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Les Cahiers de l'Égaré

Dans le sillage de Marilyn/J.C.Grosse

Dans le sillage de Marilyn

 

  subwaydressOcton.JPG

la subway dress,

oeuvre réalisée par Aïdée Bernard,

exposée à Octon

lecture par René Escudié

 

Assis sur le sable de Baklany au Baïkal, un homme regarde deux pêcheurs sortir de l'eau un couple d'omouls frétillants au bout des hameçons. Ils jubilent. Soudain, une voix suppliante …

 

La voix – remettez-les à l'eau ! ils sont vivants ! Please don't kill anything !

 

Superstitieux, les deux pêcheurs s'exécutent et s'enfuient. Le bargouzine se lève. Le lac s'agite. La vie est comme un zèbre …  bande blanche …  bande noire …

 

L'homme – qui es-tu ?

La voix  – je … je … suis … Ma … ma … ri … lyn !

L'homme – Marilyn ? … le fantasme ! … Zelda ? … la chimère  ! … sirène ! où es-tu ?

La voix – Norma Jean ! … Orpheline N° 3463 ! … Familles d'accueil ! … Noms d'emprunt ! Visages variés et corps contradictoires offerts aux objectifs ! … Je suis l'obscure profonde origine du monde !

L'homme – où est-ce ?

La voix – là-bas ! Thelxiopé la troublante ! ici ! Thelxinoé l'enchanteresse !

L'homme – me parles-tu de mythes ?

La voix – peut-être !

L'homme – pourquoi aujourd'hui ?

La voix – aujourd'hui c'est pour toujours !

L'homme – me parles-tu du présent éternel ?

La voix – peut-être !

L'homme – pourquoi moi ?

La voix – je t'ai choisi !

L'homme – quel mérite ?

La voix – homme ordinaire ! parfois poète !

L'homme – rarement ! … rarement aimant !

La voix – trop ! j'ai entendu tes caresses d'algues ! Et nagé dans le sillage de Baïkala ! Aglaopé au beau visage du Baïkal !

L'homme –  … Baïkala ! présent noyé ! la sirène ! une métaphore-filet ! mais l'eau

La voix – je sais ! … les paroles sublimes n'ont besoin que d'une oreille ! celle du coeur ! et elles sont éternelles ! invitations à l'Amour !

L'homme – Never give all the heart

For everything that's lovely is

But a brief, dreamy, kind delight

O never give the heart outright ...

La voix –pourquoi Yeats ? dis-moi ta mille et une ° caresse ?

L'homme – je n'en suis qu'à mille !

La voix – alors invente !

L'homme – ma parole est éprouvée !

La voix – je me montre donc !

 

(Marilyn émerge de l'eau, nudité ruisselante. Un hameçon blesse sa lèvre supérieure. Un piercing monroe remplace le légendaire grain de beauté.)

 

 

 

Marilyn – fer … me … la … bou … che ! … ché … ri … ! … dis ! …

 

L'homme – par ... fois ... il ... est ... des ... corps ...

que … tu … veux ... sai … sir ...

à pleines mains

pulsion

sauvage

animale

c'est alors (silence)

que sublime … tu dois te retenir

que su ... bli … mant … tu … re … tiens …

Marilyn – ne retiens pas ! je veux un bébé depuis si longtemps !

L'homme – je ne peux te prendre ! ce n'est pas un rapport juste !

Marilyn – un rapport sexuel peut-il être juste ?

L'homme – ce n'est pas qu'un rapport sexuel ! …

Marilyn – que peux-tu pour moi ?

L'homme – t'offrir au monde ! … parce que tu n’as jamais appartenu à rien ni à personne ! …

Marilyn – fourre-tout de tout foutre ! utérus de tout engendrement ! … avortements ! fausses couches ! abandons d'enfants ! … donnant vie aux fantasmes ! pas à la chair de la chair ! …

L'homme – amante universelle ! … viens que je te prenne !

 

(L'homme saisit son appareil photographique. Marilyn s’offre sans regard pour l’objectif, nudité joyeuse. Clic ! Clic ! Clic ! Dix clics ! Dix prises ! Dix clichés ! Pluie, arc-en-ciel, soleil. L'homme prend son camescope, filme Marilyn qui danse avec un bouleau : Tout est sacré ! à la vie ! quelle qu'elle soit ! Les vents se lèvent : bargouzine, kultuk, sarma, chelonnik)

 

L'homme – Tout ce qui arrive, c'est comme si ça t'arrivait ! Tu es naturelle et bonne comme la nature ! Tu as le don de vie, Marilyn ! Le mal est irréalité ! invention humaine ! Tu as traversé le miroir des épreuves !

Marilyn (essoufflée) – j'en suis morte ! … à force de LA regarder ! …

L'homme – morte aux hommes ! … pas à la Vie ! te voilà sirène ! créature d'eau où tout retourne !

Marilyn – tu me connais donc ? … veux-tu boire ma voix d'eau ?

L'homme  – voie d'eau !

Marilyn – que mon corps d'eau t'enlace ?

L'homme  – cordeau !

Marilyn – veux-tu ?

L'homme – … oui … je … dis … oui … je … veux … bien … oui !

Marilyn – comme Molly ! … rejoins-moi !

 

(Marilyn lui tend ses lèvres en un O parfait.

L'homme se met à nu, mord à l'hameçon.

Un tourbillon emporte Le Couple embrasé, embrassé, enlacé.)

 

 

L'appareil photographique et le camescope, trouvés sur la plage, sont remis à la police sibérienne qui les transmet au FSB qui sur ordre du Président les transmet au FBI qui les transmet au Président qui fait développer les photos sur papier glacé et mettre le film en HD sur internet.

 

 

L'album des 10 dernières photos de Marilyn est acheté par quelques personnes.

 

Le petit film des 30 dernières secondes a reçu cent visites.

 

 

Boris Cyrulnik donne son avis : cette histoire c'est un très vieux conte. Marilyn était un peu vivante, un peu morte, parfois plus vivante quand un baiser d'amour la faisait vibrer. Quant à l'inconnu du Baïkal ... Ne vous laissez pas ensorceler par ces mélopées de sirènes. La nudité radieuse dans La Main de Dieu, la chimère de Rodin, énigme interpelée par Marilyn, est-ce la vérité ? Le numineux a t-il une réalité ?

 

Des personnes comparent les 10 dernières images, les 30 dernières secondes, avec les milliers de visages et de corps de papier chair des années 50.

On voit le magnifique corps nu de Marilyn s’offrant à la nature.

Des cicatrices de clous et d'hameçons.

 


 Jean-Claude Grosse, à Corsavy, le 5 août 2011

pour le 49° anniversaire de la disparition de Marilyn

 

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la subway dress,

oeuvre réalisée par Aïdée Bernard,

exposée à Octon

 

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