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Les Cahiers de l'Égaré

Ma Pov Lucette / Caroline Leurquin

5 Octobre 2020 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #auteurs de théâtre, #théâtre, #écriture

Ma Pov Lucette / Caroline Leurquin
Ma Pov Lucette / Caroline Leurquin

Ma Pov Lucette

Caroline Leurquin

achevé d'imprimer 11 septembre 2020

 

Ce texte a été accompagné par le collectif À mots découverts (chantier au plateau en partenariat avec Artcena et le Théâtre des Quartiers d’Ivry). Il a été sélectionné en 2020 par Troisième Bureau dans le cadre du festival Regards Croisés (Grenoble).

format 12 X 17,5 ; 94 pages ; PVP : 9€

ISBN 978-2-35502-114-5

distribution-diffusion par Soleils diffusion

23 rue de Fleurus 75006 Paris

0145488462 ; soleilsdiffusion@hotmail.fr

Depuis la mort de sa mère à sa naissance, il y a quinze ans, Marie est élevée par ses grands-parents dans un sentiment de culpabilité et de honte. En recherche du père qu’elle ne connaît pas, elle n’a pour tout confident que le curé du village, jusqu’au jour où elle rencontre Charlie, jeune homme inquiétant et poétique...

Comédie douce et drôle sur la bienséance sociale et religieuse, Ma Pov Lucette est avant tout l’apprentissage de la liberté d’une adolescente.

 

PERSONNAGES

MARIE, 15 ans
PAPI
MAMIE
SŒUR JULIETTE
LE CURÉ
CHARLIE, pas très beau, une vingtaine d’années

MAMAN

 

1.
MARIE – PAPI – MAMIE

MARIE. – Pas regarder, pas lever la tête, pas croiser les yeux.

PAPI. – Comme ça, t’y verras pas les pensées. Les pensées des gens, tu sais...

MAMIE. – Tu prends une religieuse au chocolat, un mille-feuille et un baba au rhum. Tu lui demandes de rajouter du rhum. Ils mettent jamais assez de rhum, c’est trop sec. Faut mettre du rhum dans le baba, au pire j’en rajouterai, si tout n’a pas été bu par quelqu’un. Tu demandes, t’es polie, tu dis s’il vous plaît mais tu regardes pas dans les yeux. Surtout si c’est l’patron.

PAPI. – C’est pour ton bien. Nous c’qu’on veut c’est juste pour ton bien.

MAMIE. – Pour la religieuse, si y’a plus au chocolat, tu prends au café.

PAPI. – J’aime bien le café, ça m’dérange pas.

19.
MARIE – CHARLIE

 

..............................................................

Ils s’éloignent du village.

MARIE. – Au revoir ma maison Au revoir la boulangerie
Au revoir « L’Eau de vie »,
Au revoir la cordonnerie de papi Au revoir l’église de mon père Au revoir la mairie

Au revoir le cimetière Au revoir les voisins Au revoir les champs Au revoir les chevaux...

J’ai lâché les rebords de la selle de la mobylette. Je l’ai lâchée en me disant, soit je me jette en arrière et je meurs, soit je me jette en avant, contre Charlie, et je vis.
Je me suis penchée, doucement. J’ai appuyé ma poitrine contre son dos, il a freiné légèrement et mon corps s’est calé comme un puzzle entre ses omoplates. J’ai passé mes bras autour de son corps. J’ai senti sa chaleur et j’ai cru à son amour, là tout de suite, j’ai su qu’il m’aimait et que je l’aimais. Sans passer par les yeux. J’ai senti que si je devais mourir là tout de suite éjectée, percutée, écrasée, je serais heureuse. Que si je devais partir maintenant et bien ce serait le bon moment, le moment juste. Alors que je pensais à l’accident, à la chute, à la fin, Charlie m’a pris la main, il tenait le guidon de l’autre et il m’envoyait la promesse d’un futur, la promesse d’un nous-deux. Il allait m’apprendre l’amour qui dévore et je n’avais pas peur. Il serrait ma main et en retour je le caressais. C’était la première fois que je caressais quelqu’un et pourtant tout était si simple. Je me penchais sur sa nuque et respirais, inspirais. Je l’ai embrassé. J’ai senti un petit frisson dans l’espace de sa peau, il m’a serrée plus fort et ma bouche a continué à explorer sa saveur, son odeur. Sa nuque était si douce, si chaude.
Je ne regarde pas, mamie ; je ne regarde pas, papi. Je vous jure, je baisse les yeux.
Mes yeux sont fermés et je sens, c’est la seule chose que je fais, je sens.

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