Chez vous, au travail, à l'école,
dans la rue…
offrez un poème,
échangez vos poèmes,
postez un poème,
glissez un poème sous la porte,
ceci ou cela mais
donnez un poème à l'autre !
Errance
(dit par une voix d'homme, version universelle)
Errance
(dit par une voix d'homme, version sibérienne)
Je m’en irai par les avenues des villes
prospères
je m’en irai sans me laisser séduire
par les promesses qui s’affichent
je m’en irai à ta rencontre
sans te chercher
car je sais que là où s’achèvent
les villes aux filles de rêve
qui enlèvent le haut puis les bas
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Alors j’irai par les campagnes en jachère
abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter
j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère
sans m’attacher aux filles légères
qui te montrent tout par petits bouts
j’irai à ta rencontre sans te chercher
car je sais que là où se ressourcent
les nostalgies de belle époque
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Mais quand je m’arrêterai
où commencent les marées
je crois bien que je te connaîtrai
au Cap de Bonne Espérance
À la croisée des
chemins
(dit par une voix d'homme, version sibérienne)
Elle attendait
corps fermé à jamais sur son passé
Elle attendait
sur le quai des départs
ouverte à l’infini de la voie ferrée
prête à se saisir d’un hasard
pour en faire une chance
La fumée bleue des cigarettes avait donné ciel à ses rêves
la fumée blanche des trains avait agité ses sommeils
Elle attendait
qu’un train l’entraîne ailleurs
gorge déployée voyelle après voyelle
le o pour faire écho dans le dos
le a qui s’exclame par le thorax
comme elle l’avait appris de la Kossenkova
Qu’il l’entraîne
toutes chansons dehors
le ciel de demain enfin au-dessus de sa tête
Demain les rêves de ses sommeils feront d’elle
mon Antigone à la croisée des chemins
quand Œdipe
j'y arriverai
Amour fou
Avec toi ce fut l’amour fou
dura six mois
été automne hiver
La Capte rêves sur algues
Tipasa avenirs sur ruines
Paris promesses sur quais
Avec toi ce fut l’amour ravissant
l’amour épuisant
à délices de corps
délires de cœur
dura six mois
été automne hiver
La Capte baisers sur mer
Tipasa caresses sur sable
Paris folies sur berges
Où sont nos émois d’autrefois
dissipés en six mois
Il fait froid sur cette page
il faisait si bon sur la plage
Nos regrets d’été ont mal de baisers
nos tristesses d’automne mal de caresses
nos mélancolies d’hiver mal de folies
Revienne l’éveil du printemps
1er Chant
Éclats cruels du plaisir duel
Ils t’ont donné nom de reine
pour qui on fait la guerre
puisqu’on ne sait partager ta couche
jusqu’en Troie qui flamboie
l’un pour t’arracher à Pâris
l’autre pour t’enlever à Ménélas
qu’hélas tu aimas tous deux
toi leur désirée
leur unique.
Hasard fertile
contre toute attente
en ventre stérile
et te voilà
double d’Hélène
froide impérieuse
tenant à distance les soupirants
ô souveraine
vêtue de noir
long manteau que tu m’entr’ouvres
sur la courte jupe rouge
aux cuisses de promise.
Je te remonte.
Grands yeux gris fer soulignés de vert
mystérieux parfois rieurs
bouche ronde pour épouser
salive élégante
la mâle vigueur
et jouir
mouillé raffinement
du corps d’homme
car tu veux tout goûter ô gourmande
te pénétrer ô tranchante.
Voix du profond
à remuer les tréfonds
là où ça vit encore
tapi sous les stupeurs.
Souffle retenu
prêt à se dilater
aux éclats cruels
du plaisir duel.
Chevelure blonde abondante
pour rouler dans la paille des ébats
et tant pis tant mieux
s’il y a dégâts.
Quel amant inventes-tu Hélène
vers quel amour glisses-tu
d’homme désiré en homme repoussé
corps après corps ébauché
à coups de cœur consentant
toi tout émoi ?
Voici de moi
ta première image.
J’érige.
Tu t’ouvres.
Quelle amante conçois-tu Hélène
pour quel amour risques-tu
de femme aspirée en femme refoulée
corps après corps effacé
à coups de cœur angoissé
toi tout effroi ?
Voici de toi
ma première image.
Tu t’ériges.
Je m’ouvre.
Désir 1
avec toi je me sens (inspirer fort)
(expirer fort) sans toi
avec toi je deviens
prolifération d’analogies
succession d’annexions
chiens et chats s’insinuent dans mes cris d’amour
je suis miaulements avant
grognements pendant
mes ongles et mes doigts deviennent griffes et pattes
aux anges je prends leur légèreté
au taureau sa virilité
dans les plis de mes rêves je reconstruis
sans les déformer villes d’orgies clairières de sorcières
sur les draps je me crucifie râlant et bavant
je deviens théâtre de la cruauté
sur ta peau s’ébauchent formes et volumes nouveaux
mes mains autour de tes seins sur ton ventre
font une procession
je construis de longs itinéraires qui me révèlent
t’édifient
dont les clefs sont l’origine du tracé
nos désirs sans objet
ton vagin sanctifié sacrifié
tremble sous la pression de ma précipitation
irrépressibles tentations
la peur du sacrilège me tenaille et me déchaîne
pour toi je galope étalon d’alpages
sans bouger du matelas
toi tu passes vite comme les hirondelles
faisant siffler l’air à nos oreilles à l’approche de l’orage
assis dans la mousse de ton pubis
je joue avec mon pénis cadeau et défi
tes yeux m’envahissent et j’apprends à lire
des rires venus de toi me croisent
aèrent mon corps crispé sous le tien
tes étonnements font naître les miens
dans ma main droite ils se débattent
tes yeux parfois alors se voilent et
du merveilleux glisse sur ma peau océane
l’angoisse te fait craquer comme le bois
écorce j’éclate
cuirasse je cède
à tes mains je me livre pour un feu de joie
pour tes yeux je me délivre de mes grincements de scie
(devant L’origine du Monde de Courbet
et
le Nu couché, bras ouverts de Modigliani)
Désir 2
Tu sais dire avec des mots de tous les jours
les délices de ta peau les blandices de ton âme
tu sais dire avec des phrases sans difficultés
ce que tu sens en surface ce que tu ressens au profond
ainsi tu m’introduis
dans tes jours et nuits de chatte du bonheur
j’y accède feulant
comme chat attiré attisé au seuil d’une nuit d’allégresse
des jets d’ombre épaississent ta vérité de vibrante
angoisse de la vie la mort prépare déjà ses allumettes
mais ton corps est encore d’ici
et tes mots me pénètrent ils tombent drus et durs
morceaux de ta peau désirante
délirante
ils tombent dans mon sommeil
flaque stagnante en attente carrousel tournoyant de rêves libérés
ils tombent étoiles froides
désorbitées
des couches de tes désirs lourds et doux
si proches des miens si lointains
tes mots me pénètrent mouillés salivés
resurgissent empoussiérés
curetage qui me débarrasse de mes soumissions d’esclave
tes mots se propagent lentement à travers les croûtes de mon être
restes d’autres agressions d’autres fusions
ils se propagent en sautant d’un étage à l’autre de mon être
montant descendant des escaliers en ruines
en projets
débris de bombardements insolents
gravats de contacts bouleversants
par toi en moi je trouve mes dimensions
je découvre mon espace
deux visages penchés sur une rêverie de berceau rose et bleu
je touche à mon présent
nos désirs sans retenue pour donner vie
2e Chant
Eurydice de rêve pour lyre d’Orphée
Elle ne fut port
ni havre refuge ou maison
pas même bivouac ou campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle fut flambée d’artifices
une nuit de solstice d’été
cheveux de nuage
un soir de mistral radieux
Elle fut corps de neige fondant au soleil
château de sable effondré par la vague
Elle fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil accueillant
maillot bleu sur parquet ciré
et moi que faisais-je dans ces décors ?
Elle fut mutisme d’enfer confidences d’ange
mépris de grande élans d’enfants
Elle fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle fut source et sel
fiel et miel
devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée
et
Elle me fut port
havre refuge et maison
bivouac et campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle me fut flambée d’artifices
une nuit de solstice d’été en Crète
cheveux de nuage
un soir de meltèmi radieux
Elle me fut corps de neige fondant au soleil de l’Olympe
château de sable effondré par la vague d’Égée
Elle me fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil accueillant
maillot bleu sur parquet ciré
et moi que faisais-je dans ces labyrinthes ?
Elle me fut mutisme d’enfer confidences d’ange
mépris de grande élans d’enfants
Elle me fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle me fut source et sel
fiel et miel
me devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée
Le grand jeu
Elle a joué
avec son pull
elle a joué à se mouler
à me dérouter
Elle a joué
avec son jean
elle a joué avec la fermeture éclair
ce n’était pas pour me déplaire
Elle a joué à ouvrir à fermer ses bras
L’amour est facile
certains soirs sans foule
je tire le rideau
et c’est Paris sur ton ventre plein d’émois
Elle a joué à ouvrir à fermer ses cuisses
L’amour est difficile
certains soirs de houle
je tombe les voiles
et c’est Venise sur ton ventre trop lisse
10e Chant
Quand vos doigts auront caressé juste
Commentaires