Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Les Cahiers de l'Égaré

pour toujours

Bardot et nous

7 Juillet 2026 , Rédigé par grossel Publié dans #FIN DE PARTIES, #pour toujours, #épitaphier, #écriture, #lecture

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

Bardot et nous 

BAT signé le 7/7/2026 à 9H 30, imprimé par CLIP

ISBN 978-2-35502-176-3

13,5 X 20,5, 47 textes, 306 pages, PVP 20 €
parution 28 septembre 2026, anniversaire de Brigitte Bardot

 

lecture publique, samedi 10 octobre, 19 H 30, entrée libre

direction artistique Dominique Lardenois pour des lectures transversales

lectrices Nadine Demange, Katia Ponomareva

partenariat Les Cahiers de l'Égaré, municipalité du Revest, Le Pôle (arts en circulation), TPM

Maison des Comoni, Le Revest

distribution par SODISLIV, La Barde, 16500 LESSAC

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

couverture de l'ouvrage collectif Bardot et nous, réalisée par Raphaël Ollé Cervera

Prologue de l’éditeur

Bardot et nous, genèse et déroulement

Il y eut, le 14 octobre 2014, le retour de Bruno Ricard à l’éditeur : J’ai réfléchi à votre futur projet d’ouvrage sur BB, c’est une très bonne idée.

Il y eut, le 25 octobre 2025, l’émergence d’un projet 2026 autour de Brigitte Bardot.

Il y eut, dans la nuit du 19 au 20 novembre 2025, le rêve qui offrit les mots Initials BB, Essentials Sanctuary.

Il y eut un premier appel à textes, le 29 novembre 2025.

Puis tout s’accéléra.

Il y eut la mort de Brigitte Bardot, le 28 décembre 2025.

Il y eut le refus d’un hommage national, le 31 décembre 2025.

Il y eut les obsèques dans l’intimité, le 7 janvier 2026.

Il y eut un 2e appel à textes, le 15 janvier 2026.

Il y eut la messe-hommage à l’église Saint Roch à Paris, le 28 janvier 2026.

Il y eut l’hommage hué à la 51e cérémonie des César, le 26 février 2026.

Il y eut l’ignorance à la 98e cérémonie des Oscars, le 16 mars 2026.

Il y eut 47 textes proposés par 23 contributeurs sur 92 sollicités, le 31 mars 2026.

Elle fut vivante avec sa Biographie symphonique au Palais des Congrès, le 2 avril 2026.

Elle fut présente, à sa manière, au 79e Festival de Cannes (12 au 23 mai 2026) : le maire inaugura la plage Brigitte Bardot.

Son Portrait vert par Andy Warhol ne fut pas adjugé aux enchères à New York en mai 2026 pour 16,7 millions de dollars.

Livre mis à l’impression, le 7 juillet 2026, sorti des presses, le 28 septembre.

Le Revest, 18 juin 2026.

Bardot et nous

Table

Prologue de l’éditeur, Genèse et déroulement ............. 5

MM Cannes 1962 BB, Jean-Claude Grosse .............      8

Bardot, à bout de souffle, Jom Roniger ..................... 16

Essentials Sanctuary, Vita Nova .............................. 23

Sidonie-Brigitte, Moni Grego .................................  29

Être ou ne pas être humaniste, François Carrassan ....36

Bric-à-brac, Sabine Jean ........................................ 42

Deux lettres ouvertes de Brigitte Bardot ................   44

Brèche au bord d’un tombeau, Marwil Huguet ........   52

07/02/26 La Madrague, Erasmus Leaf ....................  58

Cinq colonnes à la une, Dominique Lardenois ........    64

BB, Emmanuelle, nous et moi, par le correspondant

heureux d’Emmanuelle Arsan ................................ 68

Une vie deux destins, Patricia Raccah ......................74

Le cameraman, Je-Jeuh-Jeu ...................................81

À Brigitte Bardot, Sandrine Malika Charlemagne ....  89

À ma Shanga, Carolyne Cannella ...........................95

À Brigitte Bardot, feu Marcel Conche ....................  98

1, 2, 3... 4 soleils, Sylvie Combe ..........................103

Moins une, Frédéric Jean Gilles ............................ 107

Tout autre, Gérard Lépinois ................................. 114

Ange, histoire vraie, Anne Pascale Patris ................118

La lettre du petit cheval, Anne Pascale Patris ..........122

Mes essentials B.B., Michelle Lissillour .................  127

Naturelle, telle quelle, éternelle, feu Christian Bobin 132

Mon empreinte dans la neige, Philippe Payraud .....  136

Le vieil ami des mots et des animaux, Alain Cadéo   150

Sur la plage abandonnée, Nadine Chauchat ..........  157

Une place au soleil, Nadine Chauchat ....................160

Foirades Gourades Leurrades, Je-tu-il ....................163

Elle n’était pas blonde, Brigitte, Benoît Rivillon .....   168

Il n’était pas beau, Lucien, Benoît Rivillon ............  176

Combat sacré, Marie-Thérèse Laneuze .................. 181

Le corps émotion de l’âme, Pierre Vigna ................183

Ce que je porte, Claude IA ...................................185

Le Mépris, Roger Lombardot ............................... 190

J’étais encore très jeune, Sacha Barault ................194

C’est fou !, Centsoixantehuitmoinssixfontdouze ....  200

BB au paradis et moi…, Marc Israël-Le Pelletier ...    215

Rituel du 40e jour, Piou Piou ................................ 220

Insupportable discours de la vérité, Scolca .............228

À la recherche…, Karine Poirier-Deplagne ...........    234

Onze minutes, Hélène Phung ............................... 242

Haïsha, Hélène Phung ......................................... 249

La grotte et la sainte, Alexandre Ferran .................252

Le scénario manquant, Mariama et Rosalie ...........  258

Manifeste des M, anonyme .................................. 273

La dernière lettre, Christiane Singer ......................283

La Vérité, Gilles Cailleau ......................................289

Épilogue du claviste, Mood’s moon ........................297

 

Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra
Bardot / Godard / Warhol / Manarra

Bardot / Godard / Warhol / Manarra

Épilogue

Moon’s mood

(l’humeur du claviste*)

Cette mise en page est terminée, relue, corrigée, le bon à tirer est validé… Our revels now are ended, comme dit Prospero. Ouf ! Et en écrivant ce ouf, j’essuie mon front du revers de la main.

Mettre en page un tel ouvrage, c’est selon qu’on se sent marcheur, marin, chercheur d’or ou humain parmi les humain·e·s, vivre un vertige, un maelström, un ultra-trail, un labyrinthe… On ouvre la boîte de Pandore (attention, je ne dis pas une boîte de Pandore, non, la boîte de Pandore, la vraie) et tout en jaillit en pagaille, avec la brutalité des caresses et des ombres…

On en sort comme on sort d’un ring ou d’une nuit d’amour, sonné. Et à la vérité, comme d’un ring ou d’une nuit d’amour, on n’en sort jamais, il s’en échappe toujours de la boîte…

Ce qui me choque ce sont toutes ces bêtes merveilleuses que l’on transforme en saucisson… Le plus beau jour de ma vie était une nuit… La lucidité, c’est atroce et merveilleux à la fois… Je vois immédiatement la faille et ça m’empêche de m’évader dans un rêve… Vous êtes si gentil. Si gentil ! Et tout ce que je trouve à faire, c’est de brûler votre maison… Un chien, un chat, c’est un cœur avec du poil autour… Tu te mets en colère, t’as pas compris ? La drogue, j’en prends pas, j’en vends… Les autochtones ont gardé leurs gènes de sauvages, tout ça a des réminiscences de cannibalisme des siècles passés. J’ai honte de cette île, de la sauvagerie qui y règne encore… Est-ce que, par hasard, vous seriez timide, capitaine ?Nous ne sommes pas faites pour mener la vie d’un homme. Une femme est un être doux et vulnérable avant tout… Ma petite Vierge, heureusement qu’elle existe… Mais tu as bu, tu sens le rhum ?… C’est toujours comme si j’allais mourir le lendemain… J’accuse violemment etfermement les gouvernements successifs de se plier lâchement à une tradition religieuse importée sur notre territoire par ceux qui ont eu la chance d’y être accueillis et qui petit à petit nous imposent leurs coutumes barbares, sanglantes et écœurantes… C’est follement excitant. Viens, on va voir… Si tu m’aimes tais-toi !… Plus les femmes essaient de se libérer, moins elles sont heureuses… J’ai pensé que le cinéma ne m’apporterait plus rien et que je n’apporterais plus rien au cinéma, comme un couple se sépare au moment où il n’a plus rien à se dire… Vous voulez me juger, mais vous n’avez jamais vécu, jamais aimé… J’ai été très heureuse, très riche, très adulée, très célèbre et très malheureuse… Tu vois mon derrière dans la glace ?… Je crains que vous me méprisiez… Je sais que j’ai plus de couilles que beaucoup d’hommes… Et toi t’es heureux ?… Le cinéma est un métier de cons… C’est pour ça que vous me détestez, parce que vous êtes tous morts… Si tu ne penses plus à moi, je n’existe plus…

Ad libitum.

Dos d’Âne, île de la Réunion, 21 juin 2026.

* À ne confondre ni avec claveciniste ni avec caviste ! Un·e claviste (un dans le cas présent) est la personne chargée de la composition d’un texte sur toute machine à clavier.

 

Lire la suite

Initials BB Essentials Sanctuary

15 Décembre 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #FIN DE PARTIES, #agora, #lettre, #philosophie, #pour toujours, #écriture

Le 29 novembre à 9 H, jour anniversaire de la disparition de l'épousée, il y a 15 ans, à 21 H, j'ai lancé le projet de livre pluriel élaboré pour les 92 ans de Brigitte Bardot.

Initials BB

(Serge Gainsbourg - 1968)

Une nuit que j'étais 
À me morfondre 
Dans quelque pub anglais 
Du coeur de Londres 
Parcourant L'Amour mon- 
stre de Pauwels 
Me vint une vision 
Dans l'eau de Seltz 

B initials 
B initials 
B initials 
BB 

B initials 
B initials 

B initials 
BB 

Tandis que des médailles 
D'impérator 
Font briller à sa taille 
Le bronze et l'or 
Le platine lui grave 
D'un cercle froid 
La marque des esclaves 
À chaque doigt 

B initials 
B initials 
B initials 
BB 

B initials 

B initials 
B initials 
BB 

Jusques en haut des cuisses 
Elle est bottée 
Et c'est comme un calice 
À sa beauté 
Elle ne porte rien 
D'autre qu'un peu 
D'essence de Guerlain 
Dans les cheveux 

B initials 
B initials 
B initials 
BB 


B initials 
B initials 
B initials 
BB 

À chaque mouvement 
On entendait 
Les clochettes d'argent 
De ses poignets 
Agitant ces grelots 
Elle avança 
Et prononça ce mot : 
« Alméria » 

B initials 
B initials 
B initials 
BB 


B initials 
B initials 
B initials 
BB

 

Essentials Sanctuary

(Vita Nova - 2025)

Un jour que j’étais
À Carsac-Aillac
Au cœur du Périgord noir
Jouant avec ennui Arabelle
La châtelaine
J’ai sauvé Colinette la biquette
Du sort funeste d’un méchoui
L’achetant à la vieille figurante
L’installant avec Princesse
Dans ma chambre de star
À Sarlat, le bled de La Boétie
Le désobéissant à tout tyran
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary

Renonçant aux projecteurs d’Initials BB
Bardot entendit les plaintes
Des bêtes en détresse
Et fit cette promesse :
Donner le lait de la tendresse
Moquée insultée agressée
La Bardot fit front 
Vendit ses biens anciens
Créa la Fondation 
Ses missions 
Ses actions 
Ses implantations
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary

Tandis que les bouchers
Continuent à faire grincer
Les chaînes rouillées
Autour des pattes 
Des bêtes suspendues

La Bardot leur grave
La marque des rescapées
un coeur d’amour
Jour après jour
Dans les pâturages
Où de vieillesse elles meurent
Sous l’oeil du gardeur de troupeaux
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary

Au fond des cages
Chiens et chats errants enfermés
Pour les relâcher
Bardot leur laisse une cicatrice
Stérilisés
Chiens et chats vivent 
vies de chiens et de chats
Dans les rues des villes 
Les fossés des campagnes

Ou choisissent qui veut les adopter
Pas les acheter

E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary

Mais on entend encore
Les cris étouffés de souris et de singes 
Dans les laboratoires des Ça Vend
Refusant ces plaintes muettes
Bardot ouvrant ses bras proclame :
« Mettons fin à la vivisection 
À la chasse à courre
Au grindadráp des dauphins 
À la madrague aux thons 
À la chasse aux phoques 
Ma sagesse et mon expérience
Vont aux animaux »
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary
E essentials
E essentials
E essentials
Sanctuary

 

Brigitte Bardot à Bazoches le gardeur de troupeau avec Marguerite en Normandie
Brigitte Bardot à Bazoches le gardeur de troupeau avec Marguerite en Normandie
Brigitte Bardot à Bazoches le gardeur de troupeau avec Marguerite en Normandie

Brigitte Bardot à Bazoches le gardeur de troupeau avec Marguerite en Normandie

vivisection dissection chasse à courre  grindadráp des dauphins  pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon
vivisection dissection chasse à courre  grindadráp des dauphins  pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon
vivisection dissection chasse à courre  grindadráp des dauphins  pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon
vivisection dissection chasse à courre  grindadráp des dauphins  pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon
vivisection dissection chasse à courre  grindadráp des dauphins  pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon
vivisection dissection chasse à courre  grindadráp des dauphins  pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon
vivisection dissection chasse à courre  grindadráp des dauphins  pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon
vivisection dissection chasse à courre  grindadráp des dauphins  pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon

vivisection dissection chasse à courre grindadráp des dauphins pêche au thon chasse au poque au hakapik BB et le blanchon

Lire la suite

Si Noailles m'était contée / François Carrassan

21 Mai 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #album, #cahiers de l'égaré, #pour toujours, #écriture

Var-matin, 19 mai 2025

Var-matin, 19 mai 2025

La polémique sur la Villa Noailles s’invite à la fête du livre d’Hyères
Var-Matin (Grand Toulon) 19 May 2025
C’est un post sur Facebook de la maison d’édition revestoise Les cahiers de l’Egaré, qui a relaté « une censure, blacklistage » qu’auraient subis, lors du salon organisé par la librairie Charlemagne, des essais de François Carrassan qu’elle publie et notamment l’un, en prise avec l’actualité, Si Noailles m’était contée, retour au réel. Le matin de l’ouverture, le directeur de Charlemagne, Olivier Rouart aurait lancé à Jean-Claude Grosse, directeur de la maison d’édition locale, qui possède son propre stand au salon, qu’il « ne [devait] pas exposer les livres de François Carrassan, pas de livres d’élus ». Après avoir retiré de sa table les ouvrages de l’adjoint à la culture de la Ville d’Hyères durant la journée de samedi, l’éditeur dénonçait le soir sur les réseaux sociaux une telle « injonction », en relation directe, selon lui, avec l’ouvrage sur la Villa Noailles, alors que le jour même paraissait un article du journal Le Monde “La Villa Noailles en proie aux dérives financières” (sujet également couvert par Varmatin, nos précédentes éditions), revenant sur le déficit du Centre d’art, et la gestion de son directeur, Jean-Pierre Blanc. « Même si le livre en lui-même n’est pas polémique, mais historique uniquement », estime Jean-Claude Grosse. Dimanche matin, celui-ci décidait d’apposer une affichette sur son stand, demandant à ceux qui souhaitaient se procurer l’ouvrage, de s’adresser directement à lui, avant qu’Olivier Rouart ne vienne lui dire que, « si cela faisait polémique, il pouvait remettre les livres », nous a confiés ce dernier. Les oeuvres de l’élu se sont donc retrouvées en bonne place, à la vue du public, durant cette deuxième journée. Alors que l’éditeur invoque avoir toute latitude dans le choix de ses ouvrages et de ses invités, dont la plupart ne figurent pas dans la programmation officielle, le libraire répond, pour sa part, qu’ « il n’y a pas de polémique sur une censure de livre. C’est juste que la règle de la fête du livre est : un livre = un auteur présent. Pour garder un équilibre éditorial, avec JeanClaude Grosse, on avait listé en amont les auteurs qui seraient présents. Si François Carrassan veut venir en tant qu’auteur, pas de souci. Cela se serait appliqué également aux livres de Jean-Pierre Giran (publiés dans la même édition, ndlr) ». L’élu à la culture s’était juste déplacé à la fête, le temps de l’inauguration.
À noter que bon nombre d’ouvrages d’autres auteurs de la maison d’édition, absents eux aussi ce jour-là, n’ont, eux, pas dû être retirés de la vente. Olivier Rouart s’est dit pour sa part prêt à proposer l’ouvrage dans ses librairies.
- un commentaire ?
JC - « I would prefer not to »
debout Danielle Vioux (Salon de Provence), Patricia Raccah (Deux-Sèvres), Jean Delorme (Antibes), JC (du sur place), Isabelle Forno (Paris), Martine Cadéo (Evenos), Ritchi et Inès Delorme (Antibes), Marwil Huguet (Bordeaux) / devant moi, les oeuvres poétiques de Jean-Loup Fontaine, postier lillois, décédé en 1994, prix Max-Pol Fouchet 1994 à l'unanimité au 1° tour; absent pour de bonnes raisons, il est présent sur le stand et je peux parler tout à fait de son oeuvre à un quelconque visiteur
debout Danielle Vioux (Salon de Provence), Patricia Raccah (Deux-Sèvres), Jean Delorme (Antibes), JC (du sur place), Isabelle Forno (Paris), Martine Cadéo (Evenos), Ritchi et Inès Delorme (Antibes), Marwil Huguet (Bordeaux) / devant moi, les oeuvres poétiques de Jean-Loup Fontaine, postier lillois, décédé en 1994, prix Max-Pol Fouchet 1994 à l'unanimité au 1° tour; absent pour de bonnes raisons, il est présent sur le stand et je peux parler tout à fait de son oeuvre à un quelconque visiteur

debout Danielle Vioux (Salon de Provence), Patricia Raccah (Deux-Sèvres), Jean Delorme (Antibes), JC (du sur place), Isabelle Forno (Paris), Martine Cadéo (Evenos), Ritchi et Inès Delorme (Antibes), Marwil Huguet (Bordeaux) / devant moi, les oeuvres poétiques de Jean-Loup Fontaine, postier lillois, décédé en 1994, prix Max-Pol Fouchet 1994 à l'unanimité au 1° tour; absent pour de bonnes raisons, il est présent sur le stand et je peux parler tout à fait de son oeuvre à un quelconque visiteur

2° jour et fin de la FDL d'Hyères 2025, je suis sur place vers 9 H 15 et mets un paquet sous cellophane de 10 Si Noailles m'était contée avec le texte annoncé dans mon message d'hier soir : le livre Si Noailles m'était contée est à demander à son éditeur
10H et quelques minutes, Jean-Pierre Giran vient chaleureusement me saluer et me demande comment ça se passe; je lui signale la demande formulée par Olivier Rouard de ne pas présenter le livre de François parce que livre d'un élu; il ignore les critères sur lesquels l'organisateur choisit les auteurs
quelques minutes plus tard, Olivier vient me voir, me dit qu'il y a polémique, que je peux présenter le livre, estimant toutefois que l'auteur doit dire clairement s'il veut être accueilli comme auteur donc présent au stand ou s'il laisse la gestion à l'éditeur auquel cas il ne joue pas le jeu de la fête qui veut que l'auteur rencontre ses lecteurs
quelques minutes plus tard, Jean-Pierre Giran repasse au stand, me dit qu'il a parlé de l'interdiction avec Olivier lequel avait déjà réagi
résultat, les 10 livres amenés sont partis dans la journée entre des mains de gens alertés, avertis, intéressés
en fin de journée, après avoir tout rangé, je suis allé voir Olivier pour évoquer cette affaire de censure qui a duré un jour, qui m'a valu un entretien avec une journaliste de Var-matin qui m'a dit devoir aussi rencontrer Olivier
j'ai bien insisté sur le fait que les auteurs présents sur le stand sauf une n'étaient pas listés dans les auteurs de la fête, qu'ils avaient à leur charge, déplacement, repas, hébergement; qu'il en était de même des éditions Villa-Cisneros, juste après Les Cahiers de l'Égaré ; quant aux auteurs absents, ils avaient le droit aussi d'être représentés par leur éditeur, soit parce qu'habitant trop loin (Maroc, La Réunion) ou décédés comme André Neyton, Alain Cadéo, Jean-Loup Fontaine, Lucien Forno
en rentrant vers 21H 30, je découvre via le messenger d'une amie l'article du Gabian déchaîné, paru ce matin
j'ai juste une correction à faire : le livre n'est pas un brûlot contre les dérives financières, le livre raconte l'histoire du château Saint-Bernard puis l'histoire de son rachat par la ville 50 ans après, en état de délabrement complet jusqu'à la rénovation donnant naissance au projet de Centre d'art contemporain
du château Saint-Bernard (50 ans) à la Villa Noailles (50 ans), ça ne fait pas 100 ans mais deux fois 50 (JCG)
c'est à l'occasion de la sortie du livre, qu'interviewé, François Carrassan a, dans la presse, exprimé des réserves dans un article argumenté du 11 décembre 2023
 
l'affaire de la gestion financière de la villa Noailles dépasse le cadre du livre, elle relève des tutelles et peut-être de la justice;
la censure d'un jour est significative des dérapages pouvant se produire dans des contextes conflictuels, polémiques, troubles

CONVENTION RELATIVE A LA FÊTE DU LIVRE D’HYERES 2025

ENTRE LES SOUSSIGNES :

L’association Cap Culture, ayant son siège au 50 boulevard de Strasbourg, 83000 Toulon, dont le numéro

SIRET est le 809 675 028 00017, représentée par son président Olivier ROUARD,

Ci-après dénommée Cap Culture

D’une part

ET

Les éditions Cahiers de l’Egaré, sises XXXXXX

dont le numéro de SIRET est XXXXXX

, représentée par Jean-Claude GROSSE

Ci-après dénommé Cabiers de l’Egaré

D’autre part

IL EST ARRETE CE QUI SUIT :

PREAMBULE

L’association Cap Culture, dans le cadre d’une convention qui la lie à la Ville d’Hyères, a pour mission d’organiser la programmation et la logistique de la fête du livre d’Hyères qui se déroulera au Forum du Casino les samedi 17 et dimanche 18 mai 2025.

Il a été convenu ce qui suit :

Article 1 : Objet de la convention :

La présente convention a pour objet la description des engagements des partis dans la préparation, l’organisation et le déroulement de la manifestation de la fête du livre d’Hyères 2025.

Cap Culture a pour mission l’organisation de la programmation et la logistique pour la venue,

l’hébergement et la participation à la fête du livre des auteurs.

Dans ce contexte, Cap Culture détermine avec Villa-Cisneros les actions mises en place.

Article 2 : Missions et engagements de Cap Culture

Cap Culture s’engage à :

Fournir un stand à Villa Cisneros durant la durée de la Fête du Livre les 17 & 18 mai 2025

Prévoir la communication afférente à la présence des auteurs Villa Cisneros en lien avec la Ville d’Hyères

Page sur 1 3Article 3 : Engagements de Villa Cisneros

Villa Cisneros s’engage à :

Communiquer à Cap Culture les informations nécessaires à la communication (photos auteurs, couvertures ouvrages, textes descriptifs et courtes bio)

Accueillir et prendre en charge sur son stand les auteurs suivants : Isabelle Forno avec Lucien est de sortie, et Concertina

A fournir sur son stand les ouvrages des auteurs invités ou représentés et en assurer directement la vente, soit :

Annie Bergougnous, Au bord des falaises

Gilles Cailleau, Les derniers jours de Freddie Mercury

Jean Delorme et Loïc Molla, Liberta, Les entrepreneurs du sens

Jean-Loup Fontaine, Poèmes 1 et 2

Luisa Gaillard Sanchez, ! Ay Madre mia !

Marc-Israël le Pelletier, Conversation dans un compartiment de Première Classe

André Neyton, Il fallait être fou

Nouria Rabeh, Immensité

Patricia Raccah, Le consentement de Galatée

Germaine et Patricia Raccah, Bahie et Papou

Danielle Vioux, Tangages

Article 4 : Durée de la convention

La présente convention prend effet à compter de la date de sa signature par les parties et prendra fin après la Fête du Livre d’Hyères

Article 5 : Informatique et Libertés

Dans le cadre de l’exécution de la présente convention, les parties seront amenées à créer divers fichiers qui seront échangés entre les parties.

Cap Culture s’engage à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection et la

conservation des données qui lui seront confiées dans le cadre de la présente convention.

Article 6 : Contestations-litiges

En cas de litige sur l’interprétation et/ou l’exécution de la présente convention, les parties s’engagent à se réunir pour explorer et arrêter, d’un commun accord, une solution amiable.

A défaut, les tribunaux de Toulon seront seuls compétents pour statuer sur tout litige survenant entre les parties contractantes et concernant la présente convention.

Fait à Toulon,

En deux exemplaires originaux

Page sur 2 3

Pour l’Association Cap Culture Pour Villa-Cisneros

Olivier ROUARD                                                               JC GROSSE

CONVENTION RELATIVE A LA FÊTE DU LIVRE D’HYERES 2025

ENTRE LES SOUSSIGNES :

L’association Cap Culture, ayant son siège au 50 boulevard de Strasbourg, 83000 Toulon, dont le numéro

SIRET est le 809 675 028 00017, représentée par son président Olivier ROUARD,

Ci-après dénommée Cap Culture

D’une part

ET

Les éditions Cahiers de l’Egaré, sises 669 route du Colombier, 83200 Le Revest

dont le numéro de SIRET est 381 456 466 00030

, représentée par Jean-Claude GROSSE

Ci-après dénommé Les Cahiers de l’Egaré

D’autre part

IL EST ARRETE CE QUI SUIT :

PREAMBULE

L’association Cap Culture, dans le cadre d’une convention qui la lie à la Ville d’Hyères, a pour mission d’organiser la programmation et la logistique de la fête du livre d’Hyères qui se déroulera au Forum du Casino les samedi 17 et dimanche 18 mai 2025.

Il a été convenu ce qui suit :

Article 1 : Objet de la convention :

La présente convention a pour objet la description des engagements des partis dans la préparation, l’organisation et le déroulement de la manifestation de la fête du livre d’Hyères 2025.

Cap Culture a pour mission l’organisation de la programmation et la logistique pour la venue,

l’hébergement et la participation à la fête du livre des auteurs.

Dans ce contexte, Cap Culture détermine avec Les Cahiers de l’Égaré les actions mises en place.

Article 2 : Missions et engagements de Cap Culture

Cap Culture s’engage à :

Fournir un stand à Les Cahiers de l’Égaré durant la durée de la Fête du Livre les 17 & 18 mai 2025

Prévoir la communication afférente à la présence des auteurs des Cahiers de l’Égaré en lien avec la Ville d’Hyères

Article 3 : Engagements des Cahiers de l’Égaré Les Cahiers s’engagent à :

Page sur 1 3Communiquer à Cap Culture les informations nécessaires à la communication (photos auteurs, couvertures ouvrages, textes descriptifs et courtes bio)

Accueillir et prendre en charge sur son stand les auteurs suivants :

- Isabelle Forno avec Lucien est de sortie, et Concertina

- Alain Cadéo via Martine Cadéo avec M., Le ciel au ventre, Il y a quelque chose encore, devant

A fournir sur son stand les ouvrages des auteurs invités ou représentés et en assurer directement la

vente, soit :

Annie Bergougnous, Au bord des falaises

Gilles Cailleau, Les derniers jours de Freddie Mercury

Jean Delorme et Loïc Molla, Liberta, Les entrepreneurs du sens

Jean-Loup Fontaine, Poèmes 1 et 2

Luisa Gaillard Sanchez, ! Ay Madre mia !

Marwil Huguet Poésie pendue au Précipice du Poète

Marc-Israël le Pelletier, Conversation dans un compartiment de Première Classe

André Neyton, Il fallait être fou

Nouria Rabeh, Immensité

Patricia Raccah, Le consentement de Galatée

Germaine et Patricia Raccah, Bahie et Papou

Danielle Vioux, Tangages

Article 4 : Durée de la convention

La présente convention prend effet à compter de la date de sa signature par les parties et prendra fin aprèsla Fête du Livre d’Hyères

Article 5 : Informatique et Libertés

Dans le cadre de l’exécution de la présente convention, les parties seront amenées à créer divers fichiers qui seront échangés entre les parties.

Cap Culture s’engage à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection et la

conservation des données qui lui seront confiées dans le cadre de la présente convention.

Article 6 : Contestations-litiges

En cas de litige sur l’interprétation et/ou l’exécution de la présente convention, les parties s’engagent à se réunir pour explorer et arrêter, d’un commun accord, une solution amiable.

A défaut, les tribunaux de Toulon seront seuls compétents pour statuer sur tout litige survenant entre les parties contractantes et concernant la présente convention.

Fait à Toulon,

En deux exemplaires originaux

Page sur 2 3

Pour l’Association Cap Culture Olivier ROUARD

Pour Les Cahiers de l'Égaré. JC GROSSE

JCGrosse a signé le 7 mai à 14 H 42

(déjà, François Carrassan était occulté et j'en ai conclu que ce devait être normal)

si Noailles m'était contée, non exposable à la FDL d'Hyères 2025 par l'organisateur de la manifestation, directeur des librairies Charlemagne au prétexte "pas de livres d'élus"
si Noailles m'était contée, non exposable à la FDL d'Hyères 2025 par l'organisateur de la manifestation, directeur des librairies Charlemagne au prétexte "pas de livres d'élus"
si Noailles m'était contée, non exposable à la FDL d'Hyères 2025 par l'organisateur de la manifestation, directeur des librairies Charlemagne au prétexte "pas de livres d'élus"
si Noailles m'était contée, non exposable à la FDL d'Hyères 2025 par l'organisateur de la manifestation, directeur des librairies Charlemagne au prétexte "pas de livres d'élus"

si Noailles m'était contée, non exposable à la FDL d'Hyères 2025 par l'organisateur de la manifestation, directeur des librairies Charlemagne au prétexte "pas de livres d'élus"

le 1° jour de la 11° FDL d'Hyères a commencé pour moi, 17 mai 2025 vers 9 H 30 par une injonction d'Olivier Rouard, directeur des librairies Charlemagne, organisateur, délégué par la ville, de la FDL d'Hyères avec Cap Culture : "vous ne devez pas exposer les livres de François Carrassan, pas de livres d'élus"
c'est la 1° fois qu'une telle remarque-injonction m'est faite
j'ai édité non seulement François Carrassan (9 à 10 livres) mais aussi Jean-Pierre Giran (3 livres), maire d'Hyères et président de TPM et leurs livres ont toujours été présentés
évidemment le livre visé, à ne pas montrer, c'est Si Noailles m'était contée, un livre qui rétablit la vérité sur le château Saint-Bernard, devenu après son abandon et son rachat par la ville, une villa à restaurer, nommée Villa Noailles
du château Saint-Bernard (50 ans) à la Villa Noailles (50 ans), ça ne fait pas 100 ans mais deux fois 50 (JCG)
 
évidemment, j'apprends dans la journée, la parution de l'article du Monde sur les dérives financières de la gestion de la Villa Noailles après l'article de France Bleu
évidemment, nous n'en sommes qu'au début d'une fin qui est aussi le début d'un autre commencement qui dureront les temps qu'ils dureront (1 an ? 20 an ?)
en attendant, censure, blacklistage des essais brillants de François Carrassan
demain, 18 mai, une affiche dira que Si Noailles m'était contée de François Carrassan est à demander à son éditeur sur le stand des Cahiers de l'Égaré
La Villa Noailles en proie aux dérives financières
Le Monde, enquête, 17 mai 2025
Le centre d’art varois, l’un des plus subventionnés de France, est pointé pour une gestion calamiteuse et un cumul de déficit de près de 4 millions d’euros.
Par Roxana Azimi
« Je pense qu’on a rempli une mission de service public, une mission culturelle et aussi une mission professionnelle envers l’industrie du luxe et de la mode », se félicitait, en 2023, Jean-Pierre Blanc dans Les Inrocks. Le satisfecit du directeur de la Villa Noailles, à Hyères (Var), qui organise chaque année deux prestigieux festivals, l’un consacré à la mode et à la photo, l’autre au design, masque toutefois une gestion calamiteuse dont l’ampleur a été révélée, jeudi 8 mai, par Ici (nouveau nom de France Bleu), citant un audit de l’inspection générale des affaires culturelles (IGAC).
Les chiffres sont parlants : des frais de déplacement et de réception somptuaires de plus de 1,2 million d’euros, des dettes fournisseurs chiffrées à 2,7 millions d’euros. Et un cumul de déficit qui frise les 4 millions d’euros. Soit autant que le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence péniblement renfloué par les pouvoirs publics en 2024. L’affaire fait d’autant plus de bruit que la Villa Noailles est l’un des centres d’art les plus subventionnés de France – les collectivités locales et l’Etat apportent 60 % de son budget de 6,5 millions d’euros, les 40 % restants provenant du mécénat.
Comment est-on arrivé là ? Excès de confiance et insouciance ? Ambition d’en faire toujours plus ? Personnalisation du pouvoir ? « On est passés d’une petite structure associative à une immense auberge espagnole hors de contrôle », résume un familier du dossier. Jean-Pierre Blanc n’a pas répondu aux questions du Monde, pas plus que la présidente de la Villa Noailles, Pascale Mussard.
Pépinière de jeunes talents
On ne peut contester à Jean-Pierre Blanc d’avoir réussi le pari fou de placer la petite commune varoise sur la carte de la mode et du design. A tout juste 20 ans, l’autodidacte lance, en 1986, le Salon des créateurs de mode, l’ancêtre du Festival international de mode, de photographie et d’accessoires, à Hyères. L’enfant du pays a de l’intuition, du charme, cette capacité rare d’injecter du soleil dans le regard de l’autre. Les plus grands stylistes se laissent séduire. John Galliano débarque à Hyères en 1991, suivi l’année suivante par Martin Margiela.
Dans le milieu de la mode, on se passe le mot : Hyères est la pépinière des jeunes talents, là où se repèrent les stars de demain. A partir de 1996, le festival, en plein essor, occupe le cadre idyllique de la Villa Noailles, construite dans les années 1920 par l’architecte Robert Mallet-Stevens (1886-1945) pour un couple de mécènes originaux, Charles et Marie-Laure de Noailles. En 2003, un centre d’art y est implanté, toujours sous la direction de Jean-Pierre Blanc.
Jamais à court d’idées, ce dernier lance, trois ans plus tard, un deuxième festival, Design Parade, conçu avec l’historienne Catherine Geel. Succès immédiat de nouveau. « Jean-Pierre avait construit un terrain joyeux, c’était excitant. Il y avait des problèmes structurels, mais on se disait que c’était normal », rapporte cette dernière. « On ne gagnait pas d’argent, mais c’était passionnant, on y croyait », abonde Michel Mallard, qui fut, pendant plus de dix ans, le directeur artistique du festival de photo et de mode.
Voix discordantes évincées
Tout va bien, jusqu’à ce que l’ego s’en mêle. Jean-Pierre Blanc écarte un à un tous ceux qui ont contribué à son succès. En 2012, Michel Mallard est débarqué par un simple e-mail. « J’en ai fait une dépression, confie-t-il. C’est pourtant moi qui ai fait la première exposition de Guy Bourdin, j’ai montré Steven Meisel, Steven Klein, j’ai fait venir Jean Paul Gaultier dans le jury. Mais à un moment, Jean-Pierre a commencé à avoir la grosse tête, il a voulu s’approprier mon travail, signer à ma place. »
Diane Pernet, qui, durant neuf ans, documentait le making of du festival de mode, a connu pareille disgrâce. « J’ai dit un jour à Jean-Pierre qu’on devait trouver une autre équipe vidéo, pour se réinventer. Je n’ai eu aucune nouvelle jusqu’à ce que j’apprenne par un cameraman qu’il avait recruté mon ancien assistant sans me le dire », raconte la blogueuse américaine, reconnaissable à son éternelle mantille noire. « Je l’ai appelé pour comprendre, il ne m’a pas répondu. Après neuf ans, il m’a éjectée sans être capable de me le dire en face. »
Les relations se tendent vite aussi avec Catherine Geel, qui jette l’éponge au bout du cinquième Design Parade. « A un moment, il n’y a plus eu de discussion possible sur les contenus, rembobine l’historienne. Je ne voulais plus être le prête-nom de ce qui n’a plus de sens, d’autant qu’un rapport de domination commençait à s’établir. » En interne, les voix discordantes sont évincées. « Jean-Pierre fonctionne à l’affect et au charme avant de maltraiter et de placardiser si on n’est pas d’accord », résume une ex-salariée qui tient à l’anonymat – un témoignage confirmé par plusieurs anciens collaborateurs interrogés par Le Monde.
Les jeunes assistants que les festivaliers croisaient dans le sillage de Jean-Pierre Blanc ont aussi déchanté. « La puissance imaginaire que dégageait la Villa Noailles a attiré de jeunes hommes qui se sont vite crus sous-directeurs avant de se prendre des vents énormes, rapporte un ex-employé. On avait beau les avertir qu’après une phase merveilleuse, où ils allaient partout, Jean-Pierre allait se lasser, ils ne voulaient rien entendre. »
Les équipes toussent surtout quand Jean-Pierre Blanc, qui s’était entiché de l’artiste Marc Turlan, avec lequel il est en couple désormais, décide de l’exposer à chaque festival. « C’était ridicule, car Turlan n’était pas à la hauteur des artistes de renommée internationale qu’on montrait. Quand je l’ai dit à Jean-Pierre, j’ai signé mon arrêt de mort », soupire Michel Mallard.
Train de vie ingérable
De la dérive égotique au dérapage financier, il n’y a qu’un pas. Pour éviter les sorties de route, une poignée d’agents avaient bien tenté d’endiguer l’insatiable appétit de projets de Jean-Pierre Blanc. Mais les vannes ont sauté, voilà une dizaine d’années. Protégé par l’ancien maire de Toulon Hubert Falco, lui-même condamné en 2024 à cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics, Jean-Pierre Blanc étend son emprise. La métropole Toulon-Provence Méditerranée rachète, en 2018, la Villa romaine, une coquette demeure du XIXe siècle dans le quartier Chateaubriand, à Hyères, et l’affecte à la Villa Noailles pour y abriter un centre de conservation et de documentation qui n’a jamais vu le jour.
L’entregent de Jean-Pierre Blanc séduit aussi les mécènes, qui accourent. Avec ce paradoxe : plus les grandes marques comme LVMH puis Chanel financent le festival de mode, plus le trou se creuse. « Quand Jean-Pierre recevait 10, il en dépensait 20 », résume un ancien de la maison. Le train de vie de l’association, calé sur le monde du luxe, devient vite ingérable. « Il arrosait les gens avec des cadeaux, des nuits d’hôtel, des repas. Son téléphone, son essence, absolument tout passait en notes de frais, pendant que certains jeunes artistes se retrouvaient à acheminer eux-mêmes leurs œuvres parce qu’il n’y avait plus d’argent dans les caisses », détaille une ancienne salariée.
Les dépenses s’emballent au moment où la Villa Noailles se dédouble à Toulon, où se tiennent désormais le volet architecture d’intérieur de la Design Parade ainsi que des expositions à l’Hôtel des arts. Mais c’est surtout la célébration en grande pompe, en 2023, du centenaire de la Villa Noailles, notamment la commande d’un opéra avec la chanteuse Camélia Jordana en guest-star, qui, malgré l’important soutien de Chanel, plonge les comptes dans le rouge.
Collectivités épatées
François Carrassan, l’adjoint à la culture du maire d’Hyères, s’en agace, dans un livre publié la même année, Si Noailles m’était contée. Retour au réel (2023, Les Cahiers de l’Egaré). « On a divinisé les anciens propriétaires de la Villa. Le lieu est devenu accaparé par la mode, aussi déconnecté des habitants d’Hyères qu’il l’était à l’époque des Noailles », déplore aujourd’hui l’élu. Tout en se montrant féroce, François Carrassan n’en a pas moins signé chaque année une subvention d’environ 150 000 euros à l’association. Jusqu’en avril, l’élu bénéficiait d’un siège au conseil d’administration, même s’il n’y participait plus depuis dix ans – « C’était ma façon de signifier ma désapprobation », dit-il.
Année après année, épatées par le rayonnement du centre d’art et ses 280 000 visiteurs annuels, toutes les collectivités remettent au pot sans discuter ou presque – l’Etat a même quasi doublé sa contribution voilà deux ans pour la porter à 650 000 euros. « Le fonctionnement de la Villa, parfois à la limite de la légalité, était connu d’un grand nombre. Cependant, en raison de son impact sur la vie culturelle et économique de la région, certains ont préféré fermer les yeux et laisser faire des années durant », résume Natasha Ciavaldini, qui a travaillé trente-cinq ans avec Jean-Pierre Blanc.
Embarrassés, l’Etat comme les collectivités invoquent des circonstances atténuantes. « Tout le monde savait qu’il y avait un déficit de 300 000 euros par an, mais personne ne voyait que ça s’accumulait », plaide Edward de Lumley, nouveau directeur régional des affaires culturelles en PACA, qui souligne l’« inflation des coûts de production ». « Il n’y a pas eu d’alerte du commissaire aux comptes ou de l’expert-comptable », défend, de son côté, Jean-Pierre Giran, maire Les Républicains d’Hyères et président de Toulon-Provence Méditerranée.
« Quand on reçoit les demandes de subventions, on nous soumet les bilans à n-2, ça veut dire que, pour les subventions 2025, on a les comptes 2023. On n’a pas accès au détail de la comptabilité », contextualise Valérie Paecht, directrice générale des services à la métropole, avant de s’emporter : « Vous croyez vraiment que, si on avait vu que ça partait en vrille, on n’aurait rien fait ? Que quatre collectivités auraient cherché à étouffer les choses ? »
Refonte de la gouvernance
En novembre 2024, les bailleurs de fonds finissent par donner l’alerte. La Rue de Valois dépêche avant Noël des enquêteurs de l’IGAC. L’audit flash partiellement dévoilé par Ici se révèle accablant. Rien ne va. Entre autres anomalies, aucun financeur n’est en mesure d’exercer de contrôle : ni l’Etat, ni les collectivités, ni les partenaires privés ne sont représentés au sein du conseil d’administration.
Début avril, lors de l’assemblée générale de l’association, les partenaires sifflent la fin de la récré. Une ancienne de la direction générale des affaires culturelles (DRAC) PACA, Bénédicte Lefeuvre, vient d’être missionnée pour examiner les comptes. En attendant son rapport, qui doit être livré dans deux mois, un plan de remboursement des dettes de 845 000 euros par an a été mis en place depuis le début de l’année. « Il faut modifier les circuits de dépenses, recentrer la Villa sur ses fondamentaux, à savoir les festivals, et réduire le reste de la programmation et les réceptions », égrène Edward de Lumley. L’IGAC préconisait aussi d’en finir avec la gratuité, en instaurant une billetterie pour augmenter les recettes.
Une refonte de la gouvernance a aussi été engagée dans l’urgence. Un directeur général sera nommé dans les prochaines semaines pour redresser la barre. Jean-Pierre Blanc reste aux manettes, mais au poste de directeur artistique. « Il a été de notre responsabilité, depuis le 1er janvier, de prendre des décisions immédiates pour assurer la pérennité du lieu, des festivals et des emplois liés », s’est bornée à commenter l’association.
L’affaire éclate au pire moment, économique et politique. Le ministère de la culture, privé de réserves en raison de coupes budgétaires, n’a pas les moyens de rétablir les finances. Un an avant les élections municipales, le déficit alimente l’extrême droite, qui quadrille le Var et veut marginaliser la création. En décembre 2023, déjà, l’élu Rassemblement national Amaury Navarranne avait appelé à couper les subventions de la Villa Noailles, en dénonçant une « culture confisquée, boboïsée, idéologisée ». « L’extrême droite préfère les temples grecs à une culture progressiste », riposte Jean-Pierre Giran, en dénonçant les « récupérations politiciennes ». Le maire d’Hyères admet une « trop grande liberté, pas assez de rigueur ». « Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, s’empresse-t-il d’ajouter. Le festival de mode est numéro un dans le monde, je veux le maintenir. »
Roxana Azimi
PAR CHRISTELLE MARQUES
Publié le jeudi 8 mai 2025 à 20:21 pendant que j'écoutais-regardais Bande-son des cons sur Arte
« ... ce qui est particulièrement pointé du doigt, ce sont les dépenses de déplacement, de mission et de réception. Plus d’1, 2 million d'euros en 2023. A la tête de la villa Noailles, Jean-Pierre Blanc qui mènerait, semble–t il grand train avec des notes de taxi exorbitantes, et des factures d’hôtel à Paris ou des thalasso payées avec les cartes de crédit de la Villa Noailles, tout ça, avec un salaire dépassant les 10 000 euros par mois...l'homme est parvenu en quelques années à faire du festival européen de la mode un évènement internationalement reconnu, ramenant des partenaires privés prestigieux comme Chanel notamment. « On ne peut pas lui reprocher de ne pas aller chercher l’argent. Son problème, c’est que s’il va chercher 1000 euros, il en dépense 2000 »... en 2023, François Carrassan**, adjoint à la culture à la mairie de Hyères tente d'attirer l'attention sur un mensonge qui a pourtant bien fonctionné, le fameux centenaire de la villa Noailles. Les 100 ans, on en était bien loin. Mais personne n'y a trouvé à redire, et la fête célébrant un centenaire qui n'a jamais existé a eu lieu. L'élu hyérois en fera même un livre afin de "rétablir la vérité de l'histoire"... Cela n’empêchera pas les festivités du 40ème anniversaire du festival de la mode, de la photographie, et de l’accessoire de se tenir en octobre. « Show must go on » comme on dit. La ville de Toulon a d’ailleurs récemment voté une subvention augmentée pour l’évènement, la passant de 30000 euros par an à 90000 euros pour 2024... Jean-Pierre Giran, le maire de Hyères le confiait à Ici Provence il y a quelques temps : « ce festival permet à la ville et à la Métropole de rayonner internationalement. Le risque c’est que cela n’existe plus. »...
** François Carrassan est l'auteur de "Si Noailles m'était contée. Retour au réel" paru en novembre 2023 aux éditions Cahiers de l'Egaré. 2° édition janvier 2025.
Cet essai bien accueilli sera présent sur le stand des Cahiers de l'Égaré, les 17 et 18 mai 2025 à la FDL d'Hyères.
 
- un commentaire ?
- « I would prefer not to »
article du 22 décembre 2023 /

article du 22 décembre 2023 /

signature-dédicace du 23 décembre 2023 au Café Charl's, librairie Charlemagne à Hyères
signature-dédicace du 23 décembre 2023 au Café Charl's, librairie Charlemagne à Hyères

signature-dédicace du 23 décembre 2023 au Café Charl's, librairie Charlemagne à Hyères

ホーム

個数:

 

SI NOAILLES M'ETAIT CONTEE – RETOUR AU REEL
  • ウェブストア価格 ¥3,209(本体¥2,918)
  • EGARE (2023/11発売)
  • 外貨定価 EUR 14.21
  • ポイント 29pt
  • 海外の書籍取次会社を通じて出版社等からお取り寄せいたします。
    通常4~8週間ほどで発送の見込みですが、商品によってはさらに時間がかかることもございます。
    重要ご説明事項
    1. 納期遅延や、ご入手不能となる場合がございます。
    2. 複数冊ご注文の場合、分割発送となる場合がございます。
    3. 美品のご指定は承りかねます。
  • ≪洋書のご注文について≫ 「海外取次在庫あり」および「国内仕入れ先からお取り寄せいたします」表示の商品でもクリスマス前(12/21~12/25)および年末年始までにお届けできないことがございます。あらかじめご了承ください。
     
  • 【入荷遅延について】
    世界情勢の影響により、海外からお取り寄せとなる洋書・洋古書の入荷が、表示している標準的な納期よりも遅延する場合がございます。
    おそれいりますが、あらかじめご了承くださいますようお願い申し上げます。
  • ◆画像の表紙や帯等は実物とは異なる場合があります。
  • 製本 Paperback:紙装版/ペーパーバック版
  • 商品コード 9782355021442

基本説明

Mettons que Schopenhauer a vu juste et que la vie humaine oscille, comme un pendule, entre la souffrance et l'ennui. La souffrance du manque à satisfaire. l'ennui qui survient une fois besoin satisfait. Un mouvement perpétuel t sans raison. Mais, si l'on est trop riche pour souffrir du besoin, on dira alors que le pendule s'arrête sur l'ennui. C'est le cas de Charles et Marie Laure de Noailles, tout juste mariés en 1923. qui vont donc s'appliquer à tuer l'ennui à l'altitude de la fortune dont chacun a hérité. Pour vivre une vie qui soit summum à vivre. C'est le combat de la classe riche, disait Schopenhauer, incessant et souvent désespéré. La construction d'une maison moderne à Hyères, aujourd'hui appelée Villa Noailles, s'inscrivait dans cette logique. J'aurai essayé de montrer ici ce qu'elle est vite devenue, prise dans les filets du temps qui tout décompose, jusqu'à son naufrage cinquante ans plus tard. Et jusqu'à offrir en 2023 un singulier paradoxe, celui d'une maison vendue toute splendeur perdue, devenue un bien public, restaurée avec le seul argent public et réutilisée pour y célébrer les propriétaires qui Pont abandonnée. Amusant, non ?

会員ログイン

 

パスワードを忘れてしまった方はこちら

会員登録(無料)

カートの中を見る

couverture / Photographie de couverture : Bernard Plossu, Villa Noailles / Restauration, in L’Europe du Sud Contemporaine, Images En Manœuvres Éditions, Marseille, 2000 / article paru dans Var-Matin, le 11 décembre 2023
couverture / Photographie de couverture : Bernard Plossu, Villa Noailles / Restauration, in L’Europe du Sud Contemporaine, Images En Manœuvres Éditions, Marseille, 2000 / article paru dans Var-Matin, le 11 décembre 2023
couverture / Photographie de couverture : Bernard Plossu, Villa Noailles / Restauration, in L’Europe du Sud Contemporaine, Images En Manœuvres Éditions, Marseille, 2000 / article paru dans Var-Matin, le 11 décembre 2023

couverture / Photographie de couverture : Bernard Plossu, Villa Noailles / Restauration, in L’Europe du Sud Contemporaine, Images En Manœuvres Éditions, Marseille, 2000 / article paru dans Var-Matin, le 11 décembre 2023

ce matin 8 janvier 2024, j'ai envoyé deux exemplaires du livre de François Carrassan, Si Noailles m'était contée, un à Philo Magazine et un au Monde, tous deux accompagnés d'une lettre
l'envoi a pris 30 cents entre fin décembre et début janvier,
soit 4 € 30 au lieu de 4 €
JEAN-CLAUDE GROSSE
Editeur / Les Cahiers de l’Egaré
669 Route du Colombier
83200 LE REVEST-LES-EAUX
Courriel / grossejean-claude@orange.fr
A
Monsieur MICHEL ELTCHANINOFF
Philosophie Magazine
10 rue Ballu
75009 PARIS
Objet : Article « Villa Noailles » / 22 septembre 2023
Monsieur le Rédacteur en chef,
J’ai le plaisir de vous faire parvenir l’ouvrage intitulé « Si Noailles m’était contée », récemment édité par mes soins et écrit par François Carrassan qui a été un des acteurs de la restauration de cette maison qui fut abandonnée et vendue par des propriétaires dont la richesse n’empêcha pas le naufrage, après un parcours pour le moins cahoteux.
Un envoi pour information. Car ce qu’en racontent aujourd’hui ses occupants relève à la fois du fantasme et du calcul à commencer par la célébration de son centenaire en 2023. Votre article annonce immédiatement la couleur : « Cette année la Villa Noailles célèbre ses cent ans. » Or rien n’est plus faux. Car il n’y a pas de centenaire. Car rien dans cette histoire n’a duré cent ans. Mais qu’importe ! L’annonce a fait la mousse attendue et la presse « people » s’en est régalée.
Que votre magazine ait relayé cette espèce d’escroquerie culturelle m’a surpris. Feu Marcel Conche (dont j’ai édité plusieurs ouvrages) et moi nous étions à l’époque réjouis de votre existence. Je continue de l’apprécier. Aussi je pense que vous serez sensible au « retour au réel » que propose mon envoi.
Dans cette attente, je vous prie de recevoir, Monsieur le Rédacteur en chef, mes plus cordiales salutations.
Jean-Claude Grosse
Editeur 
 
aucun retour de cette revue
----------------------------------------
JEAN-CLAUDE GROSSE
Editeur / Les Cahiers de l’Egaré
669 Route du Colombier
83200 LE REVEST-LES-EAUX
Courriel / grossejean-claude@orange.fr
A
Monsieur MICHEL GUERRIN
Le Monde
80 boulevard Auguste Blanqui
75707 PARIS CEDEX 13
Objet : Articles « Villa Noailles » des 19/04/23 et 26/04/23 dans Le Monde
Monsieur le Rédacteur en chef,
J’ai le plaisir de vous faire parvenir l’ouvrage intitulé « Si Noailles m’était contée », récemment édité par mes soins et écrit par François Carrassan qui a été un des principaux acteurs de la restauration de cette maison qui fut abandonnée et vendue par des propriétaires dont la richesse n’empêcha pas le naufrage, après un parcours pour le moins cahoteux.
Un envoi pour information. Car ce qu’en racontent aujourd’hui ses occupants relève à la fois du fantasme et du calcul à commencer par la célébration de son centenaire en 2023.
Les deux articles du Monde donnent immédiatement le ton : « La Villa Noailles fête ses cent ans cette année » et « La Villa Noailles s’offre un bain de jouvence pour ses cent ans ».
Or rien n’est plus faux. Car il n’y a pas de centenaire. Aucune construction en 1923. Et rien dans cette histoire n’a duré cent ans. Mais qu’importe ! L’annonce a fait la mousse attendue et la presse « people » s’en est régalée. Et combien, faisant fi de l’histoire, en ont rajouté dans le conte de fées, jusqu’à l’extase.
Que votre journal ait relayé cette espèce d’escroquerie culturelle m’a surpris. Sachant le modèle qu’il demeure en matière d’esprit critique. Mais j’aime à penser que vous serez sensible au « retour au réel » que propose mon envoi.
Dans cette attente, je vous prie de recevoir, Monsieur le Rédacteur en chef, mes plus cordiales salutations.
Jean-Claude Grosse
Editeur
 
le livre m'a été renvoyé
Si Noailles m'était contée / François Carrassan

François Carrassan

SI NOAILLES M’ÉTAIT CONTÉE

Retour au réel

ISBN 978-2-35502-144-2

182 pages, PVP 15 €

date d'achevé d'imprimer 11 novembre 2023
diffusé-distribué par Soleils Diffusion
3 rue Jean Dollfus, 75018 Paris
référencé par Soleils sur toutes les plateformes
 

signature le 23 décembre 2023 de 10 H 30 à 12 H 30 à la librairie Charlemagne, avenue des Iles d'Or, à Hyères
signature à l'espace culturel Olbia en janvier 2024
signatures non encore déterminées à Toulon
présence à la 10° fête du livre de Hyères, les 4 et 5 mai 2024

bien que présenté avant fin juin (date limite) pour la fête départementale du Livre du Var des 17-18 et 19 novembre 2023 à Toulon, l'essai n'a pas été retenu (ni l'éditeur) pour cette manifestation par la directrice Christine Puech des Belles Pages et aucune explication n'a été fournie par le président du CD 83, Jean-Louis Masson, auquel j'ai adressé un courrier JCG

Ce 2 novembre 2023

Jean-Claude Grosse
directeur des Cahiers de l’Égaré
669 route du Colombier
83200 Le Revest
siret 38145646600030


À

Monsieur le président du Conseil départemental du Var,

Objet : participation à la FDLDU VAR 2023

Monsieur le Président,

Voici le mail que je viens d’adresser à Madame Christine Puech de l’Agence culturelle Les Belles Pages :

ce 2/11/2023 à 17 H 23
Madame la directrice de l'agence culturelle Les Belles Pages,

Les saints et les morts ont été honorés hier.
Aujourd’hui, retour à la vie et aux vivants.
L’encore vivant que je suis, de 83 ans depuis une semaine, vient de voir le programme de la FDL du Var 2023.

Absence totale des 9 auteurs que j’ai proposés par mail le 17 mai, confirmés le 29 juin.
(date limite d'inscription, fin juin 2023) :
- José Lenzini avec un essai annoncé sur Camus et le terrorisme aujourd’hui, et avec sa biographie sur Germain Nouveau
- Alain Cadéo avec Arsenic et Eczéma, et M.
- Philippe Chuyen avec l’adaptation théâtrale du Prix d’un Goncourt de Jean Carrière (spectacle qui a fait une tournée départementale dans les collèges du Var et qui sera présent au festival d’Avignon 2023)
- Jean-Loup Fontaine (prix Max-Pol Fouchet 1994) avec Oeuvres poétiques (2 tomes), paru ce 16 mai 2023
- Claire Salin avec Oreilles d'orme
- Isabelle Forno avec Concertina et l’oeuvre poétique posthume de son père, le docteur Lucien Forno
- François Carrassan avec un essai annoncé sur le centenaire de la Villa Noailles, photos inédites de Bernard Plossu
- moi-même avec Et ton livre d’éternité ? Et un livre annoncé Brics à bracs
- Marcel Conche, décédé en 2022 à 100 ans, dont j’ai édité les deux derniers livres et le livre pluriel Le siècle de Marcel Conche.

L’éditeur que je suis s’étonne
de votre absence d’accusé de réception à ses deux mails
et de l’absence de justifications quant à votre choix d'ignorer les 9 auteurs publiés par Les Cahiers de l’Égaré dont j’assure la direction depuis 35 ans.
Je vais donc adresser un courrier-lettre ouverte à Jean-Louis Masson (président du CD 83) dans la mesure où votre agence culturelle relève des marchés publics, de l’argent public et donc d’un devoir de transparence.
Je ne vais pas manquer de faire la publicité qui convient, via les réseaux sociaux, à cette comédie.
Avec l’expression de mon absence de sentiments.
JCG
Directeur des Cahiers de l’Égaré

Monsieur le Président, je vous laisse juge de cette situation ubuesque ou kafkaïenne, au choix.

En espérant qu’elle ne se répètera pas l’an prochain.

Veuillez croire, Monsieur le Président, à l’expression d’un certain rire, propre de l’homme.

JC Grosse

éditeur blacklisté par le Conseil départemental du Var (un bureaucrate anonyme)
 
 
article de Var-Matin du 11 décembre 2023
article de Var-Matin du 11 décembre 2023

article de Var-Matin du 11 décembre 2023

AVANT-PROPOS à Si Noailles m'était contée
 

Prise dans les filets du temps, la Villa Noailles a connu trois époques dans le cours desquelles elle a d’abord été une propriété privée (1923-1973), puis une propriété de la commune d’Hyères (1973-2003) et enfin une propriété de la Communauté d’Agglomération Toulon Provence Méditerranée, à présent Métropole, (2003-2023).

En 2023, on peut noter en passant que cette histoire a commencé il y a cent ans avec le projet de construire une maison de vacances sur un terrain situé à Hyères. Il en reste une trace dans une lettre du 25 juin 1923 adressée par Charles de Noailles à Mallet-Stevens : le premier échange connu entre le propriétaire et l’architecte, tel qu’on le trouve rapporté dans une monographie que Cécile Briolle a consacrée au sujet en 19901.

Mais, pour le reste, aucune continuité dans cette histoire qui justifierait d’allumer des bougies. À commencer par le nom de la propriété qui s’est toujours appelée «Château Saint‐Bernard» jusqu’à ce que celle-ci soit vendue, 50 ans plus tard, à la ville d’Hyères en 1973. De même, l’existence physique du «Château Saint‐Bernard» paraîtra brève au regard de l’état de son abandon au moment de la vente. Une brièveté que les remparts millénaires du XIe siècle, au cœur desquels il fut construit, rendent d’autant plus sensible, réduite à un petit cinquantenaire de 1923 à 1973.

Car c’est la ville d’Hyères, une fois propriétaire, qui donna le nom de «Villa Noailles» au «Château Saint‐Bernard». Sans formalités et pour d’évidentes raisons de communication. Le prestige attaché à ce nom pouvait en effet impressionner les ignorants en jouant (déjà) avec le côté «happy few» de ses figures, d’autant plus que l’acquisition avait eu lieu sans qu’on sache ce qu’on en ferait et que cela allait durer jusqu’à ce que la ville décide, vingt ans plus tard, de restaurer la Villa menaçant ruine. Un vaste chantier de restauration aura ainsi fini par se tenir, porté et financé par la Ville avec le soutien de l’État, de la Région et du Département. Sa réalisation sera inaugurée en 2003, trente ans après la vente. C’est le deuxième temps de l’histoire de la Villa Noailles. Dans le domaine public communal.

Après quoi, selon la bureaucratie du moment, la ville d’Hyères ayant été intégrée en 2002 à la nouvelle Communauté d’Agglomération TPM, la Villa Noailles qu’elle venait de restaurer fut transférée à cette dernière en 2003.

Troisième époque ainsi commencée il y a 20 ans et au cours de laquelle le projet culturel initial fut réorienté et curieusement axé sur la célébration naïve du mécénat des Noailles dans la maison même qu’ils avaient abandonnée et vendue et que seul l’argent public avait permis de sauver de la ruine.

Un paradoxe révélateur de la tendance idolâtre de la Villa d’aujourd’hui et de son parti pris d’une culture « people ». À partir de quoi se comprend aujourd’hui ce désir de fêter un centenaire fictif pour donner corps au fantasme de ses utilisateurs. Chose qui, jusqu’à présent, n’a pas ému le moins du monde les officiels de la culture. Faut-il s’en inquiéter ?

 

Table des matières

Avant-propos................................................................. V

Prélude
Retour au réel.................................................................9

Variation 1
Du fond d’un naufrage..................................................19

variation 2
Une petite maison dans le midi .....................................41

Variation 3
L’Âge d’or..................................................................... 73

Variation 4
Igor Markevitch ............................................................83

Variation 5
Óscar Domínguez ........................................................ 95

Variation 6
Être et avoir été ..........................................................107

Variation 7
L’art est mort ............................................................. 117

Variation 8
Restauration ...............................................................123

Variation 9
Un fantasme mondain ................................................. 145

Variation 10
Un centenaire fictif.......................................................153

En résumé .................................................................165

jusqu'au 19 novembre 2023, une expo labellisée d'intérêt national / Considéré comme l’un des plus grands photographes du XXe siècle, Man Ray appartient au mouvement dada. Il fréquente le milieu surréaliste et entretient une relation amoureuse avec Kiki de Montparnasse. Il a inventé avec Lee Miller le procédé de la solarisation. Emmanuel Radnitsky (dit Man Ray) naît le 27 août 1890 à Philadelphie et commence des études d’architecture avant de se tourner vers l’Art. Très vite, il fréquente les milieux avant-gardistes et dadaïstes. Il rencontre Marcel Duchamp, avec lequel il se lie d’amitié. Ses premières oeuvres varient de la peinture (fauvisme et cubisme) à la photographie. Avide de nouveauté et d’originalité, il réalise ses Aérographes (peinture au pistolet, 1917)...

jusqu'au 19 novembre 2023, une expo labellisée d'intérêt national / Considéré comme l’un des plus grands photographes du XXe siècle, Man Ray appartient au mouvement dada. Il fréquente le milieu surréaliste et entretient une relation amoureuse avec Kiki de Montparnasse. Il a inventé avec Lee Miller le procédé de la solarisation. Emmanuel Radnitsky (dit Man Ray) naît le 27 août 1890 à Philadelphie et commence des études d’architecture avant de se tourner vers l’Art. Très vite, il fréquente les milieux avant-gardistes et dadaïstes. Il rencontre Marcel Duchamp, avec lequel il se lie d’amitié. Ses premières oeuvres varient de la peinture (fauvisme et cubisme) à la photographie. Avide de nouveauté et d’originalité, il réalise ses Aérographes (peinture au pistolet, 1917)...

Exposition Man Ray à La Banque Hyères,

jusqu'au 19 novembre 2023

Considéré comme l’un des plus grands photographes du XXe siècle, Man Ray appartient au mouvement dada.
Il fréquente le milieu surréaliste et entretient une relation amoureuse avec Kiki de Montparnasse. Il a inventé avec Lee Miller le procédé de la solarisation.
Emmanuel Radnitsky (dit Man Ray) naît le 27 août 1890 à Philadelphie et commence des études d’architecture avant de se tourner vers l’Art. Très vite, il fréquente les milieux avant-gardistes et dadaïstes. Il rencontre Marcel Duchamp, avec lequel il se lie d’amitié.
Ses premières oeuvres varient de la peinture (fauvisme et cubisme) à la photographie. Avide de nouveauté et d’originalité, il réalise ses Aérographes (peinture au pistolet, 1917).
En 1921, il s’installe à Paris, participe au mouvement Dada en compagnie de Duchamp et présente ses premiers « readymade ». Dès 1922, il utilise sa technique du rayogramme (silhouettes abstraites d’objet) puis intègre le mouvement surréaliste et réalise plusieurs courts-métrages (l’Étoile de mer, 1928). Parallèlement, il poursuit ses activités photographiques (le Violon d’Ingres, 1924) et s’adonne aussi bien à la peinture qu’à des activités de collage et d’assemblage. Man Ray décède le 18 novembre 1976 à Paris. Il demeure l’un des artistes les plus importants de l’avant-garde américaine.

Si Noailles m'était contée / François Carrassan
Laurence Benaïm sera une des destinataires de l'essai de François Carrassan
Laurence Benaïm sera une des destinataires de l'essai de François Carrassan

Laurence Benaïm sera une des destinataires de l'essai de François Carrassan

Laurence Benaïm a 38 ans. Journaliste, elle dirige les pages consacrées à la mode au journal Le Monde. Elle est l'auteur chez Grasset d'une biographie d'Yves Saint Laurent (1993).

Son prénom est plus célèbre que son nom pourtant illustre : Marie-Laure. Née en 1902 dans une famille au croisement de l'aristocratie (les Chevigné) et du judaïsme ( les Bishoffsheim), elle est à sa mort en 1970 la dernière représentante d'un monde auquel elle n'a jamais appartenu. Enfant, elle a déchiré les lettres de Proust à sa grand-mère, Laure de Chevigné, modèle d'Oriane de Guermantes. Elle a grandi dans une maison que fréquentèrent Anatole France, Mistral, Bakst, ou Francis de Croisset, " Bel-ami " qui devient son beau-père. Adolescente, cette jeune femme qui fut élevée en solitaire connaît le tourbillon du monde, " Lolita de Cocteau ", elle s'étourdit dans les années folles. Mariée à Charles de Noailles, le couple concilie l'argent et le goût, mécène de l'âge d'or du surréalisme, demandant à Mallet-Stevens de leur construire à Hyères une maison cubiste, à Jean-Michel Frank de " démeubler " leur salon de la place des Etats-Unis, offrant à Bunuel de tourner L'Age d'or, dont la projection entraîne l'un des plus vifs scandales esthétiques des années trente. Une provocatrice ? Une anticonformiste ? En 1936, elle soutient les républicains espagnols et en 1968 elle se rend sur les barricades en Rolls-Royce. Son plus grand talent ? Sentir l'époque. Il y a un ton Marie-Laure. Il y a un goût Marie-Laure : placer sur une cheminée à la fois des ivoires esquimaux, des vases étrusques et un réveil Fabergé. " Tortionnaire adorée ", intelligence " feu follet ", choquant le Faubourg Saint-Germain, cette éternelle étrangère se métamorphose, à la fin de sa vie, en Mère Ubu enjuponnée de gros tweed. La décadence de l'aristocratie, la scène avant-gardiste, l'ascension de la " café-society ", le gratin cosmopolite.

Avec une virtuosité d'écriture, brassant tout le paysage littéraire et artistique, de Cocteau à Crevel, de Poulenc à Dali, Laurence Benaïm a écrit le destin d'une iconoclaste, fâchée avec sa naissance.

Lire la suite

Il fallait être fou André Neyton

4 Mars 2025 , Rédigé par grossel Publié dans #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #spectacles, #théâtre, #écriture, #FIN DE PARTIES, #lettre, #pour toujours, #épitaphier

Il fallait être fou André Neyton

Je viens d'apprendre à l'instant, 14 février 2025 à 11 H, par deux messages WhatsApp et par un mail, le décès d'André Neyton (90 ans) survenu le 11 février 2025. Un hommage public lui sera rendu le mardi 18 février 2025, à 14 h 15, à l'Espace Comédia, suivi à 16 heures, de l'inhumation au cimetière de Lagoubran.

Je suis très fier d'avoir édité en 2021, son récit : Il fallait être fou.

La dernière fois que j'ai vu et échangé avec André, c'est après le spectacle Orekhov, le 15 novembre 2024

Décès d'André neyton, le 11 févvrier 2025; cérémonie laïque au Comédia le 18 février 2025
Décès d'André neyton, le 11 févvrier 2025; cérémonie laïque au Comédia le 18 février 2025
Décès d'André neyton, le 11 févvrier 2025; cérémonie laïque au Comédia le 18 février 2025
Décès d'André neyton, le 11 févvrier 2025; cérémonie laïque au Comédia le 18 février 2025

Décès d'André neyton, le 11 févvrier 2025; cérémonie laïque au Comédia le 18 février 2025

Hommage laïque et républicain à André Neyton, sur la scène de l'Espace Comedia, mardi 18 février 2025 de 14 H 15 à 16 H
cercueil à jardin, avec une gerbe dessus
XAL, maître de cérémonie, commence en lisant la 4° de couverture de Il fallait être fou, le récit fait par André de son aventure théâtrale, édité par Les Cahiers de l'Égaré en avril 2021
intro-vidéo avec Miquèu Montanaro, racontant leur très ancienne amitié et leurs collaborations multiples
un premier hommage lu, billet d'un José ? qui fait s'exclamer son lecteur, gros con (terme affectueux et non injurieux), grand coeur, j'entends le mot libertaire
les élus : Josée Massi, maire de Toulon, Virginie Pin, vice-présidente du Conseil Régional
la présidente du C.A. de l'espace Comédia, Eliane Obrecht, qui représente aussi le président du C.A. du C.D.O. (lecture bilingue en occitan et français)
une marseillaise, ancienne comédienne avec André dans de très anciens spectacles, âgée, écharpe rouge, quelle énergie !
passent sur le plateau, Alain Aparis (qui raconte l'anniversaire du 26 janvier et la lucidité de l'intervention d'André à cette occasion), Jacques Maury (sans papier), Gérard Estragon...
XAL et un autre comédien lisent des messages, j'entends celui de Frédéric Andrau évoquant un épisode de tournage dans le film Bye Bye
outro-vidéo de Miqueu, moment d'exception, émouvant, avec le récit de la chanson écrite par Miqueu à la demande d'André, dans sa voiture, une chanson sur la mort, que nous entendons interprétée par ?, chanson qui m'a paru légère, presque joyeuse
longue ovation, salle debout
XAL décrit la façon dont nous allons circuler pour quitter la salle
en descendant, je fais un geste amical au cercueil d'André, je donne à Sophie la lettre posthume écrite pour André, dis un mot à Michel, embrasse Josiane
dehors, plein de monde, beaucoup de connaissances et de retrouvailles
j'ai passé la nuit sur les impressions fortes de cet hommage laïque et républicain qui est aussi le choix que nous avons fait pour le pas-sage d'Annie en décembre 2010 et pour le pas-sage de Vitya, le 14 février 2024
les photos illustrant les deux moments de la vidéo sont très représentatives de ce que fut André, à tous les âges, une "gueule" inoubliable

merci à ceux qui ont pensé cet hommage, à la famille, à l'équipe, à tous ceux qui se sont déplacés, à tous les absents pris par des obligations mais en pensée avec nous tous

Miquèu Montanaro

Merci pour ce récit de l’après midi d’hier. En concert à Athènes je ne pouvais être présent que par la vidéo.
La chanson je l’ai écrite il y a longtemps quand le Théâtre était installé sous chapiteau à Brignoles.
Elle a été enregistrée récemment par Bori Orbán, chanteuse hongroise dans son dernier album en français.
Un grand monsieur nous quitte mais il laisse une œuvre et une maison en place pour continuer.
Amicalement
Orekhov, vu le 15 novembre 2024 au Comédia

Orekhov, vu le 15 novembre 2024 au Comédia

Lettre posthume à l’ami André Neyton pour son pas-sage le 11 février 2025

Cher André,

Un ex-adjoint à la culture de Toulon, sous un ex-maire dénommé Hubert Falco dégommé, un dénommé Claude-Henri Bonnet dégommé, ancien directeur de l’Opéra, t’avait traité de « dinosaure du théâtre, faisant un théâtre ringard »

Un ex-maire mafieux de Toulon, un dénommé Maurice Arreckx dégommé, avait dit de toi : « Neyton, il est bien. Dommage qu’il soit de gauche! »

Toi, André, malgré toutes les embrouilles dont certaines pilotées par des gens du milieu théâtral et culturel comme celle, récente, visant à racheter le bâtiment privé abritant le Comédia pour t’obliger à quitter le lieu, tu es resté solide jusqu’au bout face aux critiques, aux mesures de rétorsion via les baisses ou suppressions de subventions de certaines instances territoriales.

Tu savais polémiquer, tu savais résister, réduisant la voilure, le temps nécessaire, créant tes spectacles, issus de tes textes, les faisant tourner, les reprenant. Comment ne pas évoquer tes spectacles itinérants, ton Maurin des Maures dans les collines,l’été.

Tu n’as jamais refusé la coopération avec d’autres lieux s’ils avaient la foi, la passion, l’enthousiasme, la persévérance. L’épopée de Scène(S) avec son journal en fut l’illustration.

Tu as su aussi accueillir nombre de compagnies varoises, ne serait-ce qu’en mettant le lieu à disposition pour courte résidence et création. Je pense en particulier à L’Ensemble À Nouveau de Katia Ponomareva.

Un événement eut lieu au Comédia que j’avais initié, que tu avais accueilli, une agora avec deux psychanalystes toulonnaises sur le thème : Héritons-nous de valises ? Nous eûmes droit à une intervention saisissante, celle d’une jeune femme racontant son accouchement chez elle, par elle-même et son compagnon parce qu’elle refusait les conditions d’accueil de la maternité.

J’ai eu l’honneur d’être sollicité par toi qui n’avais pas besoin de moi puisque tu as été l’éditeur de tes pièces, pour éditer Il fallait être fou. Je suis très fier d’être l’éditeur de ce récit haletant de ton parcours.

Cher André, la dernière fois que je t’ai vu, c’est après le spectacle Orekhov, le 15 novembre 2024. En attendant Dasha Baskakova, la chanteuse russe du spectacle, et Jacques Maury (Orekhov), un de tes comédiens de longue date sur de nombreux projets, nous avons échangé comme à l’accoutumée, toi, toujours discret, réservé sur tes problèmes ou projets, appréciant qu’on te parle du spectacle vu, en l’occurrence un magnifique spectacle sur Soljénitsyne et L’archipel du goulag que j’avais vu 10 ans avant, en décembre 2014. J’ai mis l’accent sur ces 10 ans de vie d’un spectacle. C’est particulièrement rare.

La compagnie Ainsi de suite, créée en 1992, accueillie depuis 2012 dans la chapelle Saint Éloi du Lycée polyvalent privé Saint Éloi, à Aix-en-Provence, dirigée par Claude Pélopidas, tu n’en as pas été étonné, n’est subventionnée que par la ville d’Aix etl’agglomération Aix-Marseille. Elle vit de ses 11 spectacles, de ses tournées, de ses ateliers.

Ainsi va, de plus en plus mal, le monde de l’art et de la culture.Mais les gens de pouvoir, la goudronneuse de l’Histoire de la prédation écrasant, effaçant tout sur son passage comme dit Wajdi Mouawad dans sa non-leçon inaugurale au Collège de France, n’auront pas raison de la fine poussière des gratteurs de mémoires et inventeurs d’utopies.

J’ignore si tu croyais à l’histoire de la libération de l’âme, 40 jours après le pas-sage. Dans 40 jours, j’aurais une pensée pour que ton âme libérée rejoigne l’âme éternelle du Théâtre sous ses deux masques, Tragédie et Comédie.

Un dénommé J.-C. Grosse dégommé,

ex-directeur artistique des 4 Saisons du Revest 

directeur des Cahiers de l’Égaré

JC Grosse

il fallait être fou, 30 ans d'histoire théâtrale

il fallait être fou, 30 ans d'histoire théâtrale

Il fallait être fou
André Neyton
ISBN 978-2-35502-124-4
206 pages
format 13,5 X 20,5
PVP 15 €
parution, le 14 mai
peut-être commandée sur les plateformes en ligne ou en librairie via Soleils Diffusion-Distribution, 3 rue Jean Dollfus, 75018 Paris
 

 

« Enfin le panneau annonciateur du terme du voyage perce le rideau dʼeau. Une place déserte avec, au fond, un bâtiment qui ne peut être quʼune salle des fêtes. Je mʼy engouffre. Cʼest là. Sur la scène un homme parle ... ». André Neyton vient de découvrir un univers inconnu de lui, absent des livres dʼhistoire ... Dès lors, il fera de son théâtre – sans que jamais celui-ci ne soit un prétexte – un long combat pour la renaissance de la langue et de la culture dʼoc. Il raconte ici ses espoirs encouragés par un public fidèle, ses abattements à chaque mauvais coup porté, lʼindifférence ou les résistances à son indéfectible ténacité. Un parcours singulier, dans un milieu culturel souvent méprisant voire hostile. Un témoignage sans concession, à rebondissements, qui se lit comme un roman.

André Neyton est comédien, metteur en scène, auteur, directeur de théâtre et de compagnie théâtrale. Il a développé depuis les années soixante- dix un théâtre populaire inspiré par la culture et la langue occitanes. En 1966 il crée, avec Robert Lafont, le premier spectacle mettant en scène la langue dʼoc dans sa réalité contemporaine : Per jòia recomençar. En 1971 il fonde le Centre Dramatique Occitan, compagnie professionnelle, et monte plusieurs auteurs occitans et catalans avant dʼécrire lui-même ses pièces. Il crée en 1984 le Théâtre de la Méditerranée, Centre des Cultures Régionales de lʼEspace Méditerranéen, installé depuis 1991 à lʼEspace Comedia à Toulon.

 

 

TABLE DES MATIERES

Le déclic .......................................................      5 

Naissance d’une compagnie ...............................  25 

Vers le professionnalisme ................................... 41 

Le double effet de la Providence .......................... 73 

Le temps des emmerdes ....................................101 

Le rebond ....................................................    123 

Tonnerre sur la Ville ........................ ......... .......141 

Retour à la normale ? ........................ ........ ......161 

Il fallait être fou .............................................  193 

 

 

Nous aurons néanmoins contribué, par la présence de l’occitan dans un théâtre d’aujourd’hui, à légitimer une langue vivante porteuse d’une culture contemporaine et à faire admettre que la création artistique ne s’évalue pas à l’aune d’une langue, qu’elle fût « régionale » ou nationale. Nous avons, ce faisant, contribué à lever les préjugés les plus ancrés, au risque de contrarier l’ami François Villon à qui nous lançons sans complexes :

— Non, il n’est pas bon bec que de Paris !

Tout ce qui a pu être fait l’a été par le théâtre parce que le désir de la création m’y conduisait toujours comme la main du peintre se saisit irrésistiblement du pinceau pour que la toile cesse d’être muette. L’aventure qui nous mène de Per jòia recomençar au Théâtre de la Méditerranée-Espace Comedia est celle d’une vie qui ne pouvait se dérouler autrement. Elle sera celle de cinquante ans d’un théâtre qui avait une parole à faire entendre. 

 

 

Lire la suite

Il y a quelque chose encore, devant / Alain Cadéo

30 Septembre 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FIN DE PARTIES, #cahiers de l'égaré, #pour toujours, #écriture

Il y a quelque chose encore, devant / Alain Cadéo
Il existe un tunnel obscur dans la lumière infinie,
On le nomme "temps".
Lorsqu'un être humain entre dans ce tunnel,
On appelle cela "naître".
Lorsqu'un être humain marche dans ce tunnel,
On appelle cela "vivre".
Lorsqu'un être humain sort de ce tunnel,
On appelle cela "mourir".
Considérer que vivre se réduit à évoluer dans le tunnel obscur,
Cela s'appelle "illusion".
Percer des trous dans le tunnel obscur,
Cela s'appelle "science".
Savoir que la lumière est autour du tunnel,
Cela s'appelle "foi".
Voir la lumière dans le tunnel obscur,
Cela s'appelle "amour".
Voir la lumière à travers le tunnel obscur,
Cela s'appelle "sagesse".
Eclairer le tunnel obscur de sa propre lumière,
Cela s'appelle "Sainteté".
Ressentir l'unité entre le tunnel obscur et la lumière,
Cela est au delà des mots...
 
Lao Tseu
couverture du livre-hommage à Alain Cadéo / photo de couverture Willy Lefèvre / le cyprès Noé
couverture du livre-hommage à Alain Cadéo / photo de couverture Willy Lefèvre / le cyprès Noé

couverture du livre-hommage à Alain Cadéo / photo de couverture Willy Lefèvre / le cyprès Noé

Alain Cadéo
 
IL Y A QUELQUE CHOSE ENCORE, DEVANT

Je ne sais pas ce que c’est, mais nous devons y aller

82 pages, 20 photos, format 13,5 X 20,5, PVP 10 €

ISBN 978-2-35502-150-3
distribution par Soleils,
3 rue Jean Dollfus, 75018 Paris
0145488462

 

26 Billets estampillés Alain Cadéo

trouvés dans une sacoche de chemineau

au pied du cyprès Noé

entre Nèbre et Broussan

suivi de la légende de Saint-Martin, saint patron de Nèbre

"Je me demande bien où s’éparpilleront mes billets du matin lorsque depuis longtemps je ne serai plus là. Sans doute un rat câlin y aura fait son nid et un enfant ou deux en feront leur levain. Il y aura bien aussi quelques vieux centenaires mâchouillant leurs grumeaux qui, tout tremblants, bredouilleront trois phrases venues de leur mémoire en disant « ça, c’est y pas du Cadéo ? »"

 

le dernier mot de la main d'Alain Cadéo

le dernier mot de la main d'Alain Cadéo

table

ode à la légéreté......................................................11

Être aérien...............................................................13

(Sans titre)................................................................15

Envoûtants Purgatoires........................................... 17

désir... ................................................................... 19

Il s’agit d’habiter chaque mot... .............................. 21

Il y a loin de l’appétence à l’appétit... (2) ................ 23

dans le chambardement de nos états... ................... 25

Cargo maudit.........................................................27

Jusqu’au repos de la clairière... .................................31

Le vrai monde est ailleurs... .................................... 33

tout visionnaire est un pionnier

dans un désert de pierres..........................................35

(Sans titre 2) ............................................................ 37

Le cirque de mes mots... ......................................... 41

Naissance du langage,
envol vers une entière liberté... ............................... 45

Les acharnés dresseurs de forces invisibles...............49

Il faut savoir parler aux âmes... ................................51

tous les écrits du Monde.........................................53

Le fil ténu des mots... ..............................................55

Ma meute............................................................... 57

Petite histoire de mes Mots... (2) ............................ 59

ombre et lumière... ................................................ 61

Braise... .................................................................. 63

Recette de vie... .....................................................67

Portes closes... ........................................................69

La légende de Saint-Martin,
saint patron de Nèbre .............................................. 71

affiche de la soirée-hommage du 22 octobre 2024

affiche de la soirée-hommage du 22 octobre 2024

Soirée Alain Cadéo
Salle Pétrarque
Maison des Comoni
Le Revest-les-Eaux
22 octobre 2024, 19 H 30, entrée libre

1 - soirée en partenariat Les Cahiers de l’Égaré, Éditions La Trace, Le Pôle arts en circulation, TPM, Mairie du Revest-les-Eaux

2 - Inauguration du portrait de Pétrarque d’Ernest-Pignon Ernest au-dessus de la salle de spectacle, à plastifier et à poser avant

3 - soirée sous la responsabilité artistique de Dominique Lardenois
 

4 - dispositif
- petite estrade, 2-3 tables rondes, 4 à 6 chaises, micros, écran pour diaporama, lecteur de MP3, caméra pour captation vidéo
- dans l’allée, tables avec livres des deux éditeurs :
- Il y a quelque chose encore, devant, tirage 200 exemplaires numérotés et signés
- - Arsenic et Eczéma, M., Le ciel au ventre (Les Cahiers de l’Égaré)
- - Lettres en vie, Billets de contrebande, Mots de contrebande, 3 romans (éditions La Trace)
- dans le hall d’entrée, le pot de l’amitié

5 - lecteurs : Dominique Lardenois, Katia Ponomareva, Nadine Demange-Lardenois, François-Mouren Provensal, Michel Cadéo, Axel Mattéi, Philippe Salciccia
musicien jazz manouche Axel Mattéi : intermèdes entre textes
- captation vidéo de la soirée
- présentation de la soirée JCG suivi du mot du maire
- François, Michel, Axel et Philippe feront leur choix, dans les romans et billets, durée 30’
- Dominique, Katia et Nadine mettront en avant Arsenic et Eczéma, M., Le Ciel au ventre,  durée 30’
- diaporama de fin avec photos et mots, durée 5 à 10’ (la lettre en vie à Karim de la chambre 17 qui fut la chambre d'Alain sera dite en mp3 par Alain lui-même)

- vente de livres et pot de l’amitié

6 - affiche réalisée par les éditions La Trace

7 - article par Claude Serra, à paraître le dimanche 20 octobre si possible
information sur les panneaux lumineux, sur FB Le Revest 83 et les réseaux sociaux

 

Soirées des vendredi 25 octobre, 19 H 30 et samedi 26 octobre, 19 H 30 entrée libre,

60 places sur réservation
film En attendant, je pleure par L’Ensemble À Nouveau, durée 1 H 15

 

en attendant, je pleure, 25 et 26 octobre à 19 H 30

en attendant, je pleure, 25 et 26 octobre à 19 H 30

Lire la suite

Le ciel au ventre lu par l'éditeur

12 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FIN DE PARTIES, #cahiers de l'égaré, #notes de lecture, #pour toujours, #écriture

 livres livrés à domicile fixe ! attention aux petites choses, fleurs de catalpa !!! roses, immortelles, au choix ! autant en emportera le vent
 livres livrés à domicile fixe ! attention aux petites choses, fleurs de catalpa !!! roses, immortelles, au choix ! autant en emportera le vent
 livres livrés à domicile fixe ! attention aux petites choses, fleurs de catalpa !!! roses, immortelles, au choix ! autant en emportera le vent
 livres livrés à domicile fixe ! attention aux petites choses, fleurs de catalpa !!! roses, immortelles, au choix ! autant en emportera le vent

livres livrés à domicile fixe ! attention aux petites choses, fleurs de catalpa !!! roses, immortelles, au choix ! autant en emportera le vent

Le ciel au ventre
Alain Cadéo
1° janvier 1951 - 12 juin 2024
Les Cahiers de l’Égaré

ISBN 978-2-35502-149-7
Achevé d’imprimer, le 25 juillet 2024
Pour les 34 ans de Ludovic

13,5 X 20,5
220 pages, PVP 17 €

Lancement officiel de ce récit,
le 22 octobre 2024, 19 H 30
lors de la soirée-hommage à Alain Cadéo,
salle Pétrarque, maison des Comoni, Le Revest-les-Eaux

entrée libre

diffusion-distribution-référencement par Soleils

3 rue Jean Dollfus, 75018, Paris, 0145488462

Récit de l’éditeur : connaissant l’état de gravité du cancer d’Alain Cadéo, j’ai tout fait pour que la maquette soit livrée à l’imprimeur le lundi 27 mai, que le BAT papier arrive si possible à temps.

Ce fut le cas. Il arriva le mardi 4 juin. Et quand j’ai vu Alain, le mercredi 5 juin, aux soins palliatifs à l’hôpital de La Seyne, il avait le livre sur les genoux. Il apprécia l’objet, l’ivoire du papier, le rendu sépia des photos, la lisibilité.
Il a été inhumé le 17 juin avec le BAT sur son plastron.
 
Le livre est sorti des presses de l’imprimerie CLIP, le jeudi 4 juillet, livré à Évenos, le vendredi 5 juillet.
Je n’ai reçu mes exemplaires que le lundi 8 juillet à midi.
J’ai fait une lecture minutieuse du livre entre lundi après-midi et mercredi soir.

Je voudrais ici faire un retour de lecteur heureux et bousculé.

En 4° de couverture, en tant qu’éditeur, j’ai écrit :
Il y a longtemps, Alain Cadéo accompagna à voix haute et en mots couchés sur le papier, le voyage utérin du foetus offert par la Vie. Le ciel au ventre fut le titre fabuleux de ce récit.
Le mot fabuleux est employé une fois par Alain, page 159.

Nos échanges dans les dernières semaines avaient porté essentiellement sur ce que nous considérions comme l’essentiel.

correction du 14 juillet : remplacer l’essence par l’existence
nos échanges avaient porté existence-ciel-tellement sur ce que nous considérions comme l’existence-ciel.

À nos âges, c’est quoi la vie, la mort, la naissance, le passage, l’éternité, le mystère, le miracle.

correction du 13 juillet : remplacer les noms qui figent, essentialisent par des verbes qui sont action, mouvement, énergie

à nos âges, c'est quoi vivre, mourir, naître, passer, éterniser, s'éterniser, mystérer, miraculer

Pages 79-80,
lors d’une visite au gynécologue, un médecin juif, bon connaisseur du Talmud, le futur père raconte que le foetus pour lequel et si possible avec lequel, il tente d’entrer en relation, en connivence, lui a envoyé ce mot soy yo per je suis le père. C’est ce mot qui, un matin, s’est imposé, le lundi 5 février 1994.
Le gynécologue lui raconte ce que raconte le Talmud : Le foetus est  porteur du savoir infini, de la divine connaissance  mais un ange au moment de la naissance fait disparaître cette connaissance en lui donnant un coup sur la lèvre supérieure, d’où la fossette que nous portons tous.
Mais le gynéco de retomber sur la terre de Galilée avec l’ocytocine, hormone provoquant les contractions, la lactation et une amnésie chez le nouveau-né.

Plus de trente ans après, Alain a sans doute eu le temps de creuser cette piste, qu’une naissance n’est

peut-être pas que le résultat biologique d’une rencontre entre spermatozoïde et ovule et d’une gestation médicalement suivie
mais peut-être une incarnation voulue par une âme éternelle

dans ce corps-ci d’où un spermatozoïde et un ovule d’où telle femme et tel homme d’où faisant l’amour d’où Venise, une chambre miteuse en sous-sol d'un hôtel pas cher,
dans bien d’autres corps avant,

dans bien d’autres corps après.

Pas question ici de convaincre quiconque de quoi que ce soit.

Seulement se dire à soi (pas aux autres) quel récit on choisit, quel récit on écrit pour vivre sa vie, pour être dans la Vie.

En fait, Alain dans Le ciel au ventre reste dans le registre scientifique, biologique, génétique et médical. Tout le parcours médical est respecté, échographies, amniosynthèse, césarienne. M. et Alain sont de futurs parents désireux de connaître le sexe de l’enfant, de savoir s’il sera normal, s’il ne faudra pas envisager un avortement au cas où. Désir d’enfant et angoisses.


Là où Alain nous foudroie, c’est dans ses descriptions cosmiques, mythologiques de l’aventure utérine du foetus. Matières, énergies, couleurs, vibrations sont convoqués.
On trouve, même s’il n’est pas nommé, toute la phénoménologie, la métapoétique de Gaston Bachelard, les 4 éléments des alchimistes, l’eau et les rêves, la terre et les rêveries de la volonté, la terre et les rêveries du repos, l’air et les songes, la psychanalyse du feu.
Volcans, glaciers, fonds marins, puits, cyprès, clairière, La Correntille, sont les domaines où vagabonde l’imagination du futur père et où s’active l’homme qui ne se ménage pas.  
Voilà une écriture qui prend le large, qui respire, qui nous invite à lever la tête.
Très grande attention aux petites choses, un vol d’hirondelles, une floraison de coquelicots.
Sons, odeurs, saveurs, postures, tout sert à vivre, par amour de la vie, notre réponse de gratitude à la Vie qui nous aime.

Par contraste, Alain est sans pitié avec le monde des « écrivains », de l’art, de la communication, avec les débilités divertissantes qui nous éloignent de la réalité.

«  Tout est  beaucoup plus tragique que je ne pouvais l’imaginer. Tout est beaucoup plus rude que je ne pouvais le concevoir. Tout est beaucoup plus beau que je pourrai jamais l’écrire. » (fin du livre)

Samedi 19 mai (1994) :
« Je rêve de toi toutes les nuits. Et je te vois à tous les âges. Moi te donnant à manger dans mes bras de madone virile, toi penché sur mon lit de vieillard, posant ta main sur mon front achevé, sur mes paupières encore chaudes, pleines et prêtes à basculer dans une délicieuse profondeur. » page 185
J’ai assisté, bouleversé, à cette scène le 28 mai 2024.


Le titre du livre hommage à Alain Cadéo pourrait être :
Il y a quelque chose encore, devant, je ne sais pas ce que c’est, mais nous devons y aller. Page 45

À Corps Ça Vit, le 12 juillet 2024, 30 jours après

Lire la suite

Le ciel au ventre Alain Cadéo

5 Juillet 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FIN DE PARTIES, #cahiers de l'égaré, #pour toujours, #écriture

il y a quelque chose encore, devant

il y a quelque chose encore, devant

Soirée Alain Cadéo
Salle Pétrarque
Maison des Comoni
Le Revest-les-Eaux
22 octobre 2024, 19 H 30, entrée libre
soirée en partenariat Les Cahiers de l’Égaré, Éditions La Trace, Le Pôle arts en circulation, Mairie du Revest-les-Eaux, TPM
 
Dominique Lardenois et Katia P. mettront en avant un extrait de M., un extrait du Ciel au ventre, un extrait d'Arsenic et Eczéma
Michel Cadéo et François Mouren-Provensal feront leur propre choix dans les romans publiés par Editions La Trace
 
un livre sera édité pour la soirée avec 25 billets inédits et des photos prises à Evenos par Martine Cadéo
du lieu pour méditer, écrire, entendre, aimer, voyager
du lieu pour méditer, écrire, entendre, aimer, voyager

du lieu pour méditer, écrire, entendre, aimer, voyager

livres livrés à Evenos, chez Alain et Martine Cadéo, le 5 juillet 2024
livres livrés à Evenos, chez Alain et Martine Cadéo, le 5 juillet 2024

livres livrés à Evenos, chez Alain et Martine Cadéo, le 5 juillet 2024

Le ciel au ventre
Alain Cadéo
ISBN 978-2-35502-149-7
13,5 X 20,5
220 pages
PVP 17 €
distribution
Soleils, 3 rue Jean Dollfus, 75018 Paris
01 45 48 84 62
 
On peut toujours reprendre et corriger un texte écrit il y a trente ans. Mais je ne l’ai pas fait. Je ne suis pas coquet. Je ne maquille pas ce que j’étais et n’ai jamais aimé les tricheries, péché mignon des petits marquis. Se repoudrer n’est pas mon fort. Le temps est le seul juge avec qui il n’y a pas d’arrangements possibles. Et c’est très bien ainsi.
Alain Cadéo Évenos, le 15 mai 2024
 
 
Illustration de couverture : Ludovic Cadéo
Quatrième de couverture : Échographie de Ludovic Cadéo, 5 mois
Page 127 : Stanislas, laque sur bois, Michel Cadéo
Lettre-préface d'André Chouraqui du 29 juin 1993
lettre-préface d'André Chouraqui / écho de Ludo / Alain et Ludo / Stanislas par Michel Cadéo
lettre-préface d'André Chouraqui / écho de Ludo / Alain et Ludo / Stanislas par Michel Cadéo
lettre-préface d'André Chouraqui / écho de Ludo / Alain et Ludo / Stanislas par Michel Cadéo
lettre-préface d'André Chouraqui / écho de Ludo / Alain et Ludo / Stanislas par Michel Cadéo

lettre-préface d'André Chouraqui / écho de Ludo / Alain et Ludo / Stanislas par Michel Cadéo

Mardi 24 juillet

23 heures.

tu arrives demain matin. J’ai rêvé pendant neuf mois d’un être que je ne connais pas et d’un seul coup on m’annonce sa venue imminente. Il faut que je reste calme.

Je vous ai conduits Liouma et toi à la clinique. ta mère était toute excitée, la joie, l’appréhension. Je sais qu’elle n’a jamais cessé de te parler, de te nommer, de te raconter ce qui allait se passer. Quelquefois je la surprenais en train de se masser le ventre doucement comme pour te caresser.

Cette nuit il pleut, une pluie fine qui ne durera pas. Je suis revenu à la Correntille. Michel m’attendait, il avait préparé un repas. Nous sommes seuls tous les deux, les enfants sont en vacances.

Il est là, il a toujours été là lorsqu’il le fallait. C’est plus fort que moi, je vais toutes les dix minutes le voir dans son atelier, nous bavardons au milieu du parfum des couleurs, au milieu de cette odeur de térébenthine qui est un exquis levain. Orson Welles aimait peindre, il prétendait que se réveiller le matin dans les indispensables effluves d’un atelier, voir un tableau qui l’attendait sur le chevalet, était un véritable délice, la seule chose lui donnant envie de se lever. Il ajoutait : « Je suis un expérimentateur... je ne m’intéresse pas aux œuvres d’art, vous savez, à la postérité, à la renommée, seulement au plaisir de l’expérimentation elle-même.

... Je suis profondément cynique envers mon travail et envers la plupart des œuvres que je vois dans le monde : mais je ne suis pas cynique envers l’acte de travailler sur un matériau. »

Je cite cette phrase parce qu’elle reflète parfaitement la joie de mon frère lorsqu’il se prépare à peindre. Il enfile un pyjama rayé plein de trous et couvert de taches, sort ses palettes, choisit ses brosses, ses pinceaux, plonge les mains dans la grande boîte en bois où se trouvent les tubes de couleurs, débouche des bouteilles, prépare des vernis, fabrique des cocktails dans de vieux pots de confiture, ajuste un spot, tend une toile, racle un panneau, va d’un point à un autre jusqu’à ce qu’il ait rassemblé tous les ingrédients dont il aura besoin.

Ineffable jouissance suivie de la confrontation, le fameux «acte», celui-là seul compte, quête qui nous envole, nous jette et nous balance dans un plaisir incalculable.

Le résultat importe peu parce qu’il n’est jamais stable. Sa diffusion est de plus en plus accessoire parce qu’il y a de moins en moins de «Partage» puissant, mais une multitude de colons «intelligentissimes» lançant un butin de pacotille et rassasiant un peuple de singes nourris aux cacahuètes synthétiques.

Celui qui écrit connaît lui aussi un bonheur similaire, papiers, crayons, stylos, machines ont des odeurs particulières. Les dictionnaires sont ouverts sur des senteurs de beurre, de nuöc mam, de santal, de foutre ou d’épidermes.

Les phrases s’accrochent ou se décrochent. Il y a celles qui tiennent, greffes instantanées, les plus rares, et celles qui tombent en poussière, qui pourrissent, se fanent en quelques heures.

Il y a de brusques aimantations, splendides attirances ou de terribles répulsions, rejets sournois comme des lunes vides et puis il y a l’attente, nos chiens d’arrêt, frémissants, tremblant de renifler le gibier proche mais guettant le signal pour foncer sur la proie. ainsi tout monte et tout vacille. tout apparaît et disparaît. Dans la région de l’ombre nous ne vivons que pour l’éclair, pour l’étincelle reconquise, pour ce bond en avant aussi voluptueux qu’une fulgurante accéléra- tion, vertige ascensionnel, submergés par un amour inhumain, une émotion à s’en claquer les ventricules.

C’est une drogue dure, on en meurt, de plaisir ou de manque. C’est aussi un travail d’ajusteur, de graveur, de sculpteur, orfèvrerie sauvage, aucun miracle, mais une assiduité de tous les jours. Le père Bach déclarait avec simplicité : «J’ai beaucoup travaillé, quiconque s’appliquera autant pourra faire ce que je fais. »

À ce sujet Michel a inscrit sur un des murs de son atelier deux phrases de Léonard de vinci : « toi, ô Dieu, tu vends tous les biens aux hommes au prix de l’effort. » Et dessous : « Il y a une certaine espèce de peintres qui, par leur manque d’étude, se plaignent de vivre sans la beauté d’or et d’azur. »

tu vois, il n’y a peut-être que dix mots qui m’enchantent dans les pages que je viens d’écrire. Dix mots qui resteront pour moi des formules sacrées, dix mots contenant tout et ne signifiant rien pour ceux qui les liraient isolément.

Dix mots formant à eux seuls un passage nouveau entre plusieurs mondes. Je n’ai connu que cette joie, celle de déterrer quelques haches de guerre afin de débroussailler un coin de ciel, et tout cela à seule fin d’être imprégné du vertige infini de ta naissance.

Merci à toi. Demain tu seras dans mes bras. Demain tu commenceras à reconnaître.

Sache qu’en dépit de tout j’ai vécu, j’ai transmis, j’ai connu, j’ai croisé, j’ai aimé, engendré. tout est beaucoup plus tragique que je ne pouvais l’imaginer, tout est beaucoup plus rude que je ne pouvais le concevoir, tout est beaucoup plus beau que je ne pourrai jamais l’écrire.

Ludo est né le 25 juillet
Ludo est né le 25 juillet
Ludo est né le 25 juillet
Ludo est né le 25 juillet

Ludo est né le 25 juillet

Le ventre de ma mère

C’est mon premier domicile.

Il était tout arrondi.
Bien souvent je m’imagine.

Ce que je pouvais bien être...

Les pieds sur ton cœur, maman

Les genoux, tout contre ton foie

Les mains crispées au canal

Qui aboutissaient à ton ventre.

Le dos tordu en spirale
Les oreilles pleines les yeux vides

tout recroquevillé, tendu
La tête presque hors de ton corps.

Mon crâne à ton orifice

Je jouis de ta santé
De la chaleur de ton sang

Des étreintes de papa.

Bien souvent un feu hybride

Électrisait mes ténèbres
un choc au crâne me détendait

Et je ruais sur ton cœur.

Le grand muscle de ton vagin
Se resserrait alors durement
Je me laissais douloureusement faire

Et tu m’inondais de ton sang.

Mon front est encore bosselé

De ces bourrades de mon père

Pourquoi faut-il se laisser faire

ainsi à moitié étranglé.

Si j’avais pu ouvrir la bouche

Je t’aurais mordu
Si j’avais pu déjà parler

J’aurais dit :

Merde, je ne veux pas vivre !

Blaise Cendrars,

au cœur du monde.

Poésies complètes, 1924-1929

Lire la suite

Alain Cadéo

17 Juin 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #FIN DE PARTIES, #pour toujours, #écriture, #épitaphier, #cahiers de l'égaré

Alain Cadéo

Le mardi 22 octobre 2024, soirée-hommage à Alain Cadéo, à la maison des Comoni au Revest-les-Eaux, à partir de 19 H 30, avec Les éditions La Trace, Les Cahiers de l'Égaré, le soutien de la municipalité et LE PÔLE - Arts en circulation

Alain Cadéo
Alain Cadéo
Alain Cadéo
Alain Cadéo
être Personne = être traversé par la Présence

être Personne = être traversé par la Présence

Billets estampillés Alain Cadéo
trouvés dans une sacoche de chemineau
au pied d’un olivier
entre Nèbre et Broussan


Ode traversé par la Présence=  la légéreté…

Je suis heureux de vous écrire et même si parfois je n’ai pas grand chose à dire, le simple fait de voir défiler vos visages m’incite à relancer ma quête de clochard d’étoiles. J’en ai pêché des perles, les strass de mes lubies, pierres de lune, des colliers de cristaux. Et le soir je dormais, confiant comme un enfant, la tête sur mon sac rempli de reflets scintillants. J’étais sûr qu’au matin tout deviendrait planètes d’or, un bout de ciel, constellations, le tout en mouvement, spirales de mes rêves, objets de mon esprit.
S'il est facile de mesurer le poids de la matière, le plomb et le béton, l’acier et la ferraille et les tonnes de pierres arrachées à la terre au nom du vieux progrès, la beauté quant à elle n’est qu’un souffle passager. Elle ne pèse rien, s’envole comme plume, ne laissant dans nos cœurs qu’une trace impalpable bien difficile à quantifier. La laideur a son poids, on peut s’en glorifier, vanter à tour de bras les ignobles splendeurs de la modernité. La beauté fait front bas, discrète et fugitive... et ne pèse que dans les musées. J’en ai trop dit ou pas assez. Chimères je vous aime, vous dont le souffle tiède nous caresse et demeure caché. Ce n’est pas tant le réel que j’abhorre, il a des points bien attachants, c’est ce qu’en font les Hommes, enfants stupides et arrogants.
Alors merci à vous mes petits frères de lumière d’être porteurs de ces mystères qui nous effleurent et ne font que passer. Vous êtes les gardiens de mondes invisibles et n’avez pas besoin de preuves pour vous permettre de voler. De nous ne restera sans doute qu’un songe éveillé… Mais ne l’oubliez pas, les rêves sont matrices de l'absolue Réalité.
Billet du 27 février 2024

Être aérien...

N’être plus rien c’est quelque chose. Être aérien, c’est moins que rien, diront en se gaussant les pieds de plomb. Et pourtant, c’est là, que de tout l’espace tu disposes. Le corps est l’ancre, le lest, la cage de ton âme. Nul ne te demande de t’en débarrasser, mais ne lui accorde que l’importance qu’il mérite... et surtout laisse l’esprit le plus souvent s’en échapper. Ce n’est pas fuir que s’élever, c’est voir de haut ce qui est trop près. C’est oublier ce qu’on était, quitter les lourdes fièvres de la peur et concevoir en un éclair ce cœur universel qui pulse et bat vers l’au-delà.
Si la Terre appartient aux Hommes, c’est à eux qu’il revient d’oser apercevoir, sans logique ni preuve, d’où ils viennent, où ils vont... et libres, à l’intuition, comme à tâtons, de se laisser guider par des cascades de lumière. Que puis-je vous dire de plus ? Rien, si ce n’est, légers, de sillonner le ciel comme un vol d’hirondelles.
Billet du 23 février 2024

(Aucun objet)

Avons-nous vraiment un destin particulier à accomplir ou est-ce encore la nécessité de concevoir une raison à notre présence sur Terre ? Peu nous importe au-fond. Le "chaque jour suffit sa peine" est délicieux mantra pour ceux et celles offrant tout le meilleur d’eux-mêmes et ce malgré leurs désarrois. Car enfin que vaut-il mieux, un laisser-faire pleurnicheur, languissant, soumis aux aléas, ou une active et pertinente présence face à mille tracas ? Être entièrement, sans restrictions, le plus proche de soi-même en donnant tout ce qui est en nous, ou ergoter, douter, se replier, s’épargner à un point tel que l’on se ratatine avec le sentiment aigri et rance de n’être jamais allé jusqu’au-bout ?
Billet du 3 novembre 2023


Envoûtants Purgatoires...

Tant que j’aurai un brin de vie, je frapperai aux portes des secrets. C’est ma fonction bélier d'irréductible égaré. Si personne ne m’ouvre, j’enjamberai les douves, ferai cent fois le tour des hautes murailles de cette silencieuse forteresse, sans la moindre lueur et comme inhabitée. Faut-il être bête, têtu, halluciné, pour s’obstiner ainsi au pied d’un fantôme de pierres noyé dans les brouillards de la pensée.
Je songe ici aux inquiétantes encres, aux lavis tourmentés du vieil Hugo, aux dessins d’un Piranese, les horreurs de Goya, aux aquarelles de William Blake, aux paysages chancelants de Soutine, aux carnavals d’Ensor, au débit insensé de Lautréamont et d’Artaud, ou aux cieux gris et déformés du Greco. Ce sont visages déchirés, fondus, hallucinés, corps déjetés, tours en ruines, donjons à l’abandon, anges noirs aux ailes démesurées, débris de citadelles, visions d’êtres ébranlés, ni d’ici ni d’ailleurs, tournant, errant sans fin au-dessus de mondes disloqués. Ils cherchent tous l’issue dorée d’un cauchemar, ce purgatoire des blessés, l’enfer et la rançon des visionnaires. Bien entendu ce dernier mot est à l’affiche des expos, titres de livres etc… Mais ça, c’est le coup d’œil des badauds. Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’à errer dans ce Pandémonium, on y laisse sa peau.
Tant que j’aurai un brin de vie, je frapperai pourtant aux portes des secrets. Nous attendrons avec patience que se dissipent les ténèbres, échos de nos terreurs. Il y aura bien l’instant où se déchirent les nuages et où s’effondrent nos mirages, laissant enfin passer la très pure Lumière d’un autre Monde révélé.
2° billet du 3 novembre 2023


Désir…

Le désir, quel que soit son objet, profane ou sacré, est un fruit rouge et rare, délicieux, faisant valser les Mondes. Braise du Corps autant que de l’Esprit, puissant énergétique, il désintègre l’interdit et nous laisse entrevoir la toute puissance du souffle, de la houle des âmes voguant allègrement et sans fatigue sur des distances infinies, vers je ne sais quelle île ayant un goût de paradis.
Le désir est vecteur, étrave, figure de proue, soc soulevant les champs et les vagues patiemment assoupis autour de nénuphars, larges nappes phosphorescentes qui sont en mer comme sur terre, lucioles ou plancton, nos seuls guides et nos aimants bleutés.
Retrouver le désir, croyez-moi, quel que soit son objet, profane ou sacré, c’est retrouver la voie de quelque chose à accomplir se situant entre l'ensorcelant inatteignable et un parfait qu’on porte en soi… devant... au confluent des fleuves et d’un grand Océan brassant sans fin l’énigme de nos Vies.
Quoi qu’il en soit, quoi que l’on fasse, sans ces épices chauffant les nerfs, fouettant l’esprit et décuplant nos forces pour tendre vers un pétillant inconnu, il n’y a rien qu’un étang mort, la dépouille d’une âme flottant dans le formol.
Billet du 6 septembre 2023

.
Il s'agit d'habiter chaque mot...


Car enfin il s’agit d’habiter chaque mot, de le vivre, pour que l’écho qui nous revient soit le plus proche de sa source.
Je suis souvent frappé par le langage et le vocabulaire guerrier qu’adoptent les malades atteints d’un cancer. « Se battre, lutter pied à pied, gagner, tenir, résister, l’emporter, lui faire la peau, massacrer, écrabouiller, expulser… »  et tant d’autres…
Je souhaiterais qu’avec la même ardeur et "en pleine santé" nous utilisions les mêmes mots contre l’ennemi larvé qui sommeille en nous-mêmes et dont nous tolérons tous les assauts contre ceux qui nous entourent sous l’infâme prétexte qu’il est le gardien enragé de notre pauvre et ridicule territoire.
La vraie bonté (ou la béatitude), n’est-elle pas l’absolu renoncement à toute idée préconçue, comme un oubli de ce que nous croyons être, afin d’atteindre le délicieux vertige d’un permanent partage et d’un amour illimité? Mais quel chemin! Il n’est pas simple d’effacer sa lourdeur, ses réactions, le nœud coulant de nos hérédités. Disparaître en étant là, est un exercice quotidien de sublime acrobate glissant sur ce fil invisible entre la Terre et les Cieux.
Billet du 21 octobre 2023


Il y a loin de l'appétence à l'appétit...(2)

Que pourrais-je bien aujourd’hui vous concocter ? Poulet fermier farci avec sauce aux oignons et beaux raisins de Corinthe sur un lit de tomates confites ? Daube et polenta avec cèpes joufflus ramassés le jour même ? Bisque de homard, sa rouille et ses fines tranches de pain grillé ? Paella de Valencia avec le safran d’or qui embaume le tout ? Ou ma spécialité, bouillabaisse aux sept poissons de mers, d’océans, de lacs et de ciels mélangés ? Ce n’est pas que je sois cuisinier et n’ayant plus de goût je n’aime que l’image qui apparaît, tout l’olfactif qui s’en dégage, senteurs d’une tenace mémoire attachée aux bienfaits de la Terre. J’ai des envies explosives, des fringales de plats défilant dans ma tête que je serais incapable de manger. Il y a loin de l’appétence à l’appétit. Créativité en cuisine équivaut à une page ou un tableau, partitions, symphonie de nos désirs les plus secrets, le tout mené de main de maître par des êtres hautement inspirés. Le feu, la braise, les vapeurs, l’odeur des pains de campagne sur leur lit de farine et de cendre, les fumets, les parfums mélangés de pommes, grappes d’oranges et de gros raisins blancs, fruits rouges, herbes sauvages, gousses d’ail et d’oignons grimpent acides sous les voûtes d’une ancienne cuisine où pendent saucissons, jambons, grives, cailles, faisans , tandis que d'autres fricassées, volailles et gigots crépitent doucement sur leurs tournebroches dans une immense cheminée. Légumes, fruits, le céleri mon préféré, trônent en pyramides lumineuses dans leurs paniers de paille devant le fenestron de l’arrière cuisine. Rêves d’un Grandgousier qu’un bol de soupe rassasie, qu’une lichette de fromage de brebis nourrit. Je suis l’ascète d’un songe inaccompli. Et oui décidément, il y a loin de l’appétence à l’appétit.
J’aurais tant voulu vous offrir le sel de la vie, une main dans la terre, l’autre jonglant avec les signes du zodiaque, les astres et l’infini. L’esprit a des envies qu’il ne peut assouvir. Vous satisferez-vous de mes menus imaginaires ? Il y a ainsi dans la nature des animaux mythiques dont les Hommes parlent à mi-voix, qu’ils ont surpris au clair de lune et n’ont jamais revus. Quant à ceux d’entre nous qui reviennent d’une béatitude céleste, aveugles, irradiés, balbutiant d’incompréhensibles phrases, ils titubent extatiques et sont gâteux prophètes, juste bons à crever gueule ouverte, sur une informulable réponse qui les fait saliver dans un asile d’aliénés.
Billet du 19 mai 2024


Dans le chambardement de nos états…

Je ne veux plus de dates, de rendez-vous ni de projets. Le jour qui vient me satisfait. Assis, couché en chien de fusil comme un moribond avec au ventre un soleil noir, traînant ma maigre carcasse sur un chemin bordé de jonquilles et de cistes, râleur, joyeux, geignard, peinant à me tenir bien droit, moi qui si longtemps me suis pris pour une antenne, je rêve encore pourtant de tenir le Monde entre mes bras. La nuit, je prends une lanterne pour un nuage qui ne bouge pas et une seule étoile m’en fait une douzaine. C’est le miracle de la multiplication du beau pays de cataracte où chaque femme est reine de Saba.
Tout malade est un fainéant forçat qui s’abandonne aux lois de la fragmentation. Le corps, miroir brisé, tire à hue et à dia et attrape au hasard ce qu’autrefois il ne percevait pas. La douleur vous affûte et vous laisse pantois. Et l’esprit dans sa chute s’agrippe aux pâquerettes, une main, un regard, ce trois fois rien de vie qui ne vous lâche pas. C’est bougrement intéressant ces petits pas… sur des sentiers où rien n’est droit.      
Billet du 6 avril 2024

 

être Personne = être traversé par la Présence

être Personne = être traversé par la Présence

Cargo maudit...

Les mots sont les noyaux d’une substance volatile, invisible, qu’on appelle Pensée. Ils s’incrustent, se griffent, se greffent, se gravent sur les dalles de pierre, les stèles, le bois, le fer, le béton, le papyrus et le papier ou de petits billets pliés en quatre entre deux pierres usées. Traces de nos humeurs, de nos amours, foudre et éclairs de nos idées, de nos pulsions, de nos révélations. Tout l’essentiel de l’Homme est ainsi dans des cryptes, des chapelles, des ruines, des bureaux d’écoliers, des prisons, des casernes ou même au Colisée. J’oubliais les très vieux arbres, les tunnels, les blockhaus, les trains et les bateaux abandonnés.
Je me souviens d’un cargo tout rouillé, échoué, déchiré, menaçant, sur une immense plage de l’Atlantique. Tout était gris, c’était marée montante et la coque grinçait sous les coups de boutoir d’énormes rouleaux s’acharnant à tirer le monstre de son froid cimetière de sable. Une chaîne pendait, frappant à intervalles réguliers le tribord éventré. J’eus une terrible envie malgré le temps et une sorte de frayeur de m’accrocher à cette chaîne et de grimper à bord. Souple et léger, malgré mes craintes, je fus très vite à la hauteur de la béante blessure ayant causé la mort du vieux cargo et me retrouvai au niveau des cabines de matelots. Tout avait été pillé. C’était comme un énorme poisson éviscéré. Plus de portes, de hublots, boiseries d’acajou, cuivres, zinc, couchettes, rampes, lavabos, tout avait été emporté... et une odeur affreuse montait des cales du bateau. Avec un mal au cœur de tous les diables, dû au gite et à ces nauséabondes effluves de mazout et de putréfaction, je m’empressai comme je pus, avec la tête qui tournait et une horrible nausée, de regagner le pont et le poste de pilotage. Les vents et l’océan se déchainaient et j’eus même parfois l’impression que la coque, vibrant de tout son acier glacé, se dégageait de son nid de sable et regagnait le large où l’attendaient d’immenses pieuvres aux yeux dorés.
Ici, dans cette sorte de sanctuaire d’où partaient les ordres et les manœuvres, étrangement, rien paraissait n’avoir été touché. Barre, boussole, radio, jumelles, appareils détraqués, cartes et compas, tout était là, intact, comme à jamais figé. Un chapelet se balançait
entre une Vierge et un collier de dents de requins. Mais le plus étonnant c’étaient de curieux signes, écriture inconnue faite à la peinture rouge, ponctuée de mains noires et couvrant les parois de ce poste de commandement. Sortilèges, menaces, envoûtement, dernière histoire du vieux vaisseau maudit? Je ne saurai jamais. Mais je compris que l’écriture, quelle qu’en soit la teneur, l’idiome, le message, avait un effet protecteur. C’est comme une barrière infranchissable, cercle de feu vivant, décourageant les pilleurs, flibustiers des épaves et de ces lieux interdits ou sacrés où des Hommes ont gravé leurs terreurs et leurs peurs, leurs croyances, leurs désirs inavouables, leur amour, leur ferveur. La Pensée qui se nomme, se lit et se dessine, nul ne peut l’effacer. Elle vous poursuit, vous hante, c’est comme un couperet. Gare à celui qui a voulu la voler, l’effacer, négligeant sa portée. Vestige de nos ombres, figée, pourtant toujours aussi présente que la radioactivité, Pompéienne, elle témoigne d’un instant ayant rejoint l’éternité.  
Billet du 21 mai 2024      


Jusqu'au repos de la clairière...

Vous remarquerez peut-être que ces billets, qu’ils soient le fruit d’une pensée, d’une anecdote, d’une soudaine révélation ou simple évocation d’un souvenir très cher, finissent par posséder une sorte de structure pouvant être l’objet d’un monstrueux roman en permanence inachevé. Roman dont l’écriture elle-même serait le personnage énigmatique, masqué, fuyant toujours devant.
Courir après cet animal changeant de forme à chaque instant fut ma joie et jamais un tourment. Et aujourd’hui, là, je voulais la remercier cette écriture, d’avoir été présente, sans faillir, tout le long de ma vie. Elle fut mon dragon, mon lion, ma belette, mon petit « cheval blanc ». Elle fut aussi ma symphonie, mon menuet, ma chansonnette. Je l’ai suivie comme un enfant, fasciné par ses couleurs, ses voltiges, ses ruades, ses merveilleux emballements et n’ai jamais douté qu’elle me menait, tout en jouant à m'égarer, vers la claire lisière où sommeillent les vibrations secrètes du VERBE... devant qui, tous les mots, humblement, s’agenouillent et se taisent.
Billet du 4 décembre 2023

Le vrai Monde est ailleurs...

Je ne sais pas vous, moi j’ai toujours senti ce qui était de trop. Rire forcé, moue à peine esquissée, deux trois mots, le sourire limace accompagnant le faux, bref, tout décalage entre le vrai, le juste et la dérangeante mascarade de ceux qui en catimini dévoilent, laissent filtrer leurs désirs, leur mépris, leur indifférence, leurs buts inavoués. Cela me valut bien des joies et des déboires de renifler tout en amont, la ciguë, le poison des intentions cachées. Agacé, je partais tout de go, carré, botté, haut les cœurs, vagabond d’un ailleurs, bienheureux de retrouver l’air frais de la sincérité et le moelleux de la bonté. Spontané, sans calculs, l’univers s’offre à toi, il te suffit de regarder.  
Si notre entrée dans le beau monde dépend de notre entière soumission, mes sorties intempestives de trublion avaient un air de fête aux lampions au milieu du vrai Monde qui pète de santé. Flâner sans but sur Terre, sous le soleil et les étoiles d’Hommes libres et fourmillants de vie, fut un bonheur qui valait mille fois les douceâtres faveurs des vieilles peaux et des jeunes momies grimaçantes dans leurs hôtels particuliers. Et les portes bleu-roi aux marteaux étincelants se refermaient en claquant sur mes fuites d’ado n’ayant passion que du printemps.
Billet du 5 avril 2024

Merci Alain
Comme je te l’ai déjà dit, la bonté, la légèreté peuvent se vivre sans l’opposition aux tueurs mous des désirs, rêves mais il m’a fallu attendre 80 ans pour accéder à cette évidence.
Aujourd’hui, je n’ai aucun (des fois, je dois faire un effort) ennemi ou adversaire. Je suis dans le non-jugement, le non-agir (ça mériterait développement mais je n’ai à convaincre personne).
Rien de ce qui est humain ne m’est étranger (Térence)
Qui se connait connaît aussi les autres car chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ? (Montaigne) JCG


Tout visionnaire est un pionnier dans un désert de pierres…

Rien n’est effrayant, tout est consternant, stupéfiant et à la fois fascinant. La manière dont l’Homme évolue, bien que certains prétendront qu’il est toujours le même, procède de deux facteurs déterminants. Le premier, qui est le plus scrupuleusement étudié, mettra en avant des causes environnementales, quête de domination, conflits inévitables, stratégies économiques, territoriales, progrès scientifiques, technologiques, une avancée rapide, inéluctable mais bien souvent linéaire.
Le second, qui échappe à une grande majorité, est comme une silencieuse et invisible poussée vers une pensée métaphysique universelle conduisant l’humanité vers le point le plus haut de sa véritable et seule destinée qui est d’accomplir un programme caché.
Plus nous serrons de près ce que nous pensons être stricte et unique réalité, plus nous nous éloignons de notre véritable finalité qui est de tendre collectivement, sans même le savoir et malgré des parcours parfois bien douloureux, vers une lumineuse réponse : notre vraie raison d’exister. Ce que nous prenons pour absurde n’est que notre propre surdité. Ce que nous prétendons ne pas voir n’est que notre cécité. Alors oui, « Heureux celui qui croit sans avoir vu » et bienheureux celui qui pressent, ressent ces ondes vibratoires faisant chavirer la matière et nous ouvrant tout l’horizon. À ce point culminant de la pensée, l’univers nous habite, puissant, fragile, délicat, aussi parfait qu’une humble fleur des champs. Et là, partout et à la fois tout à côté, se répand une colossale sérénité d’où la pesanteur, les douleurs, le Temps se sont absentés.
Angélisme, naïveté, folie douce, argument de grenouille de bénitier, rassurante hypothèse pour convertis de la première ou de la dernière heure ? Peu importe la manière dont nous serons traités. Tout visionnaire est un pionnier dans un désert de pierres. Ce qu’il éprouve le fait rire et trembler. Et pourtant il ne peut s’empêcher d’aller là où personne ne va. Il n’a rien d’un prêcheur, convaincre il ne sait pas, le doute est sa croix. Ce quelque chose qui l’appelle, peut-être n’existe pas. Il sera d’ailleurs le premier à se méfier des faux prophètes, à ignorer tous les commerces des pseudos-inspirés, à fuir les chapelles et les endoctrinés. Il sera donc très seul ne se fiant qu’à l’intuition, un jour oui un jour non, folle boussole ne le laissant jamais en paix. L’inquiétude est son lot et l’abandon son seul repos. Mais qu’est-ce donc qui l’oblige à poursuivre ce voyage sans fin ? C’est d’avoir aperçu, un jour ou une nuit, peut-être tout petit, l’immensité d’un ciel déversant ses mystères dans la coupe en cristal de sa nouvelle vie.  
Billet du 17 mars 2024


(Aucun objet)

Si le Monde est entre les mains de foutriquets, il appartient à chacun d’entre nous, d’une manière ou d’une autre, de leur laisser voracement bâfrer le gras, l’épais et le visible, pour s’emparer et protéger de puissantes racines souterraines et cachées d’où jailliront les plus beaux arbres et l’entière santé d’un univers absolument réconcilié avec des Hommes neufs, n’ayant d’autre objectif que de privilégier bonté, beauté, douceur, le tout sous le lin blanc d’une parfaite humilité. Y croire est suffisant, c’est la magie des grands sorciers du Verbe et du chant. On ne les voit pas, on ne les connait pas, c’est vous, c’est moi, mais toutes choses les entendent.
Billet du 8 mars 2024

 

Le cirque de mes mots…

Aucun mot n’est fondamentalement inutile, démodé ou idiot. C’est la manière dont il est entouré qui le rend glacial, terne, sans intérêt, autrement dit qui l’annihile et qui souvent le tue. Ainsi j’essaie toujours de rassembler mon petit peuple familier au cœur d’une clairière où aucun ne se sent étranger. J’appelle ça mon cirque. C’est le seul nom que j’ai trouvé collant le mieux à ma manière très intuitive de fonctionner, de fusionner avec cette tribu sauvage cherchant abri et bonne compagnie. Je n’utilise jamais la force. C’est foin à volonté et le bon goût de la luzerne, poignée de myosotis, deux chardons, boutons d’or et un soupçon de mandragore, marmites de tripailles, pommes en quantité, toute la moelle des consonnes, le petit gras de l’alphabet. Je les laisse venir. Les auges sont remplies, de l’eau à volonté. Il faut les voir rappliquer de tous les côtés! Ils sont de toutes les espèces. Reptiles, amphibiens, rampants, insectes, gros et petits animaux à plumes et à poils, bêtes mythiques, fauves, arbres, roches, fleurs et tout un peuple de nuages, d’astres, de constellations, mille sons et couleurs se déployant au rythme de leur brassage, de leurs accouplements souvent inattendus. Terre, mers, ciels, montagnes, plaines, le doux regard aussi de très rares humains croisés, stupéfaits de voir passer la horde affamée de ces indésirés. C'est là que les mots dansent, jonglent, font des sauts périlleux, s’acoquinent en figures exaltant leur sens premier, deviennent acrobates sans filets, aventuriers, filles de l’air et trapézistes, célestes voyageurs épris de liberté.
On dit à juste titre que chaque écrivain possède son lexique. Et les plus grands d’entre eux ferraillent avec un bataillon fidèle mais restreint de mots très forts mais admirablement entrelacés leur permettant d’exprimer les plus belles nuances de l'âme. Trois cents mots pour Racine ! Cent de plus peut-être pour Corneille… Après c’est affaire de rythme, de cadences du cœur, métronome des nerfs, du sang et des artères. Autrement dit tout est affaire de souplesse et d'ondes musicales. Et ceux et celles qui savent faire chanter et danser les mots sont des sorciers de pleine lune. Bons à brûler…

Moi, c’est plutôt Freaks ou la monstrueuse parade des noms bien tarabiscotés, des adjectifs vêtus de leurs vieux costumes de lumière, des verbes rutilants qui roulent sous la langue, un carnaval que plus personne n’utilise ou que personne ne comprend. Mais je ne m’en plains pas, car ma tribu jamais ne m'a quitté. Je les vois même défiler, comme en rêve, lorsque les yeux fermés je me repose. Et le soir venu je m’en vais avec mon cirque et ses lampions, dans des bruits de chariots et tous les grincements de mes hallucinations, hennissements, barrissements, rugissements, le flamenco des écuyères et leurs éclats de rires, le tout sans cages ni aucune sorte d’enfermement. La nuit, mes virgules et mes points se plantent où ils veulent. Personne ne rechigne. Tout le monde est partant pour un bon feu de camp dont les brindilles étincellent et grimpent en pétaradant vers la grande ourse ou les nuages de Magellan... jusqu’au soleil levant. Repus et reposés, là tous s’alignent en paix et je n’ai plus qu’à recopier leurs quatre volontés. Ce sont mes vrais amis, car ce qu’ils me confient est en principe intraduisible. Je ne peux même pas appeler ça de la poésie. C’est le substrat ou l’essence même d’un drôle de paradis.  
Billet du 4 décembre 2023

 

Naissance du langage, envol vers une entière liberté…

« Tu dis et fais n’importe quoi ! On dirait vraiment mon pauvre Alain, que tu le fais exprès ! » Cette phrase gentiment expédiée par mon père lorsque j’étais adolescent, avait le chic pour me braquer. Mais il avait raison. Jamais au bon endroit, jamais au bon moment. Mais certaines causes pour moi valaient sacré seing blanc. Même gosse déjà, au collège ou ailleurs, les seuls qui m’attiraient étaient les mal aimés. Les morveux, les croûteux, pleurnichards, souffre-douleurs, rougeauds ou blanquignoux, maigres et gros, mal fringués, pas de goûters, pas d’amitiés, tout juste bons à défouler les abrutis et les salauds ayant gobé comme un seul homme toutes les tares d’une bien triste humanité. Je n’étais pas bien fort, idiot venu d’ailleurs, mais tout en nerfs... et je boxais avec les mots, les poings, la tête comme un pantin pris par la danse de saint gui. Faut pas toucher à un cheveu de mes amis galeux, tordus, aux tabliers remplis de taches d'encre et aux mouchoirs gavés de sang. Et si tu prends une rouste, t’as qu’à t’enfuir comme un cabri. Heureusement je courais vite, mais l’honneur était sauf, j’avais sauvé un plus petit. Idem pour les devoirs, les leçons, les travaux. Je ne retenais bien que le parfait inutile, poème farfelu, sujet libre en français (rien que le titre m’inspirait), saut en hauteur, courses rapides, chorale, théâtre et j’écoutais sans bien comprendre les mélodies de ceux qui ont comme des buissons et des frissons de rêves qui sortent de leur bouche.
Comme on dit aujourd’hui « le factuel » non seulement m’ennuyait mais me foutait en rogne comme un os à ronger dont il ne reste rien de la moelle  sacrée. À moi les farfadets, les illusions, les épopées sur dix mètres carrés et le jeu que je préférais était de me cacher. Sous des tables, dans un grenier, un fourré, dans un arbre, sur des toits. Car enfin voir sans être vu, disparaître, (« espionner » était le terme que nous aimions mon frère et moi employer) c’était contempler en silence le monde et ses manières auxquelles jamais je n’ai ni voulu ni su participer. J’en savais plus sur les manies de mes camarades, leurs babillages, leurs querelles, leurs tics, leurs apartés, leurs coups tordus, que si j’étais resté au-milieu d’eux à ricaner, combiner, plastronner, dissimulant mille petites lâchetés dans des rictus de fiers à bras. Était-ce ainsi que se forgeait l’humanité, dans le bon vieux compost d’un mensonge perpétuellement entretenu ? Ne valait-il pas mieux s’enfuir et disparaître, devenir invisible, insaisissable et bête comme un irréductible inadapté ?

C’est le langage qui m’a sauvé. Les mots devinrent mon troupeau, de bisons, de taureaux, dont parfois la charge était telle qu’elle brisait tous les assauts. Je parlais haut et fort et ne me lassais pas de ces galops furieux aux élans prophétiques qui laissaient bouche bée les plus hargneux, les plus violents… et là enfin, bras ballants, souffle court, nous pouvions nous regarder, nous embrasser comme des frères infiniment réconciliés. J’ai calmé des tempêtes, bravé des ouragans, soulevé des montagnes, les mots étaient mes vagues ramenant des grands fonds l’électrique émotion qui fit naître les Mondes. Et oui, j’ai fait n’importe quoi… et je l’ai fait exprès. Jamais au bon endroit, jamais au bon moment, mais toujours là… pour vous, rien que pour vous… si vous avez besoin de moi.
Billet du 9 novembre 2023

 

être Personne = être traversé par la Présence

être Personne = être traversé par la Présence

Les acharnés dresseurs  de forces invisibles...

Avec le peu de force qui me reste (et je n’ai pas envie de m’étaler…) je me demande bien ce que je serais capable d’écrire sans une grande vitalité. Les mots veulent du nerf et sont assoiffés de santé. Ils aiment avoir le punch, la forme, sautiller, maigres gambettes mais musclées. Ils aiment frapper, couvrir le ring des pages avec leurs poings gantés. Ils n’aiment ni la purée ni la mollesse, ni les sous-entendus, ni les coups en douce, ni les ficelles du métier, le décorum des fastidieuses apartés.
Regardez comme les lettres sont belles, comme elles sont libres et habitées lorsque vous leur confiez toutes vos vitamines, que vous leur prodiguez des soins particuliers. Le A, le B, le C, enfin tout l’alphabet est mon cortège de pugilistes et de danseuses passant leurs vies à s’entraîner. Je suis leur coach et, croyez-moi, c’est un métier.
Mais un pet de travers, mélancolie, asthme, gravelle, migraine, tuberculose, épilepsie, hypersensibilité, coliques indomptables et je ne sais… tant la liste des maux paralysant, ralentissant, ou conduisant l’esprit à toutes sortes de fantasmagories, blocages, obscures fantaisies, est longue. Montaigne, Proust, Valéry, Gide, Maupassant, Georges Sand, Artaud, Dostoïevski… J’en oublie tant, qui en dépit de leurs tourments, ont poursuivi leur long travail de dresseurs d’ours, de boas constricteurs ou de caniches. Et je ne peux ici que citer un Louis Calaferte qui mourut quant à lui des suites d’une longue maladie, probablement un cancer des os. « Si le poète ne vit pas et ne meurt pas de son œuvre, c’est qu’elle est du registre inférieur. Écrire est un acte de vie, mais aussi le hara-kiri de la fin. » Connus ou méconnus je les admire d’avoir entre deux crises poursuivi leur dur labeur du dire et de l’écrit ou de toute autre forme sublimant la matière. Mater sa douleur, l’assouplir, la forger au gré de ses ennuis mérite qu’on souligne la puissance de l’esprit. Jusqu’au-bout, quels qu’ils soient, ils n’ont jamais cessé de m’offrir leur courage et leur ténacité. Ils ont surtout ouvert la voie à ceux et celles qui renoncent à cette joie de tenter l’impossible et de briser le cours de l’espace et du Temps. Ils tordent le cou à la douleur pour avaler jusqu’à la lie cette liqueur solaire venue d’un Ciel qui se déploie pour tout humain se procurant des ailes en donnant sans compter tout ce qu’il a... et au-delà.     
Billet du 23 novembre 2023

Il faut savoir parler aux âmes…

:C’est vrai j’ai lu, pas autant que les autres le croient, mais suffisamment pour me faire une idée de ce qui vraiment me transportait. Les mots ne sont que ça, un moyen de transport... vers des contrées mentales inexplorées, des univers que je n’aurais jamais pu imaginer, des mécanismes de pensées, réactions, passions qui me troublaient. Je lisais vite et plusieurs fois de bien mauvaises traductions de romans étrangers, me régalais d’un Flaubert, d’un Stendhal et de toutes formes de poésie et m’acharnais à décrypter sur des papiers aux odeurs rousses, quelques vieux livres en vieux français. Mais au-fond ce qui comptait pour moi c’était le substrat, non pas l’épiderme du langage, aussi délicat soit-il, mais le frisson interne, profond et durable qu’il procurait. La dynamique des mots, l’émotion qui s’en dégageait, avaient sur moi plus d’impact que le sens linéaire et purement littéraire d’une phrase accomplie. Vous l’aurez compris, j’étais lecteur brouillon et indiscipliné ne s’attachant qu’aux vagues et tourbillons émotionnels qui conduisaient mon cœur jusqu’à d’étranges sommets.

Je sortais de mes lectures groggy, halluciné, plein d’une ardeur inexplicable que seule la marche dissipait. J’étais solide et bien bâti, mais ma tête gonflée et barbouillée au jus de pampre et de groseille distillé par les mots, avait besoin de s’aérer. Là, chemin faisant, je régurgitais d’invraisemblables phrases aux arbres, aux ombres, aux chiens et aux passants, ces derniers étant les seuls à détourner la tête face à cet Iroquois ivre de lourdes et rouges liqueurs. Le sang des mots a la vie dure. Des peintures de guerre badigeonnaient mon visage. L’éclatant écarlate zébré de noir et blanc procurait aux gamins de délicieux frissons. Ils dansaient avec moi les invocations, nos rites à la pluie et à l’eau ruisselante venant battre la Terre pour fleurir notre ennui d’être les apprentis de maîtres rigoureux aux tabliers bien gris, aux yeux cernés d’usure. Oui, je lisais aussi pour apprendre à conter des histoires à mes chers tout petits. Il faut savoir parler aux âmes avant que de toucher l’esprit.
Mais parler avec et entendre « les »  Esprits c’est encore autre chose. C'est la sorcellerie des habités par d’autres Mondes, d’autres ciels, d’autres vies. Le tout fourmille sous la langue et fait de vous Polichinelle, un pantin agité gribouillant des messages pour les enfants, les inspirés, les innocents, les matadors au cœur d’argent, les chercheurs de trésors, les simples en voie de rédemption… Qui d’autre encore ? Ah oui, les affamés d’une lumière dont leur mémoire millénaire se souvient.
Billet du 27 mars 2024  


Tous les écrits du Monde…

On n’est jamais maître des mots. Ils se retiennent, nous dépassent, ne vont pas tout à fait où il faut. On bricole, rafistole, on tourne autour du pot. Il faut aussi accepter d’être leur esclave, de subir leurs outrages, leurs trahisons et de se contenter des miettes tombées de leurs tables chargées de fumantes et appétissantes victuailles qui nous passent sans arrêt sous le nez. Il faut les voir ces gueux, tordus de rires et d’ivresse avec leurs gueules de voyelles repues faisant bombance, de consonnes rougeaudes aux joues et seins bardés de gras ! Plutôt que de fouiller et de me contenter des restes, j’ai appris sans bouger, dans un silence minéral, à guetter l’animal, mi-sphinx, mi-dragon, traçant le beau chemin d’un Verbe éclatant, couvert d’écailles d'or, contenant à lui seul tous les écrits du Monde.  
Billet du 7 avril 2024

Le fil  ténu des mots…

Ma vie ne tient qu’au fil ténu des mots, timides ou fracassants, vibrants, fragiles, sincères et vivants. Ce sont les miens, les vôtres, écrits, parlés, sous-entendus, nourris à la douceur, à la colère aussi c’est bien, lorsqu’elle est nécessaire ... et au baba au rhum des cœurs. Un fil d’argent nous reliant, belles agates de vos regards aimants, compatissants, avec nos voix s’entrecroisant dans la solaire connivence. Oui, l’amitié est un travail d’orfèvre dont  chaque souffle, même le plus petit, est un outil de précision.
Ma vie ne tient qu’au fil ténu des mots, les miens, les vôtres, dont je remonte le courant, comme un saumon, l’œil rond, happant les bulles de lumière, cherchant la source et la clarté de la pure et première intention.
Je me souviens aussi de toutes vos expressions, muettes, attentionnées, hésitantes, qui valent bien tous les discours. Le corps aussi a son langage. En saisir les nuances c’est comme déchiffrer l’illisible jargon qui barbouille nos yeux et nos âmes et fait trembler nos mains, nos lèvres, submergées d’émotions.  
Billet du 15 avril 2024


Ma meute…

Et lorsque les mots viennent en meute me chercher, impatients, aboyants, gémissants, frétillants, fous de joie, je partage avec eux l’euphorie d’être embarqué sur ce traineau auquel je les attelle au beau milieu de l’Alaska de nos désirs. Le mot de tête prend sa place, les autres se chamaillent et finissent par se ranger où il faut, sans que j’ai besoin d’utiliser mon fouet. Ah le bonheur d’avoir un tel équipage ! Et nous glissons dans la poudreuse sous les branches chargées d’une neige éclatante, reflets bleus des mélèzes et le rouge des troncs griffés par l’ours et le puma. Je suis Davy Crockett et puis Tarass Boulba et les Mots sont mes ancêtres, mes pères, mes mères, mes chiens, compagnons d’évasion. Je les laisse libres d’aller où bon leur chante, me fiant à leur flair capable de dénicher sous la neige les pousses d'amarante, l’ail sauvage, les tubéreuses de Ptolémée et la musaraigne cendrée qui s’agitent sous la steppe. Et ils  m’entraînent là où personne n’a mis et ne mettra jamais les pieds. C’est tellement bon d’être brinquebalé dans un vent de printemps par tout l’instinct de ces mots animaux, souples comme des lianes, avec des regards chauds et des muscles de fer. Et non, rien de plus beau que de filer sans savoir où l’on va sur les pages glacées de nos libres toundras. Mais j’ai trop mal au ventre et je m’arrête là. La souffrance est un frein qui grignote l’esprit, ronge tous les élans. J’attends le plein soleil, blotti dans la clairière de l’oubli.
Billet du 15 mai 2024


Petite histoire de mes Mots...(2)

Les Mots ? Je leur dois tout. Ils ont forgé ma voie. Ils m’ont appris le Temps, l’espace et la patience. Ils m’ont appris à mettre un nom sur chaque situation. Aimant l’Humain de toutes mes forces convergentes, ils m’ont obligé à chercher et trouver ce que certains ne savaient dire mais qu’ils portaient au fond de leurs regards, étranges labyrinthes aux accès condamnés. Bavard baroque et rigolo, un peu voyant, j’ai ferraillé sur tout propos, me permettant de prendre d’assaut, à l’intuition, des sujets que je ne connaissais pas trop. À bras le corps et de plus haut, je renvoyais aux spécialistes, aux manitous de la pensée, des étoiles inconnues, des galaxies inexplorées ouvrant d’autres possibles agaçant leur savoir.

Enfant déjà, je trépignais pour connaître le nom de toutes choses vues, croisées ou aperçues. Mon vieil oncle, Stani, le prince, dont j’ai déjà dû vous parler, canne à pommeau d’argent, lorgnons, lavallière et cols amidonnés; moustache taillée à la perfection, gants blancs et autres attributs du début du siècle dernier, droit comme un I, avec son mètre quatre vingt dix, me tenait par la main. Il prenait plaisir à me lire les petits panneaux émaillés se trouvant au pied des grands arbres exotiques du grand parc de Bordeaux. Admiratif, je me gavais de sons particuliers et les lettres noires dansaient sous mes yeux. Je rêvais de grimper dans ces géants aux épines acérées, acacias, cèdres, séquoias, fromagers et tant d’autres encore que je ne vais pas ici énumérer. Puis nous allions sur une esplanade où étaient exposés d’énormes blocs de météorites. L’oncle commentait tout, et nous allions plus loin, tandis qu’il chantonnait, heureux, dans sa moustache blanche, cette mélodie restée pour moi longtemps énigmatique: "Chaque fleur cueillie trop tôt est une âme envolée…"  Ivre de mots, je vacillais entre le bruit de ses bottines sur le gravier des allées blanches, mille pépiements d’oiseaux et le babil de tout petits bercés dans leurs poussettes par des mères bavardes caquetant leur journée. Que de mots ai-je appris ! Et le tout résonnait comme de grands voyages d’où je revenais épuisé qui macéraient longtemps sur le divan où me couchait ma grand-mère entre coussins épais et le mol édredon couvrant mes rêves d’enfant corsaire et flibustier. Puis, comme tout le monde le sait, l’âge aidant, les mots ayant longuement macéré, ils ont valeur de pierres. C'est l’ambre ayant fini par se solidifier, contenant une mousse, un insecte, un lézard, une fleur. C’est bien le « mot » parfait réduisant, contenant à lui seul l’histoire de la Terre, de l'univers et de notre entière humanité.
Billet du 18 mai 2024

 

Labyrinthe héréditaire

Si un de mes ancêtres, un certain Ramiro Rampinelli, fut disciple de Newton, un de mes oncles petit-fils de l’empereur Iturbide fusillé à cheval après deux ans de règne, un arrière grand-père Garibaldien, un autre grand-oncle Louis Barthou, ministre assassiné en 1934, moi je ne suis qu’un arrière petit-fils, peut-être, du très sérieux Buster Keaton. Même attirance pour les  locomotives et les bateaux à roue, des amours impossibles, des décors écroulés autour de nos minces silhouettes, et le même air surpris, sous de larges paupières, lèvres fines, bouche fermée, d’appartenir au Monde sans savoir d’où je viens ni même où je m'en vais. 

Nous sommes si souvent d’étranges parenthèses, porteurs d’inachevé, baluchons contenant un puzzle en vrac et sans doute incomplet. Et j’ai de plus en plus de mal à suivre et à traîner, ce convoi de légendes. 
Pantins des chromosomes, vérités et mensonges, nous nous éparpillons dans ce grotesque effort que nous faisons tous pour nous tirer du tapioca ou des sables mouvants d’une bien lourde hérédité. Être soi, rien que soi est terrible fadaise, surtout lorsqu’on trimballe un drôle de passé. Tenez-vous bien, il y avait qui plus est concernant notre nom de famille, un adage, une vieille sentence à vous paralyser, à vous flinguer plusieurs générations. Depuis des lustres dans nos plaines lombardes on disait: « Si les Cadéo se mettaient à faire des chapeaux, les gens, les pauvres, n’auraient plus qu’à marcher têtes nues ! » Et comment voulez-vous avec ça imaginer échapper un seul instant à la vindicte ou à la rigolade populaire! 
Il ne te reste plus qu’à faire ton tour de piste dérisoire et finir comme ce bon vieux Buster avec un mégot et un train électrique, dernier salut d'un canotier fabriqué par un autre, en attendant avec le même air triste sur un quai vide et à peine éclairé, le tortillard venu d’ailleurs, partant pour l’inconnu dans un panache de fumée.


Ombre et lumière …

Éclairer, illuminer, ne pas être radin, chiche, avec toute espèce de clarté, c’est un don.
Assombrir, enténèbrer, sépiatiser, noircir, je pense ici aux lavis et encres de Victor Hugo, est un autre don : celui d’envisager le terrible passage entre vie et trépas.
Dans tous les cas, ombre et lumière cohabitent et ne font qu’un pour tout humain tendant les mains, courbant la tête, envahi de questions. Le « glébeux », Homme issu de la terre, est partagé entre un désir solaire et l’inquiétude ou le chagrin d’un mystère noyé dans les abysses et les brouillards de l’incertain. Quant à ceux, qui par chance ou malheur, ont entrevu le pic d’aurore, le gouffre sépulcral et la splendeur d’un au-delà, je les plains de tout cœur. Sismographes agités, annonciateurs d’apocalypses, entrebâillant les cieux, ce qu’ils ramènent au bout de leurs antennes c’est la mer et le feu, la sourde ivresse de la haine, et parfois le calme lumineux inhérent à  toute forme de beauté. L’inconnu est leur ombre, le secret leur sacré, le futur leur présent sans cesse en mouvement, leur lumière leur guide qui les abandonne souvent sur des plateaux de givre où règnent des spectres effrayants. Oui, je les plains, car ce qui les habite n’est pas de tout repos. Mais regardez comme d’un rien, bout de verre, mica, pierre étrange, obsidienne, silex, lapis-lazzuli, craie, goutte d’ambre, diamant brut, palette d’arc-en-ciel, trois notes et un crayon, ils en font une humble perle aux reflets iridescents.
Billet du 14 mai 2024

Braise...

Et même au fond du trou, épuisé, douloureux, humour en berne, ventre en capilotade, cerveau en steak haché, clair esprit qui se trouble, une braise respire sous un fleuve de boue.
J’ai pas dix ans, j’ai pas cent ans, j’en ai dix mille, une mémoire d’éléphant, un appétit d’oiseau, la moelle d’un taureau, tendre calcaire d’un cœur fossilisé, fulgurantes pensées qui me sauvent et m’élèvent au ciel caressant la lumière de mon corps imparfait. Car même un vieux tourteau, une pince cassée, se saisira toujours d’un petit bout sacré, sucré, salé, de baleine échouée.
Billet du 7 mai 2024


Recette de Vie…


L’ABC de la Joie, c’est voir en majuscules ce qui la constitue. Enfants, parents, amis, moineaux, chiens, chats, montagnes, mer, le sucré ou l’amer, le doux balancement d’une branche de cèdre ou la mauve tendresse du vaillant tamaris se tordant comme il peut dans les embruns salés. Parfois un rien qui vous effleure et illumine une journée. Le tout est de savoir diriger ses idées.

Moi je me fais des films avec tous ceux que j’aime, un défilé, des courts-métrages, un condensé de plein désir. Goulées de ciel, bouffées d’azur, brochettes de plaisirs, voix, regards, rires, sourires, mains, la tapenade, l’hydromel, le nectar de mon cœur. Mettez donc ce que vous voulez. Il y a les raffinés qui sirotent l’idée, les fifis-rabinés qui y touchent à peine et les voraces comme moi, capables d’engouffrer le réel, le concret, la chantilly des rêves, le savarin des célestes papilles. Alors l’image, « la belle image », comme dirait un vieil ami, cultive là, travaille là, c’est ton silo à blé, ton champ de tournesols, le verger de ton âme, sève de ton esprit.  
Billet du 6 mai 2024  


Portes closes…

L’irrépressible envie d’écrire m’a quitté. D’un coup, d’un seul, après tant d’années, le ciel me cloue le bec, me ferme la porte au nez. J’ai vraiment l’air d’un oiseau goudronné et mon chant n’est qu’un couac enroué sur les berges d’un étang pollué. Job sur son tas de fumier. Oh pas d’imprécations, pas d’anathèmes, je n’ai maudit personne ni ne me suis révolté. « Frappez et l’on vous ouvrira… » La formule est gentille, mais personne n’a précisé ni le temps qu’il faudrait pour que l’on vous ouvre, ni l’intensité avec laquelle il faut frapper. « Car quiconque demande reçoit… » Au paradis des sourds tu peux bien bramer comme un âne, nul ne te répondra. Alors j’ai fait les cent pas devant cette muraille, cherchant derrière les broussailles s’il n’y avait pas une entrée, une porte cachée par où me faufiler et quitter la grisaille. Peut-être ai-je manqué de patience ou peut-être n’ai-je pas su demander. Toujours est-il, je suis resté comme un crétin à marmonner des prières, faisant même parfois mine de m’en aller, me retournant d’un coup pour voir si mes départs déclenchaient un regret. Mais rien, ni le moindre grincement, ni le moindre bruit de clefs, ni même une petite voix me disant: « Pardonnez-moi, mais je dormais… » Rien que les ricanements de mes mots se roulant par terre en voyant ma gueule déconfite de ténébreux s’en retournant bredouille sur le sentier abrupt des illusions amères et des chimères envolées.
Billet du 2 mars 2024

- Où vas-tu Alain Cadéo ?

- Eh ben vers tout là haut, au-bout de mes 40 ans d’écriture, au-bout de mes 22 romans, récits, pièces de théâtre, au-bout de mes billets de contrebande, là où un soleil sans fin verse sa Lumière, dans un potlatch d’éternité, sous la branche argentée d’un olivier sacré.

Alain Cadéo
Alain Cadéo
Lire la suite

Georges Perpès (1953-2024) / Orphéon Légende

21 Mai 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #EAT (Écrivains Associés du Théâtre), #auteurs de théâtre, #cahiers de l'égaré, #collection théâtre de la jeunesse, #pour toujours, #spectacles, #théâtre, #écriture, #FIN DE PARTIES, #épitaphier

Georges à l'occasion du vernissage de l'exposition sur le centenaire de la naissance d'Armand Gatti le 26 janvier 2024, à la BAG, La Seyne-Sur-Mer / Crédit photo : Gautier Gentieu. / Françoise Trompette à Cuers
Georges à l'occasion du vernissage de l'exposition sur le centenaire de la naissance d'Armand Gatti le 26 janvier 2024, à la BAG, La Seyne-Sur-Mer / Crédit photo : Gautier Gentieu. / Françoise Trompette à Cuers

Georges à l'occasion du vernissage de l'exposition sur le centenaire de la naissance d'Armand Gatti le 26 janvier 2024, à la BAG, La Seyne-Sur-Mer / Crédit photo : Gautier Gentieu. / Françoise Trompette à Cuers

samedi 18 mai, à 17 H 47, je reçois ce SMS, sans doute un envoi groupé

En ce 18 mai, au Zénith, une colonne du temps a cédé, un coin de ciel s'est retiré avec Georges.

Le grand théâtre pour une fois ne livrera pas la suite.

Rêvons ! Dialoguons !

Traversons le temps à multiples voix.

Cyrille E. m'avait appris la nouvelle de son hospitalisation pour séquelles d'AVC, le 14 avril, après avoir vu en famille MEMM, au mauvais endroit au mauvais moment, au Pôle Cirque à La Seyne-sur-mer.
Le 18 avril, Katia P. et moi, nous sommes allés au CHU Pasteur à Nice, voir Georges. Nous avons passé 3 H 1/2 avec lui. Il nous a appris qu'une biopsie au cerveau avait décelé une tumeur de niveau IV. Son frère Gilles n'était pas là ce soir-là. Katia a ensuite appelé régulièrement Georges ou Gilles et m'a alerté de l'imminence de son décès, dès le jeudi 16 mai. 

Je publie cet article, seulement ce mardi 21 mai, à la demande de Gilles, le frère de Georges que je ne connais pas encore.

 

Robert Empain, Pèlerin à l’écoute. Huile sur papier. 14 x 40 cm. 1993

Robert Empain, Pèlerin à l’écoute. Huile sur papier. 14 x 40 cm. 1993

sur ma page FB en date du 19 avril

18 avril 2024, Nice
gros orage et grêle pendant le trajet, 8°
visite de la cathédrale Saint-Nicolas à Nice, 2 H 15
pour la messe des morts ce samedi 20 avril, le nom de Vitya P. sera évoqué (nous l'avons demandé)
deux icônes m'ont particulièrement intéressé
désolé, pas de photos, je ne prends plus de photos
curieux, j'ai demandé s'il y avait des icônes de Maria Magdalena
il y en a 2, une à l'intérieur, confondue avec une des filles du tsar assassiné et une à l'extérieur au-dessus d'une des portes condamnées
lapin noir, lapin blanc
puis hôpital Pasteur, 3 H 1/2 avec G.P., particulièrement intenses et comme souvent, c'est au moment de partir que le moment le plus intime se livre, on est resté 1/2 de plus
à la maison à 1 H du matin
------------------------------------
avant de visiter la cathédrale Saint-Nicolas de Nice, ce 18 avril, en pensant à Vitya P., comédien et gendre, décédé le 4 février 2024, à 50 ans et onze jours, d'un cancer généralisé
(Katia et Vitya ont joué dans plusieurs spectacles de la compagnie Orphéon à Cuers)
et de rendre visite à un ami G.P. à l'hôpital Pasteur, CHU de Nice
un texte qui distingue le touriste, le randonneur et le pèlerin, figures archétypales du voyageur
(toute vie est voyage, chemin de vie,
choisissons-nous, subissons-nous ?)
----------------------------------------
Récits d'un pèlerin à la recherche de la prière
plus connu sous le titre Récits d'un pèlerin russe est paru en 1884, écrit par un auteur anonyme, un des chefs-d’œuvre spirituels de l'orthodoxie russe.
Initiation à la prière du coeur, la philocalie.
-------------------------------------------
Voyager comme le pèlerin russe
"L’invocation continuelle du nom de Jésus-Christ rythme le pas du pèlerin russe, se colle au mouvement de son souffle…
La prière et la méditation sont des instruments précieux pour nous garder centrés et orientés. Car on peut marcher et voyager en étant complètement distrait, agréablement d`ailleurs, par toutes les merveilles du monde. La prière nous permet d’être reliés à la source de notre être et de toutes ces beautés. Je me souviens toujours de ce dialogue dans Zorba le Grec, du grand écrivain grec Nikos Kazantzákis : « Pourquoi as-tu les yeux fermés ? Regarde comme c’est beau, grand, magnifique…- Toi tu regardes les choses que Dieu a faites, et moi je regarde Celui qui les a créées. »
La prière, c’est ce qui nous permet de voir les deux. Je regarde ce qui est et je bénis Celui qui fait être tout ce qui est. Je vois le visible et l’invisible. C’est exactement l’expérience du pèlerin russe. Quand il contemple le monde transfiguré, il perçoit les choses telles qu’elles sont : la lumière au tréfonds de la matière, l’Être au cœur des êtres, le Réel au centre des réalités, Dieu présent avec ses énergies.
A ce moment là nous ne consommons pas seulement le paysage que nous traversons C’est le paysage qui nous traverse dans une expérience d’unité…
Il vient à nous même si nous ne l’attendrons pas. Mais encore faut-il l’accueillir donc s’y ouvrir. C’est pour cela que le grand commandement adressé au pèlerin – comme à toute l’humanité -, c’est shema : écoute ! Avec tes pieds, tes yeux, tout ton corps. Écoute et entends la Vie la grande Vie qui marche vers toi et en toi.
L’écoute espace où tout ce qui est peut arriver sans que rien ne sort fixé ni retenu. À cet égard l’abandon est encore plus important que l’attention. Car quand on fait trop attention à tout ce que l’on voit, on n’avance plus. Cela ne veut pas dire qu’il faille marcher sans attention. Au contraire il faut garder les yeux grands ouverts, mais sans fixation. En marchant notre être s’ouvre, les portes de la perception se nettoient. Le paysage vient à nous et nous y entrons. Nous devenons le paysage car il s’est installé en nous. Nous ne sommes plus séparés de l’univers.
Cette expérience d’unité nous est donnée dans des moments de grâce qui ne durent pas. Car très vite, le moulin du mental redémarre. L’ancrage durable de l’être dans la paix et la plénitude suppose une ascèse, du temps, une certaine lenteur… C’est précisément le problème du touriste : il veut tout, tout de suite, sans effort. Il prend des raccourcis car il n’a pas de temps à perdre.
Combien de temps faut-il marcher avant que l’esprit se calme ? Le temps effectivement est très important. Il faut du temps pour s’ouvrir, écouter l’Eternel entrer dans l’au-delà du temps. Pour atteindre le sommet d une montagne on peut soit l’escalader à pied soit prendre un téléphérique. Dans ce dernier cas, on arrive au sommet et on a un flash magnifique. Mais ce que l’on voit, en réalité, est très différent de ce que peut voir celui qui est monté pas à pas. Car la marche a nettoyé ses yeux, l’effort de l’ascension a approfondi son souffle, le temps a creusé en lui l’écoute et la vision.
Le voyage, en ce sens, est aussi un apprentissage de nos limites et de l’humilité. Nicolas Bouvier écrit : "Privé de son cadre habituel, dépouillé de ses habitudes comme d’un volumineux emballage le voyageur se trouve ramené à de plus humbles proportions".
Humanité et humilité sont deux mots qui proviennent de la même racine l’humus. Si le voyage bien compris est ultimement la voie d’accès au ciel qui est en nous, il est aussi l’apprentissage que nous sommes de la terre dans tous les sens du mot. L’énergie du chemin nous vient de l’Esprit quand nous nous ouvrons à lui, mais aussi de la terre, notre terre mère. Le voyage et la marche peuvent nous apprendre mais en route on fait l’expérience de la finitude.
L’infini du Réel souverain ne peut pas se déployer sans l’humilité. C’est quand l’ego s’efface que tout enfin est là. L’ouverture de notre être à plus grand que lui est essentielle et le voyage a justement pour sens de la susciter. Il s’agit de découvrir, cet espace, l’"ouvert" que nous sommes. Pour y parvenir et demeurer dans cette ouverture la voie la plus simple est d’admirer et d’aimer. L amour est un trésor qui augmente à mesure qu’on le dépense. C’est le "second souffle" qui parfois nous est donné au cœur même de l’épuisement et qui nous permet d’atteindre le sommet de la montagne."
Jean-Yves Leloup / « La Chair et le Souffle »
----------------------------------
Novalis : “le chemin mystérieux va vers l’intérieur”.
L’essence du voyage est la quête de notre être profond. Cela suppose d’être orienté…
 
Georges à l'occasion du vernissage de l'exposition sur le centenaire de la naissance d'Armand Gatti le 26 janvier 2024, à la BAG, La Seyne-Sur-Mer / Crédit photo : Gautier Gentieu.

Georges à l'occasion du vernissage de l'exposition sur le centenaire de la naissance d'Armand Gatti le 26 janvier 2024, à la BAG, La Seyne-Sur-Mer / Crédit photo : Gautier Gentieu.

sur FB, Bibliothèque de théâtre Armand Gatti, dimanche 19 mai à 14 H 32
C’est avec une immense tristesse, que nous venons vous annoncer que Georges Perpes, s’en est allé rejoindre Françoise Trompette avec qui il a fondé, il y a près de 25 ans, la bibliothèque de théâtre Armand Gatti.
Auteur, musicien, comédien, metteur en rue, fervent défenseur des autrices, des auteurs, et du théâtre jeune public, artiste de rue qui n’a jamais joué dans son propre théâtre, passionné par toutes les écritures, il a été un guide pour beaucoup d’entre nous. D’une immense culture théâtrale, son érudition était précieuse et rare. Chose aussi rare, il était un grand homme de transmission, en ayant à la fois une connaissance aigüe de l’Histoire et une acceptation de son devenir. Militant courageux dans les moments difficiles d’Orphéon théâtre intérieur, il a fait preuve d’une ténacité sans faille. Homme de conviction, il a lutté toute sa vie pour la liberté d’expression et contre la censure.
En septembre 2019, à La Seyne-sur-Mer, à l’occasion de « La Grande Fête », il nous confiait les clefs de la bibliothèque pour continuer d’écrire son histoire, jusqu’à ce matin du 18 mai, il était en chemin avec nous. Discrètement à nos côtés, il a su nous transmettre sa passion, nous accorder sa confiance pour poursuivre et développer son œuvre.
Dans son sillage, nous poursuivons avec humilité et détermination le travail qu’il a initié avec les autrices, auteurs, éditrices, éditeurs, lectrices, lecteurs, enseignantes, enseignants, élèves, compagnies amateurs et professionnelles, artistes de rue, avec le soutien des partenaires et institutions qui font vivre la bibliothèque et en ont fait un haut lieu de défense des écritures contemporaines, des arts de la rue et de l’éducation artistique et culturelle.
Nous nous associons au chagrin de Gilles (son frère), Christine et leurs enfants dans cette douloureuse épreuve.
Cyrille Elslander et Hélène Megy.
 
26 janvier 2024 les 100 ans de Gatti à la Maison de la poésie à Paris avec Sylvia Bergé, le balayeur Auguste Reinier Gatti (son père) /  ce sont les balayeurs qui font naître le jour (Armand Gatti) / affiche des 100 ans Ernest-Pignon Ernest / photos Isabelle Forno, présente à cette inauguration
26 janvier 2024 les 100 ans de Gatti à la Maison de la poésie à Paris avec Sylvia Bergé, le balayeur Auguste Reinier Gatti (son père) /  ce sont les balayeurs qui font naître le jour (Armand Gatti) / affiche des 100 ans Ernest-Pignon Ernest / photos Isabelle Forno, présente à cette inauguration
26 janvier 2024 les 100 ans de Gatti à la Maison de la poésie à Paris avec Sylvia Bergé, le balayeur Auguste Reinier Gatti (son père) /  ce sont les balayeurs qui font naître le jour (Armand Gatti) / affiche des 100 ans Ernest-Pignon Ernest / photos Isabelle Forno, présente à cette inauguration
26 janvier 2024 les 100 ans de Gatti à la Maison de la poésie à Paris avec Sylvia Bergé, le balayeur Auguste Reinier Gatti (son père) /  ce sont les balayeurs qui font naître le jour (Armand Gatti) / affiche des 100 ans Ernest-Pignon Ernest / photos Isabelle Forno, présente à cette inauguration

26 janvier 2024 les 100 ans de Gatti à la Maison de la poésie à Paris avec Sylvia Bergé, le balayeur Auguste Reinier Gatti (son père) / ce sont les balayeurs qui font naître le jour (Armand Gatti) / affiche des 100 ans Ernest-Pignon Ernest / photos Isabelle Forno, présente à cette inauguration

Photo réalisée par Trasphalt T.P (Jean-Louis Masson & Véronique Sicsic) le samedi 1er juin 2013, 5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer pour l'inauguration de l'exposition organisée par la bibliothèque de théâtre Armand Gatti " Les Cahiers de l'Égaré ont 25 ans : 25 pages pour 25 auteurs "

Photo réalisée par Trasphalt T.P (Jean-Louis Masson & Véronique Sicsic) le samedi 1er juin 2013, 5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer pour l'inauguration de l'exposition organisée par la bibliothèque de théâtre Armand Gatti " Les Cahiers de l'Égaré ont 25 ans : 25 pages pour 25 auteurs "

une collaboration, un partenariat qui dureront tant que Les Cahiers de l'Égaré existeront / Georges avait entrepris un travail de recherche sur les créations de la pièce Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch mais il n'a pas eu le temps de m'en communiquuer les résultats
une collaboration, un partenariat qui dureront tant que Les Cahiers de l'Égaré existeront / Georges avait entrepris un travail de recherche sur les créations de la pièce Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch mais il n'a pas eu le temps de m'en communiquuer les résultats
une collaboration, un partenariat qui dureront tant que Les Cahiers de l'Égaré existeront / Georges avait entrepris un travail de recherche sur les créations de la pièce Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch mais il n'a pas eu le temps de m'en communiquuer les résultats
une collaboration, un partenariat qui dureront tant que Les Cahiers de l'Égaré existeront / Georges avait entrepris un travail de recherche sur les créations de la pièce Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch mais il n'a pas eu le temps de m'en communiquuer les résultats

une collaboration, un partenariat qui dureront tant que Les Cahiers de l'Égaré existeront / Georges avait entrepris un travail de recherche sur les créations de la pièce Toulon 1942 de Jean-Richard Bloch mais il n'a pas eu le temps de m'en communiquuer les résultats

le bocal agité varois s'est déroulé entre Le Revest et Cuers en 2002 / Pour Refuge B, créé par Orphéon Théâtre intérieur / Mon Bosphore à moi (version bilingue) consacré à Michel Pacha vu par un dramaturge turc, texte lu à la villa Tamaris Pacha par Philip Segura, Philippe Pasquini et Georges Perpès / Georges en 2000 à Cuers
le bocal agité varois s'est déroulé entre Le Revest et Cuers en 2002 / Pour Refuge B, créé par Orphéon Théâtre intérieur / Mon Bosphore à moi (version bilingue) consacré à Michel Pacha vu par un dramaturge turc, texte lu à la villa Tamaris Pacha par Philip Segura, Philippe Pasquini et Georges Perpès / Georges en 2000 à Cuers
le bocal agité varois s'est déroulé entre Le Revest et Cuers en 2002 / Pour Refuge B, créé par Orphéon Théâtre intérieur / Mon Bosphore à moi (version bilingue) consacré à Michel Pacha vu par un dramaturge turc, texte lu à la villa Tamaris Pacha par Philip Segura, Philippe Pasquini et Georges Perpès / Georges en 2000 à Cuers
le bocal agité varois s'est déroulé entre Le Revest et Cuers en 2002 / Pour Refuge B, créé par Orphéon Théâtre intérieur / Mon Bosphore à moi (version bilingue) consacré à Michel Pacha vu par un dramaturge turc, texte lu à la villa Tamaris Pacha par Philip Segura, Philippe Pasquini et Georges Perpès / Georges en 2000 à Cuers

le bocal agité varois s'est déroulé entre Le Revest et Cuers en 2002 / Pour Refuge B, créé par Orphéon Théâtre intérieur / Mon Bosphore à moi (version bilingue) consacré à Michel Pacha vu par un dramaturge turc, texte lu à la villa Tamaris Pacha par Philip Segura, Philippe Pasquini et Georges Perpès / Georges en 2000 à Cuers

J. P.   Publié le 20/05/2024 à 18:50, mis à jour le 20/05/2024 à 18:50

Georges Perpes est décédé. Né à Toulon en 1953, il fut comédien, auteur, metteur en scène et musicien. Avec son épouse Françoise Trompette, disparue en 2012, il a consacré une grande partie de sa vie à faire rayonner le théâtre dans l’aire toulonnaise et au-delà, avec la volonté de le rendre accessible au plus grand nombre.

De Cuers à La Seyne

En 1979, il crée puis dirige l’association Orphéon, dont les objectifs deviendront rapidement "la défense et la promotion des mots, du livre, de la lecture et des écritures du théâtre".

Celle-ci accouchera en 1982 d’une compagnie professionnelle de théâtre de rue, baptisée "Orphéon théâtre intérieur"; puis, en 2000, naîtra le théâtre de l’Abattoir, à Cuers, dont la compagnie assurera la programmation jusqu’en 2008, ainsi que la bibliothèque Armand-Gatti également tournée exclusivement vers le spectacle vivant. Mais des désaccords avec la municipalité conduisent l’association à quitter Cuers, qui est alors accueillie à La Seyne, ville à laquelle Georges Perpes est particulièrement attaché et où son père est né.

C’est ici dans le centre-ville, au 5, place Martel-Esprit, que s’installera en 2011 la bibliothèque Armand-Gatti, dont il s’occupera jusqu’en 2018. Le lieu est aujourd’hui riche d’un fond exceptionnel de plus de 14.000 textes, reçoit régulièrement des scolaires et accueille en résidence d’écriture des auteurs de théâtre, de spectacles de rue, de cirque…

 

Au cours d’une vie bien remplie, Georges Perpes fut aussi, entre autres, crieur de rue.

Contre la censure

Il imagina un système de dépôt de livres de théâtre en accès libre dans les boulangeries de communes rurales ("boulangeries-bibliothèques"); lança, en 2004, l’Observatoire de la censure, qui décerne chaque année le Prix Tartuffe à un écrivain ou artiste victime de la censure, ou à un livre qui défend la liberté d’expression...

En juin 2008, sa femme et lui ont reçu le prix des Cent livres - Emmanuelle-Marie qui "récompense un engagement fort et soutenu en direction de l'écriture dramatique contemporaine".

Sa disparition a suscité de nombreux hommages sur les réseaux sociaux, parmi lesquels celui d’Eric Marro, ancien adjoint à la culture de La Seyne (2014-2020), qui salue "un passeur d'émotions qui, transcendant les luttes pour en faire de l'art, savait stimuler la création et la liberté".

Lire la suite

Lucien est de sortie / Lucien Forno

16 Avril 2024 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #pour toujours, #poésie, #écriture

à la Lucarne des écrivains, Paris 19°, vendredi 17 mai à 19 H 30, Lucien est de sortie avec LE CHAT, Isabelle Forno,  Alain-Charles Ribera et Charlotte Pradeilles
à la Lucarne des écrivains, Paris 19°, vendredi 17 mai à 19 H 30, Lucien est de sortie avec LE CHAT, Isabelle Forno,  Alain-Charles Ribera et Charlotte Pradeilles
à la Lucarne des écrivains, Paris 19°, vendredi 17 mai à 19 H 30, Lucien est de sortie avec LE CHAT, Isabelle Forno,  Alain-Charles Ribera et Charlotte Pradeilles
à la Lucarne des écrivains, Paris 19°, vendredi 17 mai à 19 H 30, Lucien est de sortie avec LE CHAT, Isabelle Forno,  Alain-Charles Ribera et Charlotte Pradeilles

à la Lucarne des écrivains, Paris 19°, vendredi 17 mai à 19 H 30, Lucien est de sortie avec LE CHAT, Isabelle Forno, Alain-Charles Ribera et Charlotte Pradeilles

Lucien Forno, médecin et poète / livre de Lucien Forno (1923-2006) sorti le 8 janvier 2024, à titre posthume / promenade en 312 panoramas
Lucien Forno, médecin et poète / livre de Lucien Forno (1923-2006) sorti le 8 janvier 2024, à titre posthume / promenade en 312 panoramas

Lucien Forno, médecin et poète / livre de Lucien Forno (1923-2006) sorti le 8 janvier 2024, à titre posthume / promenade en 312 panoramas

LUCIEN EST DE SORTIE

OEUVRE POETIQUE POSTHUME

DE LUCIEN FORNO (1923-2006)
médecin & poète

464 pages, format 14 X 22, PVP 25 €

ISBN : 978-2-35502-145-9

PRÉFACE : ISABELLE FORNO

(extrait de la préface, début)


De ton bureau, Papa, j’ai fait ma pièce de séjour.
Un endroit bien propice en somme pour y séjourner un peu à mon tour.
Un endroit bien étrange aussi.

Le lieu où tu recevais tes patients, au-dessus de l’étage où nous habitions.
La porte en était capitonnée… Des clous en diagonale fixaient la moleskine, laissant juste affleurer leur petit crâne de bronze martelé.
Que se passait-il derrière cette porte ?
Quel bizarre métier faisais-tu donc ?

Parfois, certains de tes clients sonnaient par hasard au premier étage et je me faisais un plaisir de les accompagner dans la salle d’attente, m’imaginant pendant ce court périple, décrypter un peu le pourquoi de ce rendez-vous-là, à cet endroit-là, avec mon papa… à moi !
Certes, si je commençais à comprendre les méandres du « ça », « du moi », et du « surmoi », le « là » restait néanmoins une énigme pour moi.
Que faisaient-ils… « là », tous ces gens- « là » ?

Las certainement de porter à bout de bras, seuls, leur souffrance, celle de leurs enfants, ils venaient demander de l’aide…

Et mon père en ouvrant sa porte, participait à extraire, de leurs cerveaux martelés, les petits clous pointés des douleurs.

Mais ce bureau-là, Papa, était aussi celui de tes secrets.
Tu aimais t’y attarder, et entouré de tes livres de poésie, et de ta machine à écrire, libéré enfin de la frappe des ordonnances, tu t’adonnais à ta passion des mots.
C’était souvent en vain que maman t’appelait pour commencer le déjeuner avec nous…
Mais tu avais déjà rejoint ta planète, ton stylo volant pour appareillage, troqué ton costume de médecin pour la blouse vaporeuse du poète, et sans nul besoin d’autre sustentation.

Déjouant la gravité, tu faisais de chaque parcelle de tranquillité (un intermède de consultation dans une clinique, dans un institut médico-pédagogique, ou une pause estivale) un moment de vie rare, sans pesanteur, où les mots volés que tu confiais au papier, apaisaient les cris des maux, lâchés chaque jour dans ton cabinet blanc.

Et tes mots, motets, estompaient dans de vertigineuses polyphonies, les maux de l’âme que tu soignais et dont tu t’appliquais à décrypter, avec tes patients, le « x » de l’inconnu, qui interroge et entrave…

Et puis un jour Papa, tu n’as plus écrit, presque plus parlé et tu es parti sans mots dire… (Cf texte « Salle des pas perdus », Isabelle Forno, « Concertina », p196, Les Cahiers de l’Égaré, 2021) en laissant bien ouverte cette fois, la porte derrière toi.

Combien de temps faut-il aux enfants pour découvrir un jour leur père ? Pour oser pénétrer leur territoire ?
Pour accoucher de ce jour nouveau, où les parents nouvellement-nés à notre conscience, deviennent les lucioles qui illuminent nos vies.

Pour toi Papa, il m’aura fallu 17 ans !


En cette année 2023, qui correspondait, heureux hasard, au centenaire de ta naissance, j’ai donc ouvert un à un tes dossiers suspendus, précieusement conservés dans des cartons à archives.
Des centaines de textes, tapés à la machine, sur ruban stencil au début, et doublés de leur jupon de carbone, classés selon tes fantaisies et aléatoirement datés, s’y trouvaient.

Des manuscrits sous forme d’ébauches, de bloc-notes, de boîte à rimes, de pense-poète, attendaient pour leur part l’heure du déchiffrage…

Et j’ai longtemps manqué de courage pour m’atteler à comprendre ton écriture, dont la pression, le rythme, les malformations, les torsions, les imprécisions, me parlaient déjà d’un homme qui de toute évidence nouait avec lui-même de bien secrètes conversations.

Et puis j’ai vu dans les allées de tes poèmes, combien de ceps de vigne y étaient plantés, et combien ils reflétaient peut-être, tout enracinés sur leurs pieds noueux, l’ombre portée de ton écriture et le terreau de tes inspirations.

« Énigmatiques messages
délires confidentiels
des ceps nus ivres de ciel
leurs bras, à bout de nuages… »  
                                              (in Ceps, page 34)

« Je voudrais saisir l’étrange langage
Que les ceps brunis échangent entre eux
Connaître le sens des noueux messages
Extraits du tréfonds par ces cul-terreux. »

                                               (in Langages, page 111)

Avec Jean-Luc, nous avons partagé, heureux et médusés, cette moisson de feuilles vivantes, réservant à plus tard leur observation et leur lecture minutieuse.
Et aujourd’hui Papa tu es de sortie ! […]

 

Lucien Forno (1923-2006)

Lucien Forno (1923-2006)

en 4° de couverture

en 4° de couverture

« Promesse du printemps et promesse de l'aube

un rayon indiscret se glisse dans le ciel

le livre de l'amour s'ouvre confidentiel.


Promesse de l'été, promesse du midi

le soleil s'éblouit, nargue au plus haut le ciel

et l'amour au plus fort s'affirme existentiel.

 

Promesse du couchant, promesse de l'automne

on se retrouve à deux, l'amour a fait son miel

à pas feutrés le ciel se vide de soleil.


Promesse de l'hiver, promesse du repos

la lune a remplacé le soleil dans le ciel

l'amour qui se souvient conserve l'essentiel. »

paru en 1993
paru en 1993

paru en 1993

Quelques repères biographiques

Lucien Forno, né le 8 juillet 1923 à Hyères (Var) est décédé le 26 juillet 2006 à Paris.
Dès l’enfance, avec sa mère Marthe Comte, son frère Noël (qui deviendra prêtre), sa sœur Juliette, et au gré des différentes mutations liées à la carrière de son père Célestin au sein de la Société Générale, il vivra respectivement à Crest, Antibes, Aix-les-Bains, Brest, Alger et Toulon.

Sa formation adolescente sera marquée par sa scolarité chez les pères jésuites des collèges de Bon-Secours à Brest, et Notre-Dame d’Afrique à Alger (où il passe son bac et sa première année de médecine).

Suite au débarquement allié de 1942, il est mobilisé dans l’armée d’Afrique de janvier 1943 à septembre 1945.
Il poursuivra ses études de médecine à Marseille en 1946.

Il soutiendra sa thèse le 12 juin 1952, sur « Les miracles dans la perspective de la médecine psycho-somatique», le jour même de son mariage avec Colette Sabe, qui quittant le barreau de Paris, le secondera dans toutes les tâches du cabinet médical et de l’électro-encéphalographie.

Trois enfants naîtront de leur union : Isabelle, Pierre-Louis et Jean-Luc.

En tant que neuropsychiatre, il se consacrera principalement à la cause des enfants, devenant le premier pédopsychiatre installé à Toulon.

Toute sa vie professionnelle sera vouée au domaine de la santé mentale et du handicap et il mènera de nombreux combats pour permettre l’insertion sociale des adultes et des enfants en difficulté.

Il contribuera à l’essor des consultations d’hygiène mentale infantile dans toute la région et sera nommé expert auprès des tribunaux.

En cohérence avec son approche globale des troubles psychiques, son cabinet, installé place Puget pendant 40 ans, évoluera, en un centre pluri-disciplinaire d’accompagnement et de soins, composé de psychologues, d’éducateurs, d’orthophonistes, de psychomotriciens...

Très actif dans la cité, il s’engage dans la vie ordinale, syndicale et associative. Il concourt à la vitalité d’instituts médicaux éducatifs dans tout le Var et à la création de la Polyclinique des Fleurs à Ollioules.

Il sera le fervent artisan du rapprochement entre plusieurs structures d’insertion, dont l’Avath-Ermitage1 est l’émanation. Le foyer de jour implanté sur les pentes du Faron porte son nom. Il partagera sa discipline et son expérience en tant que chargé de cours à la faculté de médecine de Marseille.

Il sera très investi également dans la cause du logement social.

En 1980 les insignes de l’ordre national du Mérite lui seront remis par Madame Germaine Poinso-Chapuis2.
Curieux des arts, il se lie d’amitié avec Olive Tamari, peintre et poète, dont il fréquente l’atelier toulonnais.

Il s’essaiera à la sculpture, à la peinture, et aura ses plus grandes joies artistiques dans la photographie.

Mais c’est la poésie, approchée dès l’adolescence à Brest, au travers de ses liens avec Saint-Pol-Roux, qui sera la passion, et selon ses mots, « l’irrigation intérieure » de sa vie.

  1. Association varoise d’aide aux travailleurs handicapés

  2. Ancienne ministre de la santé, elle fonda le CREAI-Paca que Lucien Forno

co-présida.

sincèrement vôtre, poèmes de Lucien, parus en mars 1972 aux éditions saint-germain-des-prés
sincèrement vôtre, poèmes de Lucien, parus en mars 1972 aux éditions saint-germain-des-prés

sincèrement vôtre, poèmes de Lucien, parus en mars 1972 aux éditions saint-germain-des-prés

Du même auteur

Un recueil de 50 poèmes

Sincèrement votre

éditions Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1972

Un essai historique

L’enfant et son psychiatre,
approche historique de la neuro-psychiatrie infantile
éditions Césura, Lyon, 1993

Inédits

Essais

Histoire de la sextine

Histoire de Toulon

Traductions œuvres latines

Satires de Perse (en vers)

Les Odes d’Horace

Traductions / Transpositions

Poèmes de langue anglaise :
Edgar Allan Poe, William Russel, Samuel Taylor Coleridge, Lord Byron,Leslie Bowles, Daniel Samuel, Ernest Dowson, John Keats, Shelley Percy, William Yeats, William Wordsworth

Poèmes de langue italienne : Dante, Pétrarque...

Poèmes de langue occitane : Arnaut Daniel, Rimbaut d’Orange

en 2006, I.F. vit salle des pas perdus d'un hôpital parisien la disparition de son père puis trouve les dossiers d'un jardin secret dans le bureau de son père à Toulon (des centaines de poèmes) 17 ans après, Lucien est de sortie, travail d'épitaphière nous mettant dans les pas pas perdus de Lucien Forno

en 2006, I.F. vit salle des pas perdus d'un hôpital parisien la disparition de son père puis trouve les dossiers d'un jardin secret dans le bureau de son père à Toulon (des centaines de poèmes) 17 ans après, Lucien est de sortie, travail d'épitaphière nous mettant dans les pas pas perdus de Lucien Forno

SALLE DES PAS PERDUS dans CONCERTINA

Isabelle Forno

Ils découvrent les chambres qui vont être bientôt ouvertes au public.
Ils en font le tour méticuleux, les visitent toutes, une à une, étage par étage, réfléchissent, se renseignent, la retiennent.

*
Ce sera la chambre de droite au milieu du couloir.

Pour ses murs jaunes et sa grande fenêtre qui s’ouvre sur un jardin.

*
Ils en notent bien le numéro, l’étage, en repèrent la dis-

position, les équipements.
*

Veiller à ce que ce soit bien celle-ci qui lui soit affectée.

*
Ils se disent qu’il y sera bien, que c’est une chance de tomber à côté de chez soi sur un établissement tout
neuf, qu’on pourra aller le voir, souvent.
Non pas souvent, tous les jours ! On ira le voir tous les jours !
Oui, cette chambre, quelle chance qu’il puisse l’occuper !

*
Il est dans son lit, on l’aperçoit à peine, il est maigre, le
drap sur son corps est presque plat, sauf en bas l’em- preinte de ses pieds.
Sa main envoie des signes difficiles à comprendre.
Ses yeux bleus lumineux observent, écoutent, parlent, se taisent.

*
Le lit est médicalisé, il se commande de façon électrique, on peut le mettre à ras du sol ou à hauteur d’examen, il est entouré de petites barrières métalliques qui coulissent verticalement.


*

Sur la porte est collé le porte-étiquette, avec son nom bien imprimé. Seule reste amovible la réglette pour le changer.
À la Croix Rouge on sait gérer.

*
Défilé permanent des soignants dans la chambre.

Ce sont des femmes, elles sont enjouées, bavardes, changent les perfusions, règlent les potences, relèvent les températures, renseignent les courbes, mettent à hauteur les tables, y posent les plateaux, enlèvent les plateaux, vérifient la sonnette d’alarme, transmettent les consignes.

*
Ballet des blouses aériennes, fous rires d’accents étrangers, brumes parfumées des corps, farandole de
paroles, enlacement des mains, soins, sourires, alertes, accolades, caresses...
Ici, on chérit les humains.

*
Dans un cadre figé, géométrique, ordonné, strictement encadré, l’ambiance est joyeuse, virevoltante.
Les règles, normes, protocoles, règlements, tapis sur leurs panneaux d’affichage, repèrent les déviants.
Pour aujourd’hui on ne dit rien.

*

Ce soir, la fille est contente.

Son père sera mis à l’abri de la canicule, il dormira dans le réfectoire climatisé.
C’est un privilège en somme.
Visiblement rien n’avait été prévu dans le cahier des charges du nouvel hôpital, pour améliorer le confort des vieillards.

Elle ne va pas polémiquer.

*

Comme tous les soirs, la fille pénètre dans la salle déserte, fraîchement javellisée.
Elle a pris l’habitude de se mouvoir dans la pénombre du réfectoire, de se faufiler sans bruit, il ne faut pas le réveiller, entre les tables, les bancs, les chaises, pour accéder au lit échoué...

*

Coucou Papa, c’est moi, dors bien, je reviens demain.

*

Il est 16 heures c’est l’heure du goûter.
Tout l’espace se remplit. Les pensionnaires arrivent en nombre tant bien que mal, cahin-caha.
De dos je les aperçois, tous calés les uns contre les autres, menhirs préhistoriques bien décidés à rester ancrés sur leur territoire, à en célébrer les rites indes- tructibles, à perpétuer le breuvage sacré des élixirs de fin de vie.

*
Mon père est toujours dans son lit, au milieu du réfectoire, où finalement on l’a laissé. Il est allongé,
quasiment immobile.
Un coussin sous la nuque permet de voir son visage, son sourire doux, et ses yeux bleus dans le vague, plus clairs que jamais.
Personne ne parle.

*
Un énorme brouhaha relève les têtes assoupies. C’est la fameuse livraison ! Ne bougez pas ! Faites attention ! On entend des bruits de roulettes et des voix d’hommes qui les recouvrent.
Il faut lui trouver une belle place à ce piano à queue, qui arrive triomphant !

*

Elle est toute voûtée et de toute beauté. Dans le sillage du piano, elle avance comme sur des flots.
Elle est guidée par ce complice de toute une vie, qui va l’accompagner jusqu’au bout.

Puis ils partiront ensemble, c’est souvent ce qu’ils se sont dit. À quitter cette scène ils se sont entraînés.
Un jour, ils donneront leur dernier récital. Il n’y aura pas de rappel.

*
Dans le réfectoire rapidement transformé, l’ambiance est saisissante. Des fauteuils roulants on se relève, les mieux portants bougent leur chaises, les béquilles prudemment s’adossent, les accompagnants prennent leur aise.
Les résidents semblent contents.

*
C’est une pianiste très connue. Elle s’est produite dansles plus belles salles de concert du monde.
Le directeur de l’hôpital accueille en personne cette nouvelle résidente. Son traitement est de faveur, il a accepté la livraison du piano. Même si pour l’heure ce n’est pas le sujet, la famille a indiqué être prête à le laisser.
Il a tout de suite souscrit à cette bonne idée.

*
On applaudit dans les travées à l’apparition de la fée.

Elle ne se souvient de rien, si ce n’est des notes accrochées à ses mains, de ces douces menottes reliées à ses maîtres : Mozart, Bach, Brahms, Chopin...
Toute sa vie, elle les a rendus vivants, vibrants. Ce sont eux qui la portent aujourd’hui, la guident, la maintiennent, inspirent sa partition, son jeu, ses yeux...

*
Sur la tête des mutiques, les notes tombent en pluie  d’étoiles. Ils redemandent du viatique.

*

Une dame très attentive, me dit que c’est du Schubert, une sonate en la majeur.
C’est une spécialiste, je ne connais rien à la musique, est-ce normal que mes yeux piquent ?

*

Papa je ne vois que toi.

Les autres ont conservé un peu de force, quelques vieux os les portent encore.
Des vêtements sombres disposés en rangées, cachent leurs silhouettes bancales, rabougries, rétrécies, qui plus jamais ne seront verticales. Les corps sont usés, rapiécés, ils en ont marre d’être sauvés.

*
Toi Papa, tu es le seul à être dans un lit. Tu as déjà quitté la party.
En te voyant dans cet état, les autres vieux doivent se
dire qu’ils ont de la chance, ils n’en sont pas encore là. Moi je ne sais ce que tu penses.
Je suis perdue dans nos silences.
Nos yeux vraiment communiquent-ils ?

Essaies-tu de me transmettre quelque chose ?
Une lueur ? Une peur ? Un espoir ?
Les miens sont hagards, ils tâtonnent dans le noir.
Ils me chuchotent des choses que ma tête peine à croire.

*

Peut-être qu’elle se trompe ma tête ?

Peut-être es-tu tout entier relié à la fête ?
À la pianiste qui, de son brouillard, et de ses doigts automatiques, ne joue peut-être que pour toi ?
Vas-tu te lever pour danser ?

*
Une aide-soignante se rapproche. Je desserre mes doigts des barreaux de ton lit.
De toute sa Méditerranée, des épices de sa peau qui relèvent la mienne, de la croix rouge sang brodée contre son sein, elle me dit : ça va aller ?
De qui parle-t-elle ? De lui ? De moi ?
Interrogation ou injonction, je ne sais pas.
J’entends aussi : ça va... Allez !
Je pleure sur son épaule, incapable du moindre pas.
Il ne faut pas, Papa, que tu me voies...

*

Il est tard désormais.
Les pensionnaires vont regagner leur chambre, tout doucement clopin-clopant, comme on le dit dans leur chanson. Une victoire gagnée sur la fin de journée !
Ils auront droit ensuite à un jet de télé, puis à du bouillon tiède, et à plein de cachets soigneusement recomptés.
Et ils garderont, bien engrangés au fond de leur poche, tous les moments volés de ce divin goûter.

*
Toi Papa, tu restes dans ton no man’s land. La frontière se resserre, les barbelés sont aux aguets.
Dans l’espace totalement désert, je ne lâche pas ta trace. Tu es encore tout entier sur cette terre pour moi.

*
Peut-être apprécies-tu de ne pas rentrer dans ta casemate, avec les autres vieux de ton état ?
Je me dis que finalement tu dois être content d’avoir cette grande salle pour toi seul.
Tu es déjà tellement enfermé dans tes murs intérieurs, que ce bol d’air est salutaire.
Tu vois, je suis bonne infirmière !

*
Pourquoi, est-ce que je veux à tout prix te nourrir à la cuillère d’un peu de compote ?
C’est inutile et je le fais quand même ; elle reste dans ta
bouche entr’ouverte, et tu t’endors indifférent.
Je suis mal à l’aise.
Je joue à la maman et je suis nulle pour le mourant !

*
L’équipe du soir prend le relais. Un soignant noir, blouse blanche, se penche sur ton berceau.
Tu es couché sur le côté, tu viens à peine de naître, tu es fragile et beau.
En ce juillet caniculaire, sous les caprices de la clim, il craint que tu prennes froid, il va chercher des couver- tures.
Mais avant de t’y envelopper, avec une délicatesse extrême, comme s’il recueillait un moineau blessé, il glisse entre tes genoux joints et décharnés, le carré doux d’un molleton.
Jamais je n’oublierai la beauté de ce geste, apparem- ment modeste, immensément humain.

*
Et puis subitement ton bras se dresse, au dessus des barrières qui clôturent ton lit.
Il se lève et se replie puis se relève et se replie et se relève et se replie.
Signale-t-il un danger sur la voie qui t’enferre ?
Une manœuvre à faire avant le grand tunnel ?
Une comète qui traverse ton ciel ?

*

Sur les rails ton lit file. Le brancardier est à l’aiguillage, je suis seule sur le quai, je distingue à peine au loin le battement faible de ton aile.
Peut-être me dis-tu au revoir ?

*

Faut-il déjà lever le camp ?

*

Papa s’il te plaît attends-moi,

Je pars avec toi en voyage !

*

Jamais je n’aurai le courage,
De donner ta chambre au suivant.

Lire la suite
1 2 3 > >>