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Les Cahiers de l'Égaré

Articles avec #pour toujours tag

Dans le sillage de Dasha K / JC Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #poésie, #pour toujours

elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle

elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle

Dans le sillage de Dasha K

1-

Elle a surgi

vingt et un jours durant

avec ses vingt et un ans

ailleurs

qu'à Baklany

au Baïkal

où elle donna naissance

à Baïkala

la sirène

qui fait un usage si libérateur

de l'eau froide et pure du Baïkal

Elle a surgi

sur des plages

dans des criques

ensoleillés

de Méditerranée

elle a flotté étonnée sur l'eau salée

habituée de l'eau douce et pure du Baïkal qu'elle reçoit

pleine bouche comme eau de Vie

ici en Méditerranée pas question d'avaler

mais de recracher

elle s'est offerte

allongée sur le dos

corps et bras déployés

au bercement

au remuement

des vagues renouvelées

sans savoir que c'était vagues de mort

pour les naufragés venus d'Afrique

elle a marché sur des pistes de montagnes

du côté de Batère à Corsavy

mon village depuis 1965

elle a marché sous la pluie dans le brouillard

elle a improvisé des poses d'envolée

dans des bâtiments désaffectés

livrés aux vents et à ses fantaisies

elle s'est magnétisée nue

dans un torrent des Pyrénées

l'éjaculant le fracassant Riu Ferrer

elle a aspergé d'eau plus froide et revigorante que celle du lac

son corps gracile

de liane étirée

entre deux horizons

elle et l'autre d'elle

elle a déambulé dans des villages perchés du Lubéron

à l'histoire tourmentée

Gordes Roussillon Ménerbes Lacoste Bonnieux

Oppède le Vieux Cabrières

avec On the road à la main

et une rose de tissu au niveau du pubis

acrobate de ruines à restaurer

elle a grimpé cul sans culotte

sur le divan du divin marquis

elle a été nymphe à La Fontaine du Vaucluse

a plongé ses mains dans l'eau limpide

a psalmodié quelques paroles de chamane

porté les gouttelettes arc-en-ciel à ses lèvres à ses yeux

aspergé ses seins menus

et j'ai vu Ailleurs


 

Muse du poète Pétrarque tu as éructé des paroles éprouvées

échappées du Canzoniere

j'ai mouillé de te voir mains baladeuses sur des pierres comme des chairs

promeneuse curieuse des détails non des ensembles

nous avons vu les mêmes détails

amoureuse de tout chat rencontré

porteuse de toasts à la kedrovaïa

tirée de ton sac

à tout ce qui te fait vibrer qui te touche

vingt et un jours

d'émotions

de sensations

de coïncidences


 

Rencontre avec un livre

perdu au milieu des milliers de livres

de la librairie de l'abbaye de Sénanque

Récits d'un pèlerin russe

récits servant dans un récit

de Jerome David Salinger

Franny and Zooey

Franny Glass

sœur de Zooey

étudiante en art

désenchantée

par l'égocentrisme du monde

tente de s'en échapper

en atteignant

la purification spirituelle

expérience vécue

à l'identique par une amie

ayant choisi la voie

de la prière intérieure

prière du cœur

perpétuelle

enseignée dans la Philocalie

de quoi ne plus pouvoir démêler fiction et réalité

et si Ailleurs c'était ici

et si l'autre d'elle c'était moi

 

2-

me voici interrogé par cette voie

par la voix de Dasha

pas fanatique de religion

mais qui se signe

en orthodoxe

dans nos églises

qui s'y recueille

consacre un cierge au saint consacré

se refuse à photographier le lieu sacré

à entrer s'il faut payer

le sacré étant pour tous

à profusion

et gratuit

- qu'est-ce donc que le sacré ?

- sens et tu comprendras !

- sentir quoi ? comprendre quoi ?

- sens comme tout est traversé (elle miaule : miaou !)

- je sens que tu me traverses, que tu m'habites ! je voudrais que tu m'abrites !

- cela ne se peut ; ce qui circule ne peut pauser

- n'es-tu que circulation ?

- entends ma respiration ! palpe la circulation de mon sang ! ressens mes émois ! ça cogne !

moi aussi ça cogne ! ça ne te fige pas ? quand on est dépassé par le sublime, n'est-on pas comme écrasé ?

- il y a sublime et sublime ! ton sublime est extérieur à toi ! mon sublime m'intègre !

- ton sublime peut-il m'intégrer ? depuis que je chemine sur tes chemins, toi traçant tes spirales de détresse, moi zigzaguant d’ivresse, je rêve de contacts, de caresses, de tendresses, de lentes montées en désir !

- j'avais compris ! finie ta platonnerie alors ?

- c'était une décision du vivant de l'épousée ; maintenant rien ne la justifie !

- tu cherches donc à m'avoir ?

- non ! tu n'es pas une chose ! je voudrais être avec toi !

- on voit déjà ensemble les mêmes détails ! cela ne te suffit-il pas ?

- je m'en contenterai si tel est ton choix ! si je sens que rien de toi ne me conduit vers toi !

- les chemins qui mènent à moi, je ne les connais pas ! les chemins qui me mènent vers celui que j'ai choisi, je ne les connais pas non plus ! c'est mystérieux et sacré l'amour ! tu en sais quelque chose pour avoir renoncé à me désirer !

- non ! pour avoir tenté de sublimer mon désir de toi !

- me désires-tu donc ?

- oui ! d'un désir doux ! centré sur toi ! (il miaule : miaou !)

- je ne crois pas à cela ! Lacan l’a dit : il n’y a pas de rapport sexuel ! c’est chacun pour soi au moment de jouir !

- en as-tu l'expérience ?

- oui ! avec celui que j'ai choisi ! je l'aime ! il me désire ! je suis décidée à l'aimer quoiqu'il arrive !

- tu es prête à souffrir donc de non-réciprocité d’amour ?

- je souffre déjà ! mais cette souffrance me fait du bien ! elle me nettoie !

- de quoi te nettoies-tu ?

- des tentations qui exercent sur moi une attraction irrésistible

- exemples ?

- l'alcool !

- la possession ?

- je suis terriblement jalouse ! c'est le nettoyage le plus violent ! j’ai compris que détester, haïr, c’était aimer encore, aussi !

- comment t'y prends-tu ?

- c'est lui qui m'impose sa loi ! que puis-je faire sinon espérer que mon amour sera plus fort que ses envies de papillonner ? qu’il s’inclinera devant cet amour qui l’aime comme l’homme qu’il est ! indépendamment de ses qualités, de son talent, de son charme, de son charisme, de sa beauté ! je ne cherche rien ! n’attends rien que cette inclination !

- ne t'es-tu pas donnée à lui ?

- si ! bien sûr ! en se donnant, une fille prouve son amour !

- en prenant, le séducteur ne prouve rien à l'aimante !

- je sais !

- je vois !

- ça va ?

- ça va !

 

3-

Chère Dasha,

j'aime te regarder, regarder ton regard d'une proximité inatteignable, ton regard d'ailleurs

j'aime regarder ta bouche, tes lèvres, j'aime leur pulpe rouge

j'aime te regarder jusqu'à la taille, sentir que mon bras, mes mains sont tentés d’enlacer, envelopper

j'aime regarder tes bras et tes jambes tout de finesse faits pour enserrer, balader

j'aime t'écouter,

boire ta voix de grave, ses blessures, ses fêlures

tes rires perchés (je n'ai pas l'échelle qu'il faut pour les attraper)

ta voix tendre d'enfant en attente

ta voix dure d'écorchée pas prête à céder, prête à résister à toute altération de ton intégrité

(de toute évidence, tu sens quand tu es menacée et tu sais y faire face ;

je parle de l'intégrité de ton être)

j'aime écouter tes jugements ; tu les fondes toujours avec justesse 

ainsi ce refus d'écrire sur l'ardoise de Corsavy parce que n'étant pas de la famille

même si tu es proche de ma souffrance 

ainsi ce refus d'entrer dans le monastère de Sant Joan de las Abadesses parce que c'était payant 

j'aime découvrir ta russitude au quotidien,

ton attachement au pays qui t'a éduqué, ton refus de le quitter :

ce serait malhonnête m'as-tu dit

ta religiosité sans pratique mais présente, active

j'aime découvrir tes passions littéraires, russes, étrangères ; quel éventail de lettres !

j'aime en prendre plein les yeux en te voyant vivre au jour le jour 

tes attitudes d'abandon quand tu es fatiguée, bras et jambes complètement ouverts

tes miaulements, ton attirance pour les chats

(tu es une chatte m'as-tu dit ;

je te trouve effectivement très chatte, indépendante, préservant ton territoire, pas facile d'accès)

tes poses et ta façon de te déplacer, légère, élégante, sûre 

tes leçons de maintien comme mannequin t'ont donné la classe qui s'ajoute à la grâce

bref, te voir vivre au jour le jour est un enchantement, un rajeunissement

ma vie à la sexualité solitaire désormais

vécue sous l’horizon de la mort

reprend des couleurs et quelque ardeur

ah ! puissions-nous nous rapprocher encore

un petit peu

jusqu'au frôlement des mains, des têtes, des épaules, des genoux

comme lors de cette soirée où sifflant tes dix whisky

fumant nerveuse agitée cigarette sur cigarette

tu t’es confiée avec confiance sans réticences

après ton avertissement solennel mon jurement solennel

à moi, ton homme de confiance

ah comme l’alcool te rend vive, lucide, inattendue

comme ton visage est traversé d’expressions fortes, d’émotions fugitives

comme tes regards sont foudroyants d’audace, de violence, de pénétration

oui ce soir-là,

j’ai osé une seule caresse sur tes cheveux

tu as posé tes lèvres juste à côté des miennes

 

on entend : miaou !

 

on ne sait si l’écho a fait : miaou !

4 -  Nuit d'ivresse

  • c'est la dernière nuit ! comprenez ! je veux passer la nuit avec vous !

  • à quoi faire ?

  • à parler !

  • ou à boire ?

  • vous ne comprenez rien ! je veux boire !

  • non !

  • pourquoi êtes-vous si strict ?

  • je suis strict pour votre santé

  • je m'en fous ! je suis triste !

  • de partir ?

  • non ! de rentrer ! remplissez-moi le bocal !

  • non ! vous êtes ivre !

  • non ! je ne suis pas ivre ! Vous voulez me priver parce que vous êtes jaloux !

  • de qui ?

  • de lui ! je l'apprécie comme homme en général !

  • vous me prêtez des sentiments que je n'ai pas !

  • vous êtes jaloux ! Je le sais !

  • je ne vous reconnais pas le droit de parler de mes sentiments !

  • versez-moi à boire alors !

  • non ! Je n'ai pas à aggraver votre ivresse ! Ce matin vous partez !

  • Vous voulez que je trépigne ? Que je pleure ? Que je tape des pieds ? Que je hurle ? Que je casse de la vaisselle ? Que je pique une bouteille de champagne dans votre cave ? Que je me couche à vos pieds ?

  • Faites ce que vous voulez ! Vous n'aurez pas à boire !

  • Qui êtes-vous pour m'empêcher de boire ? Vous n'êtes pas mon père ?

  • Non ! Mais je suis un ami qui vous veut du bien !

  • Je m'en fous ! Je veux boire !

  • Vous savez comment ça se passe chez vous ! Si vous buvez, vous acceptez d'être prise par l'homme qui vous fait boire ! Je ne veux pas de ça avec vous ! Entre nous !

  • Vous ne comprenez rien ! Vous êtes un homme ! Vous ne savez pas ce qui se passe dans mon ventre ! Je pense à lui ! Parti ! Forcé de partir !

  • De qui parlez-vous ?

  • De mon bébé

  • avorté ?

  • Oui !

  • je vous donne un verre de whisky

  • un ne suffira pas

  • il y en aura autant que vous voudrez ! Vive la mort des avortons !

  • vous êtes méchant avec moi ! Pourquoi ?

  • Je ne suis pas méchant ! Je vous sers à boire !

  • Pour m'avoir ?

  • N'est-ce pas ce que vous voulez ?

  • Je ne sais pas ce que je veux !

  • Laissez-vous aller !

  • Ne me touchez pas !

  • Faudrait savoir ce que vous voulez !

  • Je ne sais pas ce que je veux !

  • Quand on est saoul, on oublie tout !

  • Je veux oublier ! tout oublier ! l'oublier ! m'oublier ! tout noyer dans le Léthé ! tournoyer dans le Léthé.

29 février 2012 - 28 juin 2017

Jean-Claude Grosse

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EAT Méditerranée

Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours, #EAT (Écrivains Associés du Théâtre)

quelques livres pluriels des EAT Med
quelques livres pluriels des EAT Med
quelques livres pluriels des EAT Med
quelques livres pluriels des EAT Med
quelques livres pluriels des EAT Med
quelques livres pluriels des EAT Med

quelques livres pluriels des EAT Med

Les eat-Méditerranée (écrivains associés du théâtre, filiale Méditerranée) s’inscrivent dans la continuité des eat Languedoc-Roussillon et des eat Corse-Provence-Côte d’azur.

La filiale est forte de 25 membres, sur trois régions : Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’azur, Rhône-Alpes.

Depuis septembre 2009, date du changement d’appellation, les eat-Méd ont réalisé :

3 Questions De Théâtre à Avignon à la Maison Jean Vilar, en accueillant et discutant
le 14 juillet 2010 avec Maryse Condé et Yves Ferry
le 14 juillet 2011 avec Malika Mokeddem et Matéi Visniec
le 14 juillet 2012 avec Anne Delbée et Nadia Vadori

Une rencontre avec Daniel Lemahieu le 19 juillet 2013 à Présence Pasteur

Une rencontre sur un jour avec Alexandra Badéa et Marina Damestoy, le 15 juillet 2014

(à Présence Pasteur le matin, maison Jean Vilar l'après-midi)

Ils ont réalisé 2 livres : Envies de Méditerranée paru en novembre 2010 (27 textes), Marilyn après tout paru en avril 2012 (36 textes, 18 femmes, 18 hommes), tous deux publiés aux Éditions des Cahiers de l’Égaré.

Ils ont été associés à l’opération 33000 mots pour les 33000 ans de la grotte Chauvet, en octobre 2009, organisée par Théâtre d’aujourd’hui de Laurac-en-Vivarais. Textes parus dans un N° hors-série de la revue des Deux Mondes en novembre 2011.

Ils ont été associés au bocal agité d’août 2010, Baïkal’s Bocal, organisé par Les 4 Saisons d’ailleurs de Hyères sur le thème Une goutte d’eau et le Baïkal. Livre paru aux Cahiers de l’Égaré en décembre 2011.

Ils sont associés depuis juillet 2011 à la manifestation Voyages de mots en Méditerranée, organisée par Danielle Vioux et le Théâtre des 1001 portes à Présence Pasteur en Avignon pendant le festival et qui consiste à faire entendre des voix des deux rives. En 2013, le thème a été "La Méditerranée s’ouvre au monde".
Depuis 2014, le partenariat avec Présence Pasteur met l'accent sur les auteurs accueillis en lien avec les spectacles présentés. La manifestation devient Voyage d'auteurs à Présence Pasteur.

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Les eat-Méditerranée mettent en commun leurs efforts pour des levers de rideau dans des théâtres ou des présentations plurielles dans des médiathèques, librairies et autres lieux, y compris appartements, autour de textes de 1000 mots publiés par Les Cahiers de l’Égaré, partenaires des eat-Méditerranée.

Deux levers de rideau ont eu lieu au Théâtre Denis à Hyères, le 19 octobre 2010 avec Envies de Baïkal et le 21 octobre 2010 avec Envies de méditerranée.

Marilyn après tout a donné lieu à 36 lectures ou spectacles entre avril 2012 et octobre 2015, entre autres au Conservatoire d’Avignon, au Théâtre 14 à Paris, à Forges-les-Eaux, à la librairie Le port de tête à Montréal, au Théâtre Denis à Hyères, au Bateau Lavoir à Paris.

Tant que faire se peut, une mémoire de ces manifestations est constituée par des vidéos.

La Subway Dress réalisée par Aïdée Bernard en lien avec le livre sur Marilyn a été exposée à Lauris , à Albi et même en Chine à Beijin au printemps 2013, au Bateau Lavoir en octobre 2015.

Des manifestations ont eu lieu au premier semestre 2013 à Nantes, Lille, Albi, au Maroc. En partenariat avec les filiales Loire Atlantique et Nord-Pas de Calais.

http://les4saisons.over-blog.com/article-pour-marilyn-75491063.html

L’objectif est de favoriser, valoriser leur travail collectif et de créer des synergies entre auteurs et associations porteuses de projets.

Les réunions de l’association se tiennent en Avignon pour donner une bonne visibilité de la filiale.

Le projet 2013 a été centré sur Diderot. 34 auteurs, 17 femmes, 17 hommes, ont tenté d’être des Diderot de notre temps, en 1000 mots.
Le livre Diderot pour tout savoir a été publié fin septembre 2013 aux Cahiers de l'Égaré.
Des lectures ont eu lieu le 12 octobre 2013 à la Bibliothèque Armand Gatti de la Seyne-sur-Mer, le 9 novembre à La Grange à Ferrières en Bray, au Théâtre de L'Isle 80 le 17 novembre en Avignon, le 7 décembre à la Librairie Dialogues-Théâtre à Lille, le 9 décembre à la Maison des Auteurs de la SACD à Paris et le 15 février 2014 à Ferrières en Bray, le 31 mars 2014 à la Salle Vasse à Nantes.

15 manifestations Diderot dont le Grand Parquet le 27 mai 2014, le Théâtre Denis le 9 décembre 2014 et le Bateau Lavoir le 22 octobre 2015.

http://les4saisons.over-blog.com/2014/05/soiree-diderot-au-grand-parquet-le-27-mai.html

Le projet 2015-2016 a été présenté à l'Assemblée Générale des eat Méditerranée du 17 novembre 2013.

Projet Shakespeare Cervantès, réalisé le 23 avril 2015 : Parution de "Cervantes-Shakespeare / Cadavres exquis".
44 auteurs mortels (20 F, 24 H), français, espagnols, mexicains, cubains, canadiens, néo-zélandais, indépendantistes ont travaillé pendant 15 mois pour écrire 47 cadavres exquis immortels sur les deux figures quantiques que sont Cervantes et Shakespe
are.

Shakespeare ou les passions humaines et les passions politiques.

Cervantes ou l’espoir, l’utopie, la résistance.

L'un, l'Anglais, a fait "le tour complet du cœur" selon le titre du spectacle mis en scène et joué seul par Gilles Cailleau 542 fois depuis le 2 juillet 2002, pour 28000 spectateurs sous chapiteau pour 35 spectateurs. L'autre, l'Espagnol, a réussi l'exploit de ridiculiser et de tuer le genre dominant que constituait le roman de chevalerie dont les méfaits sur les cœurs et les esprits étaient notoires.

Les auteurs eat de "Cervantes-Shakespeare / Cadavres exquis"

Fabien Arca / Claire Barrabes / Jean-Michel Baudoin / Sylvie Beauget / Gaetan Brulotte / Gilles Cailleau /Julien Daillere / Gilles Desnots / René Escudié / Bertrand Marie Flourez / Moni Grégo / Jean-Claude Grosse (sous pseudo) / Henri Gruvman / Marwil Huguet / Marc Israël-Le Pelletier / Caroline de Kergariou / Roger Lombardot / Sabine Mallet / Eduardo Manet / Danielle Marty / Isabelle Normand / Benjamin Oppert / Anne-Pascale Patris / Bernadette Pourquié / Natalie Rafal / Jean Renault / Philippe Segura / Miguel Angel Sevilla / Danielle Vioux / Diana Vivarelli

Une manifestation a été organisée en octobre 2015 au Bateau Lavoir à Paris, entre les 20 et 25 octobre. Ont été lus des textes tirés des 4 livres pluriels initiés par les eat-MED.

Une manifestation a eu lieu au Non-Lieu à Marseille le 5 décembre 2015, lecture de 6 ou 7 textes tirés du Cer-Sha.

Articles ici

http://les4saisons.over-blog.com/2015/10/l-insolite-traversee-du-bateau-lavoir-le-25-octobre-2015.html

http://les4saisons.over-blog.com/2015/03/cervantes-shakespeare-cadavres-exquis.html

vidéos ici

https://youtu.be/b-epxvk_808

https://youtu.be/6PgmamX8z6c

Jean-Claude Grosse
Président des eat-Méditerranée, de novembre 2010 à novembre 2015

écrire, lire, exposer, s'exposer, débattre, se  rencontrer, ça ressemble à ça; bibliothèque de La Grange, théâtre de poche à Ferrières en Bray
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Notre dernier tango / J.C. Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

(texte écrit suite à l'atelier d'écriture du 26 novembre 2015 dans la galerie de l'ambassade d'Argentine ; cours de tango assuré par le maestro Coco Dias ; artiste exposé: Alberto Bali ;

avant de commencer j'ai lu Uno et Cambalache, deux tangos célèbres de Enrique Santos Discépolo la consigne a été : personnaliser en utilisant les pronoms personnels Je-Tu-Nous, les possessifs; personnifier les parties du corps en contact: fronts, joues, mains, bustes, cuisses, genoux, pieds, en notant la possible dissociation des parties en question tant chez l'homme que chez la femme

un autre atelier a eu lieu le 17 décembre 2015)

Notre dernier tango

sans Paris sous nos pieds

Le monde était mal barré

les gens ramaient

les puissants étaient indécents

les impuissants violents

la planète était épuisée

l'air pollué

dans les villes on sortait masqués

les flics contrôlaient

les glaciers fondaient

les océans montaient

des paysages étaient noyés

des gens migraient

des tsunamis submergeaient

des rives surpeuplées

partout des barbelés électrifiés

des trous pour passer

et s'écorcher

y a toujours des flics

pour se mettre en travers

des chemins de l'espoir

des flics enfants des petits

soutenant les puissants

des mous arrondis du ventre

des illusionnistes de l'action

accrochés à leurs privilèges

à leurs prébendes

Je rêvais de théâtre à vif

dans les halls des banques

sur les quais des gares

les marches de l'Élysée

je rêvais de gens masqués

pour se moquer

des mosquées

et des temples

je rêvais de commedia dell' arte

de marionnettes et pantins

à désarticuler

de Pantalons déculottés

de Matamores démembrés

de Doctors éviscérés

je rêvais que le grand nombre

se mettait à rire aux éclats

cessait de geindre

de se plaindre

cessait de tout encaisser

et se mettait à casser les baraques

de la grande foire des charlatans

Et puis tu as eu mal au dos

tu es entrée aux urgences

à l'hôpital le 29 octobre 2010

à 9 H

tu as été opérée au cervelet

deux fois

ton cancer a été identifié

un cancer de l'utérus

qui avait métastasé

une grenade explosive dans ton corps

Je me foutus du monde

de ses dérèglements

de ses grands fous

des tourments des gens

T'étais foutue

condamnée

tu allais partir

un tout prochain jour

une toute proche nuit

après 16825 jours et nuits

de vie commune

d'amour partagée

après 1 453 680 000 secondes

d'éternité Bleu Giotto

oui secondes d'éternité

car passant

never more jamais plus

il serait toujours vrai

qu'elles étaient passées

for ever pour toujours

ces secondes

inscrivant dans l'éternité

tes sentiments tes émotions

tes pensées

tes énergies tes souffles

écrivant ton livre d'éternité

Alors un dernier tango

ne nous sembla pas de trop

nous avions dansé

tant et tant de tangos

pas pour faire les beaux

mais pour nos abrazos

pris au lasso de nos bras

Tu es sortie du lit blanc

dans ta nuisette blanche

la pâleur de ton visage

éclaboussa mes 70 ans

je mis notre tango

Libertango d'Astor Piazzola

chanté par Guy Marchand

« Moi je suis tango, tango J'en fais toujours un peu trop Moi je suis tango, tango Je ne connais que des rimes en "o" Moi je suis tango, tango J'ai cette musique dans la peau Moi je suis tango, tango Elle me glace jusqu'aux os Moi je suis tango, tango Je l'étais dans mon berceau Moi je suis tango, tango Je le serai jusqu'au tombeau Moi je suis tango, tango Toutes les femmes sont des roseaux Moi je suis tango, tango Que je plie dans un sanglot

J'aime Dire "je vous aime" Même Si c'est un blasphème J'aime dire "Je t'aimerai toujours" Même si Ça ne dure qu'un jour Même si Je n'ai jamais eu d'humour, Il ne m'en faut pas Pour te faire l'amour, Je te serai Toujours fidèle Comme je le suis A Carlos Gardel »

Séparés

à 30 centimètres

l'un de l'autre

respectueux du code

nous avons fait l'abrazo

Je t'ai enlacée comme ça

ma main gauche légère

prenant ta main droite légère

à bout de bras souple

mon bras droit juste

sous ton épaule gauche

pas trop serrée à moi

pour la liberté de tes figures

de tes passes

toi qui savais me mettre

dans l'impasse

où glisser ma jambe ?

Front contre front

nous avons fait

un pas de côté

une marche glissée

et décroisée de 8 pas

8 passes croisées

décroisées

pieds bien sur terre

sans ronds de jambes

nous touchant

du buste

des cuisses

des genoux

des jambes et des pieds

une fente

une feinte

des sourires entre nous

pas un mot entre nous

tango veut dire toucher

Un raidissement

Tu passas dans mes bras

ton dernier souffle

soufflé dans ma bouche

J'ai continué à danser

avec ton corps chaud

abrazo

encore souple

les infirmières n'ont rien fait

pour nous séparer

séparer vie et mort

J'ai dansé un tango

de mort et de vie

notre dernier tango

sans Paris sous nos pieds

sans le ciel de Paris

sur nos têtes

le 29 novembre 2010

à 21 H

Je t'ai déposée sur le lit

j'ai rabattu le drap blanc

caressé tes jambes

embrassé tes mains

et ton visage

baisé tes lèvres

j'ai fermé tes yeux

et j'ai dit

« je t'aime »

Parce que j'aime Dire "je t'aime" Même Si c'est un blasphème

Puisque tu n'es plus mienne J'aime dire "Je t'aimerai toujours" Puisque ça durera jusqu'au jour

Où je passerai pour toujours

Le 29 novembre 2015 à 21 H

Jean-Claude Grosse

(texte écrit suite à l'atelier d'écriture du 26 novembre 2015 dans la galerie de l'ambassade d'Argentine ; cours de tango assuré par le maestro Coco Dias ; artiste exposé: Alberto Bali ;

avant de commencer j'ai lu Uno et Cambalache, deux tangos célèbres de Enrique Santos Discépolo la consigne a été : personnaliser en utilisant les pronoms personnels Je-Tu-Nous, les possessifs; personnifier les parties du corps en contact: fronts, joues, mains, bustes, cuisses, genoux, pieds, en notant la possible dissociation des parties en question tant chez l'homme que chez la femme

un autre atelier a eu lieu le 17 décembre 2015)

restent les lèvres, rouges, si rouges que le moindre souffle peut emporter

restent les lèvres, rouges, si rouges que le moindre souffle peut emporter

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Emmanuelle, nous et moi/J.C. Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

Emmanuelle, nous et moi/J.C. Grosse
Emmanuelle, nous et moi/J.C. Grosse
Emmanuelle, nous et moi/J.C. Grosse
Sylvia Kristel, l'Emmanuelle des films portant le prénom rendu célèbre par les romans d'Emmanuelle Arsan, est partie à 60 ans, le 17 octobre 2012.
Je sais que son statut d'icône, de star lui a pesé, qu'elle a déprimé, qu'elle s'est adonnée à des addictions destructrices, qu'elle s'est rétablie grâce à la peinture et sa rencontre entre autres avec Hugo Claus. Son autobiographie Nue (Le Cherche Midi) raconte ce chemin d'épreuves.

 1974-emmanuelle-la-chaise


Emmanuelle Arsan, un pseudonyme, l'auteur des Emmanuelle et de bien d'autres histoires, est partie fin juin 2005 (lire sa lettre du 31 mars 2005)

J'ai eu une correspondance extraordinaire avec elle de 1988 à 2005 sans jamais la rencontrer. C'était notre pacte. Ça a donné deux livres: Bonheur et Bonheur 2. Le 1° est épuisé, le 2° est encore disponible.

Ce n'est qu'après sa mort dans des conditions terribles que j'ai rendu visite à son mari, deux fois, que j'ai filmé la maison appelée Chantelouve d'Emmanuelle.
 
 
Son mari était un homme plein d'humour, d'une culture considérable. Il m'a donné les poèmes qu'il a écrits pendant et après la grave maladie de Marayât.

Il est parti en avril 2010, avant que je ne le revois une 3° fois comme on en avait convenu. Cela s'est joué à 15 jours près.

Emmanuelle Arsan n'avait pas aimé ce que les réalisateurs avaient fait de son oeuvre littéraire.

Je ne pense pas qu'elle était hostile à Sylvia Kristel. Elle-même était apparue sur l'écran dans La Canonnière du Yang Tsé  avec Steve McQuenn sous le nom de Marayat Andriane. Ce n'est pas à ce nom que je lui écrivais.

L'article ci-dessous raconte la rencontre avec l'oeuvre et la personne d'Emmanuelle.

Emmanuelle Arsan avait appréciée cette lecture plurielle de son oeuvre.

JCG

 
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Photo prise par Emmanuelle Arsan, parue dans le N° 12 de la revue Aporie,
avec cette légende:
... mes amies mortes, leur jeune corps, leur blondeur, leur joie irremplaçable,

la langue morte de leur souffrance et la cendre de leur beauté.
 
Je mets en ligne un article sur MAI 68, paru en 1989, dans le N° 12 de la revue Aporie: Le mythe, N° épuisé. Cet essai se nourrit de l'expérience de 68 qu'a eu l'auteur, XXX, et de sa correspondance avec Emmanuelle Arsan, qui collabora à 3 N° de la revue, les N° 10-11 et 12, correspondance qui donna naissance à un livre: Bonheur, publié par Les Cahiers de l'Égaré, en 1993, épuisé.
 
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Bonheur 2 a été publié en 2008, 15 ans après
il est toujours disponible
 
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Bonheur 2 d'Emmanuelle Arsan et Jean-Claude Grosse, correspondance heureuse
ISBN: 978-2-35502-003-2   15X21   136 pages   15 euros
 
31 mars 2005 (dernière lettre reçue, elle s'en allait 3 mois après)
Cher J.-C. G.
La maladie a interrompu ma lecture de Pilar Sanchez Orozco, Actualité d’une sagesse tragique (La Pensée de Marcel Conche), 2005, Éd. Les Cahiers de l’Égaré et les premières, prématurées et sûrement imbéciles réactions que m’inspirait son étude de la philosophie de Marcel Conche.
Pendant plus d’un mois, à l’hôpital, je n’ai ni lu ni écrit. Je ne sais si et quand je pourrai me remettre à ces plaisirs de mon passé.
Ce soir, je veux simplement vous redire que l’amitié d’homme de cœur et de poète qu’avec tant de discrétion et de tolérance vous me montrez depuis de si nombreuses années est un bonheur de ma vie. Je vous en sais un gré infini et je ne l’oublierai jamais.
Si, au risque de ne pas avoir de bonne réponse, vous continuez à me tenir au courant de votre combat pour l’intelligence et pour la beauté, mon bonheur se prolongera.
Votre amie.
E. A
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Les photos accompagnant cet article sont des portraits d'Emmanuelle Arsan.
Un autre essai sur MAI 68 a été publié en 1986 dans le N° 6 de la revue Aporie, consacré à La crise:

13 N° de la revue Aporie sont parus entre 1982 et 1990.
Le dernier N°, le N°14, consacré au vent, n'a été, comme son objet, que du vent.
grossel
 
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pour Emmanuelle Arsan,
 
EMMANUELLE, NOUS ET MOI

OU
DU PLAISIR DE CROISER DES ÉCRITURES

C'est le 4 juin 1968 que j'ai osé aborder Emmanuelle.
68. Paris. Quartier latin. L'imagination au pouvoir.
Retrouvée la force des mots-tocsin. Du vent, semble-t-il, des pétales tombés sous les talons d'une danse mais l'homme pourtant, avec toute son âme, ses lèvres, sa carcasse...
Rejoint par nous de 68, Vladimir Maïakovski, le poète des mots-tocsin: Désembourbez l'avenir nous crie-t-il depuis 1925 et à moi: Calcule, réfléchis, vise bien et avance -ne serait-ce que dans le détail- chez toi, à table, dans tes rapports, les moeurs pour atteindre la taille de la puissante vie à venir.
Et nous de 68 de lui répondre sur les murs où s'écrit la parole en archipel par la salve d'avenir de René Char: Vivre devient la conquête des pouvoirs extraordinaires dont nous nous sentons profusément traversés mais que nous n'exprimons qu'incomplètement faute de loyauté, de discernement cruel et de persévérance. La bêtise aime à gouverner. Arrachons lui ses chances.

Et moi avec les feuillets d'Hypnos: Obéissez à vos porcs qui existent. Je ne plaisante pas avec les porcs. Je me révolte et me soumets à mes dieux qui n'existent pas. Poésie, la vie future à l'intérieur de l'homme requalifié. (Mon héros, je l'imagine poète. C'est pourquoi il mythifie 68. L'auteur, XXX.) (La poésie du héros est fascinée par l'absence, ce qui n'est pas; elle est plaintive à l'égard de ce qui est. À cette poésie de la nostalgie, de l'utopie, j'oppose la poésie de la présence, poésie de l'acceptation, de l'acquiescement à ce qui est. Alors le séjour de l'homme est séjour du divin selon Héraclite. Note de l'éditeur: J.Cl.G, directeur de la revue APORIE où ce texte est paru, qui a souhaité croiser son écriture avec celle de l'auteur, XXX.)

Beaucoup de monde. Prenant plaisir à parler, écouter, échanger, partager. Audace des idées, chaleur des sentiments, force des émotions, subtilité des sensations. Fête de l'esprit et des corps. Impossible de ne pas rencontrer celle qui veut changer l'amour au milieu de ceux et celles qui veulent changer la vie. Je suis de ceux-là. Je la rencontrerai donc. J'ai beaucoup entendu parler d'elle. En bien. En mal. Elle a des partisans, des détracteurs. Les ambivalents. Les sceptiques. Les imbéciles: Que va-t-on faire de notre liberté puisque l'érotisme est libérateur? Allons-nous passer nos jours à rien d'autre qu'à faire l'amour en imaginant des positions nouvelles, des combinaisons inédites? Les hommes auront-ils assez de sperme pour tant d'orgasmes? Les femmes ne vont-elles pas avoir leurs orifices irrités? A-t-on trouvé d'autres adoucissants que le beurre? (Le Sida et le Stob - il s'agit d'une maladie nouvelle, encore inconnue du grand public, aux effets similaires à ceux du Sida; elle s'attrape quand on fait l'amour sans amour; elle a été mise au point par des virus préoccupés de vertus - n'ayant pas encore été découverts à l'époque, en 68, il est facile à l'auteur, XXX, de faire de l'ironie et de ridiculiser les imbéciles en leur faisant poser des questions saugrenues. Aujourd'hui, les mêmes imbéciles posent des questions pleines de bon sens, dans le vif du sujet. Note de J.Cl.G.) ( J.Cl.G. fait de l'ironie pour me ridiculiser mais je lui fais remarquer 1° que les expressions qu'il emploie: saugrenues et dans le vif du sujet sont déplacées, 2° que le pape fait des prouesses en refusant d'utiliser les préservatifs des imbéciles. L'auteur, XXX.)

Et d'autres, snobs: l'érotisme sadien, c'est quand même autre chose, Histoire d'O, bien mieux écrit. Chacun a son mieux: Sexus, c'est bandant un max! Lolita, pervers comme tout, c'est chou!

Qui se souvient cependant que toute cette littérature érotique a difficilement vu le jour entre 1945 et 1967. Censures, interdictions, procès, éditions clandestines, 68 a permis de déculotter les partisans de l'ordre moral, héritiers des ligues de moralité publique et autres inquisiteurs. Et hop! un bras d'honneur pour les censeurs! Vive l'érotisme rose, soft, hard, noir! (Mon héros, je l'imagine Scorpion, signe placé sous l'influence du sexe et de l'anus. L'auteur, XXX.) (Heureusement que la censure reprend du poil de la bête pour protéger notre belle jeunesse de le lubricité, da la vulgarité, de la pornographie, de la moquerie, de la provocation. J'apprends avec satisfaction que les juges viennent d'interdire L'Os de Dyonisos de Christian Laborde et qu'un proviseur de lycée ne veut pas que La pornographie de Witold Gombrowicz pénètre dans sa bibliothèque. Enfin des gens à rebrousse-poil des adeptes d'à poil. J.Cl.G.) (Je relève avec perversité que les fléaux dénoncés par J.Cl.G. sont du féminin. J.Cl.G. a-t-il peur de la femme? L'auteur, XXX.)

Troublé par tant d'opinions contraires sur Emmanuelle, je veux en avoir le coeur net. J'ai 28 ans. Je suis encore puceau. L'érotisme libérateur, ça me tente. Je veux la connaître.

Elle, une parmi le monde, ce 4 juin 1968. 18 ans. Nue. Belle. Je suis saisi par l'impression de bonté qui émane d'elle. La beauté d'émail du visage s'oublie dès que l'engouement la gagne. L'on n'a plus envie de dire: comme cette fille est belle! mais: comme elle a l'air sympathique.! Je pense même: comme elle semble heureuse! Elle est célèbre. Un mythe vivant. Personne ne se souciant de l'auteur d'Emmanuelle. Chacun rêvant de faire l'amour à cette fille conçue pour satisfaire ses fantasmes et désirs.

 
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Aussi l'auteur vit-il depuis dans l'anonymat. L'auteur de cette héroïne érotique, créateur d'un mythe dont personne ne sait ce qu'il durera, les métamorphoses qu'il connaîtra car d'autres s'en saisiront - les uns pour l'abaisser, les autres pour l'élever - a doublement raison de rester dans l'ombre:
1. Le public lui préfère son héroïne si souple à l'emploi et jamais décevante quand la réalité trop raide l'est souvent,
2. en restant anonyme, elle interdit tout passage à l'acte sur elle, ses rêveries à bâtons rompus pouvant devenir verges réelles pour se faire battre ou tous autres usages; elle renvoie chacun de ceux que son héroïne met debout, à genoux, ou toute autre posture, à l'usage qu'il veut faire, peut faire de l'énergie qui réveillée en lui ne demande qu'à jaillir; elle le renvoie donc à son auto-érotisme, son onanisme, son narcissisme; apprends à t'aimer avec Emmanuelle afin d'aimer femme réelle! nous dit Emmanuelle Arsan.

 
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L'auteur anonyme a très vite compris qu'il n'a pas à se mêler de l'usage que les uns et les autres font de son héroïne qui devenue mythe par son immense succès lui échappe, qu'il n'y a pas un bon usage, une bonne interprétation d'un mythe, que tout mythe est protéiforme et polysémique.

Cela dit, le succès d'Emmanuelle ne suffit pas pour en faire un mythe. Si elle est l'oeuvre au noir de son auteur, si elle a donné corps aux attentes de ce temps, elle a aussi pris corps dans l'histoire des mythes de l'amour, distante avec Yseut et Juliette, intime de Sappho et de Bilitis. Quant à son aventure, elle a les caractéristiques - en 68, on disait la structure - de toute aventure mythique telle que les a dégagées Joseph Campbell: un héros s'aventure hors du monde de la vie habituelle et pénètre dans un lieu de merveilles surnaturelles; il y affronte des forces fabuleuses et remporte une victoire décisive; le héros revient de cette aventure mystérieuse doté du pouvoir de dispenser des bienfaits à l'homme, son prochain; le monde fabuleux que tend à découvrir le héros moderne étant l'homme, cet étranger à lui-même. Emmanuelle est une héroïne de notre temps, un mythe pour notre temps, exploratrice d'Eros et d'Agapé: - Tu es mon amant dit-elle à Bruce. C'est parce que je t'aime. N'importe qui n'est pas mon amant. Mais il est plus difficile encore d'être mon mari. Et il est encore mieux d'être mon mari. Tu ne me connais pas depuis très longtemps, je sais. À peine un mois. Je n'ai pas besoin, moi, d'un siècle pour savoir qui je peux aimer. Mais pour toi ce n'est pas si commode. Il n'y a pas que moi à connaître. Il y a tout ce monde, cette maison. Et même d'autres gens qui ne sont pas ici et m'importent autant que ceux qui m'entourent. Je te demande peut-être un peu trop - nous livrant le mot de la fin: J'aime! J'aime! J'aime! Sans qu'aucun de nous puisse dire à qui ce cri s'adresse ni quel est son objet, libre par suite de décider de son destinataire et de son projet. Ce mot, ce cri de la fin nous ouvre à l'amour libérateur. Mais, et cela participe aussi du mythe, ses effets ne peuvent être que divers et contradictoires. Nous libère-t-il de l'amour exclusif, possessif, de la jalousie et de l'ennui, du mariage et de la fidélité, de la morale bourgeoise, nous libère-t-il de nos envies d'aventure, de romance, de passions entretenues par ces livres et films que nous consommons à la recherche de risques exaltants, de jouissances inédites, d'extases, cultivant nos illusions de liberté et de plénitude, nous libère-t-il de cette opposition plus ou moins neutralisée, dégradée, héritée d'une histoire assez récente - celle de l'amour et de l'Occident - ?

- Bonjour. Je vous aime. Je vous ai écrit quelques poèmes.(Mon héros doit vous paraître vieux jeu puisqu'il y a belle lurette que l'on ne fait plus de déclaration d'amour. Il choisit de décider d'aimer plutôt que de tomber amoureux. Amour-action opposé à amour-passion. L'auteur, XXX.)

- Tu choisis de m'aimer. Moi aussi. Je ne veux t'obliger comme tant de filles soi-disant libérées, au cérémonial du flirt romantique, hérité de l'amour courtois. Je suis femme et renonce aux caprices de l'idole qui veut être priée, adorée et ainsi supplicie, fait brûler de désir qui la désire et veut la connaître. Etre aimée de toi ne m'autorise aucun pouvoir sur toi. Je renonce au plaisir de te faire souffrir pour partager ton désir de me faire plaisir. Dénouant la chaîne du malheur, nous rendons possible la grande danse du bonheur.

Elle rit de plaisir, donne un baiser à la ronde, à tout le monde, sans distinction de sexe, de grade, de classe, de race. Grande embrassade. Joyeuse sarabande. Bonheur. Mes 28 ans ne savent où donner des lèvres pour ces multiples baisers.

Daniel - DCB rappelez-vous! - lut un de mes poèmes au mégaphone. Le poème devint célèbre. Une strophe est restée longtemps dans toutes les mémoires jeunes. Ceux qui la chantaient ignoraient que je l'avais écrite pour elle. Ils se l'appropriaient. J'étais content. (Des gens du Show-biz m'ont fait remarquer qu'ayant négligé de la déposer à la SACEM j'ai perdu une fortune.)
Son titre:

 
Mite pour mythe
se monter un bateau
et (ou)
monter en bateau

La fille que j'annonce
est fille de grand vent
porte tout dans ses flancs
à rien ne renonce.
Elle va et vient
de toi à moi
pour lui avec nous
sans séparer rien.

Fille d'Aphrodite
soeur de Sappho
ouvre aux grands parcours
nos amours de rêves
loin des labyrinthes
où nous nous perdons
pour oublier Ariane
cousue de fil blanc!

Ce jour-là je devins un des amants, inexpérimenté mais imaginatif, d'Emmanuelle. Je suis rentré chez moi - une chambre d'étudiant - en face de la Bourse où plus personne ne jouait. La vue du nu, les multiples baisers, ça m'avait formidablement ému. J'avais envie d'être soulagé. Les doigts serrés d'Emmanuelle montaient et descendaient, moins timides à mesure que la caresse se prolongeait, tour à tour étranglant la chair tumescente ou relâchant son étreinte, frôlant à peine la muqueuse ou la harcelant, massant à grands mouvements de poignet ou agaçant à petits coups sans merci. Emmanuelle reçut, avec une exaltation étrange, le long de ses bras, de son ventre nu, sa gorge, son visage, sur sa bouche, dans ses cheveux, les longs jets blancs et odorants que dégorgeait enfin le membre satisfait. Épuisé mais libéré, je me suis endormi. (Je pense que le lecteur doit comparer cette description bandante et égouttante avec n'importe quelle scène érotique et ragoûtante d'Emmanuelle: Oubliant ses résolutions, elle resta longtemps clouée à son pan de balcon. Elle découvrit un nouveau langage de signes dont elle n'avait jamais auparavant pressenti la possibilité. L'indiscrétion de cette langue végétale était plus lascive encore que ne l'est celle des mains qui parlent. Emmanuelle apprit ainsi à lire dans l'ondulation suggestive des inflorescences les souffles du plaisir qui leur venaient d'en bas. Les succions d'air et les goulées qui faisaient dialoguer les corolles sur leurs longues queues et qui vidaient les étamines de leur pollen énonçaient avec une silencieuse impudeur l'audace carnivore des amants cachés. Note de J.Cl.G.) J'avais vécu avec Emmanuelle dans la Licorne envolée, ce berceau ailé loin de la surface de la terre, une expérience heureuse, une nouvelle façon de s'aimer. Il m'avait suffi de me laisser aller aux délices de l'abandon, comme elle, pour que les fantasmes accourent, m'ouvrant la voie de l'aventure. Je venais de faire l'expérience que l'art et l'amour se rejoignent en ceux qui se masturbent pour que leur arrivent des histoires moins répandues et plus belles que celles qu'ils trouvent dans les livres et les revues. (Je ne cautionne pas du tout cet éloge grandiloquent - débilitant - délirant de la masturbation qui, dois-je rappeler, rend sourd. Je conseille aux mamans de 1989 l'attitude d'Éléanor, la femme du président Franklin Roosevelt qui liait les mains de sa fille âgée de 3 ans au rebord supérieur de son berceau pour l'empêcher de se masturber. Plus tard les liens de soie furent remplacés par des constructions métalliques fixées aux mains de l'enfant comme des gants de boxe à machicoulis. La petite Anna prétendait que c'était de petits château-forts et que les gens glissaient un oeil à travers les meurtrières de leurs murailles. J'ai trouvé cette information édifiante dans The New York Review of Books, Vol.XXXVI, Number 18, de novembre 1989. Note de J.Cl.G.) Par fatigue, je ne suis pas entré dans son Vert paradis où elle m'aurait fait jouir de 1.000 manières toutes érotiques, me faisant aimer l'amour.

Le lendemain, heureux d'avoir découvert que je pourrais dorénavant être un artiste de l'amour en me masturbant de 1.000 et 1 façons, j'ai adhéré pour changer la vie à un des partis se réclamant de Trotsky. (Mon héros est un idéaliste. L'auteur.) (Les idées douces et généreuses des idéalistes sans pouvoir deviennent les idées féroces et sanglantes des totalitaristes au pouvoir. J.Cl.G.) (Les notes de J.Cl.G. dénotent sa soumission aux modes intellectuelles et son impuissance à penser. La notion de "totalitarisme" n'est pas un concept mais une notion idéologique produite pour poser sans avoir à la définir la notion de "démocratie". Il suffit grâce à ce tour de passe-passe d'affirmer que la démocratie est le contraire du totalitarisme comme la civilisation est le contraire de la barbarie. Cette dénotation sans définition justifie la très pratique connotation: "bonnes" démocraties de l'Ouest - pays de libertés et d'initiatives - opposées aux "mauvais" totalitarismes de l'Est - pays d'oppression et de servitude volontaire. Mais à la mi-novembre 1989, J.Cl.G. doit bien voir que la notion de "totalitarisme" trop simpliste, mystificatrice, ne pouvait prévoir et ne peut rendre compte des événements qui secouent l'URSS et les pays de l'Est ni de ceux qui les ont secoués pendant toute l'ère stalinienne et brejnevienne. Mon héros a raison de préférer la lecture de Trotsky à celle de Glucksmann ou d'Afanassiev. L'auteur.) (Les notes de l'auteur dénotent son incapacité à sortir de la langue de bois et de la vulgate marxiste qui oppose capitalisme exploiteur et socialisme libérateur, dictature minoritaire des bourgeois et dictature majoritaire du prolétariat. Mais à la mi-novembre 1989, l'auteur doit bien voir que les grandioses réalisations du socialisme scientifique n'étaient que du vent, que les pays de l'Est veulent comme dit Glucksmann sortir du communisme pour rentrer dans l'histoire. L'échec économique du communisme est tellement évident que plus personne ne doute que l'avenir appartient au capitalisme. Comme ce mot a une connotation péjorative distillée par le marxisme, on lui substitue avec raison, aujourd'hui, le concept d'économie de marché, de libéralisme, qui permet de faire parler la vérité des prix par la liberté des prix. J.Cl.G.) Cela mérite une explication à posteriori. Je la propose bien que sachant quand on prétend y voir clair, qu'en réalité on s'aveugle. À 28 ans, j'étais encore étudiant, et toujours puceau. Ethnologie, sociologie, psychologie et philosophie (des disciplines reines, aujourd'hui peu recherchées), cela prend du temps et c'était passionnant. Avec les professeurs que j'ai eus et que j'ai plaisir à nommer: Roger Bastide (Les religions africaines au Brésil), Lévi-Strauss (La pensée sauvage), Balandier (Afrique ambiguë), Leroi-Gourhan (Le geste et la parole), Henri Lefebvre (Critique de la vie quotidienne), André Martinet en linguistique, Roger Martin en logique, Guilbaud (Le raisonnement mathématique), Rougier (Traité de la connaissance), Éric Weil (Logique de la philosophie), Ricoeur (De l'interprétation), Marcel Conche (Pyrrhon ou l'apparence, publié aux éditions de Mégare - Villiers -sur -mer - Calvados)... De quoi se poser toutes les apories du monde en découvrant la diversité des coutumes, des valeurs, des visions du monde, mais aussi la possibilité - nécessité d'universaux, de valeurs moins relatives, en découvrant l'histoire, selon des rythmes très différents, des changements mais aussi l'existence de résistances et de permanences. De quoi avoir d'intenses et durables envies d'amour libre car comprendre, essayer, comparer, choisir sont bien des manifestations d'amour libre. Ces hommes et ces livres m'ont mis en appétit. Et je n'aime depuis que les livres qui me dilatent. Autant dire que je ne lis aucun des livres rapetissants des grandes surfaces. Mes livres, je les trouve sous le manteau. Ils ne sont jamais présentés à Apostrophes. Je ne regarde donc pas cette émission pornographique et voyeuriste. D'ailleurs, je n'ai pas la télé. J'ai vite compris qu'avec elle je perdais mon temps, ne pouvais faire l'amour qu'à la va-vite et vivre ma vie au ralenti puisqu'elle n'existe que pour nous sucer tous ensemble, confisquer l'énergie créatrice. Au vide sanitaire, la mamelle planétaire pour infantiles à perpétuité!

Nous comparant aux Bororo, je me sentais étriqué dans mon corps vêtu et non peint. Nous comparant aux Kwatiutl, je préférais leur société du potlatch à notre société du profit. Nous comparant aux Muria, je nous trouvais en retard de 1.000 ans pour l'éducation sexuelle et sentimentale. Mal dans ma peau, mal dans ma société, mal dans mon époque mais n'étant ni Bororo, ni Kwatiult, ni Muria, je me devais d'agir. Autant agir pour tout bouleverser, pour la révolution permanente et mondiale. J'étais mûr pour rencontrer Trotsky. Aujourd'hui je me droguerais peut-être d'une des multiples manières proposées sur le marché. Je préfère avoir choisi le mythe-révolution qu'avoir été choisi par la drogue. Au pavot, j'ai préféré le pavé.

Nous étions cinquante au Parti et l'avenir du monde était entre nos mains. J'y ai consacré treize ans de ma vie, toujours un pas en avant des masses, et jamais trois, le temps d'aider les masses à porter au pouvoir, parce qu'elles ne pouvaient pas trouver mieux, le socialiste Mitterrand. Dures années passées à combattre pour transformer le monde et changer la vie. Je voulais changer la vie pour que le canot de l'amour ne se brise pas contre la vie courante. Je ne voulais pas avoir à écrire comme le poète-tocsin: L'incident est clos. Je suis quitte avec la vie. Inutile de passer en revue les douleurs, les malheurs et les torts réciproques. (Transformer le monde, changer la vie: belles expressions, faciles à dire, difficiles à réaliser. Mythes générateurs d'apories: on combat pour changer la vie, mais on néglige sa vie; les questions du mode de vie seront abordées après la révolution comme en Russie après 1917 jusqu'en 1927 - lire: Changer la ville, changer la vie d'Anatole Kopp -, en attendant on vit selon le mode de vie dominant et aliénant: le mode de vie bourgeois, individualiste et sexiste; beaucoup d'amour et d'énergie pour les autres devenus les masses et pendant ce temps peu d'amour et d'énergie, par fatigue, pour toi que je ne sais pas aimer. Mon héros, 20 ans après, n'est pas convaincu du tout que ce qu'il pense aujourd'hui est plus juste et plus lucide que ce qu'il pensait hier et pas convaincu du tout que les exécuteurs - ils sont légions - du mythe-révolution - dépassé et peu porteur comme ils disent - ont raison. L'auteur.) Enrichi par la réflexion et l'action de ceux qui nous ont précédés, m'appropriant l'histoire non officielle des luttes d'émancipation et de libération contre l'exploitation, l'oppression, l'obscurantisme, jamais je n'ai pris le parti en défaut dans l'action: toujours avec les exploités et les opprimés, toujours pour les causes justes et généreuses. (Ce discours de héros partisan est caractéristique du mythe-révolution: manichéen - bons et méchants -, excessif et mystifiant: les mots renvoient à des absolus dont l'évidence dispense de toute définition. J.Cl.G.) (voir ma note sur les notes de J.Cl.G. L'auteur.) Ce que j'ai appris sur le plan théorique, politique, historique, organisationnel a fait de moi un homme relié au monde et à son histoire, en prise sur le monde et son devenir, un homme exigeant dans l'analyse, efficace dans l'action. N'attendant pour l'analyse rien des journalistes médiatiseurs, pour l'action rien des politiciens à langue de bois, rien des publicistes à langue de vent. (Attention le héros monte en bateau pour sa traversée en solitaire.J.Cl.G.). Je gagne ainsi beaucoup de temps à ne pas lire la presse, ne pas têter la télé, ne pas fréquenter les vedettes de toutes tailles qui se croient indispensables. J'évite aussi coquettes sceptiques, cocottes cyniques, grenouilles bénites, autruches confites. Toutes les espèces de contemplatifs: téléspectateur bavard, sage silencieusement serein, drogué shooté, alcoolique givré, mystique illuminé, égoïste indifférent, lecteur du grand livre du mois, imbécile je m'en foutiste, rigolard impuissant, naturiste transi, mélomane averti. Et toutes les espèces d'hommes d'action: supporters de football, boldoristes, véliplanchistes, parapentistes, élasticomanes, pétaradomanes. Etc. Etc. Pour être relié au monde, profondément solidaire du monde, je suis volontairement devenu solitaire, choisissant celles et ceux auxquels je donne la main, avec lesquels je veux pour changer nos vies commencer par refuser bien des comportements majoritaires: PAP, crédit personnalisé pour l'auto à coefficient de pénétration nul, la cuisine ultra-fonctionnelle, le salon chic pour la vie, la télé multibranchée et les appareils audiovisuels télécommandés par l'électronique nipponne, (Le héros ignore tous des performances des micro-ordinateurs et il se croit en phase avec le monde. J.Cl.G.), voyages organisés, sorties-restaurants, spectacles à voir absolument, chefs-d'oeuvre à ne pas manquer, loto, tiercé, bourse, mode et gadgets, gaveries-beuveries de fin d'année, petits regrets éternels de Toussaint, commémorations sans mémoire. (Certes, je ne peux changer certains des aspects de ma vie, en particulier sur le plan des conditions matérielles d'existence mais je peux si je veux me trouver des niches - d'espace - et des plages - de temps - pour des activités qui me fassent du bien au sexe, aux sens, au coeur, à l'esprit.) (Le héros ne nous monte-t-il pas un bateau puisque tout en critiquant le mode de vie bourgeois individualiste, il vit de façon encore plus individualiste? J.Cl.G.).

En choisissant Trotsky, j'ai pu comprendre le balancement du flux de mai au reflux de juin c'est-à-dire pourquoi 10 millions de travailleurs en grève en mai ont repris le travail en juin pour des élections qui ont remis droite et patrons au pouvoir pour treize ans (Jusqu'à ce que le gauche adroit Mitterand gagne avec l'aide du parti - mais il se répète). C'était l'oeuvre des appareils bureaucratiques. (Mon héros aime les explications simples. L'auteur.) (Simplistes. J.Cl.G.)

(Pendant l'été 68 à Paris on trouvait sur d'innombrables étalages des textes marxistes, léninistes, trotskystes: Lambert - Krivine - Laguillier, maoïstes: différentes espèces avec grand succès du petit livre rouge, gauchistes: différentes sortes, spontanéistes, anarchistes, situationnistes, freudo-marxistes. À noter l'absence de textes communistes et socialistes. Les groupuscules comme les appelait le PC - l'actuel PS n'existait pas encore - ont produit de la théorie. Les grands partis n'en produisent jamais: c'est pratique quand la règle du jeu politique c'est l'opportunisme. Aujourd'hui on ne trouve plus aucun de ces innombrables textes qui permettaient de ne pas être déboussolés. Aussi je demande au lecteur de m'excuser si je ne peux lui expliquer ce que mon héros entend par "appareil bureaucratique". L'auteur.)

Mais avant de comprendre l'échec politique de 68, j'ai vécu ce printemps comme un grand mouvement de libération. Et d'abord de l'esprit. Des concepts ont connu là un usage massif: aliénation, réification, oppression, exploitation, lutte des classes, appareils stalinien et réformiste, bureaucraties syndicales, indépendance de classe, minorités agissantes, actions exemplaires, contestation, répression, récupération. (Voir ma note précédente.) Toutes les institutions étaient soumises à la critique: famille, école, entreprise, état, justice, médecine, urbanisme, armée, police, église... Rien ne résistait au dévoilement et à la démystification. Tout rapport de force était pointé. Mauvaise foi, justification, camouflage idéologique repérés et dénoncés. Pour transformer la société, pour changer la vie, il fallait d'abord critiquer, soupçonner, faire le procès de ce qui existait - des idoles, pas des hommes - avec pour seule arme, la lucidité: acuité du regard, précision du langage. (Le héros exagère. J.Cl.G.)

20 ans après, que reste-t-il de ces mises à nu qui n'ont pas été des mises à mort? Les institutions oppressives ont résisté à leur démystification. La famille dont personne ne doutait qu'elle était le lieu de l'exploitation de la femme et de l'oppression de l'enfant, je ne sais par quelle opération du Saint Esprit, est redevenu foyer de chaleur humaine, lieu d'épanouissement. La preuve: on divorce de plus en plus, l'union libre se répand, pères ou mères célibataires se multiplient, la femme émancipée qui a métier - foyer travaille plus de 70 h par semaine. L'école a cessé magiquement d'être le lieu de la reproduction des inégalités socio-culturelles pour retrouver tout aussi magiquement sa vocation de démocratisation par l'égalité des chances et l'ouverture sur la vie. La preuve: en l'an 2000, 80% d'une classe d'âge aura le bac puisque l'illétrisme se développe et que l'ignorance se répand. L'entreprise n'est plus grâce aux sorciers de la finance le lieu de l'extorsion de la plus-value. Elle est redevenue grâce au miracle économique l'outil indispensable au progrès social. Nous n'avons plus le patronat le plus bête du monde. Nous avons des chefs d'entreprise à l'esprit entreprenant, animés par la volonté de gagner. La preuve: les licenciements, les reconversions, les dérèglementations diverses, la régression du pouvoir d'achat, le développement du chômage. L'État n'est plus grâce à la transparence médiatique au service de la classe dominante. Il est redevenu par le pouvoir de la télé, démocratique, soucieux de justice sociale. La preuve: les gens ne font plus la différence entre politique de droite et politique de gauche, les uns gouvernant comme les autres, et l'abstention augmente. (Le héros se moque de nous. J.Cl.G.)

Que s'est-il passé? Les outils du soupçon ont été discrédités, les théories émancipatrices traitées d'idéologies, de mystifications, de vieilles lunes. Le marxisme ignorait qu'il était un messianisme hérité du mythe du paradis terrestre et porteur de totalitarisme. Le freudisme, qu'il était un anarchisme ouvrant la porte à tous les dérèglements et débordements érotico-sexuels et responsables du déclin de l'Occident. L'époque ne veut plus de théories, ce sont toujours des idéologies. Plus de projets, plus de programmes. On fait la politique du coup pour coup au coup par coup, la politique du comme-partout-ducon-partout, du petit pas en avant - deux grands pas en arrière. On navigue au jour le jour, on évite les écueils, on oscille d'un bord à l'autre - ce n'est même plus de Charybde en Scylla -, on balance un peu à gauche - pas mal à droite. On prône l'ouverture et le consensus, on marie laïcité et tolérance et c'est Jeanne d'Arc contre Mahomet. On parle de partenariat, de pacte social et c'est l'enculage généralisé avec les appareils syndicaux comme adoucisseurs. On proclame l'état de droit et tout le monde, à tour de rôle, doit descendre dans la rue pour faire valoir ses droits. On tonitrue avec les droits de l'homme et les passe-droits sont à la barre. On déclame la transparence et on parle les doubles langages. (Le héros fait de l'ironie. Mais le réalisme politique, c'est changeant, excitant. Il devrait être content J.Cl.G.) (C'est tellement changeant que c'est toujours pareil. Quand on ne veut pas changer les structures, on dit vouloir changer les mentalités. L'auteur.)

N'empêche que les gens en place, ceux qui ont le pouvoir et l'argent ont su récupérer les théories émancipatrices. Les politiciens indifférentiables savent se servir pour leur usage du marxisme. Et les publicistes, du freudisme. (J'aimerais que le héros donne des exemples J.Cl.G.)

Évidemment, un tel renversement n'est pas sans effets. Les hommes d'action sont devenus hommes de dérision. Les hommes de révolution, hommes de participation et de co-gestion. Ceux qui avaient du bonheur à perdre sont des gagnants à tout prix. Les baudelairiens sont devenus borgésiens (c'est proche alphabétiquement, voisin phonétiquement mais sémantiquement pas du pareil au même). Ceux qui se servaient de leur tête prennent leur pied. L'humour a remplacé l'esprit. (L'auteur anonyme d'Emmanuelle, ayant lu mon brouillon, m'a gentiment renvoyé au Robert pour que je relise les définitions du mot "humour". Il a raison. En 1989, on a perdu l'esprit et le sens de l'humour. L'auteur.) On ne cherche plus du nouveau, on collectionne de l'ancien. C'est le temps de l'esbroufe, de l'épate, du faux-semblant, du kitsch. Le temps du bon temps. Modes et mondains font la mode et le monde. Le monde joue. Au tiercé, au loto, à la Bourse. Les petits s'assurent leurs 8-9% l'an. Les malins qui connaissent les bons FCP jouent à 300 % l'an. Les gros spéculent sur les oeuvres d'art protégées par des vigiles vigilants armés jusqu'aux dents.

N'ayant pas la qualité essentielle de l'époque: la souplesse d'adaptation, je n'ai pas réussi à m'adapter. Je n'ai pas changé de mentalité, seulement d'activité. Peut-être parce que je sais qu'il y aura d'autres retournements. Bien sûr, à l'échelle d'une vie, les rythmes sont lents, l'impatience grande, la déception fréquente. Déjà 16 ans de Pinochet au Chili. 23 ans de droite avant l'arrivée de son contraire - identique, la gauche, en France. 28 ans pour faire tomber le mur de Berlin. 40 ans pour être débarrassé de Franco en Espagne. 70 ans pour une pérestroïka en U.R.S.S. et 40 dans les pays de l'Est. Mais qui en doute: Pinochet passera, les assassins séniles de Pékin tomberont, l'apartheid sera aboli, la dette des pays sous-développés annulée. (L'auteur introduit ici subrepticement une entité mythique tombée en désuétude: le sens de l'histoire. J.Cl.G.) À l'échelle de l'histoire - qui reste encore une petite échelle - les surprises sont plutôt bonnes dans l'ensemble: je suis devenu plus grand, je vis plus longtemps et en meilleure santé, je passe plus de temps avec mon amour, je voyage facilement, j'ai l'électricité, je ne travaille pas beaucoup, je me fais souvent plaisir. En attendant sans impatience et sans désenchantement un prochain retournement, j'agis différemment avec le même esprit sans avoir l'impression de retourner ma veste. J'agissais pour le grand nombre, les masses qui n'ont rien à perdre et tout à gagner, j'agis avec un petit nombre d'artistes pour un petit nombre d'amateurs. J'agissais pour la révolution par nécessité et conviction. J'agis pour l'art par plaisir, for love. Je ne cherche pas à faire des coups médiatiques n'ayant pas souvent l'occasion de prendre des Bastilles ou des Palais d'Hiver. J'initie des aventures de l'esprit persévérantes, discrètes, sans souci d'exemple ou d'influence.

(La modestie de mon héros m'oblige à dévoiler aux lecteurs que je l'imagine animant un petit lieu de création théâtrale -un art qui se porte plutôt mal- et une petite collection dont la presse ne parle jamais -il ignore ce qu'est un service de presse. Il est aussi parfois poète, à ses frais. L'auteur.) (J'ignore par quel processus l'auteur peut transformer un trotskyste en un artiste. J.Cl.G.) (Parce qu'être révolutionnaire et être poète consistent à ne pas vouloir ressembler, ne pas vouloir continuer, dire non, défier le monde tel qu'il est, en façonner un autre au goût de l'homme. L'auteur.)

J'ai tendance à ne m'intéresser qu'aux gens discrets, oeuvrant en ignorant les médias. C'est pourquoi j'ai redécouvert l'auteur anonyme vingt ans après l'avoir perdue de vue, quand son petit livre bleu a été réédité sous couverture blanche. (Je m'excuse de vous l'avoir fait perdre de vue depuis quelques pages déjà pour vous parler de 68, nous et moi mais c'est le même sujet qu'Emmanuelle, nous et moi)

 
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En 68, je n'étais pas allé au-delà du chapitre 1. Comme beaucoup de gens, j'ai ensuite vu le film: Emmanuelle 1. Je l'ai vu à l'époque où des milliers et des milliers d'espagnols venaient à Perpignan voir ce film et triompher dans les salles obscures de Franco et de sa censure. Ca m'a permis de rester jusqu'à la fin de ce film fade. Je n'ai pas vu les autres.

Je m'en rends compte maintenant. Malgré mon esprit critique et mon goût pour la poésie, je n'ai pas su lire Emmanuelle. Varier partenaires, positions, plaisirs, me paraissait sans rapport essentiel avec changer la vie, changer l'amour. Pour moi, l'avenir de l'amour ne dépend pas de la position des corps au cours de l'étreinte mais de celle qu'occupent les amants dans la société évolutive qu'ils tentent de former entre eux. Il dépend également des rapports d'intérêt et de compréhension que la société des amants réussit à établir avec le reste du monde. J'avais été mystifié par le discours dominant sur Emmanuelle, peu soucieux d'aller vérifier par moi-même s'il s'agissait d'autre chose que de faire l'amour comme ça nous chante, nous enchante. Mystifié par le discours pornographique tenu sur un livre érotique.

J'ai donc lu d'Emmanuelle Arsan: Emmanuelle (La leçon d'homme), Emmanuelle (l'anti-vierge), Les enfants d'Emmanuelle, Toute Emmanuelle, Mon Emmanuelle leur pape et mon Eros, Les soleils d'Emmanuelle, L'hypothèse d'Eros, Nouvelles de l'Erosphère, Laure, Sainte-Louve. Lu en amoureux, dans le plus beau désordre. Sensible à la constance des thèmes, la permanence des idées, la précision des dialogues, la puissance de l'imagination, la fantaisie des situations et des descriptions, la qualité de l'écriture. Découvrant, en surmontant un préjugé, une oeuvre: beauté et cohérence, répétition et dépassement, état du monde et création de mondes, témoin du temps et utopie. Une oeuvre parce qu'il y a auteur et héroïne non dissociées, oeuvre sincère marquée par une vie et une pensée mêlées. Oeuvre de bonheur à l'érotisme rayonnant donnant chaud et faisant du bien. Emmanuelle n'est pas une fille ennuyeuse. Elle est intelligente. Elle a du coeur. Elle est belle et bonne. L'oeuvre est source de vie favorisant mouvement et changement, source de connaissance aidant à la prise de conscience lucide de ce qui nous limite sans raison et de ce qui nous est possible en le voulant.

Avec Emmanuelle, nous voici sans faute originelle sur une terre présente, engagés dans une recherche éperdue de bonheur, de plaisir, transgressant tous interdits et tabous sans peur et sans reproche, recherche grandie aux dimensions du cosmos, disant l'infini du désir par le nombre, l'espace, le mouvement, le temps, recherche démentant le sacré et déniant le tragique, s'appuyant sur l'art et la science qui nous bousculent et nous déroutent.

Lire Emmanuelle, c'est bander de temps à autre: réveil du désir, envie de jouir; c'est avoir à réfléchir: peut-on passer du rêve au réel et comment? ; c'est faire l'expérience de la facilité à soulever le poids des culpabilités héritées: me masturber, ce n'est plus mal, c'est bon tout simplement; c'est retrouver plus vives des énergies retenues, contenues, bridées, brimées; c'est découvrir de nouvelles sensations, aiguiser les anciennes, recommencer à oser, chercher l'usage heureux de mes envies et désirs, l'usage poétique de ma parole et de ma pensée pour donner vie et forme à ce que je vis, le mettre en lumière et ajouter à mon plaisir celui du spectateur du tableau vivant que je lui donne à lire; c'est comprendre que ce qu'on appelle amour est un jeu si corrompu par ses contradictions logiques qu'il est devenu l'instrument de nos apories et que le véritable amour quittera les îles imaginaires où il patiente quand nous voudrons individuellement et collectivement nous donner la chance de vivre intelligemment et heureusement notre brève histoire du temps. Qand je lis Emmanuelle, c'est la débandade et l'ennui si j'en reste à l'apologie de l'amour physique et des libertés qu'il doit prendre, c'est le 7° ciel et la joie si je partage sa conviction que l'amour est l'aile du monde et que sans lui notre terre est atterrée. À chaque lecteur de faire l'usage qu'il veut et peut de ce mythe qui se prête à de multiples interprétations et usages. L'immense succès de sa lecture passivement à plat par les post-soixante-huitards a été pour moi un obstacle à la lecture active et plurielle que j'ai pu en faire récemment. (Le héros fait sans doute une analogie avec les degrès de la connaissance exposées par Platon aux Livres VI et VII de La République. J.Cl.G). Et qui m'a redonné l'envie de faire l'amour.

 


C'est le 4 juin 1988 que j'ai osé aborder Haydée, la fille d' Emmanuelle qui lui a donné ce prénom en pensant au film de Rohmer: La collectionneuse.
88. Plage de Méditerranée. Le soleil au Zénith.
Peu de monde: ceux et celles qui aiment rêver face au grand bleu. J'en suis. Pas au-delà de fin juin. Après je laisse la plage aux foules. (Masses et foules sont des notions distinctes. L'auteur.)

Elle, à l'écart, rêvant de miettes de lumière dure devenant grains de sable doux. 16 ans. Maillot sexy. Belle. Sourire ensoleillé.

Moi, 48 ans, troublé. Peut-être la nostalgie d'Emmanuelle. Sans doute un des effets de ma lecture par degrés: si la vie était répétition, si la fiction devenait réalité, moi - Lorenzo ou Mario, elle - Alexandra ou Orange. (Je n'ai pas trouvé à quoi l'auteur fait allusion. J.Cl. G.)

- Bonjour. Je vous ai écrit quelques poèmes.
Je vous aime.
Elle ne rit pas, me regarde avec cette moue à la mode qui la maquille de hauteur feinte, de froideur maussade et blasée, d'inaccessibilité et de déplaisir vague. (Mais je sais d'intuition que sous ce masque décourageant, il y a celle qui peut naître à terme, la plus belle des Haydée possibles, née de mon amour.)
Elle remet les choses à leur place:

- Je résiste à ceux qui m'aiment. Moi, je ne vous aime pas.

- Je ne te réclame pas mon amour pour t'obliger à m'aimer en retour. T'aimant, je suis capable d'accepter de ne pas être aimé de toi, de renoncer à tout jeu pour te séduire et te conquérir. T'aimer c'est vouloir être moi, n'être que moi, être vrai et n'attendre rien de toi, n'avoir aucun projet pour toi, au risque de te perdre puisque je ne veux pas te gagner. Etre aimée de moi ne te donne pas davantage pouvoir sur moi pour me faire souffrir à me faire attendre. Car ne voulant rien pour toi, pas même ton bien, je ne peux me faire mal en t'en voulant de ne pas répondre à mes attentes. Ce n'est pas indifférence. C'est être irradié par tout ce qui me vient de toi et d'abord par ton existence que tu sois présente ou absente. Pour t'aimer, je n'ai pas besoin d'entendre ta voix, de lire ton écriture. Je n'ai besoin ni de rêves, ni de souvenirs, pas même une photo, pas même une image dans ma mémoire. Il me suffit d'un nom. A n'être que moi, à ne vouloir rien pour toi, tu peux être toi avec moi, en ne voulant rien contre moi. En renonçant à prendre plaisir à me faire souffrir, à gagner sur moi, tu cesses de te perdre. Je t'offre un amour à construire, pour nous éduquer, nous grandir. Faisons l'économie du Moyen Age à la veille de l'an 2000. Ne sois pas la fille du tout ou rien. Au plus, ne réponds pas par le moins. C'est nul. Réponds au chaud par le chaud et non en soufflant le froid, au doux par le doux, non par le dur, à la parole d'amour par la parole d'amitié, non par le silence du dédain. Ainsi commencent les relations vraies et justes, durables et fidèles - même s'il n'y a pas réciprocité: elle n'est plus nécessaire puisqu'il n'y a plus d'attentes sources d'ambiguités, d'équivocités, de souffrances. Moins de violence dans le monde.
Chaleur-bonheur pour nous et ceux qui se réchauffent à nous regarder:

Je t'aime parce que tu existes
que tu as été mise en travers de mon chemin
que je peux te regarder jusqu'à ravissement
être souffle coupé par ta beauté
déchiré par l'essentiel détail
ce mouvement d'oiseau de ta main
pour chasser les cheveux de tes yeux.
Pour cette douceur-douleur
te respirer te contempler
qui dis-moi dois-je remercier?

Elle parcourt mes poèmes comme s'ils ne s'adressent pas à elle, me les prend sans un merci. (Mais je sais qu'elle va les lire souvent, s'en nourrir, loin de moi.)

Je suis devenu l'amant platonique d'Haydée, la fille d'Emmanuelle. L'une m'a enchanté. L'autre m'a fait chanter. La vie est répétition-contradiction. (Le héros pense sans doute à la dialectique de Hegel-Marx, non à celle de Platon. J.Cl.G.) Haydée a collectionné les amours romantiques. Emmanuelle se doutait-elle que la fiction inverse de la sienne deviendrait réalité? (Le héros pense sansdoute au jeu de l'inconscient selon Freus et Lacan. J.Cl.G.) La belle me voyait de temps en temps pour me parler, moi l'écoutant et la chantant sans que jamais je la baisasse ou qu'elle me baisât. Cela a duré un an jusqu'à ce jour où elle me dit:

- Hypocrite, tu aurais obtenu davantage de moi. Nous sommes quittes.

Devais-je entendre: "Si tu veux que je te baise, ne me dis pas que tu veux me baiser. Par esprit de contradiction, et par respect de l'unité des contraires, mon désir est le contraire du désir de l'autre. Dis le contraire de ton désir et mon désir sera ton désir."? De quoi embarquer dans la nef des fous.

J'en suis resté pantois. Pends-toi me conseillait le masochiste qui s'agite en nous. J'ai pensé à la dernière lettre de Maïakovski, écrite avant le coup de révolver. Je l'ai quittée. Pour tuer mon envie d'elle. Et rester sur terre. En vie. Sans aile.

Poète je transformerai un jour ma souffrance en beauté - les plus beaux chants seront-ils toujours désespérés - pour que d'autres, si cela leur chante, commencent une autre histoire que la nôtre avec les mots vrais que je tirerai de nos maux sans nécessité et qu'ils portent cette histoire, s'ils le peuvent vers les rives heureuses:

 
Elle ne fut port
ni havre refuge ou maison
pas même bivouac ou campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle fut flambée d'artifices
une nuit de solstice d'été
cheveux de nuages !
un soir de mistral radieux
Elle fut corps de neige fondante au soleil
château de sable effondré par la vague
Elle fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil profond
maillot bleu sur parquet ciré -
et moi que faisais-je dans ces décors?
Elle fut mutisme d'enfer confidence d'ange
mépris de béton élans d'enfant
Elle fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle fut source et sel
fiel et miel
devint cendre et diamant
Eurydice de rêve

pour lyre d'Orphée
et (ou)
Elle me fut port
havre refuge et maison
bivouac et campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle me fut flambée
d’artifices
une nuit de solstice d’été
en Crète
cheveux de nuage
un soir de meltèmi radieux
Elle me fut corps de neige
fondant au soleil de l’Olympe
château de sable
effondré par la vague d’Égée
Elle me fut robe blanche
sur lit défait
collant noir
dans fauteuil accueillant
maillot bleu
sur parquet ciré
et moi que faisais-je
dans ces labyrinthes ?
Elle me fut mutisme d’enfer
confidences d’ange
mépris de grande
élans d’enfants
Elle me fut poignard incisif
mouchoir de soie
lame tranchante
ouate délicate
Elle me fut source et sel
fiel et miel
me devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée

 
 
Je suis allé voir Emmanuelle pour comprendre:

- Tu crois comme moi que l'amour qui justifie, bêtifie, permet toutes les vacheries et toutes les complaisances, nous devons nous en délivrer parce que faire l'amour ainsi c'est se faire la guerre, se mettre à mort et qu'il faut donc créer, inventer le véritable amour déjà rêvé par poètes et lesbiennes et qui permettra de vraiment faire l'amour - (une lecture active et plurielle de l'expression "faire l'amour" est indispensable). A dire, cela paraît smple. A inventer et à vivre, cela n'a pas l'air si facile. L'amour n'est pas un délassement. C'est une tâche et de toutes, la plus rude, m'a appris Bilitis. L'érostisme comme art, l'amour comme science, c'est un mythe. Entends-le comme tu peux! (Faut-il entendre que pour qu''il y ait mythe, il faille idée équivoque, que le mythe alors n'est que de l'ordre du discours se prêtant à l'interprétation, se refusant à la pratique? ou pour que le mythe soit facile à vivre, il doive exprimer une idée smple? Dire qu'Emmanuelle est un mythe, est-ce dire qu'on ne peut devenir Emmanuelle? mais imaginer Emmanuelle, n'est-ce pas déjà la faire exister et lui faire exprimer les attentes de son temps et de tout temps?).

Choc. Je venais de comprendre que chaque matin, chacun est confronté, à un double but, l'un de se saisir, se réaliser, se libérer - la lucidité, la maturité d'Emmanuelle, son érotisme, - l'autre de rester inachevé, immature - l'insouciance, la nonchalance, la jeunesse d'Haydée, sa pornographie.

La plupart des hommes de ce temps choisissent Narcisse. Ceux d'il y a 20 ans choisissaient Prométhée. Et moi? Qui être? Qui choisir? Emmanuelle, volontaire, travaillant avec passion à avoir le coeur net ou Haydée, velléitaire, vivant dans la confusion de ses sentiments? Moi, lyrique avec l'une, épique pour l'autre? (L'auteur a inversé les adjectifs. J.Cl.G.) (J.Cl.G. n'a rien compris. L'auteur.) Mon coeur les a choisies toutes les deux. Je les aime différemment, gai et profond avec l'une, triste et léger avec l'autre. Erotisme et pornographie: un jeu qui se joue au millimètre près.
L'auteur, XXX
 
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Grotte Chauvet/33000 mots/Revue des Deux Mondes

Rédigé par grossel Publié dans #agora, #pour toujours

le panneau des chevaux

le panneau des chevaux

Revue des deux mondes,

N° hors série, 6 décembre 2011

 

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ce N° exceptionnel a été présenté le 6 décembre 2011 au cinéma du musée du quai Branly lors de la présentation du projet de la Grotte Chauvet Pont d'Arc, candidate au patrimoine mondial de l'UNESCO, inscrite le 22 juin 2014, suivie de l'ouverture de l'espace de restitution appelé Caverne du Pont d'Arc en avril 2015.

 

Trente-trois auteurs de théâtre se sont donné rendez-vous un week-end en Ardèche, les 16 et 17 octobre 2009, afin de découvrir les lieux qui accueillent un trésor de l’humanité, la Grotte Chauvet-Pont d’Arc, candidate au patrimoine mondial de l’Unesco, dont les fresques pariétales sont datées de – 36 000 ans… À partir de leurs impressions et de leur inspiration, chacun de ces auteurs a écrit un texte de 1000 mots recueillis dans ce hors-série. 33 textes, 33 000 mots, en hommage à cette grotte vieille de 33 000 ans…

 

(Avec N. de Pontcharra, G. Trépanier, M. Grégo, J.-M. Ribes, J. Larriaga, J.-C. Grosse, P. Tanon, G. Costaz, M. Bellier, R. Escudié, G. Desnots, L. Contamin, P. Touzet, Lazare, G. Boulan, E. Destremau, M. Beretti, S. Joanniez, Y. Cusset, S. Lastreto Prieto, P. Alkemade, J.-P. Alègre, G. Brulotte, J.-Y. Picq, B. Purkhardt, É. Melgueil, J.-P. Thiercelin, G. Gruhn, C. Piret, C. Confortès, B. Jacobs, D. Paquet, C. Tullat. Préfaces de M. de Lacharrière, P. Terrasse, J.-J. Queyranne, R. Lombardot, D. Baffier,.)

 

12 - copie

 

Les Cahiers de l'Égaré ont publié en 2007, La Rose, hommage théâtral à la grotte Chauvet, de Roger Lombardot, initiateur de ce projet de 33000 mots, ouvrage comportant un cahier de 24 pages de photographies. Et en 2013, Homo Botticelli suivi de La Rose.

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33000 mots pour la Grotte Chauvet

Rédigé par grossel Publié dans #agora, #pour toujours

le panneau des chevaux

le panneau des chevaux

Les 16 et 17 octobre 2009
 en Ardèche
rencontre de 33 auteurs
pour les 33000 ans
de la grotte Chauvet
 

 

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Origines de Michel Bories

 

Ce furent deux journées riches, denses, très bien organisées par Théâtre d'aujourd'hui avec le soutien du Conseil Général de l'Ardèche, les communes de Laurac, La Beaume, Saint-Mélany et avec l'aide d'associations comme le Sentier des Lauzes. Une conservatrice de la Grotte Chauvet, compétente et en verve, une guide à remonter le temps avec des raccourcis vertigineux, un Président de festival de musique à La Beaume enthousiaste, des élus en nombre à Laurac et à Rosières, une Maison familiale accueillante à Laurac, un Hôtel class' à Joyeuse avec ses peintures rococco, XIX° siècle en restauration, une auberge gîte: Le Travers à Saint-Mélany qu'on y passerait du temps encore et encore, un Sentier des Lauzes plein de surprises: sculptures, chants, un spetacle à Ucel: La nuit juste avant les forêts de Koltès, interprété par l'acteur, Yves Ferry, pour lequel Koltès avait écrit la pièce, il y a plus de 30 ans, un sentier de la Grotte Chauvet lui aussi plein de surprises: vidéo-surveillance par caméras et last but not least, un Pont d'Arc en lumière matinale, sans touristes, un bonheur à échos. C'est parti pour les 1000 mots, copie à rendre pour le 18 décembre 2009, jour du 15° anniversaire de la découverte de la grotte (18 décembre 1994). Merci à Roger Lombardot, à l'initiative de cette rencontre.

Depuis cet événement qui a donné lieu à un N° hors série de la Revue des Deux mondes en novembre 2011, la grotte Chauvet a été classée au patrimoine mondial de l'Unesco le 22 juin 2014. L'espace de restitution, la Caverne du Pont d'Arc, a été ouvert au public le 25 avril 2015. En août 2015, cet outil de tourisme de masse avait déjà accueilli 320000 visiteurs. La gestion de ce patrimoine a été confiée au groupe Kléber Rossillon. Le président de la revue des Deux Mondes, président des amis de la grotte Chauvet est Marc Ladret de Lacharrière.

 
12 - copie
 
Diapo n° 12 (cliché ministère de la Culture et de la Communication, Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes, Service régional de l’archéologie) :
Panneau des chevaux (détail. L. env 1,10 m). Chevaux placés en parallèle et se superposant au tracé, antérieur, des aurochs dont ils reprennent la ligne de dos, en haut à droite et dont il subsiste une encornure derrière le deuxième individu. Remarquer la crinière surnuméraire venant accroître l'effet de nombre et renforcer le rendu de la perspective déjà souligné par la déformation curviligne progressive des têtes ("vison polaire"). Le modelé des ganaches est rendu à l'estompe tandis que le tracé des naseaux est finement détouré, par raclage, au détriment du dos d'un rhinocéros.
 
BOR219 - copie
Michel Bories
 
20 - copie
 
Diapo n° 20 (cliché ministère de la Culture et de la Communication, Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes, Service régional de l’archéologie) :
Panneau des lions. Partie sud, détail (L., environ 0,80 m). Le tracé des trois grands lions se superpose à des figurations antérieures de félins. L'individu du troisième plan, détaché par raclage, n'est représenté que par l'amorce de la ligne de dos, l'oreille et le frontal. Remarquer, sur les deux autres spécimens, l'emploi de l'estompe et l'implantation des vibrisses. Les gravures en trait fin du premier plan correspondent à des griffades d'ours dont la surcharge démontre la fréquentation contemporaine de la caverne par l'Homme et les plantigrades.

 

 

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Poèmes d'amour pour 14 février et tous les jours de toujours/J.C.Grosse

Rédigé par JCG Publié dans #poésie, #pour toujours

Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans

Annie de 18 à 62 ans

Ce 14 février 2015, elle aurait eu 67 ans.

Dans le noir, on entend des rafales de vent, des hurlements et chants de loups

Dans le silence et le noir, on entend

une voix de jeune fille, pure, douce, affirmée, sans hésitations :

 

Mon p'tit chat ! attends mon p'tit mot !

J'attends le transsibérien. Tu m'attends mais je ne sais rien de là où tu es, où je vais. La vie m'attend aujourd'hui, cuisses ouvertes. Si tu veux savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur, ouvre la chaumière de mes yeux, emprunte les chemins de mes soleils levants, affronte les cycles de mes pleines lunes. Je voudrais avoir des ailes pour t'apporter du paradis. Des ailes de mouette à tête rouge ça m'irait bien pour rejoindre ton île au Baïkal. Je transfigurerai les mots à l'image de nos futurs transports. Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde. Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies. Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune. Je t'aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l'embrume de tes réveils d'assommoir, dans l'écume de tes chavirements. Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire. Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu'à des rives encore vierges. Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune ou des isbas de rondins blonds. J'aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l'urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes. Je m'appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de rien … J'aime les cris de nos corps qui s'épuisent à vivre. Je t'ai ouvert un cahier d'amour où il n'y aura jamais de mots, jamais de chiffres. Il n'y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres. Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils. À la fin du cahier, je t'aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.

Ton p'tit chat

 
 
Poèmes d'amour et d'Annieversaire
pour 14 février

et tous les jours de toujours

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à Emmanuelle Arsan
pour Bonheur 1 et Bonheur 2
publiés aux Cahiers de l'Égaré

            
Errance
(dit par une voix d'homme, version universelle)


Errance
(dit par une voix d'homme, version sibérienne)

Je m’en irai par les avenues des villes prospères
je m’en irai sans me laisser séduire
par les promesses qui s’affichent
je m’en irai à ta rencontre
sans te chercher
car je sais que là où s’achèvent
les villes aux filles de rêve
qui enlèvent le haut puis les bas
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Alors j’irai par les campagnes en jachère
abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter
j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère
sans m’attacher aux filles légères
qui te montrent tout par petits bouts
j’irai à ta rencontre sans te chercher
car je sais que là où se ressourcent
les nostalgies de belle époque
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Mais quand je m’arrêterai
où commencent les marées
je crois bien que je te connaîtrai

au Cap de Bonne Espérance

À la croisée des chemins
(dit par une voix d'homme, version sibérienne)

Elle attendait
corps fermé à jamais sur son passé
Elle attendait
sur le quai des départs
ouverte à l’infini de la voie ferrée
prête à se saisir d’un hasard
pour en faire une chance
La fumée bleue des cigarettes avait donné ciel à ses rêves
la fumée blanche des trains avait agité ses sommeils
Elle attendait
qu’un train l’entraîne    ailleurs
gorge déployée voyelle après voyelle
le o pour faire écho dans le dos
le a qui s’exclame par le thorax
comme elle l’avait appris de la Kossenkova

Qu’il l’entraîne
toutes chansons dehors
le ciel de demain enfin au-dessus de sa tête

Demain les rêves de ses sommeils feront d’elle
mon Antigone à la croisée des chemins
quand Œdipe
j'y arriverai



Amour fou


Avec toi ce fut l’amour fou
dura six mois
été automne hiver
La Capte rêves sur algues
Tipasa avenirs sur ruines
Paris promesses sur quais

Avec toi ce fut l’amour ravissant
l’amour épuisant
à délices de corps
délires de cœur
dura six mois
été automne hiver
La Capte baisers sur mer
Tipasa caresses sur sable
Paris folies sur berges

Où sont nos émois d’autrefois
dissipés en six mois
Il fait froid sur cette page
il faisait si bon sur la plage
Nos regrets d’été ont mal de baisers
nos tristesses d’automne mal de caresses
nos mélancolies d’hiver mal de folies

Revienne l’éveil du printemps



1er Chant
Éclats cruels du plaisir duel
                   
 
Ils t’ont donné nom de reine
pour qui on fait la guerre
puisqu’on ne sait partager ta couche
jusqu’en Troie qui flamboie
l’un pour t’arracher à Pâris
l’autre pour t’enlever à Ménélas
qu’hélas tu aimas tous deux
toi leur désirée
leur unique.
Hasard fertile
contre toute attente
en ventre stérile
et te voilà
double d’Hélène
froide impérieuse
tenant à distance les soupirants
ô souveraine
vêtue de noir
long manteau que tu m’entr’ouvres
sur la courte jupe rouge
aux cuisses de promise.
Je te remonte.
Grands yeux gris fer soulignés de vert
mystérieux parfois rieurs
bouche ronde pour épouser
salive élégante
la mâle vigueur
et jouir
mouillé raffinement
du corps d’homme
car tu veux tout goûter ô gourmande
te pénétrer ô tranchante.
Voix du profond
à remuer les tréfonds
là où ça vit encore
tapi sous les stupeurs.
Souffle retenu
prêt à se dilater
aux éclats cruels
du plaisir duel.
Chevelure blonde abondante
pour rouler dans la paille des ébats
et tant pis tant mieux
s’il y a dégâts.
Quel amant inventes-tu Hélène
vers quel amour glisses-tu
d’homme désiré en homme repoussé
corps après corps ébauché
à coups de cœur consentant
toi tout émoi ?
Voici de moi
ta première image.
J’érige.
Tu t’ouvres.
Quelle amante conçois-tu Hélène
pour quel amour risques-tu
de femme aspirée en femme refoulée
corps après corps effacé
à coups de cœur angoissé
toi tout effroi ?
Voici de toi
ma première image.
Tu t’ériges.
Je m’ouvre.
 
Désir 1
 
 
avec toi je me sens (inspirer fort)
(expirer fort) sans  toi
 
avec toi je deviens                      
prolifération d’analogies
succession d’annexions
chiens et chats s’insinuent dans mes cris d’amour
je suis miaulements avant  
grognements pendant
mes ongles et mes doigts deviennent griffes et pattes
aux anges je prends leur légèreté
au taureau sa virilité
dans les plis de mes rêves je reconstruis
sans les déformer villes d’orgies clairières de sorcières
sur les draps je me crucifie râlant et bavant
je deviens théâtre de la cruauté
sur ta peau s’ébauchent formes et volumes  nouveaux
mes mains autour de tes seins sur ton ventre
font une procession
je construis de longs itinéraires qui me révèlent
t’édifient
dont les clefs sont l’origine du tracé
nos désirs sans objet
ton vagin sanctifié    sacrifié
tremble sous la pression de ma précipitation
irrépressibles tentations
la peur du sacrilège me tenaille    et me déchaîne
pour toi je galope étalon d’alpages
sans bouger du matelas
toi tu passes vite    comme les hirondelles
faisant siffler l’air à nos oreilles à l’approche de l’orage
assis dans la mousse de ton pubis
je joue avec mon pénis    cadeau et défi
tes yeux m’envahissent    et j’apprends à lire
des rires venus de toi me croisent
aèrent mon corps crispé sous le tien
tes étonnements font naître les miens
dans ma main droite ils se débattent
tes yeux parfois alors se voilent    et
du merveilleux glisse sur ma peau océane
l’angoisse te fait craquer comme le bois
écorce     j’éclate
cuirasse    je cède
à tes mains je me livre pour un feu de joie
pour tes yeux je me délivre de mes grincements de scie
 
(devant L’origine du Monde de Courbet
et
le Nu couché, bras ouverts de Modigliani)
 
 
Désir 2
 
 
Tu sais dire avec des mots de tous les jours                
les délices de ta peau        les blandices de ton âme
tu sais dire avec des phrases sans difficultés
ce que tu sens en surface    ce que tu ressens au profond
ainsi tu m’introduis
dans tes jours et nuits de chatte du bonheur
j’y accède    feulant
comme chat attiré attisé au seuil d’une nuit d’allégresse
des jets d’ombre épaississent ta vérité de vibrante
angoisse de la vie    la mort prépare déjà ses allumettes
mais ton corps est encore d’ici
et tes mots me pénètrent    ils tombent drus et durs
morceaux de ta peau désirante                   délirante
ils tombent dans mon sommeil
flaque stagnante en attente    carrousel tournoyant de rêves libérés
ils tombent          étoiles froides             désorbitées
des couches de tes désirs       lourds et doux
si proches des miens    si lointains
tes mots me pénètrent       mouillés salivés
resurgissent empoussiérés
curetage qui me débarrasse de mes soumissions d’esclave
tes mots se propagent lentement à travers les croûtes de mon être
restes d’autres agressions      d’autres fusions
ils se propagent en sautant d’un étage à l’autre de mon être
montant       descendant           des escaliers en ruines    en projets
débris de bombardements insolents
gravats de contacts bouleversants
par toi en moi je trouve mes dimensions
je découvre mon espace
deux visages penchés sur une rêverie de berceau rose et bleu
je touche à mon présent
nos désirs sans retenue pour donner vie
 
 
2e Chant
Eurydice de rêve pour lyre d’Orphée
 
 
Elle ne fut port
ni havre refuge ou maison
pas même bivouac ou campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle fut flambée d’artifices
une nuit de solstice d’été
cheveux de nuage
un soir de mistral radieux
Elle fut corps de neige fondant au soleil
château de sable effondré par la vague
Elle fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil accueillant
maillot bleu sur parquet ciré
et moi que faisais-je dans ces décors ?
Elle fut mutisme d’enfer confidences d’ange
mépris de grande élans d’enfants
Elle fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle fut source et sel
fiel et miel
devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée
 
et
 
Elle me fut port
havre refuge et maison
bivouac et campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle me fut flambée d’artifices
une nuit de solstice d’été en Crète
cheveux de nuage
un soir de meltèmi radieux
Elle me fut corps de neige fondant au soleil de l’Olympe
château de sable effondré par la vague d’Égée
Elle me fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil accueillant
maillot bleu sur parquet ciré
et moi que faisais-je dans ces labyrinthes ?
Elle me fut mutisme d’enfer confidences d’ange
mépris de grande élans d’enfants
Elle me fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle me fut source et sel
fiel et miel
me devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée
 
 
Le grand jeu
 
 
Elle a joué
avec son pull
elle a joué à se mouler
à me dérouter
Elle a joué
avec son jean
elle a joué avec la fermeture éclair
ce n’était pas pour me déplaire
Elle a joué à ouvrir à fermer ses bras
L’amour est facile
certains soirs sans foule
je tire le rideau
et c’est Paris sur ton ventre plein d’émois
Elle a joué à ouvrir à fermer ses cuisses
L’amour est difficile
certains soirs de houle
je tombe les voiles
et c’est Venise sur ton ventre trop lisse
 

10e Chant
Quand vos doigts auront caressé juste
 
Où est la dimension œcuménique dans tes poèmes d’amour ?
demande celui qui croit au salut de l’humanité.
Elle est esquissée dit le poète,
esquivée répond l’autre.
Parce que dire de l’aimée : C’est une fille pour aujourd’hui
où tout nous fait souffrir et rien mourir
c’est esquiver ?
Bien sûr ! dit celui qui croit que la femme est l’avenir de l’homme  
la fille que tu chantes ne porte rien dans ses flancs.
Vois Marie délivrant Jésus pour la Croix.
Parce qu’en dire :                                
Elle va et vient
de toi à moi
pour lui avec nous
sans séparer rien
elle va et vient
ne coupe aucune fleur du monde
les chante toutes
ce n’est pas énoncer qu’elle annonce le temps
des hommes qui mourront rossignols ?
qu’elle ouvre la voix
à toutes les compassions à venir ?
qu’elle donne la parole
au oui d’adhésion à ce qui apparaît ?
Fille d’Aphrodite
sœur de Sappho
ouvre aux grands parcours
nos amours de rêves
loin des labyrinthes
où des Ariane cousues de fil blanc
font mettre à mort
leurs désirs de Minotaure
par des Thésée dominateurs
inventeurs de cités asservies.
Fille d’Aphrodite                       
sœur de Sappho
célèbre la beauté qui dans le monde à tout instant
s’offre à profusion
soulage apaise ce qui s’y fait par cruauté.  
Fille de longs séjours en terres desséchées
reconnais-moi poète
homme de dépossession découvreur de points d’eau
pour que naissent des oasis secrètes
que nichent des migrations discrètes
homme de délivrance annonceur d’âges nouveaux
qui verront des effleurements d’âmes
engendrant des épiphanies de visages.
Poète, je vous le dis frères et sœurs
animés et inanimés
séduisez qui vous aimez
aimez-vous d’amour joué
chantez dansez votre amour avec légèreté.
Vous serez surpris dans vos nuits
par la fraîcheur du bonheur.
Au petit matin dans le monde il y aura
moins de souffrance moins de violence
parce que dans vos draps
vos doigts auront caressé juste
au bord au corps.

La joie à la peau frémissante pourra se lever.
 
– 8 –

Ouvrir des voix
c’est t’aimer parce que tu existes
que tu as été mise en travers de mon chemin
que je peux te regarder jusqu’à ravissement
être souffle coupé par ta beauté
déchiré par l’essentiel détail
ce mouvement d’oiseau de ta main
pour chasser les cheveux de tes yeux
Pour cette douceur-douleur
te respirer te contempler
pour ces émois délicats
qui dis-moi dois-je remercier
Te caresser une fois les cheveux
mettre une fois ma main sur ton épaule
c’est dire ma gratitude
à tous ces hasards qui m’ont conduit jusqu’à toi mon présent
serons-nous de ceux qui purent dire :  
parce que c’était toi ; parce que c’était moi


 
Le premier jour

redis-moi le mot
venu frapper là où cogne ma vie
venu me réveiller au cœur de Paris
perdu au milieu d’autres mots
fusé comme une comète en scintillé
de l’immense toile étirée
redis-moi ce mot
ce sortilège de l’adolescence
qui toujours devant mes yeux danse
comme un merveilleux quiproquo
redis-moi dis
ce mot que tu m’as dit
ce mot d’amour
le premier mot de notre premier jour
14 février 1965
un coup de fouet
comme des embruns
sur mon visage frais
petit pont d’amour
qui durera toujours
près des bouquinistes sur les quais
c’est sur mon visage frais
que la main aimée
timidement t’a dessiné
tu sais le tremblement de mes lèvres
quand ses lèvres si proches
ont chanté le chant du monde
Dis Annie je t’aime
petit pont d’amour notre poème
a jailli du milieu de nos fièvres
et nous avons fait une enfantine ronde
au cœur de Paris quand sonnèrent les cloches
 
– 3 –
 
Quand je la vis
le boléro blanc laissait apparaître un peu de son ventre
plat bronzé
avec un nombril de cliché
Un étonnement me vint comme éveil de printemps
Par l’échancrure du corsage
je vis le début de sa poitrine
lourde déjà de désirs d’enfants
Ma main à s’y poser tremblerait d’une tendre maladresse
Au-dessous des seins commence le cruel espace à caresses
lieu de vacuité et de plénitude
d’angoisse et d’ivresse
                                        de refuge et d’expansion
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
construites solides pour l’accueil des gros chagrins
Cheveux de paille longs frisés
Un mouvement de tête pour dégager les yeux
bleus pâles distillant des voluptés d’écumes
Quelquefois des lunettes
sans doute un peu de myopie pour approches de surface
Lèvres rondes qui se gonflent comme mappemonde
lorsqu’y passe une langue gourmande
Les dents blanches d’une pure carnassière
Des mains de cerfs-volants pour jeux d’altitude sans prises
Des poses musicales
comme si immobile elle dansait
Sait-elle déjà que la pensée est un chant
la vie un sentiment
On a envie de la parcourir
Mais vive elle s’esquive
Algue elle est
très aquatile pour des plaisirs d’effleurements
Quand elle rit
ses rires en mal d’envol sont lourds de l’ambiguïté insondable
qui s’installe en elle les jours d’érotique tristesse
Des confidences enfouies viennent s’enrouer dans sa gorge
Elle saura me les confier lorsqu’insaisissable elle viendra à moi
certains soirs
Elle va et vient
ne coupe aucune fleur du monde
les chante toutes
j’aime qu’elle dédie leur parfum à qui l’émeut
elle se prend de grandes claques en rit et remet ça
C’est une fille odeur à respirer instant à danser
chambre d’échos pour désirs inouïs
une fille pour aujourd’hui
où tout nous fait souffrir et rien mourir
Quand je l’ai vue pour la première fois
une dépression m’a envahi
dont toute la Méditerranée a eu vents
 
Serai-je avec elle un ouvreur de voix
jusqu’à ce jour où l’amour se fera
 
– 4 –
 
D’eau    de feu
ton image en moi
dévastatrice    fondatrice
Afflux d’émois
repères déplacés    défenses emportées
Me voici
plaie    couteau
voie    déviance
jouant aux dés désespérés des mots
pour te plaire    et t’inventer
fables enchanteresses d’Himéropa et Parthénopé
aventures paradoxales d’Alice
au pays de Twideuldie et Twideuldeume
Te résister    te céder
Tristesse    (je balance)    joie
Impossible de tempérer ta beauté
te voir c’est chaque fois
s’élever    tomber
d’éparpillement en plénitude    de complicité en hostilité
d’avidité en satiété    de confidence en silence
d’aridité en fertilité     de proximité en distance
              pouvoir prendre et ne le vouloir    vouloir prendre et ne le pouvoir
                    t’aimer                     
juste au bord
juste au corps
promesse d’infinie détresse
sirène aimée qui chante en moi
me fait dériver
de Charybde    en    Scylla
 
 
– 10 –
 
Je t’aime plurielle
pour ces belles rougeurs quand je surprends tes pudeurs
ces larmes retenues quand je te fais mal à l’âme
légers tremblements et lourds repliements
gestes d’abandon attitudes d’accueil
fermeté des silences imposant le respect de tes secrets
plaisir de la confidence faite en confiance
rires cristallins
et tu te déploies
narines dilatées lèvres gourmandes
seins gonflés cuisses puissantes
mains caressantes cheveux au vent
des étoiles dans le bleu de tes yeux
le ventre rempli de sensations marines
Je t’aime pour nos bonheurs au quotidien
pour nos nuits d’amour
quand je veillerai
sur l’oreiller velouté de ton ventre
pour le blond duvet sur ta peau
beau à regarder au soleil de l’été trop court
courent les gouttes d’eau sur ton corps épris de mer
j’érige
reçois-moi
donne-lui le jour
 

Caresses 1

je sais maintenant les caresses à donner
dans les moments d’amour
mes mains le savent pour quelques instants
ma mémoire pour toujours

il n’y a pas de vérité définitive
en ce qui concerne ton corps

pour couper court à ma hâte d’aimer
il n’y a pas de raccourci
seulement une errance infinie
toujours nomadisant sur les bords

mes mains ont quelquefois trouvé
le chemin de ta peau


 
Caresses 2

pas facile de trouver le chemin d’une peau
que de caresses qu’on croit porteuses d’ivresses
et qui restent sans écho
pas facile de trouver les caresses
que cette peau si douce attend depuis si longtemps
peau marquée par des caresses d’autrefois
non désirées
imposées
que de blessures invisibles
provoquées par des mains d’autrefois
pas facile de trouver les caresses
qui caressent
juste
cette peau violentée
que de caresses en détresse
qui s’échouent
mortes de trop vouloir faire plaisir
seule une main parfois
finit par repérer ces blessures refoulées
et porte soulagement
c’est amour au bout des doigts
un soir
par hasard

 
- 5 -
 
Il est un endroit de toi
le cruel espace à caresses
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
que tu m’as fait découvrir et aimer autrement
C’est quand tu m’en as parlé
parce que tu le sentais bien
et j’ai découvert ton vrai ventre
pas celui que je croyais promis aux caresses infinies
aux repos d’après l’amour
non !
celui qui devenait lieu d’accueil de la mer !
Ah ! ce ventre de fosse marine
pour ponte d’orphies oniriques
ce ventre d’aquarium océanique
pour éclosion de sirènes sibyllines
surtout ne le perds pas !
que si un jour je le caresse
que si un jour j’y repose ma tête
je puisse prendre ce bain de ventre
que tu m’as fait désirer !
Ton ventre réel
ce n’est plus seulement l’espace blanc sous nombril
où je veux m’initier à la patience nomade
c’est ce ventre-mer
où tu veux m’immerger jusqu’à enfantement
 
Élévation

Un jour enfin nous marcherons
le long des rivages tant désirés
héritiers insatisfaits d’un passé loin des côtes
étonnés de nous retrouver face au grand Océan
Avec la montée sur les falaises
nous abandonnerons de vieilles peurs de vieux espoirs
Tu auras renoncé à remonter aux grandes houles de tes origines
à affronter les fables délicieuses de ta généalogie
J’aurai renoncé aux nostalgies de paradis et d’âges d’or
éloigné de toute maîtrise comme de toute servitude
vivant la vie sans hurler à la mort ni aboyer à la lune
Ce sera si simple de prendre
nus un bain d’écumes le matin
Nos corps se dilateront
Notre âme s’enchantera
Quand nous reviendrons au bord
des sourires ensoleillés s’échangeront
Étourdis nous nous découvrirons aimants
En raison nous nous voudrons parfaits amants
donneurs de voix à des enfants de papier
ouvreurs de voies à nos enfants de chair
jusqu’à épuisement de nos jours et de nos nuits

 

La levée
 
Je t’ai connue lumineusement étonnée
et nous avons été emportés par les tourbillons qui soulèvent
jusqu’à la légèreté de l’être
Je t’ai connue farouchement préservée
et nous avons été emportés par les tourbillons qui creusent
jusqu’au malaise de l’âme
Toi que j’accompagne et qui m’accompagnes
franchissons le cap de nos quarante ans ensemble                                         voiles levés
sur nos corps abîmés    sur nos cœurs apaisés
Cultivons l’apprivoisement lent
de nos tourments de vieillissants destinés au mourir
Nos enfants sont grands maintenant
Comme nous ils ont choisi les sentiers
où l’on ne passe qu’un à la fois
que l’on ne trace qu’une fois
Il y faut pour cheminer
l’insolente patience
l’inépuisable confiance
l’amour de sa vie
C’est ce qu’avec eux
nous avons appris à partager
La levée peut avoir lieu
 
La levée a eu lieu
Pas celle des vieux parents
celle du fils brutalement
Quoi s’est joué
du père qui écrivait :
la levée peut avoir lieu
pensant que ce serait la sienne
préférant dire :
la levée peut avoir lieu
plutôt que :
ma levée peut avoir lieu
laissant indéfinie
la levée de qui ?
La mort a donné la réponse
l'impensable réponse
et pourtant
possible réponse
qui laisse sans voix
sans voie
autre que l'errance
jusqu'au temps final
 
Jean-Claude Grosse
La parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré, 2000


La faille  

poème écrit après avoir entendu un texte magnifique dans le film La Faille de Gregory Hoblit (2007); impossible de retrouver l'auteur qui doit être un poète américain.

Devant sa porte

Resteras-tu
Entreras-tu
Qu’as-tu à perdre
A gagner
Le sais-tu
Ou est-ce dés jetés
Si tu restes dehors
Es-tu retenu
Dans ton élan
Par timidité
Ou par pressentiment
Si tu entres
T’abandonnes-tu
A un élan
Sans préméditation
Ou est-ce calcul
De sexe d'effroi
Si tu ressors
Prendras-tu à droite
A gauche
Ou iras-tu tout droit
Si tu entres
Parleras-tu

Te tairas-tu
Ou en silence
Contempleras-tu
L’advenue
L’avenir
Dehors
Courras-tu
Marcheras-tu
Dedans
Seras-tu troublé
Assuré
Iras-tu
Par routes et chemins
Par routes
Ou chemins
Là où on attend
Un train au départ
Un avion à l’arrivée
Une cabine de téléphone
Un banc de square
Un quai de fleuve
Un bord de mer
Une chambre d’hôpital
Un bureau de poste
Cèderas-tu
A la danse
De hanches qui se balancent
A l’aisance
De boucles qui s’emmêlent
Verras-tu là
Nouvelle chance
Hasard sans fard
Te décideras-tu
Enfin
A prendre la main

 

 Jean-Claude Grosse
 

 


Jean-Claude Grosse

 

 
 

 

mon testament amoureux en textures végétales réalisé par Aïdée Bernard; test-amant, test-à-ment, qui dit vrai ?

mon testament amoureux en textures végétales réalisé par Aïdée Bernard; test-amant, test-à-ment, qui dit vrai ?

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