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Les Cahiers de l'Égaré

notes de lecture

Concertina lu par Jacques Larrue

11 Octobre 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #notes de lecture, #poésie, #écriture

Concertina le livre d'Isabelle Forno aux Cahiers de l'Égaré 

9.- LIVRE COMME L'AIR . Isabelle Forno la Toulonnaise, chronique sa vie en soixante-dix-huit tableaux C'est de la poésie libre. Et pure. C'est Isabelle que je connais. Mi-bas, mi-collants, mi-chèvre, mi-chou. Ni mièvre, ni mou. Avant de la lire, je savais que j'aimerais. Que je m'y perdrais. Que je m'y plaindrais. Que je m'y étonnerais. Mais que je m'y plairais. C'est fait de nostalgie, de tragédie parfois d'un fond de misandrie - histoire de maquiller l'amour des hommes plus que d'amères révélations... -, jamais de pleurnicher.

Zaza (vous permettez que je l'appelle Zaza ?) aime les mots, les chérit, les choie et les choisit. Et à ce titre, ne les épargne guère. Elle en fait des armes amères, des larmes douces ou rouges suivant les pages, l'orage, le désespoir. Elle s'amuse. Trop. Se repent. Se répand. Mais, toujours se reprend...

Oui je sais ça n'a pas l'air facile à lire... Mais si c'est facile ! Parce que c'est beau, généreux, débordant d'enthousiasme et de désespoir, d'abrasifs souvenirs et de douces confessions, c'est facile. Préparez vous y en a 270 pages. Et même 540, tant la tentation de s'y reprendre à deux fois, pour ne rien laisser s'échapper, est forte.

Car vous allez le lire, n'est ce pas ? Parole de Jaco. Il faut y aller, ceux de Macronique, parce que je ne voudrais pas que ce soit encore un chef-d'œuvre ignoré et que ce pauvre Jean-Claude en soit de sa poche. Lui, c'est l'éditeur et je sais pas comment elles sont encore pleines ses poches de l'édition tant elles sont... Grosse ! (merci, merci, c'est trop, vous pouvez vous rasseoir...). A moins qu'elles soient vides, mais là n'est pas la question.

Et le rythme. Quel rythme mes amis ! Les vers sont libres même si parfois, pris dans d'épais rouleaux de barbelés, ils sacrifient à la rime. Ils finissent en pote, en litote, en bouillotte. Ça vous chauffe les pieds même s'il n'y en a pas huit, ni douze. Ses textes-poèmes (oui je sais je ne devrais pas insister car rien ne se vend moins que la poésie) comme autant de petites - ou mauvaises - nouvelles... aventures. Mais ne reculez point cela se lit tout seul et c'est une bien belle musique que ces phrases nerveuses, ces phrasés langoureux.

Cela nous amène immanquablement au Concertina. Vous connaissez le concertina vous ? Tant mieux, j'en ai un peu marre de passer pour un con ! Enfin passer est une chose, mais l'être vraiment...

Ben voilà, le concertina c'est un système de clôture formant un réseau de bandes d'acier hérissées de lames tranchantes qui protège les murs de prison et tout autre endroit à ne pas franchir. C'est l'allégorie de la violence, de l'isolement sur soi ou par les autres.

Mais le concertina, c'est aussi un petit accordéon, plein de souffle et d'énergie, qui se joue à bout de bras grâce à sa légèreté, mais que l'on compare parfois à un orgue portatif. Il peut accompagner tout type de musique, grâce à des sons mordants et doux qui portent loin. C'est un petit air de fête. Un petit tour de piste pour clown triste et enfants joyeux.

Et c'est dans cette juxtaposition d'un même mot qui tourne à la confrontation, que la subtilité du propos vient se frotter à l'acidité des mots. J'aurais aimé aussi vous parler de la mise en musique, d'une rencontre improbable et quasiment préméditée avec un troubadour des Amériques, mais devant son refus ce n'est pas un renoncement. Juste un repli stratégique. C'est encore son extrême pudeur, dont vous constaterez qu'elle tombe tel le masque lorsque la plume crisse ou s'envole, qui m'interdit de proposer un visage sur cette si belle personne...

Qu'importe l'apparence je vous promets un grand moment de lecture. Et d'en sortir à la fois apaisé et épuisé. À regret aussi lorsque les dernières pages de droite deviendront ridiculement étroites entre le pouce et les autres doigts. Comme lorsqu'un verre de blanc, un chardonnet soigné, se plaint d'être vide.

Faudra penser à le renouveler. Y a pas de hasard Zaza...

Parmi les soixante dix-huit textes proposés par Isabelle Forno dans son Concertina, en voici un. Ce n'est pas le plus beau à mon goût, mais c'est celui choisi par l'éditeur. Et il va vous parler... fort !

 

SALON DES SENIORS

 

Il faut se rendre à l’évidence, il y a un moment, les hommes : il faut oublier,

Et même pire, il faut les fuir !

 

Que leurs amours soient en soins palliatifs, ou en phase terminale, qu’ils soient encore, ou à nouveau, ou temporairement célibataires, ils restent fuyants, craintifs, transparents, comme si la vie les avait durablement anesthésiés, et même à leur insu presque déjà quittés.

 

À trop actionner la pompe à mort fine, ils ne ressentent plus rien.

 

À peine encore dans leurs calcifs, quelques réflexes conditionnés, après s’être baladés en loucedé dans les galeries marchandes des objets homologués :

Jeunes filles en fleurs aux vieilles ficelles, femmes fatalement lubriques, infirmières et vieilles rombières...

 

Adeptes du racolage poussif, aucun signe de séduction, vêtements démodés couleur de tabac vieux, mal fago- tés, un peu crades, aigris, corps avachi, ils recyclent en boucle les souvenirs de leurs heures de lustre, et leurs faits d’armes auprès des dames :

« Je tirerai bien une dernière taffe, avant de rendre mon pyjama

Donnez moi vite une femme ! N’importe laquelle fera l’affaire ! »

 

Pour tromper l’œil de la mort, parfois les femmes sont d’accord.

 

Elles arrivent un peu coquettes dans des maisons abandonnées, aux chambres fermées sur le désordre, sous la poussière des drames anciens.

 

Aucun espace libre.

À peine les bras d’une banquette.

Redoutant de découvrir congelés dans un coin tous les membres d’une vie tronçonnée, elles ne s’égareront pas, fuiront les pénalités, et s’en tiendront aux conventions tacites de la prestation initiale.

 

C’est une passe non tarifée, pour un acte peu gracieux : il faut bien que vieillesse se passe !

 

L’usage des corps sera triste, on n’est pas loin du dégueulasse,

 

« C’était sympa de vous connaître, merci de votre invitation,

mais je ne vais pas pouvoir rester... »

 

 

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