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Les Cahiers de l'Égaré

notes de lecture

Journal d'un égaré/JC Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse, #notes de lecture

j'ai oublié de ranger ma bibliothèque; où ai-je égaré mon Journal d'un égaré ? le sommaire du Journal d'un égaré, 43 entrées sans N° de page pour apprendre à se sortir peut-être du labyrinthe
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Journal d'un égaré

Jean-Claude Grosse

Un livre de 315 pages, collection Les Grands Solitaires, édité par Les Promeneurs solitaires, éditeur à Toulon.

Le livre est disponible sur commande en librairie ou sur les plate-formes de vente en ligne (via Soleils diffusion, 23 rue de Fleurus, 75006 Paris, 01 45 48 84 62)

C'est à la demande de l'éditeur, lecteur de mes blogs, que ce livre a vu le jour. Circuler dans 3 blogs, 775 articles et pages mis en ligne depuis octobre 2002 m'a demandé quelques semaines de travail, un nettoyage de printemps (suppression d'articles jugés obsolètes). Proposer 43 entrées au gré des intérêts de chacun, chacun pouvant trouver son chemin propre, en ce sens que le sommaire n'est pas le résultat d'une logique flagrante. Passer du dit de la petite pierre tirée de la mer au dit des dunes de l'erg Cherbi à Merzouga ou l'inverse relève de la curiosité géographique ou poétique ou métaphysique de l'auteur comme du lecteur. Comprenant de nombreuses notes de lecture, ce Journal suit en partie le parcours intellectuel et spirituel de l'auteur. Marcel Conche occupe une place importante dans ce parcours. Deepak Chopra est venu ouvrir de nouvelles perspectives. Aujourd'hui mais il n'est pas présent dans le Journal, il y aurait Jean-Yves Leloup.

Ce livre est toujours disponible, à mettre entre les mains des lecteurs qui cherchent, sachant que si on trouve, c'est ce qu'on trouve qui nous a trouvé.

39
Quel « gay scavoir » pour le 3° millénaire ? 

Paradoxalement je dirai qu’il y a surtout à désapprendre. Désapprendre les facilités. À titre d’exemple : les modes. Du jean au blouson, de la casquette aux baskets, c’est si facile d’être un visage pâle, mâcheur de chewing-­gum, buveur de coca, fumeur de Marlboro, bouffeur de hamburger, voyeur de Titanic, m’as-­tu vu en booster, m’as­-tu écouté en portable, tatooé, branché, connecté. Les réussites des requins se fondent sur les modes à succès, suivies par le grand nombre. Déserte le Mondial et son hystérie. Débranche allègrement ta télé. Noircis allègrement une dent blanche sur trente-­deux du top model de l’affiche 4 x 3 vantant le 4 x 4 esquinteur d’espaces. Allègrement, invente tes irrespects, tes refus, tes désobéissances, tes insoumissions. Il y a grand (dé) plaisir à franchir la ligne de la soumission volontaire vers la liberté qui est une succession de libérations. Libère-­toi du machisme si tu es mâle. Ne rêve pas de la plus belle femme du monde. Elle n’est pas pour toi. Renonce à la Schiffer : elle te ferait souffrir. Regarde ta voisine. Change ton point de vue sur elle. Elle n’est pas moche. C’est une femme et tu ne sais pas ce que c’est. Si tu es fille, cesse d’allumer des incendies. Tu détruis plus qu’un régiment d’artillerie. Écoute ton voisin. Oui, il dit des conneries. Non, ce n’est pas un con. C’est un homme et tu ne sais pas ce que c’est. Et toi et lui, copain­copine, voisin­voisine, lointain­lointine, vous êtes humains. Tu ne t’es jamais trompée. Jamais tu n’as pris un humain (même nabot, triso, sado, maso, homo, négro) pour un babouin. Alors allègrement, désapprends à le vouloir à tes pieds, désapprends à vouloir être flattée, désapprends la beauté fardée, bronzée, frimée, friquée. 

Évidemment, si tu fais HEC, Polytechnique, Sciences Po, l’ENA, on t’apprendra à apprécier les babouineries des babouins et babouines se soumettant au mâle dominant dans Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Ainsi est, la nature humaine, te dira le professeur en domination. L’homme est un loup pour l’homme. C’est la loi du plus fort qui est au fondement des rapports « humains ». Venu du monde des gens moyens, tu voudras rejoindre le monde des requins mangeurs de babouins. Technocrate de la Banque Mondiale ou manager chez Microsoft, tu y arriveras, à la force du poignet, à coups de langue alléchée, lécheur de bottes et lèche­cul. À toi qui rêves d’être Bill Gates (1), Ted Turner (1), George Soros (1), Ruppert Murdoch (1), émir de Dubaï (1), d’Oman (1) ou du Qatar (1), à toi qui rêves fortune sur notre soumission à tes jeux boursiers et télévisés, je réserve une surprise. J’ai désappris la crainte du lendemain, j’ai désappris l’espoir en des lendemains meilleurs, j’ai désappris la foule et l’adhésion aux grandes émotions collectives, j’ai désappris le nombrilisme et l’individualisme, j’ai désappris la participation à l’euphorisation généralisée (appelée libéralisme, loi des marchés, mondialisation). Imagine ta situation quand nous serons dix à avoir désappris la servitude volontaire et qu’à nos enfants nous apprendrons la liberté, succession de libérations, l’égalité (les forts venant en aide aux faibles, les faibles réclamant l’aide des forts), la fraternité, succession de fraternisations (du lointain facile au difficile prochain). Ton emprise, ton empire s’effondreront. 

À toi venu d’« en bas », de là­-bas, des quartiers, je dirai : désapprends le verlan et l’esprit de revanche, la loi du silence et l’enfermement dans ta « différence », dans ta communauté. Désapprends la violence, le ghetto, le ressentiment. Pour toi, ce sera dur, tu vis dans l’urgence et l’impatience. Désapprends à tuer le temps, désapprends l’ennui, désapprends les ersatz de vie. Désapprends le stade, la boîte of night, la Golf fumée et sonorisée. 

Et toi, venu d’« en haut », de Neuilly et des quartiers chics super­-vigilisés, désapprends le BC­BG, les mondanités, l’hypocrisie, le cynisme. Désapprends Saint­-Tropez, les îles à cocotiers, les safaris, les raids dans le désert, le hors-­piste, la snifferie. Désapprends les paradis fiscaux, les comptes suisses. Pour toi, ce sera dur, tu vis dans la puissance, le « tout m’est possible », le « tout m’est permis ». Désapprends l’impunité. 

Dans les lycées du IIIe millénaire, allègrement, on apprendra à se désintoxiquer, à se purger. Des déformations initiales et continues transmises par maman aux si petits, par papa aux si peu grands. Des méconnaissances présentées comme savoirs par les sophistes déformant nos enfants et adolescents. Dans les lycées du IIIe millénaire, on aura besoin de vomissoirs plus que d’entonnoirs. 

Déjà Ponocrates, le précepteur de Gargantua lui avait fait administrer par un médecin, une purge pour le débarrasser des mauvaises influences des rhéteurs et autres habiles manieurs de mots, détourneurs de fond(s), avant de proposer à cet esprit à nouveau vierge, une éducation idéale, consciente que science sans conscience n’est que ruine de l’âme, consciente que rire de soi est le purgatif, le vomitif garant de notre bonne santé d’homme de Thélème, d’homme du Désir. Dans les lycées du IIIe millénaire, on complètera la classe comme lieu républicain (lieu de la raison, du droit, du bien commun) avec la classe comme lieu démocratique (lieu du désir, de l’épanouissement de chacun). 

(1) Se croient riches et puissants. Sans importance.
1° janvier 2004 

40
Rêve d’une école de la vie. Pour Marcel Conche 

Je rêve d’une école de la vie de trois classes.
Une classe pour apprendre à raconter. Pour seize enfants de 6 à 9 ans.
Une classe pour apprendre à s’émerveiller. Pour seize adolescents de 11 à 14 ans.
Une classe pour apprendre à penser et à vivre vraiment. Pour seize jeunes gens de 16 à 19 ans.
Des gosses des rues. Pas voulus. 

Des survivants du travail précoce, du sida général, de la guerre perpétuelle.
Des adolescents à la dérive sur l’amertumonde.
Bref, tous les jeunes pourraient avoir accès à cette école. Ont-­ils été voulus les ballottés des familles éclatées ? 

Ne sont-­ils pas livrés au biberon télévisuel ? à la consolation virtuelle ? à la rue commerçante et bruyante ?
Ne sont-­ils pas entraînés à s’absenter d’eux-­mêmes et de leur vie ? 

Se veulent-­ils un passé ? un avenir ? Veulent­-ils même un présent ?
Veulent­-ils une vie autre que celle de soumis volontaires qui refusent d’être cause d’eux­-mêmes ? 

La classe des petits serait confiée à un aède, Homère par exemple. Ils seraient assis en rond, huit garçons et huit filles. De toutes les couleurs. Ça commencerait par des questions. Pourquoi le soleil ne fait pas le jour toujours ? Pourquoi quand il y a le soleil, il n’y a pas la lune ? Pourquoi la lune n’éclaire pas comme le soleil ? Pourquoi les étoiles brillent la nuit ? C’est quoi la nuit ? Pourquoi il y a la pluie ? le vent ? les nuages ? D’où vient la mer ? Pourquoi les vagues inlassables ? C’est quoi le temps ? Pourquoi on ne chante pas comme les oiseaux ? Pourquoi volent-­ils ? Pourquoi les roses ? Pourquoi elles fanent ? Homère leur raconterait des histoires. Les enfants seraient ravis, auraient peur. Ils riraient, pleureraient. Ouvriraient grands les yeux, comprendraient, resteraient bouche bée. Ils parleraient des histoires, les raconteraient à leur tour, en inventeraient. Il y aurait des livres où seraient écrites les histoires racontées. L’Iliade 2. L’Odyssée 3. Des livres sans images. Parce que les mots, ce sont des images. Et maintenant, questionnez. Puis racontez, inventez. 

La classe des moyens serait confiée à un poète, Linos, Orphée, Sappho, et à un peintre, celui de la grotte Chauvet, vieux de 33 000 ans. Ils se promèneraient, huit garçons et huit filles de toutes les différences. Ils feraient des promenades d’abord longues, deux mètres en une heure, s’arrêtant au gré de leurs intérêts. Linos ferait entendre un chant très ancien sur le soleil de ce matin-­là. Orphée inventerait un poème d’éternité pour un sourire derrière une fenêtre comme le fit jadis Rainer Maria Rilke. Avec Sappho, ils goûteraient à l’inachevé : Il faut tout oser, puisque. Les promenades deviendraient plus courtes, quelques centimètres au gré de leurs émerveillements. L’homme de Chauvet les aiderait à impressionner les murs, à faire vibrer la lumière, à donner corps à l’esprit. Ils rempliraient leurs cahiers de peintures rupestres et urbaines, de poèmes des quatre saisons pour leurs enfants dans cent générations : La neige, le vent, les étoiles, pour certains... ce n’est pas assez. Et maintenant, émerveillez­ vous. Puis chantez, créez. 

La classe des grands serait confiée à un élu, battu aux élections, à un chef d’entreprise, en faillite, à un directeur de pompes funèbres, en retraite et à un philosophe très ancien, Anaximandre, Héraclite, Parménide, Empédocle. Huit filles et huit garçons en quête de soi, de l’autre et d’une place se poseraient de vraies questions : qu’est-­ce que l’homme ? qu’est­-ce que  la nature ? quelle est la juste place de l’homme dans la nature ? qu’est­-ce que vivre vraiment ? qu’est­-ce que devenir soi, cause de soi ?
En quelques semaines, ils se sèvreraient de la télévision et des jeux vidéo, ils se purgeraient des modes alimentaires, vestimentaires, langagières et compor­tementales. En quelques mois, les multinationales de la mal­bouffe, de la fringue clinquante, du divertissement formaté, les médias du prêt­à­ne­pas­penser et de la manipulation des cerveaux, les partis de l’immobilisme seraient en faillite et sans influence. 

En quelques siècles, ils renonceraient aux vains désirs : la richesse, le pouvoir, la gloire, aux valeurs qui ne valent rien : l’argent facile, la beauté trompeuse, la jeunesse éternelle, l’exploit éphémère, le voyage dépaysant, le progrès constant. En quelques millénaires, ils renonceraient aux illusions : l’amour pour toujours, le bonheur sans le malheur, la santé sans la maladie, le plaisir sans la douleur ; et aux croyances : à la vie éternelle, à l’âme immortelle, au retour perpétuel...

 

 

Opacité/Clarté
Entretien entre une cosmologue et un philosophe
10 août 2013. Soirée (g)astronomie au gîte de Batère, 1500 mètres d’altitude, à Corsavy. Ciel constellé. Pour observation après le repas.
Ont été invités Ada Lovelace, descendante de Lord Byron, 36 ans, cosmologue, génie du calcul intensif et Marceau Farge, fils de paysans corréziens, 91 ans, philosophe naturaliste d’une grande liberté d’esprit.
Marceau – Je me suis souvent demandé, Madame, ce que nous apportait la science : des certitudes valables un temps seulement, souvent contestées du temps même de leur prééminence, sur lesquelles s'appuient des volontés intéressées de maîtrise sur la nature et sur l'homme. N'est-ce pas ainsi qu'il faut voir la recherche acharnée des constantes ?
Ada – Les quinze constantes physiques actuelles sont d’une précision et d’un équilibre qui nous ont rendu possible : matière, vie, conscience. Votre méditation métaphysique, cher Marceau, n’est qu’une spéculation solitaire sans vérifications. Les chercheurs avec leurs télescopes comme Hubble captent des lumières (la gamma, la X, l’ultraviolette, la visible, l’infrarouge, la radio) de plus en plus faibles provenant de l’univers (sans lumières, ils sont dans le noir). Voir faible c’est voir loin dans l’espace indéfini et tôt dans le temps immense. Nos tâtonnements lents, rigoureux, collectifs, débouchent sur un modèle d’univers cohérent et beau, en symbiose avec nous.
Marceau – La disproportion entre l'opacité et la clarté ne plaide-t-elle pas pour la méditation impatiente et quasi-aveugle sur l'opacité ? Elle ne dérange pas l'ordre des choses étant sans volonté de puissance, sous-jacente au désir de savoir.
Ada – Vous provoquez là ! Votre métaphore n’a rien d’aveuglant. Nous, chercheurs, mettons en place des notions nous permettant d’éclairer l’opacité : hasard, chaos, inflation, singularité, fluctuation quantique. Nous voyons se multiplier les paradoxes qui mettent à mal nos modèles à contraintes et constantes
Marceau – la métaphysique en a inventés, inventoriés depuis longtemps. Voyez Anaximandre, son infini, son germe universel, Héraclite, le feu comme principe de création, destruction, bien avant votre big bang, Démocrite, ses atomes, Épicure, le clinamen (une déviation, une mutation). La contemplation ouvre sur des visions développées en métaphores
Ada – vos métaphores métaphysiques, Marceau, sont figées. Nos paradoxes scientifiques sont dynamiques. Pensez aux effets du paradoxe EPR (1935) qui révèle qu’ici est identique à là (1998). Observer en 1998 que l'expansion de l'univers, décelée en 1929, est en accélération oblige à poser l'existence d'une énergie répulsive responsable de cette accélération. On postule l'énergie noire. Et les calculs intensifs, pétaflopiques, bientôt exaflopiques, que j’entreprends avec les calculateurs Ada et Turing sont réalisés pour tenter de la caractériser avant de la déceler.
Marceau – On a donné votre nom à un calculateur pétaflopique ? (Elle rit.) Rien n'interdit ma méditation de se nourrir de vos calculs. Échange chiffres contre images. Pour évoquer la recherche de la vérité, je vois un archer tirant dans le noir. Où est la cible ?
Ada – Les constantes sont d’une telle précision qu’il faut que votre archer vise une cible carrée d’un centimètre placée aux confins de l’univers. Enlevez un 0 à 10 puissance 35 et vous avez un univers vide et stérile.
Marceau – Savoir que nous sommes des poussières d'étoiles dans un univers anthropique, connaissances scientifiques du jour, enrichit ma pensée de la Nature, m'évite de m'égarer dans une théologie créationniste ou dans une métaphysique matérialiste, déterministe et réductionniste comme celle du Rêve de d’Alembert de Diderot
Ada – d’autant que nous distinguons deux sortes de matières, la matière lumineuse, visible et la matière noire, jamais observée, comme l’énergie noire
Marceau – si vous permettez que je vous appelle Ada, le noir, Ada, semble dominer votre domaine de recherches
Ada – 73% d’énergie noire, 23 % de matière noire, 4% de matière ordinaire dont 0,5% de matière lumineuse, telles sont les proportions proposées aujourd’hui pour l’univers
Marceau – soit 0,5% de clarté pour 99,5% d’opacité. Le raccourci de la méditation sur le Tout de la Réalité me convient mieux que le long chemin sinueux de la connaissance parcellaire qui bute sur le mur de Planck.
Ada – Cela nous mène où, Marceau ?
Marceau – vous Ada, à savoir presque tout sur presque rien, moi à voir la Nature comme infinie, éternelle, un ensemble ouvert, aléatoire, en perpétuelle création de mondes inédits, ordonnés, périssables, inconnaissables. Notre conversation par exemple n’était pas programmée bien qu’annoncée. Elle est inédite et restera unique. Parce que c’est vous, parce que c’est moi. L’infini ne s’épuise pas et ne se répète donc pas. Dans de telles conditions de créativité au hasard et d’inconnaissance de cette créativité, la seule attitude me semble être le respect de ce que je ne peux connaître complètement selon le théorème de Gödel de 1931.
Ada – Connaisseur à ce que j’entends. Le chemin de la connaissance scientifique est à l’opposé de votre raccourci méditatif sur le Tout. Il ne vise à expliquer que du détail, même aux dimensions de l’univers. Il rend compte de ce qui existe par des lois et du chaos.
Marceau – Pourquoi ce détail, Ada, l’origine de l’univers, plutôt que tel autre ? parce que la métaphysique vous attend aux confins. Expliquer par du nécessaire et du contingent n’empêche pas les trous noirs entre les différents domaines expliqués incomplètement.
Ada – Ne me dites pas, Marceau, que vous êtes fermé aux efforts de clarté des chercheurs sur tous ces détails. Ce sont les visages troués de votre Nature.
Marceau – Je médite sur ces visages que vous m’offrez mais j’en vois les limites, Ada. L’Univers n’est pas la Nature. Vous vouliez un tableau fidèle. La Réalité vous impose le flou quantique.
Ada – Votre raccourci vous a demandé une vie pour déboucher sur une métaphore de dix lignes
Marceau – sur l’étonnement et l’émerveillement, chère Ada. Ce qui nous a construits, par asymétries et découplages, des atomes primordiaux aux éléments chimiques, puis par code depuis LUCA, des gènes aux hémisphères cérébraux, si dissemblables, le droit (celui des images), le gauche (celui des calculs). Ce qui nous a conduits par les chemins sinueux de la causalité probabiliste, par les raccourcis de la liberté, à Corsavy, aujourd’hui, pour contempler la Beauté.
(Il plonge ses yeux rieurs dans les siens. Elle rit.)
JCG, 14 août 2013 à Corsavy 66150

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sur Maryse Condé

Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture, #écriture

 

Dimanche 2 juin, 15 H - 16 H 30, Mucem, oh les beaux jours, rencontre avec Maryse Condé, Prix de littérature de la Nouvelle Académie 2018. Mon 1° Mucem, un voeu, en compagnie de Sophia Johnson, Moni Grégo (qui fut à l'initiative de la question de théâtre du 14 juillet 2011 sur Maryse Condé et la traduction à la Maison Jean Vilar par les EAT Méditerranée au temps de ma présidence de cette filiale des EAT 2010-2015) et d'autres amis. 
Une rencontre inoubliable avec une femme de 82 ans, atteinte d'une maladie dégénérative, à l'élocution laborieuse, à l'humour ravageur, allant à l'essentiel par économie. Deux beaux moments en particulier, la lecture par son mari (depuis plus de 50 ans; dans un vieux couple, on ne se parle plus, la parole est silencieuse; et traducteur (en anglais) de sa femme), lecture donc de la fin d'Une vie sans fards; et l'hommage de Christiane Taubira, en mars à l'antenne parisienne de Columbia University (voir la vidéo, minutes 18 et +, lien trouvé par Sophia Johnson). J'ai retenu 4 phrases: "grâce à Maryse Condé qui a su les faire exister en tant qu'entité collective à travers des destins singuliers, on sait que les afro-caribéennes sont des femmes imparfaites et en même temps parfaites, qu'elles sont insupportables et en même temps supportables, exténuées et inépuisables, imprévisibles et sachant prévoir le monde."
Dans Le Passage du temps, publié par Les Cahiers de l'Égaré en octobre 2018, Maryse Condé a livré un texte-bilan sur son parcours d'écrivain: Somnambule du soleil, de la lumière à la pénombre. De la lumière à la pénombre, étonnant non ?
J'ai été sensible aussi à la présentation de l'exposition du quai d'Orsay, la représentation du corps noir, visible jusqu'au 21 juillet. Et à celle du mouvement Décolonisons les arts. Pas facile d'être serein sur ce terrain, fort polémique.
Auditorium plein, 300 personnes, ovation, signature (avec un tampon par économie). 
Rencontre inopinée avec Laurent Ghilini qui fut un temps le DRAC de la Guadeloupe après avoir été le directeur du Festival de Martigues puis de la scène nationale de Martigues. Parmi les intervenants, la très engagée Eva Doumbia qui a mis en scène à La Criée, La vie sans fards suivi de Ségou que j'ai vu, spectacle en 3 moments. C'était en mars 2016.
Petit rappel, l'autre Nobel guadeloupéen, Saint-John Perse, est enterré dans la presqu'île de Giens.

 

Remerciement de Maryse Condé pour le prix de la Nouvelle Académie 2018, lu au Mucem

« Je ne sais comment vous remercier. Depuis que vous m'avez attribué ce prix, un gigantesque boucan s'est allumé et me réchauffe entièrement. Je ne parle pas de mon cercle familial qui m'a toujours entourée de son affection et soutenue : mon mari Richard, mes trois filles, Sylvie, Aïcha, Leïla, mes petits-enfants, Raky, Sérina, Maryse, Mounir, Youssouf, et mes deux arrière-petits-enfants qui ne perdent rien pour attendre : bientôt deux pages obligatoires de Maryse Condé chaque jour. Je parle de ces inconnus qui ont lu mes livres ou qui m'ont rencontrée lors de quelques colloques et qui m'ont assaillie d'e-mails, de coups de téléphone, de SMS pour me signifier leur bonheur de me voir choisie et récompensée. Je n'avais jamais rien connu de tel. »

« Accrocher ma charrue à la plus haute étoile »

« Me voilà confortée dans la conviction que j'ai bien fait de suivre cette voie, celle de l'écriture, et comme le dit le proverbe arabe d'accrocher ma charrue à la plus haute étoile. J'ai failli ne jamais devenir un écrivain. Quand j'avais 10 ou 12 ans, une amie de ma mère, institutrice comme elle, m'a offert un livre pour mon anniversaire. Comme elle savait que je connaissais tous les Flaubert, Balzac, Guy de Maupassant, Apollinaire, Rimbaud possibles et imaginables, elle tenait à me faire un cadeau original. L'auteur du livre s'appelait Emily Brontë, l'ouvrage : Les Hauts de Hurlevent. C'était la traduction en français de Wuthering Heights. Le soir venu, je me mise au lit avec ce livre. Dès les premières pages, le miracle se produisit : je fus transportée. Malgré moi, je riais ou j'éclatais en sanglots. De même que l'héroïne Cathy s'exclame : Je suis Heathcliff, de même, j'étais sur le point de m'écrier : Je suis Emily Brontë. On s'étonnera qu'une petite Guadeloupéenne puisse s'identifier si parfaitement avec une Anglaise, fille d'un pasteur protestant, vivant sur les landes du Yorkshire. Mais c'est là la force et la magie de la littérature. Elle ne connaît pas les frontières, c'est un territoire de rêves, d'obsessions, de désirs plus ou moins réalisés qui rapproche les êtres à travers le temps et l'espace et les fait communier ensemble. »

« Les gens comme nous n'écrivent pas »

« C'est le même sentiment que je devais éprouver des années plus tard quand je me rendais au Japon. Les Japonais étaient très différents de moi par leur physique, leur éducation et leur mode de vie. Cependant, il suffisait que l'interprète s'installe et commence à lire la traduction de mes textes pour qu'une vibrante solidarité envahisse la pièce. Le lendemain de ce bouleversement, je courus chez l'amie de ma mère pour la remercier de son cadeau et lui décrire l'effet qu'il avait produit en moi. Naïvement j'ajoutai : Un jour, tu verras, moi aussi j'écrirai et mes livres seront aussi beaux, aussi poignants que celui d'Emily Brontë. Elle me regarda avec stupeur et commisération : Qu'est-ce que tu racontes ? Les gens comme nous n'écrivent pas ! Que voulait-elle dire par cette expression les gens comme nous : les femmes ? les Noirs ? Les originaires d'un petit pays sans importance ? Je ne le saurai jamais exactement. Toujours est-il que cette conversation m'anéantit complètement. Par la suite, je ne pus jamais commencer un livre sans croire que je m'engageais dans une voie interdite. Quand je rédigeais mon adaptation, ma cannibalisation des Hauts de Hurlevent que j'intitulais La Migration des Cœurs, j'eus constamment l'impression de commettre un sacrilège. Aujourd'hui, grâce à ce prix, j'ai l'impression bénéfique d'avoir relevé un triple défi. »

« Richard fut mon oxygène constant »

« Maintenant, je voudrais partager symboliquement ce prix avec mon mari Richard, Richard Philcox. Je sais en cette période de libération et de

combativité féminines, quand une femme parle de l'homme avec qui elle vit depuisun demi-siècle et se vante d'être bien avec lui, elle fait figure d'attardée ou, comme on dit, de ringarde. J'assume entièrement. J'ai d'excellentes raisons de partager symboliquement ce prix avec Richard. D'abord, il est le traducteur en anglais de la plupart de mes livres. Sans lui, mes ouvrages demeureraient confinés dans l'espace francophone. Ils ne seraient pas connus, lus, étudiés dans des pays comme l'Angleterre, l'Afrique du Sud, les États-Unis, l'Australie, l'Inde par exemple. Ensuite, sur un plan plus personnel, ma longue carrière d'écrivain et de militante a été parcourue de périodes de découragement, de doute, de lassitude. Le plus dur, c'étaient les rentrées littéraires quand les Français partagent les prix entre les maisons d'édition qu'ils estiment importantes. Richard était toujours à côté de moi pour me prendre la main, m'aider à survivre, à vivre tout simplement. C'est pourquoi paraphrasant André Breton parlant d'Aimé Césaire qu'il venait de découvrir à Fort-de-France et disant la parole d'Aimé Césaire belle comme l'oxygène naissant, je dirais : Richard fut mon oxygène constant. «

La voix magique de la Guadeloupe

« Je voudrais enfin dédier mon prix à la Guadeloupe. Ma petite terre natale tellement travestie, humiliée, méconnue, et à tous les Guadeloupéens et Guadeloupéennes qui ont voté si massivement pour moi. Croyez-moi, ne prêtez pas attention aux dépliants touristiques qui promettent des vacances à bon marché dans les îles où on parle le français. Il n'est pas facile d'appartenir à cette partie du monde. On peut même se demander si la Guadeloupe est vraiment un pays. La loi en 1946, dite loi d'assimilation, initiée par le député de la Martinique Aimé Césaire, en a fait un département français d'outre-mer (D.O.M.). Je ne suis pas de celles qui vilipendent Aimé Césaire pour son action politique. La beauté de sa poésie m'oblige à tout lui pardonner. Mais avouons que, sur ce point, il s'est lourdement trompé. À cause de lui, les habitants de la Guadeloupe sont devenus des Domiens. Ainsi, je suis une Domienne. Nous n'avons pas de langue. Le créole est un jargon longtemps interdit dans les écoles et il fallut le courage de certains intellectuels pour qu'enfin soit reconnu un Diplôme d'études créoles. Nous n'avons pas, dit-on, de créativité. Nous sommes soit les descendants des esclaves africains, soit les descendants des engagés indiens, soit les descendants des Français. Personne ne pense que nous ayons pu édifier une culture, une civilisation originale basée sur ces différents apports. Il n'y a pas de travail à la Guadeloupe. Le taux de chômage atteint des chiffres records. La population est obligée de s'expatrier, en France principalement, mais on trouve des Guadeloupéens à travers le monde. Ceux qui restent au pays sont souvent réduits à se droguer ou à voler et cette violence commence de se faire jour à travers les lignes des journaux français. J'appartiens à un groupe qui, horrifié par ces maux, a fondé un parti politique. Nous proposons un changement de statut, l'indépendance. Mais la majorité démotivée, n'ayant plus d'espoir en rien, ne nous suit pas et nous menons, je le crains, un combat d'arrière-garde. Aujourd'hui, la Guadeloupe est pratiquement un zombie. On ne parle d'elle qu'au moment des cyclones, de la Route du rhum et lorsqu'un chanteur populaire décide de se faire enterrer à Saint-Barthélemy, une île voisine. Je suis heureuse, je suis fière, profondément fière, d'être celle qui a fait entendre sa voix, une voix qui, malgré ses malheurs, continue de dire non, une voix qui reste forte, qui reste magique. Je vous remercie. »

Somnambule du soleil : de la lumière à la pénombre  

(le début-extrait, paru dans Le Passage du temps, Les Cahiers de l'Égaré, octobre 2018)

Maryse Condé

Quand j’étais petite, comme tous les enfants guadeloupéens, je détestais l’ombre, la « noirceur » comme on l’appelle. C’était le périmètre des soukougnans buveurs de sang, de ti-sapotille, de la bête à Man Hibet dont on entendait le cheval à trois pattes galoper en claudiquant. Après avoir tracé une croix sur mon front, ma mère posait sur la commode de ma chambre une grosse lampe à pétrole. Quand je m’éveillais, le regard de cet œil rougeoyant m’apaisait. Puis je me suis voulue « somnambule du soleil » pour reprendre la belle expression de l’écrivaine cubaine Nivaria Tejera. Je ne partageais pas l’opinion du grand poète martiniquais Aimé Césaire qui pensait que la force tellurique de nos volcans nous anime. Je penchais plutôt pour l’auteur haïtien Jacques-Stephen Alexis dont le roman Compère Général Soleil (1955) m’avait séduite. Oui cet astre lumineux m’avait créée. Il gérait ma vie. Il avait la clef du mystère qui me torturait depuis l’enfance : ma créativité qui se manifestait par des périodes d’hyper-sensibilité que je ne parvenais pas à gérer. Avais-je le goût du mensonge, de la supercherie ou étais-je habitée d’une force que je ne contrôlais pas ? C’est un jour de grand éblouissement lumineux que m’est venue la conscience de ma vocation d’écrivain. J’avais toujours été une petite fille la tête pleine d’histoires, de menteries comme disait sévèrement ma mère. J’inventais des amis entièrement imaginaires, des rencontres, des épisodes de fantaisie. Ce jour-là avec trois petites cousines j’étais partie à la recherche d’icaques, ce fruit multicolore adoré des enfants, pratiquement disparu au jour d’aujourd’hui. Nous avions gravi une butte, un morne comme on dit chez nous. Arrivée à sa tête, je me retournai et la splendeur du paysage m’assaillit. A l’horizon la mer, toujours la mer, bleue et couronnée d’écume. A gauche la chevelure bouclée des bananiers montant à l’assaut du volcan. Un peu partout, les cannes à sucre tigeant vers le ciel. Par-dessus tout cela, la calotte bleue du ciel percée de la fenêtre incandescente du soleil. Je me sentis pleine d’une émotion que je n’avais jamais éprouvée auparavant. J’étais dévorée du désir de reproduire avec des mots et les sonorités du langage autant de beauté, perforer l’âme et les sens. Je crois d’ailleurs que le temps qu’il m’a fallu pour me décider à écrire fut causé par ma peur intérieure : comment remplir le gouffre qui existait entre mes aspirations et le réel ?...

livre pluriel sur le passage du temps, projet photographique et littéraire

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quelques livres de Maryse Condé
quelques livres de Maryse Condé
quelques livres de Maryse Condé
quelques livres de Maryse Condé
quelques livres de Maryse Condé
quelques livres de Maryse Condé

quelques livres de Maryse Condé

UN VOYAGE JUSQU’AU BOUT DES ÂMES

préface de Moni Grego à La faute à la vie, pièce de théâtre de Maryse Condé, Lansman

 

Maryse Condé est une personne qui est comme un album de femmes. En elle, la petite fille de quatre ans, l'adolescente, la jeune fille de vingt ans, l'adulte de trente, la grand-mère... Et tous les âges se feuillettent lorsqu'elle vous parle, au coin d'un sourire, d'un fou rire, d'un froncement de sourcils, d'un grand geste de la main. Visage de marbre, de sable, d'enfant, intact. Maryse Condé a le sens du dialogue, elle s'intéresse à vous, à tout, elle vous enjôle avec sa cuisine sucrée salée, elle vous charme avec son écriture foisonnante, libre, éclairée, agissante. Une écriture pleine d'histoires, car il y a certainement plus de chances de toucher à des vérités en écrivant des histoires plutôt qu'en croyant détenir la vérité. Une écriture tourbillonnante de mouvements, de déplacements, de nomadisme des personnages, de courses des paysages, de friselis du temps. Chez elle tout bouge.

 

          Cette impressionnante et familière auteur est aussi une toute jeune auteur de théâtre."LA FAUTE À LA VIE" dévoile deux personnages de femmes complexes, naïves, graves, drôles, diaboliques... que Maryse Condé façonne avec tendresse et humour, avec colère aussi parfois. Théâtre d'une joyeuse cruauté, son écriture joue avec un langage simple, quotidien dont l'écoute fine révèle une tournure tragique, la mort rôde, elle aussi.... Une noire, une blanche, un pays, ses sonorités, ses enchantements, ses misères... Deux femmes ont aimé et ont été aimées par un même homme. Elles sont amies et ce lien va mettre à jour bien des ressemblances et des différences. Comme deux sœurs elles se chamaillent et s'adorent, chacune jouit ou souffre de son rôle qui, pour être donné comme à jamais, n'est pas sans les encombrer quelquefois. Chien et chat, directes et crues dans leurs dires, elle ouvrent le livre de leur vie, où leur fascination pour la beauté, le courage, le charisme de cet homme nous le montre aussi, par endroits, odieux, lâche, fuyant, menteur. Ce trio infernal nous ramène à la vie, à ses injustices, ses violences, mais aussi, sa générosité, ses saveurs, ses heureuses surprises.

 

          Musicale, l'écriture de Maryse Condé nous chante l'amour et le désamour avec un rythme doux et scandé, un air de tango ou de rumba. La construction de la pièce est architecturée comme un labyrinthe où des énigmes vont nous être confiées, choses sues de tout temps et qui s'entendent uniquement lorsqu'enfin les mots sont là pour les dire... Maryse Condé catalyse des bribes de sa vie personnelle mouvementée. Elle filtre par l'alchimie singulière de ses mises en fiction ce qui, de l'expérience intime, devient ouvrage utile, don à l'universel.

 

          Mémoires et désirs, fêlures et jubilations, son phrasé théâtral ravive nos blessures mais aussi notre capacité à les apaiser. Elle crée une parole mélodique, proche et légère qui nous ouvre de miroitants plaisirs d'écoutes et de visions.

 

          L'énigme est dans les mots, dans l'aveu, elle se dénoue réplique après réplique, face à nous. Comme dans les pièces les plus classiques, l'action est dans le verbe.

 

          Quant aux relations des personnages, elles disent notre modernité. Grâces et tourments de la vie en couple, Clown Blanc et Auguste, bourreau et victime, amour/haine, attraction/répulsion... même si ces ingrédients, comme l'usage, de ci de là, de la langue créole, relèvent nos attentes, c'est dans les virages inattendus, comme des trouées de rêves ou de cauchemars que la magie dramaturgique de Maryse Condé nous bouleverse.

         

          Monter ce texte au théâtre sera la rencontre fructueuse d'hommes et de femmes amoureux de cette écriture et de son auteur. Maryse Condé est une femme franche et mystérieuse, une femme double et entière, il faut au moins cela pour nous guider dans ce voyage, ce très beau voyage que nous commençons, jusqu'au bout des âmes.

 

Moni Grégo.

 

au Mucem, fut évoquée la figure de Jean Léopold Dominique; on comprit qu'il y avait là, une blessure encore vive, 66 ans après, évoquée dans Une vie sans fards, ce qui amena à des correctifs de la part de la fille de Jean Léopold Dominique, journaliste et leader haïtien assassiné le 3 avril 2000.

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Maryse Condé : La vie sans fards, Paris, J.C. Lattès, 2012, 334 p., 19 €.

En plaçant d’entrée ce livre de mémoires sous l’invocation de Jean-Jacques Rousseau et de ses Confessions, Maryse Condé (née en 1937) annonce la couleur. Loin de vouloir dresser pour la postérité une statue à sa gloire, elle livrera aux lecteurs le récit « sans fards » de ses années de jeunesse. Ce livre devrait passionner, au-delà des admirateurs de l’auteure de Ségou (publié en 1984), les Africains, sans parler de tous les Européens ou Antillais qui, comme elle, ont laissé une part d’eux-mêmes sur « le continent ». C’est pourtant en Haïti que ces nouvelles confessions ont fait le plus  de bruit (1) quand il est apparu que le père de Denis, le fils aîné de M. Condé, né en 1956, n’était autre que Jean Dominique (1930-2000), une figure de la résistance contre les Duvalier, coupable d’avoir abandonné Paris et sa jeune maîtresse passionnée lorsqu’il apprit qu’elle était enceinte de ses œuvres. Mais ceci n’est que le premier épisode des frasques sentimentales de la future écrivaine, mariée en 1958 avec le comédien guinéen Mamadou Condé, le père de deux de ses filles, Sylvie-Anne et Leïla, entre lesquelles s’intercale une autre fille, Aïcha, née d’une nouvelle aventure passionnée de M. Condé pour un Haïtien, Jacques V., enfant naturel de François Duvalier (2). On peut difficilement imaginer vie plus romanesque que celle-ci, d’autant que notre héroïne, après avoir quitté sa Guadeloupe natale à 16 ans pour préparer au lycée Fénelon le concours de l’École normale (Sèvres) se détourna rapidement de ce projet. Mère de famille sans ressource, elle eut à peine le temps de confier son fils à l’assistance publique avant qu’un début de tuberculose ne se déclare. Envoyée dans un sanatorium à Vence, c’est là où elle acheva de préparer sa licence de lettres modernes. De retour à Paris, elle tâta de quelques petits boulots, rencontra Condé, l’épousa, se sépara de lui bien qu’à nouveau enceinte, et, après avoir récupéré son fils déjà né, embarqua, enceinte, pour la Côte-d’Ivoire et le collège de Bingerville où elle devait enseigner le français. M. Condé avait d’abord découvert l’Afrique en même temps que son africanité à travers Césaire et les poètes de la négritude. Ce fait n’est certainement pas étranger à sa volonté de s’implanter en Afrique en dépit de toutes les vicissitudes. En dehors quelques interruptions, elle y restera de 1959 à 1973, avec de rares interludes en Europe, ballotée d’un pays à l’autre (Côte-d’Ivoire, Paris, Guinée, Ghana,  Londres, Sénégal), toujours accompagnée de ses quatre enfants, dans des conditions matérielles et psychologiques le plus souvent difficiles, enseignante le plus souvent, parfois journaliste à la radio, ignorant pendant longtemps sa véritable vocation. Quand ces mémoires s’interrompent, l’auteure est en train d’achever son premier livre, Heremakhonon, largement inspiré de sa vie en Guinée (3), qui sera publié en 1976 dans la collection 10/18 par Stanislas Adotevi. M. Condé aura alors quarante-deux ans.

Ces mémoires sont un témoignage de première main sur la Guinée socialiste de Sékou Touré, avec ses pénuries incessantes et son dévoiement progressif en une société à deux vitesses, mais aussi les conversations passionnées entre intellectuels révolutionnaires. M. Condé parfaisait son éducation politique avec des leaders africains comme Mario de Andrade ou Hamilcar Cabral qui fréquentaient un couple d’amis pendant leurs séjours à Conakri ! Le tableau du Ghana également socialiste de Kwame Nkruma montre les Africains-américains qui tiennent le haut du pavé tandis que les grands seigneurs féodaux s’efforcent comme ils peuvent de retenir leurs privilèges ancestraux. M. Condé ne livre pas précisément dans ce livre son opinion sur le socialisme africain mais l’on peut penser qu’elle adhère au discours du romancier guyanais Jan Carey, qu’elle cite, selon lequel l’Afrique ne fonctionnant que sur des différences et des inégalités acceptées, ne peut qu’être réfractaire au socialisme, puisque ce dernier vise l’abolition des privilèges et l’avènement d’une société sans classe (cf. p. 268). 

M. Condé s’explique dans ce livre sur son rapport à Césaire et à Fanon. Le contact prolongé avec l’Afrique ne pouvait laisser indemne la mythologie de la Négritude (4) portée par le poète martiniquais. Quant à Fanon, elle avait commencé par détester Peau noire, Masques blancs au point de se fendre d’une lettre très critique lorsque la revue Esprit en avait publié des « bonnes feuilles ». Cela se passait quand elle était encore lycéenne, mais la lecture des Damnés de la terre, en 1961, alors qu’elle vivait en Afrique depuis déjà deux ans, fit d’elle, de son propre aveu, une « fanonienne convaincue ». Fanon, mort si tôt, avait pourtant déjà lucidement analysé, en effet, par quel processus « les auteurs de la révolution [africaine] en devi[nr]ent peu à peu les fossoyeurs » (p. 128). 

La qualité principale de ce livre, et ce qui le rapproche effectivement des Confessions de Rousseau, c’est sa simplicité et sa sincérité. Les noms de littérateurs célèbres comme Cheik Hamidou Kane, Mariama Bâ, Roger Dorsinville, Guy Tirolien, Daniel Maximin, etc., de cinéastes comme Sambène Ousmane, ou encore de grandes figures politiques comme Julius Nyerere, Che Guevara ou Malcolm X. traversent ce récit sans la moindre apparence de snobisme : simplement, l’auteure nous fait savoir qu’elle s’est trouvée aux bons moments aux bons endroits. Quant à la sincérité,  M. Condé ne se juge pas elle-même mais laisse le soin à d’autres de la juger, sans fausse humilité ni complaisance. Exemple : « Tu sais bien que tu ne seras jamais acceptée par les Africains […] Tu veux rester en Afrique ? Restes-y ! Avec l’intelligence que tu as, tu ne fais que des conneries » (p. 157). Qu’est-ce donc alors que M. Condé a cherché pendant toutes ses années en Afrique ? Une dramaturge ghanéenne se charge de lui donner la réponse : « Une terre faire-valoir qui te permettrait d’être celle que tu rêves d’être. Et sur ce plan, personne ne peut t’aider » (p. 271). 

Case-Pilote, 10 mars 2014, Michel Herland

 

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Derniers fragments d’un long voyage de Christiane Singer

Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Cette note de lecture date du 24 mars 2008 soit un an après le départ à 64 ans d'un cancer de Christiane Singer (1943-2007).

Depuis quelques semaines Christiane Singer est revenue dans ma vie. Sans doute parce que depuis le départ de ma femme, Annie Grosse-Bories, en 1 mois, d'un cancer foudroyant en novembre 2010 à 62 ans (1948-2010), je me suis embarqué dans un cheminement spirituel qui est en même temps un cheminement existentiel. Prenant conscience, en lien avec une question posée par Annie: je sais que je vais passer, où vais-je passer ?, que le passé ne s'efface pas, que donc tout ce qu'on vit, ressent, éprouve, pense, rencontre devient au fur et à mesure notre livre d'éternité, non écrit d'avance, non destiné à un jugement dernier, notre livre singulier, unique en lien avec notre statut ontologique (personne ne naît à ma place, personne ne meurt à ma place), cela m'a amené à écrire L'éternité d'une seconde Bleu Giotto, paru le 29 novembre 2014 et à percevoir différemment le temps, à m'émanciper (retraite le permettant) des contraintes de temps, je ne cours pas à droite, à gauche stressé par le temps qui manque, submergé par tout ce qu'il y a à faire et que je n'ai pas le temps de faire. Je vis le plus possible ici et maintenant, le moment présent, disponible à ce qui s'offre et qui a souvent une apparence minuscule et un surgissement inattendu, une mésange dans les oliviers en face de l'ordinateur sur lequel j'écris ce texte, comme j'accepte que ce moment présent soit rempli de pensées vagabondes et qui me conviennent, pourquoi les chasser; là je suis Montaigne. À la différence peut-être des animaux, nous sommes aussi des êtres pensants, pas seulement bien sûr, donc j'assume et j'accepte le fait d'être "distrait" par des pensées, vagabondes, quand j'essaie d'être centré sur le moment présent par la conscience de respirer (temps de méditation); Montaigne écrit ça très bien: Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. Nature a maternellement observé cela, que les actions qu’elle nous a enjointes pour notre besoin nous fussent aussi voluptueuses, et nous y convie non seulement par la raison, mais aussi par l’appétit : c’est injustice de corrompre ses règles....

Une histoire d'amour, allant d'une déclaration d'amour à une offre de mariage (Christiane Singer a écrit Eloge du mariage, de l'engagement et autres folies) engendrant une rupture brutale et évidemment beaucoup de souffrance (d'où l'écriture toujours en cours de Your last video (porn theater) avec hasard ou non ? une reprise de cette histoire mais toute autre depuis quelques mois, une nouvelle histoire d'amour-d'amitié-d'amitié amoureuse (va démêler !) que je vis comme une chance et un bonheur n'est pas sans effets sur mon cheminement personnel où un Je croise, rencontre un Tu (j'en suis encore au Vous) pour un peut-être Nous.

Des expériences personnelles dont l'apprentissage de la méditation (via Deepak Chopra), une pratique du tango argentin durant trois ans, du qi jong mystérieux de la grande ourse pendant un an, des lectures (Marcel Conche, Deepak Chopra, Christian Bobin, Joseph Delteil, Jean-Yves Leloup, Jacqueline Kellen, Christiane Singer...) m'ont éloigné de l'athéisme, du matérialisme. Je n'ai pas encore tranché comme certains affirmant il n'y a pas de hasard ou affirmant que tout est affaire de hasard, de coïncidences, voire de synchronicités (les hasards nécessaires de Jean-François Vézina). Je n'ai pas encore tranché entre conscience voire pleine conscience (je me méfie de la volonté de puissance, de toute puissance que je sens chez certains) et jeux de et avec l'inconscient (danser avec le chaos de Jean-François Vezina, Alessandro Jodorowski, Jung). Je n'ai pas encore tranché entre Einstein et les quantiques, entre Einstein et Tagore. J'ai participé à un atelier de Transcommunication hypnotique pour voir si je pouvais voyager dans le tunnel et monter dans les étages via la conscience extra-neuronale après mise en veilleuse du mental. Je suis les posts de certains quantiques comme Thierry Zalic, de certains expérimentateurs comme Jean-Marc Terrel ou Daniel Tahl. Un vrai patchwork et sans doute un marché avec des gourous peut-être pas si top que ça (dans les chamans, il y a des charlatans dangereux...) Participer à deux cercles de lecture est aussi un moyen de cheminer, en apprenant à trier, à se méfier... Bref, je chemine en zigs et en zags, un peu au feeling, à l'intuition.

Je pense, je sens que l'essentiel se joue autour de ce qui peut-être se cache, se voile (la Nature aime à se cacher dit Héraclite, Bernard d'Espagnat parle de réel voilé, d'autres parlent de La Présence derrière toute présence, Marcel Conche pense que la Nature créatrice, naturante, est derrière toutes les manifestations de la nature naturée, ce qui apparaît puis disparaît pour céder la place à une autre création-créature, Christiane Singer renvoie à cette citation sans auteur : Un arbre qui tombe fait plus de bruit que toute une forêt qui pousse).

L'effet papillon renvoie à la notion quantique d'intrication, ce qu'Einstein appelait ghostly event, action fantôme à distance; dans un texte que j'ai écrit sous le pseudo d'Henri Aparis, 23 abril 2015, Ghostly events, il y a plein d'effets "bizarres" entre un hacker et un banquier se disputant les fantômes de Cervantes et Shakespeare, morts tous les deux le 23 avril 1616.

Le 14 juillet 2019 a été prise la première photo d'une intrication quantique entre deux photons; en pratique, des scientifiques chinois sont parvenus en 2017 à « téléporter » l’état d’un photon à un autre sur une distance de 1 200 kms kilomètres.

Les liens de vidéos que je donne montrent le côté habité de Christiane Singer.

JCG, 19/11/2019

 
Derniers fragments d’un long voyage
de Christiane Singer  chez Albin Michel (2007)


Voici un récit commencé le 28 août 2006 et terminé 6 mois après, le 1° mars 2007, délai annoncé et prononcé comme un décret par un jeune médecin : Vous avez encore six mois au plus devant vous, avait-il dit à Christiane Singer. Le 4 avril 2007, elle mourait ayant laissé en partage ce récit poignant.
De cette lecture, je retiens surtout que certaines souffrances nous seront toujours étrangères, que devant elles et en présence des personnes qui en sont traversées, il ne faut pas chercher des paroles de réconfort, exhorter à aimer la vie, à ne pas penser à la souffrance, à la mort, toutes attitudes et paroles incongrues, à côté. Mieux vaut le silence, le regard, des gestes, caresses ou une vraie rencontre de quelques minutes, une vraie conversation où c’est le « malade » qui guide le bien portant. Je mets le mot entre guillemets parce que Christiane Singer le récuse. Parler de maladie, c’est se situer dans un registre d’oppositions : maladie, santé qui occulte la réalité, qui sépare ce qui est lié, uni et que nous n’avions jamais envisagé les choses comme cela. L'Unité de ce qui est vécu comme opposés, c'est l'intime conviction de Christiane Singer, sa passion, ce à quoi elle aboutit en fin de vie et cette Unité, cette Présence elle l'appelle aussi Amour.
Que vit le « malade » ? Indéniablement, Christiane Singer a tenté d’être au plus près de ce qu’elle éprouvait et le moins qu’on puisse dire c’est que les repères habituels s’estompent, ne fonctionnent plus et que cette expérience violemment physique est en même temps, une expérience métaphysique où des mots comme « ma vie », « la vie », « la mort », « ma mort » ne sonnent plus pareil .
Je me garderai bien de contester l’expérience de Christiane Singer. Éprise de religions et de pratiques spirituelles, elle a, « grâce » aux cruelles souffrances, accompagnées de rémissions passagères, renoncé à juger, à espérer, à craindre : elle a appris à accepter, à connaître joie et bonheur, à ne pas vivre comme des contraires ce qui nous apparaît tel, à voir la vie à l’œuvre là où nous voyons la mort à l’œuvre, à voir l’amour universel qui baigne tout, qui embrasse tout, qui est plus que reliance, qui est comme la matière, l’esprit de tout ce qui apparaît-disparaît sans qu’on puisse vraiment distinguer le passage. A-t-elle connu une expérience mystique ? Comme pour la « maladie » que je n’ai pas connue, je préfère me taire, n’ayant jamais connu, vécu d’expérience mystique.
Ce récit, sans doute à lire et relire, me permettra, je l’espère, en présence de souffrances terribles, celles d’autrui ( je pense à mon père, je pense à ma mère : ai-je su avoir la modestie, l’humilité devant ce contre quoi on ne peut rien, à part alléger la souffrance et encore), les miennes peut-être un jour, me permettra peut-être d’accepter et de découvrir, d’apprendre comme Christiane Singer, en acceptant l'"épreuve", a découvert et appris et transmis.

JCG, 24/3/2008


 

Christiane Singer est une écrivaine qui au moment de l’annonce de sa mort prochaine, après un cancer, décide d’écrire un journal. Quelques années avant, elle avait déclaré à la radio :

« J’ai écrit un livre sur Les Âges de la vie. J’ai tenté de montrer ces métamorphoses de l’être au cours de la vie. Il est évident que tout cela ne vaut que si l’on a appris en cours d’existence à mourir. Et ces occasions nous sont données si souvent ; toutes les crises, les séparations, et les maladies, et toutes les formes, tout, tout, tout, tout nous invite à apprendre et à laisser derrière nous. La mort ne nous enlèvera que ce que nous avons voulu posséder. Le reste, elle n’a pas de prise sur le reste. Et c’est dans ce dépouillement progressif que se crée une liberté immense, et un espace agrandi, exactement ce qu’on n’avait pas soupçonné. Moi j’ai une confiance immense dans le vieillissement, parce que je dois à cette acceptation de vieillir une ouverture qui est insoupçonnable quand on n’a pas l’audace d’y rentrer. »

C’est sa dernière lettre que nous vous proposons de découvrir. Une lettre poignante d’une femme qui a su, dans la souffrance, découvrir le mystère de la vie. Un bel exemple.

« C’est du fond de mon lit que je vous parle – et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c’est à chacun de vous – à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille.

Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié – et pour toutes ces années de persévérance.

Des grandes initiatives, comme c’est facile d’en avoir ! Mais être capable de les faire durer – durer – ah, ça c’est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon œuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c’est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage.

Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.

Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure.

Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour.

Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous.

On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.

Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige.

Au fond, je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte. Et puis, il y a autre chose encore.

Avec cette capacité d’aimer – qui s’est agrandie vertigineusement – a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent – parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent !

Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille.

Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour. En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.

Alors, ami-es, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous. »

Christiane SINGER

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Trois livres sur la culture: Wallach, Le Glatin, Carasso

Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

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Note de lecture sur La culture, pour qui ? de Jean-Claude Wallach aux éditions de l’attribut

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Ce petit livre de 120 pages qui a pour sous-titre : Essai sur les limites de la démocratisation culturelle, n’est guère engageant par les titres de son sommaire
- prologue : des mots pour nos maux
- premier acte : la démocratisation est-elle soluble dans la culture ?
- deuxième acte : la culture est-elle soluble dans la démocratisation ?
- épilogue : c’est au pied du mur que l’on voit (qu’on voit) le maçon
On se dit : jeux de mots faciles. Il se révèle à la lecture, pas toujours aisée, que les mots pour bien nommer les choses sont définis, étudiés dans leurs origines historiques, dans leurs effets idéologiques, politiques.
D’abord la distinction entre art et culture. Art désignant les critères, procédures, circuits de soutien à la création, de production d’œuvres tendant à l’excellence artistique. J.- C. Wallach montre bien que depuis Malraux, les artistes, autoproclamés, ont su imposer à l’état, l’autonomisation de leurs pratiques, rendant difficile l’évaluation, favorisant un monde de l’art pour l’art, peu soucieux de la rencontre avec les publics et avec les problèmes d’une société en pleine mutation. La notion d’excellence artistique est du plus grand flou artistique, elle est autoréférentielle, n’a pas à se définir, les experts de l’excellence artistique faisant partie du milieu, les professionnels de la profession, légitimant leurs places et celles des artistes dans un grand processus de cooptation où l’innovation, l’émergence de formes et d’artistes nouveaux ont du mal à se faire une place. Il s’agit bien d’une lutte des places. Culture désigne tout ce qui concerne l’aménagement du territoire en équipements culturels, en moyens et  personnels dégagés pour  favoriser la circulation des œuvres, selon la finalité définie par Malraux : permettre l’accès des œuvres au plus grand nombre, exigence ayant entraîné la mise en place de politiques successives de démocratisation culturelle. Sans résultats convaincants malgré un maillage du territoire réussi, des moyens conséquents, les financements croisés qui ont impliqué de plus en plus les collectivités autres que l’état, méprisées, négligées longtemps par les artistes, soucieux avant tout de leur reconnaissance par l’état, garant de leur indépendance, malgré aussi des personnels en nombre et compétents pour faciliter la médiation entre les œuvres et les publics.
Une des explications fournies pour expliquer cet échec est intéressante. Quand Malraux a créé le ministère de la culture, en remplacement des Beaux-Arts, jusqu’alors rattachés à l’éducation nationale, il a séparé ce qui relevait de l’art, des artistes, de leur professionnalisation de ce qui relevait des pratiques amateurs, rattachées à la jeunesse et aux sports. Cela a eu pour conséquences une double tendance au mépris :des professionnels pour les amateurs et des amateurs pour les professionnels, avec repli de chaque milieu sur lui-même.
Or, avec l’apparition des nouvelles technologies, les pratiques amateurs ont considérablement évolué, se sont considérablement diversifiées, avec une autodidaxie importante, court-circuitant les institutions de formation, de sélection, d’habilitation. Pendant que les professionnels vivaient entre eux, en vase clos, sauf aventures exceptionnelles, difficilement reconnues d’ailleurs, les vrais gens s’aventuraient ailleurs, inventant leurs nouveaux territoires de l’art, à définir autrement que le sens donné par un rapport à Michel Dufour en 2001, leurs nouvelles pratiques culturelles que les professionnels disqualifient en les caractérisant de pratiques de consommation culturelle, visant particulièrement l’usage de la télévision.
Tout ce qui est dit sur la diversité des pratiques culturelles aujourd’hui, sur leur individualisation, sur leur ancrage dans la sphère privée, à la maison, avec toutes les conséquences que cela a : dissolution de la notion de goût comme attribut d’un groupe social légitime et légitimant, dissolution des notions d’auteur, de créateur, d’œuvre, dissolution des missions des équipements culturels, dissolution des frontières entre amateurs et professionnels… me conforte dans ce que j’ai proposé depuis plusieurs années et au moment de la présidentielle 2007. Les pistes proposées par J.- C. Wallach pour réconcilier art et culture, artistes et publics, amateurs et professionnels dans la perspective d’une démocratie culturelle bien plus pertinente que la chimérique démocratisation culturelle sont à prendre en considération même si on sent trop le désir de maîtrise de l’avenir, peu compatible avec ce que la complexité du monde introduit d’incertitudes dans le champ social.
Une réjouissance : les exclus de la culture, ceux qui disaient : ce n’est pas pour moi, ceux que les « élites » méprisaient, ayant le dégoût de leurs goûts, tentant d’universaliser les leurs, les déplacés pas à leur place à l’opéra, au concert, au théâtre, au musée, ont développé, non une contre-culture, mais d’autres formes leur permettant de se singulariser, de se situer dans le monde, de s’exprimer, de créer. Belle revanche qui provoque depuis plus de 10 ans maintenant, la crise des institutions culturelles et annonce peut-être la mort de l’art et de la culture « officiels » qui avaient pour but non l’appropriation par le plus grand nombre des chefs d’œuvre mais l’instauration d’une culture « légitime » réservée en fait à une « élite ». Revanche porteuse selon moi d’espoir dans la mesure où, ce qui se passe avec la musicalisation de la société le montre, les vrais gens que les pouvoirs s’efforcent de contrôler, de formater, font la preuve, non de leur résistance, mais de leur capacité à se déplacer, à se déporter ailleurs que là où on veut les situer. Même l’usage de la télé est moins aliéné que ce que les gens de pouvoir s’imaginent, moins aliénant donc. Il semble se passer la même chose avec les images qu’avec la musique : une imaginalisation de la société. Ce retour de et à la sphère privée, ce tour de la sphère privée, ce détour par la sphère privée que cette société s’efforce de réduire au maximum me semble être la meilleure résistance à Big Brother et surtout la meilleure façon pour chacun de devenir cause de soi-même, au sens où Marcel Conche entend cette expression. On devine que je me désintéresse par suite du sort des artistes et de la culture « officielle ».
 
Le 2 août 2007
Jean-Claude Grosse

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Note de lecture sur : Internet, un séisme dans la culture ? de Marc Le Glatin

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Ce 3° opus de la collection La culture en questions des éditions de l’attribut, paru en juin 2007, est d’une grande clarté et facile à lire.
Optimiste, Marc Le Glatin montre avec précision ce que les usages actuels d’internet, leur élargissement, leur approfondissement, s’ils ne sont pas contrecarrés par les intérêts privés de l’industrie culturelle de masse, s’ils sont consolidés par des dispositifs législatifs et juridiques et par des politiques culturelles appropriées, peuvent engendrer comme bouleversements dans la vie de chacun, dans les rapports sociaux, dans les conceptions et représentations du monde, un équivalent de ce que fut la révolution néolithique, bien plus profonde que les révolutions industrielles.
Les obstacles à cette révolution ne manqueront pas. Les majors, productrices de biens culturels de masse, formatés et aliénants, déploient et déploieront tous les moyens pour conserver et consolider leurs privilèges et leurs rentes à travers la gigantesque bataille sur le copyright à connotation féodale et le droit d’auteur à connotation libérale, expressions des droits exclusifs de la propriété intellectuelle. Avec le développement d’internet, les majors qui produisaient des biens culturels matériels, organisant la rareté pour s’assurer la rente, vendant ces biens et services matériels devenant après achat la propriété des consommateurs, sont tentées avec les biens immatériels proposés sur internet de vendre des droits d’accès à ces biens et services, à faire payer chaque transfert d’une œuvre sur un nouveau support, voire chaque fois qu’un internaute la regarde, l’écoute ou la lit, autrement dit à être propriétaires pour l’éternité des œuvres immatérielles circulant sur la Toile. Ce n’est pas un hasard si le temps de  passage dans le domaine public des œuvres est passé de 10 à 70 ans à tel point qu’aucune œuvre audio ou visuelle n’est encore dans le domaine public. Les biens immatériels circulant sur internet ont pour caractéristiques d’être non excluables, l’usage par un internaute de ce bien n’empêchant pas son usage par d’autres, à l’infini, comme c’est le cas avec l’usage des mots de la langue : pas de pénurie, le règne de l’abondance où c’est à chacun selon ses besoins et non à chacun selon ses moyens. Par leurs pratiques de téléchargement gratuit des œuvres, les internautes ont ébranlé les bases du système de rentes et on comprend mieux les enjeux des batailles autour des droits d’auteurs, de la rémunération des auteurs, des artistes et interprètes. Voilà le paravent derrière lequel les majors camouflent leurs appétits. Auteurs, artistes, états jouent leur partition dans ce concert de dupes. L’adoption de la loi DADVSI en juin 2006 a été l’occasion d’apprécier l’inféodation d’un gouvernement, d’un ministre de la culture passé aux oubliettes, d’une majorité de parlement aux intérêts des lobbies de l’industrie culturelle de masse et de quelques artistes contre les intérêts de la plupart des artistes. La France avec Donnedieu de Vabre a opté pour l’impossible répression des internautes, encore protégés par le droit à la copie privée. Ce qui peut émerger de la pratique des internautes, c’est la notion à fonder politiquement, légalement et juridiquement de biens collectifs, communs, non excluables, non rivaux. Cela concerne les biens culturels immatériels, les logiciels libres, les séquences génétiques, les organismes biologiques, les variétés végétales. Avec une telle notion, les pays du Sud auraient quelque chance de devenir des producteurs d’innovations et de développement pour tous.
Cependant la révolution introduite par les usages d’internet ne se limite pas aux effets du téléchargement dit illégal : ébranlement des bases du capitalisme de la rente par une technique et non par une idéologie ; dissolution de la notion de propriété privée et de toutes les notions connexes : auteur, œuvre, créateur, producteur, diffuseur, culture de masse, culture de distinction ; émergence de connivences entre artistes et amateurs ; émergence de nouvelles proximités sur la Toile et sur le territoire ; émergence d’une économie du don et non du profit…
Les pratiques des internautes, avec plus ou moins de maturité, de maîtrise, d’inventivité, de créativité, modifient nos rapports à la connaissance et à l’information : on les cherche, on les produit, on les critique, on les échange, on les partage. Un internaute juge, évalue, compare, confronte, toutes attitudes actives à l’opposé du conditionnement des esprits voulu par les industriels et les communicants.
Les pratiques des internautes renouvellent aussi les circuits de la diffusion culturelle : du haut vers le bas, du un vers tous proposé par l’industrie culturelle comme par la culture de distinction, on passe à une diffusion par réseaux où les extrémités prennent le pas sur le centre. Le système de pair à pair (P2P) est un système de mutualisation et non un système de consommation puisque ce sont les internautes qui téléchargent, échangent les fichiers, les font connaître, les accompagnent de commentaires, en font la critique. Ont été remis en circulation des films, des œuvres, des livres « oubliés » par les industriels. Plus : les internautes interviennent sur les œuvres proposées, les mixent, les revisitent comme le faisaient les créateurs qui n’ont jamais créé ex-nihilo mais à partir d’œuvres antérieures. Plus : des internautes, de nouveaux créateurs proposent des œuvres spécifiques pour le net, le net art.
Les pratiques des internautes bousculent par là même le statut de la création : l’association d’idées, de techniques, processus analogique est devenu un fondement essentiel de la création à l’ère du numérique. Les internautes créatifs, souvent autodidactes, font la pige aux créateurs professionnels : la frontière s’estompe ; on invente l’enfance d’un personnage existant, ses amours secrètes, on modifie la fin d’une histoire ou d’un personnage, on comble les trous, on propose des alternatives à la fin de Roméo et Juliette. Arrivent aussi des œuvres nomades, éphémères, réalisées en un temps très bref, des œuvres évolutives, ouvertes, selon la terminologie d’Umberto Ecco, des œuvres collaboratives, collectives. Sur le net, la créativité naît des interactions entre des internautes qui sont lecteurs, spectateurs, auditeurs et producteurs de textes, d’images et de sons. Par un jeu de détournements et de réappropriations de contenus divers,  chacun mixe, sample, échantillonne, écrit dans un travail jamais achevé d’affinage de soi, de construction de soi, tout en se frottant aux autres, une façon de vivre ensemble séparément et de s’émanciper de la figure paternelle du créateur comme de la figure maternante de la consommation consolante.
Les pratiques des internautes favorisent , dynamisent la diversité culturelle. Dans ce chapitre, Marc Le Glatin montre comment les négociations internationales ont failli donner le pouvoir aux majors, en guerre contre le piratage comme leurs états sont en guerre contre le terrorisme, (ce n’est sûrement pas un hasard), comment les Européens, France en tête, ont su faire fructifier la notion dure d’exception culturelle, avant de fléchir et de la remplacer par celle, sans valeur juridique, de diversité culturelle mais donnant tout de même, avec la convention internationale adoptée à l’Unesco, le 20 octobre 2005 et entrée en vigueur le 18 mars 2007, une base pour contrer les tentatives hégémoniques des Etats-Unis et de leurs industries culturelles qui ont depuis opté pour des accords bilatéraux avec des pays peu capables de leur résister.
L’optimisme de Marc Le Glatin est l’optimisme d’un analyste mais aussi sans doute d’un militant qui croit dur comme fer aux mérites de la démocratie, aux effets positifs des politiques culturelles et éducatives bien orientées, à la justice , justesse de la licence globale pour la rémunération décente des artistes, à l’efficacité des actions citoyennes et à l’inventivité des internautes, à la conjonction des actions d’en bas avec celles des états contre les industries transnationales, basées aux USA.
Ce livre aura des conséquences sur ma façon de gérer les blogs que j’anime, en particulier celui des cahiers de l’égaré ou celui des agoras du Revest. Il n’a donc pas qu’un intérêt informationnel mais a su susciter en moi l’envie de modifier après deux ans de pratique, ma pratique d’internet.
Jean-Claude Grosse, le 7 août 2007.

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Note de lecture sur
Nos enfants ont-ils droit à l’art et à la culture ?
de Jean-Gabriel Carasso
aux éditions de l’attribut

Ce livre de 120 pages est le premier des trois opus sortis par les éditions de l’attribut dans leur série : la culture en questions. C’est celui que j’ai lu en dernier. J’ai déjà rendu compte des deux autres : Internet, un séisme dans la culture ? La culture pour qui ?
Jean-Gabriel Carasso, militant de longue date de la cause de l’éducation artistique à l’école était tout désigné pour écrire un tel livre, véritable plaidoyer en faveur de cette conception de l’éducation, complément indispensable à côté de l’éducation intellectuelle.
Préfacé par Robin Renucci dont on connaît l’engagement pour une culture populaire et non populiste, ce livre fait l’histoire du mouvement pour l’éducation artistique à l’école par une minorité de militants très investis tant chez les enseignants que chez les artistes, analyse les avancées et les reculs, les dispositifs mis en place (PAE, classes à PAC, options au baccalauréat…), la valse-hésitation des ministres de l’éducation nationale, les freins dans les mentalités, les organismes, à tous les niveaux de la « hiérarchie » scolaire, culturelle ou institutionnelle au développement de cette forme encore trop marginale, pourtant essentielle d’éducation car elle est éducation sensible par le faire, par l’expérience, par le projet, élaboré, réalisé, évalué, forme d’éducation par le projet dont on sait qu’elle convient très bien à des élèves en difficulté, dont on ne mesure pas assez qu’elle peut convenir à tout jeune, permettant de sortir l’école des deux maux qui l’accable aujourd’hui : l’ennui et la violence. Voir le livre que j’ai co-écrit : Pour une école du gai savoir aux Cahiers de l’Égaré.
Très bien documenté, très bien argumenté, ce livre ouvre plein de perspectives, propose en fait une vraie politique de l’éducation artistique. Se situant à tous les étages du processus, de la classe aux ministères ou des ministères à l’école en passant par les élèves, les enseignants, les artistes, les directeurs de lieux et d’écoles, les municipalités, communautés d’ agglomération, collectivités territoriales, il pointe les disfonctionnements, les corporatismes, les conflits idéologiques ou d’intérêts, les balancements et valses-hésitations, il propose des solutions, analyse l’existant dans ce qu’il a de meilleur, évalue. Les partenariats, indispensables, sont soumis à critique pour être améliorés. La nécessaire formation des enseignants comme des artistes est définie dans ses buts et modalités. Le souci du respect des fonds publics l’amène à proposer des structures de concertation, de décision empêchant les doublons, les chasses gardées.
Ayant moi-même, en tant qu’enseignant et en tant que directeur bénévole d’un théâtre de village, été très investi dans des projets artistiques, des parcours artistiques et culturels, je n’ai pu qu’apprécier les propositions de Jean-Gabriel Carasso.
Mais je reste pessimiste quant à la généralisation de la pédagogie du projet. Les hommes politiques, à l’image des gens, peureux, consommateurs, le nez dans le guidon, ne sont pas capables selon moi de vouloir que l’école forme des citoyens.
C’est hors de l’école, par des mouvements collectifs, contre telle ou telle mesure, genre CPE ou mieux, mai 68  (mais on a vu ce que sont devenus pas mal de 68tards) que les jeunes, périodiquement, apprennent à devenir citoyens.

8 octobre 2007, Jean-Claude Grosse



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100 livres pour la vie

Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

librairie de Trinity College, librairie d'un monastère catalan
librairie de Trinity College, librairie d'un monastère catalan

librairie de Trinity College, librairie d'un monastère catalan

ce soir, 8 octobre 2019, Message Privé sur ma page FB; un ancien directeur de scène nationale se souvient que j'avais fait paraître une liste de 100 livres pour la vie et me la demande pour un projet en direction de jeunes à l'abandon du côté de Marseille; la liste proposée en 1998 s'adressait aux lycéens; je l'ai reprise dans l'article ci-dessous en 2006 avec de légères modifications; aujourd'hui (2019), je ferais des modifications plus importantes, essentiellement sur les livres scientifiques, j'intègrerais des livres sur les effondrements, Pablo Servigne, Rob Hopkins; Emanuele Coccia sur la vie des plantes; les livres dont je rends compte dans Journal d'un égaré signent mon évolution vers une approche plus holistique, moins cartésienne, moins matérialiste, moins déterministe, plus spirituelle et plus soucieuse du Tout, d'être partie du Tout, d'être Tout en partie. Deepak Chopra a été un déclencheur, aujourd'hui c'est vers un très vieil enseignement (façon de parler, 2000 ans) que je me tourne à travers la parole et les écrits de Jean-Yves Leloup.
sans m'en rendre compte (un sacré point aveugle), j'ai produit en 1998, une liste de 100 livres pour la vie à destination des jeunes; pas un nom de femmes; c'est une faute; merci à Yaelle Antoine d'avoir mis le doigt sur cette faute (à parité m'a-t-elle demandé ?);
pourquoi ai-je occulté les F ? pas impossible que, mon public d'élèves étant composé de garçons à 99%, je fasse choix inconscient (donc limite de mon explication) d'auteurs H; je leur faisais tout de même apprendre par coeur Elle n'était pas d'ici de Cioran pour qu'ils apprennent le respect délicat envers la F
j'invite mes amies FB à proposer 100 livres de femmes qui ont compté, qui comptent; contre la bêtise, la mienne, l'intelligence du coeur; à vos claviers; merci pour toutes et tous
Eva Doumbia, Gaël Octavia, Gerty Dambury, Moni Grégo, Marilyne Brunet, Claire Denieul, Marie Crouail, Sylvie Chastain, Danielle Vioux, Marwil Huguet, Louise Caron, Claude Favre Languesdeguingois, Dominique Perez, Dominique Chryssoulis, Florence Brizio, Soaz Saahli, Nouria Rabeh, Aïdée Bernard, Marie Bernanoce, Marie-do Fréval, Sophie Lannefranque, Gabriel Avec Deux Ailes, Constance Émilie, Chloé Radiguet, Dominique Cozette, Sandrine-Malika Charlemagne, Flore Vasseur, Diane Saurat, Lucie Doublet, Elsa Texier Solal, Anne Pascale Patris, Annie Bergougnous,Michelle Lissillour
depuis 1998, j'ai fait quelques progrès: les livres pluriels des Cahiers de l'Égaré sont à parité (Marilyn après tout, 2012, Diderot pour tout savoir, 2013, Cervantes-Shakespeare, 2015, Le Passage du Temps, 2018), la liste que j'ai conduite aux municipales en 2008 au Revest comptait 12 F, 11 H, liste de démocratie participative; et mon statut de veuf depuis 2010 a fait évoluer ma conception et ma pratique des rôles familiaux plus le développement de ce que j'appelle le féminin en moi sous l'influence d'une femme qui se reconnaîtra.
 
PS : Herve Dornier m'a proposé 4 livres qui ont fait bifurquer sa vie : 
Citadelle, Saint-Exupéry
Ethique, Spinoza 
Délivrez Prométhée, Deshusses
Jamais contre, d'abord : la présence d'un corps, Roustang.
Si vous ne deviez n'en citer que quatre? du genre de ceux qu'on n'a jamais fini de relire pour y puiser l'inspiration? (pour enrichir ma bibliothèque personnelle)

Ma réponse : Montaigne (le livre du passage), La Boétie (contre la servitude volontaire, l'amitié est-elle la réponse au tyran de toute nature même "démocratique" ?), Deepak Chopra (le pouvoir de l'univers est en vous, pour entre autres la rencontre Einstein-Tagore, près de Berlin, le 14 juillet 1930); Marcel Conche (Temps et destin, L'aléatoire)
 
 
                                                                                                                  JCG, le 8 octobre 2019

100 livres pour la vie

 

Je fais remonter cet article de 2004, année de parution de Pour une école du gai savoir réactualisé une première fois, le 15 novembre 2006, en lien avec l'opération Oublie un livre quelque part, initiée par Marie-Rose Hary du Luxembourg, opération qui rassemble déjà 8000 personnes et qui se déroule du 8 septembre au 14 septembre 2014
durant toute la semaine, laisse un livre dans un lieu public (parc, autobus, café, salle de cours…) dans le but de faire un échange de livres à grande échelle. On a tous un livre qu' on aimerait faire découvrir à quelqu'un ou qui ne nous sert plus : un roman, un livre de cours, une bande dessinée, un album, une biographie…peu importe!

le fait de partager un de tes livres te donne le droit d'en prendre un que tu trouveras. Ceci peut être répété autant de fois que tu désires durant la semaine.
Mettre une étiquette sur le livre indiquant (oublie un livre quelque part)

en espérant que cet échange hors de l'ordinaire te fasse faire de belles découvertes
https://www.facebook.com/events/306031709570036/?ref_newsfeed_story_type=regular

et parce qu'un collègue des EAT (Écrivains associés du théâtre) souhaite que nous partagions nos lectures.

Cette liste de 100 livres pour la vie, établie en 1998, était destinée à des jeunes dont on sait qu'ils lisent peu ou qu'ils sont fortement influencés par les médias. C'est vrai aussi de la plupart des lecteurs.

La lecture peut être un vice impuni selon un titre de Valéry Larbaud ou (et) être le miroir interactif de notre formation, élévation. Nos choix de lecture nous font, nous défont. Ce ne sont pas des choix anodins car c'est d'abord du temps, notre seule richesse pour faire quoi de nous. Idem pour la télé, les réseaux sociaux.    JCG

NB : en maigre dans le corpus, mes remarques d'aujourd'hui

En 1998, dans le cadre de la « consultation » de Claude Allègre sur les lycées, j’avais réagi par 5 exercices d’esprit civique et critique, largement diffusés dans le lycée (j’enseignais au lycée technique Rouvière à Toulon et c’était ma dernière année, riche en réalisations puisqu’avec des élèves et quelques collègues nous avons écrit et édité un livre à 2.000 exemplaires : Rouvière, un lycée dans le vent, un beau cadeau de départ ) et par internet, ce qui m’avait donné l’idée d’écrire un livre à partir de ces exercices intitulés : Allègrement, et qui aurait pour titre : Quel « gay sçavoir » pour les lycées du III° millénaire. Le projet aboutit en 2004, avec la parution de : Pour une école du gai savoir, écrit à trois. Un seul exercice a été utilisé pour la construction du livre. Et un des cinq exercices avait consisté à proposer une liste de 100 livres pour la vie, livres dont je souhaitais qu'ils soient offerts à tous les lycéens de France par les mécènes suivants : Crédit Lyonnais pour compenser le trou payé par les contribuables (qui s’en souvient ?), l’ex-JMM (qui s’en souvient ?), l’ex-PDG d’ Alcatel (qui s’en souvient ?), Elf-Aquitaine et Total, des pollueurs aux bénéfices scandaleux, avec l’argent (planqué en Suisse) des pots de vin pour les frégates vendues à Taïwan, Lyonnaise des Eaux et Compagnie Générale des Eaux, exploitants privés de l’eau publique, Lagardère (armement Matra, Hachette et dictionnaires, presse), Dassault (avions civils et militaires, presse).
Cette liste m’ayant été demandée par une enseignante, il y a quelques jours (novembre 2006), je l’ai retrouvée dans mes archives soumises à la critique rongeuse des souris et je la livre sans corrections sauf à la fin.

Pour comprendre l’univers, la vie sur terre à partir d’aujourd’hui et non à partir de la création du monde, de l’homme et de la femme par un dieu improbable, en tout cas qui ne s’est pas manifesté avec évidence à moi, l’évidence étant un des signes possibles de la vérité (la mort de chacun et de tous me paraît évidente, la présence de la nature aussi ):

- Les 3 premières minutes de l’univers par Steven Weinberg - terminales
- Des astres, de la vie et des hommes par Robert Jastrow - terminales
- Les origines de la vie par Joël de Rosnay - terminales
- Quand les poules auront des dents par Stephen Jay Gould - terminales
- Une brève histoire du temps par Stephen Hawking - terminales
- L’évolution des idées en physique par Albert Einstein et Léopold Infeld - terminales
- Éloge de la différence par Albert Jacquard - 2° et 1°
- Le singe, l’Afrique et l’homme par Yves Coppens - 2° et 1°
- Les plantes, leurs amours, leurs problèmes par Jean-Marie Pelt - 2° et 1°
- L’heure de s’enivrer par Hubert Reeves - terminales
aujourd'hui (2006), je mettrais quelques livres sur la physique quantique (David Bohm, Brian Greene), sur les fractales (Benoît Mandelbrot), sur la cybernétique (Norbert Wiener), sur les langues (Claude Hagège), sur le cerveau (Jean-Pierre Changeux)


Pour réfléchir sur les sciences et les techniques :

- Le geste et la parole par André Leroi-Gourhan - terminales
- L’invention de notre monde par François Dagognet - terminales
- De la préhistoire à l’histoire par Gordon Childe - 2° et 1°
- Les découvreurs par Daniel Boorstin - 2° et 1°
- La fin de l’innocence par Bertrand Jordan - terminales
- L’homme mondial par Philippe Engelhard - terminales
aujourd'hui (2006), je mettrais quelques livres ou liens sur internet, les réseaux sociaux, les addictions à certains objets techniques (attention à ce qui se prépare avec les algorithmes qui vont s'intégrer aux appareils du quotidien), évidemment des livres ou liens sur tout ce qui se fait d'alternatif, le million de révolutions tranquilles


Pour interroger les religions, les sagesses, les mystiques :

- Naissance de Dieu, la bible et l’historien par Jean Bottero - terminales
- Lumière sur lumière ou l’Islam créateur par Salah Stétié - terminales
- Entretiens avec les disciples par Confucius - 2° et 1°
- Tao te king , traduit et commenté par Marcel Conche - terminales
- Essais sur le bouddhisme zen par D.T. Susuki - terminales
- Pieds nus sur la terre sacrée par Mac Luhan et Curtis - 2° et 1°
- Les religions d’Afrique noire par L.V. Thomas et R. Luneau - 2° et 1°
(2006) je mettrais Le prophète de Khalil Gébrane et pour des raisons humanistes Pierre Rabhi


Littérature et philosophie mêlées :

- Gilgamesh (la plus vieille épopée connue, venue de Sumer) - 2° et 1°
- Le livre des morts égyptiens - terminales
- L’Iliade et l’Odyssée par Homère - 2° et 1°
- Les tragiques grecs : Eschyle, Sophocle, Euripide - 2° et 1°, pour trouver à quelque part ce diamant : l’attendu ne s’accomplit pas et à l’inattendu, un dieu ouvre la voie.
- Les anté-socratiques : Parménide, Héraclite, Anaximandre, traduits et commentés par Marcel Conche - après la terminale, pour découvrir quelques philosophies de la Nature, complémentaires et non contradictoires, et comprendre que nos conneries qui « détruisent » la Nature ne détruisent que nous-mêmes et que la Nature nous survivra sans s’interroger sur notre commerie (faire comme= devenir con; commerie=connerie)
- La République par Platon - terminales et après, pour quoi ? le mythe de la caverne peut-être !
- Lettres et maximes d’Épicure traduites et commentées par Marcel Conche - après la terminale
- De la nature par Lucrèce (lire : Lucrèce par Marcel Conche) - après la terminale
- Le vin, le vent, la vie par Abû-Nûwas - 2° et 1°, attention à l’abus
- Les quatrains par Omar Khayyam - 2° et 1°, attention à l’abus
- La Divine Comédie par Dante - après la terminale, pour le passage du détroit de Gibraltar par Ulysse qui fut donc le premier découvreur de l’Amérique et ne revint  jamais à Ithaque.
- Les cinq livres par Rabelais - 2° et 1° et toute la vie, pour l’oracle de la dive Bacbuc : in vino veritas. Il ne pouvait en être autrement, le livre s'adressant aux beuveurs trez illustres
- Discours de la servitude volontaire par La Boétie - 2°, 1°, terminales et toute la vie. À apprendre par cœur. Ce texte, écrit à 16 ou 18 ans, serait le texte politique nous permettant de changer et soi et le monde.
- Essais par Montaigne - 1°, terminales et toute la vie, à sauts et à gambades, pour « parce que c’était lui, parce que c’était moi » et « que philosopher, c’est apprendre à mourir »
- Don Quichotte par Cervantes - 2° et 1° et plus si affinités, pour ne pas combattre les moulins à vent d’aujourd’hui.
- Drames, tragédies, comédies et sonnets par Shakespeare - toute la vie, pour tomber sur ce diamant : « la vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre histrion qui se pavane et s’échauffe une heure sur la scène et puis qu’on n’entend plus…une histoire contée par un idiot, pleine de fureur et de bruit et qui ne veut rien dire. »
- Pensées par Pascal - terminales et toute la vie, sauf ce qui concerne l’homme avec dieu, pour quelques pensées bien frappées et pour le pari, chef d’œuvre de fausseté puisque, si je gagne l’infini en pariant qu’il y a une chance que dieu existe, je gagne zéro s’il y a zéro chance et dans les deux cas, je suis marron puisque je n’aurai jamais la preuve si c’est une chance ou zéro, donc j’aurai passé ma vie dans l’illusion.
- Quelques fables de La Fontaine pour quelques morales, « selon que… »
- Cinna par Corneille - 2°; j’ai oublié Racine mais vous y aviez pensé
- Dom Juan par Molière - 1°, pour l’éloge du tabac, discrédité par tous les commentateurs et pourtant clef de la pièce puisque « qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre … avec lui , on apprend à devenir un honnête homme, on en donne à droite et à gauche, on n’attend même pas qu’on nous en demande … »
- Le prince par Machiavel - terminales, le prince ne mérite pas un P, le prince, tout prince
- De la démocratie en Amérique par Alexis de Tocqueville - terminales et plus tard
- Discours sur l’inégalité parmi les hommes par Rousseau - terminales
- Projet de paix perpétuelle et universelle par Kant - terminales
- Guerre et paix par Tolstoï - en cas d’enlèvement et de séquestration de longue durée ; c’est le livre qui a sauvé l’otage Kaufman au Liban
- Les frères Karamazov par Dostoievski - sur le mal absolu, la souffrance des enfants
- Bouvard et Pécuchet - ou la guerre à la bêtise, pour toute la vie
- Ulysse par James Joyce - pour ce diamant, quelque part : « et oui j’ai dit oui je veux bien Oui »
- Drames par Tchekhov - toute la vie
(2006) Beckett trouverait sa place ici


De la poésie et des poètes :

- Oeuvre-Vie par Rimbaud - 2°, 1°, terminales et plus si affinités
- Van Gogh, le suicidé de la société par Artaud - terminales
- L’espace du dedans par Michaux - 2°, 1° et plus
- Vents- Amers par Saint-John Perse - 1° et plus
- Feuillets d’Hypnos –Les Matinaux par René Char - 1° et plus
- Le parti-pris des choses par Francis Ponge - 2°, 1° et plus, pour Rhétorique, à apprendre par coeur
- Poèmes et Lettres par Rilke - 1°, terminales et plus
- Axion Esti par Odysseus Elytis - terminales et plus
- Sol absolu par Lorand Gaspar - 1° et plus
- Tristia par Ossip Mandelstam - 1° et plus
- Lettres à Rilke, Pasternak par Marina Tsvetaeva - 1° et plus
- Chant général par Pablo Neruda - 1° et plus , pensez à quelques romanciers sud-américains : il y en a de considérables ; idem aux Etats-Unis : vous saurez les trouver
(2006) je pense à Whitman (Feuilles d'herbe), et pour les romanciers à Gabriel Garcia Marquez, Jack Kerouac, Henry Miller.

En utilisant le tag notes de lectures sur mes 3 blogs, on verra que mes centres d'intérêt sont variés.


Quelques romans et essais :

- Le procès par Kafka - 1°
- L’homme sans qualités par Robert Musil - terminales
- À la recherche du temps perdu par Marcel Proust - pour la vie mais mieux vaut s’arrêter en route et flâner
- Le livre de l’intranquillité par Fernando Pessoa - pour la vie
- Les derniers jours de l’humanité par Karl Kraus - pour se désillusionner définitivement
- Voyage au bout de la nuit par Céline - pour se désillusionner
- Désert par J.M. G. Le Clézio - à partir de la 2°
- J’accuse par Zola - à partir de la maternelle
- Jaurès, Rallumer tous les soleils par Jean-Pierre Rioux - pour découvrir celui qu’on aurait mieux fait de suivre contre la boucherie de 14-18 et qui fut assassiné pour cela, et qui est d’une grande actualité sur tout un tas de sujets ; vaut Marx et d’autres aux pseudos passés dans la postérité : Lénine, Trotsky
- Discours à l’assemblée par Victor Hugo - pour comparer avec les députés d’aujourd’hui, souvent absents de l’hémicycle.
- La très brève relation de la destruction des Indes par Bartolomé de Las Casas - pour être vacciné contre toute colonisation de la Lune ou de Mars.
- Putain de mort par Michael Herr - pour être vacciné contre la guerre d’hier mais pas celle de demain, parce qu’il y aura toujours des volontaires pour y aller, les chefs d’état, qui ne la font pas, sachant toujours trouver les mots qui mettent en rangs et au pas cadencé les jeunes, avec le soutien de leurs parents. Un certain Prévert a dû écrire un truc, un poème peut-être, là-dessus.
- Si c’est un homme par Primo Lévi - pour comprendre un peu les camps nazis de l’intérieur
- Récits de la Kolyma par Varlam Chalamov - pour comprendre un peu les goulags staliniens de l’intérieur
- Le talon de fer par Jack London - pour comprendre où voudraient nous mener les faucons américains - 2°, 1°, terminales (en italien, faucon se dit falco)
- Dominer le monde ou sauver la planète ? par Noam Chomsky - terminales
- Radieuse aurore par Jack London - ou comment on est joué aux dés par le jeu de la vie, du destin - 2°, 1°, terminales, comme illustration de Temps et destin ou de L’aléatoire de Marcel Conche
- Nous, le peuple des États-Unis …par Howard Zinn - terminales et plus
- La vallée de la lune par Jack London ou la chute d’un couple dans l'enfer d'une grande ville et sa renaissance dans le monde rural - 2°, 1°, terminales
- De la désobéissance civile par Henry David Thoreau - dès le berceau
- Walden ou la vie dans les bois par Henry David Thoreau - dans 50 ans quand le réchauffement climatique aura produit ses effets
- Révolution non-violente par Martin Luther King - 2°, 1°, et plus
- Tous les hommes sont frères par Gandhi - 2°, 1°, et plus
- Le salut est en vous par Tolstoï - 2°, 1°, et plus
- Pour une internationale du genre humain par Raoul Vaneigem - terminales et plus
- Temps et destin par Marcel Conche - après la terminale, avec L’aléatoire, essentiel
- Actualité d’une sagesse tragique par Pilar Sanchez Orozco - après la terminale et pour la vie, une présentation exemplaire de la pensée de Marcel Conche ; excusez-moi si j’insiste mais fréquentant sa pensée depuis 1968, je sais combien elle a compté dans ma vision de la vie, de la mort. Personne ne naît et ne meurt à ma place donc qu’est-ce que je fais de ça ? avec ça ?
- Avertissement aux écoliers et lycéens par Raoul Vaneigem - dès l’école maternelle
- Pour une école du gai savoir par Philippe Granarolo, Jean-Claude Grosse et Laurent Carle - pour les ministres de l’éducation nationale quand ils ont échoué dans leurs réformes.


Ayant comparé à l’époque, ma liste de livres avec la liste des 500 proposée par Phosphore : « la bibliothèque des années-lycée », j’avais à peine trouvé 10 titres en commun. Il est clair que Phosphore et moi, nous sommes à des années-lumière et que nous ne voulons pas le même « type » d’homme.
Cette liste, après beaucoup de réflexions, je l’avais couchée sur le papier, le 14 février 1998, pour les 50 ans de ma femme, que j’ai eue comme élève dans les années « et mourir d’aimer ».
Pour cette version 2006, je n’ai rajouté que quelques titres à la fin.
Je pense que cette liste que je vais mettre sur internet ne rencontrera pas l’écho des maisons d’édition.
J’espère que des jeunes et quelques autres s’en saisiront.


Jean-Claude Grosse
Le 14 février 2006

 

Aujourd'hui en 2014, on a accès aussi à des vidéos ou des podcasts de très grande qualité.

Je donne deux liens pour illustrer:

la causerie d'Étienne Klein sur le temps,

La magie de l'univers en 4 épisodes de Brian Greene.
 

Cher JCG,
"100 livres pour la vie": liste qu'il était bon de ne pas laisser aux souris.
Excellent choix, rien à redire.
Avec toute mon amitié,
Marcel Conche
 
 
100 livres pour la vie
100 livres pour la vie
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