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Les Cahiers de l'Égaré

Journal d'un égaré/JC Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #jean-claude grosse, #notes de lecture

j'ai oublié de ranger ma bibliothèque; où ai-je égaré mon Journal d'un égaré ? le sommaire du Journal d'un égaré, 43 entrées sans N° de page pour apprendre à se sortir peut-être du labyrinthe
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Journal d'un égaré

Jean-Claude Grosse

Un livre de 315 pages, collection Les Grands Solitaires, édité par Les Promeneurs solitaires, éditeur à Toulon.

Le livre est disponible sur commande en librairie ou sur les plate-formes de vente en ligne (via Soleils diffusion, 23 rue de Fleurus, 75006 Paris, 01 45 48 84 62)

C'est à la demande de l'éditeur, lecteur de mes blogs, que ce livre a vu le jour. Circuler dans 3 blogs, 775 articles et pages mis en ligne depuis octobre 2002 m'a demandé quelques semaines de travail, un nettoyage de printemps (suppression d'articles jugés obsolètes). Proposer 43 entrées au gré des intérêts de chacun, chacun pouvant trouver son chemin propre, en ce sens que le sommaire n'est pas le résultat d'une logique flagrante. Passer du dit de la petite pierre tirée de la mer au dit des dunes de l'erg Cherbi à Merzouga ou l'inverse relève de la curiosité géographique ou poétique ou métaphysique de l'auteur comme du lecteur. Comprenant de nombreuses notes de lecture, ce Journal suit en partie le parcours intellectuel et spirituel de l'auteur. Marcel Conche occupe une place importante dans ce parcours. Deepak Chopra est venu ouvrir de nouvelles perspectives. Aujourd'hui mais il n'est pas présent dans le Journal, il y aurait Jean-Yves Leloup.

Ce livre est toujours disponible, à mettre entre les mains des lecteurs qui cherchent, sachant que si on trouve, c'est ce qu'on trouve qui nous a trouvé.

39
Quel « gay scavoir » pour le 3° millénaire ? 

Paradoxalement je dirai qu’il y a surtout à désapprendre. Désapprendre les facilités. À titre d’exemple : les modes. Du jean au blouson, de la casquette aux baskets, c’est si facile d’être un visage pâle, mâcheur de chewing-­gum, buveur de coca, fumeur de Marlboro, bouffeur de hamburger, voyeur de Titanic, m’as-­tu vu en booster, m’as­-tu écouté en portable, tatooé, branché, connecté. Les réussites des requins se fondent sur les modes à succès, suivies par le grand nombre. Déserte le Mondial et son hystérie. Débranche allègrement ta télé. Noircis allègrement une dent blanche sur trente-­deux du top model de l’affiche 4 x 3 vantant le 4 x 4 esquinteur d’espaces. Allègrement, invente tes irrespects, tes refus, tes désobéissances, tes insoumissions. Il y a grand (dé) plaisir à franchir la ligne de la soumission volontaire vers la liberté qui est une succession de libérations. Libère-­toi du machisme si tu es mâle. Ne rêve pas de la plus belle femme du monde. Elle n’est pas pour toi. Renonce à la Schiffer : elle te ferait souffrir. Regarde ta voisine. Change ton point de vue sur elle. Elle n’est pas moche. C’est une femme et tu ne sais pas ce que c’est. Si tu es fille, cesse d’allumer des incendies. Tu détruis plus qu’un régiment d’artillerie. Écoute ton voisin. Oui, il dit des conneries. Non, ce n’est pas un con. C’est un homme et tu ne sais pas ce que c’est. Et toi et lui, copain­copine, voisin­voisine, lointain­lointine, vous êtes humains. Tu ne t’es jamais trompée. Jamais tu n’as pris un humain (même nabot, triso, sado, maso, homo, négro) pour un babouin. Alors allègrement, désapprends à le vouloir à tes pieds, désapprends à vouloir être flattée, désapprends la beauté fardée, bronzée, frimée, friquée. 

Évidemment, si tu fais HEC, Polytechnique, Sciences Po, l’ENA, on t’apprendra à apprécier les babouineries des babouins et babouines se soumettant au mâle dominant dans Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Ainsi est, la nature humaine, te dira le professeur en domination. L’homme est un loup pour l’homme. C’est la loi du plus fort qui est au fondement des rapports « humains ». Venu du monde des gens moyens, tu voudras rejoindre le monde des requins mangeurs de babouins. Technocrate de la Banque Mondiale ou manager chez Microsoft, tu y arriveras, à la force du poignet, à coups de langue alléchée, lécheur de bottes et lèche­cul. À toi qui rêves d’être Bill Gates (1), Ted Turner (1), George Soros (1), Ruppert Murdoch (1), émir de Dubaï (1), d’Oman (1) ou du Qatar (1), à toi qui rêves fortune sur notre soumission à tes jeux boursiers et télévisés, je réserve une surprise. J’ai désappris la crainte du lendemain, j’ai désappris l’espoir en des lendemains meilleurs, j’ai désappris la foule et l’adhésion aux grandes émotions collectives, j’ai désappris le nombrilisme et l’individualisme, j’ai désappris la participation à l’euphorisation généralisée (appelée libéralisme, loi des marchés, mondialisation). Imagine ta situation quand nous serons dix à avoir désappris la servitude volontaire et qu’à nos enfants nous apprendrons la liberté, succession de libérations, l’égalité (les forts venant en aide aux faibles, les faibles réclamant l’aide des forts), la fraternité, succession de fraternisations (du lointain facile au difficile prochain). Ton emprise, ton empire s’effondreront. 

À toi venu d’« en bas », de là­-bas, des quartiers, je dirai : désapprends le verlan et l’esprit de revanche, la loi du silence et l’enfermement dans ta « différence », dans ta communauté. Désapprends la violence, le ghetto, le ressentiment. Pour toi, ce sera dur, tu vis dans l’urgence et l’impatience. Désapprends à tuer le temps, désapprends l’ennui, désapprends les ersatz de vie. Désapprends le stade, la boîte of night, la Golf fumée et sonorisée. 

Et toi, venu d’« en haut », de Neuilly et des quartiers chics super­-vigilisés, désapprends le BC­BG, les mondanités, l’hypocrisie, le cynisme. Désapprends Saint­-Tropez, les îles à cocotiers, les safaris, les raids dans le désert, le hors-­piste, la snifferie. Désapprends les paradis fiscaux, les comptes suisses. Pour toi, ce sera dur, tu vis dans la puissance, le « tout m’est possible », le « tout m’est permis ». Désapprends l’impunité. 

Dans les lycées du IIIe millénaire, allègrement, on apprendra à se désintoxiquer, à se purger. Des déformations initiales et continues transmises par maman aux si petits, par papa aux si peu grands. Des méconnaissances présentées comme savoirs par les sophistes déformant nos enfants et adolescents. Dans les lycées du IIIe millénaire, on aura besoin de vomissoirs plus que d’entonnoirs. 

Déjà Ponocrates, le précepteur de Gargantua lui avait fait administrer par un médecin, une purge pour le débarrasser des mauvaises influences des rhéteurs et autres habiles manieurs de mots, détourneurs de fond(s), avant de proposer à cet esprit à nouveau vierge, une éducation idéale, consciente que science sans conscience n’est que ruine de l’âme, consciente que rire de soi est le purgatif, le vomitif garant de notre bonne santé d’homme de Thélème, d’homme du Désir. Dans les lycées du IIIe millénaire, on complètera la classe comme lieu républicain (lieu de la raison, du droit, du bien commun) avec la classe comme lieu démocratique (lieu du désir, de l’épanouissement de chacun). 

(1) Se croient riches et puissants. Sans importance.
1° janvier 2004 

40
Rêve d’une école de la vie. Pour Marcel Conche 

Je rêve d’une école de la vie de trois classes.
Une classe pour apprendre à raconter. Pour seize enfants de 6 à 9 ans.
Une classe pour apprendre à s’émerveiller. Pour seize adolescents de 11 à 14 ans.
Une classe pour apprendre à penser et à vivre vraiment. Pour seize jeunes gens de 16 à 19 ans.
Des gosses des rues. Pas voulus. 

Des survivants du travail précoce, du sida général, de la guerre perpétuelle.
Des adolescents à la dérive sur l’amertumonde.
Bref, tous les jeunes pourraient avoir accès à cette école. Ont-­ils été voulus les ballottés des familles éclatées ? 

Ne sont-­ils pas livrés au biberon télévisuel ? à la consolation virtuelle ? à la rue commerçante et bruyante ?
Ne sont-­ils pas entraînés à s’absenter d’eux-­mêmes et de leur vie ? 

Se veulent-­ils un passé ? un avenir ? Veulent­-ils même un présent ?
Veulent­-ils une vie autre que celle de soumis volontaires qui refusent d’être cause d’eux­-mêmes ? 

La classe des petits serait confiée à un aède, Homère par exemple. Ils seraient assis en rond, huit garçons et huit filles. De toutes les couleurs. Ça commencerait par des questions. Pourquoi le soleil ne fait pas le jour toujours ? Pourquoi quand il y a le soleil, il n’y a pas la lune ? Pourquoi la lune n’éclaire pas comme le soleil ? Pourquoi les étoiles brillent la nuit ? C’est quoi la nuit ? Pourquoi il y a la pluie ? le vent ? les nuages ? D’où vient la mer ? Pourquoi les vagues inlassables ? C’est quoi le temps ? Pourquoi on ne chante pas comme les oiseaux ? Pourquoi volent-­ils ? Pourquoi les roses ? Pourquoi elles fanent ? Homère leur raconterait des histoires. Les enfants seraient ravis, auraient peur. Ils riraient, pleureraient. Ouvriraient grands les yeux, comprendraient, resteraient bouche bée. Ils parleraient des histoires, les raconteraient à leur tour, en inventeraient. Il y aurait des livres où seraient écrites les histoires racontées. L’Iliade 2. L’Odyssée 3. Des livres sans images. Parce que les mots, ce sont des images. Et maintenant, questionnez. Puis racontez, inventez. 

La classe des moyens serait confiée à un poète, Linos, Orphée, Sappho, et à un peintre, celui de la grotte Chauvet, vieux de 33 000 ans. Ils se promèneraient, huit garçons et huit filles de toutes les différences. Ils feraient des promenades d’abord longues, deux mètres en une heure, s’arrêtant au gré de leurs intérêts. Linos ferait entendre un chant très ancien sur le soleil de ce matin-­là. Orphée inventerait un poème d’éternité pour un sourire derrière une fenêtre comme le fit jadis Rainer Maria Rilke. Avec Sappho, ils goûteraient à l’inachevé : Il faut tout oser, puisque. Les promenades deviendraient plus courtes, quelques centimètres au gré de leurs émerveillements. L’homme de Chauvet les aiderait à impressionner les murs, à faire vibrer la lumière, à donner corps à l’esprit. Ils rempliraient leurs cahiers de peintures rupestres et urbaines, de poèmes des quatre saisons pour leurs enfants dans cent générations : La neige, le vent, les étoiles, pour certains... ce n’est pas assez. Et maintenant, émerveillez­ vous. Puis chantez, créez. 

La classe des grands serait confiée à un élu, battu aux élections, à un chef d’entreprise, en faillite, à un directeur de pompes funèbres, en retraite et à un philosophe très ancien, Anaximandre, Héraclite, Parménide, Empédocle. Huit filles et huit garçons en quête de soi, de l’autre et d’une place se poseraient de vraies questions : qu’est-­ce que l’homme ? qu’est­-ce que  la nature ? quelle est la juste place de l’homme dans la nature ? qu’est­-ce que vivre vraiment ? qu’est­-ce que devenir soi, cause de soi ?
En quelques semaines, ils se sèvreraient de la télévision et des jeux vidéo, ils se purgeraient des modes alimentaires, vestimentaires, langagières et compor­tementales. En quelques mois, les multinationales de la mal­bouffe, de la fringue clinquante, du divertissement formaté, les médias du prêt­à­ne­pas­penser et de la manipulation des cerveaux, les partis de l’immobilisme seraient en faillite et sans influence. 

En quelques siècles, ils renonceraient aux vains désirs : la richesse, le pouvoir, la gloire, aux valeurs qui ne valent rien : l’argent facile, la beauté trompeuse, la jeunesse éternelle, l’exploit éphémère, le voyage dépaysant, le progrès constant. En quelques millénaires, ils renonceraient aux illusions : l’amour pour toujours, le bonheur sans le malheur, la santé sans la maladie, le plaisir sans la douleur ; et aux croyances : à la vie éternelle, à l’âme immortelle, au retour perpétuel...

 

 

Opacité/Clarté
Entretien entre une cosmologue et un philosophe
10 août 2013. Soirée (g)astronomie au gîte de Batère, 1500 mètres d’altitude, à Corsavy. Ciel constellé. Pour observation après le repas.
Ont été invités Ada Lovelace, descendante de Lord Byron, 36 ans, cosmologue, génie du calcul intensif et Marceau Farge, fils de paysans corréziens, 91 ans, philosophe naturaliste d’une grande liberté d’esprit.
Marceau – Je me suis souvent demandé, Madame, ce que nous apportait la science : des certitudes valables un temps seulement, souvent contestées du temps même de leur prééminence, sur lesquelles s'appuient des volontés intéressées de maîtrise sur la nature et sur l'homme. N'est-ce pas ainsi qu'il faut voir la recherche acharnée des constantes ?
Ada – Les quinze constantes physiques actuelles sont d’une précision et d’un équilibre qui nous ont rendu possible : matière, vie, conscience. Votre méditation métaphysique, cher Marceau, n’est qu’une spéculation solitaire sans vérifications. Les chercheurs avec leurs télescopes comme Hubble captent des lumières (la gamma, la X, l’ultraviolette, la visible, l’infrarouge, la radio) de plus en plus faibles provenant de l’univers (sans lumières, ils sont dans le noir). Voir faible c’est voir loin dans l’espace indéfini et tôt dans le temps immense. Nos tâtonnements lents, rigoureux, collectifs, débouchent sur un modèle d’univers cohérent et beau, en symbiose avec nous.
Marceau – La disproportion entre l'opacité et la clarté ne plaide-t-elle pas pour la méditation impatiente et quasi-aveugle sur l'opacité ? Elle ne dérange pas l'ordre des choses étant sans volonté de puissance, sous-jacente au désir de savoir.
Ada – Vous provoquez là ! Votre métaphore n’a rien d’aveuglant. Nous, chercheurs, mettons en place des notions nous permettant d’éclairer l’opacité : hasard, chaos, inflation, singularité, fluctuation quantique. Nous voyons se multiplier les paradoxes qui mettent à mal nos modèles à contraintes et constantes
Marceau – la métaphysique en a inventés, inventoriés depuis longtemps. Voyez Anaximandre, son infini, son germe universel, Héraclite, le feu comme principe de création, destruction, bien avant votre big bang, Démocrite, ses atomes, Épicure, le clinamen (une déviation, une mutation). La contemplation ouvre sur des visions développées en métaphores
Ada – vos métaphores métaphysiques, Marceau, sont figées. Nos paradoxes scientifiques sont dynamiques. Pensez aux effets du paradoxe EPR (1935) qui révèle qu’ici est identique à là (1998). Observer en 1998 que l'expansion de l'univers, décelée en 1929, est en accélération oblige à poser l'existence d'une énergie répulsive responsable de cette accélération. On postule l'énergie noire. Et les calculs intensifs, pétaflopiques, bientôt exaflopiques, que j’entreprends avec les calculateurs Ada et Turing sont réalisés pour tenter de la caractériser avant de la déceler.
Marceau – On a donné votre nom à un calculateur pétaflopique ? (Elle rit.) Rien n'interdit ma méditation de se nourrir de vos calculs. Échange chiffres contre images. Pour évoquer la recherche de la vérité, je vois un archer tirant dans le noir. Où est la cible ?
Ada – Les constantes sont d’une telle précision qu’il faut que votre archer vise une cible carrée d’un centimètre placée aux confins de l’univers. Enlevez un 0 à 10 puissance 35 et vous avez un univers vide et stérile.
Marceau – Savoir que nous sommes des poussières d'étoiles dans un univers anthropique, connaissances scientifiques du jour, enrichit ma pensée de la Nature, m'évite de m'égarer dans une théologie créationniste ou dans une métaphysique matérialiste, déterministe et réductionniste comme celle du Rêve de d’Alembert de Diderot
Ada – d’autant que nous distinguons deux sortes de matières, la matière lumineuse, visible et la matière noire, jamais observée, comme l’énergie noire
Marceau – si vous permettez que je vous appelle Ada, le noir, Ada, semble dominer votre domaine de recherches
Ada – 73% d’énergie noire, 23 % de matière noire, 4% de matière ordinaire dont 0,5% de matière lumineuse, telles sont les proportions proposées aujourd’hui pour l’univers
Marceau – soit 0,5% de clarté pour 99,5% d’opacité. Le raccourci de la méditation sur le Tout de la Réalité me convient mieux que le long chemin sinueux de la connaissance parcellaire qui bute sur le mur de Planck.
Ada – Cela nous mène où, Marceau ?
Marceau – vous Ada, à savoir presque tout sur presque rien, moi à voir la Nature comme infinie, éternelle, un ensemble ouvert, aléatoire, en perpétuelle création de mondes inédits, ordonnés, périssables, inconnaissables. Notre conversation par exemple n’était pas programmée bien qu’annoncée. Elle est inédite et restera unique. Parce que c’est vous, parce que c’est moi. L’infini ne s’épuise pas et ne se répète donc pas. Dans de telles conditions de créativité au hasard et d’inconnaissance de cette créativité, la seule attitude me semble être le respect de ce que je ne peux connaître complètement selon le théorème de Gödel de 1931.
Ada – Connaisseur à ce que j’entends. Le chemin de la connaissance scientifique est à l’opposé de votre raccourci méditatif sur le Tout. Il ne vise à expliquer que du détail, même aux dimensions de l’univers. Il rend compte de ce qui existe par des lois et du chaos.
Marceau – Pourquoi ce détail, Ada, l’origine de l’univers, plutôt que tel autre ? parce que la métaphysique vous attend aux confins. Expliquer par du nécessaire et du contingent n’empêche pas les trous noirs entre les différents domaines expliqués incomplètement.
Ada – Ne me dites pas, Marceau, que vous êtes fermé aux efforts de clarté des chercheurs sur tous ces détails. Ce sont les visages troués de votre Nature.
Marceau – Je médite sur ces visages que vous m’offrez mais j’en vois les limites, Ada. L’Univers n’est pas la Nature. Vous vouliez un tableau fidèle. La Réalité vous impose le flou quantique.
Ada – Votre raccourci vous a demandé une vie pour déboucher sur une métaphore de dix lignes
Marceau – sur l’étonnement et l’émerveillement, chère Ada. Ce qui nous a construits, par asymétries et découplages, des atomes primordiaux aux éléments chimiques, puis par code depuis LUCA, des gènes aux hémisphères cérébraux, si dissemblables, le droit (celui des images), le gauche (celui des calculs). Ce qui nous a conduits par les chemins sinueux de la causalité probabiliste, par les raccourcis de la liberté, à Corsavy, aujourd’hui, pour contempler la Beauté.
(Il plonge ses yeux rieurs dans les siens. Elle rit.)
JCG, 14 août 2013 à Corsavy 66150

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