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Les Cahiers de l'Égaré

Dans le sillage de Baïkala/Testament amoureux/J.C.Grosse

le poème exposé dans une galerie avec la subway dress en hommage à Marilyn
le poème exposé dans une galerie avec la subway dress en hommage à Marilyn
le poème exposé dans une galerie avec la subway dress en hommage à Marilyn

le poème exposé dans une galerie avec la subway dress en hommage à Marilyn

Dans le sillage de Baïkala

 

BaikalaOcton.JPG

oeuvre réalisée par Aïdée Bernard



À l’amour jour après jour jusqu’à ce que ça fasse toujours !
À l’amour qui surgit au détour et dure moins d’un jour !

 

 

1 -

Je l’appelle Baïkala sirène reine du Baïkal
Je l’ai vue vivre exister 18 jours durant sur 40 kilomètres de littoral rivages de sables galets
graviers rochers
Vivre exister telle un papillon légère gracieuse élégante posant main pied regard ici puis là butinant quoi ?
J’ai aimé cette vie de virevoltes révoltes
cette présence impudente imprudente offrant ventre bras cuisses et jambes au soleil à la pluie aux vents
bargouzine kultuk sarma
Impossible après quelques jours de ne pas voir l’évidence
Une chance un bonheur s’offraient à moi
Je l’appelle Baïkala cette chance ce bonheur éphémèrement posés à côté de ma vie déposée sur le rocher
Mes yeux charmés ont regardé contemplé admiré vol pose envol
J’ai regardé Baïkala bouche bée décontenancé déboussolé
mes repères n’opéraient plus
pourquoi étais-je autant attiré ?
Amoureux d’un amour surgi au détour oui je veux bien oui et donc décider oui je veux bien oui aimer à l’ancienne l’amour qui dure moins d’un jour
Poète tu dois ne jamais connaître même le premier baiser
C’est ainsi que des hommes meurent rossignols mon amour ! (La Parole éprouvée, 2000)
Ne rien provoquer ne rien attendre ouvert offert
parfums de confidences
attirance pour l’ivresse
absence de confiance
souffrances à l’ancre
regards mauvais d’hier
mains sales d’avant hier
se raconter l’un l’autre
courtes rencontres
opacités se voulant transparences
avec prudence
en toute confiance dire le plus intime avec puis sans retenue
se dire se rêver se déconstruire reconstruire choisir les mots doux non les gestes possessifs
les prouesses verbales non les caresses sensuelles
opter pour un mélange d’amour platonique et fol’amor
Certes ce corps a déjà été joué caresses imposées sales jeux de mains
mais je le vois moi corps devant se respecter être respecté
Prends ton temps Baïkala !
Aime ce corps-là sans projet pour lui
sans projet de lui sur autrui
sans projet d’autrui sur lui
un petit instant instant suspendu avant détermination destination
Corps à ne pas toucher
En cela tu diffères du fin’amant
le corps de la domna lui est inaccessible barré par le mari
Ici c’est toi qui décides de ne pas t’en approcher
Pourquoi tout ce cinéma ? demande le Malin
Pour ce corps-là choisir le non agir
Laisser libre ce corps papillon papillonner sur tous bords de ce monde sans souci de butin Tu dis ne rien attendre interroge le Malin
Impossible défi
Que fais-tu de tes pulsions ?
Tu ne peux pas ne pas sentir ton sexe s’habiter de vie à donner de plaisir à prendre de jouissance à provoquer ?
Mais oui Malin au petit matin j’érige et quoi ? ce sexe têtu l’est moins que ma décision de sublimation
Oui Malin j’opte pour les mots doux
nous livrant l’un à l’autre nous délivrant de nos démons
Dire en mots doux ce que je m’interdis est cadeau à cette peau si lisse
que tu crois qu’elle t’attend qu’elle est faite pour tes doigts
il y a eu les caresses imposées des sales jeux de mains
Mes mots doux dureront plus longtemps que toute caresse
Mes mots doux de poète pour tenter de bien dire les finesses de la fin’amor ajouteront à la beauté du monde seront mots doux par d’autres lèvres pour d’autres corps d’autres bords
Tu vois bien que tu n’es pas sans projet pour Baïkala
tu veux du pouvoir sur elle l’influencer par tes mots doux siffle le Malin
Oui tu as raison je veux l’influencer nous sommes tous sous influences
je veux la mienne bénéfique gratuite comme elle est don gratuit
par sa présence son existence
Ah ! le sillage de Baïkala !
Quels mots doux utiliser dernière chance premier bonheur de ce matin ?
Je suis à 20 centimètres de tes lèvres
Y poser les miennes sans crier gare
acte manqué Non !
Je me vois poser un doigt sur ta lèvre supérieure pas l’index trop attendu le petit doigt plus délicat
Il dessine le contour s’attarde sur le duvet s’humecte de ta salive glisse sur ta lèvre inférieure n’essaie pas d’ouvrir ta bouche de se glisser en elle
ai-je franchi la limite du respect à l’irrespect de l’hommage à l’outrage ?
C’est de la tentation ! tu veux être son troubadour elle te résistera !
Je suis à 30 centimètres de ses seins ne rien saisir
Donnera-t-elle un jour le sein au bébé tant attendu patiemment conçu ?
ardemment je regarde ardemment je désire ce don
Baïkala donnera le sein
Là tu fais fort !
anticiper le désir d’être mère pour attirer tes mains sur elle
T’es malin !
Je suis à 40 centimètres de son ventre
Des ventres m’ont fait désirer des bains de ventre-mer des ventres qui me rappelaient au paradis fœtal le temps sans demandes le temps sans attentes
Ah ! ces ventres de fosses lacustres pour éclosion de sirènes sibériennes de glace et de feu ah ! ces ventres-lac où s’immerger enchantement jusqu’à enfantement
Ton ventre n’est pas ventre-lac ventre-mer
Il sera ventre-mère
Avec toi la terre cesse d’être ronde redevient plate
Je me vois deux doigts index majeur rampant à plat ventre sur ton ventre
étonné par le nombril côté pile par les fesses côté face
Ai-je franchi la limite de la décence à l’indécence ?
Tu fais de plus en plus fort ! Baïkala méfie-toi de ce poète-là !
Je suis à 1 mètre de tes bras
Baïkala n’est pas fille à consoler
Baïkala trace son sillage avec détermination égarements aussi
Qui voudrait que nos sillages de vie soient tout tracés gravés dans le marbre
sillages de rectitude de certitude de servitude ?
Ils ne laissent trace s’effacent
Égare-toi Baïkala
trouve en toi comment changer en boussole ce qui te déboussole
l’alcool amer qui te fiche par terre
Sois plus forte que la vodka assassine toi ta chance
toi chance unique car il n’y a pas d’autre toi que toi
Baïkala

2 -

Un rêve rêvé à Corsavy s’est réalisé à Baklany au Baïkal
Revenir dans La Forêt 10 ans après L’Insolite Traversée
Brefs échanges sûreté des jugements ça c’est Baïkala
le propre de Baïkala
rare
Affinités électives partages tragiques se sont mis à jouer leur jeu
Ouvrir la voie de quelques-unes de nos grandes voix
La connexion a dû se faire ainsi
Elle pour Lui
Quelque chose en elle favorisait ce déplacement
Lui pour Elle
amour pour la littérature
pratique de la lecture par immersion
goût pour l’ivresse ses audaces ses risques
l’alcool qui fait éprouver plus fort
goût pour cigares et cigarettes
volutes des Havanes
transformées en rêves
goût pour les corps qui s’abandonnent
promesse ivresse détresse détresse ivresse promesse
fureur de vivre dans la proximité de la chute
fascination pour la mort qui fait disparaître ceux qui nous sont les plus chers
En venant au Baïkal à Baklany pour les 10 ans de la venue du fils
le père l’a retrouvé
Baïkala comme Baïkala aimée du fils Elle pour Elle et Lui
Oh ! chaîne des sonorités déchaînées !
Qui donc est-ce que j’aime ?
À Baklany lieu sacré au bord du Baïkal où est édifié le mémorial consacré au fils
la nuit du 13 au 14 août 2010 fut émouvante éprouvante
Après le cérémonial au mémorial
après les allers retours banya Baïkal banya
après les omouls grillés les toasts à la vodka
Baïkala écouta des chansons russes voix rocailleuse venue des tripes
j’écoutai voyant le fils ivre mais si créateur
la fille ivre-morte mais si vivante
Je me couchai à 3 heures du matin
Baïkala se coucha à 6 heures dans le dortoir à 10 places
je me levai me promenai m’assis contemplai le lever du jour
illumination
le début et la fin d’un texte dramatique
sur la disparition du fils
l’impossible deuil
l’invitation à la vie
inachevé depuis 8 ans
s’offrirent à moi
Je rendis hommage à Мать-моржиха
plongeai nu dans le lac glacé sans un cri de saisissement comme le fils l’avait fait 10 ans auparavant
Baïkala plongea peu après moi avec un cri de ravissement
je ne l’avais pas vue arriver
Le lac agité finit par s’apaiser
Qui donc est-ce que j’aime ?

3 -

Baïkala
je ne suis pas pour toi
tu n’es pas pour moi
nous ne sommes pas destinés l’un à l’autre
moi je me suis destiné depuis longtemps déjà 46 ans
toi tu es un à venir
Amor amicitiae est le meilleur de nous que nous puissions offrir
ce sera don de paroles justes au gré des envies au temps des nécessités
Les mots doux c’est déjà fini on est entré dans le vif de la vie on est sorti du goût exclusif pour le jeu des mots
je saurai tenir cet engagement-là comme je tiens l’engagement au jour le jour depuis 46 ans avec l’épousée de chaque jour jusqu’à ce que ça fasse toujours avec l’aimée de chaque jour que je veux aimer au dernier jour comme au premier jour celle à qui je me suis donné parce qu’elle pensait à moi autrement qu’à un professeur dès lors j’ai cessé de me penser comme un professeur
Le 28 août 2010 l’épouse et moi avons renouvelé sans témoin main dans la main au sortir du bain nus dans l’eau glacée du trou d’eau de notre torrent pyrénéen notre pacte d’amour ce fut avec des mots simples ceux de l’amour que nous tentons de faire rimer avec toujours Te dire un rêve
Ton pays et toi Baïkala êtes malades de la vodka assassine
Tu peux devenir la voix de cette maladie la voie de sa guérison pour que ta Sibérie et toi trouviez un autre chemin de vie que ce chemin de croix
Plongée nue dans l’eau glacée du Baïkal je te vois devenir philosophe de la vodka assassinée
Laisse monter en toi ce dessein Baïkala enivrée enivrante
Funambule de la vérité d’ombre somnambule de l’obscure profonde origine du monde rencontre la sagesse tragique des métaphysiques d’avant Socrate
tu sembles en avoir saisi l’évidence fondamentale dans ton ivresse hébétée
âgée de 20 ans qui ce matin titube et pue de la gueule

4 -

Baïkala n’est pas une folle du cul a déclaré le Malin ce matin
L’autre Belle oui celle que tu as aimée il y a 22 ans à l’âge du démon de midi mon démon préféré pour hébéter les corps
Maintenant tu n’as plus rien à te prouver surtout pas ton éternité à travers gonimon séparé apokrisis éjecté ekkrisis de l’infini indéterminé l’apeiron
Que peuvent faire à l’épousée de chaque jour deux amours déclarés non consommés au cours d’une alliance de déjà 46 ans quand il y a tant de ressemblances ? dissemblances ?
Les tours du Malin sont là aussi pour hébéter la raison
Hébéter les corps ne me suffit pas
Tu es aimé dans le Nord autrement qu’un professeur par une de tes élèves âgée de 16 ans qui devient l’épousée pour toujours jour après jour
C’est seulement ainsi qu’amour rime avec toujours
24 ans après tu aimes dans le Sud autrement qu’un professeur une de tes élèves même âge même classe mêmes initiales amour surgi au détour pour moins d’un jour devenu amor amicitiae à vie légère à vivre après un silence de granit corse
De la lourdeur de l’amour de possession à la légèreté de l’amour en toute déprise
Bonheur d’épure voilà ce que t’a appris l’adolescente âgée de 16 ans éducation à l’amour sur les bords de la Méditerranée
22 ans après tu proposes à l’Est sur les bords du Baïkal à Baïkala sirène reine de 20 ans ton amor amicitiae dès ta déclaration d’amour
L’écart d’âge est passé de 32 à 50 ans
Ton éducation à l’amour semble achevée vieux !
Baïkala première fraîcheur dernier bonheur de ce matin je porte un toast à l’amour à l’ancienne courtois comme autrefois discret dévoué retenu sérieux profond enjoué rimé Même si j’ai franchi parfois la limite de la pudeur à l’impudeur j’espère avoir eu la main légère pour la mise en bouche des mots de la fin’amor car pour t’aimer d’amor amicitiae Baïkala je n’ai pas besoin d’un sourire d’un regard d’un bouquet d’une écharpe d’un ruban d’un baiser
Il suffit qu’un baiser soit interdit pour toujours au poète et désir délire dérive plaisir souffrance sont faits œuvre par la parole éprouvée
Ta seule existence me suffit même pas ta présence t’accompagner en esprit belle absente te parler au cœur absente rebelle
Donc Reçois le Baïkal comme le veut ton poème quand tu prendras nue loin de mes regards ton dernier bain de l’été félicité dans l’eau glacée du lac dans un puits
Je ne serai pas de retour en tes parages sur tes rivages dans 10 ans
Vivre une fois le retour à Baklany doit pouvoir me suffire à aller au bout de mes jours et de mes nuits
Au trou d’eau de notre torrent pyrénéen j’irai en milieu d’après-midi avec l’épousée de chaque jour jusqu’à ce que ça fasse toujours
Nous nous épouserons sur le rocher avant d’entrer nus dans l’eau glacée du Riuferrer
Tu viens de plonger depuis le rocher où ma vie était déposée
Nage en eaux profondes origine du monde source de vies à l’infini
je bois ta voix d’eau
ton corps d’eau m’enlace
oui j’ai dit oui
je veux bien Oui

 

 

Jean-Claude Grosse 

Les Enfants du Baïkal

Les Cahiers de l'Égaré (2010), épuisé

 

1-couverture-les enfants du baikal

dans-le-sillage-de-Baikala.JPG

oeuvre réalisée par Aïdée Bernard

  

Annie Hunstadt B

la mouette à tête rouge

mairie Le Revest 2003-2

le baiser comme don

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l'amie de la Méditerranée

Daria1

la sirène du Baïkal

un des vernissages du livre-sillage d'Aïdée Bernard; la jupe de correspondance; Baïkala et JCG à Poésie sous l'arbre en août 2011 à La Ciotat, hommage à la poésie russe
un des vernissages du livre-sillage d'Aïdée Bernard; la jupe de correspondance; Baïkala et JCG à Poésie sous l'arbre en août 2011 à La Ciotat, hommage à la poésie russe
un des vernissages du livre-sillage d'Aïdée Bernard; la jupe de correspondance; Baïkala et JCG à Poésie sous l'arbre en août 2011 à La Ciotat, hommage à la poésie russe
un des vernissages du livre-sillage d'Aïdée Bernard; la jupe de correspondance; Baïkala et JCG à Poésie sous l'arbre en août 2011 à La Ciotat, hommage à la poésie russe
un des vernissages du livre-sillage d'Aïdée Bernard; la jupe de correspondance; Baïkala et JCG à Poésie sous l'arbre en août 2011 à La Ciotat, hommage à la poésie russe

un des vernissages du livre-sillage d'Aïdée Bernard; la jupe de correspondance; Baïkala et JCG à Poésie sous l'arbre en août 2011 à La Ciotat, hommage à la poésie russe

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