Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les Cahiers de l'Égaré

Les Contes de la petite fille moche / Julien Daillère

30 Mai 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #collection privée du capitaine, #théâtre, #spectacles, #écriture

Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré

Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré

Loin des contes de fées et des mondes idéalisés, Océane, Kévin, Géraldine et les autres nous racontent les complexes autour desquels ils organisent leur quotidien.
Un texte qui nous emmène avec humour et émotion dans l’univers doux-amer de l’enfance.

 

OCÉANE
J’suis une petite fille moche

Océane : J’suis une petite fille moche. Je sais pas trop de quoi ça vient... Si c’est mon nez qui est trop long ou mon visage trop petit. Si c’est mes yeux qui sont trop rapprochés ou quoi. Je sais pas trop dire pourquoi mais je me regarde et... Et les autres ils pensent la même chose : j’suis une petite fille moche.

Les grandes personnes, elles, elles commencent toujours par me sourire quand elles me voient la première fois. Parce que je suis une petite fille, alors on me sourit. Et puis tout d’un coup, elles sourient plus pareil. C’est comme si elles avaient envie d’arrê- ter... mais qu’il fallait bien continuer parce que j’suis peut-être moche mais j’suis quand même une petite fille, mais qu’est-ce que j’suis moche !

En plus j’suis grosse !

(Amusée) Mais bon, si j’étais pas grosse, j’serais moche quand même alors bon... Au moins, être grosse, c’est déjà un peu une excuse d’être moche !

Maman elle voudrait que je maigrisse ! Alors je mange bien comme elle dit :

tout — comme — elle — dit.

Même si je vais piquer dans le frigo à des moments parce que j’ai trop envie !

(Confidence amusée) Je suis sûre qu’elle le sait, ma- man, mais elle fait comme si de rien n’était.

Aux anniversaires de mes copines – j’en n’ai pas plein plein plein, mais j’en ai quand même – eh bah j’ai vu qu’elles avaient toutes une grande glace dans leur chambre. Toutes !

(Boudeuse) Moi j’ai pas de glace. Et quand j’ai de- mandé à maman, elle a dit non !

(Amusée) Mais, c’est idiot parce que dans la salle de bain, il y a une grande glace où je me vois en entier si je monte sur le tabouret alors je me suis assez regardée comme ça, hein, je suis habituée...

Mais maman... !

Tous les matins, elle m’habille pour aller à l’école... Moi, je pourrais m’habiller toute seule mais c’est elle qui veut, ça lui fait plaisir, alors je la laisse faire... Et elle m’enfile — tous — mes — vêtements ! Mais elle est toujours un peu nerveuse parce que... Ça va jamais comme elle voudrait. J’ai toujours le chemi- sier qui rentre mal dans la jupe, ou elle arrive pas à boutonner, ou le collant est trop serré ou alors heu... C’est la coiffure... (Dépitée) Elle arrive pas à me faire des belles coiffures, maman. Elle essaie, elle essaie... Elle essaie vraiment ! Elle me met des petits nœuds, des serre-têtes, des chouchous, des bandeaux, des barrettes mais moi... Ça me tire les cheveux !

Non, moi je préfère quand on met heu... un bon- net... Ou un chapeau. Ou des lunettes !!!

J’aimerais bien avoir des lunettes !

Dans ma classe, il y a une fille, elle a des belles lu- nettes... ! Et même s’il y en a qui se moquent d’elle parce qu’elle a des lunettes, moi je trouve qu’elle est belle avec ses lunettes, qu’elle est même plus belle qu’avant alors j’aimerais bien avoir les mêmes...

C’est pour ça, un jour, j’ai dit à maman : « Je veux des lunettes ! » Elle m’emmène chez le docteur... : j’ai pas besoin de lunettes, j’ai une très bonne vue... comme papa !

Lire la suite

Orphéon Légende / Georges Perpes

30 Mai 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #pour toujours, #théâtre, #écriture

Orphéon Légende, une légende parmi d'autres sur la légendaire association Orphéon et ses 40 ans et sur la mythique bibliothèque de théâtre Armand Gatti et ses 20 ans

Orphéon Légende, une légende parmi d'autres sur la légendaire association Orphéon et ses 40 ans et sur la mythique bibliothèque de théâtre Armand Gatti et ses 20 ans

À la lectrice, au lecteur d'Orphéon Légende

Vous tenez entre vos mains un livre d’un genre particulier, c’est un livre de théâtre.
Ça existe encore ?
Quelle idée de lire du théâtre ?

Aussi saugrenue que celle de lire un scénario de film !

Peut-être n’avez-vous plus lu de pièce de théâtre depuis l’école ? le collège ? le lycée ?
Peut-être est-ce la première fois que vous en lisez une ?

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.e, vous êtes des millions, la majorité.

Pour les autres, la minorité,
salut les frangines, salut les frangins,
vous pouvez sauter cette adresse et passer directement à la pièce.

Peut-être ne lisez-vous plus, fatigué d’avoir lu trop de livres ?
Peut-être ne lisez-vous jamais ?
Pas un roman, une BD, un poème, une nouvelle. Pas un journal. Même un gratuit ?

Vous ne souvenez pas de la dernière fois où vous êtes entré.e dans une librairie.

Une bibliothèque ?

Vous n’avez jamais franchi la porte d’un théâtre. Pas le temps, l’argent.
Pas même le jour où il pleuvait à verse, il faisait si froid, pour vous mettre à l’abri dans le hall d’accueil.

Vous préférez courir dans la colline, sauter d’un rocher dans la mer, faire du parapente, de la grimpe, du vélo, du Pilates, du yoga, l’amour, de la musique, de la peinture, cuisiner un bon petit plat, aller au cinéma, envoyer des textos, voyager, chatter, regarder la télé, boire un coup avec les copains, arroser vos plantes, danser le tango, fumer un pétard, caresser votre chat, voir un match de rugby, taguer un mur la nuit dans une friche...

Vous n’êtes jamais monté sur scène.
Peut-être en primaire lors de la fête de l’école, je ne me souviens pas.
Vous n’avez jamais croisé la route, d’un prof, d’une amie qui vous a dit : tu devrais faire du théâtre.
Peut-être l’avez-vous croisé.e et vous n’avez pas osé sauter le pas ?
Vous n’avez pas rencontré l’hermaphrodite qui ne dit qu’un seul mot : v.i.t.r.i.o.l.u.m.

Si vous vous reconnaissez dans au moins une de ces lignes, c’est à vous que ce préambule s’adresse.

Dans tous les cas, ouvrez le livre où vous voulez. Au début, à la fin, au milieu.
Au hasard.
Un texte se défend tout seul. Il résiste même parfois.

Lisez-le seul.e silencieusement. Ou mieux à haute voix.
Ou mieux encore, partagez-le avec d’autres.

Une pièce de théâtre est traversée de multiples voix, où dialoguent celles de tous les vivants et de tous les morts.
Une pièce de théâtre ne s’embarrasse pas de description, elle suggère.

Un livre de théâtre n’est pas un cahier de régie, il attend la lumière de son lecteur.
C’est un matériau pour la scène, tout d’abord pour votre scène intérieure.

Un germe en attente de s’incarner.
Sans vouloir vous commander : Rêvez ! Faites votre lecture, elle est unique.

Une pièce de théâtre n’est pas une BD : je fournis les phylactères, vous les images.
Une pièce de théâtre est comme une chanson : j’écris les paroles, vous la musique.

Une pièce de théâtre, comme une BD ou un disque, n’est généralement jamais très longue : la lire ne vous prendra pas plus d’une heure.

Une précision encore : contrairement à l’usage, vous ne trouverez pas de liste des personnages. De plus, petit jeu, parfois simple, parfois plus compliqué, aucun nom de locuteur n’apparaît en face des répliques : aucune réplique n’est attribuée, si bien qu’au premier abord, on peut en conclure hâtivement qu’on ne sait jamais vraiment qui parle. À vous de faire votre distribution.

Si vous décrochez, c’est que le moment n’est pas venu.
Attendre une autre heure, d’un autre jour, d’une autre nuit, plus favorable, plus tard lorsque vous serez disponible. Laisser reposer. Parfois ça demande du temps, un certain temps. Finalement, peut-être que la nourriture ne sera pas à votre goût, insipide ou trop pimentée, trop légère ou indigeste, que ce n’est pas ce dont vous avez besoin maintenant, que le livre vient trop tôt ou trop tard.

Si c’est le cas, que vous vous résolvez à abandonner le livre, prenez-en soin, mettez-le de côté, à l’abri, en attendant... On ne sait jamais.page13image5773200 page13image5773408 page13image5773616

Ou alors, offrez-le, refourguez-le aux Puces, à un bouquiniste. Libérez-le dans un espace public. Merci pour lui.

Merci aussi à tous les copistes, anonymes ou connus, qui, depuis la nuit des temps, ont transmis les pièces du puzzle qu’est cette histoire.
Merci à mon éditeur, le seul que je connaisse capable d’accueillir un livre, sans savoir de quoi il traite, sans en avoir lu une seule ligne. Merci à sa confiance, à son amitié qui me permettent de rejoindre la foule de tous les autres égaré.e.s. Ce livre est pour eux & elles.

Et maintenant, bonne lecture.

Georges Perpes

Lire la suite