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Les Cahiers de l'Égaré

Poèmes d'amour pour 14 février et tous les jours de toujours/J.C.Grosse

Rédigé par JCG Publié dans #poésie, #pour toujours

Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans
Annie de 18 à 62 ans

Annie de 18 à 62 ans

Ce 14 février 2015, elle aurait eu 67 ans.

Dans le noir, on entend des rafales de vent, des hurlements et chants de loups

Dans le silence et le noir, on entend

une voix de jeune fille, pure, douce, affirmée, sans hésitations :

 

Mon p'tit chat ! attends mon p'tit mot !

J'attends le transsibérien. Tu m'attends mais je ne sais rien de là où tu es, où je vais. La vie m'attend aujourd'hui, cuisses ouvertes. Si tu veux savoir où tu es dans mon corps et dans mon cœur, ouvre la chaumière de mes yeux, emprunte les chemins de mes soleils levants, affronte les cycles de mes pleines lunes. Je voudrais avoir des ailes pour t'apporter du paradis. Des ailes de mouette à tête rouge ça m'irait bien pour rejoindre ton île au Baïkal. Je transfigurerai les mots à l'image de nos futurs transports. Je te donnerai des sourires à dresser ta queue en obélisque sur mon ventre-concorde. Nos corps nus feront fondre la glace de nos vies. Avec des rameaux de bouleaux, nous fouetterons nos corps nouveaux dans des banyas de fortune. Je t'aimerai dans ta nuit la plus désespérée, dans l'embrume de tes réveils d'assommoir, dans l'écume de tes chavirements. Je courrai sur les fuseaux horaires de ta peau, vers tes pays solaire et polaire. Nous dépasserons nos horizons bornés, assoirons nos corps dans des autobus de grandes distances, irons jusqu'à des rives encore vierges. Nous nous exploserons dans des huttes de paille jaune ou des isbas de rondins blonds. J'aimerais mêler les sangs des morsures de nos lèvres, éparpiller les bulles de nos cœurs sur l'urine des nuits frisées, sous toutes les lunes de toutes les latitudes. Je m'appuierai sur ton bras pour découvrir la vie, ne jamais lâcher tes rives éblouies, arriver là où ça prend fin avec des bras remplis de rien … J'aime les cris de nos corps qui s'épuisent à vivre. Je t'ai ouvert un cahier d'amour où il n'y aura jamais de mots, jamais de chiffres. Il n'y aura que des traces de chair, des effluves de caresses et des signatures de mains tendres. Il y aura des braises dans notre ciel, des fesses dans nos réveils. À la fin du cahier, je t'aimerai toujours et nous pourrons le brûler plein de sperme et de joie.

Ton p'tit chat

 
 
Poèmes d'amour et d'Annieversaire
pour 14 février

et tous les jours de toujours

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à Emmanuelle Arsan
pour Bonheur 1 et Bonheur 2
publiés aux Cahiers de l'Égaré

            
Errance
(dit par une voix d'homme, version universelle)


Errance
(dit par une voix d'homme, version sibérienne)

Je m’en irai par les avenues des villes prospères
je m’en irai sans me laisser séduire
par les promesses qui s’affichent
je m’en irai à ta rencontre
sans te chercher
car je sais que là où s’achèvent
les villes aux filles de rêve
qui enlèvent le haut puis les bas
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Alors j’irai par les campagnes en jachère
abandonnées à l’ivraie par les servantes de Déméter
j’irai sans m’attarder dans les auberges de misère
sans m’attacher aux filles légères
qui te montrent tout par petits bouts
j’irai à ta rencontre sans te chercher
car je sais que là où se ressourcent
les nostalgies de belle époque
je ne t’aurai pas trouvé(e)
Mais quand je m’arrêterai
où commencent les marées
je crois bien que je te connaîtrai

au Cap de Bonne Espérance

À la croisée des chemins
(dit par une voix d'homme, version sibérienne)

Elle attendait
corps fermé à jamais sur son passé
Elle attendait
sur le quai des départs
ouverte à l’infini de la voie ferrée
prête à se saisir d’un hasard
pour en faire une chance
La fumée bleue des cigarettes avait donné ciel à ses rêves
la fumée blanche des trains avait agité ses sommeils
Elle attendait
qu’un train l’entraîne    ailleurs
gorge déployée voyelle après voyelle
le o pour faire écho dans le dos
le a qui s’exclame par le thorax
comme elle l’avait appris de la Kossenkova

Qu’il l’entraîne
toutes chansons dehors
le ciel de demain enfin au-dessus de sa tête

Demain les rêves de ses sommeils feront d’elle
mon Antigone à la croisée des chemins
quand Œdipe
j'y arriverai



Amour fou


Avec toi ce fut l’amour fou
dura six mois
été automne hiver
La Capte rêves sur algues
Tipasa avenirs sur ruines
Paris promesses sur quais

Avec toi ce fut l’amour ravissant
l’amour épuisant
à délices de corps
délires de cœur
dura six mois
été automne hiver
La Capte baisers sur mer
Tipasa caresses sur sable
Paris folies sur berges

Où sont nos émois d’autrefois
dissipés en six mois
Il fait froid sur cette page
il faisait si bon sur la plage
Nos regrets d’été ont mal de baisers
nos tristesses d’automne mal de caresses
nos mélancolies d’hiver mal de folies

Revienne l’éveil du printemps



1er Chant
Éclats cruels du plaisir duel
                   
 
Ils t’ont donné nom de reine
pour qui on fait la guerre
puisqu’on ne sait partager ta couche
jusqu’en Troie qui flamboie
l’un pour t’arracher à Pâris
l’autre pour t’enlever à Ménélas
qu’hélas tu aimas tous deux
toi leur désirée
leur unique.
Hasard fertile
contre toute attente
en ventre stérile
et te voilà
double d’Hélène
froide impérieuse
tenant à distance les soupirants
ô souveraine
vêtue de noir
long manteau que tu m’entr’ouvres
sur la courte jupe rouge
aux cuisses de promise.
Je te remonte.
Grands yeux gris fer soulignés de vert
mystérieux parfois rieurs
bouche ronde pour épouser
salive élégante
la mâle vigueur
et jouir
mouillé raffinement
du corps d’homme
car tu veux tout goûter ô gourmande
te pénétrer ô tranchante.
Voix du profond
à remuer les tréfonds
là où ça vit encore
tapi sous les stupeurs.
Souffle retenu
prêt à se dilater
aux éclats cruels
du plaisir duel.
Chevelure blonde abondante
pour rouler dans la paille des ébats
et tant pis tant mieux
s’il y a dégâts.
Quel amant inventes-tu Hélène
vers quel amour glisses-tu
d’homme désiré en homme repoussé
corps après corps ébauché
à coups de cœur consentant
toi tout émoi ?
Voici de moi
ta première image.
J’érige.
Tu t’ouvres.
Quelle amante conçois-tu Hélène
pour quel amour risques-tu
de femme aspirée en femme refoulée
corps après corps effacé
à coups de cœur angoissé
toi tout effroi ?
Voici de toi
ma première image.
Tu t’ériges.
Je m’ouvre.
 
Désir 1
 
 
avec toi je me sens (inspirer fort)
(expirer fort) sans  toi
 
avec toi je deviens                      
prolifération d’analogies
succession d’annexions
chiens et chats s’insinuent dans mes cris d’amour
je suis miaulements avant  
grognements pendant
mes ongles et mes doigts deviennent griffes et pattes
aux anges je prends leur légèreté
au taureau sa virilité
dans les plis de mes rêves je reconstruis
sans les déformer villes d’orgies clairières de sorcières
sur les draps je me crucifie râlant et bavant
je deviens théâtre de la cruauté
sur ta peau s’ébauchent formes et volumes  nouveaux
mes mains autour de tes seins sur ton ventre
font une procession
je construis de longs itinéraires qui me révèlent
t’édifient
dont les clefs sont l’origine du tracé
nos désirs sans objet
ton vagin sanctifié    sacrifié
tremble sous la pression de ma précipitation
irrépressibles tentations
la peur du sacrilège me tenaille    et me déchaîne
pour toi je galope étalon d’alpages
sans bouger du matelas
toi tu passes vite    comme les hirondelles
faisant siffler l’air à nos oreilles à l’approche de l’orage
assis dans la mousse de ton pubis
je joue avec mon pénis    cadeau et défi
tes yeux m’envahissent    et j’apprends à lire
des rires venus de toi me croisent
aèrent mon corps crispé sous le tien
tes étonnements font naître les miens
dans ma main droite ils se débattent
tes yeux parfois alors se voilent    et
du merveilleux glisse sur ma peau océane
l’angoisse te fait craquer comme le bois
écorce     j’éclate
cuirasse    je cède
à tes mains je me livre pour un feu de joie
pour tes yeux je me délivre de mes grincements de scie
 
(devant L’origine du Monde de Courbet
et
le Nu couché, bras ouverts de Modigliani)
 
 
Désir 2
 
 
Tu sais dire avec des mots de tous les jours                
les délices de ta peau        les blandices de ton âme
tu sais dire avec des phrases sans difficultés
ce que tu sens en surface    ce que tu ressens au profond
ainsi tu m’introduis
dans tes jours et nuits de chatte du bonheur
j’y accède    feulant
comme chat attiré attisé au seuil d’une nuit d’allégresse
des jets d’ombre épaississent ta vérité de vibrante
angoisse de la vie    la mort prépare déjà ses allumettes
mais ton corps est encore d’ici
et tes mots me pénètrent    ils tombent drus et durs
morceaux de ta peau désirante                   délirante
ils tombent dans mon sommeil
flaque stagnante en attente    carrousel tournoyant de rêves libérés
ils tombent          étoiles froides             désorbitées
des couches de tes désirs       lourds et doux
si proches des miens    si lointains
tes mots me pénètrent       mouillés salivés
resurgissent empoussiérés
curetage qui me débarrasse de mes soumissions d’esclave
tes mots se propagent lentement à travers les croûtes de mon être
restes d’autres agressions      d’autres fusions
ils se propagent en sautant d’un étage à l’autre de mon être
montant       descendant           des escaliers en ruines    en projets
débris de bombardements insolents
gravats de contacts bouleversants
par toi en moi je trouve mes dimensions
je découvre mon espace
deux visages penchés sur une rêverie de berceau rose et bleu
je touche à mon présent
nos désirs sans retenue pour donner vie
 
 
2e Chant
Eurydice de rêve pour lyre d’Orphée
 
 
Elle ne fut port
ni havre refuge ou maison
pas même bivouac ou campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle fut flambée d’artifices
une nuit de solstice d’été
cheveux de nuage
un soir de mistral radieux
Elle fut corps de neige fondant au soleil
château de sable effondré par la vague
Elle fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil accueillant
maillot bleu sur parquet ciré
et moi que faisais-je dans ces décors ?
Elle fut mutisme d’enfer confidences d’ange
mépris de grande élans d’enfants
Elle fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle fut source et sel
fiel et miel
devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée
 
et
 
Elle me fut port
havre refuge et maison
bivouac et campement
abri précaire
cahute lacustre
radeau de misère
Elle me fut flambée d’artifices
une nuit de solstice d’été en Crète
cheveux de nuage
un soir de meltèmi radieux
Elle me fut corps de neige fondant au soleil de l’Olympe
château de sable effondré par la vague d’Égée
Elle me fut robe blanche sur lit défait
collant noir dans fauteuil accueillant
maillot bleu sur parquet ciré
et moi que faisais-je dans ces labyrinthes ?
Elle me fut mutisme d’enfer confidences d’ange
mépris de grande élans d’enfants
Elle me fut poignard incisif mouchoir de soie
lame tranchante ouate délicate
Elle me fut source et sel
fiel et miel
me devint cendre et diamant
Eurydice de rêve
pour lyre d’Orphée
 
 
Le grand jeu
 
 
Elle a joué
avec son pull
elle a joué à se mouler
à me dérouter
Elle a joué
avec son jean
elle a joué avec la fermeture éclair
ce n’était pas pour me déplaire
Elle a joué à ouvrir à fermer ses bras
L’amour est facile
certains soirs sans foule
je tire le rideau
et c’est Paris sur ton ventre plein d’émois
Elle a joué à ouvrir à fermer ses cuisses
L’amour est difficile
certains soirs de houle
je tombe les voiles
et c’est Venise sur ton ventre trop lisse
 

10e Chant
Quand vos doigts auront caressé juste
 
Où est la dimension œcuménique dans tes poèmes d’amour ?
demande celui qui croit au salut de l’humanité.
Elle est esquissée dit le poète,
esquivée répond l’autre.
Parce que dire de l’aimée : C’est une fille pour aujourd’hui
où tout nous fait souffrir et rien mourir
c’est esquiver ?
Bien sûr ! dit celui qui croit que la femme est l’avenir de l’homme  
la fille que tu chantes ne porte rien dans ses flancs.
Vois Marie délivrant Jésus pour la Croix.
Parce qu’en dire :                                
Elle va et vient
de toi à moi
pour lui avec nous
sans séparer rien
elle va et vient
ne coupe aucune fleur du monde
les chante toutes
ce n’est pas énoncer qu’elle annonce le temps
des hommes qui mourront rossignols ?
qu’elle ouvre la voix
à toutes les compassions à venir ?
qu’elle donne la parole
au oui d’adhésion à ce qui apparaît ?
Fille d’Aphrodite
sœur de Sappho
ouvre aux grands parcours
nos amours de rêves
loin des labyrinthes
où des Ariane cousues de fil blanc
font mettre à mort
leurs désirs de Minotaure
par des Thésée dominateurs
inventeurs de cités asservies.
Fille d’Aphrodite                       
sœur de Sappho
célèbre la beauté qui dans le monde à tout instant
s’offre à profusion
soulage apaise ce qui s’y fait par cruauté.  
Fille de longs séjours en terres desséchées
reconnais-moi poète
homme de dépossession découvreur de points d’eau
pour que naissent des oasis secrètes
que nichent des migrations discrètes
homme de délivrance annonceur d’âges nouveaux
qui verront des effleurements d’âmes
engendrant des épiphanies de visages.
Poète, je vous le dis frères et sœurs
animés et inanimés
séduisez qui vous aimez
aimez-vous d’amour joué
chantez dansez votre amour avec légèreté.
Vous serez surpris dans vos nuits
par la fraîcheur du bonheur.
Au petit matin dans le monde il y aura
moins de souffrance moins de violence
parce que dans vos draps
vos doigts auront caressé juste
au bord au corps.

La joie à la peau frémissante pourra se lever.
 
– 8 –

Ouvrir des voix
c’est t’aimer parce que tu existes
que tu as été mise en travers de mon chemin
que je peux te regarder jusqu’à ravissement
être souffle coupé par ta beauté
déchiré par l’essentiel détail
ce mouvement d’oiseau de ta main
pour chasser les cheveux de tes yeux
Pour cette douceur-douleur
te respirer te contempler
pour ces émois délicats
qui dis-moi dois-je remercier
Te caresser une fois les cheveux
mettre une fois ma main sur ton épaule
c’est dire ma gratitude
à tous ces hasards qui m’ont conduit jusqu’à toi mon présent
serons-nous de ceux qui purent dire :  
parce que c’était toi ; parce que c’était moi


 
Le premier jour

redis-moi le mot
venu frapper là où cogne ma vie
venu me réveiller au cœur de Paris
perdu au milieu d’autres mots
fusé comme une comète en scintillé
de l’immense toile étirée
redis-moi ce mot
ce sortilège de l’adolescence
qui toujours devant mes yeux danse
comme un merveilleux quiproquo
redis-moi dis
ce mot que tu m’as dit
ce mot d’amour
le premier mot de notre premier jour
14 février 1965
un coup de fouet
comme des embruns
sur mon visage frais
petit pont d’amour
qui durera toujours
près des bouquinistes sur les quais
c’est sur mon visage frais
que la main aimée
timidement t’a dessiné
tu sais le tremblement de mes lèvres
quand ses lèvres si proches
ont chanté le chant du monde
Dis Annie je t’aime
petit pont d’amour notre poème
a jailli du milieu de nos fièvres
et nous avons fait une enfantine ronde
au cœur de Paris quand sonnèrent les cloches
 
– 3 –
 
Quand je la vis
le boléro blanc laissait apparaître un peu de son ventre
plat bronzé
avec un nombril de cliché
Un étonnement me vint comme éveil de printemps
Par l’échancrure du corsage
je vis le début de sa poitrine
lourde déjà de désirs d’enfants
Ma main à s’y poser tremblerait d’une tendre maladresse
Au-dessous des seins commence le cruel espace à caresses
lieu de vacuité et de plénitude
d’angoisse et d’ivresse
                                        de refuge et d’expansion
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
construites solides pour l’accueil des gros chagrins
Cheveux de paille longs frisés
Un mouvement de tête pour dégager les yeux
bleus pâles distillant des voluptés d’écumes
Quelquefois des lunettes
sans doute un peu de myopie pour approches de surface
Lèvres rondes qui se gonflent comme mappemonde
lorsqu’y passe une langue gourmande
Les dents blanches d’une pure carnassière
Des mains de cerfs-volants pour jeux d’altitude sans prises
Des poses musicales
comme si immobile elle dansait
Sait-elle déjà que la pensée est un chant
la vie un sentiment
On a envie de la parcourir
Mais vive elle s’esquive
Algue elle est
très aquatile pour des plaisirs d’effleurements
Quand elle rit
ses rires en mal d’envol sont lourds de l’ambiguïté insondable
qui s’installe en elle les jours d’érotique tristesse
Des confidences enfouies viennent s’enrouer dans sa gorge
Elle saura me les confier lorsqu’insaisissable elle viendra à moi
certains soirs
Elle va et vient
ne coupe aucune fleur du monde
les chante toutes
j’aime qu’elle dédie leur parfum à qui l’émeut
elle se prend de grandes claques en rit et remet ça
C’est une fille odeur à respirer instant à danser
chambre d’échos pour désirs inouïs
une fille pour aujourd’hui
où tout nous fait souffrir et rien mourir
Quand je l’ai vue pour la première fois
une dépression m’a envahi
dont toute la Méditerranée a eu vents
 
Serai-je avec elle un ouvreur de voix
jusqu’à ce jour où l’amour se fera
 
– 4 –
 
D’eau    de feu
ton image en moi
dévastatrice    fondatrice
Afflux d’émois
repères déplacés    défenses emportées
Me voici
plaie    couteau
voie    déviance
jouant aux dés désespérés des mots
pour te plaire    et t’inventer
fables enchanteresses d’Himéropa et Parthénopé
aventures paradoxales d’Alice
au pays de Twideuldie et Twideuldeume
Te résister    te céder
Tristesse    (je balance)    joie
Impossible de tempérer ta beauté
te voir c’est chaque fois
s’élever    tomber
d’éparpillement en plénitude    de complicité en hostilité
d’avidité en satiété    de confidence en silence
d’aridité en fertilité     de proximité en distance
              pouvoir prendre et ne le vouloir    vouloir prendre et ne le pouvoir
                    t’aimer                     
juste au bord
juste au corps
promesse d’infinie détresse
sirène aimée qui chante en moi
me fait dériver
de Charybde    en    Scylla
 
 
– 10 –
 
Je t’aime plurielle
pour ces belles rougeurs quand je surprends tes pudeurs
ces larmes retenues quand je te fais mal à l’âme
légers tremblements et lourds repliements
gestes d’abandon attitudes d’accueil
fermeté des silences imposant le respect de tes secrets
plaisir de la confidence faite en confiance
rires cristallins
et tu te déploies
narines dilatées lèvres gourmandes
seins gonflés cuisses puissantes
mains caressantes cheveux au vent
des étoiles dans le bleu de tes yeux
le ventre rempli de sensations marines
Je t’aime pour nos bonheurs au quotidien
pour nos nuits d’amour
quand je veillerai
sur l’oreiller velouté de ton ventre
pour le blond duvet sur ta peau
beau à regarder au soleil de l’été trop court
courent les gouttes d’eau sur ton corps épris de mer
j’érige
reçois-moi
donne-lui le jour
 

Caresses 1

je sais maintenant les caresses à donner
dans les moments d’amour
mes mains le savent pour quelques instants
ma mémoire pour toujours

il n’y a pas de vérité définitive
en ce qui concerne ton corps

pour couper court à ma hâte d’aimer
il n’y a pas de raccourci
seulement une errance infinie
toujours nomadisant sur les bords

mes mains ont quelquefois trouvé
le chemin de ta peau


 
Caresses 2

pas facile de trouver le chemin d’une peau
que de caresses qu’on croit porteuses d’ivresses
et qui restent sans écho
pas facile de trouver les caresses
que cette peau si douce attend depuis si longtemps
peau marquée par des caresses d’autrefois
non désirées
imposées
que de blessures invisibles
provoquées par des mains d’autrefois
pas facile de trouver les caresses
qui caressent
juste
cette peau violentée
que de caresses en détresse
qui s’échouent
mortes de trop vouloir faire plaisir
seule une main parfois
finit par repérer ces blessures refoulées
et porte soulagement
c’est amour au bout des doigts
un soir
par hasard

 
- 5 -
 
Il est un endroit de toi
le cruel espace à caresses
où errer sans fin ni repos
jusqu’à l’oasis fertile accrochée à hauteur des cuisses
que tu m’as fait découvrir et aimer autrement
C’est quand tu m’en as parlé
parce que tu le sentais bien
et j’ai découvert ton vrai ventre
pas celui que je croyais promis aux caresses infinies
aux repos d’après l’amour
non !
celui qui devenait lieu d’accueil de la mer !
Ah ! ce ventre de fosse marine
pour ponte d’orphies oniriques
ce ventre d’aquarium océanique
pour éclosion de sirènes sibyllines
surtout ne le perds pas !
que si un jour je le caresse
que si un jour j’y repose ma tête
je puisse prendre ce bain de ventre
que tu m’as fait désirer !
Ton ventre réel
ce n’est plus seulement l’espace blanc sous nombril
où je veux m’initier à la patience nomade
c’est ce ventre-mer
où tu veux m’immerger jusqu’à enfantement
 
Élévation

Un jour enfin nous marcherons
le long des rivages tant désirés
héritiers insatisfaits d’un passé loin des côtes
étonnés de nous retrouver face au grand Océan
Avec la montée sur les falaises
nous abandonnerons de vieilles peurs de vieux espoirs
Tu auras renoncé à remonter aux grandes houles de tes origines
à affronter les fables délicieuses de ta généalogie
J’aurai renoncé aux nostalgies de paradis et d’âges d’or
éloigné de toute maîtrise comme de toute servitude
vivant la vie sans hurler à la mort ni aboyer à la lune
Ce sera si simple de prendre
nus un bain d’écumes le matin
Nos corps se dilateront
Notre âme s’enchantera
Quand nous reviendrons au bord
des sourires ensoleillés s’échangeront
Étourdis nous nous découvrirons aimants
En raison nous nous voudrons parfaits amants
donneurs de voix à des enfants de papier
ouvreurs de voies à nos enfants de chair
jusqu’à épuisement de nos jours et de nos nuits

 

La levée
 
Je t’ai connue lumineusement étonnée
et nous avons été emportés par les tourbillons qui soulèvent
jusqu’à la légèreté de l’être
Je t’ai connue farouchement préservée
et nous avons été emportés par les tourbillons qui creusent
jusqu’au malaise de l’âme
Toi que j’accompagne et qui m’accompagnes
franchissons le cap de nos quarante ans ensemble                                         voiles levés
sur nos corps abîmés    sur nos cœurs apaisés
Cultivons l’apprivoisement lent
de nos tourments de vieillissants destinés au mourir
Nos enfants sont grands maintenant
Comme nous ils ont choisi les sentiers
où l’on ne passe qu’un à la fois
que l’on ne trace qu’une fois
Il y faut pour cheminer
l’insolente patience
l’inépuisable confiance
l’amour de sa vie
C’est ce qu’avec eux
nous avons appris à partager
La levée peut avoir lieu
 
La levée a eu lieu
Pas celle des vieux parents
celle du fils brutalement
Quoi s’est joué
du père qui écrivait :
la levée peut avoir lieu
pensant que ce serait la sienne
préférant dire :
la levée peut avoir lieu
plutôt que :
ma levée peut avoir lieu
laissant indéfinie
la levée de qui ?
La mort a donné la réponse
l'impensable réponse
et pourtant
possible réponse
qui laisse sans voix
sans voie
autre que l'errance
jusqu'au temps final
 
Jean-Claude Grosse
La parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré, 2000


La faille  

poème écrit après avoir entendu un texte magnifique dans le film La Faille de Gregory Hoblit (2007); impossible de retrouver l'auteur qui doit être un poète américain.

Devant sa porte

Resteras-tu
Entreras-tu
Qu’as-tu à perdre
A gagner
Le sais-tu
Ou est-ce dés jetés
Si tu restes dehors
Es-tu retenu
Dans ton élan
Par timidité
Ou par pressentiment
Si tu entres
T’abandonnes-tu
A un élan
Sans préméditation
Ou est-ce calcul
De sexe d'effroi
Si tu ressors
Prendras-tu à droite
A gauche
Ou iras-tu tout droit
Si tu entres
Parleras-tu

Te tairas-tu
Ou en silence
Contempleras-tu
L’advenue
L’avenir
Dehors
Courras-tu
Marcheras-tu
Dedans
Seras-tu troublé
Assuré
Iras-tu
Par routes et chemins
Par routes
Ou chemins
Là où on attend
Un train au départ
Un avion à l’arrivée
Une cabine de téléphone
Un banc de square
Un quai de fleuve
Un bord de mer
Une chambre d’hôpital
Un bureau de poste
Cèderas-tu
A la danse
De hanches qui se balancent
A l’aisance
De boucles qui s’emmêlent
Verras-tu là
Nouvelle chance
Hasard sans fard
Te décideras-tu
Enfin
A prendre la main

 

 Jean-Claude Grosse
 

 


Jean-Claude Grosse

 

 
 

 

mon testament amoureux en textures végétales réalisé par Aïdée Bernard; test-amant, test-à-ment, qui dit vrai ?

mon testament amoureux en textures végétales réalisé par Aïdée Bernard; test-amant, test-à-ment, qui dit vrai ?

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