies de Zéfurine de Sylvie Durbec, Catherine Krémer, Jean-Claude Leportier - Zindziwa et la légende du vieux monde de Lucette Salibur - Si on rêvait ? Si on parlait ? de Françoise du Chaxel - Les badauds de Catherine Zambon.

Théâtre de la jeunesse #1 : Récréations - Sans défense - La SEGPA, c’est pas du gâteau ! - Deux meurtres pour le prix d’un, quatre pièces écrites par des élèves de CM2/6avec Fabien Arca, Sabine Tamisier, Catherine Verlaguet.

Théâtre de la jeunesse # 2 : Aux peurs etc. - Les Enfants de Jules-Verne - La Guerre des Planètes - À la recherche du grêlon, quatre pièces écrites par des élèves de CM2/6avec Julie Aminthe, Fabien Arca, Catherine Verlaguet.

Théâtre de la jeunesse #3 : Le secret de Grésigrove - Le jour où j’ai bouché les toilettes - Un monde nouveau - Sauver X, quatre pièces écrites par des élèves de CM2/6avec Catherine Verlaguet, Catherine Benhamou, Fabien Arca, Julie Aminthe.

Théâtre de la jeunesse # 4 : ZUP &Villa de Barbara Métais-Chastanier - Balance ton H ! de Mustapha Benfodil - La vilaine petite cane suivi de Double-je(ux) de Julie Aminthe.

 

Théâtre de la jeunesse #5, nouveau format 15 X 21, papier ivoire, 148 pages, 500 exemplaires, ISBN 2-978-35502-111-4, PVP 12 €, distribution Soleils, 23 rue de Fleurus, 75006 Paris / 0145488462

À la fois cinquième édition d’un projet fondé par Orphéon et première réalisée dans la cadre de la Saison Gatti qui a rejoint le Pôle – scène conventionnée d’intérêt national Art en territoire – ce recueil regroupe quatre pièces de théâtre, écrites durant l’année scolaire 2019-2020. Elles sont nées de la rencontre des élèves de trois classes de CM2 de La Seyne-sur-Mer et d’une classe du Conservatoire Toulon Provence Méditerranée, avec quatre dramaturges : Lucie Depauw, Hans Limon, Julie Aminthe, Anouch Paré.

une 3° collection est en gestation, la collection APORIE

coïncidence : l'initiateur de cette collection, José Lenzini, sait-il que la revue APORIE a existé de 1982 à 1990, a édité 13 N°, le 14°, le Vent, n'ayant été que du vent comme il se doit. La revue APORIE a été dirigée par Jean-Claude Grosse et François Carrassan.

APORIE

proposition de collection

Que serait-il advenu de tel auteur, philosophe, savant, stratège ou sportif si, à un moment donné de sa vie, le contexte, l’histoire, un événement anodin en avait modifié le parcours… Ce postulat posé, il convient alors d’envisager ce qui aurait pu se passer et parfois bouleverser notre quotidien, tout en collant au contexte historique, à l’environnement sociologique de tel ou tel autre personnage. Ce, de manière originale, inattendue, décalée, tout en gardant une forme de complicité avec la réalité antérieure et en mettant en exergue des passerelles clins d’œil entre ce qui est advenu réellement et ce que l’auteur en fera.

Pour ce faire, il me paraît nécessaire de proposer des livres courts n’excédant pas 100.000 signes, afin qu’ils puissent être dynamiques, rapides sans se perdre dans les arcanes du savoir ou/et de l’histoire. 

D’où la nécessité de faire appel à des spécialistes qui seront à même de se livrer à cet exercice de l’improbable… 

Quelques auteurs pressentis s’intéressent à ce projet auquel ils seraient prêts à collaborer parmi lesquels Boris Cyrulnik, Daniel Herrero, Razika Adnani, Wassyla Tamzali, José Lenzini et Boualem Sansal

José Lenzini qui propose cette collection a longtemps été journaliste (Var Matin, Le Monde, La Tribune, BFM). Il a écrit et publié une vingtaine d’ouvrages (notamment chez Actes Sud et Belfond) dont cinq consacrés à Albert Camus (l'un réédité chez Barzakh en Algérie), un à Barberousse, un à Jules Roy et deux autres à Aurélie Picard, princesse Tidjani. Il est l'auteur de la première biographie de l'écrivain Mouloud Feraoun parue chez Actes-Sud et récemment rééditée aux Éditions Casbah (Alger). 

Il est également co-auteur, pour le théâtre, de deux pièces : "Mai 68 : de Gaulle, la révérence" et « Les mots lestés »

 

 

 

Je conserverai la responsabilité de quelques titres et aventures, essais, poésie, théâtre, livres pluriels. Un essai de François Carrassan, titre provisoire Réalité en sursis, illustré par Bernard Plossu, Père Ubu et mère Blabla de Philip Segura, Your last video (porn theater) d'un auteur sud-africain, Futurs désirés pour Corsavy, Le Revest, le recueil des écritures des apprentis du CFA de l'Agricampus de Hyères, Les Antigones sous la responsabilité de Moni Grego, projet initié par Marilyne Brunet...

un essai important sur vivre en poésie, illustré par le recueil Les tourterelles sacrées
un essai important sur vivre en poésie, illustré par le recueil Les tourterelles sacrées

un essai important sur vivre en poésie, illustré par le recueil Les tourterelles sacrées

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Thés, buvards et p'tits papiers / atelier d'écriture Point de mire

27 Juin 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #écriture, #voyages

Thés, buvards et p'tits papier, ISBN 2-978-35502-112-1, 120 pages, 150 exemplaires, en commande à la bibliothèque Oustaou per tutti, Maison des Comoni au Revest

Thés, buvards et p'tits papier, ISBN 2-978-35502-112-1, 120 pages, 150 exemplaires, en commande à la bibliothèque Oustaou per tutti, Maison des Comoni au Revest

Point de Mire

Se focaliser sur quelque chose à dire, être attentive à son émergence par l’écriture, prêter attention à la manière de procéder de chacun(e), dans le respect et la bienveillance, tels sont les objectifs lorsque j’anime un atelier d’écriture...

Celui du Revest-les-Eaux se déroule depuis plus de quinze ans, un samedi par mois, dans la bibliothèque du village. Ça n’est pas qu’un atelier d’écriture, c’est devenu une aventure humaine.

L’arrivée se fait toujours dans un joyeux brouhaha ! Durant la mise en place, sortir les cahiers, les crayons, mais aussi les thés, les chocolats, les gâteaux, la bouilloire, nous nous donnons toujours un bon quart d’heure pour échanger les nouvelles : qui a lu ce livre, vu ce film, écouté ce concert, partagé tel spectacle ?

Puis doucement, lentement, à l’énoncé du premier jeu d’écriture, de la première consigne, le silence va s’installer, le regard va se perdre au loin ou se tourner vers l’intérieur, les plumes, les pointes, les crayons vont commencer à glisser sur les pages blanches laissant libre cours à l’imaginaire de chacun(e)...

Ainsi de fil en aiguille vont naître des textes, des bouts d’histoires, des pistes à développer un jour, plus tard ou jamais.

À la fin de la séance, on peut lire son texte à voix haute et cela devient un moment de partage très émouvant, fragile et intense.
Et aussi souvent le temps de grands rires...

Merci à tou(te)s ceux-celles qui sont venu(e)s partager ce bout de route.
Merci à la Mairie du Revest-les-Eaux qui soutient l’atelier depuis ses débuts.

Michelle Lissillour

Éditer

Éditer, c'est ce que je fais depuis 32 ans. En artisan, c'est-à-dire sans souci des circuits du livre impliquant service de presse, attachée de presse, féminine nécessairement, salons du livre, prix littéraires, lectures-signatures en librairie, médiathèques, subventions à solliciter, résidences d'écriture. Cela signifie réduire ma surface de visibilité. J'édite donc, entre 50 et 300 exemplaires en édition numérique. La souplesse et les coûts de l'édition numérique me permettent d'être très réactif, de fonctionner sans ligne éditoriale et sans programme, au petit (grand) bonheur des rencontres et coups de cœur.

L'atelier d'écriture Point de mire du Revest existe depuis 15 ans. Comment ne pas éditer le livre des 15 ans de cet atelier, principalement féminin, ce qui pour moi est un des signes que des changements nécessaires dans nos rapports à la Vie, seront amenés par l'action des femmes, conscientes de leurs pouvoirs de « sorcières ». Des femmes écrivant studieusement et joyeusement, c'est une expérience que j'ai pu vivre parfois dans l'oustaou per tutti de la Maison des Comoni.

Ravi donc de donner à ces écrits sur petits papiers, séchés avec des buvards appliqués avec soin, tout en dégustant des thés singuliers selon des rituels très élaborés, la forme durable d'un livre, déposé à la Bibliothèque Nationale de France. Les lecteurs d'aujourd'hui et les chercheurs du futur y verront peut-être comment des amoureuses des mots ont su en s'appuyant sur des contraintes, donner forme à des fatrasies savoureuses.

Jean-Claude Grosse Les Cahiers de l'Égaré

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Théâtre de la Jeunesse #5 / Saison Gatti-Les Cahiers de l'Égaré

27 Juin 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #théâtre, #écriture

Sortie littéraire
Nous sommes heureux de vous annoncer la sortie du livre
Théâtre de la Jeunesse #5.
 

Une 5ème édition
 

A la fois cinquième édition d’un projet fondé par Orphéon et première réalisée dans la cadre de La Saison Gatti qui a rejoint LE PÔLE, scène conventionnée d’intérêt national Art en territoire, ce recueil regroupe quatre pièces de théâtre, écrites durant l’année scolaire 2019/2020.

Elles sont nées de la rencontre des élèves de trois classes de CM2 de La Seyne-sur-Mer (83) et d’une classe du Conservatoire Toulon Provence Méditerranée, avec quatre dramaturges : Lucie depauw, Hans Limon, Julie Aminthe et Anouch Paré.

 

 
théâtre de la jeunesse #5, nouveau format 15 X 21, papier ivoire, 148 pages, 500 exemplaires, ISBN 2-978-35502-111-4, PVP 12 €, distribution Soleils, 23 rue de Fleurus, 75006 Paris / 0145488462

théâtre de la jeunesse #5, nouveau format 15 X 21, papier ivoire, 148 pages, 500 exemplaires, ISBN 2-978-35502-111-4, PVP 12 €, distribution Soleils, 23 rue de Fleurus, 75006 Paris / 0145488462

À la fois cinquième édition d’un projet fondé par Orphéon et première réalisée dans la cadre de la Saison Gatti qui a rejoint le Pôle – scène conventionnée d’intérêt national Art en territoire – ce recueil regroupe quatre pièces de théâtre, écrites durant l’année sco- laire 2019-2020. Elles sont nées de la rencontre des élèves de trois classes de CM2 de La Seyne-sur-Mer et d’une classe du Conser- vatoire Toulon Provence Méditerranée, avec quatre dramaturges : Lucie Depauw, Hans Limon, Julie Aminthe, Anouch Paré.

L’occasion pédagogique a donné naissance à un théâtre à vif, que les trois autrices et l’auteur – ancrés dans la parole des enfants – ont su laisser sourdre de leurs plumes. Une écriture « en prise » avec la jeunesse qui leur a permis de livrer des textes dramatiques, témoins de l’époque et disponibles pour les générations à venir de lecteurs et d’acteurs.

Ce travail d’écriture et la rencontre avec chaque dramaturge avaient été précédés par une phase de lecture : lecture de seize pièces, lauréates du Prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public (sélection CM2-6e)1.

Cette expérience, soutenue pour la cinquième année par la DRAC PACA, fait partie du projet Un(e) auteur(e) dans ma classe initié par Orphéon / Bibliothèque de théâtre Armand Gatti : il vise à faire lire, écrire, jouer du théâtre dans les établissements scolaires.

Avec ce volume #5 de Théâtre de la Jeunesse, nous continuons à développer, au sein des Cahiers de l’Égaré, une collection théâtrale de textes d’auteurs dont l’écriture est ouverte à une dimension par- ticipative.

À l’heure où parait ce livre, les théâtres sont encore fermés. Si la crise sanitaire a empêché le passage de ces textes et des élèves au plateau – temps de restitution, de partage lors duquel chaque classe présente devant les trois autres classes une mise en espace ou une lecture du texte qu’elle avait co-écrit –, ce recueil témoigne que le théâtre est bien vivant : il porte en lui « un gai savoir » et la promesse d’une représentation, d’une « embrassade » à venir avec le lecteur et le public.

Georges Perpes Fondateur de la Bibliothèque Armand Gatti

Cyrille Elslander Directeur de la Saison Gatti Bibliothèque Armand Gatti

Table des matières
 

Lucie Depauw

Acqua alta ..................................................................................... 9

Hans Limon

La parole est à l’enfance............................................................... 29

Julie Aminthe

Notre rivoluzione ......................................................................... 63

Anouch Paré

Au dodo, Mammout !................................................................... 89

Annexe : Prix de la pièce de théâtre contemporain
pour le jeune public...................................................................... 143

Théâtre de la Jeunesse #1-2-3-4
Théâtre de la Jeunesse #1-2-3-4
Théâtre de la Jeunesse #1-2-3-4
Théâtre de la Jeunesse #1-2-3-4

Théâtre de la Jeunesse #1-2-3-4

 

Dans la collection Théâtre jeunesse en partenariat avec la bibliothèque de théâtre Armand Gatti

Des lendemains qui dansent : Mina Chouya de Frédéric Senent - Mise au point, virgule de Françoise Pillet - Le Garçon aux sabots de Marie-Line Laplante - On fume une cigarette et en avant pour la nouvelle de vie! de Fabienne Rouby - « Au pays de mon Père on voit des bois sans nombre » de Françoise du Chaxel.

Rêver le monde : Les trois vies de Zéfurine de Sylvie Durbec, Catherine Krémer, Jean-Claude Leportier - Zindziwa et la légende du vieux monde de Lucette Salibur - Si on rêvait ? Si on parlait ? de Françoise du Chaxel - Les badauds de Catherine Zambon.

Théâtre de la jeunesse #1 : Récréations - Sans défense - La SEGPA, c’est pas du gâteau ! - Deux meurtres pour le prix d’un, quatre pièces écrites par des élèves de CM2/6avec Fabien Arca, Sabine Tamisier, Catherine Verlaguet.

Théâtre de la jeunesse # 2 : Aux peurs etc. - Les Enfants de Jules-Verne - La Guerre des Planètes - À la recherche du grêlon, quatre pièces écrites par des élèves de CM2/6avec Julie Aminthe, Fabien Arca, Catherine Verlaguet.

Théâtre de la jeunesse #3 : Le secret de Grésigrove - Le jour où j’ai bouché les toilettes - Un monde nouveau - Sauver X, quatre pièces écrites par des élèves de CM2/6avec Catherine Verlaguet, Catherine Benhamou, Fabien Arca, Julie Aminthe.

Théâtre de la jeunesse # 4 : ZUP &Villa de Barbara Métais-Chastanier - Balance ton H ! de Mustapha Benfodil - La vilaine petite cane suivi de Double-je(ux) de Julie Aminthe.

quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré
quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré

quelques textes de théâtre des Cahiers de l'Égaré

Extraits du catalogue Les Cahiers de l’Égaré

Dans la collection Théâtre
Mon Bosphore à moi / Hususi Bogaziçim 
d’Izzedin Çalislar, traduit du turc par Sedef Ecer, édition bilingue français-turc.
Le Tour complet du cœur de Gilles Cailleau.
Tania’s Paradise de Gilles Cailleau.
Les Pieds tanqués de Philippe Chuyen.
Batailles dans le Midi de Philippe Chuyen.
De Gaulle 68, la révérence de Philippe Chuyen & José Lenzini.

Le corps qui parle, huit pièces courtes de Jacques Doazan, Jean-Claude Grosse, Jeanne Mathis, Christophe Pellet, Jean-Louis Rebora, Frédéric Senent, Jacques Serena, Jean Siccardi.

Le Voyage d’Amadou de Michel Gendarme.
 

L’Ultime Scène suivi de Stances et substances pour un banquet de paroles de Moni Grégo.

Histoire de places de Jean-Claude Grosse.

Lettre au directeur de théâtre de Denis Guénoun.

Une tragédie américaine de Marc Israël-Le Pelletier.

Je suis là de Jacques Maury.

Orphéon, légende de Georges Perpes

Moi, Avide Ier l’Élu 

suivi de EAT (manger, pisser, écrire au temps des queues de cerises) de É Say Salé.

Vols de voix de É Say Salé.


La Parole buissonnière de Yoland Simon. 

Pour Refuge B de Jean-Claude Villain.

Lili-Suzon de Danielle Vioux.

Prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public

Créé en 2003 par Orphéon-Bibliothèque de théâtre Armand Gatti et l’Inspection académique du Var / Rectorat de Nice, ce prix vise à promouvoir auprès des jeunes la lecture de textes contemporains de théâtre, à favoriser la rencontre avec leurs auteurs, à contribuer progressivement à la constitution de rayons de théâtre contemporain pour la jeunesse dans les bibliothèques de l’Éducation nationale.

Les élèves des écoles, collèges, lycées peuvent y participer dans deux catégories : CM2-6et 3e-Seconde.

Les lauréats du Prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public sont :

– en 2020, Sarah Carré (Babïl) et Jalie Barcilon (Tigrane)

– en 2019, Fabrice Melquiot (Les Séparables) et Evan Placey (Ces filles-là)

– en 2018, Philippe Gauthier (Quelques minutes de silence)

et Nicolas F. Vargas (Hashtag RomJul)

– en 2017, Simon Boulerice (Edgar Paillettes) et Léonore Confino (Le Poisson belge)

– en 2016, Fabien Arca (Jardin secret) et Céline Delbecq (Poussière)


– en 2015, Catherine Verlaguet (Les Vilains Petits)

et Ahmed Madani (Je marche dans la nuit par un chemin mauvais)


– en 2014, Rob Evans (Simon la Gadouille) et David Paquet (2H14)

– en 2013, Catherine Zambon (Mon frère, ma princesse)

et Philippe Gauthier (Balle(s) perdue(s) ?)

– en 2012, Fabien Arca (Moustique) et Cathy Ytak (50 minutes avec toi)

– en 2011, Christophe Pellet (Qui a peur du loup ?) et Juan Mayorga (La Paix perpétuelle)

 

– en 2010, Philippe Gauthier (Chant de mines) et Frédéric Sonntag (Sous contrôle)
 

– en 2009, Philippe Dorin (Les Enchaînés) et Élisabeth Gentet-Ravasco (Le Désidénoir)
 

– en 2008, Jean-Rock Gaudreault (L’Enfant et le Navigateur)

et Philippe Crubézy (Obliques à la Terre)
 

– en 2007, Stéphane Jaubertie (Yaël Tautavel) et Nasser Djemaï (Une étoile pour Noël)
 

– en 2006, Suzanne Lebeau (L’Ogrelet) et Wajdi Mouawad (Pacamambo)/

Fabrice Melquiot (Albatros)
 

– en 2005, Jean-Claude Grumberg (Pinok et Barbie) et Sylvain Levey (Ouasmok)
 

– en 2004, Nathalie Papin (Camino) et Jean-Gabriel Nordmann (Bakou et les Adultes)

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La Pente / François Carrassan

20 Juin 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #philosophie, #pour toujours, #écriture

le cycliste, Henri Cartier-Bresson, Hyères, 1932, avenue Edith Wharton

le cycliste, Henri Cartier-Bresson, Hyères, 1932, avenue Edith Wharton

La Pente

François Carrassan

ISBN 978-2-35502-105-3

112 pages, format 13,5 X 20,5, papier ivoire

4° de couverture

C’était en 1932 à Hyères. Un vélo sans intérêt descendait de la colline du château. Cartier-Bresson l’a vu venir du haut d’un escalier en surplomb de la rue. En un éclair le cycliste inconnu est devenu l’image de chacun de nous dévalant sa vie sur la pente du temps. Le plomb de la réalité avait donné l’or de la photo.

Le château, au sommet de la colline, a été rasé sur l’ordre d’un roi vengeur il y a quatre siècles et nulle image n’en est restée. Seuls des remparts font encore signe en son absence. On peut seulement lire qu’il était majestueux et s’imposait au paysage.

En 2014, une fouille archéologique de son site originel allait être entreprise pour la première fois. La photo s’installa dans mon esprit. Et, comme on allait descendre dans le temps, j’eus l’idée, m’inspirant du photographe, d’en sortir un instant et de le regarder passer.

François Carrassan

extrait

I

La rue des Porches, à Hyères, comme une brèche dans le passé de la ville, passe, large et sombre, sous de très anciennes maisons. Elle longe la dernière enceinte urbaine de la cité médiévale, quand celle-ci s’agrandissait sur les pentes de la colline au sommet de laquelle se dressait le château des seigneurs de Fos. Des meurtrières parsèment encore sa muraille.

Elle s’ouvre toujours au vent qui, sitôt levé, s’y engouffre comme dans une course folle. C’est le bon moment. Des paquets de poussière tourbillonnent sous les voûtes et, d’un pas de côté, vous vous mettez à l’abri dans le chambranle d’une porte qui se pourrait d’époque. Dans un rai de lumière qui tombe de la ruelle voisine, vous voyez la poussière jouer avec les pierres. On dirait le passage du temps.

 

Oui, comme si, sorti à cet instant du cours des choses et doté du pouvoir de le contempler, vous voyiez devant vous passer le temps.
Un peu, me suis-je parfois dit, à la façon d’Apollinaire marchant le long de la Seine, un livre ancien sous le bras, tandis que le fleuve s’écoule et ne tarit pas.

un retour de lecteur en date du 20 juin 2020

Cher François
Un grand, très grand merci pour ton livre sur " La pente....du 
temps"..et ta chaleureuse dédicace... Je l'ai lu d'une traite dès que je 
l'ai reçu et j'y ai pris un immense plaisir...D'abord d'y retrouver ma 
chère ville de Hyères dont je suis exilé depuis notre déménagement 
calamiteux et la perte de ma bibliothèque.....Je t'avoue que dans ta 
déclaration d'amour à Hyères j'en ai découvert non seulement l'histoire 
que tu racontes par petites touches, mais surtout un "je ne sais quoi" 
comme dirait Jankélévitch, qui n'est sans doute sensible qu'à quelqu'un 
comme toi qui le ressent avec ses racines, avec ses pores..Le " je ne 
sais quoi'" qui fait le charme d'un paysage à travers le passage du 
temps que tu perçois si bien dans le cycliste de Cartier Bresson...
J'en ai conçu aussi une certaine amertume envers ma propre impuissance à 
adhérer comme toi à ce génie du lieu... étant données les difficultés que 
j'ai connues dans mon passé familial, malgré tout ce que mes merveilleux 
parents, que tu as connus, ont fait pour moi... Ils étaient de vrais 
Hyérois, et avaient le même amour que toi pour leur ville dont ils ne 
seraient jamais séparés...
Mon sort a été différent et je me suis vraiment réalisé quand je suis 
venu à Paris pour mes études, à une époque où Paris était encore Paris 
et où la France était encore la France..
Mais ton livre n'est pas seulement attachant par cette magnifique 
évocation de Hyères, tu y exposes des réflexions à la fois légères et 
profondes sur la fuite du temps, sur l'éternité dans l'instant et sur le 
mystère de la mort que tu abordais déjà dans un livre précédent...Tu 
t'appuies sur une érudition qui apporte des fondements à ta promenade à 
travers le temps, mais qui ne se montre pas et à certains égards, j'ai 
retrouvé dans ton style, dans ta manière l'esprit du XVIII ème siècle 
dans ce qu'il a pour moi de mailleur...qui est celui de Diderot dans ses 
lettres à Sophie Volland, que j'ai malheureusement larguées avec ma 
bibliothèque du Portalet...un naufrage que j'aurais pu certainement 
éviter si je n'avais pas céder à l'urgence et à la panique.
Ce que tu écris sur le patrimoine est très juste et sort des lieux communs.
A propos des Noailles tu cites Igor Markevitch qui a raconté dans ses 
mémoires, "Etre et avoir", l'histoire mouvementée de sa romance avec 
Marie-Laure. Et parmi les amoureux de Hyères, il y a Stevenson qui a 
vécu dans le quartier du Continental et dont sa femme a dit qu'il avait 
passé à Hyères la plus belle année de sa vie.
Ces retrouvailles avec toi et avec Hyères à travers ton livre 
tombent bien parce que je doit faire en novembre une conférence à la 
médiathèque dans le cadre d'un projet dont ma fille a donné récemment le 
dossier au docteur Roux, un vieil ami de ma famille. Elle voulait aussi 
te voir mais a été débordée par son programme et n'avait pas pu te joindre.
Elle va te l'envoyer.
Je ne sais pas encore quel sujet je vais traiter, sans doute sur Tolstoï 
dont le frère est mort à Hyères, où il a passé lui-même plusieurs mois. 
Ce sera aussi l'occasion de faire mieux connaître la soeur de Tolstoï, 
qui aimait beaucoup Hyères. Personnellement je m'intéresse davantage aux 
livres et aux idées qu'à des aspects biographiques mais il est important 
d'ancrer une oeuvre dans une vie et un terroir.
Si le sujet t'intéresse tu pourrais y participer. Ce serait bien aussi 
d'inviter Jean-Claude Grosse qui a beaucoup aidé ma fille quand il 
dirigeait son théâtre au Revest.
A propos, je vais le féliciter pour le bel écrin qu'il a offert à ton 
texte, avec une typographie adaptée à ma vue ce qui m'a facilité la 
lecture. 
Gérard Conio
PS Il se trouve que j'ai écrit sur l'instant qui nous sauve du 
sarcophage du temps dans une étude sur " La dialectique du double chez 
Dostoïevski" que j'ai retrouvée à l'occasion d'un entretien sur le 
nihilisme dans une émission de Radio Courtoisie. Je te l'envoie en pièce 
jointe.

quelques titres de et avec François Carrassan
quelques titres de et avec François Carrassan
quelques titres de et avec François Carrassan
quelques titres de et avec François Carrassan
quelques titres de et avec François Carrassan

quelques titres de et avec François Carrassan

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Les enfants de moins de douze ans volent / Michel Gendarme

1 Juin 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #collection privée du capitaine, #cahiers de l'égaré, #théâtre, #poésie

vient de paraître; diffusion Soleils, 23 rue de Fleurus, 75006 Paris

vient de paraître; diffusion Soleils, 23 rue de Fleurus, 75006 Paris

Les enfants de moins de douze ans volent !! de Michel Gendarme
La Collection privée du Capitaine – 42 pages
Les Cahiers de l’Égaré
Un poème hommage aux arbres
aux tempêtes et aux hommes

Force neuf
Rentre chez toi misérable rentre où tu dois être
Ce n’est plus l’heure d’être
Tu deviens voyou brigand terroriste à cette heure
De ne plus être l’enfant que nous fomentions
Et nous nous tu nous oublies

Les enfants de moins de douze ans volent !!  tisse les mots à la force du vent, et nous emmène peu à peu dans la tempête. Sa poésie parle d’enfance, des arbres, de l’artisanat, mais aussi du jeu de l’être, de son voilement et son dévoilement.   

Né en 1957, Michel Gendarme est poète, auteur dramatique, et romancier. Les enfants de moins de douze ans volent !! est son premier titre au sein de la collection. Il a aussi publié Le voyage d’Amadou (les survivants) aux « Cahiers de l’Égaré », et d’autres textes chez « Gros Textes Éditions », ou encore les éditions du « Non Verbal ».

Les enfants de moins de douze ans volent / Michel Gendarme

Personnage : 

Amadou, 21 ans, porte un Sweat à capuche 

Résumé : 

Amadou, jeune Malien issu de la pauvreté, de la brousse puis de la rue, vit de petits boulots, de nourritures et d’hébergements précaires. Baladé d’un tuteur exploiteur à un coach sincère, il se raccroche à ce qui l’aide à vivre, le football, qu’il pratique depuis l’enfance pour meubler ses longs moments d’oisiveté sans école. Repéré par quelques professionnels, aguerri par quelques matchs victorieux, il se fixe pour seul objectif de devenir joueur professionnel et pour cela de rejoindre l’Europe par tous les moyens. Pour lui, ce sera par la Libye via le désert avant de s’embarquer pour l’Italie. Longue épopée de deux années, risquée et dangereuse, mortelle pour beaucoup. Ce rêve sombre à quelques encablures de Tripoli lorsque le bateau sur lequel se sont entassés des centaines de malheureux coule et qu’Amadou est repêché in extrémis par les gardes côtes libyens. Une autre aventure commence alors pour lui, celle d’une renaissance, celle du retour au pays avec un combat acharné pour la reconnaissance de ses droits et de sa dignité d’homme. 

Début de la pièce : 

Amadou et quelques-uns de ses camarades sont amenés de force auprès du Ministre, à Bamako. Ils ont été arrêtés alors qu’ils manifestaient pour la xième fois afin d’obtenir le versement de l’indemnité promise il y a un an lors de leur rapatriement de la Libye au Mali. 

Amadou s’adresse au Ministre puis il commence le récit de son périple et des causes qui l’ont poussé à l’entreprendre. 

Chez le Ministre. 

Tu me donnes la parole, Monsieur le Ministre, je la prends. Mes camarades ici présents me donnent la parole, je la prends. Monsieur le Ministre, ce que tu vas recevoir dans tes oreilles est sacré, ce sont les mots que nous avons rapportés de notre dangereux périple. Chacun ici pourra témoigner de leur véracité. Tu nous as faits venir, manu militari, oh pardon ! je m’aperçois que je te tutoie, je devrais dire vous, Monsieur le Ministre. Tu vois, vous voyez, tu vois, ici chacun de nous est un minuscule grain dans l’immensité. Mais un grain qui se lève, poussé par la colère, plus un autre grain et encore un autre, ça fait une tempête, Monsieur le Ministre, une tempête qui pourrait grésiller à tes oreilles. Alors écoute-là, Monsieur le Ministre, écoute le sable. 

Amadou extrait de sa poche une poignée de sable qui s’écoule lentement. 

À mots découverts, Paris (dir. Michel Cochet )
"... ce récit-là m’a convaincu, il est fiévreux, passionné, touchant, prenant et tendu comme un arc. J’ai vraiment été pris par cette histoire... Un témoignage brut, une parole simple et vraie, directe. Une écriture sans fioriture, sans commentaires, remarquable de concision et de netteté, fourmillant par ailleurs d’une infinité de petits détails pris sur le vif qui nous rend l’histoire remarquablement proche et familière..." 

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Les Contes de la petite fille moche / Julien Daillère

30 Mai 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #collection privée du capitaine, #théâtre, #spectacles, #écriture

Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré

Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré

Loin des contes de fées et des mondes idéalisés, Océane, Kévin, Géraldine et les autres nous racontent les complexes autour desquels ils organisent leur quotidien.
Un texte qui nous emmène avec humour et émotion dans l’univers doux-amer de l’enfance.

 

OCÉANE
J’suis une petite fille moche

Océane : J’suis une petite fille moche. Je sais pas trop de quoi ça vient... Si c’est mon nez qui est trop long ou mon visage trop petit. Si c’est mes yeux qui sont trop rapprochés ou quoi. Je sais pas trop dire pourquoi mais je me regarde et... Et les autres ils pensent la même chose : j’suis une petite fille moche.

Les grandes personnes, elles, elles commencent toujours par me sourire quand elles me voient la première fois. Parce que je suis une petite fille, alors on me sourit. Et puis tout d’un coup, elles sourient plus pareil. C’est comme si elles avaient envie d’arrê- ter... mais qu’il fallait bien continuer parce que j’suis peut-être moche mais j’suis quand même une petite fille, mais qu’est-ce que j’suis moche !

En plus j’suis grosse !

(Amusée) Mais bon, si j’étais pas grosse, j’serais moche quand même alors bon... Au moins, être grosse, c’est déjà un peu une excuse d’être moche !

Maman elle voudrait que je maigrisse ! Alors je mange bien comme elle dit :

tout — comme — elle — dit.

Même si je vais piquer dans le frigo à des moments parce que j’ai trop envie !

(Confidence amusée) Je suis sûre qu’elle le sait, ma- man, mais elle fait comme si de rien n’était.

Aux anniversaires de mes copines – j’en n’ai pas plein plein plein, mais j’en ai quand même – eh bah j’ai vu qu’elles avaient toutes une grande glace dans leur chambre. Toutes !

(Boudeuse) Moi j’ai pas de glace. Et quand j’ai de- mandé à maman, elle a dit non !

(Amusée) Mais, c’est idiot parce que dans la salle de bain, il y a une grande glace où je me vois en entier si je monte sur le tabouret alors je me suis assez regardée comme ça, hein, je suis habituée...

Mais maman... !

Tous les matins, elle m’habille pour aller à l’école... Moi, je pourrais m’habiller toute seule mais c’est elle qui veut, ça lui fait plaisir, alors je la laisse faire... Et elle m’enfile — tous — mes — vêtements ! Mais elle est toujours un peu nerveuse parce que... Ça va jamais comme elle voudrait. J’ai toujours le chemi- sier qui rentre mal dans la jupe, ou elle arrive pas à boutonner, ou le collant est trop serré ou alors heu... C’est la coiffure... (Dépitée) Elle arrive pas à me faire des belles coiffures, maman. Elle essaie, elle essaie... Elle essaie vraiment ! Elle me met des petits nœuds, des serre-têtes, des chouchous, des bandeaux, des barrettes mais moi... Ça me tire les cheveux !

Non, moi je préfère quand on met heu... un bon- net... Ou un chapeau. Ou des lunettes !!!

J’aimerais bien avoir des lunettes !

Dans ma classe, il y a une fille, elle a des belles lu- nettes... ! Et même s’il y en a qui se moquent d’elle parce qu’elle a des lunettes, moi je trouve qu’elle est belle avec ses lunettes, qu’elle est même plus belle qu’avant alors j’aimerais bien avoir les mêmes...

C’est pour ça, un jour, j’ai dit à maman : « Je veux des lunettes ! » Elle m’emmène chez le docteur... : j’ai pas besoin de lunettes, j’ai une très bonne vue... comme papa !

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Orphéon Légende / Georges Perpes

30 Mai 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #pour toujours, #théâtre, #écriture

Orphéon Légende, une légende parmi d'autres sur la légendaire association Orphéon et ses 40 ans et sur la mythique bibliothèque de théâtre Armand Gatti et ses 20 ans

Orphéon Légende, une légende parmi d'autres sur la légendaire association Orphéon et ses 40 ans et sur la mythique bibliothèque de théâtre Armand Gatti et ses 20 ans

À la lectrice, au lecteur d'Orphéon Légende

Vous tenez entre vos mains un livre d’un genre particulier, c’est un livre de théâtre.
Ça existe encore ?
Quelle idée de lire du théâtre ?

Aussi saugrenue que celle de lire un scénario de film !

Peut-être n’avez-vous plus lu de pièce de théâtre depuis l’école ? le collège ? le lycée ?
Peut-être est-ce la première fois que vous en lisez une ?

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.e, vous êtes des millions, la majorité.

Pour les autres, la minorité,
salut les frangines, salut les frangins,
vous pouvez sauter cette adresse et passer directement à la pièce.

Peut-être ne lisez-vous plus, fatigué d’avoir lu trop de livres ?
Peut-être ne lisez-vous jamais ?
Pas un roman, une BD, un poème, une nouvelle. Pas un journal. Même un gratuit ?

Vous ne souvenez pas de la dernière fois où vous êtes entré.e dans une librairie.

Une bibliothèque ?

Vous n’avez jamais franchi la porte d’un théâtre. Pas le temps, l’argent.
Pas même le jour où il pleuvait à verse, il faisait si froid, pour vous mettre à l’abri dans le hall d’accueil.

Vous préférez courir dans la colline, sauter d’un rocher dans la mer, faire du parapente, de la grimpe, du vélo, du Pilates, du yoga, l’amour, de la musique, de la peinture, cuisiner un bon petit plat, aller au cinéma, envoyer des textos, voyager, chatter, regarder la télé, boire un coup avec les copains, arroser vos plantes, danser le tango, fumer un pétard, caresser votre chat, voir un match de rugby, taguer un mur la nuit dans une friche...

Vous n’êtes jamais monté sur scène.
Peut-être en primaire lors de la fête de l’école, je ne me souviens pas.
Vous n’avez jamais croisé la route, d’un prof, d’une amie qui vous a dit : tu devrais faire du théâtre.
Peut-être l’avez-vous croisé.e et vous n’avez pas osé sauter le pas ?
Vous n’avez pas rencontré l’hermaphrodite qui ne dit qu’un seul mot : v.i.t.r.i.o.l.u.m.

Si vous vous reconnaissez dans au moins une de ces lignes, c’est à vous que ce préambule s’adresse.

Dans tous les cas, ouvrez le livre où vous voulez. Au début, à la fin, au milieu.
Au hasard.
Un texte se défend tout seul. Il résiste même parfois.

Lisez-le seul.e silencieusement. Ou mieux à haute voix.
Ou mieux encore, partagez-le avec d’autres.

Une pièce de théâtre est traversée de multiples voix, où dialoguent celles de tous les vivants et de tous les morts.
Une pièce de théâtre ne s’embarrasse pas de description, elle suggère.

Un livre de théâtre n’est pas un cahier de régie, il attend la lumière de son lecteur.
C’est un matériau pour la scène, tout d’abord pour votre scène intérieure.

Un germe en attente de s’incarner.
Sans vouloir vous commander : Rêvez ! Faites votre lecture, elle est unique.

Une pièce de théâtre n’est pas une BD : je fournis les phylactères, vous les images.
Une pièce de théâtre est comme une chanson : j’écris les paroles, vous la musique.

Une pièce de théâtre, comme une BD ou un disque, n’est généralement jamais très longue : la lire ne vous prendra pas plus d’une heure.

Une précision encore : contrairement à l’usage, vous ne trouverez pas de liste des personnages. De plus, petit jeu, parfois simple, parfois plus compliqué, aucun nom de locuteur n’apparaît en face des répliques : aucune réplique n’est attribuée, si bien qu’au premier abord, on peut en conclure hâtivement qu’on ne sait jamais vraiment qui parle. À vous de faire votre distribution.

Si vous décrochez, c’est que le moment n’est pas venu.
Attendre une autre heure, d’un autre jour, d’une autre nuit, plus favorable, plus tard lorsque vous serez disponible. Laisser reposer. Parfois ça demande du temps, un certain temps. Finalement, peut-être que la nourriture ne sera pas à votre goût, insipide ou trop pimentée, trop légère ou indigeste, que ce n’est pas ce dont vous avez besoin maintenant, que le livre vient trop tôt ou trop tard.

Si c’est le cas, que vous vous résolvez à abandonner le livre, prenez-en soin, mettez-le de côté, à l’abri, en attendant... On ne sait jamais.page13image5773200 page13image5773408 page13image5773616

Ou alors, offrez-le, refourguez-le aux Puces, à un bouquiniste. Libérez-le dans un espace public. Merci pour lui.

Merci aussi à tous les copistes, anonymes ou connus, qui, depuis la nuit des temps, ont transmis les pièces du puzzle qu’est cette histoire.
Merci à mon éditeur, le seul que je connaisse capable d’accueillir un livre, sans savoir de quoi il traite, sans en avoir lu une seule ligne. Merci à sa confiance, à son amitié qui me permettent de rejoindre la foule de tous les autres égaré.e.s. Ce livre est pour eux & elles.

Et maintenant, bonne lecture.

Georges Perpes

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Dans la tête de Gabriel Matzneff / Chantal Montellier

13 Février 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré

Dans la tête de Gabriel Matzneff / Chantal Montellier

À Vanessa Springora, dont la lecture du témoignage

a déclenché le processus de création de ce texte pour moi libérateur.

Avec mes remerciements et mon respect pour son courage, son talent, et sa force.

Solidairement. C.M.

 

Je suis Gabriel Matzneff, je suis un écrivain célèbre paraît-il. J’ai 13 ans et ILS m’ont mis à l’HP car ILS disent que je suis fou et que j’ai des « pulsions patho- logiques » irrépressibles. Cela à cause de cet homme, un ami de la famille ? un parent ? qui m’aurait initié à ces... « choses »C’est le psychiatre, Laurent Goris, qui me l’a dit... Il appelle ce mystérieux personnage L’Initiateur ou Le Prédateur.

 

Récit de 52 pages écrit par Chantal Montellier, et illustré par 5 dessins de l'auteur, créatrice par ailleurs de BD.

ISBN : 978-2-35502-109-1

PVP : 12 €

Diffusion-distribution : Soleils diffusion, 23 rue de Fleurus, 75006 / 01 45 48 84 62

Livre référencé sur tous les sites de ventes en ligne 

Commandes à passer à votre libraire habituel via Soleils diffusion

https://www.facebook.com/soleilsparis/

Chantal Montellier sera accueillie à l'occasion de la 4ème édition de l'Ecrit des Femmes du 19 au 21 mars prochain à Périgueux par l'association Femmes solidaires Dordogne.

5° dessin réalisé par Chantal Montellier

5° dessin réalisé par Chantal Montellier

Dernières publications de chantal Montellier depuis 2015 :

– Actes Sud, La Reconstitution, livre 1, autobio-graphic
– Les Impressions nouvelles, Shelter market 
(en cours d’adaptation chez Kien production) BD dystopique
– Éditions Goater, Les vies et les morts de Cléo Stirner, roman

– Édition Helvétius, 68’Art, nouvelles et dessins sur mai 68
– Dessins politiques (hebdomadaires) pour communisteS

En projet, aux Impressions nouvelles: l’adaptation et la modernisation de Wonder city, BD dystopique

 https://bd-chroniques.be/index.../2018/01/03/shelter-market/

 

Chantal Montellier sera accueillie à l'occasion de la 4ème édition de l'Ecrit des Femmes du 19 au 21 mars prochain à Périgueux par l'association Femmes solidaires Dordogne.

Chantal Montellier sera accueillie à l'occasion de la 4ème édition de l'Ecrit des Femmes du 19 au 21 mars prochain à Périgueux par l'association Femmes solidaires Dordogne.

Mini-Biographie

Le moment Matzneff et le moment Potemkine

Ma mère avait été mal dessinée par la sienne, juste un détail minuscule, deux doigts légèrement atrophiés. Une honte quand même. Une peur, aussi. Elle a tout de même trouvé preneur, et même un très beau garçon, mon père.

Elle était la seconde et c’est elle qui était « marquée ». Enceinte juste après ma naissance, des représentations angoissantes la submergent, et elle décide d’avorter. L’avortement, trop tardif, se passe mal. Le fœtus a presque 5 mois! Ce n’est plus une simple IVG, c’est un meurtre. Ma mère ne s’en remettra pas. L’épilepsie la frappe.

« La maladie du Diable ». On les a brulées jusqu’à la fin du 18e siècle, les épileptiques...

Tout s’écroule. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées... Enfin, adieu la maison, les terres, la « petite entreprise »... Bonjour tristesse. Je grandis dans les décombres. Je deviens une artiste, sinon, quoi d’autre, vu l’état de mon inconscient ?
Le médecin (DLacoste) et la sage-femme (Mme Rose Baudras) 
qui, contre un million de francs de l’époque massacrent ma mère et l’enfant qu’elle porte, abusant de la peur d’une femme et de la superstition de son entourage, gardent l’argent. Ils appartiennent à des familles puissantes. Des notables. Un stade, à Andrézieux, près de Saint-Étienne, porte le nom de l’avorteuse, le stade Roger Baudras...

Pot de fer contre pot de terre.

Quand je sors mon premier livre, Un deuil blanc, où je fais allusion à cette histoire, je suis instantanément couverte de boue. Un système de défense très efficace semble-t-il. Depuis, elle a séché, mais j’en porte encore les traces et j’espère toujours réparation.

Ce sont les mêmes gens, avec les mêmes mentalités, qui se régalent des turpitudes d’un Matzneff et ostracisent les artistes dans mon genre.

J’attends, avec des millions d’autres, « le moment Potemkine » après le moment Matzneff, et j’espère que ce livre-ci, aidera à son avènement.

Chantal Montellier (7 février 2020)

interview de Philippe Sollers, à propose de Désir, de #metoo, de Gabriel Matzneff

Didier Jacob : — Dans Désir, vous vous en prenez à #Metoo et à ce que vous appelez « l’Alliance féministe universelle ». N’est-ce pas risqué de prendre ce parti aujourd’hui ?

Philippe Sollers : — Mais non, #Metoo est une excellente nouvelle. Le fond du sujet, c’est que les questions sexuelles aujourd’hui débattues ne devraient tromper personne sur le but recherché qui est une intimidation générale. Ce qui est visé, c’est l’ensemble de la bibliothèque. D’ailleurs, j’ai prophétisé, dans Femmes, dès 1983, ce qui s’accomplit sous nos yeux.

Mais qu’est-ce qui s’accomplit selon vous en ce moment ?

— C’est la Révolution française qui continue de plus belle. Avec l’émancipation de la substance féminine. Comme a dit quelqu’un que je n’oserai pas citer, « la Révolution n’est pas un dîner de gala », et les dégâts collatéraux sont considérables. Mais Désir permet de prendre la distance révolutionnaire qu’il faut pour trouver que tout cela est finalement très positif. D’autant que cette libération de la parole féminine, qui est partie du cinéma américain, trouve à mon avis son impact majeur en France. Pourquoi ? Parce que la France, à travers sa littérature du XVIIIe notamment, a pris une avance considérable sur l’expérimentation des choses dites sexuelles. On peut d’ailleurs m’accuser vivement d’avoir été très partisan de la publication en Pléiade du Marquis de Sade…

Selon Adèle Haenel, le cinéma français n’a justement pas encore fait sa révolution…

— Moi, je soutiens à fond #Metoo. Je suis pour l’émancipation des femmes. Combien de temps a-t-il fallu pour qu’elles aient les droits élémentaires ? J’ai été fanatique de Simone Veil proposant l’IVG à la tribune de l’Assemblée nationale. C’est la moindre des choses. C’est un moment qu’il faut absolument soutenir, avec comme conséquence des dégâts considérables.

Vous voulez parler de la fin de ce que l’on pourrait appeler « l’horreur masculine » ?

— Ce qui m’intéresse, ce n’est pas qu’on fasse la chasse au mâle blanc hétérosexuel. La vraie question, que je pose dès le début du livre, c’est pourquoi maintenant ? La réponse la plus probable, c’est la régulation technique de la reproduction. Les femmes ont été obligées de subir pendant des millénaires des viols qui devaient consister à les faire engendrer pour les sociétés qui n’attendaient que ça. C’est une histoire terrifiante. « Mon corps m’appartient », c’est très récent. On n’en est qu’au début, ce sont les premiers pas. C’est de ça que je me préoccupe, et surtout à travers les écrivains, toujours meilleurs que les philosophes qui n’y ont jamais vu que du feu.

Pourquoi cette émancipation serait-elle forcément synonyme de contre-désir ?

— Elle peut l’être. Elle peut entraîner un violent mouvement de contre-désir, c’est ça que je condamne. Mais on ne peut pas me faire le procès de contester cette émancipation, si on veut être simplement correct avec moi. Après tout ce que j’ai écrit, tous les livres qui précisent mon amour pour les femmes, les lettres à Dominique Rolin, etc.

Vous avez été l’éditeur de Matzneff. Vous ne regrettez rien ?

— C’est vrai, j’ai publié La Prunelle de mes yeux. Il faut prendre ce livre et celui de Vanessa Springora et les lire ensemble pour savoir un peu qui est cette merveilleuse Springora. Elle-même dit maintenant qu’elle n’avait pas prévu tout ça. D’accord, tout ça, c’est très bien. L’histoire Matzneff est un épisode social français du plus grand intérêt. S’il n’avait rien écrit, rien ne se serait passé. À l’heure où je vous parle, il y a dix mille pédocriminels dans la nature en cours d’exercice.

Donc pas de regret ? VOIR L’article de Dominique Fernandez

— Ce que je trouve le plus étrange, c’est qu’on puisse accuser Matzneff de n’avoir aucun talent littéraire. Le seul qui a eu un peu de bon sens, c’est Dominique Fernandez qui a dit : « Attention à ce que tout ça ne produise pas un effet rétroactif. Baudelaire, etc. On va vous resservir toute la bibliothèque. » Alors Matzneff est-il un écrivain en très fâcheuse posture ? Il n’est pas Shakespeare, nous sommes d’accord, pas le Marquis de Sade non plus. Mais je trouve ce lynchage social extraordinairement préoccupant. C’est une leçon d’intimidation à l’américaine. Intimider tout le monde et surtout les maisons d’édition.

Est-ce que l’éditeur de Matzneff n’a pas sa part de responsabilité ?

— De responsabilité littéraire ?

Non, morale.

— Morale ! Et alors là on tombe dans la phrase de Pivot, autrefois la littérature primait sur la morale, maintenant c’est la morale qui primerait sur la littérature, et moralement c’est un progrès. Eh bien j’ai une attitude qui ne correspond pas à la morale. Mais c’est assez courant dans ce que je fais, il n’y a pas que Matzneff, j’ai publié beaucoup de choses, y compris mes propres livres. J’avais décidé de ne pas parler, mais Elisabeth Philippe [journaliste à « l’Obs »] m’a téléphoné pour me demander pourquoi j’avais arrêté de publier les Journaux de Matzneff. J’ai répondu « par saturation », et c’est vrai. Deuxièmement, et c’est vrai aussi, sa fantasmatique ne correspond pas du tout à la mienne, ce qui est le moins qu’on puisse dire.

Mais dire que l’on prend le risque, à terme, de disqualifier toute une littérature de la transgression, de Baudelaire à Genet, comme l’ont expliqué les soutiens de Matzneff, n’est-ce pas, à l’inverse, prendre le risque de légitimer la pédophilie, au prétexte qu’on serait écrivain et qu’on pourrait dès lors tout se permettre ? VOIR Physique de Genet Bataille, La littérature et le mal

— Un écrivain est toujours coupable. Une phrase de Genet, reprise par Sartre, m’a toujours parue hyper-lumineuse : « La société pardonne plus facilement de mauvaises actions que de mauvaises paroles. » Je crois que c’est vrai. Je crois, comme Flaubert, à la haine inconsciente du style. Attention, cette haine est là.

Mais, comme vous le dites, Matzneff n’est pas Shakespeare…

— Non.

L’affaire Matzneff, qui s’ajoute à l’affaire Moix…

— Maintenant c’est Griveaux…

Mais parlons des écrivains…

— Je vous rappelle que Pavlenski est un artiste russe…

Le milieu littéraire français, qui a été le milieu roi pendant des décennies, n’offre-t-il pas cependant, avec les affaires Moix, et maintenant Matzneff, une image consternante ? L’image d’un entre-soi intouchable où tout est permis, au nom de prétendues qualités littéraires ?

— L’entre-soi dont vous parlez n’a jamais été quelque chose que j’ai pratiqué…

Mais vous êtes au coeur du système !

— Je lis des textes, je les publie ou pas, avec plus ou moins d’accord. J’en ai publié beaucoup et ce que je remarque, c’est que je pourrais écrire encore trois chefs d’oeuvre, on ne m’en parlerait pas mais on me questionnerait sur ce qui pourrait avoir un rapport avec des symptômes sociaux.

L’intelligentsia française est en crise selon vous ?

— Je ne vais pas vous apprendre que la société est en pleine mutation que je crois révolutionnaire.

Mais ce milieu de grande influence, dont vous faites partie, il est en crise lui aussi ?

— C’était un milieu d’influence. Ça aura été. Prenez « l’Observateur » de Jean Daniel. Faisons-le parler d’André Gide. Après ce sera Camus. Et dans le journal, on fera parler des gens aussi étranges que Sartre, Foucault, Barthes, etc. Vous avez devant vous un survivant que l’on veut classer dans le futur antérieur et qui écrit un livre pour dire que le temps continue de plus belle, un temps révolutionnaire.

A l’époque, Denise Bombardier avait eu un certain courage, chez Pivot, pour dénoncer les pratiques de Matzneff. Et vous l’aviez traitée de « connasse »…

— Connasse. Elle a interprété ça comme si je l’avais traitée de mal baisée. Ce qui n’aurait jamais pu me venir à l’esprit. Jamais je n’aurais eu l’idée de traiter une femme de « mal baisée ». Je revois très bien la situation. J’étais en état d’ébriété. J’étais tout simplement bourré, cher monsieur.

Mais sur elle ? — Je n’en pense rien.

Elle a eu un certain courage ? — Qu’on la décore.

Pensez-vous qu’on pourra écrire, publier, avec autant de liberté dans les années qui viennent ?

— Ce n’est pas sûr. Il n’y aura plus de scandale puisque tout aura été contrôlé à la source. Je ne suis pas le seul à m’inquiéter de la liberté d’expression. Il y a une crise anthropologique formidable. Evidemment vous pouvez attaquer Freud, ça a eu lieu, ça continuera d’avoir lieu. Lacan me manque. J’aimerais bien aller le voir, qu’on aille dîner comme autrefois pour rire un peu de la stupidité humaine généralisée, de la névrose emblématique. Heureusement que je peux avoir des conversations un peu poussées sur tout ça, très calmes, avec mon épouse qui est psychanalyste [Julia Kristeva].

Vous êtes fatigué, inquiet ou serein ?

— Tout ça fait partie de la vie qu’on est obligés de mener. Je ne demande aucune commisération. C’est normal. C’est la guerre. C’est la France qui va mal.

En quoi votre personnage de Philosophe inconnu incarne la résistance ?

— Pas la résistance, la révolution. Ce n’est pas la même chose.

Une révolution continuée à l’échelle d’un seul homme ?

— Oui, il n’y a plus que lui.

Il n’y a plus que vous ?

— Ben ouais.

Propos recueillis par Didier Jacob, L’Obs du 19 mars 2020

Immersion dans la logique pédocriminelle
de Gabriel Matzneff 

21 février 2020 Par Antoine Perraud

N’y a-t-il que la police pour mettre le nez dans les écrits de Gabriel Matzneff ? Et pour en prendre la mesure ? La République des lettres n’a pas fait preuve d’une telle conscience professionnelle. Plongée dans des pages et des mots scélérats

 

L’aveuglement volontaire concernant Gabriel Matzneff eut cours jusque chez ses éditeurs. À La Table ronde – où, en 2007, fut mis fin à une mensualisation d’environ 600 euros de l’écrivain –, on se félicite de la décision de ne plus publier son journal que prit, voilà bientôt 30 ans, Denis Tillinac, l’ancien directeur de la maison ; et l’on avoue, avec une moue entendue, n’avoir jamais parcouru, sinon lu, que « deux ou trois romans pas plus » d’un tel auteur, pourtant historique.

Chez Gallimard, le silence, qui doit impérativement régner dans les lieux, est rompu avec parcimonie sous le couvert de l’anonymat : « Matzneff, ce sont les affaires de Philippe Sollers et je n’ai jamais eu le temps ni l’envie d’y jeter un œil », dit l’un. « Je suis contre toute forme de censure, mais un jour, choqué par la lecture d’un passage scabreux, pédocriminel pour tout dire, du journal de Matzneff, je m’en suis ouvert à un confrère et ami, qui m’a regardé comme si j’avais une âme de procureur », dit l’autre.

Un homme de plume, recru d’honneurs, de prix et de lauriers : « L’édition relève trop souvent de l’épicerie. Antoine Gallimard lit moins ses auteurs que leurs courbes de ventes. Matzneff n’était sans doute pour lui qu’un reliquat en stock. Aucun intérêt, comparé aux efforts pour produire un prix Nobel sur pied en la personne de Dai Sijie, cinéaste et romancier chinois méconnaissant le français, mais auquel la maison consacre son énergie créatrice : là gît le futur, tandis que Matzneff ressortit au vestige… »

L’intéressé souffrait, en son ego, d'un tel incognito relatif, qui pourtant le protégeait. En 1974, Gabriel Matzneff rédige Les Moins de seize ans pour la collection « Idée fixe » de Jacques Chancel – aux éditions Julliard, alors dirigées par Marcel Jullian. Il s’agit de permettre « à des écrivains d’énoncer sans détour le secret dont ils ont nourri jusqu’ici sournoisement leurs livres ».

Matzneff assène d’emblée : « La vérité est que si les gens savaient lire, ils n’auraient pas besoin qu’Idée fixe leur mît les points sur les i. Mais voilà, les gens ne savent pas lire, ils ne lisent pas, ils feuillettent nos bouquins au drugstore, ils parcourent en diagonale les articles que la presse nous consacre, c’est bien suffisant, l’important pour eux n’est pas de connaître un auteur, mais de pouvoir en parler. D’où la nécessité d’une explication de texte, comme à l’école, d’où l’utilité d’Idée fixe. »

Les Moins de seize ans s’avère, dans la production matznévienne, frontière entre son activité de diariste, qui lui permet de se livrer sans fard, dans toute sa crudité de prédateur sexuel, et les ouvrages se prétendant plus respectables, dans lesquels il avance pourtant à peine masqué, tant la ligne de démarcation s’avère plus ténue que tenue.

Exemple avec Comme le feu mêlé d’aromates, publié en 1969 et réédité par La Table ronde en 2008. Lors de sa parution, Dominique de Roux écrivit dans Le Magazine littéraire : « Entre les créateurs de la trempe de Matzneff et les rabougris mentaux, fétichistes de l'actualité, il y a la même différence qu'entre les jeunes princes mongols de la cour de Gengis Khan et les évêques gâteux de l'Église de Rome. Par la gloire lente de ses pudeurs, par sa respiration calme et ses éclairs, Comme le feu mêlé d’aromates est, à lui seul, beaucoup plus important que l'ensemble de la pensée dite philosophique en France depuis la Libération. »

Le style fatal flatteur avant la lettre d’un tel dithyrambe, tenant lieu de recension critique, donne à imaginer les crêtes spirituelles auxquelles le lecteur est appelé à se mesurer. Or voici ce qu’il nous y faut lire. La scène se passe en Mai-68, qui trouve l’écrivain en Espagne avec sa « petite amie censée préparer son bachot » mais qui n’en fait rien – Matzneff ajoute alors : « Les filles à diplômes me font peur », ce qui a son importance, nous y reviendrons.

Quelques pages plus loin : « La charmante lycéenne qui m’accompagnait en Espagne a pu, quoique nous ne fussions rentrés à Paris que le 14 juin et qu’elle n’eût pas ouvert un manuel scolaire depuis deux mois, se présenter à son bachot et y être triomphalement reçue. À qui doit-elle en rendre grâce ? Aux trotskystes qui ont bouleversé l’école française ? À mon cher abbé de Saint-Cyran dont le tombeau se trouve à quelques mètres du centre d’examens de la rue de l’Abbé-de-l’Épée ? À Priape, fils de Dionysos et d’Aphrodite, qui malgré son air bougon et sa barbe hirsute, est propice aux amants et qui, dans une inscription grecque gravée dans une statuette du musée du cardinal Albani, est nommé le sauveur du monde ? »

Gabriel Matzneff a disparu des rayons, à la librairie Gallimard du boulevard Raspail (Paris VIIe). Matzneff tombe à l'eau, qu'est-ce qui reste ? Maulnier ! © AP

Tout est en place : la concordance des temps qui signale l’être quintessencié, suffisamment loin du dérèglement pour employer à la perfection le subjonctif imparfait ; l’érudition qui voile d’un clin d’œil complice ce qui ne saurait passer pour souffrances orgiaques infligées à plus petit que soi ; le paravent de la religion accordant forcément le pardon à celui qui rencontre Dieu au septième ciel.

Sûr d’avoir ferré son lecteur, Matzneff enfonce ainsi le clou dans Comme le feu mêlé d’aromates : « Le lit a toujours été le meuble essentiel, souvent l’unique, de mes domiciles parisiens : c’est mon terrain de chasse, fatal à l’innocence des petites perdrix dont, comme chacun sait, le sort est d’être mangées sur canapé. »

Est-ce « beaucoup plus important que l'ensemble de la pensée dite philosophique en France depuis la Libération » ? C’est en tout cas, suivez la chair fraîche ainsi humée à larges narines, une entrée dans la caverne du rapineur : « J’ai toujours eu un faible pour les ogres », est-il écrit en toutes lettres, dans Les Moins de seize ans, au chapitre benoitement intitulé « Les ogres ». Cette caverne aux supplices, un pan de l’œuvre matznévienne en joue donc le rôle de seuil – d’exonarthex pour écrire comme lui.

Entre l’ouvrage prétendu honorable et le tout-venant pédocriminel sans filtre qu’est le journal, Gabriel Matzneff a ainsi conçu son antichambre des horreurs, le jardin d’acclimatation de ses désirs pervers, la membrane à traverser pour mettre cap au pire : des essais, dont Les Moins de seize ans apparaît comme le plus caractéristique.

Extrait : « Lorsque nous allumons un feu dans le cœur de l’un d’eux, nous ne savons pas si, passée la frénésie sensuelle des premiers jours ou des premières semaines, nous aurons encore envie d’alimenter ce feu, nous ne savons pas davantage si nous serons alors capables de l’éteindre. Détacher un/une gosse de soi est parfois plus difficile que de se l’attacher. »

Deux paragraphes plus loin : « L’un des charmes d’une liaison avec un gamin ou une gamine, c’est précisément que la famille et l’école occupant une grande partie de son temps, on ne le/la voit qu’assez peu, que ces brefs instants sont consacrés entièrement à l’amour, et que l’on échappe ainsi à la pesanteur du tête-à-tête permanent, ce tombeau de la passion. »

La phrase suivante est sans appel : « J’ajoute que ces réflexions sur la possessivité de l’extrême jeunesse valent moins pour les garçons que pour les filles. Non que les mômichonnes soient plus sentimentales que les mômes, mais un garçon de quatorze ou quinze ans, même s’il est très épris de vous, sait obscurément qu’il ne passera pas toute sa vie dans vos bras ; au lieu qu’une fille, dès qu’elle est amoureuse, se met à gamberger, rêve de cohabitation, de vie à deux, d’éternité. »

Le livre est dédicacé à une jeune amante sur laquelle avait alors fait main basse Matzneff : Francesca. Des extraits de ses lettres emballées – c’est-à-dire assujetties, domptées, encagées – à son seigneur et maître Gabriel sont reproduits sans vergogne.

« Pourquoi tu me tripotes ? »

Vingt ans après, en 1994, dans sa préface à la réédition du livre, l’auteur écrit ceci : « Les impostures de l’ordre moral n’ont jamais été aussi frétillantes et bruyantes. La cage où l’État, la société et la famille enferment les mineurs reste hystériquement verrouillée. Ravissantes lycéennes ! Écoliers frondeurs ! Ce n’est pas encore demain que vos professeurs puiseront leurs textes de dictée et leurs sujets de dissertation dans Les Moins de seize ans. Ce petit livre au titre innocent, c’est de la dynamite. »

Le pervers inverse les choses. L’innocence est sa partie, tandis que la société encage les enfants qu’il se fait fort d’affranchir. Dans une seconde préface, en 2005, pour la dernière réédition en date (chez Léo Scheer) des Moins de seize ans, l’auteur, du haut de ses 69 ans, se livre à un plaidoyer incendiaire, frôlant le délire, empli de contradictions, dont voici un passage significatif :

« En amour, j’ai horreur de la brutalité, de la coercition. Que l’on rétablît la peine de mort pour les pédophobes, c’est-à-dire les violeurs et les assassins d’enfants, je ne m’en émouvrais guère (en notant cependant que les lois imbéciles contre la philopédie ne peuvent qu’inciter des esprits faibles à paniquer, à violenter). Francesca, quinze ans, dont les lettres d’amour sont le joyau des Moins de seize ans, peut en témoigner, mais aussi Marie-Élisabeth, quinze ans, Olivier […1] ans. […] »

À ce stade du texte, une note indique – elle en dit long sur l’ivresse de la transgression et le sentiment d’impunité d’un écrivain qui se voudrait mutin : « Mon avocat a fait – quel étourdi ! – une tache d’encre sur ce chiffre. Je renvoie les curieux qui voudraient à tout prix le connaître à mon roman Ivre de vin perdu où le jeune Olivier m’a inspiré un charmant personnage prénommé Jean-Marc. »

Et Matzneff de poursuivre sa liste, persuadé de s'élever jusqu’au sommet de « l’air du catalogue », joyau du Don Giovanni de Mozart : « Anne, quinze ans, Fabrice, quinze ans, Vanessa, quatorze ans, Véronique, seize ans, Aouatife, quinze ans, Maud, dix-sept ans, Justine, quinze ans, sans oublier les jeunes filles majeures et vaccinées qui ont partagé ou partagent ma vie. Ce que j’aime, c’est charmer, séduire, conquérir et au lit seule me captive la réciprocité du plaisir et de l’élan. L’amour vénal n’est pas ma tasse de thé et je pense que peu d’hommes ont moins que moi recours à lui. Dans les pays dont je ne parle pas la langue, réduit au rang de l’imbécile touriste lambda, si je n’ai pas apporté mon biscuit, je suis parfois contraint de recourir aux câlins mercenaires ; mais ceux-ci, qu’il s’agisse des pueri delicati d’Hikkaduwa ou des petites michetonneuses du Harrison Plaza, se déroulent toujours sous le signe de la confiance et de la gentillesse. »

La réciprocité n’est que poudre aux yeux. Un égoïsme de fer transpire dans le journal de Matzneff, en particulier dansCarnets noirs (2007-2008), volume publié chez Léo Scheer – avec moins d’interventions d’éditeurs (Philippe Sollers, Christian Giudicelli) ou d’avocats que chez Gallimard : « Je ne peux plus me payer le luxe de perdre mon énergie, ma bonne humeur et mon temps en disputes amoureuses, en fausses ruptures, en bêtises passionnelles qui ont certes durant des années nourri mon inspiration romanesque, vivifié mon travail d’écrivain, mais qui aujourd’hui seraient véritablement surannées. Je vais donc ouvrir ma porte ce soir à Marie-Agnès. Ma porte et mon lit. S’il veut préserver sa bonne humeur, son insouciance, un homme d’esprit doit toujours en revenir à la phrase essentielle, définitive, de Lacenaire dans Les Enfants du Paradis “Lacenaire n’est pas de ceux qui se compliquent l’existence par une histoire de femme. C’est peu de chose, les femmes.” »

 

Autre extrait du même volume, qui donne la mesure de l’autolâtrie endurcie de l’écumeur d’amour, du giboyeur, du prédateur Gabriel Matzneff : 

« Hier après-midi, Anastasia m’a donné un plaisir extrême. Aucune masseuse de Bangkok, aucun michetonneur de Manille ou de Colombo n’aurait pu m’en donner davantage. Dans ces conditions, pourquoi ne pas rester chez soi ? Il y a de la ringardise (j’ai écrit sur ce thème quelques lignes définitives dans Les Passions schismatiques) à ne pas être capable d’avoir une vie amoureuse enthousiasmante dans son pays, à être contraint à l’exotisme pour tirer son coup. Ce que l’on appelle aujourd’hui (en fronçant les sourcils) le “tourisme sexuel” est toujours un tourisme de ratés, de pauvres types. »

Le paragraphe suivant dédouane l’auteur, de façon symptomatique : « Avec, cela va de soi, de notables exceptions : ni Byron, ni Gide, ni Montherlant n’était des pauvres types. 811 et moi nous ne le sommes pas davantage lorsque nous faisons des galipettes en Orient avec le jeune Nelson ou le jeune Lito. En réalité, c’est le grand nombre qui pourrit tout. Le libertinage, dès qu’il cesse d’être aristocratique, réservé à un petit nombre d’hommes, dès qu’il se démocratise, c’est la fin des haricots. Le mal, c’est la promiscuité. »

811, c’est donc Christian Giudicelli, ainsi que le révèle Matzneff, notamment dans une note des Émiles de Gab la Rafale. Christian Giudicelli, membre du comité de lecture de Gallimard, dont le bureau, chaque mardi après-midi, permettait jusqu’à l’automne dernier à son ami et complice Gabriel de faire salon dans la grande maison. Un éditeur du cru osa un jour questionner Giudicellli sur ses virées pédocriminelles en Asie : « Tu ne peux pas comprendre, les enfants, là-bas, ont un autre statut, une autre fonction, d’autres désirs moins inassouvis qu’en Occident », répondit Giudicelli à son interlocuteur, effaré par un tel tropisme raciste justifiant l’injustifiable.

Tout au long des différents tomes du journal de Matzneff, le verni dandy ne cesse de craqueler pour laisser place à la bassesse et à la beaufitude (lire sous l'onglet « Prolonger »). À preuve « une hymne » (ce substantif est féminin dans le champ religieux et masculin dans le domaine profane) reproduite, p. 298 des Carnets noirs 2007-2008, avec ce commentaire : « Certes, ce n’est l’Ode au maréchal Pétain de Paul Claudel mais, chanté à tue-tête sur les bords de la Cèze par Giudicelli (qui a composé la musique) et Matzneff, ça a de la gueule. » Voici le cantique en question :

Pourquoi tu me tripotes ?
Parce que je suis ton pote !
Pourquoi tu me chatouilles ?
Parce que t’as d’belles couilles !
Pourquoi tu me taquines ?
Parce que t’as une grosse pine !
Pourquoi tu me la suces ?
Parce que t’as pas d’prépuce !
Pourquoi La Roque-sur-Cèze ?
Parce que c’est là qu’on baise !
Pourquoi tu gesticules ?
Parce que tu éjacules !
Pourquoi est-ce qu’tu m’grattes ?
Parce que j’adore ta chatte !
Pourquoi pas la Royal ?
Parce qu’elle baise trop mal !
Pourquoi pas Sarkozy ?
Parce qu’il n’a pas d’zizi !

À quelques pages d’une telle momerie, ce paragraphe : « Les théologiens orthodoxes de 2008, Jean-François Colosimo, Bertrand Vergely, même si dans le privé ils me disent volontiers ce qu’ils me doivent, n’aiment pas trop proclamer cette dette dans leurs ouvrages et je n’apparais guère dans leur abondante bibliographie ; mais après ma mort il y aura, j’en suis convaincu, des chercheurs qui sauront dire mon apport à la réflexion existentielle du vingt-et-unième siècle. »

« La légèreté, l'insouciance m'habitent »

L’imposture et la nullité font bon ménage au long de carnets répétitifs, assommants, écœurants, tournant autour de rituels fétichistes et mécaniques : l'obsession de son poids sur la balance, les crus qu'il se siffle dans une litanie de restaurants dûment cités, la haine du monde moderne, le mépris de ses contemporains, et bien sûr ses monomanies sexuelles, assouvies – résumons en édulcorant – une fois qu'il a pu visiter sans encombre les trois havres qu’il s'assigne chez ses jeunes proies féminines.

Matzneff ne voit autrui que comme la prolongation de sa personne et de ses désirs, qui seuls priment, en un égoïsme qui ne saurait se parer d’égotisme : « Les filles que je baise gratis, les filles qui m’aiment, le prix, ce n’est pas mon fric, c’est mon temps. Après la baise il faut rester ensemble, les distraire, leur consacrer la soirée, parfois dormir avec, ça n’en finit plus. »

Or dans le même temps, l’écrivain collectionneur ne supporte pas qu’une de ses conquêtes lui échappe, établisse la moindre distance, retrouve l’autonomie qu’il avait consciencieusement, sadiquement, annihilée. Il se plaint que sa première (et seule) épouse soit devenue féministe. Il craint, nous l'avons vu, « les filles à diplômes ». Il les veut nues : sans défense, à sa main, sous son emprise.

Il lui faut, mentalement, les posséder à jamais. Gare aux transfuges, comme cette Anne ainsi exécutée : « Eh bien, elle m’a répondu, et répondu pour m’annoncer qu’elle était grosse, qu’elle s’était fait bouter un poupard dans le Capitole par je ne sais quel connard de jeune cadre dynamique ! Ma géniale Anne ! En cloque ! Et d’un autre ! Quelle surprise ! Quelle déception ! »

Idem concernant celle qui devait, en janvier 2020, signer sa perte avec Le Consentement. Il apprend, en 2007, que cette ancienne proie ayant échappé à ses griffes est mariée, mère d’un enfant : « J’espère que Vanessa aura, si c’est un garçon, prénommé son mouflet Gabriel. »

L’écrivain, privé de butin charnel, entend que la coercition se poursuive par les lettres : « Ni Anne, ni Aouatife, ni Éléonore ne lisent plus mes livres, elles ont tenu à me le faire savoir. J’espère néanmoins, lorsque les lignes ci-devant seront publiées, que quelqu’un leur mettra le nez dessus, à ces minables renégates. »

Pour comprendre la revanche de Vanessa Spingora et la rage de Gabriel Matzneff qui prétend ne pas avoir lu Le Consentement, il faut imaginer l’insupportable effet boomerang littéraire produit sur l’épingleur épinglé. Dans un texte mis en ligne sur le site des éditions Léo Scheer à l’été 2007, prétendument consacré à Nathalie Rheims mais qui ne concernait que lui, l’écrivain dépouilleur des reins et des cœurs commençait par jouer au Pygmalion : « Longtemps, j’ai eu la conviction qu’une des jeunes femmes qui ont partagé ma vie écrirait un roman sur nos amours. » Puis il fermait la porte à une telle hypothèse : « L’écrivain, c’est moi. C’est à moi, non à elles, qu’incombe la charge d’être le scribe de nos amours. Picasso a peint ses épouses et ses maîtresses, parfois habillées, le plus souvent nues, mais aucune d’elles n’a songé à peindre Picasso. »

Dans son journal, à propos de ce billet de blog qui cloue au pilori des êtres qui ne sont plus que pour avoir été sacrifiés par ses soins, Matzneff note : « Je me demande qui la lira des ex que j’y évoque ! » Il était loin d’imaginer – il n’en est toujours pas revenu – que moins de treize ans plus tard, l’une de ces femmes traitées comme jouets se saisirait de l’écriture pour le terrasser.

Lui qui en était encore à s’échauffer la bile dans ses Carnets noirs : « Ces lamentables truqueuses me donnent la nausée. Heureusement il y a mon journal, heureusement il y a leurs lettres, désormais en sécurité, pour témoigner de ce que nous avons vécu. »

En sécurité ? Oui, à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) : « Ce matin, assemblée générale de l’IMEC, rue de Rivoli. Quel soulagement, avoir mon carteggio amoureux à l’abbaye d’Ardenne, quelle tranquillité, quelle liberté ! » Un peu plus loin, toujours dans les Carnets noirs : « La légèreté, l’insouciance m’habitent depuis qu’en septembre 2004 j’ai mis en sécurité l’ensemble des archives de ma vie amoureuse (lettres, photos, documents divers). »

 

 

En 2006, Gabriel Matzneff dédiait son roman Voici venir le fiancé au directeur de l’IMEC, Olivier Corpet, et à son bras droit, Albert Dichy. En janvier 2020, Mediapart contactait Albert Dichy et la remplaçante d’Olivier Corpet, Nathalie Léger, qui firent les morts. Le 12 février 2020, la police perquisitionnait l’IMEC à l’abbaye d’Ardenne pour récupérer les pièces à conviction qui gisent dans le « carteggio amoureux ». Nouvel effet boomerang pour un écrivain qui ne croyait pas si mal dire : « Quelle tranquillité, quelle liberté ! » Le voici prisonnier de ses écrits, les fonctionnaires de l’Office central pour la répression des violences aux personnes l’ayant pris au pied de la lettre.

Idem pour son coffre dans un établissement bancaire : la police n’a eu qu’à lire, pour perquisitionner, des passages de son journal, tel celui-ci : « Même si un jour j’étais atteint de la maladie d’Alzheimer, ce ne serait pas grave : ma mémoire est archivée, l’essentiel de mon travail est publié, mes carnets noirs inédits sont au coffre-fort, ce serait bien tranquille que je m’enfoncerais dans la brume. » Le piège s’est refermé sur le fanfaron obnubilé, intoxiqué, drogué de soi-même ; jusqu’à devenir son propre historiographe et conservateur du patrimoine.

Jusqu’où est allé, en miroir de celui de la critique littéraire et de ses éditeurs, l’aveuglement volontaire de Gabriel Matzneff en personne ? Il a longtemps joué au bravache, se posant en victime des « conditions atmosphériques », c’est-à-dire de tous ces « oukases des ligues de vertu ». Il tempête dans son journal, accablé « par la crétinisation de la planète, par la confusion désormais officielle, obligatoire, entre le donjuanisme et la coercition, la séduction et le viol, Casanova et Dutroux ».

Certaines pages témoignent d'une effronterie crâne : « Nous dînions, un remue-ménage dans la rue nous a fait mettre le nez à la fenêtre. En bas, des policiers fouillaient (puis ont embarqué) deux jeunes gens. Marie-Agnès, après avoir jeté un coup d'œil et vu les flics, m'a lancé d'un ton narquois : – Pour une fois, c'est pas pour vous ! » Histoire de donner idée du mélange de cynisme et d’inconscience du personnage, il y a cette phrase, écrite à 71 ans : « À ce jour, je n’ai aucune amante de moins de vingt ans. La plus jeune vient de fêter son vingt-septième anniversaire. Quelle dégringolade ! »

Roué, l’homme se pose en victime expiatoire, ainsi à même de rallier à son panache tous ceux qui n’ont pas eu l’occasion de défendre l’embastillé Voltaire, le proscrit Hugo, le persécuté Baudelaire : « À droite comme à gauche, l’individualisme hédoniste a toujours eu mauvaise presse et, dans les périodes troublées, il devient immanquablement le bouc émissaire, la source de tous les maux de la société. Comme chacun sait, le responsable de la débâcle française de 1940, c’est André Gide. »

Toutefois, Matzneff pousse l’impudence pétocharde jusqu’à relater ainsi sa réaction à l’élection de Nicolas Sarkozy, le dimanche 6 mai 2007, que lui annonce un maître d’hôtel de la brasserie Lipp où il dîne : « Quel soulagement ! Sarkozy parle (comme la Royal) un français approximatif, il ne doit guère s’intéresser aux arts et aux lettres, nous n’avons pas les mêmes opinions sur les États-Unis, sur l’Europe, sur la politique arabe de la France, mais ce nonobstant j’éprouve un plaisir immense à la nouvelle de la défaite de la ligueuse néo-pétainiste qui, si elle avait triomphé, aurait poursuivi avec une haineuse pertinacité les libertins, les philopèdes, les “pervers”. »

Et il ajoute cet aveu qui en dit long : « Sarkozy, lui aussi, s’est cru obligé, au cours de cette campagne électorale hyperconservatrice, de rompre des lances contre l’hédonisme, mais lui, c’est Berlusconi, les histoires de culottes Petit Bateau, il s’en fout. Avec lui nous serons bien tranquilles. »

Cette phrase pose deux questions. La première, en forme de zoom : qui désigne ce « nous » à même de jouir d’une tranquillité assurée – les « philopèdes », c’est-à-dire les pédocriminels, formeraient-ils une petite forêt que n’entendrait pas cacher à lui seul l’arbre Matzneff ?

La seconde question relève du panoramique politique. Comment un tel écrivain, dont les « galipettes » en Asie s’apparentent à la continuation des expéditions coloniales par d’autres moyens, a-t-il pu bénéficier d’amitiés et de protections à gauche – contrairement à un Renaud Camus qui s’est uniquement blindé à droite toute ?

Une cartographie de ce petit milieu

Gabriel Matzneff ne cache pas toujours son racisme, dont témoignent, par exemple, ces lignes : « Ce brave Césaire, le “nègre fondamental” (sic), a eu droit aux obsèques nationales qui furent refusées à Proust, à Gide, à Céline, à Montherlant, à Claudel, à Sartre, à Aragon. »

Or l’écrivain délictueux ne cesse de se revendiquer de certains membres du parti socialiste, par-delà François Mitterrand – avec lequel, en 1965, il cherchait, au jardin du Luxembourg, le chemin le plus court pour atteindre l’Élysée. Matzneff se réclame de l’amitié de l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, et surtout de son adjoint à la culture – qui occupe aujourd’hui les mêmes fonctions aux côtés d’Anne Hidalgo : Christophe Girard.

Celui-ci a accepté, au mois de janvier, de répondre à Mediapart. Il est souvent cité dans les Carnets noirs 2007-2009. Gabriel Matzneff y consigne, par exemple, avoir assisté à une réunion électorale sur son invitation. Christophe Girard élude : « Oh ! vous savez, il venait en s’invitant lui-même. » Christophe Girard a reçu, en service de presse et dédicacés, tous les livres publiés par l'écrivain depuis près de trente ans, mais il dit ne pas avoir pris le temps de les lire – comme tout le monde, semble-t-il.

Gabriel Matzneff, en février 2019, à la librairie «Les Cahiers de Colette» à Paris (IVe), avec à sa gauche Guillaume de Sardes et à sa droite Christophe Girard (Matzneff a en main le roman historique «Perdre la paix. Keynes 1919» publié en 2015 par Christophe Girard chez l'éditeur suisse Hélice Hélas). © DR

Vient la question essentielle : n’y a-t-il pas eu, de la part de certains homosexuels se situant à gauche, la tentation de couvrir la pédophilie au nom d’une solidarité fantasmée reliant les parias de la société ? Plutôt que de répondre sur ce lien idéologique illusoire, Christophe Girard préfère prendre ses distances : « Nous n’étions pas dans le même couloir, nous n’avions pas le même imaginaire ni les mêmes fantasmes ou désirs, Matzneff et moi. » Cette réponse, qui cherche à distinguer, alors que l’interrogation portait sur le pourquoi d’une entraide abusive, retrouve curieusement une veine matznevienne.

Dans Les Moins de seize ans, l’écrivain affirme en effet : « Ce qui me captive, c’est moins un sexe déterminé que l’extrême jeunesse, celle qui s'étend de la dixième à la seizième année et qui me semble être – bien plus que ce qu'on entend d'ordinaire par cette formule – le véritable troisième sexe. » Pour en arriver à ceci : « Être homosexuel, c'est désirer son semblable, son double. La différence d'aspect somatique, d'âge et de mentalité font qu'un homme de plus de vingt ans et un gosse sont des êtres profondément hétérogènes. Une fille de seize ans et un garçon de quatorze ans se ressemblent plus qu'un homme adulte ne ressemble à un garçon de quatorze ans. »

Soudain, pour Mediapart, Christophe Girard se livre à une vibrante apologie du livre de Vanessa Springora, qui « ouvre la voie à ceux qui n'ont pas encore osé aborder de front une telle épreuve si douloureuse », laissant entendre que la différence capitale d'avec Matzneff, c'est que pour sa part, il a fait partie des proies et non des chasseurs.

Venons-en à la question financière. Gabriel Matzneff mène grand train, voyage en première classe par haine du tourisme de masse si l'on en croit son journal, ne se refuse aucun restaurant et trouve refuge dans des hôtels grand genre. Une telle aisance, murmure le milieu vipérin de l'édition, devrait aux mécènes germanopratins habituels, au rang desquels Christophe Girard. Celui-ci dément aider financièrement l'écrivain sulfureux : « Simplement, lorsque j'étais secrétaire général de la Fondation Yves Saint Laurent, Pierre Bergé, qui avait ses œuvres, m'a demandé, dans les années 1990, de veiller à ce que Gabriel Matzneff puisse vivre à l'hôtel, dont la note était réglée par la fondation, entre le moment où il a vendu son petit appartement près du Luxembourg et le moment où la ville de Paris lui a affecté un studio dans un autre quartier du Ve arrondissement. »

 

À l’échelle parisienne, l’écrivain prétendument maudit s’est constitué un réseau de protecteurs – essentiellement masculins –, dont témoignent les différents volumes de son journal, qui finit par former une cartographie de ce petit milieu. Certaines pièces maîtresses ont disparu au fil du temps, tel Jean d’Ormesson, ou encore Jean Miot, son voisin du dessus dans l’immeuble de la ville de Paris, ancien grand manitou du Figaro et pilier de la franc-maçonnerie. Les connaissances se voûtent – Roland Dumas –, ou blanchissent secrètement : Jack Lang. Mais les vieux de la vieille résistent : Philippe de Saint-Robert, passé de Georges Pompidou à Radio-Courtoisie, François d’Orcival de Valeurs Actuelles, Roland Jaccard – longtemps au Monde des Livres.

Chez Lipp, on bavarde avec Jérôme Béglé du Point et le confrère Philippe Besson. On croise le critique dramatique Jacques Nerson. On dîne chez Paul-Marie Coûteaux, éternel forban des courants d’extrême droite. Bernard-Henri Lévy n’est jamais loin. Franz-Olivier Giesbert traîne souvent dans les parages. Gilles Pudlowski a toujours un compliment sur le feu. Frédéric Beigbeder rend service et service lui est rendu : « À France Inter où j'enregistre une émission avec Frédéric Beigbeder : il parlera de mon dernier livre et moi du sien. »

Et puis, la relève existe. Chez les avocats, où Emmanuel Pierrat prend la suite du fidèle Henri Fabre-Luce. Parmi les éditeurs, grâce à Pierre-Guillaume de Roux. Au sein de la critique littéraire, surtout, où surgissent de jeunes thuriféraires s’arrangeant pour se hisser jusqu'au Monde : Vincent Roy ou encore Florent Georgesco, à l’origine salarié des éditions Léo Scheer. M. Georgesco, désigné au rang d'ami fidèle, est vivement remercié dans Carnets noirs 2007-2008 pour son « œil typographique » : il est passé derrière les correcteurs de Gallimard pour faire la chasse aux coquilles émaillant Les Demoiselles de Taranne.

L’endogamie, le copinage, la complaisance et la corruption intellectuelle suintent à chaque page. Il y a ceux qui allaient rompre dans les années 2010, mais qui sont encore proches dans la décennie précédente : Christine Angot et, dans une moindre mesure, le critique véhément Juan Asensio. Il y a Emmanuel Carrère qui, selon l’intéressé, y va d’une déclaration enivrante – et sans doute enivrée : « Je voulais vous dire l’admiration que j’ai pour vos livres et pour votre vie, pour celui que vous êtes. Sachez que nous sommes nombreux à vous admirer et à vous aimer. Et puis, vous êtes beau ! »

Gabriel Matzneff consigne également ses conversations avec le médecin Yves Pouliquen, de l’Académie française – mort le 5 février dernier. Ce président d'honneur de l'Organisation pour la prévention de la cécité encourageait son confrère, de cinq ans son cadet, à se faire moins de tort social en cessant de se divulguer plus que de raison. « Il évoque son vieux cheval qui a terminé sa vie dans un pré entouré de six juments et opine que mes ex devraient, elles aussi, constituer une société qui veillerait sur moi dans ma vieillesse, adoucirait mes vieux jours », note le diariste.

Ainsi parrainé, prémuni, voire épaulé, mais proclamant être ostracisé à longueur de pages, Gabriel Matzneff se leurre lourdement : immense écrivain il est, va-t-il répétant. Parfois le doute s’insinue. De même que le donjuanisme camoufle une fuite face aux camouflets érectiles, le grand-prosateur-qui-prend-la-pose pressent qu’il ne tient pas la route de la postérité.

Parmi tant d’abjections et de miroitements narcissiques, de temps à autre, la prose désespérante de fatuité de M. Matzneff cède, pour aussitôt l’étouffer, à la puissance du vrai : « Parfois, trop souvent, j’ai le sentiment que mes lecteurs (masculins) les plus fervents m’admirent et me lisent pour de mauvaises raisons, pour ce qu’il y a de pire en moi ; que j’assume leur part d’ombre ; qu’ils vivent à travers moi ce qu’ils n’oseraient jamais vivre. »

Ou encore et pour finir : « Si mes livres me survivent, je serai justifié. Si mes livres sont encore vivants cinquante ans, cent ans après ma mort, je serai justifié. Si mes livres meurent avec moi, je n’aurai été qu’un aventurier. »

Ses livres sont morts avant lui. Que n’aura-t-il été, en définitive ?

quelques dessins politiques de Chantal Montellier
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