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Les Cahiers de l'Égaré

Ne laissez pas l'espoir se mettre au vert/J.C.Grosse

Voici un nouvel article paru dans la revue Aporie en 1985, le N° 4 consacré à L'espoir avant le N° 6 consacré à la crise.

NE LAISSEZ PAS L'ESPOIR
SE METTRE AU VERT !
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Pour sortir de notre temps de crise et de la désespérance des consciences si mal masquée par l'appétit d'amusements, certains analystes des mentalités collectives affirment qu'il nous faut retrouver la confiance en l'avenir, l'espoir. Si la simplicité du remède étonne quand nous semblent si complexes les problèmes à résoudre, est tout aussi étonnante, la réticence voire la résistance des analysés, fortement sollicités, à le mettre en oeuvre. Que d'énergie pourtant dépensée par les publicistes pour peindre la vie en rose et nous la faire voir telle. Mais nous la préférons en gris quand nous ne broyons pas du noir.

Suffit-il pour expliquer la défiance envers l'espoir, d'y voir un des effets du jeu politique? Pour arriver au pouvoir, les professionnels de la politique tiennent et ne peuvent que tenir des discours jouant sur le mécontentement et l'espoir, puisque l'État s'est rendu indispensable et que nous attendons tout de lui, même le respect des droits de l'Homme. Dans les discours politiques, les maux sont toujours graves, et les périls, grands; les causes, simples -le bouc émissaire-; les responsables, vite trouvés -les adversaires-; les solutions, simples à proposer. Quant aux résultats, sur le papier coloré des tracts et des affiches, ils sont positivement miraculeux. Les couleurs de l'espoir, dans le jeu politique, sont d'une variété étonnante. Il y en a qui optent pour le bleu (le même bleu sert d'ailleurs à des partis aux programmes peu compatibles), d'autres pour le rouge (le même rouge sert aussi à des partis aux programmes peu compatibles). Il y a les amateurs du et de la rose, les partisans du noir, les artisans du blanc aux fleurs de lys. Il y en a même pour prétendre que l'espoir s'incarne dans le petit vert-caca de leurs uniformes. Une fois au pouvoir, en revanche, les mêmes professionnels invoquent les réalités, qu'ils opposent à nos espoirs, à leurs promesses.

Bien entendu, cela contribue à discréditer le jeu politique. Momentanément. L'alternance permettant la revitalisation du jeu. Quant à l'espoir, il est allé se nicher ailleurs, attendre des jours meilleurs. Ce qui est embarrassant avec l'espoir, c'est que malgré les déceptions, il renaît. Peut-on alors ne voir dans l'espoir qu'une illusion, s'il est vrai que les illusions se perdent avec l'âge et la sagesse?

Les critiques de l'espoir le traitent le plus souvent comme une illusion. Ainsi Goethe, dans le second Faust, considère que l'espoir est avec la crainte "deux des pires ennemis de l'homme". Pour conserver sa sérénité, l'homme doit tuer en son âme, tout souci de l'avenir et partant, les deux sentiments dans lequel se manifeste le mieux, ce souci: la crainte et l'espoir. L'espoir est ici considéré comme l'illusion du possible: ce qui n'est pas, sera.

La sérénité voulue par Goethe rejoint la sérénité recherchée par les stoïciens dans le cadre de la conception grecque du temps et de la fin de l'histoire: l'éternel retour.

Pour Sartre,"seule compte la réalité; les rêves, les attentes, les espoirs permettent seulement de définir un homme comme rêve déçu, comme espoirs avortés, comme attentes inutiles; c'est-à-dire que ça le définit en négatif et non en positif". L'espoir est traité comme l'illusion de l'empêché: ce qui est, aurait pu ne pas être. "Les circonstances ont été contre moi, je valais beaucoup mieux que ce que j'ai été". Et Sartre de proclamer: "Il n'est pas besoin d'espérer pour entreprendre".

Pour Camus, l'espoir est aussi une illusion dangereuse parce que permettant à l'homme d'esquiver l'âpreté du présent. Et de préconiser face à l'absurdité de l'existence et du monde, d'exister en résistant, en héros du désespoir.

Mais ces théoriciens modernes de l'angoisse, du néant et de l'absurde font partie de cette génération qui vit la montée du nazisme, connut la guerre de 39-45 avec ses collabos et ses résistants, découvrit les horreurs du stalinisme, événements qui persuadèrent ceux qui les vécurent que leur souffrance était absurde, que le monde était cruel et incompréhensible. Ne vit-on pas fleurir les complexes à la Gaspard Hauser, névrose des historiquement seuls, de ceux qui ne se sentent plus solidaires de leurs parents, de ceux qui refusent tout passé, et ne parviennent pas à avoir un futur, de ceux qui se sentent privés et de mémoire et d'espoir leur appartenant vraiment?

La critique de l'espoir est donc sous-tendue par la négation préalable de l'espoir. L'éternel retour des Grecs comme l'anéantissement définitif d'un monde absurde interdisent l'espoir et exigent sa critique.
L'espoir suppose au contraire la croyance dans la dimension historique de l'aventure humaine.

Augustin donna à cette croyance une force exemplaire. Le 24 août 410, quand les guerriers (blonds?) d'Alaric franchirent la Porta Salaria à Rome,les remparts de la ville, symbole jusque-là d'une sécurité historique qui semblait définitive, tombèrent à jamais. Toute l'Antiquité classique se trouva brisée. Une ère nouvelle commençait. Cet événement ne pouvait qu'emplir de trouble et d'inquiétude, l'âme des citoyens de l'Empire. Questionné dès 412 par le proconsul Marcelin sur la signification de ce désartre, Augustin répondit par "La Cité de Dieu", achevée en 426. Chrétien, la chute de Rome, événement unique qui plus jamais ne se reproduira, aux conséquences inédites, lui révèle sa situation unique au coeur même du procès temporel du genre humain, depuis la création d'Adam jusqu'à l'heure du jugement dernier. Pour lui cet événement s'inscrit dans le prolongement d'une histoire, oeuvre commune de la providence divine et de la liberté des hommes. Il comprend que sa vie est irrémédiablement liée à la vie de tous les hommes qui l'ont précédé. Autrement dit, si l'homme est un congénère pour l'homme ce n'est pas le simple effet d'un impératif de la nature, c'est le fruit aussi d'une exigence del'histoire.. "L'éducation morale de l'humanité a progressé par époques pareilles à des paliers de croissance, pour lui permettre de s'élever du temporel à l'éternel, du visible à l'invisible".

Si l'espoir d'Augustin s'étaie sur le passé et la mémoire, moments de l'histoire, il est d'autres espoirs tendus vers le futur, moment aussi de l'histoire. Ainsi l'Espagne tendue pendant 700 ans vers un futur à la fois aguichant et concret, enchanteur et imaginable: la Reconquista. La considérable sémitisation des espagnols au Moyen-Age les conforta dans leur entreprise, en ce que les juifs leurs apportaient une conception de l'histoire: le temps de l'histoire, c'est le temps du destin; ce que sont les choses, leur destin, deviendra transparent dans le temps. Et une conception de la parole comme promesse de ce qui sera, la vérité étant ce en quoi on peut avoir confiance. Cette entreprise militaire de 7 siècles qui s'achève le 2 janvier 1492 devant Grenade tombée où Ferdinand reçoit de Boabdil, roi des Arabes, les clés de la ville, et qui débouche sur l'arrêt du 31 mars par lequel Isabelle expulse les juifs d'Espagne. -"Je ne veux plus de juifs dans ce pays. Je veux un grand pays propre et neuf comme un linge, comme cette chemise que j'ai changée pour la victoire" -et sur l'arrêt du 17 avril par lequel Isabelle fait de Colomb, son amiral dans toutes les Iles et Continents qui pourront être découverts dans les mers océanes, cette entreprise a formé la nation espagnole et l'homme espagnol. Pour lui, exister c'est s'aventurer dans la région mystérieuse du devoir-être. L'activité personnelle n'est pas valorisée par ses résultats utiles mais d'après ce qu'est ou ce que veut être la personne: hidalgo, mystique, conquistador, anarchiste.

L'espoir qui agit au coeur de l'homme espagnol n'est pas fondé sur la prévision rationnelle comme l'espérance de vie ou l'espérance mathématique. Cet espoir n'est pas d'avantage justifié par l'utilité de l'objet poursuivi. Cet espoir en revanche s'ancre dans la croyance en notre propre réalité et dans la croyance en la réalité du monde extérieur. La règle morale de cet espoir a été formulée avec vigueur par Michel de Unamuno: "Agis de manière à mériter à tes yeux et à ceux d'autrui, l'éternité, à te faire irremplaçable, à ne pas mériter de mourir. Ou peut-être ainsi: agis de manière à pouvoir survivre et t'éterniser, si tu devais mourir demain".

Pour traiter l'espoir comme une illusion, il faut donc refuser l'histoire comme possibilité de transformer le monde, de changer la vie, de faire advenir un homme nouveau, une humanité meilleure. Certes, bien des espoirs sont affectés d'un coefficient d'illusion, dirigés qu'ils sont vers des objets extérieurs, concrets, soumis ainsi au hasard et à la déception. Le modèle de ces espoirs communs, c'est l'espoir du joueur. Mais n'est-il pas étonnant que les formes d'espoir les plus élevées naissent dans des situations extrèmes? Ne voit-on pas naître chez certains malades incurables, un espoir nouveau quand la déception de tous les espoirs communs leur a donné la possibilité de se libérer de toute illusion. Ce nouvel espoir leur permet de dépasser l'ancienne référence de la vie au moi et au monde, leur procure une liberté et une autonomie surprenantes. "Tant que notre moi n'est pas mort, tant que sa dissolution n'est pas accomplie, tant que nous sommes fascinés par les illusions qu'il sécrète, c'est comme si, au lieu de nous dissoudre dans la mer océane, nous nous implantions, nous nous incarnions dans une autre vie. Au lieu de nous enfoncer dans les profondeurs de Dieu, nous nous accrochons, comme à une bouée, à un autre misérable moi!" (Antoine Pigafetta-Bernard Blanc). La patience qui désormais se substitue à l'angoisse rend manifeste cette élévation du niveau de l'existence. N'est-ce pas pendant sa séquestration de 9 mois -du 4 décembre 1577 au 16 août 1578- dans un réduit à balais, dans des conditions abominables, que Jean de la Croix composera le Cantique Spirituel, âpre lutte contre la mémoire pour la vider de toute espèce de souvenirs. Ainsi purgée de son contenu, la mémoire ne repose plus que sur l'espérance. "Pour que l'espérance en Dieu soit parfaite, la mémoire ne doit rien posséder qui ne soit Dieu lui-même".


Ces formes d'espoir inouï sont fondées sur le dépassement de moi et du monde, considérés comme des illusions. Elles sont par là même à l'opposé des formes d'espoir qu'on a vu agir au coeur de l'homme espagnol et d'Augustin, fondées sur la croyance en notre réalité, en la réalité du monde, en l'histoire considérée comme possibilité d'effectuer la négation de ce qui est et de faire advenir ce qui n'est pas.

Les critiques de l'espoir doivent donc faire du moi, cette réalité incontournable d'où selon Kierkegaard naît le désespoir de ne pouvoir s'en défaire, affirmer l'impossibilité d'être un autre, la nécessité d'être soi-même, c'est à dire affirmer l'identité du possible et du nécessaire, et traiter d'illusions les idées de nouveauté, d'évolution, de progrès. Quel massacre pour en finir avec l'espoir!

Rejetant ces critiques, nous définirons, en première approximation, l'espoir, comme l'aigre-douce nécessité de vivre dans l'attente.
L'homme peut attendre, au sens de remettre à plus tard ou de refuser la satisfaction pourtant possible de besoins ou désirs. Il peut attendre, au sens de désirer des événements ou des situations qui semblent sans rapport avec la situation qui est la sienne. Il peut attendre, au sens de refuser de choisir entre un certain nombre de possibilités différentes offertes par une situation donnée.

L'attente est la situation d'un homme devant une possibilité qu'il a projetée. C'est indiquer la capacité qu'a l'homme d'engendrer, anticiper, prévoir, espérer le futur, capacité qui le préoccupe. La divination, la magie, la science ne sont-elles pas trois activités manifestant la prétention de l'homme à connaître et à maîtriser le futur?

L'attente peut prendre la forme de l'expectation. Mais celui qui vit dans l'expectative ne cesse pas pour autant de vivre sur le mode du projet, ce que pourra être son existence lorsqu'il fera sien ce qu'il compte recevoir. En d'autres situations, l'attente revêt l'aspect de la création. C'est encore vivre sur le mode du projet.

Si donc toute attente humaine se manifeste sous forme de projet, ceci implique que celui qui pose ce projet se livre à la tâche de le réaliser. Se consacrer à cette tâche, c'est s'engager. Cet engagement est plus ou moins profond. Nous pouvons ainsi dégager différents modes de l'attente et de l'espoir.

Quand l'engagement est lâche et superficiel, l'attente est vaine. L'homme, indifférent à la réalité de ce qu'il attend, n'aspire qu'à passer le temps. Combien de personnes dont la vie se satisfait de cette attente vaine et perpétuelle des diverses possibilités qu'offre le monde. Si la défiance prédomine, l'attente devient dégoût qui détruit la satisfaction quotidienne et légère que l'on éprouve à passer le temps sans connaître la contrariété. Passer le temps est devenu tuer le temps. Si au contraire prédomine la confiance, l'attente devient insouciance. Vivre insouciant c'est attendre le futur, l'esprit libéré du souci que fait naître ce futur. Si le dégoût est la forme atténuée de l'angoisse, l'insouciance est le mode le plus superficiel et le plus fragile de l'espoir.

L'attente peut être circonspecte. L'engagement est alors motivé par la satisfaction d'un désir qui vise l'obtention d'un bien ou la fuite d'un mal. L'homme aspire à avoir ce qu'il attend et pour cela, il lui faut faire ce qui convient. Le bourgeois est le type humain chez qui l'attente circonspecte est l'attitude dominante: il aspire à atteindre ce qu'il attend en ne recourant qu'à sa vertu ou force propre. D'où l'intérêt du bourgeois pour l'organisation rationnelle, la démarche prévisionnelle. La réussite sera la jouissance de la fin prévue; l'échec, la déception causée par un événement inattendu. Toute déception est, pour le circonspect, l'origine d'un désespoir plus ou moins grand. Le suicide n'est-il pas plus fréquent dans les couches sociales dont la vie est très rationalisée? L'inattendu par excellence étant la mort, le bourgeois rêve d'une mort en plein sommeil ou brutale. Depuis peu, il rêve de mort douce, par euthanasie. Faut-il s'étonner si notre époque qui repose sur l'attente circonspecte est une époque de désespoir? À l'optimisme scientiste des XVIII° et XIX° siècles reposant sur l'espoir de l'homme ayant confiance dans l'accomplissement de ses prévisions: le bonheur par un progrès ascendant et ininterrompu, a succédé le désespoir du monde moderne déçu que l'on masque par un culte artificiel et superficiel rendu à la jeunesse, âge de l'espoir.

À l'engagement le plus profond correspond l'attente authentique. Là, l'homme ne s'abandonne pas à la simple jouissance du temps qui passe, pas plus qu'il ne se livre à la poursuite de l'objet du désir. Cette attente est authentique parce qu'elle admet la possibilité de l'échec et de la mort. L'homme s'engage à répondre à sa vocation, à être d'accord avec ce qu'il est vraiment, la vocation étant cette voix qui propose à l'homme sans le lui imposer, ce qu'il doit faire. Trahir sa vocation, c'est tomber dans la fausseté, cesser d'être soi-même. L'ennui est le prix que l'on paie à trahir sa vocation. Si dans cette attente authentique prédomine la défiance, le sentiment qui en naît est l'angoisse, incertitude radicale de l'existant au sujet de la continuité de son être, incertitude manifeste dans l'angoisse de la personnalisation comme dans l'angoisse de la mort. L'attente authentique et confiante se manifeste par contre comme espoir véritable. La confiance est ce qui élève l'attente au plan de l'espoir.

Avoir confiance, c'est se fier, se fier avec. Ayant confiance en quelque chose -la résistance de ces matériaux de construction-,je dois faire confiance au tout auquel il appartient -le barrage, le terrain, les hommes- et de proche en proche, à la totalité du réel et du futur. Avoir confiance, c'est faire crédit à la réalité.

Miguel de Unamuno, dans "Le sentiment tragique de la vie", formule avec force ce qu'espère l'homme qui espère: "Plus, sans cesse plus: je veux être moi et, sans cesser de l'être, être en outre les autres, pénétrer dans la totalité des choses visibles et invisibles, m'étendre dans l'espace illimité et coïncider avec le temps interminable. Si je n'étais pas tout et pour toujours, ce serait comme si je n'étais pas et, au moins, être tout moi-même et à jamais. Et être tout moi-même, c'est être tous les autres".

On voit ainsi apparaître les particularités du temps de l'espoir. Temps enraciné dans l'être que l'on est et dans l'être que vise le projet. Temps enraciné dans la réalité. S'opposant au temps de l'angoisse où l'avenir disparaît par anéantissement, où le présent est suspendu au-dessus de l'abîme. S'opposant au temps de l'extase, qu'il s'agisse de l'ivresse créatrice, du coup de foudre, de l'ivresse toxique ou de l'extase mystique, où l'avenir disparaît aussi mais par assomption, le présent épuisant la vie en un moment. Le temps de l'espoir est celui de l'unité du présent, du passé et de l'avenir. L'homme qui espère est celui qui se rend présente sa situation, en se tournant vers son passé et en tendant vers son à-venir. Quel contraste avec cette autre façon de vivre le temps, si répandue! Lundi, j'aspire à être samedi et je regrette dimanche; le futur désiré et le passé regretté gâchent mon présent. Samedi, je suis heureux, oublieux de ma semaine, rejetant mon passé. Dimanche, je pense à lundi; le futur abhorré gâche mon présent. Le temps de l'espoir embrasse l'histoire de l'humanité et celle de l'univers. L'homme qui espère se sent relié à tous les hommes et au cosmos. La dimension religieuse de l'espoir se manifeste dans ce sentiment de religation.

À la manière de Saint-John Perse, on peut dire: "C'est d'une même étreinte que l'espoir embrasse au présent tout le passé et l'avenir, l'humain avec le surhumain, et tout l'espace planétaire avec l'espace universel. Ainsi par son adhésion totale à ce qui est, l'homme qui espère tient liaison avec la permanence et l'unité de l'Etre. Et sa leçon est d'optimisme. Une même loi d'harmonie régit le monde entier des choses".

Mais combien adhèrent totalement à ce qui est. Et d'osciller de l'espoir au désespoir, est le lot du plus grand nombre. S'il n'y a pas de technique du bien espérer, il existe une ascétique de l'espoir, reposant sur quatre ressorts principaux: 1 -La considération de la vie comme épreuve, ayant un sens; j'apprends ainsi la patience de l'espoir opposée à l'impatience du désir, patience qui consiste à donner du temps au réel; j'apprends aussi la résignation qui est appropriation et non acceptation de l'échec, et donc source de renaissance, résignation de l'espoir opposée au ressentiment du désir. 2 -La pratique du sacrifice; les mystiques comme les grands malades ont beaucoup à nous apprendre sur l'espoir qui peut naître des grandes souffrances; notre époque a peur de la douleur: les pillules de toutes les couleurs prescrites par nos docteurs calment l'angoisse et tuent l'espoir! 3-L'exercice de la création comme audace à être face à l'échec et au néant. 4-La méditation de la mort car le fait de penser à notre mort pour la faire nôtre nous découvre la consistance réelle des projets qui emplissent notre vie.

L'espoir est indéracinable. Mais espérer est une tâche surhumaine.

Comme Odysséus Élytis, esclaffons-nous:

Mon Dieu,
que d'azur tu déploies afin qu'on n'y voie que du bleu!

Aporie N° 4-1985-, Jean-Claude Grosse

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