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Les Cahiers de l'Égaré

projet Les Cahiers Culture de la vie

29 Mai 2022 , Rédigé par grossel Publié dans #agora, #bocals agités, #cahiers de l'égaré, #philosophie, #poésie, #écriture

ce ne sera pas un mur, ce sera un four, un chaudron de magma

ce ne sera pas un mur, ce sera un four, un chaudron de magma

Roberto JUARROZ
Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.
- Treizième poésie verticale -
résultat de deux séances d'intelligence collective, le cahier des futurs désirés pour Corsavy
résultat de deux séances d'intelligence collective, le cahier des futurs désirés pour Corsavy

résultat de deux séances d'intelligence collective, le cahier des futurs désirés pour Corsavy

La vie est un outrage à l’immobilité. Et pourtant combien d’astres morts continuent de briller. L’univers insolent ne cesse lui-même de rouler, d’éclater, de s’étendre dans le grand linceul noir d’un vide sourd, glacé et invivable. Trois, quatre, cinq paramètres fondamentaux et ça y’est c’est parti, c’est la course aux espèces, c’est marathon de tous côtés, instinct, adaptation, assaut, foisonnement, rapidité, demain, ailleurs, dévorer, dévorer, bâtir, plein de projets. Toutefois, une seule variable disparait, adieu, c’est l’extinction des feux. 

Je me demande au fond si nous avons bien fait de tant nous agiter. 
J’eusse aimé une espèce très lente calquant le moindre de ses gestes sur une douce éternité. Loris-dormeurs et koalas, hérissons et tortues, l’escargot, sont peut-être les seuls sages et mages de nos bio-diversités. J’oubliais les ermites, stylites, anachorètes, adorables rêveurs et autres inventeurs d'un Temps purement intérieur. 
Oui, j’aurais aimé un Monde de lenteur, de réflexion et de silence où chaque pas aurait conduit vers de paisibles découvertes. Un Monde où sans rien précipiter ni bousculer, comme en lévitation, l’inutile, le léger et sans doute le rire se seraient taillés la part du roi. Un Monde gommant un peu le ridicule et frénétique adage du « croissez et multipliez » qui fait irrémédiablement penser à une horde sérieuse et caricaturale de lièvres mécaniques en rut perpétuel. 
Alain Cadéo (billet du 29 mai à 9 H 36)

Bonjour Jean Claude,

Je te présente rapidement le concept : LES CAHIERS DE LA CULTURE DE LA VIE

Qui peuvent être une autre collection des cahiers de l’égaré. Ce n’est qu’une proposition qui je pense mérite d’être enrichie.

Cette collection d’opuscules parlera de la culture de la vie pour favoriser le bon, le juste, le beau,  l’harmonie, le courage, le sage, le bonheur, l’équité… Je t’adresse un premier exemple avec le dossier joint Pourquoi une économie de précaution ; sujet brulant et d’actualité quand on voit combien nos hommes politiques n’ont pas pris suffisamment de précautions avec l’énergie, l’alimentaire, la géopolitique .. Cette culture de la vie c’est une responsabilité face à la vie qui implique un grand respect de soi, des autres et de la nature ; ce sont ces grandes valeurs qu’il faut encourager pour espérer voir un jour une société plus solidaire et équitable, c'est-à-dire une société altruiste, celle qui explique pourquoi le profit doit être partagé au même titre que le bonheur. Nous sommes convaincus qu’être en face d’une action, d’un concept ou de tout ce qui ne respecte pas ces grandes règles, c’est être forcément dans un face à face avec la culture de la mort, celle que le système dominant nous impose.

Tous ces cahiers seront classés par catégories et doivent contribuer à enrichir la société sur : son équilibre, sa beauté, sa santé et son bien-être, sur l’équitable et son intérêt, l’écologie, l’humanisme, l’importance de la diversité biologique, les loisirs sains, la médecine naturelle…

Les sujets seront très divers, voici quelques exemples sur lesquels les personnes peuvent écrire

 

  1. Une maison bio et économe en énergie
  2. Le bricolage ( les sujets sont nombreux…)
  3. Petit sommaire sur la finance
  4. Diriger son épargne pour agir
  1. La défense de la ruralité
  2. Le sacré c’est quoi ?
  3. Quelle école pour demain
  4. L’apprentissage
  5. L’agriculture biologique son jardin bio
  6. Le patrimoine
  7.  Les métiers d’art
  8.  la spiritualité
  9.  la sexualité
  10.  la justice et les lois
  11.  Le social c’est quoi ?
  12.  les transports
  13.  Pourquoi défendre nos entreprises
  14. les grandes erreurs de la société actuelle
  15. Défense du commerce de proximité
  16.  L’importance des artisans
  17. Défendre nos plus belles réussites
  18. la mondialisation
  19. Cuisiner bon, sain et pas cher
  20. Comment circuler et voyager en dépensant moins
  21. Gagner plus ou dépenser moins ?
  22. Les vacances économiques et écologiques
  23. Faire un marché malin
  24. Protéger le monde dans sa diversité
  25. Intérêt de l’agriculture biologique
  26. L’intérêt de l’agriculture bio dynamique
  27. Ranger, classer c’est économiser
  28. La liberté
  29. L’égalité
  30. La fraternité

Je ne souhaite pas que ces opuscules soient écrits seulement par des professionnels de l’écriture sauf s’ils sont porteurs d’expériences concrètes. Ces cahiers seront des opuscules courts et précis (maximum 40 pages y compris les illustrations) Il faut privilégier et donner la parole à ceux qui sont porteurs d’un vécu qui peut expliquer et défendre la culture de la vie.

Un atelier de corrections sera mis en place pour donner une cohérence au tout. Ils seront vendus là où il y a un centre d’intérêt (conférence ou associations qui traitent un sujet ciblé) ou sur des lieux de grands passages, magasins Cultura, librairies, boutiques d’autoroute avec un support de vente facilement identifiable)

Tous les propos doivent avoir un caractère apolitique et séculier, aucune critique sur les personnes , même la spiritualité peut être abordée à la condition de ne pas faire l’apologie de telle ou telle religion. Il en est de même de la philosophie, je souhaite voir développer plutôt la propre philosophie de l’auteur si cette dernière n’est pas incompatible avec la culture de la vie avec un impératif absolu protéger l’homme et la nature. Bref soutenir une société altruiste et responsable capable de ressusciter cet humanisme que le 20 e siècle a tué. Facilitons la mise en place d’une société altruiste, heureuse et humaniste.

Tous les cahiers de la culture de la vie seront classés dans des sous collections :

 À titre d’exemples, nous pourrions retrouver :

  1. Les cahiers des sciences positives

  1. Les cahiers de la médecine naturelle

  1. Les cahiers du philosophe

  1. Les cahiers du beau et de l’artiste

  1. Les cahiers de l’organisation de la cité

 

  1. Pour une meilleure communication entre les hommes

  1. L’éducation clé de l’avenir

  1. Le travail et le social

La ligne rédactionnelle sera communiquée à chaque auteur qui désire écrire sur sa spécialité, son ou ses expériences afin d’en faire profiter les autres et d’amorcer la spirale du changement. Pour les aider, nous aurons un comité de lecture et de corrections pour rester stricto sensu dans le cadre de la culture de la vie.

Ainsi nous pourrons contribuer par nos actions et nos exemples à faire que le monde reste dans un bon équilibre afin que nous soyons plus nombreux ou plus efficaces que ceux qui sont du côté de la culture de la mort. Je sais que nous ne pourrons pas l’éradiquer complètement.  Mais la culture de la vie peut la contenir aux frontières de l’acceptable.

J’attends tes remarques sur un concept que nous pourrions développer.

Jean Delorme

 

l'entrepreneur Ogena ouvre des voies et deux de ses contributions
l'entrepreneur Ogena ouvre des voies et deux de ses contributions
l'entrepreneur Ogena ouvre des voies et deux de ses contributions

l'entrepreneur Ogena ouvre des voies et deux de ses contributions

c’est une aventure qui me tente

en phase avec ça (Pour une école du Gai savoir, 2004)

 

POUR DES PETITS GUIDES : LES FONDAMENTAUX

Apprendre à chercher, apprendre à situer, à se situer c’est apprendre à aller à l’essentiel d’abord puis à s’immerger dans une époque, un milieu, une œuvre, une théorie, une découverte, une invention, une technique...

Pour transmettre l’essentiel, des petits guides : Les fondamentaux sont nécessaires et suffisants.

On peut prendre pour modèle Les petits guides des éditions AEDIS : L’univers, La Terre, La France, L’évolution des espèces, Les climats, Le paléolithique, Le néolithique... Le corps, Le cerveau... Le moteur à explosion, Le pétrole, L’énergie électrique...

En un petit guide, par pays, on aura sous forme de tableaux avec dates, événements, hommes célèbres, l’histoire des vingt-cinq pays européens, engendrant des livres-gigognes...

Avec ces guides synthétiques, faciles à réactualiser, on va à l’essentiel. Celui qui a un tel petit guide entre les mains (et ils devraient être distribués gratuitement à toutes les familles), le feuillette, accroche ou pas. S’il accroche, il n’hésitera pas à y revenir puis ira vers un livre-gigogne ou consultera un site internet ou écoutera une émission radio...

Ces petits guides : Les fondamentaux sont destinés à l’école primaire et au collège, lieux du savoir commun. Bien sûr, ils ne se suffisent pas à eux- mêmes. Ils sont faits pour susciter des questions, des étonnements, des recherches, des approfondissements, des exercices, des pratiques...

J’imagine aussi des guides de sagesse, à base d’aphorismes, de petits contes... Ils peuvent être plus utiles que toute une panoplie de thérapies ou une pharmacopée de tranquillisants.

Si quelques-uns de ces petits guides n’existent pas, tu te les fabriques toi-même. Savoir chercher pour savoir se situer, savoir faire, savoir être.

JEAN-CLAUDE GROSSE

 

POUR UNE UTILISATION À GRANDE ÉCHELLE DES MÉDIAS

À côté des trente guides, Les fondamentaux, distribués gratuitement à toutes les familles : la bibliothèque de base ou la bibliothèque du savoir commun (il faut aussi un dictionnaire au moins par famille), l’école, du primaire au lycée, fera le plus grand usage des médias qui permettent des regroupements très variés.

Une vidéo-conférence sur grand écran peut être montrée à deux cents-trois cents jeunes en même temps dans un amphithéâtre ou un auditorium. Idem pour un film de cinéma, une émission de télévision scolaire.

Une émission de radio scolaire : théâtre radiophonique, roman-poésie lus à voix haute, questions sur l’actualité, le téléphone sonne... rassemblera plutôt une dizaine de jeunes.

L’ordinateur sera à usage individuel ou duel. Les CD, DVD scolaires seront à usage collectif ou individuel.

Il s’agit, avec tous ces médias, faisant appel aux meilleurs spécialistes-vulgarisateurs, aux meilleurs journalistes, aux meilleurs artistes..., de mettre les jeunes en relation quasi-directe avec l’excellence, avec l’excellence vivante (il est important que les jeunes puissent poser des questions en direct), avec l’excellence modeste, interrogative... Les excellents n’étant pas nombreux, ils produiront à l’usage de tous, les un-deux-trois objets (film, interview, expérience...) largement diffusés ensuite.

Même en philosophie, on n’hésitera pas à utiliser de tels médias en mettant en jeu de grands philosophes vivants, des artistes pour interpréter des dialogues de Platon, de grands lecteurs pour faire entendre Montaigne, Lucrèce, Épicure...

Pour compléter ce dispositif, une liste de 100 livres pour la vie, de 50 disques pour la vie, de 30 films pour la vie, de 100 chefs-d’œuvre pour la vie, de 100 poèmes pour la vie sera proposée.

En sachant que les textes formateurs, les œuvres formatrices sont pour chacun, en très petit nombre. On comprend à ce propos que, sauf cas unique, cent pour cent des titres publiés aujourd’hui par des auteurs et penseurs vivants n’ont pas de fonction formatrice. On trouvera dans ce livre, la plupart des textes ayant contribué à ma formation au sens de Montaigne : « le gain de notre étude, c’est en être devenu meilleur et plus sage ».

Montaigne fit graver cinquante-sept sentences dans sa librairie. Marcel Conche s’est forgé trente-cinq convictions vécues.

Pierre Hadot nourrit son sentiment de l’existence – sentiment cosmique – avec quinze pensées.

En sachant enfin que les grands penseurs, auteurs, créateurs... construisent leur œuvre sur une idée, une intuition, une trouvaille.

JEAN-CLAUDE GROSSE 

les marchands de greenwashing

les marchands de greenwashing

Tu as parfaitement compris le sens de ces cahiers. Immédiatement, tu as enrichi l’idée. Nous pourrons faire une première réunion quelques jours après les élections législatives, suffisamment de jours après pour que nous ne soyons pas impactés par les résultats. Notre idée va au-delà de la politique. Tu peux à cette réunion convoquer qui tu veux, cette idée leur appartient déjà.  Nous parlerons ensemble avec une intelligence collective. La force des uns ne pourra que donner de l’élan à nos faiblesses et insuffisances. Ce sera l’oeuvre de tous, des intellectuels et des manuels, des théoriciens et des savants aussi bien que celui qui crie son savoir sans être entendu. Le faible donnera la main au fort pour qu’il n’abandonne pas en chemin… bref une bande de copains ou l’imbécile d’hier nous apprendra qu’il n’avait pas tout à fait tord, que tout ça, c’est une question de vie, de bonheur, une histoire de temps où les mensonges lentement se transformeront en vérités, car ils ne sont jamais tout à fait l’un ou l’autre. Puis une fois l’affaire lancée, même un petit peu, je vous apprendrai modestement à vendre cette idée à plus fort plus puissants à des riches stériles à qui nous apprendrons à sortir de la culture de la mort pour être heureux avec nous en embrassant la culture de la vie et du bonheur, la seule qui vaille.

Je te laisse le soin de l’annoncer à ceux qui peuvent nous aider.

Jean Delorme

camisole ou ange ?

camisole ou ange ?

je souhaite lancer une agora préparatoire au 1° salon des écrivains organisée par Les Cahiers de l'Égaré lors des journées du patrimoine, 17 ou (et) 18 septembre 2022, au Revest, en partenariat avec la municipalité avec en prévision des prix attribués par les écrivains à des textes écrits en amont par des enfants et jeunes du village
dans mon esprit, fêter les écrivains est très différent de fêter les livres
l'objet livre entre dans une chaîne, sorte de passage obligé, de l'écrivain peut-être déjà sous contrat exclusif (de plus en plus de gens écrivent, veulent être publiés) au lecteur via un imprimeur qui se fournit en papiers de qualités très diverses nécessitant des coupes d'arbres vivants par millions, un éditeur (ça va du petit éditeur au groupe tentaculaire), un diffuseur-distributeur, des librairies et plateformes, des offices, des référencements, des palmarès de meilleures ventes, des coups de coeur de libraires, des salons et fêtes du livre, des prix et récompenses divers, des émissions radios et télés, des prescripteurs, des critiques de presse écrite, radio, des blogueurs-influenceurs, des agents littéraires, des syndicats du livre (le SNL, l'autre livre), des organismes de perception des droits d'auteur, des législations concernant les contrats de droits d'auteurs et droits de suite...
les auteurs "médiatisés" vont de salon en fête, de fête en salon, tous frais payés; ils peuvent y passer l'année ou sombrer comme Jean Carrière (L'épervier de Maheux, Le prix d'un Goncourt)
les auteurs autres se grattent la tête : comment se vendre ? souvent ils se morfondent dans les allées des fêtes et salons mais ne peuvent s'en passer
avec les réseaux sociaux et l'édition numérique, on voit se développer comme chez les musiciens, une chaîne de nature différente où l'auteur se prend en charge, s'auto-édite en epub ou papier ou les deux, se promeut, se diffuse, affirme sa singularité, son unicité même, refuse le droit d'auteur, s'édite en creative commons; certains arrivent à des chiffres dépassant les auteurs du secteur professionnel; la plupart stagnent
je propose ce texte de Thierry Zalic et J.M.G. Le Clézio comme amorce à cette agora qui pourrait déboucher sur une formule originale de rencontre avec le corps et la voix de l'écrivain libre de se libérer de la chaîne du livre;
peut-être une fête des manuscrits en cours, à venir, oubliés au fond d'une caisse...
utiliser les commentaires pour proposer, critiquer...
À L’INTÉRIEUR DE… C’EST À L’EXTÉRIEUR DE...
- Je te demande de te taire !
Arrive l’instant où tu es fortement invité à ne pas parler, et tu cèdes. Tu te tais.
Au départ c’est presque douloureux. Ça demande un effort.
Tu veux t’exprimer, dire toute la folie de tes bêtises. Tu te dis que tu vas tenir vingt secondes, puis une minute, et deux minutes c’est vraiment très long… et à un moment ça cède, le temps disparaît, tu entres à l’intérieur du temps. Tu ne sais plus depuis combien tu ne parles pas et tu t’en moques. Tu ne comptes plus. Tu es.
Tu as atteint le pays où on ne parle pas. C’est un pays bizarre parce qu’il n’est pas loin du tout.
Es-tu adulte, enfant ? Tu ne sais plus. Les deux dans un même corps qui est terminé et en construction.
Pour y arriver, il t’a fallu traverser le pays où l’on parle. Tu es encore dans ta traversée. Tu marches dans les rues au milieu de tous les bruits qui résonnent et qui font mal et puis petit à petit les bruits se mettent à se battre les uns contre les autres, ils s’annulent.
Quand tu as traversé et que tu es de l’autre côté c’est bien, c’est vraiment bien. Les bruits des mots se sont retournés, et il n’y a plus que le silence. C’est comme si beaucoup de neige avait recouvert les rues et les trottoirs.
Le pays où l’on ne parle pas est à l’intérieur du pays où l’on parle, là où les phrases finissent toujours mal, où elles cherchent à crocher tes pieds, à creuser un trou dans ton ventre.
Dans ce pays c’est différent. Les gens y sont muets mais ça ne veut pas dire qu’ils ne savent pas parler.
Au contraire, ils se parlent bien mieux qu’avec des mots et des phrases. Ils sont comme les fourmis qui courent sur les lianes tout le temps. Ils se rencontrent, ils se disent des choses, seulement voilà, on ne les entend pas. Rien que des signes provisoires, rapides, rapides, et on va plus vite qu’eux. On est déjà de l’autre côté de ce qu’ils ont dit. On court comme la lumière.
Il n’y a rien à comprendre au fond, alors, tu es libre. Les gens n’ont plus d’âge, ils sont comme avant la naissance, ils sont comme ils sont, sans penser.
Auparavant la pensée était faite avec des bruits. Les idées, ce n'est pas la même chose. Les images sont rapides et électriques. Ce pays va de plus en plus loin de l'autre côté des pays bavards et chaque mot qui reste est une pierre.
Que s’est-il passé ? Le monde s’est déplacé de quelques centimètres et tu as ainsi franchi la frontière. Désormais, quand tu cours, tu glisses simplement entre les herbes, on n’aperçoit même pas le mouvement de tes jambes.
Tu n’es pas loin, tu glisses sous l’emballage du monde à quelques millimètres à peine des encombrements.
C’est désormais ici ton pays. C’est celui que tu habites vraiment quand tu veux. Quand les mots et les questions des autres pays t’ont laissé, tu y es caché. Tu ne veux pas que l’on t’atteigne.
Chaque fois que tu pars pour le pays où l’on ne parle pas, tu laisses un vide dans ton pays que tu as quitté.
C’est ainsi.
Si certains t’appellent et pourquoi, et qui appellent-ils ? Leurs mots, leurs cris, restent comme derrière une vitre froide.
Tu es le Maître ou la Maîtresse de ton retour, ou non.
Et même si tu reviens tu auras enfin une nouvelle qualité, d’être là ou de ne pas y être, mieux, d’être là et de ne pas y être.
Une partie là, une partie dans la ville sans mots, auprès des gens sans paroles, dans le centre du pays sans bruits.
Texte : Thierry Zalic et JMG Le Clézio
"Selon les chamans toltèques, il y a deux sortes d’hommes sur terre : ceux qui prennent le temps de s’interroger sur les gens et sur le sens de l’univers et de se demander qui ils sont et ce qu’ils font là, des hommes que les réponses toutes faites proposées par la société dans laquelle ils vivent ne satisfont pas et qui vont faire de ces deux questions le fondement d’une vie nouvelle, imprégnée d’un irrésistible parfum de liberté. Et puis il y a les autres, ceux qui, riches ou pauvres, cultivés ou non se seront très tôt laissés hypnotiser par le brouhaha, les nécessités et les mirages de la vie quotidienne au point de ne jamais trouver le temps de se poser ce genre de questions, les trouvant inutiles ou même absurdes, une attitude et un choix que les chamans appellent « succomber à l’hypnose socialitaire ».
Aventuriers de l’esprit, les premiers, s’ils persévèrent ont une chance de devenir les créateurs de leur vie, portés par l’énergie du mystère de l’existence parce qu’ils l’auront regardé en face et accepté. Les seconds vivront le plus souvent dans le conformisme de leur époque, serviteurs du système en place, tournant le dos à l’inexpliqué et, par là, à eux-mêmes.
Le monde est en effet le miroir que chaque individu perçoit, une projection de soi, un processus circulaire que les chamans appellent « l’anneau de pouvoir ».
Comme le miroir, le monde ne nous renvoie que la représentation qu’en fabriquent nos perceptions personnelles, nos croyances et nos humeurs. Le vrai pouvoir de changer les choses se découvre et s’exerce à l’intérieur de soi, sur l’intérieur de soi.
Tous les psychothérapeutes dignes de ce nom et tous les chamans pratiquant la guérison spirituelle depuis de longues années sont amenés un jour ou l’autre à se demander pourquoi il est si difficile pour l’être humain de changer des croyances ou des comportements qui sont pourtant, à l’évidence, la cause de tant de souffrances, de mal-être et même de graves maladies. Mais il leur suffit de se rappeler combien de mémoires ancestrales, prénatales, familiales, éducatives et socialitaires ont façonné leur personnalité pour avoir la réponse : l’homme est littéralement et jusqu’au plus profond de ses cellules infiltré de programmations d’ordre karmique, culturel et affectif qui sont autant d’obstacles à tout changement.
Travailler sur soi devient ainsi le seul espoir pour l’homme de se libérer et de devenir celui que, tout au fond de lui, son nagual lui murmure qu’il peut être. Il est bien placé pour cela puisqu’en lui résident tous les changements et les potentiels créatifs de l’univers !
« L’homme ne naît pas libre mais il est libre de se libérer ».
C’est donc pour lui à la fois une chance extraordinaire d’en avoir un jour le désir et sa plus grande responsabilité.
Les sages taoïstes désignent le travail sur soi par l’expression « chevaucher le tigre ». Le tigre représente à leurs yeux cette force irrépressible qui fait mourir et renaître en permanence tous les êtres.
En travaillant sur soi, on ose affronter au lieu de fuir, on bondit sur son dos, on l’enfourche et on se fond dans sa force pour mieux orienter celle-ci pendant que s’éveille peu à peu la conscience de notre identité avec lui."
Paul Degryse, sur you tube
Image : camisole ou ange, Elena Marcu

Ce naïf que fut Marcel Conche

Je me souviens très bien de ma première rencontre avec Marcel Conche. Ce qui l’a caractérisée, c’était non seulement la gentillesse avec laquelle il me reçût, mais aussi l’intérêt qu’il accordait à votre personne.

Ce jour, je venais lui demander la dédicace d’un de ses livres, il voulut savoir pour quelle raison je m’intéressais à la philosophie. Je lui expliquais que ce n’était pas pour moi, mais que je souhaitais offrir ce livre pour l’anniversaire d’un ami qui avait découvert sa philosophie avec beaucoup d’intérêt.

Mais vous, me demanda-t-il, que pensez-vous de la philosophie ?

Peu habitué à ce genre de questions, surtout posées par l’un de ses plus éminents spécialistes, je préférais botter en touche.

- Euh, moi je m’intéresse plutôt au bouddhisme.

- Ah ! me fit-il, je ne connais pas cette religion, et vous en pensez quoi ? Il se gardait bien de me dire qu’il avait écrit un ouvrage intitulé « Nietzche et le bouddhisme ».

Je ne pouvais à nouveau échapper à la question et je fis appel à mes dernières lectures qui étaient relativement fraîches, car l’apprenti bouddhiste, que j’étais, avait été accroché par le sourire irrésistible du Dalaï-Lama qui était en couverture d’un livre censé parler du bonheur.

Néanmoins méfiant, je ne me lançais pas dans de longues explications et je m’en tins à l’essentiel.

Je lui parlais de la douleur perpétuelle compagne de nos vies, et qu’aucune félicité n’est durable, ça j’étais sûr de mon coup, que cette douleur naît de la «soif» de vivre, des désirs et des passions qui font naître la convoitise, la jalousie, la haine et l'erreur. Jusque-là j’étais en phase totale avec le bouddhisme tout autant qu’avec le principe de causalité qui explique qu’en supprimant la cause, on annule son effet ; lorsque j’avançais cela à cette époque, j’en étais certain. Mais j’appris, grâce à Marcel Conche, qu’il faut s’apprêter parfois à changer nos convictions. Ceci ne manqua pas d’arriver avec le principe de causalité. Je découvrais qu’il n’était vrai qu’en apparence ; et qu’en supprimant la cause, on n’annule pas toujours les effets, mais, bien au contraire, que les effets eux- mêmes étaient générateur d’autres causes. Depuis je m’intéresse plus au principe du tao avec le Yin et le yang qui ont plus satisfait mon goût de la vérité, car, en éteignant les désirs, on n’annihile pas totalement la souffrance, il reste toujours un peu de Yin dans le Yang ; ainsi renaissent d’autres souffrances. C’est sans doute pour cette raison que je me suis arrêté en chemin et que je ne pourrais jamais parler de la quatrième vérité, qui est la «Voie des huit vertus» qui conduit au Nirvana des bouddhistes. Cependant, je n’arrêtais pas totalement mes recherches, Marcel Conche prit le relais de mon éducation spirituelle. Il m’enseigna les principes d’Épicure qui me convenaient mieux, il ne conseillait pas d’éteindre en nous toute cette soif de vivre, mais de s’en tenir aux désirs essentiels. J’interprétais ce conseil à ma manière en agrémentant parfois mes repas avec un petit verre de vin que je trouve essentiel pour border ma vie avec le bonheur avec qui j’ai décidé depuis longtemps d’entretenir de bonnes relations, car, à ce jour, je ne vois pas en quoi il y a quelque chose d’intelligent à ne pas vouloir être heureux.

 

C’est en me questionnant avec cette naïveté socratique, ce que faisait souvent Marcel Conche, qu’il ouvrit en moi une curiosité philosophique qui depuis ne m’a jamais quittée. C’est ainsi qu’il interrogeait le monde et les hommes avec cette fausse naïveté qui lui permettait de mieux vous analyser et ci-besoin était de vous placer en face de vos incohérences. Des amis qui souhaitaient le rencontrer s’en souviennent encore.

Durant des dizaines d’années, j’allais avoir l’honneur de recevoir les leçons particulières de ce grand professeur qu’il fut également. Il ne me posait que des questions auxquelles j’étais capable de répondre. Il ne chercha à aucun moment à me mettre en difficulté, mais sans m’en rendre compte il me fit progresser sur la voie de la réflexion. Je l’en remercie encore, il fut mon véritable père et mon guide dans la vie. Je gardais du bouddhisme ce qui me semblait bon au même titre que chez les philosophes Grecs comme Héraclite avec l’impermanence et la sobriété d’Épicure. En soulignant naïvement, les limites de mon discours il m’accompagna vers le scepticisme. C’est ainsi qu’il m’offrit mon premier burin avec un marteau pour que je puisse effacer, si le besoin s’en faisait sentir, certaines de mes convictions que je croyais gravées dans le marbre. Depuis je me sens plus léger donc libre. C’est ainsi qu’il m’aida à découvrir d’autres facettes d’une vie éternellement changeante. Il me prépara à aimer ce monde plongé au cœur d’une nature merveilleuse. Pour appréhender tout ceci sans doute comprit-il très tôt qu’il fallait mieux être ce Candide de Voltaire. Parfois, dans nos conversations, j’avais l’impression que nous n’étions que deux grands enfants naïfs, mais pas crédules pour autant.

Cette naïveté que j’ai partagée avec lui, celle que Georges Sand attribuait à son personnage qu’était Planet : «   naïf comme un enfant , avec un esprit pénétrant et une finesse déliée », ne pouvait que nous tenir à l’écart de tous ceux qui n’avaient que des certitudes. Aujourd’hui il en est toujours ainsi avec ceux qui nous promettent le bonheur avec une croissance infinie de l’avoir, dussent-ils oublier l’être, l’humanisme et l’environnement. Ils sont si éloignés des conseils de Maître Eckart qui conseille d’être vide de notre propre connaissance, non pas d’oublier ce que nous savons, mais d’avoir une sorte d’innocence, pas loin de la naïveté qui nous prépare à une disponibilité de l’esprit pour mieux nous imprégner des choses ; ce qui est indispensable, car, celui qui ne comprend pas le problème ne trouvera jamais la solution. Alors comprenons-nous bien le sens et la possibilité d’un développement durable, ou sommes-nous simplement dans le développement durable de nos erreurs ?

Notre société est en face de deux points de vue radicalement différents. Ce sont des contraires et ces derniers sont indissociables comme nous l’a enseigné Héraclite. Mais œuvrer pour l’un ou pour l’autre, ceci aura des conséquences radicalement différentes.

Nous avons un premier groupe, qui sous l’impulsion des femmes

( majoritairement) se développe rapidement, car elles sont animées par la force de ceux qui savent, comme les Grecs et les bouddhistes, qu’aucune félicité n’est durable. Si ces naïves arrivent à faire des choses qui semblent impossibles pour beaucoup, c’est qu’elles sont propulsées par la culture de la vie qui fait si souvent défaut aux hommes ; ces derniers sont essentiellement manipulés par la culture du face à face, que j’appelle par ailleurs, la culture de la mort. Ces ignorants se croient autorisés à traiter ces dernières de naïves ou de rêveuses plus ou moins utopistes. Puis, pour bien enfoncer le clou, du haut d’un prétendu savoir, ils leur expliquent que le monde ce n’est pas ça, qu’elles ne comprennent rien aux affaires, à l’économie et à la politique ; que les choix qu’elles proposent ne sont que des choix fictifs, sans fondement sérieux en dehors d’un petit cercle de rêveurs plus ou moins naïfs comme elles.

C’est là qu’une femme plus hardie que les autres prit la parole :


- Cher Monsieur, vous et vos amis tous tellement persuadés d’avoir raison je vous signale que « Fictif » ne signifie pas forcément « impossible ». J’en veux pour preuve que le papier-monnaie, que vous vénérez tant, n’a qu’une valeur fictive, pourtant c’est le moteur du monde que vous prétendez nous imposer et qui aujourd’hui ressemble à un cauchemar.

 

Je vois bien qu’avec votre sourire narquois, vous souhaitez nous envoyer sur l’ile d’Utopia, ce vieux pays imaginaire où les habitants sont gouvernés d’une manière idéale et sont parfaitement heureux. Ne vous y trompez pas ce pays qu’est l’Utopia dont nous parle Thomas More ce philosophe humaniste anglais existe bel et bien, ce sont toutes mes sœurs et mes frères, ces entrepreneurs du sens, qui chaque jour lui donne vie en mettant en place non seulement une économie de précaution, mais aussi des moulins à bonheur.

Nous sommes les nouveaux résistants face à la dystopie que vous installez un peu partout et dont la dernière guerre en Ukraine n’est qu’un pâle reflet de ce qui malheureusement arrivera ailleurs. Votre économie mondialisée est devenue une économie hégémonique. Puis comme toutes les hégémonies, elle ne pouvait que devenir despotique en détruisant les hommes et leur environnement. Une dystopie ce n’est plus simplement une fiction terrifiante, mais c’est devenu une réalité avec cette économie mise en place par ceux qui sont persuadés d’être les maîtres du monde. Il sera de plus en plus difficile de leur échapper, car ils entendent tout dominer et exercer une autorité totale sur leurs consommateurs qui se prennent encore pour des citoyens qui peuvent exercer leur libre arbitre. Espérons qu’il n’est pas trop tard pour choisir son camp, Utopie contre Dystopie, croissance contre bonheur.

Marcel nous avait prévenus

Jean Delorme

(ce texte aurait été lu à la soirée Marcel Conche du 9 avril si Jean Delorme avait pu y venir mais de nuit et de loin c'est peu prudent)

 

 

 

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