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Les Cahiers de l'Égaré

Articles avec #poesie tag

Dans le sillage de Dasha K / JC Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #poésie, #pour toujours

elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle

elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle

Dans le sillage de Dasha K

1-

Elle a surgi

vingt et un jours durant

avec ses vingt et un ans

ailleurs

qu'à Baklany

au Baïkal

où elle donna naissance

à Baïkala

la sirène

qui fait un usage si libérateur

de l'eau froide et pure du Baïkal

Elle a surgi

sur des plages

dans des criques

ensoleillés

de Méditerranée

elle a flotté étonnée sur l'eau salée

habituée de l'eau douce et pure du Baïkal qu'elle reçoit

pleine bouche comme eau de Vie

ici en Méditerranée pas question d'avaler

mais de recracher

elle s'est offerte

allongée sur le dos

corps et bras déployés

au bercement

au remuement

des vagues renouvelées

sans savoir que c'était vagues de mort

pour les naufragés venus d'Afrique

elle a marché sur des pistes de montagnes

du côté de Batère à Corsavy

mon village depuis 1965

elle a marché sous la pluie dans le brouillard

elle a improvisé des poses d'envolée

dans des bâtiments désaffectés

livrés aux vents et à ses fantaisies

elle s'est magnétisée nue

dans un torrent des Pyrénées

l'éjaculant le fracassant Riu Ferrer

elle a aspergé d'eau plus froide et revigorante que celle du lac

son corps gracile

de liane étirée

entre deux horizons

elle et l'autre d'elle

elle a déambulé dans des villages perchés du Lubéron

à l'histoire tourmentée

Gordes Roussillon Ménerbes Lacoste Bonnieux

Oppède le Vieux Cabrières

avec On the road à la main

et une rose de tissu au niveau du pubis

acrobate de ruines à restaurer

elle a grimpé cul sans culotte

sur le divan du divin marquis

elle a été nymphe à La Fontaine du Vaucluse

a plongé ses mains dans l'eau limpide

a psalmodié quelques paroles de chamane

porté les gouttelettes arc-en-ciel à ses lèvres à ses yeux

aspergé ses seins menus

et j'ai vu Ailleurs


 

Muse du poète Pétrarque tu as éructé des paroles éprouvées

échappées du Canzoniere

j'ai mouillé de te voir mains baladeuses sur des pierres comme des chairs

promeneuse curieuse des détails non des ensembles

nous avons vu les mêmes détails

amoureuse de tout chat rencontré

porteuse de toasts à la kedrovaïa

tirée de ton sac

à tout ce qui te fait vibrer qui te touche

vingt et un jours

d'émotions

de sensations

de coïncidences


 

Rencontre avec un livre

perdu au milieu des milliers de livres

de la librairie de l'abbaye de Sénanque

Récits d'un pèlerin russe

récits servant dans un récit

de Jerome David Salinger

Franny and Zooey

Franny Glass

sœur de Zooey

étudiante en art

désenchantée

par l'égocentrisme du monde

tente de s'en échapper

en atteignant

la purification spirituelle

expérience vécue

à l'identique par une amie

ayant choisi la voie

de la prière intérieure

prière du cœur

perpétuelle

enseignée dans la Philocalie

de quoi ne plus pouvoir démêler fiction et réalité

et si Ailleurs c'était ici

et si l'autre d'elle c'était moi

 

2-

me voici interrogé par cette voie

par la voix de Dasha

pas fanatique de religion

mais qui se signe

en orthodoxe

dans nos églises

qui s'y recueille

consacre un cierge au saint consacré

se refuse à photographier le lieu sacré

à entrer s'il faut payer

le sacré étant pour tous

à profusion

et gratuit

- qu'est-ce donc que le sacré ?

- sens et tu comprendras !

- sentir quoi ? comprendre quoi ?

- sens comme tout est traversé (elle miaule : miaou !)

- je sens que tu me traverses, que tu m'habites ! je voudrais que tu m'abrites !

- cela ne se peut ; ce qui circule ne peut pauser

- n'es-tu que circulation ?

- entends ma respiration ! palpe la circulation de mon sang ! ressens mes émois ! ça cogne !

moi aussi ça cogne ! ça ne te fige pas ? quand on est dépassé par le sublime, n'est-on pas comme écrasé ?

- il y a sublime et sublime ! ton sublime est extérieur à toi ! mon sublime m'intègre !

- ton sublime peut-il m'intégrer ? depuis que je chemine sur tes chemins, toi traçant tes spirales de détresse, moi zigzaguant d’ivresse, je rêve de contacts, de caresses, de tendresses, de lentes montées en désir !

- j'avais compris ! finie ta platonnerie alors ?

- c'était une décision du vivant de l'épousée ; maintenant rien ne la justifie !

- tu cherches donc à m'avoir ?

- non ! tu n'es pas une chose ! je voudrais être avec toi !

- on voit déjà ensemble les mêmes détails ! cela ne te suffit-il pas ?

- je m'en contenterai si tel est ton choix ! si je sens que rien de toi ne me conduit vers toi !

- les chemins qui mènent à moi, je ne les connais pas ! les chemins qui me mènent vers celui que j'ai choisi, je ne les connais pas non plus ! c'est mystérieux et sacré l'amour ! tu en sais quelque chose pour avoir renoncé à me désirer !

- non ! pour avoir tenté de sublimer mon désir de toi !

- me désires-tu donc ?

- oui ! d'un désir doux ! centré sur toi ! (il miaule : miaou !)

- je ne crois pas à cela ! Lacan l’a dit : il n’y a pas de rapport sexuel ! c’est chacun pour soi au moment de jouir !

- en as-tu l'expérience ?

- oui ! avec celui que j'ai choisi ! je l'aime ! il me désire ! je suis décidée à l'aimer quoiqu'il arrive !

- tu es prête à souffrir donc de non-réciprocité d’amour ?

- je souffre déjà ! mais cette souffrance me fait du bien ! elle me nettoie !

- de quoi te nettoies-tu ?

- des tentations qui exercent sur moi une attraction irrésistible

- exemples ?

- l'alcool !

- la possession ?

- je suis terriblement jalouse ! c'est le nettoyage le plus violent ! j’ai compris que détester, haïr, c’était aimer encore, aussi !

- comment t'y prends-tu ?

- c'est lui qui m'impose sa loi ! que puis-je faire sinon espérer que mon amour sera plus fort que ses envies de papillonner ? qu’il s’inclinera devant cet amour qui l’aime comme l’homme qu’il est ! indépendamment de ses qualités, de son talent, de son charme, de son charisme, de sa beauté ! je ne cherche rien ! n’attends rien que cette inclination !

- ne t'es-tu pas donnée à lui ?

- si ! bien sûr ! en se donnant, une fille prouve son amour !

- en prenant, le séducteur ne prouve rien à l'aimante !

- je sais !

- je vois !

- ça va ?

- ça va !

 

3-

Chère Dasha,

j'aime te regarder, regarder ton regard d'une proximité inatteignable, ton regard d'ailleurs

j'aime regarder ta bouche, tes lèvres, j'aime leur pulpe rouge

j'aime te regarder jusqu'à la taille, sentir que mon bras, mes mains sont tentés d’enlacer, envelopper

j'aime regarder tes bras et tes jambes tout de finesse faits pour enserrer, balader

j'aime t'écouter,

boire ta voix de grave, ses blessures, ses fêlures

tes rires perchés (je n'ai pas l'échelle qu'il faut pour les attraper)

ta voix tendre d'enfant en attente

ta voix dure d'écorchée pas prête à céder, prête à résister à toute altération de ton intégrité

(de toute évidence, tu sens quand tu es menacée et tu sais y faire face ;

je parle de l'intégrité de ton être)

j'aime écouter tes jugements ; tu les fondes toujours avec justesse 

ainsi ce refus d'écrire sur l'ardoise de Corsavy parce que n'étant pas de la famille

même si tu es proche de ma souffrance 

ainsi ce refus d'entrer dans le monastère de Sant Joan de las Abadesses parce que c'était payant 

j'aime découvrir ta russitude au quotidien,

ton attachement au pays qui t'a éduqué, ton refus de le quitter :

ce serait malhonnête m'as-tu dit

ta religiosité sans pratique mais présente, active

j'aime découvrir tes passions littéraires, russes, étrangères ; quel éventail de lettres !

j'aime en prendre plein les yeux en te voyant vivre au jour le jour 

tes attitudes d'abandon quand tu es fatiguée, bras et jambes complètement ouverts

tes miaulements, ton attirance pour les chats

(tu es une chatte m'as-tu dit ;

je te trouve effectivement très chatte, indépendante, préservant ton territoire, pas facile d'accès)

tes poses et ta façon de te déplacer, légère, élégante, sûre 

tes leçons de maintien comme mannequin t'ont donné la classe qui s'ajoute à la grâce

bref, te voir vivre au jour le jour est un enchantement, un rajeunissement

ma vie à la sexualité solitaire désormais

vécue sous l’horizon de la mort

reprend des couleurs et quelque ardeur

ah ! puissions-nous nous rapprocher encore

un petit peu

jusqu'au frôlement des mains, des têtes, des épaules, des genoux

comme lors de cette soirée où sifflant tes dix whisky

fumant nerveuse agitée cigarette sur cigarette

tu t’es confiée avec confiance sans réticences

après ton avertissement solennel mon jurement solennel

à moi, ton homme de confiance

ah comme l’alcool te rend vive, lucide, inattendue

comme ton visage est traversé d’expressions fortes, d’émotions fugitives

comme tes regards sont foudroyants d’audace, de violence, de pénétration

oui ce soir-là,

j’ai osé une seule caresse sur tes cheveux

tu as posé tes lèvres juste à côté des miennes

 

on entend : miaou !

 

on ne sait si l’écho a fait : miaou !

4 -  Nuit d'ivresse

  • c'est la dernière nuit ! comprenez ! je veux passer la nuit avec vous !

  • à quoi faire ?

  • à parler !

  • ou à boire ?

  • vous ne comprenez rien ! je veux boire !

  • non !

  • pourquoi êtes-vous si strict ?

  • je suis strict pour votre santé

  • je m'en fous ! je suis triste !

  • de partir ?

  • non ! de rentrer ! remplissez-moi le bocal !

  • non ! vous êtes ivre !

  • non ! je ne suis pas ivre ! Vous voulez me priver parce que vous êtes jaloux !

  • de qui ?

  • de lui ! je l'apprécie comme homme en général !

  • vous me prêtez des sentiments que je n'ai pas !

  • vous êtes jaloux ! Je le sais !

  • je ne vous reconnais pas le droit de parler de mes sentiments !

  • versez-moi à boire alors !

  • non ! Je n'ai pas à aggraver votre ivresse ! Ce matin vous partez !

  • Vous voulez que je trépigne ? Que je pleure ? Que je tape des pieds ? Que je hurle ? Que je casse de la vaisselle ? Que je pique une bouteille de champagne dans votre cave ? Que je me couche à vos pieds ?

  • Faites ce que vous voulez ! Vous n'aurez pas à boire !

  • Qui êtes-vous pour m'empêcher de boire ? Vous n'êtes pas mon père ?

  • Non ! Mais je suis un ami qui vous veut du bien !

  • Je m'en fous ! Je veux boire !

  • Vous savez comment ça se passe chez vous ! Si vous buvez, vous acceptez d'être prise par l'homme qui vous fait boire ! Je ne veux pas de ça avec vous ! Entre nous !

  • Vous ne comprenez rien ! Vous êtes un homme ! Vous ne savez pas ce qui se passe dans mon ventre ! Je pense à lui ! Parti ! Forcé de partir !

  • De qui parlez-vous ?

  • De mon bébé

  • avorté ?

  • Oui !

  • je vous donne un verre de whisky

  • un ne suffira pas

  • il y en aura autant que vous voudrez ! Vive la mort des avortons !

  • vous êtes méchant avec moi ! Pourquoi ?

  • Je ne suis pas méchant ! Je vous sers à boire !

  • Pour m'avoir ?

  • N'est-ce pas ce que vous voulez ?

  • Je ne sais pas ce que je veux !

  • Laissez-vous aller !

  • Ne me touchez pas !

  • Faudrait savoir ce que vous voulez !

  • Je ne sais pas ce que je veux !

  • Quand on est saoul, on oublie tout !

  • Je veux oublier ! tout oublier ! l'oublier ! m'oublier ! tout noyer dans le Léthé ! tournoyer dans le Léthé.

29 février 2012 - 28 juin 2017

Jean-Claude Grosse

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Octobre/Gilles Cailleau/écritures

Rédigé par grossel Publié dans #écriture, #cahiers de l'égaré, #théâtre, #poésie

le dessin accompagnant le projet OCTOBRE de Gilles Cailleau, le chapiteau de Branlo et Nigloo au Revest en 1993
le dessin accompagnant le projet OCTOBRE de Gilles Cailleau, le chapiteau de Branlo et Nigloo au Revest en 1993

le dessin accompagnant le projet OCTOBRE de Gilles Cailleau, le chapiteau de Branlo et Nigloo au Revest en 1993

Le 3 février 2017, je lançais un appel à projets d'écriture sur Octobre 1917 vu depuis aujourd'hui. Date de réception des projets, 28 février 2017. J'ai reçu 7 propositions. Je les ai étudiées pendant une semaine et le 8 mars, je choisissais sans hésitation 1 des 7 projets, OCTOBRE de Gilles Cailleau. Vous vous en douterez à la lecture, ce qui m'a décidé, c'est le rire hénaurme que j'ai eu en lisant le projet et c'est l'image, le blocage à droite.

Nous nous sommes vus le 9 février, place de la Liberté au soleil de Toulon. C'est le lendemain de la journée de lutte pour les droits des femmes que le beau temps nous est revenu.

Gilles m'a parlé d'une petite forme, un tonneau et on verrait du dessus. J'ai tout de suite pensé à L'entresort du bossu Bitor, un spectacle magique du Petit théâtre Baraque accueilli sur le parking du Revest, de la compagnie Branlo et Nigloo. Il y a une photo du joli petit chapiteau sur le parking, de nuit, dans le brouillard. Photo parue dans Donjon Soleil, donc Branlo et Nigloo sont venus avant 1994.

On a parlé traduction en russe. Gilles a appris le russe. Points de chute en Russie pour un spectacle un peu dissident. Je pense pouvoir compter sur des amis russes ou français connaissant bien le pays.

On a convenu d'ouvrir cette page sur le blog des Cahiers de l'Égaré où Gilles posterait ses écritures au fur et à mesure, un travail en évolution pouvant jouer de différents médias, audio, vidéo, écriture, dessins ... Ce sera l'occasion de voir une écriture et un spectacle se faire.

Voici donc le projet tel que je l'ai reçu. Avec un dessin. Et dans la foulée, la 1° écriture. Gilles aux mots, au silence, aux ciseaux, aux pinceaux. Je le vois triturer papiers, colle, ciseaux, journaux comme Jacques Prévert faisait. Il va repeindre en rouge notre tonneau.

Jean-Claude Grosse

Les Cahiers de 'Égaré

Projet présenté par Gilles Cailleau :

OCTOBRE Октябрь

Ce n’est pas un homme qui se tait par désœuvrement ou renoncement, c’est un homme trop plein de paroles, alors il se tait comme un barrage retient l’eau de son propre lac.

Des feuilles mortes commencent à tomber mais elles sont rouges sang.
Il a dans ses affaires un ours en peluche avec une chapka, dedans une boite à musique joue

L’internationale.

Il a des livres dans ses poches, et du saucisson. Книги и колбасу. Tout le communisme est dans ses poches.

Il regarde dans sa main gauche une faucille, dans sa main droite un marteau. Il ne sait pas quoi

en faire. Ça dure longtemps.

D’ailleurs, il n’arrive jamais à garder quelque chose dans sa main droite. Ni mâcher du côté droit

de sa mâchoire. Ni tourner à droite pour aller quelque part. Ce n’est pas qu’il ne veut pas, c’est

qu’il n’a pas appris. Cela allonge considérablement quelques uns de ses déplacements.

Il passe son temps à repeindre les choses

en rouge...

1° écriture de Gilles Cailleau :

Ça pourrait s’appeler le silence.
 
Même s’il n’y a rien de plus bruyant qu’une révolution.
Le silence, c’est le titre d’un recueil de photographies sur le génocide rwandais. Je l’ai chez moi, je ne l’ouvre qu’à contrecœur, tellement les images sont insupportables.
Le silence, c’est les corps qui flottent sur la Neva. Les corps charriés.
Le silence c’est la steppe, c’est l’hiver.
Le silence c’est un vers d’Akhmatova : le Don sans bruit coule en silence. Тихо льется тихий Дон. Un vers de Requiem.
Le silence c’est se taire. Ne pas parler sous la torture, ne pas parler pour ne rien dire.
Quand on y pense, c’est étonnant ce verbe taire, que « ne pas parler » n’ai pas suffit, qu’il faille un verbe actif (comme oublier n’est pas juste ne pas se souvenir), et pronominal en plus, je me tais, comme – Je fais taire – Qui ? – Moi-même.
Le silence c’est juste après le bruit et la fureur. C’est après la bataille, sur le lac gelé d’Alexandre Nevski. Le silence de Prokofiev.
Un silence de 10 000 km entre Moscou et la Kolyma.
Parfois le silence est chargé comme un revolver.
 
Ça pourrait s’appeler le silence, mais je n’ai pas encore décidé.

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Pas de petit nom pour la Révolution d’octobre.

D’ailleurs qu’est ce que c’est que cette révolution d’octobre qui commence en février ?

Et qu’est ce que c’est que ce goût des révolutions pour les mois de l’année. La révolution d’octobre, la révolution de juillet, les décembristes…

Bref pas de petit nom pour la révolution d’octobre, ni velours, ni œillets, ni tulipe, ni jasmin.

 

____

 

Comment éviter le manichéisme quand tout est réduit à 2 camps, les rouges et les blancs ?

 

____

 

 

L’esprit du lieu

 

J’ai vu il y a 11 ans Une case provisoire. C’était un drôle de spectacle sous un drôle de chapiteau-tonneau, on y regardait un homme seul, d’en haut, et j’ai attendu le moment où une histoire à raconter imposerait un espace similaire. Je crois que le temps est venu.

Parler des communistes (pas du communisme, des communistes) en URSS n’est pas un travail d’historien, c’est un travail d’entomologiste. Même les russes le disent, les vieux communistes, ils sont des sortes d’insectes rares, en voie d’extinction (on l’entend dans le dernier livre de Svetlana Aleksievitch, La fin de l’homme rouge, Время секонд хэнд).

Ce ne sera pas un personnage, ce sera un spécimen. On le regardera d’en haut s’affairer dans son monde clos. Epinglé par nos regards.

 

____

 

De quoi parle-t-on quand on parle d’Octobre ? Juste d’octobre, la fin du processus, le coup d’état et la confiscation du pouvoir par les tenant de la solution bolchévique ? Ou bien en disant octobre on englobe tout l’année de révolution, ou même la guerre civile qui a suivi ?

De quoi parle-t-on ?

Et que faire du poids des mots ? De leur poids affectif, de leur poids politique ? J’ai déjà dû agacer certain en écrivant coup d’état, en écrivant confiscation… Comment nommer les choses ? On en viendrait presque à attacher à chaque fois 2 dénominations : l’insurrection/coup d’état.

Et comment prononcer un mot comme bolchévique sans qu’il transporte tout son arrière-monde, sa charge obscure ?

Se lancer dans une explication en amène une autre qui en amène une autre, c'est infini. J’ai demandé à 6 personnes s’ils connaissaient la différence entre les soviets et les bolchéviques, aucun ne peut répondre…

Les mots sont imprononçables, ils forcent à marcher sur des œufs.

On en revient au silence… À la nécessité de la métaphore, à la polysémie des images confuses.

 

____

Raté

(Ça pourrait être une fin.)

 

C’est la Révolution d’Octobre elle-même qui parle (c’est le clown qui s’est déguisé en femme, il touille une pâte blanche. En l’étalant, ça devient de la neige) :

 

Tellement de gens qui m’aiment encore.

 

Tellement triste une révolution ratée.

 

J’ai raté la marche, j’ai raté le train, j’ai raté ma vie, j’ai tout raté.

 

(Il a enterré dans la neige des jambes, des têtes, des bouts des chars, des morceaux de chevaux.)

 

Puisque je vous dis que c’est raté. J’ai raté, c’est tout. Point à la ligne.

 

Arrêtez de m’aimer encore.

 

Il boit du vin. Il pisse dans la neige, sur ce cimetière enneigé. Sa pisse est rouge aussi. Ça dure très longtemps. Il pisse des litres.)

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Reçois le Baïkal (russe et français)/Dasha Gorenko/J.C.Grosse

Rédigé par JCG Publié dans #poésie

Принимай Байкал

Эй, Сибирский житель,
Как я, ты - выпить любитель что с нами произошло?
Неужели нам уготовано
это угасание?
Нам, из тайги
нам, с равнин
нам, из тундры
какое зло нам угрожает?
Неужели жизнь наша стала труднее
чем раньше?
Почему мы топим
жизнь данную нам
в стаканах водки?
Неужели мы не видим больше смысла
в наших жизнях?
О, Сибирская жительница
как и я, ты - выпить любительница
что с нами произошло?
Нам ставшим бесплодными
неужели нам уготовано
это угасание?
Количество нашего населения умножается
а продолжительность нашей жизни уменьшается
какое зло нам угрожает?
Неужели жизнь наша стала скуднее
чем раньше?
Почему мы топим
жизнь данную нам
в стаканах водки?
Неужели мы не видим больше смысла
в наших жизнях?

Братья и сестры, любители выпивать
сегодня я осмелилась принять
мудрое твердое окончательное решение
утопить Водку в смертоносной революции!
Я отдаюсь
обнаженная
Байкалу
древнему мудрецу
Байкалу
древнему колдуну
ледяной воде
древнейшего озера
принося себя в жертву старинному
шаманскому обряду
Мать-моржиха дай нам солнца
Погруженная в воду
до удушья
вдруг
я всплываю
испиваю новую жизнь
Два глотка воды
Я принимаю Байкал
чашу семени универсального
вдох зародыша нескончаемого
в глубине моего горла
в глубинах мироздания
Чистая вода древнего озера
чистит мои сосуды и нутро мое
смывает злые речи и боль мою
растворяет моих дорогих демонов щупальцующих
Мои юные мышцы растягиваются
моё сердце набухает в такт баргузину
крылья толкают меня
Над озером я вижу
глубину нашего несчастья
А Байкал, он может нас принять
нас, любимцев водки
моих братьев и сестер любящих напиваться безумно Над озером я вижу
светлое отражение нашего счастья
Байкал, он может нас принять,
нас, исцеляющихся водкой
моих братьев и сестер мечтающих жить разумно

Эй, Сибиряк,
прими Байкал
горлом твоим
вода чиста
она очищает, рубцы заживляет
Эй, Сибирячка,
возьми Байкал
глубоким горлом твоим
вода чиста
она очищает, матку исцеляет
Ах, наши планы, планы жизни!
шаманские любовные связи  в Сибири
шалости объятья слияния симбиоз исступление запустение
69 ошеломляющих
контактов со стволами серайи падука вава зебрано
исступлений под ясенем  дубом буком
Ах, наши планы, планы жизни!
сатанинские пляски вокруг священного огня!
льды вытянутые воздушные литые расплавленные пестрые
96 опрокинутых)
ликований в березах платанах липах
лобзаний кленов вязов орешников
эх! счастия!
мои братья и сестры примиренные
с нашей сестрой жизнью природой
с нашим братом Байкалом сильным прорицателем

А ты, что влачишь
наказания
с глоткой
смердящей
на рассвете
от попоек
огнем льдом
Сибирью
прими Байкал
детородный орган и лоно
всего созидаемого
с распаленной мордой
С  раскрытой глоткой
испей чашу
семени универсального
зародыша нескончаемого
выхаркни свои сожженные легкие
изрыгни кишки и нутро
испражнись своими демонами
помочись кровью
изгони горькую желчь
извергни твой распухший стержень
согрей твое замерзшее лоно
изнасилованием и кровосмешением
завтра
будет лучше
мой одуревший брат
моя закабаленная сестра
все у нас будет лучше
Байкал
древний мудрец
древний колдун
откроет нам
путь
вернет нам
наш голос
Заговорим же
своими голосами
мои братья и сестры
любящие жизнь
любящие нашу жизнь


Reçois le Baïkal
par Baïkala

Ô homme de Sibérie
mon frère en ivrognerie
que nous arrive-t-il ?
Sommes-nous destinés
à ce déclin ?
Nous, de la taïga
nous, des plaines
nous, de la toundra
quel mal nous frappe-t-il ?
La vie nous est-elle plus dure
qu’autrefois ?
Pourquoi noyons-nous
la vie en nous
dans les verres de vodka ?
Ne savons-nous plus donner sens
à nos vies ?
Ô femme de Sibérie
ma sœur en ivrognerie
que nous arrive-t-il ?
Devenues stériles
sommes-nous destinées
à ce déclin ?
Notre population décroît
notre durée de vie s’affaisse
quel mal nous frappe-t-il ?
La vie nous est-elle moins généreuse
qu’autrefois ?
Pourquoi noyons-nous
la vie en nous
dans les verres de vodka ?
Ne savons-nous plus donner sens
à nos vies ?

Mes frères et sœurs en ivrognerie
je prends aujourd’hui
une sage ferme définitive résolution
noyer la vodka mortelle révolution
Je plonge
nue
dans le Baïkal
vieux sage
dans le Baïkal
vieux mage
dans l’eau glacée
du très vieux lac
sacrifiant au très ancien
rite chamanique
Мать-моржиха дай нам солнца
Immergée sous l’eau
jusqu’à asphyxie
soudain
je remonte
bois la vie nouvelle
Deux gorgées d’eau
Je reçois le Baïkal
bolée de sperme universel
goulée de germe éternel
au fond de ma gorge
au fond de l’origine du monde
L’eau pure du très vieux lac
nettoie mes vaisseaux et boyaux
lave les mots de mes maux
dissout mes chers démons tentaculaires
Mes jeunes muscles se dilatent
mon cœur se gonfle sous bargouzine
des ailes me poussent
Au-dessus du lac je vois
la profondeur de notre malheur
Baïkal peut nous accueillir
nous les chéris de la vodka
mes frères et sœurs en ivrognerie insensée
Au-dessus du lac je vois
le miroir bleu de notre bonheur
Baïkal peut nous accueillir
nous les guéris de la vodka
mes frères et sœurs en projets de vie sensés

Ô homme de Sibérie
reçois le Baïkal
dans ta gorge
eau pure
purificatrice de tes cicatrices
Ô femme de Sibérie
reçois le Baïkal
dans ta gorge profonde
eau pure
purificatrice de ta matrice
A nos projets de vie !
chamaniques coucheries sibériennes !
ébats étreintes osmoses symbioses extases abandons
69 renversants
fellations de méranti padouk wa-wa zébrano
frénésies sur frênes chênes hêtres
A nos projets de vie !
sataniques sauteries hivernales autour du feu sacré !
glaces étirées soufflées moulées coulées bariolées
96 renversés
liesses dans bouleaux platanes tilleuls
lècheries d’érables ormes noyers
oh ! bonheurs !
mes frères et sœurs réconciliés
avec notre sœur la vie la nature
avec notre frère Baïkal de bonne augure

Et toi qui traînes
peines
pues
de la gueule
au petit matin
des beuveries
de feu de glace
de Sibérie
reçois le Baïkal
pénis et vulve
de toute création
en pleine trogne
Gueule ouverte
bois la tasse
de sperme universel
de germe éternel
crache tes poumons brûlés
dégueule tripes et boyaux
chie tes démons
pisse le sang
expulse tes humeurs acides
dégorge ta verge tumescente
réchauffe ta vulve refroidie
par le viol et l’inceste
demain
tout t’ira mieux
mon frère abruti
ma sœur asservie
tout nous ira mieux
Baïkal
vieux sage
vieux mage
nous ouvre
la voie
nous donne
notre voix
Parlons
avec notre voix
mes frères et sœurs
en amour de la vie
en amour de notre vie


 

 

Note de l’éditeur :
Baïkala est le nom littéraire de Daria Gorenko. Daria et Lisa Gorenko sont les arrières petites-filles d’Anna Andreïevna Gorenko, connue sous le nom d’Anna Akhmatova. Elles se sont retirées à Baklany au Baïkal, voulant prouver par leur existence que la vraie vie est possible.
Ce sont Les Enfants du Baïkal.

 

Fellation.JPG

sculpture de Michel Gloaguen et Françoise Gourvès

 

Reçois le Baïkal (russe et français)/Dasha Gorenko/J.C.Grosse
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Baïkala Poème (russe et français)/Lisa Gorenko/J.C.Grosse

Rédigé par JCG Publié dans #poésie

Поэма Байкале

 

sirene-Baikal.JPG

 

Байкала
Байкала
дочь Байкала
сияние солнца
рябь лазурной глади озера
девочка пена
девочка всплеск
девочка вспышка
гладкий живот спокойных вод
беспокойный живот подземных толчков
содроганье живота в оргазмической буре
девочка заноза луна
в полночь
девочка полная луна
в три часа ночи
с гитарой в руках
девочка розоватая дымка росы
ранним утром
девочка отпечаток
яркие цветные следы
солнечный закат
о! радуга твоих щек
взрыв твоих волос
бесконечно красных
девочка ветер строптивый
девочка сон неуловимый
 озеро в колодце
девочка молния
девочка гром
рыбка набросок челнок
русалка комета
дождь водный жар
тайга ожег
лес медведица
мягкая плоть губ
принимающее лоно
девочка поцелуи
 украденные пойманные улетевшие
девочка объятие слияние единение прощание
девочка разлом
девочка трещина
голос проникающий в нутро
голос надрывной режущий глубоко
пальцы водоросли
мимолетное счастье на берегу Байкала

Байкала
Байкала
стенания тектонические плиты
симфонии дрейфующие льдины
скрежет шушукающиеся камушки
шепот движущиеся камешки
стоны омытые пески
Байкала
зарождение весной
плодоношение летом
яркое распутство
душистый разврат
Байкала
всеобщая любовница
всего семени хранительница
любящая всех и вся
исток всего сущего
Байкала
Природа-Мать
Мать-Космос
Мать-моржиха
муза извращенности
источник невнимательности
распространительница ненадежности
родство душ
выборочная враждебность
смена личины
обмен масками
набор клоуна
печальная участь
одну принимают за другого
девочку за мальчика
один обречен на любовное смятенье
другой на скандальное счастье
чайка омуль
медведь нерпа
норка белка
грибы черника
береза лиственница
на стане-вселенной Байкалы
связующая
переплетающая
монахиня
 любовница
богомол

Байкала
свет
Байкала
тьма
Байкала
непостижимая
неуловимая
Байкала
воздыхания потусторонние миры
воспоминания параллельные миры
Байкала
как на канате пляшет на темной стороне души
лунатично стоит пред мрачной глубью Возникновения мира

Байкала
возможность
элегантность
Байкала
возможность рассеяться
Байкала
элегантность нарядиться


Байкала
обещание
опьянение
отчаяние
отчаяние
опьянение
обещание



Baïkala Poème 

Pour la Sirène Reine du Baïkal
Baïkala

Baïkala
Baïkala
fille du Baïkal
éclat de soleil
zèbre surface bleue du lac
fille gerbe
sirène écume
fille étincelle
ventre plat eaux calmes
ventre agité secousses sismiques
ventre secoué tempêtes orgasmiques
fille écharde lune
à minuit
sirène pleine lune
à trois heures du matin
guitare en mains
fille brume rosée
au petit matin
fille traînée
grandes traces colorées
au soleil couché
oh ! tes joues irisées
ta chevelure explosée
surexposée rouge
fille brise rebelle
sirène rêves gazelles
 lac dans un puits
fille éclair
fille tonnerre
poisson esquisse esquive
sirène sidérale
sirène reine
pluie braises aquatiles
taïga brûlure
forêt ourse
lèvres pulpes
vulve accueil
fille baisers
 volés posés envolés
sirène étreintes osmoses symbioses abandons
fille faille
fille fente
voix entrailles
voix entaille
doigts algues
bonheur d’épure au bord du Baïkal

Baïkala
Baïkala
plaintes plaques tectoniques
symphonies glaces en dérive
crissements galets en conférence
murmures graviers remués
soupirs sables pourléchés
Baïkala
germinations printemps
fructifications été
orgies colorées
débauches odorantes
Baïkala
amante universelle
fourre-tout de tout foutre
amoureuse tous azimuths
matrice de toute créature
Baïkala
Nature-Mère
Mère-Cosmos
Мать-моржиха
inspiratrice de déviations
distributrice de hasards
source d’inattentions
affinités électives
hostilités sélectives
échanges d’identités
transferts de masques
panoplies de clowns
partages tragiques
l’une prise pour l’autre
la fille pour le fils
l’un voué au désordre amoureux
l’autre au bonheur sulfureux
mouette omoul
ours nerpa
norka écureuil
champignons myrtilles
bouleau mélèze
sur le corps-monde de Baïkala
la lieuse
la relieuse
la religieuse
 l’amante
la mante

Baïkala
lumières
Baïkala
ténèbres
Baïkala
insondable
insaisissable
Baïkala
soupirs arrières-mondes
souvenirs autres-mondes
Baïkala
funambule de notre part d’ombre
somnambule de l’obscure profonde origine du monde

Baïkala
chance
élégance
Baïkala
chance à semer
Baïkala
élégance à habiller


Baïkala
promesse
ivresse
détresse
détresse
ivresse
promesse
 

 

Lisa Gorenko



Note de l’éditeur :
Lisa Gorenko, arrière petite-fille d’Anna Gorenko (Anna Akhmatova) vit à Baklany au Baïkal, avec sa sœur Daria Gorenko. Conteuse, elle offre ses contes aux animaux de La Forêt. 

 

Ivresse-enflammee.JPGsculpture Ivresse de Michel Gloaguen

 

Baïkala Poème (russe et français)/Lisa Gorenko/J.C.Grosse
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Poèmes pour Olga (Minsk) et Svetlana (Vitebsk)/J.C. Grosse

Rédigé par JCG Publié dans #poésie

Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.
Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.

Chagall, au-dessus de Vitebsk, Amour et La promenade de Chagall, le musée Chagall à Vitebsk et La Ville détruite de Ossip Zadkine, chateau de la Trémouille, Jeanne au bûcher à Rouen, portrait d"Antonin Artaud, Marilyn-JFK-Robert K.

Olga et Svetlana deux inspiratrices ou comment en 10' d'échanges à deux petits déjeuners dans un internat à Cosne sur Loire, deux femmes me racontèrent tant

Olga et Svetlana deux inspiratrices ou comment en 10' d'échanges à deux petits déjeuners dans un internat à Cosne sur Loire, deux femmes me racontèrent tant

Ces deux poèmes sont à lire dans un ordre tiré au sort par le lecteur, pile ou face.

Je les publie pour le 40° anniversaire des premiers pas de l'Homme sur la lune, le 20 juillet 1969, à 21 H 36, bien après que poètes et peintres aient imaginé la chose, soit le 20 juillet 2009.

Je les actualise ce jour, 25 juillet 2014, après avoir revu Olga, quelques minutes, 5 ans après, dans un autobus biélorusse où j'ai présenté Diderot, le 13 juillet entre 10 H 45 et 11 H 30, sur le parking de Lançon de Provence.

Ces deux poèmes constituent aussi avec les photos et les liens un hommage à Vitebsk et à Minsk.

JCG

 

1 ou 2  pile ou face 
Rencontre avec Svetlana

 

 

Tu es venue du pays des 10000 lacs

Je suis arrivé de Sully sur Loire

Au pays des 10000 lacs

Ton visage de 32 ans a 10000 images

N’es-tu que mirage

Es-tu vraiment Claire

Au château de la Trémouille

J’ai fait un tabac

Avec mes poèmes

Sur Mélissa

Philomène

Ne suis-je qu’un manieur de phonèmes

A Vitebsk

Ta ville si souvent assiégée

Par le passé

Tu as fait un carton

Avec le Monument pour une ville détruite

D’Ossip Zadkine

A Rouen brûlant Jéhanne

A eu lieu

Une rencontre

Offerte par le dieu

Anonyme au milieu de 80 flammes

Je ne t’ai pas vue

Ce 16 juillet 2009

Entre 9 heures et midi

Je n’ai pas eu de flash

D’illumination

Ce ne fut pas un coup de foudre

Ce fut lente émergence

Photo sortant du polaroïd de la vie

Et moi qui vous présentais

L’art de la présence

Le don du présent

J’ai fini par ne plus voir que toi

Entre 15 et 18 heures

Tu étais tellement présente

A cette présentation

Tu me donnais ton adhésion

Dans ton regard il y avait

Le plus précieux

La compréhension intelligente

D’une démarche de vie

Le théâtre de la cruauté

Comme offrande

Ouverture aux autres

Rassemblées

Diffusion d’énergie négative

De terreur

Le théâtre de la cruauté

Comme puissance de déconstruction

Torture des autres

Coincées

Dans leurs jupes sans tourbillons

Leurs corps sages sans horizons

Ouverture de toi déjà ouverte

A des Promenades d’Amoureux

Entre ciel et terre

Selon le cœur de Marc Chagall

Joyeux carnaval de corps légers

Allégés de leur poids de Terre

Cirque céleste pour colorier

D’amour et d’espoir

La vie vouée à la mort

Toi déjà offerte à l’homme de ta vie

Toi en recherche d’un compagnon de vie

Gâtée par le dieu qui t’en a fait rencontrer deux

Désespérée d’avoir à choisir

Au risque de perdre l’un et l’autre

Poussé par l’audace de l’intuition

Je fraie une voie à une brève rencontre

Ce 17 juillet 2009

A 9 heures du matin

Je contemple ton visage

Sans fard

Je pourrais y passer ma vie

C’est l’infini là ici

Si près

Je regarde ton regard

Qui parfois faiblit

Paupières battantes

Prêtes à l'envol

J’écoute tes paroles

Elles m’entraînent

Dans les labyrinthes

Sans fil de sortie

De ta pensée

Sur la vie

Le monde

En un quart d’heure

Tu te livres

Me livre

L’intimité de ton intimité

Ta philosophie de la vie

Le dieu est peut-être Dieu

Peut-être hasard

Peut-être destin

Peut-être destination

Peut-être création libre

Ton front porte une souffrance

Qui ne se livre pas

La transparence de l’échange

Rend plus opaque ton opacité

La dualité des contraires

L’unité des contraires

Qui t’animent

Animent le monde

Dans l’après-midi du 17 juillet

Tu as été MM rencontrant JFK

Pour une montée au 7° ciel du désir

De la sensualité déchaînée

Exprimée par ta voix d’eau calme

Sans prendre dans ton regard

L’auditoire

J’étais au premier rang

Après la prise de photos

J’ai traîné dans le hall

Souhaitant que le dieu nous réserve

La possibilité de prendre à droite

Sur la carte

Ce chemin qui se découvrait

Vers le pays des 10000 lacs

Vers le midi des Tournesols de Vincent

Car il existe n’est-ce pas

Des halls qui sont des ports

Des instants-navires

Pour partir

Repartir

Changer d’enveloppe terrestre

De carte d’identité

Au largage d’amarres j’étais prêt

Tu es partie pour une destination

Secrète

Secrètement

Dans l’après-midi

Sans traverser le hall

A 19 heures 03

Ce 17 juillet 2009

J’ai quitté Rouen brûlant Jéhanne

Les 10000 lacs de ton pays

Les 10000 images de ton visage

Les 10000 mirages à tournis

A 20 heures 49

Je débarquais à Paris Bercy

 

Jean-Claude Grosse, le 18 juillet 2009

 

 

2 ou 1  face ou pile   
Rencontre avec Olga
     
                                                    

 

 

Tu es venue du pays des 10000 lacs

Je suis arrivé de Chailles Loir-et-Cher

Au pays des 10000 lacs

Ton visage de 34 ans offre

L’image de la douceur

Au château des Brosses

J’ai fait un tabac

Avec Moi l’élu

De Say Salé

Auteur burkinabé

A Minsk

Ta ville convoitée

Ayant changé si souvent de maîtres

Par le passé

Ta Ville Héroïque

Tu as fait un carton

En accueillant

Rue Internationale

Le futur assassin

Commis d'office

De JFK

Après avoir accueilli

Dans la Maison en bois

De la Ville haute

Le 1° congrès du POSDR

A Orléans acclamant Jéhanne

A eu lieu

Une rencontre

Offerte par le dieu

Reconnue au milieu de 80 femmes

Je t’ai vue

Ce 16 juillet 2009

Entre 9 heures et midi

Attentive

Appliquée

Souriante

Et moi qui vous présentais

L’art de la présence

Le don du présent

J’ai trouvé en toi

L’appui

Pour aller plus loin

Au cœur des corps

En attente d’expression personnelle

Tu étais tellement présente

A cette présentation

Dans ton regard il y avait

Le plus précieux

La compréhension intelligente

D’une démarche de vie

Le corps qui parle

Comme offrande

Ouverture aux autres

Rassemblées

Diffusion d’énergie positive

D’enthousiasme

Le corps qui parle

Comme puissance de reconstruction

Ouverture des autres

Coincées

Dans leurs jupes sans tourbillons

Leurs corps sages sans horizons

Ouverture de toi déjà fermée

A une histoire d’amour terminée

Toujours ouverte à l’éducation du garçon

Né de vos ébats

Toi sensible à l’exemple aventureux de ta mère

Toi avouant sans complexe ton bonheur de vivre

Poussé par l’audace de l’intuition

Je fraie une voie à une brève rencontre

Ce 17 juillet 2009

A 3 heures de l’après-midi

Je contemple ton visage

Maquillé pour la circonstance

Incarner MM

Je pourrais y passer ma vie

C’est l’infini là ici

Si près

Sur ces lèvres pulpeuses

Je regarde ton regard

Qui ne faiblit pas

Par fierté

Et c’est bon

Ce face à face

Yeux dans les yeux

J’écoute tes paroles

Elles m’entraînent

A L’Île des Larmes

Au Parc Loshysta

Au bord de la Svislotch

Pour des balades sous la pluie

Sous parapluie

En un quart d’heure

Tu te livres

Me livre

Tes occupations de chaque jour

Ta philosophie de la vie

La transparence de l’échange

Rend ta transparence lisible

Dans l’après-midi du 17 juillet

Tu as été MM se confiant

Au dictaphone

Pour Ralph Greenson

Avouant ses baises infinies

Sans orgasme

Comprenant enfin

Que l’orgasme

Se passe

Dans la tête

Pas dans le sexe

Quel plaisir de te voir assumer

Cette proposition de passeur

Avec sérénité

Sans émois particuliers

Avec ta voix d’eau calme

Prenant dans ton regard

L’auditoire

Moi au premier rang

Piquant un fard

Après la prise de photos

J’ai traîné dans le hall

Souhaitant que le dieu nous réserve

La possibilité de prendre à droite

Sur la carte

Ce chemin qui se découvrait

Vers le pays des 10000 lacs

Vers le midi des Soleils noirs 

Car il existe n’est-ce pas

Des halls qui sont des ports

Des instants-navires

Pour partir

Repartir

Changer d’enveloppe terrestre

De carte d’identité

Mais au largage d’amarres je n'étais pas prêt

Dans l'imaginaire peut-être

Pas dans la réalité

A 18 heures 30

Tu es venue

Me remercier

Je t’ai remerciée

Une amitié est née

A 19 heures 03

Ce 17 juillet 2009

J’ai quitté Orléans acclamant Jéhanne

Les 10000 lacs de ton pays

L’image de ton visage heureux

Le sourire de tes yeux

A 20 heures 49

Je débarquais à Paris Bercy

 

Jean-Claude Grosse, le 19 juillet 2009

 

 

 
 

 

 

lee harvey oswald à Minsk entre 1959 et 1962. Kennedy est assassiné le 22 novembre 1963, la maison du POSDR, le parc Loshysta  au bord de la Svislotch, Jeanne à Orléans, la prose du transsibérien de Blaise Cendrars illustrée par Sonia Delaunay, le château des Brosses à Chailles, Marilyn-Lee Strasberg-Ralph Greenson le 8/8/1962
lee harvey oswald à Minsk entre 1959 et 1962. Kennedy est assassiné le 22 novembre 1963, la maison du POSDR, le parc Loshysta  au bord de la Svislotch, Jeanne à Orléans, la prose du transsibérien de Blaise Cendrars illustrée par Sonia Delaunay, le château des Brosses à Chailles, Marilyn-Lee Strasberg-Ralph Greenson le 8/8/1962
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lee harvey oswald à Minsk entre 1959 et 1962. Kennedy est assassiné le 22 novembre 1963, la maison du POSDR, le parc Loshysta au bord de la Svislotch, Jeanne à Orléans, la prose du transsibérien de Blaise Cendrars illustrée par Sonia Delaunay, le château des Brosses à Chailles, Marilyn-Lee Strasberg-Ralph Greenson le 8/8/1962

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Poèmes d'amour pour 14 février et tous les jours de toujours/J.C.Grosse

Rédigé par JCG Publié dans #poésie, #pour toujours

Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans

Annie de 18 à 62 ans

Ce 14 février 2015, elle aurait eu 67 ans.

Dans le noir, on entend des rafales de vent, des hurlements et chants de loups

Dans le silence et le noir, on entend

une voix de jeune fille, pure, douce, affirmée, sans hésitations :

 

Mon p'tit chat ! attends mon p'tit mot !

J'attends le transsibérien. Tu m'attends mais je ne sais rien de là où tu es, où je vais. La vie m'attend aujourd'hui, cuisses ouvertes. Si tu veux savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur, ouvre la chaumière de mes yeux, emprunte les chemins de mes soleils levants, affronte les cycles de mes pleines lunes. Je voudrais avoir des ailes pour t'apporter du paradis. Des ailes de mouette à tête rouge ça m'irait bien pour rejoindre ton île au Baïkal. Je transfigurerai les mots à l'image de nos futurs transports. Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde. Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies. Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune. Je t'aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l'embrume de tes réveils d'assommoir, dans l'écume de tes chavirements. Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire. Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu'à des rives encore vierges. Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune ou des isbas de rondins blonds. J'aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l'urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes. Je m'appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de rien … J'aime les cris de nos corps qui s'épuisent à vivre. Je t'ai ouvert un cahier d'amour où il n'y aura jamais de mots, jamais de chiffres. Il n'y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres. Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils. À la fin du cahier, je t'aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.

Ton p'tit chat

 
 
Poèmes d'amour et d'Annieversaire
pour 14 février

et tous les jours de toujours

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à Emmanuelle Arsan
pour Bonheur 1 et Bonheur 2
publiés aux Cahiers de l'Égaré

            
Errance
(dit par une voix d'homme, version universelle)


Errance
(dit par une voix d'homme, version sibérienne)

Je m’en irai par les avenues des villes prospères
je m’en irai sans me laisser séduire
par les promesses qui s’affichent
je m’en irai à ta rencontre
sans te chercher
car je sais que là où s’achèvent
les villes aux filles de rêve
qui enlèvent le haut puis les bas
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Alors j’irai par les campagnes en jachère
abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter
j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère
sans m’attacher aux filles légères
qui te montrent tout par petits bouts
j’irai à ta rencontre sans te chercher
car je sais que là où se ressourcent
les nostalgies de belle époque
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Mais quand je m’arrêterai
où commencent les marées
je crois bien que je te connaîtrai

au Cap de Bonne Espérance

À la croisée des chemins
(dit par une voix d'homme, version sibérienne)

Elle attendait
corps fermé à jamais sur son passé
Elle attendait
sur le quai des départs
ouverte à l’infini de la voie ferrée
prête à se saisir d’un hasard
pour en faire une chance
La fumée bleue des cigarettes avait donné ciel à ses rêves
la fumée blanche des trains avait agité ses sommeils
Elle attendait
qu’un train l’entraîne    ailleurs
gorge déployée voyelle après voyelle
le o pour faire écho dans le dos
le a qui s’exclame par le thorax
comme elle l’avait appris de la Kossenkova

Qu’il l’entraîne
toutes chansons dehors
le ciel de demain enfin au-dessus de sa tête

Demain les rêves de ses sommeils feront d’elle
mon Antigone à la croisée des chemins
quand Œdipe
j'y arriverai



Amour fou


Avec toi ce fut l’amour fou
dura six mois
été automne hiver
La Capte rêves sur algues
Tipasa avenirs sur ruines
Paris promesses sur quais

Avec toi ce fut l’amour ravissant
l’amour épuisant
à délices de corps
délires de cœur
dura six mois
été automne hiver
La Capte baisers sur mer
Tipasa caresses sur sable
Paris folies sur berges

Où sont nos émois d’autrefois
dissipés en six mois
Il fait froid sur cette page
il faisait si bon sur la plage
Nos regrets d’été ont mal de baisers
nos tristesses d’automne mal de caresses
nos mélancolies d’hiver mal de folies

Revienne l’éveil du printemps



1er Chant
Éclats cruels du plaisir duel
                   
 
Ils t’ont donné nom de reine
pour qui on fait la guerre
puisqu’on ne sait partager ta couche
jusqu’en Troie qui flamboie
l’un pour t’arracher à Pâris
l’autre pour t’enlever à Ménélas
qu’hélas tu aimas tous deux
toi leur désirée
leur unique.
Hasard fertile
contre toute attente
en ventre stérile
et te voilà
double d’Hélène
froide impérieuse
tenant à distance les soupirants
ô souveraine
vêtue de noir
long manteau que tu m’entr’ouvres
sur la courte jupe rouge
aux cuisses de promise.
Je te remonte.
Grands yeux gris fer soulignés de vert
mystérieux parfois rieurs
bouche ronde pour épouser
salive élégante
la mâle vigueur
et jouir
mouillé raffinement
du corps d’homme
car tu veux tout goûter ô gourmande
te pénétrer ô tranchante.
Voix du profond
à remuer les tréfonds
là où ça vit encore
tapi sous les stupeurs.
Souffle retenu
prêt à se dilater
aux éclats cruels
du plaisir duel.
Chevelure blonde abondante
pour rouler dans la paille des ébats
et tant pis tant mieux
s’il y a dégâts.
Quel amant inventes-tu Hélène
vers quel amour glisses-tu
d’homme désiré en homme repoussé
corps après corps ébauché
à coups de cœur consentant
toi tout émoi ?
Voici de moi
ta première image.
J’érige.
Tu t’ouvres.
Quelle amante conçois-tu Hélène
pour quel amour risques-tu
de femme aspirée en femme refoulée
corps après corps effacé
à coups de cœur angoissé
toi tout effroi ?
Voici de toi
ma première image.
Tu t’ériges.
Je m’ouvre.
 
Désir 1
 
 
avec toi je me sens (inspirer fort)
(expirer fort) sans  toi
 
avec toi je deviens                      
prolifération d’analogies
succession d’annexions
chiens et chats s’insinuent dans mes cris d’amour
je suis miaulements avant  
grognements pendant
mes ongles et mes doigts deviennent griffes et pattes
aux anges je prends leur légèreté
au taureau sa virilité
dans les plis de mes rêves je reconstruis
sans les déformer villes d’orgies clairières de sorcières
sur les draps je me crucifie râlant et bavant
je deviens théâtre de la cruauté
sur ta peau s’ébauchent formes et volumes  nouveaux
mes mains autour de tes seins sur ton ventre
font une procession
je construis de longs itinéraires qui me révèlent
t’édifient
dont les clefs sont l’origine du tracé
nos désirs sans objet
ton vagin sanctifié    sacrifié
tremble sous la pression de ma précipitation
irrépressibles tentations
la peur du sacrilège me tenaille    et me déchaîne
pour toi je galope étalon d’alpages
sans bouger du matelas
toi tu passes vite    comme les hirondelles
faisant siffler l’air à nos oreilles à l’approche de l’orage
assis dans la mousse de ton pubis
je joue avec mon pénis    cadeau et défi
tes yeux m’envahissent    et j’apprends à lire
des rires venus de toi me croisent
aèrent mon corps crispé sous le tien
tes étonnements font naître les miens
dans ma main droite ils se débattent
tes yeux parfois alors se voilent    et
du merveilleux glisse sur ma peau océane
l’angoisse te fait craquer comme le bois
écorce     j’éclate
cuirasse    je cède
à tes mains je me livre pour un feu de joie
pour tes yeux je me délivre de mes grincements de scie
 
(devant L’origine du Monde de Courbet
et
le Nu couché, bras ouverts de Modigliani)
 
 
Désir 2
 
 
Tu sais dire avec des mots de tous les jours                
les délices de ta peau        les blandices de ton âme
tu sais dire avec des phrases sans difficultés
ce que tu sens en surface    ce que tu ressens au profond
ainsi tu m’introduis
dans tes jours et nuits de chatte du bonheur
j’y accède    feulant
comme chat attiré attisé au seuil d’une nuit d’allégresse
des jets d’ombre épaississent ta vérité de vibrante
angoisse de la vie    la mort prépare déjà ses allumettes
mais ton corps est encore d’ici
et tes mots me pénètrent    ils tombent drus et durs
morceaux de ta peau désirante                   délirante
ils tombent dans mon sommeil
flaque stagnante en attente    carrousel tournoyant de rêves libérés
ils tombent          étoiles froides             désorbitées
des couches de tes désirs       lourds et doux
si proches des miens    si lointains
tes mots me pénètrent       mouillés salivés
resurgissent empoussiérés
curetage qui me débarrasse de mes soumissions d’esclave
tes mots se propagent lentement à travers les croûtes de mon être
restes d’autres agressions      d’autres fusions
ils se propagent en sautant d’un étage à l’autre de mon être
montant       descendant           des escaliers en ruines    en projets
débris de bombardements insolents
gravats de contacts bouleversants
par toi en moi je trouve mes dimensions
je découvre mon espace
deux visages penchés sur une rêverie de berceau rose et bleu
je touche à mon présent
nos désirs sans retenue pour donner vie
 
 
2e Chant
Eurydice de rêve pour lyre d’Orphée
 
 
Elle ne fut port
ni havre refuge ou maison
pas même bivouac ou campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle fut flambée d’artifices
une nuit de solstice d’été
cheveux de nuage
un soir de mistral radieux
Elle fut corps de neige fondant au soleil
château de sable effondré par la vague
Elle fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil accueillant
maillot bleu sur parquet ciré
et moi que faisais-je dans ces décors ?
Elle fut mutisme d’enfer confidences d’ange
mépris de grande élans d’enfants
Elle fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle fut source et sel
fiel et miel
devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée
 
et
 
Elle me fut port
havre refuge et maison
bivouac et campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle me fut flambée d’artifices
une nuit de solstice d’été en Crète
cheveux de nuage
un soir de meltèmi radieux
Elle me fut corps de neige fondant au soleil de l’Olympe
château de sable effondré par la vague d’Égée
Elle me fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil accueillant
maillot bleu sur parquet ciré
et moi que faisais-je dans ces labyrinthes ?
Elle me fut mutisme d’enfer confidences d’ange
mépris de grande élans d’enfants
Elle me fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle me fut source et sel
fiel et miel
me devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée
 
 
Le grand jeu
 
 
Elle a joué
avec son pull
elle a joué à se mouler
à me dérouter
Elle a joué
avec son jean
elle a joué avec la fermeture éclair
ce n’était pas pour me déplaire
Elle a joué à ouvrir à fermer ses bras
L’amour est facile
certains soirs sans foule
je tire le rideau
et c’est Paris sur ton ventre plein d’émois
Elle a joué à ouvrir à fermer ses cuisses
L’amour est difficile
certains soirs de houle
je tombe les voiles
et c’est Venise sur ton ventre trop lisse
 

10e Chant
Quand vos doigts auront caressé juste
 
Où est la dimension œcuménique dans tes poèmes d’amour ?
demande celui qui croit au salut de l’humanité.
Elle est esquissée dit le poète,
esquivée répond l’autre.
Parce que dire de l’aimée : C’est une fille pour aujourd’hui
où tout nous fait souffrir et rien mourir
c’est esquiver ?
Bien sûr ! dit celui qui croit que la femme est l’avenir de l’homme  
la fille que tu chantes ne porte rien dans ses flancs.
Vois Marie délivrant Jésus pour la Croix.
Parce qu’en dire :                                
Elle va et vient
de toi à moi
pour lui avec nous
sans séparer rien
elle va et vient
ne coupe aucune fleur du monde
les chante toutes
ce n’est pas énoncer qu’elle annonce le temps
des hommes qui mourront rossignols ?
qu’elle ouvre la voix
à toutes les compassions à venir ?
qu’elle donne la parole
au oui d’adhésion à ce qui apparaît ?
Fille d’Aphrodite
sœur de Sappho
ouvre aux grands parcours
nos amours de rêves
loin des labyrinthes
où des Ariane cousues de fil blanc
font mettre à mort
leurs désirs de Minotaure
par des Thésée dominateurs
inventeurs de cités asservies.
Fille d’Aphrodite                       
sœur de Sappho
célèbre la beauté qui dans le monde à tout instant
s’offre à profusion
soulage apaise ce qui s’y fait par cruauté.  
Fille de longs séjours en terres desséchées
reconnais-moi poète
homme de dépossession découvreur de points d’eau
pour que naissent des oasis secrètes
que nichent des migrations discrètes
homme de délivrance annonceur d’âges nouveaux
qui verront des effleurements d’âmes
engendrant des épiphanies de visages.
Poète, je vous le dis frères et sœurs
animés et inanimés
séduisez qui vous aimez
aimez-vous d’amour joué
chantez dansez votre amour avec légèreté.
Vous serez surpris dans vos nuits
par la fraîcheur du bonheur.
Au petit matin dans le monde il y aura
moins de souffrance moins de violence
parce que dans vos draps
vos doigts auront caressé juste
au bord au corps.

La joie à la peau frémissante pourra se lever.
 
– 8 –

Ouvrir des voix
c’est t’aimer parce que tu existes
que tu as été mise en travers de mon chemin
que je peux te regarder jusqu’à ravissement
être souffle coupé par ta beauté
déchiré par l’essentiel détail
ce mouvement d’oiseau de ta main
pour chasser les cheveux de tes yeux
Pour cette douceur-douleur
te respirer te contempler
pour ces émois délicats
qui dis-moi dois-je remercier
Te caresser une fois les cheveux
mettre une fois ma main sur ton épaule
c’est dire ma gratitude
à tous ces hasards qui m’ont conduit jusqu’à toi mon présent
serons-nous de ceux qui purent dire :  
parce que c’était toi ; parce que c’était moi


 
Le premier jour

redis-moi le mot
venu frapper là où cogne ma vie
venu me réveiller au cœur de Paris
perdu au milieu d’autres mots
fusé comme une comète en scintillé
de l’immense toile étirée
redis-moi ce mot
ce sortilège de l’adolescence
qui toujours devant mes yeux danse
comme un merveilleux quiproquo
redis-moi dis
ce mot que tu m’as dit
ce mot d’amour
le premier mot de notre premier jour
14 février 1965
un coup de fouet
comme des embruns
sur mon visage frais
petit pont d’amour
qui durera toujours
près des bouquinistes sur les quais
c’est sur mon visage frais
que la main aimée
timidement t’a dessiné
tu sais le tremblement de mes lèvres
quand ses lèvres si proches
ont chanté le chant du monde
Dis Annie je t’aime
petit pont d’amour notre poème
a jailli du milieu de nos fièvres
et nous avons fait une enfantine ronde
au cœur de Paris quand sonnèrent les cloches
 
– 3 –
 
Quand je la vis
le boléro blanc laissait apparaître un peu de son ventre
plat bronzé
avec un nombril de cliché
Un étonnement me vint comme éveil de printemps
Par l’échancrure du corsage
je vis le début de sa poitrine
lourde déjà de désirs d’enfants
Ma main à s’y poser tremblerait d’une tendre maladresse
Au-dessous des seins commence le cruel espace à caresses
lieu de vacuité et de plénitude
d’angoisse et d’ivresse
                                        de refuge et d’expansion
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
construites solides pour l’accueil des gros chagrins
Cheveux de paille longs frisés
Un mouvement de tête pour dégager les yeux
bleus pâles distillant des voluptés d’écumes
Quelquefois des lunettes
sans doute un peu de myopie pour approches de surface
Lèvres rondes qui se gonflent comme mappemonde
lorsqu’y passe une langue gourmande
Les dents blanches d’une pure carnassière
Des mains de cerfs-volants pour jeux d’altitude sans prises
Des poses musicales
comme si immobile elle dansait
Sait-elle déjà que la pensée est un chant
la vie un sentiment
On a envie de la parcourir
Mais vive elle s’esquive
Algue elle est
très aquatile pour des plaisirs d’effleurements
Quand elle rit
ses rires en mal d’envol sont lourds de l’ambiguïté insondable
qui s’installe en elle les jours d’érotique tristesse
Des confidences enfouies viennent s’enrouer dans sa gorge
Elle saura me les confier lorsqu’insaisissable elle viendra à moi
certains soirs
Elle va et vient
ne coupe aucune fleur du monde
les chante toutes
j’aime qu’elle dédie leur parfum à qui l’émeut
elle se prend de grandes claques en rit et remet ça
C’est une fille odeur à respirer instant à danser
chambre d’échos pour désirs inouïs
une fille pour aujourd’hui
où tout nous fait souffrir et rien mourir
Quand je l’ai vue pour la première fois
une dépression m’a envahi
dont toute la Méditerranée a eu vents
 
Serai-je avec elle un ouvreur de voix
jusqu’à ce jour où l’amour se fera
 
– 4 –
 
D’eau    de feu
ton image en moi
dévastatrice    fondatrice
Afflux d’émois
repères déplacés    défenses emportées
Me voici
plaie    couteau
voie    déviance
jouant aux dés désespérés des mots
pour te plaire    et t’inventer
fables enchanteresses d’Himéropa et Parthénopé
aventures paradoxales d’Alice
au pays de Twideuldie et Twideuldeume
Te résister    te céder
Tristesse    (je balance)    joie
Impossible de tempérer ta beauté
te voir c’est chaque fois
s’élever    tomber
d’éparpillement en plénitude    de complicité en hostilité
d’avidité en satiété    de confidence en silence
d’aridité en fertilité     de proximité en distance
              pouvoir prendre et ne le vouloir    vouloir prendre et ne le pouvoir
                    t’aimer                     
juste au bord
juste au corps
promesse d’infinie détresse
sirène aimée qui chante en moi
me fait dériver
de Charybde    en    Scylla
 
 
– 10 –
 
Je t’aime plurielle
pour ces belles rougeurs quand je surprends tes pudeurs
ces larmes retenues quand je te fais mal à l’âme
légers tremblements et lourds repliements
gestes d’abandon attitudes d’accueil
fermeté des silences imposant le respect de tes secrets
plaisir de la confidence faite en confiance
rires cristallins
et tu te déploies
narines dilatées lèvres gourmandes
seins gonflés cuisses puissantes
mains caressantes cheveux au vent
des étoiles dans le bleu de tes yeux
le ventre rempli de sensations marines
Je t’aime pour nos bonheurs au quotidien
pour nos nuits d’amour
quand je veillerai
sur l’oreiller velouté de ton ventre
pour le blond duvet sur ta peau
beau à regarder au soleil de l’été trop court
courent les gouttes d’eau sur ton corps épris de mer
j’érige
reçois-moi
donne-lui le jour
 

Caresses 1

je sais maintenant les caresses à donner
dans les moments d’amour
mes mains le savent pour quelques instants
ma mémoire pour toujours

il n’y a pas de vérité définitive
en ce qui concerne ton corps

pour couper court à ma hâte d’aimer
il n’y a pas de raccourci
seulement une errance infinie
toujours nomadisant sur les bords

mes mains ont quelquefois trouvé
le chemin de ta peau


 
Caresses 2

pas facile de trouver le chemin d’une peau
que de caresses qu’on croit porteuses d’ivresses
et qui restent sans écho
pas facile de trouver les caresses
que cette peau si douce attend depuis si longtemps
peau marquée par des caresses d’autrefois
non désirées
imposées
que de blessures invisibles
provoquées par des mains d’autrefois
pas facile de trouver les caresses
qui caressent
juste
cette peau violentée
que de caresses en détresse
qui s’échouent
mortes de trop vouloir faire plaisir
seule une main parfois
finit par repérer ces blessures refoulées
et porte soulagement
c’est amour au bout des doigts
un soir
par hasard

 
- 5 -
 
Il est un endroit de toi
le cruel espace à caresses
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
que tu m’as fait découvrir et aimer autrement
C’est quand tu m’en as parlé
parce que tu le sentais bien
et j’ai découvert ton vrai ventre
pas celui que je croyais promis aux caresses infinies
aux repos d’après l’amour
non !
celui qui devenait lieu d’accueil de la mer !
Ah ! ce ventre de fosse marine
pour ponte d’orphies oniriques
ce ventre d’aquarium océanique
pour éclosion de sirènes sibyllines
surtout ne le perds pas !
que si un jour je le caresse
que si un jour j’y repose ma tête
je puisse prendre ce bain de ventre
que tu m’as fait désirer !
Ton ventre réel
ce n’est plus seulement l’espace blanc sous nombril
où je veux m’initier à la patience nomade
c’est ce ventre-mer
où tu veux m’immerger jusqu’à enfantement
 
Élévation

Un jour enfin nous marcherons
le long des rivages tant désirés
héritiers insatisfaits d’un passé loin des côtes
étonnés de nous retrouver face au grand Océan
Avec la montée sur les falaises
nous abandonnerons de vieilles peurs de vieux espoirs
Tu auras renoncé à remonter aux grandes houles de tes origines
à affronter les fables délicieuses de ta généalogie
J’aurai renoncé aux nostalgies de paradis et d’âges d’or
éloigné de toute maîtrise comme de toute servitude
vivant la vie sans hurler à la mort ni aboyer à la lune
Ce sera si simple de prendre
nus un bain d’écumes le matin
Nos corps se dilateront
Notre âme s’enchantera
Quand nous reviendrons au bord
des sourires ensoleillés s’échangeront
Étourdis nous nous découvrirons aimants
En raison nous nous voudrons parfaits amants
donneurs de voix à des enfants de papier
ouvreurs de voies à nos enfants de chair
jusqu’à épuisement de nos jours et de nos nuits

 

La levée
 
Je t’ai connue lumineusement étonnée
et nous avons été emportés par les tourbillons qui soulèvent
jusqu’à la légèreté de l’être
Je t’ai connue farouchement préservée
et nous avons été emportés par les tourbillons qui creusent
jusqu’au malaise de l’âme
Toi que j’accompagne et qui m’accompagnes
franchissons le cap de nos quarante ans ensemble                                         voiles levés
sur nos corps abîmés    sur nos cœurs apaisés
Cultivons l’apprivoisement lent
de nos tourments de vieillissants destinés au mourir
Nos enfants sont grands maintenant
Comme nous ils ont choisi les sentiers
où l’on ne passe qu’un à la fois
que l’on ne trace qu’une fois
Il y faut pour cheminer
l’insolente patience
l’inépuisable confiance
l’amour de sa vie
C’est ce qu’avec eux
nous avons appris à partager
La levée peut avoir lieu
 
La levée a eu lieu
Pas celle des vieux parents
celle du fils brutalement
Quoi s’est joué
du père qui écrivait :
la levée peut avoir lieu
pensant que ce serait la sienne
préférant dire :
la levée peut avoir lieu
plutôt que :
ma levée peut avoir lieu
laissant indéfinie
la levée de qui ?
La mort a donné la réponse
l'impensable réponse
et pourtant
possible réponse
qui laisse sans voix
sans voie
autre que l'errance
jusqu'au temps final
 
Jean-Claude Grosse
La parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré, 2000


La faille  

poème écrit après avoir entendu un texte magnifique dans le film La Faille de Gregory Hoblit (2007); impossible de retrouver l'auteur qui doit être un poète américain.

Devant sa porte

Resteras-tu
Entreras-tu
Qu’as-tu à perdre
A gagner
Le sais-tu
Ou est-ce dés jetés
Si tu restes dehors
Es-tu retenu
Dans ton élan
Par timidité
Ou par pressentiment
Si tu entres
T’abandonnes-tu
A un élan
Sans préméditation
Ou est-ce calcul
De sexe d'effroi
Si tu ressors
Prendras-tu à droite
A gauche
Ou iras-tu tout droit
Si tu entres
Parleras-tu

Te tairas-tu
Ou en silence
Contempleras-tu
L’advenue
L’avenir
Dehors
Courras-tu
Marcheras-tu
Dedans
Seras-tu troublé
Assuré
Iras-tu
Par routes et chemins
Par routes
Ou chemins
Là où on attend
Un train au départ
Un avion à l’arrivée
Une cabine de téléphone
Un banc de square
Un quai de fleuve
Un bord de mer
Une chambre d’hôpital
Un bureau de poste
Cèderas-tu
A la danse
De hanches qui se balancent
A l’aisance
De boucles qui s’emmêlent
Verras-tu là
Nouvelle chance
Hasard sans fard
Te décideras-tu
Enfin
A prendre la main

 

 Jean-Claude Grosse
 

 


Jean-Claude Grosse

 

 
 

 

mon testament amoureux en textures végétales réalisé par Aïdée Bernard; test-amant, test-à-ment, qui dit vrai ?

mon testament amoureux en textures végétales réalisé par Aïdée Bernard; test-amant, test-à-ment, qui dit vrai ?

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Rimbaud: Il faut être absolument moderne/J.C. Grosse

Rédigé par J.C.Grosse Publié dans #poésie

Rimbaud: Il faut être absolument moderne/J.C. Grosse
Rimbaud: Il faut être absolument moderne/J.C. Grosse

                            DEBOUT, LES DAMNÉS DE LA TERRE

 " ... Damnés, si je me vengeais!
Il faut être absolument moderne.
..."
tel est le court adieu - Cours à Dieu! - adressé par Rimbaud aux damnés dont je suis, à la fin de la Saison en Enfer.
Que je lis: la modernité doit être une vengeance.
Si je pose: la modernité, c'est la virtualité devenant actualité - aujourd'hui nommée Virtual/Reality, VR - j'obtiens: la modernité - la nouveauté/le  nouveau toujours renouvelé - n'est moderne que si elle est une vengeance.
Vengeance personnelle d'un: Rimbaud - Poète, Voyant.
Injonction, souhait à usage individuel en présence des témoins, les damnés, pris à témoin.
Car il est seul, celui qui avait "cru acquérir des pouvoirs surnaturels."
Et damnés, ceux qui n'y ont jamais cru, qui n'y croient toujours pas, qui n'y  croiront jamais.
"Eh bien! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs!
Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée!
Moi! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis  rendu au sol avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre!"

Pouvoirs surnaturels du mage et de l'ange, par delà le bien, et le mal ?
Mensonge, pour lequel il demandera pardon.
Redevenant paysan. (Ô réalité!  la terre est basse!)
Donc, se venger du mensonge - de la tromperie ("Suis-je trompé ?").
Comment ? En les redoublant. En persévérant. "Tenir le pas gagné"
La vérité ?
Je n'ai pas de pouvoirs surnaturels.
Je n'ai pas "créé toutes les  fêtes, tous les triomphes, tous les drames."
Je n'ai pas "essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues".
Qu'importe!
Je persévère. Je tiens le pas gagné.
"Armé d'une ardente patience... il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps."

Quelques damnés - quelques témoins (pas des poètes!):
Se moque-t-il ? persévérer ne peut transformer l'échec en réussite.
S'il ne croit plus à son entreprise de Voyant, lui qui a mené "le combat spirituel... aussi brutal que la bataille d'hommes" et dont nous savons si peu de ce combat là, mené par si peu, il ne nous fera pas croire qu'il peut continuer à le mener comme une vengeance: la nouveauté pour la nouveauté/ la modernité pour elle même  sans souci de sa moitié/ son contraire: l'éternité.
(Out! Baudelaire!)

Visualisez! (Interruption interactive de Gloseur):
Pétard mouillé, son slogan!
L'aventure spirituelle d'Arthur se conclut par un échec et une lourde retombée dans la réalité.
Plouf dans la flaque où échoue le bateau ivre! 
(Gloseur a glousé - facile valise!)

Visual (Retour-zoom sur quelques damnés):
Ouf! Nous sommes dispensés de l'aventure spirituelle puisqu'elle finit les pieds sur terre, fait retomber sur pierre, dans l'attente goulue de la goule, "des vers plein les cheveux et les  aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur".

Glouseries:

1 - Nous arrivons ici (avec Il faut être absolument moderne) à une conclusion laïque et "progressiste" de la Saison en Enfer.
(Suzanne Bernard 1960)

2 - Il faut être absolument moderne, ne signifie pas seulement faire le geste d'embrasser le présent, mais celui qui, ce faisant, choisit  précisément ce qui va porter fruit dans un lendemain qui sera meilleur.
(Margaret Davies  1975)

1989-1990-1991.
Mur tombe.
Des balcons idéologiques délacés ouvrent sur
"l'immense opulence inquestionnable!"
Ô miches molles, mille moches vous contemplostâtent!

3 - Cette évidence à la Schopenhauer - un monde plus mauvais étant impensable, ce monde est le pire des mondes possibles - (référence à la lettre d'Arthur du 25 mai 1881: "Enfin, puissions-nous jouir  de quelques années de vrai repos dans cette vie; et heureusement que cette vie est la seule, et que cela est évident, puisqu'on ne peut s'imaginer une autre vie avec un ennui plus grand que celle-ci!") suffit pour rendre à l'état de "rinçures" tous les appels à l'avenir et aux lendemains meilleurs.
(François  Carassan, 

Rimbaud, le passant immobile,

1991)

Donc (fil à retrouver)
Quelques damnés: ........., soit.
Mais les proses - sans volonté de faire oeuvre, exceptée la Saison en Enfer - sont là. Les Plainted Plates. En désordre. Sans paternité reconnue par Arthur. Mais enfantées par lui.
Nouvelles fleurs. Nouvelles langues. Génie.
Aussi réelles que le réel, s'y ajoutant, le modifiant. Nées du néant (du virtuel).
S'inscrivant dans le temps humain (s'actualisant dans l'aventure humaine - quelle postérité, Arthur! à te redresser dans ta tombe!).
Et qu'importe si elles font énigme, si le temps n'est pas encore venu de leur faire dire ce qu'elles disent, "littéralement et dans tous les sens".
D'horribles travailleurs s'y sont attelés. Comme "d'autres horribles travailleurs (ont commencé) par les horizons où l'autre s'est affaissé."
Qui oserait affirmer qu'il n'y a pas eu de grands malades, de grands criminels, de grands maudits, de suprêmes  savants, depuis Rimbaud ?

L'Oeuvre-Poésie est en avant, l'Oeuvre-Vie en est  un moment.
Qu'il arrête de faire feu sur lui qui veut un "Départ dans l'affection et le bruit neufs", celui qui fait d'Arthur: un passant immobile, un désillusionné de la vraie vie!
Il ne lui prête que sa propre impuissance.
Il veut faire croire qu'il fait oeuvre de sapeur en désamorçant les charges creuses:
"changer la vie", "le poète (sera) vraiment un multiplicateur de progrès"
pour les réduire en mots inertes:
"la vie est la farce à mener par tous", "l'art est une sottise".
Le culot d'utiliser une vie dont le destin est de devenir cul-de-jatte pour démontrer que l'espoir, ça lui fait une belle jambe.
"Ici rien de rien" disait A. de Charlestown.
Et le sapeur de service de tirer la leçon universelle:
cela est vrai à présent de partout, d'ici-bas et d'ailleurs, vérité à faire pleurer nuit et jour:
rien qu'ici et rien d'autre, sans nulle échappatoire ni le pouvoir de faire un pas. 
(François Carassan, Rimbaud, le passant immobile, 1991)
Le culot de faire croire qu'on touche à l'essentiel pour faire le vide.  L'essentiel étant: il n'y a que cette vie et sa misère, la triste réalité.
Et pan! sur les illusions.
Le sapeur Carassanbeur se sert d'une "philo" dualiste (réalité/illusion) pour faire d'Arthur, la figure de l'impasse et dire  ainsi l'impasse qui clôt le cours aporétique de toute existence.

"À une raison", par le damné que je suis:
On peut être Rimbaud d'Abyssinie, haïr "maintenant les élans mystiques et les bizarreries de style" sans que cela disqualifie ce que l'on récuse, sans que  cela aplatisse ce qu'on a érigé.
Il eut fallu le feu.
Non le silence - qui n'en est pas un - (lettres, rapports, mémoires: 235  documents recensés de 1880 à 1891!)
Peut-être s'est-il affaissé?
D'autres sont venus depuis.
Je peux aussi préférer - question de goût, de bon goût - l'Arthur de la Saison, des lettres du Voyant et des Coloured Plates au Rimbaud d'Abyssinie dont les lettres m'émeuvent (me mettent hors de moi).
Je ne lui dois aucun culte d'autant que je ne saurais le trouver dans sa vérité, le retrouver dans sa réalité.
Croyant parler de lui, je ne fais que parler de moi sans bien savoir qui je suis.
Car "Je est un autre".
Corrolaire: "c'est faux de dire: je pense; on  devrait dire: on me pense. Pardon du jeu de mots".
Comment ne pas savourer aujourd'hui la complexité, l'ambiguité de ce Je  que jeuh m'attribue?
Qui peut prétendre y voir clair quand les recherches actuelles sur le cerveau déconcertent nos méthodes d'analyse classiques, tout se passant comme si l'encéphalisation "sculptait" quelques cent milliards de neurones, éliminant par la mort neuronale, les neurones superflus pour dégager une "forme" nous obligeant à renoncer à la conception d'un programme strictement  défini ?
Comment ne pas savourer aujourd'hui la complexité d'une notion née au XIII° siècle, ce "réel" qui s'accouple au "virtuel" jubilatoire.
Wouaf! Wouaf!
L'avenir - l'à venir - ce n'est qu'un début! - c'est le Home Reality Engine et les  performances du gant magique - le dataglove.

Z'yeutez!
Japs jouissant dans femmes virtuelles!
Quel con ne rit ?
"Chanaan féminin dans les moiteurs enclos!" s'exclamait déjà le Sonnet du  Trou du Cul.

Pas question de faire de Rimbaud, un prophète.
Plutôt, quels jeux possibles  à partir du double Rimbaud ? de celui que jeuh voit double ? 
1 - Le Poète Maudit qui se révolte contre - contre - contre - qui participe à l'illuminisme social et utopique de la Commune (18 mars - 27 mai 1871, Mur des Fédérés!), qui se débarrasse de la vieillerie poétique et en cinq ans  actualise un chemin possible de Poésie.
2 - L'Horrible Travailleur qui exerce des "métiers idiots", qui fait venir d'Europe des kyrielles de livres techniques, qui voudrait aller à Panama s'il y a des grands travaux en cours, qui déjà en octobre 1875 demande à Ernest Delahaye "en quoi consiste le bachot ès sciences actuel" et qui en mai 1883 rêve d'élever un fils pour "l'armer de l'instruction la plus complète qu'on puisse atteindre à cette époque" et qu'il verrait "devenir un ingénieur  renommé, un homme riche et puissant par la science".
La Poésie a-t-elle momentanément échoué à actualiser les virtualités de la  modernité techno-scientifique?
La Techno-science réussira-t-elle avec les cyberspaces à devenir une activité  créatrice isomorphe de l'activté artistique ?
Questions agissantes qui demandent aux Poètes de se former aux sciences "dures" et à la high-tech, et aux ingénieurs d'apprendre à sculpter, y  compris et surtout les logiques "molles", à l'image des langues.

On va à la vie sublime, ô beauté, par le Nombre et l'Harmonie.
Foin des alarmes et des baudrillardises!
Poètes et Ingénieurs: même combat.
La guerre du Golfe n'aura pas lieu.

 

 

 

                                                              Un damné assis devant son ordi : Jean-Claude GROSSE

 

 


                                                       Yémen-Aden-Crater-Maison Rimbaud
                                                                              11-18 novembre 1994
(Ce texte est paru dans le N° 112 de la revue SUD en 1995)

 
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JCG et Yves Broussard
Cet article a été écrit pour le colloque d'Aden de mi-novembre 1994, organisé à la Maison Rimbaud d'Aden, grâce à l'ambassadeur de France au Yémen à ce moment-là, Marc Laugel, colloque qui accueillit pas mal de personnalités.
 
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la maison Rimbaud-Bardet à Aden
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vue du toit de la maison Rimbaud
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quelques participants au colloque
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Alain Borer faisant son exposé; à g., l'ambassadeur, Jean d'ormesson;
à d., 2° rang, Salah Stétié
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vue depuis Kawakaban

Je fis partie du voyage comme éditeur possible d'une revue bilingue Crater qui ne vit malheureusement ou heureusement jamais le jour.
La maison Rimbaud est devenue l'hôtel Rambo m'a dit plusieurs années après, un membre de la délégation.


 

 

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