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Les Cahiers de l'Égaré

Père Ubu et Mère Blabla

12 Avril 2021 , Rédigé par grossel Publié dans #cahiers de l'égaré, #théâtre, #JCG

Père Ubu et Mère Blabla

Vient de paraître, le 27 mars 2021

Père Ubu et Mère Blabla de Philip Segura

ISBN 978-2-35502-122-0

72 pages / 14 €

référencé, distribué par Soleils Diffusion, 3 rue Jean Dollfus, 75018 Paris

PERE UBU MERE BLABLA Cinq actes

PERSONNAGES

PÈRE UBU SOCRATES MÈRE BLABLA MELANOS WOLFGANG MÈRE UBU

LE PEUPLE LE DOCKER

La scène se passe sur le port d’Athènes.

ACTE 1 / SCÈNE V Père Ubu, Le Docker, Mère Blabla.

(On entend au loin des musiques.)

PÈRE UBU
Qu’est-ce donc ce vacarme ? Merdre, quel pays de merde!

MELANOS
C’est la Mère Blabla qui arrive avec toute sa clique.

PÈRE UBU

Ah ! oui, je les vois arriver au loin, on croirait un carnaval de Roumanie ou de Hongrie. Toutes ces tuniques couvertes de poils, quel spectacle merveilleux ! Et Mère Blabla, c’est la grosse qu’on voit assise au centre sur une chaise à porteurs ?

MELANOS
Oui, n’est-elle pas merveilleuse ?

PÈRE UBU

On croirait une dinde énorme posée sur une table avant d’être consommée.

MELANOS

Si vous continuez à parler ainsi, vous finirez comme tous ses nobles, sur le pal, le trou du cul en feu.

PÈRE UBU

Quelle femme fantastique ! Elle défonce ses nobles à coup d’enculerie. J’en ai fait de même dans mon passéprestigieux où sans modestie aucune, j’ai pu rassembler les polonais en massacrant les nobles.

MÈRE BLABLA

Qu’entends-je ! Un tueur de nobles parmi nous. Un ancien roi m’a-t-on dit ?

PÈRE UBU

Je suis votre serviteur madame. Qu’ai-je appris de vos faits? Une reine qui broie, qui fait mijoter, qui encule sesnobles pour réunir les sujets de son royaume, n’est-ce pas merveilleux ?

MÈRE BLABLA (en riant)

Enfin un connaisseur, un politologue. Je me pré- sente Mère Blabla, reine de Grèce, ancienne reine de Macédoine, docteur en Démologie et Blablaphysique.

PÈRE UBU

Vous êtes délicieuse, que de titres ! Je me présente. Père Ubu, roi d’Aragon puis de Pologne, enfin docteur enPataphysique.

MÈRE BLABLA

Laissez-nous, travailleur de mon royaume ! Cet homme est un incroyable vendeur. L’année dernière, il est arrivé à refourguer des centaines de kilos d’olives moisies à mon peuple... affamé, j’en conviens ! (Melanos sort.)

Père Ubu et Mère Blabla

de Philip Ségura Editions des Cahiers de l’Égaré 2021

Commentaire suite à lecture

Voilà une courte pièce qui ne mâche pas ses mots, une satire incisive et relevée, une attaque rondement menée contre les manigances des pouvoirs politiques.

L’action se situe dans une Athènes sans âge et le propos l’est (malheureusement) tout autant.

Philip Ségura va droit au but et Jarry devrait s’y retrouver : quelques personnages sans complexe ni complexité psychologisante sont plongés dans un verbe cru et truculent, ce qui est aussi efficace que les méthodes dont usent ceux qui rêvent de dominer.

Rien ne manque ici à l’attirail du parfait aspirant au pouvoir absolu : le mensonge, le mépris, la trahison, les beaux discours, l’autosuffisance de l’entre-soi, les débauches de la caste dominante, tout est bon quand il s’agit d’accéder au règne et de ne plus le lâcher. Et tout cela dans la bonne humeur, c’est ce qui en fait tout le piquant !

“Les promesses n’engagent que ceux qui y croient”, c’est bien connu et les politiques ne s’en cachent pas à l’occasion (il y a un certain nombre d’années j’ai entendu Pasqua l’énoncer à la télévision, et il paraît qu’il n’est pas le seul).
Ici, un personnage le dit autrement : Le peuple aura de l’espoir et nous aurons le pouvoir absolu.

Ailleurs, Père Ubu explique, après son discours électoral adressé au Peuple : Rien ne ressemble à un discours qu’un autre discours, alors vous savez...
Philip Ségura aurait tort de ne pas faire comme ses personnages, il emprunte donc à nos politiques. De la sorte, combien de traits bien sentis, revus à la sauce Ségura-Ubu, sortent de la bouche des protagonistes pour notre délectation !

Il ne s’agit pas tant pour l’auteur de dénoncer (ça va tellement de soi) que de mettre à nu la mécanique de ceux qui n’ont pas d’état d’âme quand leur seule ambition est de satisfaire leur ego-absolu.

Bien que le propos de cette pièce soit passablement féroce et quelque peu désespérant il est emporté par le ton enjoué de la farce (la triste farce humaine) et par une langue bien trempée. Ce qui en fait une pièce jubilatoire, que oui ! Merdre alors, ça fait du bien !

Christian Girier

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