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Les Cahiers de l'Égaré

spectacles

Terre abusive / Michel Gendarme

11 Août 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #théâtre, #voyages, #écriture, #spectacles

Photographie couverture : Irène Cerquetti

Photographie couverture : Irène Cerquetti

Vient de paraître, ce 9 août, Terre abusive, trilogie de Michel Gendarme

ISBN 978-2-35502-134-3

format 13,5 X 20,5

174 pages

PVP : 18 €

distribué sur commande à votre libraire ou plateforme par Soleils Diffusion

3 rue Jean Dollfus

75018 Paris

téléphone 0145488462

 

Photographie couverture : Irène Cerquetti

TERRE ABUSIVE

D’URINE ET DE FER (les fuyants) p.5
LE VOYAGE D’AMADOU (les survivants) p.79 

SOUS LE VERT GAZON
IL Y A UNE BELLE MERDE (les vivants) p.119

POSTFACE de Hassane Kassi Kouyaté p.169

D’URINE ET DE FER (les fuyants)

premier volet de la trilogie « TERRE ABUSIVE »

PERSONNAGES

Cargo
Cadet
Aîné
Issa
Maître forgeron

Mère-jeune de l’aîné

Prostituée

PRESENTATION

Deux frères, Aîné, Cadet. Seuls, enfermés dans la cale d’un cargo. Le navire est immobilisé au large d’un port.
Une seule ouverture, petite, difficilement accessible, donne la lumière. Elle laisse parfois entendre la voix lointaine, mélodieuse, d’une Sirène. Elle chante depuis la scène d’un théâtre de plein air, dont le fond donne sur la mer.

Dans la cale, à de rares moments on pourra entendre des bruits de pas, lourds, résonner dans l’infrastructure métallique du navire.

LE VOYAGE D’AMADOU (les survivants)

d’après le récit d’Amadou Keïta (deuxième volet de la trilogie « TERRE ABUSIVE »)

PERSONNAGE
Amadou, 21 ans, porte un Sweat à capuche

RESUME

Amadou, jeune malien issu de la pauvreté, de la brousse puis de la rue, vit de petits boulots, de nourritures et d’hébergements précaires. Baladé d’un tuteur exploiteur à un coach sincère, il se raccroche à ce qui l’aide à vivre, le football, qu’il pratique depuis l’enfance pour meubler ses longs moments d’oisiveté sans école. Repéré par quelques professionnels, aguerri par quelques matchs victorieux, il se fixe pour seul objectif de devenir joueur professionnel et pour cela de rejoindre l’Europe par tous les moyens. Pour lui, ce sera par la Libye via le désert afin de s’embarquer pour l’Italie. Longue épopée de deux années, risquée et dangereuse, mortelle pour beaucoup. Ce rêve sombre à quelques encablures de Tripoli lorsque le bateau sur lequel se sont entassés des centaines de malheureux coule et qu’Amadou est repêché in extrémis par les gardes côtes libyens. Une autre aventure commence alors pour lui, celle d’une renaissance, celle du retour au pays avec un combat acharné pour la reconnaissance de ses droits et de sa dignité d’homme.

SOUS LE VERT GAZON IL Y A UNE BELLE MERDE (les vivants)

troisième volet de la trilogie « TERRE ABUSIVE »

INTENTION

Après les fuyants, puis les survivants, voici à présent les vivants, comme si le monde était fini, que les vaincus étaient enfin définitivement reconnus et utilisés comme objets. Objets d’extinction, d’occupation, d’utilisation temporaire. Les puissants se reconnaissent eux-mêmes pantins du monde-argent, à la merci des mirages pétro-dollars, sachant encore naviguer sur les flotsd’algorithmes monétaires. J’aimerais qu’ils soient représentés en marionnettes géantes, traînant en permanence leur froc chu à leurs pieds. Ridicules, puérils, pathétiques. Mais à abattre. Dans la pièce je retrouve Amadou, Cadet, Aîné, les personnages des deux précédents volets de ma trilogie, dont on va découvrir les destins fatals, et Diva, pape féminin, la Sirène entendue dans D’urine et de fer. Elle est réincarnée en femme blanche, ancienne déesse noire, comme une métaphore de l’Afrique qui à force d’être consommée par les colonisateurs a perdu sa couleur. Belle, elle est dressée sur son piédestal mobile (je pense à la “papamobile”), presque nue, excessivement poupée, objet éternel du désir, ce pouvoir seul lui est délégué, celui de la jouissance unilatérale. Parfois elle saignerait, rappel du sacrifice, de l’esclavage, de la soumission.

Le monde est devenu un immense terrain de golf, propre, aseptisé, synthétique, sans risque, sous lequel le monde civilisateur occidental a enfoui ses merdes terroristes et les parcelles de géographie menaçante : on peut y retrouver toute l’Afrique du nord et sub-saharienne, le moyen-orient, etc... J’aimerais qu’Amadou, Cadet et Aîné, rescapés-prisonniers des migrations, apparaissent minuscules, tellement impuissants, comme des ombres, des hologrammes, à peine réels. Ils sont les premiers stagiaires à subir une rééducation planifiée mondialement pour les quelques vivants acceptés comme tels. Ils devront entretenir ce terrain de golf infini.

Bien sûr ce qui n’est pas mort va renaître. Tant que l’extermination n’est pas achevée, des rhizomes enchantés tentent de pousser et de faire vie de la moindre eau, du moindre ciel, de la moindre lumière et, comme on le lira, de la moindre merde conservée secrètement précieusement.

Alors ce qui se casse est bien l’échafaudage capitaliste, il se raccommode et s’amoncelle.
J’aimerais des mots muets écrits en défilement de fond de scène, sur les corps, le green. J’aimerais des marionnettes, des poupéesgonflées, des hologrammes, rien de vrai, du factice, de la poudre aux yeux, du plastique, du néon élastique, des voix off mélangées suaves et agressives, inquiétantes, électroniques, blanches, des corps animaux de zoo. J’aimerais un présentateur télé blond qui explose. Un temps qui ne se connaît plus. Pas nous. Jamais.

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Théâtre de la Jeunesse #7

17 Juillet 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #collection théâtre de la jeunesse, #théâtre, #spectacles, #écriture

1° et 4° de couverture du Théâtre de la Jeunesse #7, paru pour le 1° juin des écritures théâtrales pour la jeunesse
1° et 4° de couverture du Théâtre de la Jeunesse #7, paru pour le 1° juin des écritures théâtrales pour la jeunesse

1° et 4° de couverture du Théâtre de la Jeunesse #7, paru pour le 1° juin des écritures théâtrales pour la jeunesse

Il regroupe 5 textes écrits dans le cadre du projet « Un auteur dans ma classe », avec des établissements scolaires de La Seyne-sur-Mer :
- « Cheese » de Yoann Thommerel avec les élèves de CM2 de Mme Lancelotta de l’école Toussaint Merle - mise en scène Sophia Johnson
- « T.H.E W.A.T.E.R » de Damien Dutrait avec les élèves de CM2 de Mme Crayssac, école Jean Zay – Mise en scène Marie-Laure Fourmestraux
- « Faut que ça buzz ! » de Carole Prieur avec les élèves de CM2 de Mme Soler, école Lucie Aubrac – mise en scène Alexandre Dufour
- « Les légendes du monde » de Sandrine Roche avec les élèves de CM2 de Mme Moyenin, école Malsert 1 - mise en scène Fanny Prospero
- « Faire tache » de Tristan Choisel avec les élèves de cycle 1 du Conservatoire Toulon Provence Méditerranée de Peggy Mahieu – mise en scène Peggy Mahieu
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Le Sens / Guillaume Cantillon et Franck Magis

10 Février 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #spectacles, #théâtre, #écriture

Le Sens, format 12 X 17, 84 pages, Visuel de couverture Tink Supid Studio/vjdrone

Le Sens, format 12 X 17, 84 pages, Visuel de couverture Tink Supid Studio/vjdrone

Le Sens de Guillaume Cantillon et Franck Magis

ISBN 978-2-35502-132-9

format 12 X 17, 84 pages, PVP 12 €

diffusion par Soleils distribution, 3 rue Jean Dollfus, 75018 Paris

« Le monde a-t-il jamais été transformé autrement que par la pensée et son support magique : le mot ? »

Tomas Mann

« Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu'on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante : comment éviter leur réalisation défnitive ?... Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d'éviter les utopies et de retourner à une société non utopique moins « parfaite » et plus libre. »

Nicolas Berdiaef

Le Sens / Guillaume Cantillon et Franck Magis

Questionner les utopies, tracer des hypothèses, se pencher sur l’acte de création, trouver sa juste place face à son art ou plus généralement dans le monde.

Le Sens est une clownerie, une farce chaotique,à trous, à gouffres, à réveils soudains, aux envolées habitées, traversée de certitudes et d’espérances, mais aussi saisie par les doutes et les constats d’échec vertigineux.

Guillaume Cantillon & Franck Magis

Le sens a été créé le 2 octobre 2018 au Téâtre du Rocher – La Garde
Mise en scène de Guillaume Cantillon
Collaboration artistique Frédéric Garbe

Scénographie Jean-François Garraud Lumières Nils Doucet
Création sonore Zidane Boussouf Costumes Sabrina Noiraux

Vidéo et Photos Geofrey Fages
Avec l'aide technique de Christian Richet et Cyril Cesarini

Avec Guillaume Cantillon et Franck Magis

Production le Cabinet de Curiosités (compagnie en résidence au Téâtre du Rocher).
Avec le soutien du Conseil régional PACA (aide à l'écriture), du Conseil Départemental du Var et de la Ville de La Garde.

 

Les Cahiers de l’garé

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Je suis Carmen / Gilles Cailleau

10 Février 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #spectacles, #théâtre, #écriture, #philosophie, #pour toujours

Je suis Carmen, format 12 X 17, 72 pages, 13 photographies du spectacle by Charlotte Parmentier (pleine page)

Je suis Carmen, format 12 X 17, 72 pages, 13 photographies du spectacle by Charlotte Parmentier (pleine page)

Je suis Carmen de Gilles Cailleau

ISBN 978-2-35502-131-2

format 12 X 17, 72 pages, PVP 10 €

diffusion Soleils distribution, 3 rue de Fleurus, 75018 Paris

© dessins : Gilles Cailleau. Couverture, Carmunch | p.4, Les cousines | dos, Je suis le bœuf et le boucher.

© photographies : Charlotte Parmentier.

© LES CAHIERS DE L’ÉGARÉ
669 route du Colombier – 83200 Le Revest-les-Eaux

les4saisonsdailleurs@icloud.com

http://cahiersegare.over-blog.com

Je suis Carmen / Gilles Cailleau

PRÉFACE

Ce qu’il faut dire d’abord, c’est le flou qui entoure toute écriture scénique. Je signe un texte, certes, mais d’où et surtout, de qui est-il venu ? Autant d’Amanda Righetti et de Sophie Chabert qui me l’ont inspiré au cours des deux mois de recherche, de répétitions, de vie créatrice commune. Le texte est donc de moi, mais le spectacle est de nous trois. Il est aussi de Christophe Bruyas, créateur des lumières, de Guillaume Cros qui en a fait la musique et de quelques autres. Reste à savoir si un texte initie une création ou s’il en procède et autant vous le dire, pour Je suis Carmen!, la question est indécidable.

D’autant plus que c’est une création de longue haleine.

Je suis toujours très lent, je mets beaucoup de temps à penser mes spectacles. La plupart du temps avant de me lancer, je fais un essai pour mettre à l’épreuve mon appétit, l’intérêt de la création, la première vibration publique.

Je suis Carmen!, c’est en 2016 que ça a commencé (je pourrais dire en 1982, quand j’ai fabriqué avec passion une marionnette Carmen ou en 83, quand ma mère a ramené les vinyles de l’Opéra de Pékin à la maison, ou dans les mêmes années quand Jean-Luc Godard, Carlos Saura et Francesco Rosi ont sorti leur film à peu près en même temps, et Peter Brook par-dessus le marché qui montait l’opéra aux Bouffes-du-Nord en trois versions distinctes... une frénésie de Carmens... mais j’arrête. 2016, pour un début, c’est très bien). Cinq ans donc avant le jour de la première, je savais déjà que je voulais monter Carmen, l’opéra, mais j’avais besoin de temps et de réponses. J’ai alors proposé à Amanda, une Espagnole sauvage que je venais de mettre en scène dans une autre aventure, de venir avec moi faire en dix jours une première exploration du continent Carmen.

L’idée était de s’installer avec une tente marocaine et une vieille roulotte (les mêmes qui ont été ma maison pendant treize ans et qui abritent depuis vingt ans Le tour complet du cœur, mon premier solo), de remplacer le mât unique de la tente par un mât chinois et d’en faire l’univers d’une jeune femme de cirque qui s’interroge sur tout ce qui fait le sel de sa vie : l’appel et le risque de la liberté.

J’ai dit “s’installer”, mais je n’ai pas dit où. C’était à Cornebarrieu – banlieue toulousaine, dans un centre éducatif ouvert pour jeunes délinquants, sous les auspices de la pénitentiaire.

Amanda, seule femme au milieu de vingt garçons prisonniers de leurs propres peurs et de leurs démons. Il en fallait du cran pour monter sur ce mât, les jambes à 80 centimètres des regards et leur parler d’amour, de liberté... Du cran pour faire valser toutes les règles.

Pour en rajouter une couche, le sort a fait de Cornebarrieu – où se côtoient des quartiers historiques et les cités peuplées des salarié·e·s de la filière aéronautique – la commune abritant ce lieu d’éducation répressive mais aussi le cimetière où est enterré Mohamed Merah et comme si cela ne suffisait pas, un centre de rétention administrative.

On imagine de quelles vibrations contradictoires on s’y sent traversé.

L’expérience a été si intense qu’elle nous aurait suffi pour avoir envie de continuer, mais au cas où on aurait hésité, la représentation finale devant les gosses, des voisins entrant pour la première fois dans ce lieu qui leur faisait une peur immense, une directrice de prison, un digne et sombre représentant du ministère de la Justice, deux du ministère de la Culture, le directeur de la Grainerie, fabrique des arts du cirque et de l’itinérance, qui avait initié le projet, l’équipe de la compagnie au grand complet et leurs retours à toutes et tous qui au-delà de l’intérêt d’un tel projet à cet endroit du monde n’admettaient pas que le spectacle puisse en rester là... Bref ! Suffisamment pour nous persuader qu’il fallait le finir.

Il y avait à cela trois obstacles : 1) Amanda venait d’être engagée par le Cirque Plume dans La dernière saison mais surtout, 2) j’étais persuadé que la vérité de cette création requérait de mettre à côté d’Amanda, une autre femme, cantatrice celle-là. À l’affirmation – “Je suis Carmen”, de la première, l’autre répondrait – “Mais non, Carmen, c’est moi !” Je rêvais de cette surprise qu’elles auraient toutes les deux, l’une venant de la fureur anarchique de la piste, l’autre du monde feutré et mesuré de la musique classique, à découvrir cette identification commune, à leur gémellité inattendue. Pour finir et tout bêtement, 3) ce n’était pas ce spectacle que j’étais venu créer.

J’ai donc 3) commencé par monter avec Raoul Lay, le directeur artistique de l’Ensemble Télémaque, Carmen, opéra déplacé, l’œuvre originelle de Bizet réécrite pour 4 artistes lyriques, 6 musiciens et 40 personnes habitant tout près de l’endroit où elle se joue. 2) J’y ai par la même occasion trouvé Sophie, la pièce manquante de mon premier essai et 1) j’ai attendu Amanda.

Voilà l’origine de ce projet singulier, dont le sujet l’est tout autant. Carmen, mythe trompeur...

Car voilà, Carmen n’est pas une histoire d’amour. Si c’en était une, ce serait ce fait divers dont la banalité est déjà en soi tragique : un homme aime une femme qui ne l’aime plus, alors il la tue. Une histoire ordinaire en quelque sorte, juste un samedi soir sur la terre, comme dirait l’autre, et qui ne fait jamais la une. La mort de Carmen, on la découvre par hasard au café en lisant son journal, à la page des chiens écrasés.

C’est en cela que même si Carmen peut parler d’amour autant qu’elle veut, c’est une autre histoire qu’elle raconte. Nous n’avons plus le droit de nous tromper aujourd’hui, dire je t’aime avec un couteau à la main est un subterfuge rhétorique pour passer sous silence le vrai sujet : la domination.

D’ailleurs, si sans minimiser cette question de la domination de genre, on prend le temps de désexualiser Carmen, le vrai mystère (et pas le pseudo mystère de la femme fatale, construction mentale toute masculine) le vrai mystère, donc, saute aux yeux : pourquoi, au dernier acte, fait-elle face? Il lui suffirait de dénoncer José, ou seulement de rentrer dans l’arène avec les autres et se mettre à l’abri... Elle ne le fait pas.

Elle ne veut pas être moins forte que José. Elle refuse de lâcher le moindre pouce de terrain.

Elle ne se retire pas.

C’est la dialectique du maître et de l’esclave selon Hegel. (J’ai conscience en écrivant ces lignes depuis l’île de la Réunion où je vis désormais que cette distinction hégélienne prend ici, terre mutilée par l’esclavage, un sens insupportable. Précisons donc qu’il ne s’agit pas d’une terminologie historique, mais d’une distinction conceptuelle.) Pour Hegel donc, “le maître” n’est pas maître parce qu’il est plus fort que l’esclave, mais parce qu’il n’accepte pas de vivre à n’importe quel prix. “L’esclave” de son côté veut vivre quoi qu’il en coûte... Pour Hegel le seul vrai maître n’est pas celui qui domine l’autre, mais celui qui est capable de dire non.

Carmen a le même problème. La liberté est le signe de son pouvoir, elle refuse d’être moins. Fuir devant José pour rester en vie, ce serait être moins que lui. En restant, elle l’oblige à la tuer et ce faisant, elle le condamne autant qu’il la condamne.

Carmen n’est pas une histoire d’amour, c’est l’autre inépuisable histoire, celle du pouvoir et de la liberté. Inépuisable plus que profonde, d’ailleurs, mais c’est peut-être la qualité des mythes, qui ne nous donnent pas à penser, mais à réfléchir. À nous y réfléchir.

Les mythes sont des mythes parce que ce sont des miroirs.

Carmen nous fait nous poser chacun pour soi la question terrible : jusqu’où suis-je prêt·e à aller pour défendre ma liberté ? C’est une question simple, mais inépuisable parce que sans réponse. Tout le monde peut la comprendre et tout le monde se la pose à plusieurs moments de sa vie, des fois sans même l’avoir formulée.

À quel endroit de nous s’étire la ligne de partage entre l’aversion pour les chaînes et l’aspiration à la tranquillité ?

Carmen est ce mythe parce que c’est un puits sans fond : est-ce si formidable que ça d’être libre ? Est-ce que ce n’est pas aussi une petite malédiction ? Tous ces choix à faire, tous ces bonheurs qui cessent aussitôt d’en être parce qu’ils nous sont imposés... Quel frein, quelle nourriture donner à mon intransigeance ?

Non vraiment, Carmen n’est pas une histoire d’amour, c’est l’histoire du courage, des courages... Pas l’histoire de nos moments de gloire, non, le contraire, l’histoire d’une défaite, de nos défaites, quand on a la force, l’élégance, le panache de perdre en beauté.

Carmen, c’est la chèvre de Monsieur Seguin.
Gilles Cailleau, 27 novembre 2021

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Il faudrait plus qu'un édito / Gilles Cailleau

14 Septembre 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #pour toujours, #spectacles, #théâtre, #voyages, #écriture

livre en souscription, envoyé aux souscripteurs à partir du 20 septembre; peut-être commandé en librairie via Soleils Diffusion

livre en souscription, envoyé aux souscripteurs à partir du 20 septembre; peut-être commandé en librairie via Soleils Diffusion

 
Il faudrait plus qu'un édito de Gilles Cailleau
250 pages format 14 X 22
ISBN 978-2-35502-125-1 
18 € 
 
Du même auteur, aux Cahiers de l’Égaré :
Le tour complet du cœur, 2005 (rééd. 2011 & 2014)
Fournaise, 2008
Gilles et Bérénice suivi de Tout l’univers en plus petit, 2011
Vous qui lisez ne me regardez pas (œuvres quasi complètes), 2011 (rééd. 2015) 
Tania’s Paradise, 2013
Le nouveau monde, 2017 


 

 

 

 

Je ne suis pas un très bon acteur, je joue comme un chien, je veux dire que j’ai les défauts d’un chien, celui qui rentre les pattes pleines de boue et qui débordant d’amour les pose sur la chemise encore blanche de son maître ou de sa maîtresse. L’épure n’est pas mon affaire, je la laisse à d’autres qui en font un meilleur usage. Ma générosité de gamin m’empêchera d’entrer au panthéon des acteurs solitaires et splendides.

Parfois un spectateur me demande : – « Jouer si près de nous ne vous perturbe pas ? – Bien sûr que si, ça me dérange, ça m’importune, ça me bouscule, ça me déconcentre. Je l’espère bien, je ne demande que ça. Si j’étais funambule, ça m’ennuierait qu’il n’y ait jamais de vent. »

Gilles Cailleau, auteur, metteur en scène et interprète de la compagnie Attention Fragile, a écrit une centaine de billets d’humeur publiés sur le site de la compagnie entre 2004 et 2021. Les voilà rassemblés dans cet ouvrage. 

2004-2021. J’écris depuis 18 ans les éditos de la page d’accueil du site d’Attention Fragile, une dizaine les années fastes, 3 ou 4 les années maigres, et les voilà tous ensemble.

Enfin, presque tous, j’en ai fait disparaître quelques-uns. À les relire j’ai constaté que je manquais parfois d’inspiration.

Mais je me suis aperçu aussi qu’au-delà de ce que j’y dis, ils retraçaient à leur manière une histoire – incomplète et subjective certes, mais quand même une histoire des splendeurs et des misères de la vie artistique pendant ces 18 dernières années.

Il s’en est passé des choses! M’entendre parler aujourd’hui de masques, de distanciation sociale ou de culture essentielle dans des éditos qui ont plus de 10 ans, c’est une étrange ironie...

Merci à toutes et tous mes camarades, merci à ma propre compagnie, Attention Fragile, que je ne quitte pas.

Et merci à Jean-Claude, merveilleux éditeur et ami.
Gilles Cailleau 

 

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Il fallait être fou

21 Mai 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #spectacles, #théâtre, #écriture

il fallait être fou, 30 ans d'histoire théâtrale

il fallait être fou, 30 ans d'histoire théâtrale

Il fallait être fou
André Neyton
ISBN 978-2-35502-124-4
206 pages
format 13,5 X 20,5
PVP 15 €
parution, le 14 mai
peut-être commandée sur les plateformes en ligne ou en librairie via Soleils Diffusion-Distribution, 3 rue Jean Dollfus, 75018 Paris
 

 

« Enfin le panneau annonciateur du terme du voyage perce le rideau dʼeau. Une place déserte avec, au fond, un bâtiment qui ne peut être quʼune salle des fêtes. Je mʼy engouffre. Cʼest là. Sur la scène un homme parle ... ». André Neyton vient de découvrir un univers inconnu de lui, absent des livres dʼhistoire ... Dès lors, il fera de son théâtre – sans que jamais celui-ci ne soit un prétexte – un long combat pour la renaissance de la langue et de la culture dʼoc. Il raconte ici ses espoirs encouragés par un public fidèle, ses abattements à chaque mauvais coup porté, lʼindifférence ou les résistances à son indéfectible ténacité. Un parcours singulier, dans un milieu culturel souvent méprisant voire hostile. Un témoignage sans concession, à rebondissements, qui se lit comme un roman.

André Neyton est comédien, metteur en scène, auteur, directeur de théâtre et de compagnie théâtrale. Il a développé depuis les années soixante- dix un théâtre populaire inspiré par la culture et la langue occitanes. En 1966 il crée, avec Robert Lafont, le premier spectacle mettant en scène la langue dʼoc dans sa réalité contemporaine : Per jòia recomençar. En 1971 il fonde le Centre Dramatique Occitan, compagnie professionnelle, et monte plusieurs auteurs occitans et catalans avant dʼécrire lui-même ses pièces. Il crée en 1984 le Théâtre de la Méditerranée, Centre des Cultures Régionales de lʼEspace Méditerranéen, installé depuis 1991 à lʼEspace Comedia à Toulon.

 

 

TABLE DES MATIERES

Le déclic ....................................................... p5 

Naissance d’une compagnie ............................... p25 

Vers le professionnalisme ................................... p41 

Le double effet de la Providence ........................... p73 

Le temps des emmerdes .................................... p101 

Le rebond .................................................... p123 

Tonnerre sur la Ville ........................ ......... ....... p141 

Retour à la normale ? ........................ ........ ....... p161 

Il fallait être fou ............................................. p193 

 

 

Nous aurons néanmoins contribué, par la présence de l’occitan dans un théâtre d’aujourd’hui, à légitimer une langue vivante porteuse d’une culture contemporaine et à faire admettre que la création artistique ne s’évalue pas à l’aune d’une langue, qu’elle fût « régionale » ou nationale. Nous avons, ce faisant, contribué à lever les préjugés les plus ancrés, au risque de contrarier l’ami François Villon à qui nous lançons sans complexes :

— Non, il n’est pas bon bec que de Paris !

Tout ce qui a pu être fait l’a été par le théâtre parce que le désir de la création m’y conduisait toujours comme la main du peintre se saisit irrésistiblement du pinceau pour que la toile cesse d’être muette. L’aventure qui nous mène de Per jòia recomençar au Théâtre de la Méditerranée-Espace Comedia est celle d’une vie qui ne pouvait se dérouler autrement. Elle sera celle de cinquante ans d’un théâtre qui avait une parole à faire entendre. 

 

 

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Les Contes de la petite fille moche / Julien Daillère

30 Mai 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #collection privée du capitaine, #théâtre, #spectacles, #écriture

Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré
Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré

Les Contes de la petite fille moche; Suis-je donc ? de Julien Daillère dans la Collection privée du capitaine aux Cahiers de l'Égaré

Loin des contes de fées et des mondes idéalisés, Océane, Kévin, Géraldine et les autres nous racontent les complexes autour desquels ils organisent leur quotidien.
Un texte qui nous emmène avec humour et émotion dans l’univers doux-amer de l’enfance.

 

OCÉANE
J’suis une petite fille moche

Océane : J’suis une petite fille moche. Je sais pas trop de quoi ça vient... Si c’est mon nez qui est trop long ou mon visage trop petit. Si c’est mes yeux qui sont trop rapprochés ou quoi. Je sais pas trop dire pourquoi mais je me regarde et... Et les autres ils pensent la même chose : j’suis une petite fille moche.

Les grandes personnes, elles, elles commencent toujours par me sourire quand elles me voient la première fois. Parce que je suis une petite fille, alors on me sourit. Et puis tout d’un coup, elles sourient plus pareil. C’est comme si elles avaient envie d’arrê- ter... mais qu’il fallait bien continuer parce que j’suis peut-être moche mais j’suis quand même une petite fille, mais qu’est-ce que j’suis moche !

En plus j’suis grosse !

(Amusée) Mais bon, si j’étais pas grosse, j’serais moche quand même alors bon... Au moins, être grosse, c’est déjà un peu une excuse d’être moche !

Maman elle voudrait que je maigrisse ! Alors je mange bien comme elle dit :

tout — comme — elle — dit.

Même si je vais piquer dans le frigo à des moments parce que j’ai trop envie !

(Confidence amusée) Je suis sûre qu’elle le sait, ma- man, mais elle fait comme si de rien n’était.

Aux anniversaires de mes copines – j’en n’ai pas plein plein plein, mais j’en ai quand même – eh bah j’ai vu qu’elles avaient toutes une grande glace dans leur chambre. Toutes !

(Boudeuse) Moi j’ai pas de glace. Et quand j’ai de- mandé à maman, elle a dit non !

(Amusée) Mais, c’est idiot parce que dans la salle de bain, il y a une grande glace où je me vois en entier si je monte sur le tabouret alors je me suis assez regardée comme ça, hein, je suis habituée...

Mais maman... !

Tous les matins, elle m’habille pour aller à l’école... Moi, je pourrais m’habiller toute seule mais c’est elle qui veut, ça lui fait plaisir, alors je la laisse faire... Et elle m’enfile — tous — mes — vêtements ! Mais elle est toujours un peu nerveuse parce que... Ça va jamais comme elle voudrait. J’ai toujours le chemi- sier qui rentre mal dans la jupe, ou elle arrive pas à boutonner, ou le collant est trop serré ou alors heu... C’est la coiffure... (Dépitée) Elle arrive pas à me faire des belles coiffures, maman. Elle essaie, elle essaie... Elle essaie vraiment ! Elle me met des petits nœuds, des serre-têtes, des chouchous, des bandeaux, des barrettes mais moi... Ça me tire les cheveux !

Non, moi je préfère quand on met heu... un bon- net... Ou un chapeau. Ou des lunettes !!!

J’aimerais bien avoir des lunettes !

Dans ma classe, il y a une fille, elle a des belles lu- nettes... ! Et même s’il y en a qui se moquent d’elle parce qu’elle a des lunettes, moi je trouve qu’elle est belle avec ses lunettes, qu’elle est même plus belle qu’avant alors j’aimerais bien avoir les mêmes...

C’est pour ça, un jour, j’ai dit à maman : « Je veux des lunettes ! » Elle m’emmène chez le docteur... : j’ai pas besoin de lunettes, j’ai une très bonne vue... comme papa !

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