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Les Cahiers de l'Égaré

Rimbaud: Il faut être absolument moderne/J.C. Grosse

Rédigé par J.C.Grosse Publié dans #poésie

Rimbaud: Il faut être absolument moderne/J.C. Grosse
Rimbaud: Il faut être absolument moderne/J.C. Grosse

                            DEBOUT, LES DAMNÉS DE LA TERRE

 " ... Damnés, si je me vengeais!
Il faut être absolument moderne.
..."
tel est le court adieu - Cours à Dieu! - adressé par Rimbaud aux damnés dont je suis, à la fin de la Saison en Enfer.
Que je lis: la modernité doit être une vengeance.
Si je pose: la modernité, c'est la virtualité devenant actualité - aujourd'hui nommée Virtual/Reality, VR - j'obtiens: la modernité - la nouveauté/le  nouveau toujours renouvelé - n'est moderne que si elle est une vengeance.
Vengeance personnelle d'un: Rimbaud - Poète, Voyant.
Injonction, souhait à usage individuel en présence des témoins, les damnés, pris à témoin.
Car il est seul, celui qui avait "cru acquérir des pouvoirs surnaturels."
Et damnés, ceux qui n'y ont jamais cru, qui n'y croient toujours pas, qui n'y  croiront jamais.
"Eh bien! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs!
Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée!
Moi! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis  rendu au sol avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre!"

Pouvoirs surnaturels du mage et de l'ange, par delà le bien, et le mal ?
Mensonge, pour lequel il demandera pardon.
Redevenant paysan. (Ô réalité!  la terre est basse!)
Donc, se venger du mensonge - de la tromperie ("Suis-je trompé ?").
Comment ? En les redoublant. En persévérant. "Tenir le pas gagné"
La vérité ?
Je n'ai pas de pouvoirs surnaturels.
Je n'ai pas "créé toutes les  fêtes, tous les triomphes, tous les drames."
Je n'ai pas "essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues".
Qu'importe!
Je persévère. Je tiens le pas gagné.
"Armé d'une ardente patience... il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps."

Quelques damnés - quelques témoins (pas des poètes!):
Se moque-t-il ? persévérer ne peut transformer l'échec en réussite.
S'il ne croit plus à son entreprise de Voyant, lui qui a mené "le combat spirituel... aussi brutal que la bataille d'hommes" et dont nous savons si peu de ce combat là, mené par si peu, il ne nous fera pas croire qu'il peut continuer à le mener comme une vengeance: la nouveauté pour la nouveauté/ la modernité pour elle même  sans souci de sa moitié/ son contraire: l'éternité.
(Out! Baudelaire!)

Visualisez! (Interruption interactive de Gloseur):
Pétard mouillé, son slogan!
L'aventure spirituelle d'Arthur se conclut par un échec et une lourde retombée dans la réalité.
Plouf dans la flaque où échoue le bateau ivre! 
(Gloseur a glousé - facile valise!)

Visual (Retour-zoom sur quelques damnés):
Ouf! Nous sommes dispensés de l'aventure spirituelle puisqu'elle finit les pieds sur terre, fait retomber sur pierre, dans l'attente goulue de la goule, "des vers plein les cheveux et les  aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur".

Glouseries:

1 - Nous arrivons ici (avec Il faut être absolument moderne) à une conclusion laïque et "progressiste" de la Saison en Enfer.
(Suzanne Bernard 1960)

2 - Il faut être absolument moderne, ne signifie pas seulement faire le geste d'embrasser le présent, mais celui qui, ce faisant, choisit  précisément ce qui va porter fruit dans un lendemain qui sera meilleur.
(Margaret Davies  1975)

1989-1990-1991.
Mur tombe.
Des balcons idéologiques délacés ouvrent sur
"l'immense opulence inquestionnable!"
Ô miches molles, mille moches vous contemplostâtent!

3 - Cette évidence à la Schopenhauer - un monde plus mauvais étant impensable, ce monde est le pire des mondes possibles - (référence à la lettre d'Arthur du 25 mai 1881: "Enfin, puissions-nous jouir  de quelques années de vrai repos dans cette vie; et heureusement que cette vie est la seule, et que cela est évident, puisqu'on ne peut s'imaginer une autre vie avec un ennui plus grand que celle-ci!") suffit pour rendre à l'état de "rinçures" tous les appels à l'avenir et aux lendemains meilleurs.
(François  Carassan, 

Rimbaud, le passant immobile,

1991)

Donc (fil à retrouver)
Quelques damnés: ........., soit.
Mais les proses - sans volonté de faire oeuvre, exceptée la Saison en Enfer - sont là. Les Plainted Plates. En désordre. Sans paternité reconnue par Arthur. Mais enfantées par lui.
Nouvelles fleurs. Nouvelles langues. Génie.
Aussi réelles que le réel, s'y ajoutant, le modifiant. Nées du néant (du virtuel).
S'inscrivant dans le temps humain (s'actualisant dans l'aventure humaine - quelle postérité, Arthur! à te redresser dans ta tombe!).
Et qu'importe si elles font énigme, si le temps n'est pas encore venu de leur faire dire ce qu'elles disent, "littéralement et dans tous les sens".
D'horribles travailleurs s'y sont attelés. Comme "d'autres horribles travailleurs (ont commencé) par les horizons où l'autre s'est affaissé."
Qui oserait affirmer qu'il n'y a pas eu de grands malades, de grands criminels, de grands maudits, de suprêmes  savants, depuis Rimbaud ?

L'Oeuvre-Poésie est en avant, l'Oeuvre-Vie en est  un moment.
Qu'il arrête de faire feu sur lui qui veut un "Départ dans l'affection et le bruit neufs", celui qui fait d'Arthur: un passant immobile, un désillusionné de la vraie vie!
Il ne lui prête que sa propre impuissance.
Il veut faire croire qu'il fait oeuvre de sapeur en désamorçant les charges creuses:
"changer la vie", "le poète (sera) vraiment un multiplicateur de progrès"
pour les réduire en mots inertes:
"la vie est la farce à mener par tous", "l'art est une sottise".
Le culot d'utiliser une vie dont le destin est de devenir cul-de-jatte pour démontrer que l'espoir, ça lui fait une belle jambe.
"Ici rien de rien" disait A. de Charlestown.
Et le sapeur de service de tirer la leçon universelle:
cela est vrai à présent de partout, d'ici-bas et d'ailleurs, vérité à faire pleurer nuit et jour:
rien qu'ici et rien d'autre, sans nulle échappatoire ni le pouvoir de faire un pas. 
(François Carassan, Rimbaud, le passant immobile, 1991)
Le culot de faire croire qu'on touche à l'essentiel pour faire le vide.  L'essentiel étant: il n'y a que cette vie et sa misère, la triste réalité.
Et pan! sur les illusions.
Le sapeur Carassanbeur se sert d'une "philo" dualiste (réalité/illusion) pour faire d'Arthur, la figure de l'impasse et dire  ainsi l'impasse qui clôt le cours aporétique de toute existence.

"À une raison", par le damné que je suis:
On peut être Rimbaud d'Abyssinie, haïr "maintenant les élans mystiques et les bizarreries de style" sans que cela disqualifie ce que l'on récuse, sans que  cela aplatisse ce qu'on a érigé.
Il eut fallu le feu.
Non le silence - qui n'en est pas un - (lettres, rapports, mémoires: 235  documents recensés de 1880 à 1891!)
Peut-être s'est-il affaissé?
D'autres sont venus depuis.
Je peux aussi préférer - question de goût, de bon goût - l'Arthur de la Saison, des lettres du Voyant et des Coloured Plates au Rimbaud d'Abyssinie dont les lettres m'émeuvent (me mettent hors de moi).
Je ne lui dois aucun culte d'autant que je ne saurais le trouver dans sa vérité, le retrouver dans sa réalité.
Croyant parler de lui, je ne fais que parler de moi sans bien savoir qui je suis.
Car "Je est un autre".
Corrolaire: "c'est faux de dire: je pense; on  devrait dire: on me pense. Pardon du jeu de mots".
Comment ne pas savourer aujourd'hui la complexité, l'ambiguité de ce Je  que jeuh m'attribue?
Qui peut prétendre y voir clair quand les recherches actuelles sur le cerveau déconcertent nos méthodes d'analyse classiques, tout se passant comme si l'encéphalisation "sculptait" quelques cent milliards de neurones, éliminant par la mort neuronale, les neurones superflus pour dégager une "forme" nous obligeant à renoncer à la conception d'un programme strictement  défini ?
Comment ne pas savourer aujourd'hui la complexité d'une notion née au XIII° siècle, ce "réel" qui s'accouple au "virtuel" jubilatoire.
Wouaf! Wouaf!
L'avenir - l'à venir - ce n'est qu'un début! - c'est le Home Reality Engine et les  performances du gant magique - le dataglove.

Z'yeutez!
Japs jouissant dans femmes virtuelles!
Quel con ne rit ?
"Chanaan féminin dans les moiteurs enclos!" s'exclamait déjà le Sonnet du  Trou du Cul.

Pas question de faire de Rimbaud, un prophète.
Plutôt, quels jeux possibles  à partir du double Rimbaud ? de celui que jeuh voit double ? 
1 - Le Poète Maudit qui se révolte contre - contre - contre - qui participe à l'illuminisme social et utopique de la Commune (18 mars - 27 mai 1871, Mur des Fédérés!), qui se débarrasse de la vieillerie poétique et en cinq ans  actualise un chemin possible de Poésie.
2 - L'Horrible Travailleur qui exerce des "métiers idiots", qui fait venir d'Europe des kyrielles de livres techniques, qui voudrait aller à Panama s'il y a des grands travaux en cours, qui déjà en octobre 1875 demande à Ernest Delahaye "en quoi consiste le bachot ès sciences actuel" et qui en mai 1883 rêve d'élever un fils pour "l'armer de l'instruction la plus complète qu'on puisse atteindre à cette époque" et qu'il verrait "devenir un ingénieur  renommé, un homme riche et puissant par la science".
La Poésie a-t-elle momentanément échoué à actualiser les virtualités de la  modernité techno-scientifique?
La Techno-science réussira-t-elle avec les cyberspaces à devenir une activité  créatrice isomorphe de l'activté artistique ?
Questions agissantes qui demandent aux Poètes de se former aux sciences "dures" et à la high-tech, et aux ingénieurs d'apprendre à sculpter, y  compris et surtout les logiques "molles", à l'image des langues.

On va à la vie sublime, ô beauté, par le Nombre et l'Harmonie.
Foin des alarmes et des baudrillardises!
Poètes et Ingénieurs: même combat.
La guerre du Golfe n'aura pas lieu.

 

 

 

                                                              Un damné assis devant son ordi : Jean-Claude GROSSE

 

 


                                                       Yémen-Aden-Crater-Maison Rimbaud
                                                                              11-18 novembre 1994
(Ce texte est paru dans le N° 112 de la revue SUD en 1995)

 
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JCG et Yves Broussard
Cet article a été écrit pour le colloque d'Aden de mi-novembre 1994, organisé à la Maison Rimbaud d'Aden, grâce à l'ambassadeur de France au Yémen à ce moment-là, Marc Laugel, colloque qui accueillit pas mal de personnalités.
 
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la maison Rimbaud-Bardet à Aden
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vue du toit de la maison Rimbaud
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quelques participants au colloque
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Alain Borer faisant son exposé; à g., l'ambassadeur, Jean d'ormesson;
à d., 2° rang, Salah Stétié
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vue depuis Kawakaban

Je fis partie du voyage comme éditeur possible d'une revue bilingue Crater qui ne vit malheureusement ou heureusement jamais le jour.
La maison Rimbaud est devenue l'hôtel Rambo m'a dit plusieurs années après, un membre de la délégation.


 

 

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