Texte libre

La tentation du désert
 

Les marchands de sable
détestent
prêcher dans le désert.
Que le désert croisse !
Honneur à qui favorise
le désert !
à qui recèle un désert !
 
Prophètes de malheur,
annonceurs d’apocalypses
naissent du  désert.
Brament dans le désert.
Aboulique, la foule.
Boulimiques, les masses.
Venues du Nord,
déferlent par les autoroutes
du soleil.
Maximalisation du Sud.
A l’heure de midi,
le midi brûle.
Le désert croît.
Déserts, les chantiers.
Licenciés, les ouvriers.
Moi, les pieds dans l’eau.
Indifférent au paradis.
 
Prophètes de bonheur,
annonceurs d’âges d’or
surgissent du désert.
Exultent dans le désert.
Mimétique, la foule.
Léthargiques, les masses.
Venues du froid,
s’allongent sur le sable
chaud.
Sieste sous parasol.
A l’heure de midi, il fait nuit.
Le désert croît.
Déserts, les embarcadères.
Désarmés, les rafiots.
Moi, la tête dans les étoiles.
Indifférent à l’enfer.
 
Les assoiffés de pouvoir
déversent sur la foule,
les grandes eaux
de leurs mirages.
Fébriles, les assujettis
fascinés par ces images
qui ne désaltèrent pas.
Qui en appellerait à
la traversée
du désert ?

Sur les plages de sable,
l’indifférence d’aujourd’hui.
Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable,
l’indifférence d’hier.
Dure. Sèche. Érémitique.
 
Du désert, aimer à la folie
le grain de sable
qui enraye la machine,
saboteur de toute folie
des grandeurs.
 
Du désert, garder
le grain de sable,
inaltérable,
ne pas s’attarder
à la dune,
sa répétition en masse,
altérée par
tout vent de sable.

Favoriser le désert
jusqu’au mira (cl ou g) e
de  l’oasis
                  
J.C. Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

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spectacles

Lundi 1 mai 2006
Création du Discours d’investiture
de la Présidente des États-Unis

Cette pièce a été écrite par Roger Lombardot dans le cadre d’une résidence d’auteur de 3 ans au théâtre de Vals-les- Bains en Ardèche : 2005-2006-2007. Le Discours est le 2° volet de cette résidence, après Sarah dont le succès ne se dément pas avec plus de 40 représentations et avant le 3° volet, prévu pour 2007 et qui aura pour thème : l’adoption.
La pièce a été créée au théâtre de Vals-les-Bains du 20 au 23 avril 2006, dans une mise en scène de Roger Lombardot, avec une mise à disposition du théâtre de 3 semaines. Collaboration exemplaire entre la municipalité, l’adjointe à la culture, le service culturel de la ville, la directrice du théâtre et l’auteur-metteur en scène.
J’ai vu le spectacle le samedi 22 avril.
Je n’ai pas faibli une minute : présent, attentif pleinement pendant 1H 15.
La mise en scène comme toujours chez Roger Lombardot est minimaliste ou sobre pour que le texte et son interprétation soient les plus valorisés possibles.
Un banc comme décor, un banc en fer peint en blanc, un banc de jardin public.
Un châle comme accessoire pour occuper les mains de la Présidente et solliciter notre regard sur ses gestes maîtrisés, sa sérénité conjointe à une volonté, une détermination émergeant d’une douceur, d’une bonté gagnées sur la « nature » guerrière de l’homme.
Des lumières construisant les espaces dont la pièce a besoin.
Quelques déplacements de la Présidente, sur le banc, vers le public, et deux séquences en voix-off : celle où Vieux Jim résume ce que l’Histoire lui a appris et le Discours lui-même.
Un grand moment d’émotion musicale : l’ouverture de la V° symphonie de Mahler que Vieux Jim faisait retentir dans sa cabane du Montana pour montrer à Petite, le génie anticipateur des artistes. En l’occurrence comment cette symphonie annonce la tragédie de la 1° guerre mondiale.
On le devine : ce discours est hors normes. La Présidente ne parle pas depuis la Maison Blanche. Elle est assise sur un banc à Manhattan et évoque pour nous, yeux dans les yeux, ce que fut son enfance auprès de ceux qui furent ses grands-parents d’adoption : Jim et Margareta, les plus proches voisins, ce que l’un et l’autre lui ont apporté, comment ses convictions vécues se sont forgées à leur contact quotidien, ce que des mots peuvent engendrer dans l’esprit et le cœur d’une « petite » reconstruisant petit à petit le puzzle, le sens de ce que l’un lui dit sur la violence de l’homme, du guerrier, de ce que l’autre lui fait découvrir sur la nature, sa beauté, sa diversité. Les parents, eux, pionniers en tout, divorcent et détruisent en quelques semaines les efforts de trois générations. À leur façon, ils ont aussi marqué Petite comme ils ont marqué un de ses trois frères engagé au Viêt-Nam pour fuir l’enfer familiail et n’en revenant pas. Il avait 23 ans et Petite ne l’était plus : elle avait ressenti dans sa chair ce que dorénavant elle allait rejeter comme idéologie et pratique de la barbarie, l’idéologie guerrière, idéologie de perdants fondamentalement, à remplacer par de nouveaux rapports entre l’homme et la nature, entre les hommes par la médiation d’une femme, la Présidente du pays le plus puissant, le plus guerrier, un pays se sentant investi d’une mission de civilisation : les États-Unis. Formée par des études de biologie, la Présidente a les arguments permettant de fonder cette nouvelle politique. On pourrait évidemment discuter point par point la philosophie de ce Discours mais il n’est pas mauvais, il est même salutaire d’entendre enfin un discours politique humaniste, ouvrant la voie à une issue pour nous sortir de la barbarie dans laquelle nous nous complaisons depuis des millénaires.
Ces confidences de la Présidente préparent le Discours, lui donnent son épaisseur, ses « justifications » profondes et quand nous l’entendons en voix-off, (ce pourrait être au micro en live et ce serait très impressionnant), sur une lumière de fond de scène de plus en plus bleue, nous savons que ce n’est pas un discours de circonstance sans lendemain mais un discours de survie, essentiel, convaincu et convaincant.
C’est pourquoi Les Cahiers de l’Égaré l’ont offert à Ségolène Royal, même si sur son site n’a pas été accueillie la note critique de grossel sur le premier chapitre de son livre : Le désordre démocratique : premier diagnostic.
La comédienne, interprétant le rôle de la Présidente est d’origine anglaise : Alison Corbett et elle donne à la Présidente la présence forte d’une femme de conviction, irradiant par sa bonté acquise par la souffrance, l’inverse d’une « dame de fer » à la Thatcher.
Ce spectacle sans superflu, traçant sa trajectoire dans l’humanité d’une femme, alerte notre réflexion, mobilise notre énergie, aiguise notre envie d’issue, de sortie du catastrophisme ambiant et généralisé. : il faut puiser dans notre humanité la force de combattre notre inhumanité.
Espérons que ce spectacle rencontrera un écho aussi favorable que Sarah. L’écoute dans la salle le 22 avril fut remarquable, par un public de tous âges. Et les discussions dans le hall après le spectacle montrèrent que Lombardot et son interprète avaient touché juste.
Jean-Claude Grosse, le 1° mai 2006.
Par Jean-Claude Grosse
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Mardi 28 novembre 2006
Contre la télévision/ Enter the ghost
Spectacle vu le 22 novembre au Théâtre Garonne à Toulouse

La Compagnie La Llevantina, installée dans les Pyrénées Orientales, a créé du 15 au 23 novembre 2006 au Théâtre Garonne : Enter the ghost.
Initialement, ce projet devait s’appuyer sur le texte de Pasolini : Contre la télévision, publié aux Solitaires intempestifs.
"À travers ce recueil de textes choisis, présentés et contextualisés, tous inédits en français, on découvre le Pasolini politique « en version originale » : dans toute sa violence verbale mais aussi sa très dérangeante subtilité rhétorique.
Dès les années soixante, c’est Pasolini qui « voit loin » quand il réfléchit sur le pouvoir de la prétendue télévision. Il y voit l’incroyable férocité d’un contrôle totalement intégré par tous ceux qui s’y prêtent, à commencer par ses plus proches amis, les artistes et les intellectuels de gauche.
Peu après mai 68, et renversant sa propre caricature masochiste du vieux poète qui s’est mis du côté des flics prolos contre les étudiants « fils à papa », sa réflexion sur l’extrémisme et le système de passation des valeurs entre générations au temps du capitalisme triomphant prend une valeur universelle."
« Mieux vaut être un ennemi du peuple qu’un ennemi de la réalité. »

Las, les ayant droits de Pasolini refusaient les droits au tout début des répétitions.
Étrange, ce comportement des héritiers d’une œuvre devenue publique, même si elle n’est pas encore dans le domaine public, de refuser que soit posée publiquement la question : sommes-nous les héritiers de Pasolini ? quel héritage nous a laissé Pasolini ?
On m'a dit que j'ai trois idoles: le Christ, Marx et Freud.
Ce ne sont que des formules.
En fait, ma seule idole est la réalité.
Si j'ai choisi d'être cinéaste, en même temps qu'un écrivain,
c'est que plutôt que d'exprimer cette réalité par les symboles
que sont les mots, j'ai préféré le moyen d'expression qu'est
le cinéma, exprimer la réalité par la réalité.
PIER PAOLO PASOLINI
site sur Pasolini (cliquer)

Cette interdiction n’a pas empêché la compagnie de créer un spectacle où le texte et son auteur étaient devenus par la force d’une décision arbitraire, des ghosts, des fantômes, venus hanter la vie et la pensée de quelques vivants : des passeurs comme on aimerait qu’il y en ait plus, c’est-à-dire travaillés par une nécessité.

J’avais déjà vu 3 spectacles de La Llevantina : Aléthéïa, Ouvriers et paysans, Œdipe le tyran. Ce dernier spectacle devait être accueilli à La Maison des Comoni au Revest en avril ou mai 2005 : il a fait partie des 21 contrats que j’ai dû annuler suite à la décision de TPM (Falco, Musso, Paecht, Masson, Joffre, Giraud et autres maires de l’aire toulonnaise) de m’éjecter du Théâtre du Revest, fin 2004.
Cette compagnie et son metteur en scène Marie-José Malis font un travail de création s’appuyant sur une réflexion approfondie de ce que peut signifier : faire du théâtre aujourd’hui, réflexion politique, esthétique, philosophique, et d’une pratique d’acteurs consciente des risques de manipulation du public d’où les bascules entre jeu et non jeu, entre énonciation et profération.
Enter the ghost est un spectacle essentiellement métaphorique, avec des emboîtements de métaphores comme quand par exemple pour « montrer » ce qu’exige comme « outils » le travail de la pensée, sont exhibés, pelle, marteau, rouleau à peinture…, signifiants à plusieurs degrés de lecture, de la dérision au sérieux, du plein au vide.
Il y a une métaphore englobante, me semble-t-il, due au parti pris d’énonciation et non de profération qui nous laisse à la limite entre audible et inaudible, comme si toute énonciation (et même profération) était vouée à être immédiatement absorbée par la vulgarité générale dont la télévision, jamais montrée ni évoquée, est la machine à vulgariser ou plus essentiellement dans la vacuité de tout discours, de tout propos, voué à l’insignifiance parce que voué à disparaître à peine énoncé, parce que vide aussi de pensée comme le souligne la scène relative à une émission de radio, de France-Culture, sur l’état économique du monde et qui est d’une indigence crasse, les noms des spécialistes invités étant dissipés par les éternuements des auditeurs critiques de cette émission.
J’ai vu deux parties dans ce spectacle :
une première partie consacrée aux figures
- de Socrate : Connais-toi toi-même,
- de Jésus : Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés en me sacrifiant pour vous
- et de François d’Assise ne pouvant adopter qu’une posture, celle de l’imitation de Jésus,
partie d’interrogation sur l’identité, sur le réel et la réalité, sur l’acte et non le mot, traitée de façon souvent jubilatoire par le jeu des comédiens jouant  à la face dans une relation d’adresse limite au public, dans une scénographie en désordre, de bric à brac de panneaux, chaises, lit, table, câbles, projecteurs, amplificateurs, radios, magnétophones…, scénographie fermée par un mur en fond de scène avec fenêtres et volets s’ouvrant parfois sur un espace très éclairé, d’une blancheur contrastant avec l’espace de la scène qui par les jeux de lumière nous intègre dans l’espace de jeu. Le dispositif adopté pourrait être une métaphore actuelle du mythe de la caverne de Platon : il y a peut-être une réalité au delà de l’apparence et une vérité au delà de l’opinion, ce dont se moque ou doute le propos du spectacle puisque jamais rien ne vient de cet arrière-fond.
Le jeu des acteurs est un savant mélange de jeu et de non jeu, de temps de travail et de repos, de travail sérieux et de jeux gamins, ne nous laissant que très peu de répit.
une deuxième partie de réflexion sur le monde actuel avec cette mise en abyme d’une émission radio "sérieuse" sur la croissance, hilarante, mais d’où émerge comme des appels au secours : Rilke, Holderlin, Freud et d’autres.
Pour conclure, un spectacle dont on sort content, (on y parle de joie à la fin), qui nous a donné à réfléchir en nous montrant à l’œuvre une humanité anémiée (l'état actuel des gens dans ce monde) mais non dépourvue de ressources pour se ressourcer aux meilleurs des nôtres, aux plus profonds, un spectacle où la dérision n’est pas signe d’impuissance mais prise de distance avec l’insignifiance ambiante et exigeant de nous avec nos « outils » de bricoleur, œuvre féconde et action transformatrice, un spectacle politique donc, le procédé étant parodique. Je signale la présence d'airs d'opéras, échos de notre pouvoir de faire entendre autre chose que la vulgate vulgaire.

« François inaugure une nouvelle définition de la personne. Il imite. Et il imite quoi, ben, le Christ.
Ben oui, il n’imite pas quelque chose de plein, un maître, mais le vide, le vide qui s’est produit quand le dieu s’est écarté de lui-même sur la croix. Vous vous souvenez de l’histoire ? le Père, le Fils… » au début.

« Non pas la référence à des signes et des images garantis, mais le fait qu’on ne puisse se reconnaître dans aucun signe, dans aucune image : voilà ce que ce serait une joie plus ancienne que la paix, et qu’une admirable parabole franciscaine définit comme une demeure – nocturne, patiente, dépaysée – dans la non-reconnaissance. Elle est le ciel parfaitement vide de l’humanité, l’exposition de l‘inapparence comme unique patrie des hommes. » à la fin.
enter the ghost

Par Jean-Claude Grosse
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Mardi 28 novembre 2006
PELLÉAS ET MÉLISANDE
de Maurice Maeterlinck

Cie Hi-Han(Toulon)

Mise en scène: Guillaume Cantillon assisté de Marie Blondel
Scénographie, lumières et montage video: Thierry Vareille
Costumes: Frédéric Rebuffat
Vidéos: Olivier Daquin Marionnette: Stéphane Bault
Univers sonore: Dooks

avec Lucie Chabaudie, Frédéric Garbe, Mathieu Guy, Adrien Ledoux, Laetitia Vitteau


Lors d’une partie de chasse, le prince Golaud se perd dans la forêt et rencontre Mélisande au bord d’une fontaine. Il la prend pour femme, sans rien connaître de son passé. Très vite Pelléas, le jeune frère de Golaud, et Mélisande tombent amoureux l’un de l’autre, d’un amour chaste et innocent, alors que le pays semble agoniser et s’obscurcir à mesure que la vie du père de Pelléas s’éteint dans une chambre du château. Golaud prend conscience du sentiment qui unit les deux jeunes amants, et sombre peu à peu dans la folie.

"Pelléas et Mélisande : un poème tragique à cinq voix : Celles des anciens, qui pressentent et observent le drame. Impuissants. Celles des amants qui se font violence en essayant de tenir leurs sentiments à distance, et se battent contre l’inéluctable. Innocents et inquiets. Et enfin, celle de Golaud, qui traque la vérité et se débat contre sa jalousie et sa férocité. Victime et bourreau à la fois. Maeterlinck s’attache à nous faire entendre "par-dessus les dialogues ordinaires de la raison et des sentiments, le dialogue plus solennel et ininterrompu de l’être et de sa destinée".

Coproduction : Compagnie Hi-Han, Théâtre Europe, Pôle Jeune Public-Maison des Comoni TPM, Théâtre du Cloître (Scène conventionnée de Bellac)
Coréalisation : Made in Cannes, Ville de Toulon, Villa Noailles.
Soutien: Conseil Régional Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Conseil général du Var, Communauté d’Agglomération ToulonProvence Méditerranée, Ville de Toulon.

Pelléas et Mélisande par la Compagnie Hi Han

J’ai vu ce spectacle deux fois, à la générale et à la première, le 28 novembre 2006, au Théâtre Apollinaire à La Seyne.
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D’abord, découverte d’un texte que je ne connaissais que de réputation, au travers des habituels clichés qui nous dispensent de lire ou de voir. Un grand texte, parlant très bien, avec un effet d’insistance dû à la répétition de certains mots et une économie de moyens remarquable, de quelques grands sentiments humains : l’amour, la jalousie, la haine, et du plus craint des moments : celui de la mort, la sienne, celle de ceux ou celles qu’on aime. Et de bien d’autres choses comme le laissent entendre Maeterlinck lui-même ou d’autres:
"Il ne s'agit pas d'exprimer le rationnel et le sentiment lucide qui sont compréhensibles en des mots sûrs et clairs mais ce qui se trouve au-delà de la raison et avant le sentiment, les débuts ternes et confus d'une sensation, tous les phénomènes étranges qui restent tapis sous le seuil de la conscience et ne sont ressentis que comme un gémissement sourd qui sort du dernier abîme de la nature, là où l'esprit ne pénètre pas …"Maurice Maeterlinck
« Pour moi, la pièce de Maeterlinck parle également d’une fatalité. Elle suit l’agonie de Mélisande, vouée à la mort. Plutôt que sur les éléments de l’intrigue – l’amour interdit, la douleur d’un homme qui ne veut pas perdre la femme qu’il aime – j’ai travaillé sur cette idée : Mélisande va mourir maintenant, et le sait. Elle rêve devant la rivière qu’elle doit traverser pour aller de l’autre côté de la vie. Passer de l’autre côté, tout est là. C’est la raison pour laquelle son amour est impossible, et non pas parce que Pelléas est le frère de son mari. La morale n’a rien à voir dans cette tragédie. « Une tragédie. Il y a là, dans la façon de dire la puissance aveugle de la destinée, quelque chose de mythologique. La mort de Mélisande n’est pas une punition. Elle est douce, émouvante, elle est acceptée. Inévitable quoi que fasse Mélisande, quoi qu’on fasse. Pourquoi doit-elle mourir ? On ne le sait pas. Ni qui elle est, ni d’où elle vient, ni comment elle est arrivée. Elle ne le sait pas elle-même. » Jean-Christophe Saïs, metteur en scène d'un Pelléas et Mélisande, créé au Théâtre des Abbesses à Paris en septembre-octobre 2006.
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Un tel texte ne peut qu’attirer une équipe qui s’apprête à vivre car vit-on "vraiment" ( en vérité) quand on est jeune ? C’est le temps des interrogations, des questions et je trouve bien que cette jeune équipe se soit affrontée à ce texte, à ses questions, à ses silences.
Donc Hi Han l’a, en un mois de rude travail, affronté et a réussi à le faire passer avec force, émotion, justesse. J’emploie ces 3 mots avec assurance :
la force naît du contraste entre un jeu très retenu (trop peut-être) dans la plupart des scènes et un jeu d’interprétation dans certaines scènes, pour mieux nous envahir lors des rencontres d’amour ou de haine, quand les corps se mêlent ou s’affrontent, jamais dans l’excès : il n’y en a pas besoin vu le registre général de jeu, travaillé selon une écriture formelle caractéristique de Hi Han depuis Cabaret Toy : positionnement dans l’espace, déplacements, entrées et sorties, gestuelle, énonciation presque narrative ou profération. Sauf scènes mettant en valeur la rencontre, nous ne sommes jamais voyeur d’un affrontement, d’un enlacement. À nous d’imaginer, de mettre en contact ces deux corps, l’un à jardin devant, l’autre à cour, au fond, qui se parlent en nous parlant. Ce code de jeu et ce parti pris se révèlent pour cet objet, vecteurs d’émotion grande, mon 2° mot : je pense à la mort de Pelléas, à celle de Mélisande, toute deux épurées, épures qui nous bouleversent. D’où mon 3° mot, la justesse, comme quand le vieux roi accompagne en mots, ce qu'il ne sait pas être la mort de Mélisande, la mort d’une âme, exigeant de Golaud qu’il baisse de registre dans sa volonté stérile, inhumaine, de connaître la vérité sur la relation entre sa femme Mélisande et son demi-frère Pelléas.

La scénographie qui conditionne la succession des scènes, le passage d'un lieu à un autre, est constituée pour l’essentiel d’un écran sur lequel sont projetées: des vidéos (pour la maladie du père de Pelléas), des images, des ombres et lumières. Autrement dit, c’est un dispositif vertical qui conditionne l’action sur le plateau avec cette trouvaille d’un rond ou d’un carré au sol, rabattement à 90° de ce qu’il y a sur l’écran. Dans une telle scénographie, les lumières sont essentielles et elles sont d’une précision, d’une efficacité bien au service de l’univers de Maeterlinck, un monde en sommeil, à l’agonie, en décomposition, où l’érosion, le travail souterrain de fissures et de failles mine à leur insu les assises, les bases du château, où le destin pèse son poids de plomb, car l'âme est travaillée par les mêmes forces d'érosion, de destruction: il y a une curieuse acceptation du destin chez Pelléas par exemple ou chez Mélisande.
Un travail de grande qualité donc, même si on peut faire quelques réserves (le spectacle aurait besoin de mûrir avec un certain nombre de représentations), qui fait de Hi Han, une des meilleures équipes du Var et qui devrait rayonner bien au-delà. Mais pour construire ce rayonnement, il faut collectivement s'en donner les moyens; ce ne peut pas être le seul travail de la compagnie; il faut une politique culturelle cohérente inscrite dans le temps, mettant en jeu villes, structures, agglomération, département.
Sauf que cette création soutenue par 5 structures et 4 collectivités ne sera jouée que 3 fois.
Il y a là un scandale.
Pourquoi appeler co-production le soutien d’une structure mettant à disposition son lieu pour un temps de travail ?
Correctif: la mise à disposition d'un lieu pendant 3 semaines est une aide, un soutien, non une co-production. D'où la question: n'y a-t-il pas mésusage de certains mots tant chez les compagnies que chez les structures? Les mots: co-production, co-réalisation, pré-achat doivent retrouver leur vraie signification contractuelle et ce pourrait être l'objet d'un débat national organisé par l'ONDA.
Peut-on parler de création quand le spectacle n’est donné qu’une fois, là où se déroule la première et quasi-dernière? Et que la structure accueillante n'a pas les moyens institutionnels et organisationnels (emploi du temps d'une salle municipale dévolue à d'innombrables activités) d'accueillir une série?
Quelle responsabilité du réseau Scènes (réseau de l'aire toulonnaise) dans ce déficit de représentations?
Quelle responsabilité de Châteauvallon qui n'accompagne pas apparemment de compagnies varoises, ne va pas voir leur travail (pour Hi Han et d'autres, c'est sûr) et qui n'accueille pas un tel travail pour une série, ce qui doit être, je suppose, dans les missions de cette structure, dite CNCDC?
Les 4 Saisons du Revest avaient donné à Hi Han d’autres conditions de travail lors de la création de Cabaret Toy, création étalée sur 2 ans avec, la 1° année, la proposition d’une maquette et la 2° année, 1 mois 1/2 de résidence avec 10 représentations.
La politique culturelle de TPM, avec ses pôles, conception technocratique autoritaire de la culture (qui dans son dispositif a oublié la création théâtrale tout public) porte préjudice aux créateurs comme Hi Han qui ne trouvent plus un lieu d’accompagnement comme le fut la Maison des Comoni au Revest du temps où Les 4 Saisons du Revest étaient chargées de soutenir la création et les compagnies émergentes. TPM fait miroiter le pôle théâtral de La Seyne. En attendant, les compagnies varoises se démerdent comme elles peuvent. Toulon fait miroiter le Théâtre de la Place de la Liberté. En attendant, les compagnies toulonnaises se démerdent comme elles peuvent.
Comment est-il possible que les collectivités (région, département, agglo, ville) qui ont mis 26.000 euros en subvention sur cette création n'exigent pas des lieux et des réseaux (Scènes, Var en scènes) plus de responsabilité dans l'usage de l'argent public?
D'où ma conclusion:
Pensez à vous inscrire sur les listes électorales d'ici au 31 décembre 2006. Car les moeurs et pratiques actuelles ne changeront pas avec les politiques en place ici.
2007, 2008 seront peut-être l’occasion de remettre certaines choses à plat, y compris sur le plan de la culture qu’il ne faut plus laisser entre les mains de politiques clientélistes, de quelques technocrates  imbus de leur "pouvoir" ou servilement soumis
(j'en connais comme j'en connais qui sont au service des créateurs, essaient de défendre une conception juste de l'art et de la culture; il y en a qui déjà rient: juste, ça nous rappelle Ségolène!) et d’hypocrites directeurs (pas tous mais beaucoup) ne cherchant qu’à se faire mousser auprès de leurs tutelles, lesquelles ne se soucient pas trop, semble-t-il, des pratiques conduisant à dépenser 26.000 euros d'argent public pour 3 représentations.
Évidemment, mon propos n'a pas pour objectif de rendre la compagnie responsable de cet état de fait. Les compagnies démarchent mais rencontrent rarement une oreille au bout de leur portable  ou un oeil au bout de leur mail. Quant à obtenir un rendez-vous?
Je précise que je ne porte aucun jugement sur ce cas précis; je pose des questions légitimes, en tant que citoyen, sans responsablité élective, institutionnelle, se mêlant de ce qui ne le regarde pas, qui est la seule définition valable du citoyen.
Heureusement, les comédiens touchent quelques euros et quelques cachets
pendant le temps de la création (3; 20 ce serait mieux, mais il faut des dates, des acheteurs-diffuseurs pour qu'il y ait des dates, ce qu'on n'obtient pas avec 3 dates; bref, l'enfer de la culture soumise aux moeurs de ce milieu qui aurait besoin d'un sacré coup de balai, au moins en reprécisant les mots, en revisitant les attitudes et ça, ça demande une volonté collective)  et peuvent ainsi espérer boucler leurs 53 cachets pour se maintenir comme intermittents du spectacle.
Bref, il n’est pas facile aujourd’hui, hormis celles et ceux qui connaissent les ficelles et procédures de ce milieu délétère, d’être artiste avec conviction et nécessité.
Jean-Claude Grosse


PS: Le journal des répétitions de Pelléas et Mélisande, dû à BSK, dessinateur, accompagnant les temps de répétition est disponible: il est d'une acuité et d'une acidité décapantes.

Le Silence
"La parole est du temps, le silence de l'éternité. Il ne faut pas croire que la parole serve jamais aux communications véritables entre les êtres. Les lèvres ou la langue peuvent représenter l'âme de la même manière qu'un chiffre ou un numéro d'ordre représente une peinture de Memlinck, par exemple, mais dès que nous avons vraiment quelque chose à nous dire, nous sommes obligés de nous taire ; et si, dans ces moments, nous résistons aux ordres invisibles et pressants du silence, nous avons fait une perte éternelle que les plus grands trésors de la sagesse humaine ne pourront réparer, car nous avons perdu l'occasion d'écouter une autre âme et de donner un instant d'existence à la nôtre ; et il y a bien des vies où de telles occasions ne se présentent pas deux fois …
Nous ne parlons qu'aux heures où nous ne vivons pas, dans les moments où nous ne voulons pas apercevoir nos frères et où nous nous sentons à une grande distance de la réalité. Et dès que nous parlons, quelque chose nous prévient que des portes divines se ferment quelque part. Aussi sommes-nous très avares du silence, et les plus imprudents d'entre nous ne se taisent pas avec le premier venu. L'instinct des vérités surhumaines que nous possédons tous nous avertit qu'il est dangereux de se taire avec quelqu'un que l'on désire ne pas connaître ou que l'on n'aime point ; car les paroles passent entre les hommes, mais le silence, s'il a eu un moment l'occasion d'être actif, ne s'efface jamais, et la vie véritable, et la seule qui laisse quelque trace, n'est faite que de silence. Souvenez-vous ici, dans ce silence auquel il faut avoir recours encore, afin que lui-même s'explique par lui-même ; et s'il vous est donné de descendre un instant en votre âme jusqu'aux profondeurs habitées par les anges, ce qu'avant tout vous vous rappellerez d'un être aimé profondément, ce n'est les paroles qu'il a dites, ou les gestes qu'il a faits, mais les silences que vous avez vécus ensemble ; car c'est la qualité de ces silences qui seule a révélé la qualité de votre amour et de vos âmes.
Je ne m'approche ici que du silence actif, car il y a un silence passif qui n'est que le reflet du sommeil, de la mort ou de l'inexistence. C'est le silence qui dort ; et tandis qu'il sommeille, il est moins redoutable encore que la parole ; mais une circonstance inattendue peut l'éveiller soudain, et alors c'est son frère, le grand silence actif, qui s'intronise. Soyez en garde. Deux âmes vont s'atteindre, les parois vont céder, des digues vont se rompre, et la vie ordinaire va faire place à une vie où tout devient très grave, où tout est sans défense, où plus rien n'ose rire, où plus rien n'obéit, où plus rien ne s'oublie … Et c'est parce qu'aucun de nous n'ignore cette sombre puissance et ses jeux dangereux que nous avons une peur si profonde du silence. Nous supportons à la rigueur le silence isolé, notre propre silence : mais le silence de plusieurs, le silence multiplié, et surtout le silence d'une foule est un fardeau surnaturel dont les âmes les plus fortes redoutent le poids inexplicable. Nous usons une grande partie de notre vie à rechercher les lieux où le silence ne règne pas. Dès que deux ou trois hommes se rencontrent, ils ne songent qu'à bannir l'invisible ennemi, car combien d'amitiés ordinaires n'ont d'autres fondements que la haine du silence ? Et si, malgré tous les efforts, il réussit à se glisser entre des êtres assemblés, ces êtres tourneront la tête avec inquiétude, du côté solennel des choses que l'on n'aperçoit pas, et puis ils s'en iront bientôt, cédant la place à l'inconnu, et ils s'éviteront à l'avenir, parce qu'ils craignent que la lutte séculaire ne devienne vaine une fois de plus, et que l'un d'eux ne soit de ceux, peut-être, qui ouvrent en secret la porte à l'adversaire."

Maurice Maeterlinck
Le Trésor des humbles, Paris, Mercure de France, 1896
Par Jean-Claude Grosse
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Mardi 16 janvier 2007
Création de Ruth éveillée
auteur: Denis Guénoun
metteur en scène: Hervé Loichemol



J’ai assisté à la rencontre organisée par la médiathèque et le théâtre de Privas avec Denis Guénoun, auteur et Hervé Loichemol, metteur en scène, de Ruth éveillée, le samedi 13 janvier 2007 à 15 h, puis le soir à la dernière représentation du spectacle créé le 9 janvier et dont les représentations se prolongent au Théâtre de Carouge à Genève du 23 janvier au 11 février 2007.
À la médiathèque, 45 personnes ont participé à la rencontre dont l’essentiel a porté sur la commande d’une pièce et pourquoi le choix de Ruth.
Hervé Loichemol a donc commandé avec Elizabeth Macocco, une pièce à Denis Guénoun; c’était plutôt une carte blanche même s’il a avancé des pistes. Quant à Denis Guénoun, il avait déjà travaillé avec Hervé Loichemol (metteur en scène de la Lettre au directeur de théâtre, commande de Dominique Lardenois, éditée par Les Cahiers de l’Égaré).
Trois éléments l’ont conduit de façon fortuite, non délibérée, à Ruth :
- une image, une illustration d’artiste, forte, montrant deux femmes : Ruth et Noémi, brue et belle-mère séparées par un interdit et qui vont le braver, dans un livre sur les femmes dans la Bible, livre pour enfants, lu par sa fille ;
- une conférence demandée par un pasteur protestant à Denis Guénoun sur le livre de Ruth, conférence dont la préparation lui fait découvrir que ce livre est le seul sans péché de toute la Bible, qu’il porte le seul nom non hébraïque de la Bible puisque Ruth est une Mohabite, donc appartenant à une lignée bannie par les Hébreux, en tant qu’engendrée par les relations incestueuses des filles de Loth avec leur père, que sans la rencontre très étonnante de Booz et de Ruth, union interdite en principe, jamais la lignée qui conduit à David et même à Jésus n’aurait vu le jour, Ruth étant donc celle qui permit la continuation de la lignée ;
- le défi que constitue pour un auteur l’écriture d’une pièce où il n’y a pas de méchant, pas de mal donc apparemment sans ressort dramatique (faire du théâtre avec des bons sentiments).
C’est cette conjonction fortuite, mise à l’épreuve de la discussion avec Hervé Loichemol qui va aboutir, un an après, à Ruth éveillée dont le titre renvoie au formidable poème de Victor Hugo : Booz endormi.
La discussion avec le public a été de qualité : ce qui m’a frappé, c’est l’intelligence tant des lecteurs que des spectateurs, public averti c’est-à-dire capable de mettre des mots sur ce qu’il voit, ressent, pense, sachant analyser, repérer les partis pris de la mise en scène, exprimer ses doutes ou désaccords.
La pièce a été éditée par Les Cahiers de l’Égaré avec l’épisode biblique de Ruth dans la traduction qui fut celle dont s’est servi Victor Hugo et bien sûr avec le poème de Victor Hugo : Booz endormi.
Le spectacle dure 1H 20. Il fait parfaitement entendre le texte très poétique, très charnel de Denis Guénoun.
On sort de ce spectacle content, instruit, avec la certitude qu’on a vu un bon, un grand spectacle, avec une distribution remarquable : Ahmed Belbachir (Booz), Anne Durand (Noémi), Nissa Kashani (Ruth), Pierre Byland (le narrateur et toutes autres voix), Ammar (musicien), dans une scénographie qui nous surprend par deux fois, avec ses registres d’émotion et d’humour (dû en particulier au jeu de Pierre Byland, le narrateur, dont le récit est tantôt illustré pléonasmatiquement par le jeu, tantôt légèrement décalé), son rythme dû à la circulation périodique des deux femmes ou de l’une seulement, à la ronde des astres en fond de décor, sa construction (entrée et sortie musicale, ouverture, fermeture du décor), ses suspends (en particulier, le commentaire drôlatique du poème: Booz endormi, par le narrateur pendant que derrière un drap à hauteur d’homme, Booz et Ruth, points de suspension).
Bref, l’histoire de deux femmes, liées et séparées, qui savent que quelque chose va venir, qui s’y préparent jusqu’à l’offrande de Ruth à Booz, sans lequel rien ne serait advenu car c’est lui qui accueille l’étrangère, l’autorise à glaner, interdit à ses serviteurs tout irrespect à son égard, l’achète et l’épouse, rachetant la « faute » des filles de Loth, soucieuses d’assurer une descendance, la guerre ayant décimé les hommes, comme Ruth qui va assurer la descendance des Hébreux.

 
Une histoire sans péché, une histoire d’ouverture et d’offrande, une histoire de femmes puis d’homme qu’en ces temps d’intégrisme, de repli, il est bon d’entendre et de voir.
Faut-il rappeler qu'Hervé Loichemol avait monté à Ferney-Voltaire, un magnifique lieu où il avait ses locaux et sa compagnie, la pièce Mahomet de Voltaire, il y a quelques années et qu'elle n'avait pu être jouée à Genève sur pression des islamistes, alors qu'elle avait été programmée.
Déjà, il y a quelques années aussi, quand je dirigeais la revue Aporie, j'avais été destinataire d'une lettre d'intégristes toulonnais, me demandant d'intervenir auprès de François Mitterrand pour qu'on expurge des Pensées de Pascal, les Pensées 595, 596, 597, 598, 599, 600 et 601 dans Le Livre de Poche, lettre publiée dans le N° 11 d'Aporie,  Le Soleil, 1989, envoyée au Président de la République et au journal Le Monde.

Un spectacle qui devrait tourner, être montré (près de 1000 spectateurs en 5 soirées à Privas). Encore faut-il que des directeurs le voient, que l'ONDA en parle, que les ATP s'en saisissent? Personne n'est venu à Privas. Peut-être iront-ils à Genève: ça fait une belle sortie, frais payés par des fonds publics.


Par Jean-Claude Grosse
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Samedi 3 février 2007
FA’A’AMU
L’enfant adoptif

Texte et mise en scène :

Roger LOMBARDOT
Interprétation :
Victoria REÏNA
Lumières :
Roland BIESSY
Son :
Didier BEAUVALET

Production :
Théâtre d’Aujourd’hui
Coproduction :
Ville de Vals les Bains
Avec le soutien de :
 L’Europe (Leader +)
 Région Rhône-Alpes
 Département de l’Ardèche
Avec l’accompagnement
Du Parc Naturel
des Monts d’Ardèche

CRÉATION :
Théâtre
de Vals les Bains
8 au 11 mars 2007
dans le cadre
de la troisième année
de résidence d’auteur
de Roger Lombardot

LA PIÈCE

Face à sa révolte, une mère révèle à son fils les circonstances de son adoption et lui livre ses pensées les plus intimes, élargissant son propos à la relation qui unit chaque mère, chaque père… à chaque enfant.


EXTRAITS CHOISIS

Autant l’adoption est une opportunité de bonheur, autant elle est un chemin d’angoisses. A tout moment il nous faut réinventer le naturel et rien ni personne ne nous y a préparés… Comment concilier la réalité du sentiment que j’ai pour toi et le fait que tu ne proviennes pas de ma chair. Ai-je les mêmes droits qu’une autre mère… à commencer par celui de te prendre dans mes bras ?

« Quand tu venais me chercher à l’école, j’étais malade de honte. Les autres savaient bien que tu n’étais pas ma mère. Que tu ne pouvais pas être ma mère. Et plus tu cherchais à te distinguer, plus j’avais honte. Tu en faisais trop, on ne voyait que toi. Pendant des années j’ai vécu un cauchemar… »

Je n’oublierai jamais cette image… Tu étais assis par terre, tu jouais avec le train bleu que t’avait offert ton grand-père et, soudain, sans raison, tu as levé la tête, tu m’as souri et… Répète ! Qu’est-ce que tu as dit ?… Tu es parti d’un rire éclatant, comme si tu mesurais toute la portée de ton acte et tu as répété… Maman !…

Tiens ! ça ferait un beau sujet pour le bac de français : Commentez ce propos : « Je n’ai pas choisi de venir au monde. »… J’ai tort de dire qu’il est dénué de sens. Au contraire, il ouvre sur des abîmes de réflexion… Et nous amène à la vraie question… Celle qui préoccupe chacun de nous : Ai-je été désiré ?... A-t-on souhaité que je vienne au monde ?…

D’un côté, j’avais le sentiment d’être victime d’une énorme injustice, de l’autre je me sentais coupable. A tel point que j’en étais venue à perdre tout respect pour moi-même. A me considérer comme infra humaine, une sous-espèce stérile destinée à disparaître sans laisser de traces.


La seule angoisse qu’il me reste et que ta lettre a réveillée porte sur ton sentiment à toi : Et lui… m’a-t-il adoptée ? C’est la question qui n’a cessé de me hanter… Mais ne concerne-t-elle pas tous les parents, adoptifs ou non ?… N’avons-nous pas tous besoin d’être adoptés par nos enfants ?…

Regarde !… comme il est beau. Tu vois, il se réveille. Bientôt, il te sourira. Il sait déjà que tu es sa mère… sa nouvelle mère… sa mère du cœur… Les enfants comprennent tout…

J’ai découvert à travers toi la richesse que représente un enfant… Et peut-être parce que tu n’es pas venu à moi de manière naturelle j’ai pu mesurer en t’observant à quel point la vie humaine est un miracle. Tu m’a apporté ce à quoi je n’avais pu encore accéder… le sens. J’ai compris qu’un enfant n’est pas là pour nous prolonger, mais pour nous apprendre à naître… qu’il est en fait notre véritable géniteur… Grâce à toi, rien n’aura été plus fertile que ma stérilité.



Écrite au printemps 2006, parue aux éditions Les Cahiers de l’Egaré en décembre 2006, Fa’a’amu est la huitième pièce d’un cycle de 9 pièces pour actrice unique. Elle fait suite à Requiem, Shéhérazade, Lettre à l’enfant, Une Vie, La Rose, Sarah, Discours d’investiture de la Présidente des Etats-Unis. S’inspirant de la tradition du théâtre primitif grec, chaque pièce aborde un sujet de société sous l’angle d’un vécu humain particulier de sorte que l’intime se mêle à l’universel.
Par Jean-Claude Grosse
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Lundi 30 avril 2007
Voyage par La fabrique Imaginaire



J’ai vu tous les spectacles de La Fabrique Imaginaire, d’Ève Bonfanti et Yves Hunstadt : La tragédie comique, Du vent et des fantômes, Au bord de l’eau et maintenant Voyage.
En général plusieurs fois, à des moments différents parce que leur méthode de travail est progressive, intégrant le temps, le présent, l’aléatoire, la vie, leur vie comme cette histoire de 3 chambres pour 5 personnes ouvrant à de multiples répartitions...
Cette fabrique imaginaire est bien réelle aussi : un spectacle se met en place sur 2 à 4 ans pour ensuite tourner, évoluer pendant 5 à 7 ans. Soit 4 spectacles en 20 ans, un rapport au temps qui prend son temps ce qui n'est pas le cas de la plupart des productions, des créations. Cela suppose d'avoir tissé des liens solides de fidélité artistique et d'amitié avec les structures culturelles accompagnatrices.  Les complices Éve Bonfanti et Yves Hunstadt sont des faiseurs de théâtre avec 3 francs et 6 sous, exigeants et inventifs et d'une compagnie drôle et attachante.
Pour toutes ces raisons, en mai 2004, La Fabrique Imaginaire aurait dû faire une résidence de 15 jours à la Maison des Comoni au Revest après avoir présenté Du vent et des fantômes, Au bord de l’eau. Cette résidence aurait lancé Voyage.
La communauté d’agglomération Toulon-Provence-Méditerranée a annulé cette séquence, cette présence, privant le public d’un travail que les directeurs de théâtre s’arrache. À la place, fut programmé un pitoyable spectacle: La femme du boulanger, par une compagnie trop aidée en Région PACA.
Il restera quand même quelque trace de ce désir de collaboration avec l’édition par Les Cahiers de l’Égaré du texte et des photos de Voyage.
J’ai donc vu la version présentée au Théâtre de la Balsamine à Bruxelles, les 25-26 et 27 avril 2007. Voyage y est programmé depuis le 24 avril et jusqu'au 19 mai 2007. J’ai vu 3 salles pleines.
Entre ma 1° représentation et la 3°, quelques changements, par exemple, l’intégration au spectacle du professeur auquel s’adresse le généticien lors du symposium au Palais de la musique à Barcelone ou lors de ma 1° représentation, le coup du trou de mémoire de la sexologue dont je n’ai su dire s’il était réel ou joué.
Donc Voyage est un spectacle commençant par une adresse sur le temps : est-on en retard, en avance sur l’heure annoncée ?
Acteurs et personnages tantôt se confondent, tantôt se séparent.
Jeu et non-jeu alternent.
Rêve et réalité se confondent ou se distinguent.
Les temps s’entremêlent : parfois l’histoire dite précède l’action réelle sur le plateau, genre la question: les lettres de l'alphabet de l'ADN sont-elles inscrites sur les barreaux? ou l’action est ensuite confirmée par une question, genre : est-ce que je ne vous ai pas rencontrée à Bruxelles où je vais donner une conférence dans 8 jours.
Les personnages sont :
une actrice qui a eu un accident dont on ne sait les effets qu’il a provoqués : mort, coma, à une question, elle répond : moi ça va, je me sens très bien, a-t-on rêvé ?
un technicien, musicien qui arrive peut-être du Québec pour un enregistrement en studio et qui est le nouveau voisin de palier de la comédienne qui sera aussi hôtesse de l’air et fille de sa mère
un généticien qui lors de deux interventions est coupé par des personnages assis au milieu des spectateurs
une sexologue dont les intrusions dans le monde du généticien et dans notre monde de spectateurs sont ravageuses (rires garantis)
un pilote, commandant de bord d’un avion tentant d’atterrir à Barcelone, nous étant les passagers de cet avion
une musicienne, mère de l’hôtesse-comédienne, jouée par la fille de la comédienne.
Comme on le devine, les repères sont flous, les histoires s’emmêlent, se démêlent, s’en mêlent, se démènent, les espaces interfèrent.
De cet imbroglio, on sort interpellé, on l’est par la sexologue qui nous invite à imaginer les scénarios possibles entre nous tous, réflexion complétée par celle du généticien sur les scénarios vraisemblables, invraisemblables, vrais, faux, confirmés ou invalidés par la réalité et par toutes les pistes fausses ou hypothétiques lancées par les autres personnages.
Scène et salle sont étroitement mêlées par la présence des personnages parmi nous, changeant de place selon les situations : sur scène, dans l’avion, sur un palier…
Le plateau est certes utilisé mais il l’est finalement assez peu ce qui donne une grande intensité, aux moments de jeu sur le plateau, une grande vérité, aux moments de jeu en salle. Les lumières construisent les espaces, nous y intégrant pleinement ou nous en estompant... Les costumes semblent sortis de l'ordinaire vestimentaire des comédiens ou des personnages. Les accessoires se réduisent à un tabouret, un téléphone portable (favorisant la confusion possible entre vrai-faux, réel-jeu), une paire de chaussures, un drap blanc dont l'arrivée intempestive au ras du sol jusqu'à sa mise en place verticale est un "évènement".
Pour conclure, un spectacle bien servi par des comédiens dont le naturel nous ravit, un spectacle rempli d’émotions, de rires, de réflexions sur ce qui nous fait et défait : le temps. Un spectacle fluide, prenant des risques comme cette tentative d’inscrire un discours réel adressé au public, sur un fond d’applaudissements et gloussements d’un public enregistré : une performance puisque le public réel réagit en communion avec le public fictif.
Un spectacle qui prend la science au sérieux, il s’en nourrit, et nous restitue sous forme sensible, poétique quelques considérations des avancées sur la génétique, le cerveau, la conscience, la sexualité, le plaisir…

Avec
Eve Bonfanti, Lola Bonfanti,
Katia Ponomareva, Yves Hunstad,
Etienne Van der Belen, Valère Le Dourner

Conception et réalisation Eve Bonfanti et Yves Hunstad
Musiques originales Lola Bonfanti
Direction technique et régie Valère Le Dourner
Déléguée de production Sylviane Evrard

Production : La Fabrique Imaginaire
Coproduction : Théâtre de la Balsamine - Bruxelles, Groupe des 20 Théâtres en Ile de France

Partenaires de création : l’Espace Jules Verne de Brétigny-sur-Orge, Théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi, l’Hexagone de Meylan, Centre Culturel de Dinant, des Théatrales Charles Dullin, Théâtre Jean Vilar de Suresnes, Théâtre du Pays de Morlaix.

Avec l’aide du Ministère de la Communauté française de Belgique-service du Théâtre et du Service de la Promotion des Lettres.

LES ÉTAPES DE "VOYAGE"

Première résidence d'écriture et présentation le 30 novembre 2004 au Théâtre de Rungis (Île-de-France) devant le Groupe des 20 Île-de-France.
Deuxième résidence d'écriture le 28 février à Bourgoin Jallieu (Rhône-Alpes) devant le Groupe des 20 Rhône-Alpes.
Troisième résidence d'écriture avec présentation le 8 mars 2005 à l'Espace Jules Verne de Bretigny-sur-Orge (Île-de-France), devant le public du théâtre.
Quatrième résidence d'écriture : trois semaines en Corrèze en vue de la présentation du 8 novembre 2005 à Choisy-le-Roi (Île de France) devant le groupe des 20 et d'autres producteurs de théâtre.
Présentation publique le lundi 14 novembre 2005 à l'Hexagone de Meylan (Rhône-Alpes).
Cinquième résidence : dix jours à Dinant (Belgique) en partenariat avec le Centre culturel régional. Présentation publique le jeudi 12 janvier 2006.
Présentation publique le vendredi 10 mars 2006 au Théâtre-Cinéma de Choisy-le-Roi (Île-de-France).
Présentation publique le jeudi 27 avril 2006 au Théâtre Jean Vilar de Suresnes (Île-de-France).





Par Jean-Claude Grosse
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Lundi 11 juin 2007
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Vidéo d'une lecture au Clos Mayol, un lieu chargé d'histoire à Toulon, avec le théâtre privé de Félix Mayol, le chanteur et fantaisiste à la houpette, interprète de Viens poupoule viens; Cousine, cousine.
Promenade à l'extérieur au milieu des herbes folles, le tout à l'abandon, sur deux chansons de Dasha-Vörse: Dans ta ville, il n'y a pas de place pour toi et Bye, bye (album: Exillusia)
Lecture par Sylvie di Roma (auteur et comédienne) d'une pièce courte et poétique sur les cadences en entreprise. C'était le 9 juin 2007 vers 19 H 30.



Par Jean-Claude Grosse
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Mardi 3 juillet 2007
Peut-on faire apprécier un travail d'expression combinant jeu d'acteurs, musiques, lumières, paroles et silences, corps et absences par un montage vidéo ?

C'est le pari fait ici à partir du spectacle:
Mon pays c'est la vie
À nouveau, fragments 1

créé à La Maison des Comoni au Revest en mai 2004
par L'Ensemble À Nouveau
mis en scène par Katia Ponomareva
dont on peut voir sur ce blog des vidéos de son dernier spectacle créé en mars 2007
Rien ne sera plus jamais comme avant
À nouveau, fragments 2




Tango

envoyé par grossel


Par Jean-Claude Grosse
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Mardi 3 juillet 2007
(C'est possible) ça va
ou l'un de nous est en trop

est le dernier spectacle de Cyril Grosse (1971-2001)
présenté ici non par nostalgie mais pour la qualité du spectacle et du film qui l'a saisi
CYRIL.JPG créé en octobre 2000
au Molodiojny Theatr'
à Oulan-Oudé en Sibérie,
après répétitions au lac Baïkal, à Baklany,
(cliquer sur la photo)
MEMORIAL.JPG puis présenté au Centre Vissotski à Moscou,
au Théâtre de La Passerelle à Gap,
à La Maison des Comoni au Revest,
à Gare au Théâtre à Vitry.
Réalisation franco-russe avec 12 comédiens,
2 compagnies:
L'Insolite Traversée
Le Molodiojny Theatr',
2 langues: russe et français,
ce spectacle a été filmé par un vidéaste russe, Vladislav Kostine.
Ce n'est que 6 ans après que Les 4 Saisons du Revest,
co-producteurs du spectacle,
ont pu retrouver le film,
tourné à La Maison des Comoni,
le 25 octobre 2000,
pour les 60 ans de grossel.
Merci à Ivan.
Deux versions sont mises en ligne, l'une sur ce blog, l'autre sur le blog des 4 Saisons du Revest.
Ces deux versions filmées sous deux angles différents permettent d'apprécier ce spectacle dans toute sa légèreté, sa densité, sa nostalgie.
À voir dans l'ordre ou le désordre des vidéos.


Par Jean-Claude Grosse
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Vendredi 28 septembre 2007
Création de La lutte des places
en mai 2007 à Novosibirsk

Jana et Robert Prosperini, elle, présidente de l'IDEC, lui, président de FranCEIRus et de l'ARAPEN m’avaient demandé à l’été 2005 d’organiser l’accueil artistique en Avignon de professeurs venus de toute la Russie et enseignant là-bas le Français.

Bien agréable mission.
L’expérience ayant été concluante, une pérennisation est envisagée.
Un premier jalon a été posé cet été à Hyères pour ces futures rencontres sur théâtre et pédagogie, s’adressant à des professeurs russes, se déroulant en Avignon pendant 5 jours au moment du festival, rencontres appelées Rencontres Cyril Grosse, bel hommage à quelqu’un pour qui la Russie a beaucoup compté (il y créa son dernier spectacle: C'est possible, ça va; vidéos visibles sur ce blog) et qu’il a découverte grâce à sa sœur Katia qui l’avait précédé de quelques années en Sibérie où elle avait fait une formation de 6 mois à Oulan-Oudé, découvrant entre autres, Olga, comédienne qu’elle a engagé dans ses deux créations : Mon pays c’est la vie et Rien ne sera plus jamais comme avant (vidéos visibles sur ce blog)

Lors de l’accueil 2005, j’avais donné pas mal de pièces éditées par Les Cahiers de l’Égaré dont les deux que j’ai écrites : La lutte des places et La vie en jeu. Pièces jamais créées en France malgré un intense travail en direction des théâtres et compagnies. De lassitude et ayant compris ce qu’est ce milieu, j’ai renoncé à démarcher.
Quelle surprise par suite de recevoir à Hyères, 2 ans après, un DVD de leur création à Novossibirsk, en mai 2007.

La lutte des places fut écrite entre 1978 et 1983, publiée en 1997 aux Cahiers de l'Égaré. Aurais-je imaginé un jour qu'elle serait créée en Russie, en Sibérie, après mes infructueuses démarches en France ?
Voici une critique d'amaury sur zazieweb datant du 01/02/06:

Ces deux oeuvres m'ont été envoyées par grossel, zazienaute, à la suite d'une discussion très intéressante au sujet du festival d'Avignon. Cela tombe bien, ce livre m'est comme une initiation poussée au théâtre contemporain que je connais peu et dont je pouvais avoir une opinion caricaturale. En lisant ces pièces, on ne peut s'empêcher de se dire que l'auteur a lu Guy Debord et les situationnistes, ou qu'il s'en est rapproché par sa réflexion personnelle. Bien sûr, maintenant tout le monde prétend avoir lu "la société du spectacle" et la plupart ne retiennent que la critique des médias en oubliant la remise en cause radicale de la société capitaliste moderne.
La "lutte des places", écrite entre 1978 et 1983, montre sur scène l'affrontement entre les esprits nomades mené par Yakali qui est monsieur Loyal à ses heures de la société du spectacle. Chacun donne son avis sur le monde tel qu'il va en attendant un changement radical. Les "fous" et les prisonniers finissent par être libérés et la conscience progresse enfin. J'aime beaucoup cette première pièce car elle me rappelle mon adolescence qui correspond aussi à la fin des illusions de l'après 68, à la fin des utopies. Nous étions libres et nous ne le savions pas. Nous "rêvions d'un autre monde", et on ne l'ose plus. "La lutte des places" montre que, justement, il ne faut pas à hésiter à remettre en cause les certitudes et rêver d'un changement radical alors que la majorité des jeunes et des moins jeunes actuellement fantasment sur des sinécures de "ronds-de-cuir".
"Le libre jeu" a été écrit entre l'été 1992 et le printemps 1995 au centre national des écritures du spectacle à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon. Cela montre bien d'ailleurs que l'État a encore un rôle de mécène important à jouer quant à la culture si son action permet la création de nouvelles oeuvres comme celle-ci qui n'a rien d'un happening bâclé. Cette pièce est, me semble-t-il, plus pessimiste que la première, bien que toute espérance n'en soit pas complètement absente. On y suit les tribulations d'une famille moderne, sur trois générations ce qui permet d'aborder plusieurs réflexions dont la mixité sociale et ethnique, les différences de générations. La figure m'ayant le plus touché est celle de l'enfant, qui symbolise l'avenir. C'est un enfant très sage fasciné par la violence, un enfant qui ne semble plus rêver. La pièce finit sur lui et l'on s'inquiète de ce qu'il va devenir...


À quelques mois du 40° anniversaire de mai 68, et au vu de la situation actuelle, je trouve le cadeau fait par ces étudiantes et étudiants plein de justesse dans leur jeu, d'une acuité étonnante.

N'est-ce pas Euripide qui fait dire à la fin d'une de ses pièces que:

l'attendu ne s'accomplit jamais;
à l'inattendu, un dieu ouvre la voie.

Évidemment, d’autres pièces ont été distribuées en juillet 2007, pièces à nombreux personnages. Une ou plusieurs d’entre elles seront créées à Novossibirsk en mai 2008 et j’assisterai à leur création.
C’est grâce à l’enthousiasme d’Anna Léontiéva, professeur à l’université de Novossibirsk, que ce travail se développe.

Ce qui m’a frappé en regardant plusieurs fois ce DVD, c’est l’intelligence du texte manifesté par ces jeunes, leur plaisir à jouer et la qualité de leur jeu, les partis pris modernes de mise en scène (les acteurs circulent dans les rôles par exemple).
Ces étudiants sont seulement en 2° année de Français.

Anna Léontiéva m’a demandé à Hyères pourquoi je m’intéressais à la Russie.
Outre que nos enfants par leurs prénoms russes nous ont amené la Russie dans la maison, outre que mon militantisme pendant des années au PCI m’a amené à m’intéresser au communisme, au stalinisme, au trotskisme, il me semble depuis longtemps que la littérature russe est une des plus riches du monde avec des géants, que le théâtre russe, le cinéma russe y compris soviétique, au moins au début, que la musique russe, que nombre de réalisations russes y compris soviétiques montrent que la Russie est un grand pays et les Russes, un grand peuple et qu'on devrait avoir davantage de relations avec ce pays et ce peuple de grande culture.
J'ai découvert en lisant le dernier Journal étrange de Marcel Conche que lors de la campagne de Russie, le commandant en chef des armées russes, Koutouzov, n'avait pas cherché à faire prisonnier Napoléon, pourtant envahisseur de son pays dont il savait que le général Hiver aurait raison, parce qu'il n'avait pas confondu Napoléon et la France, que son amour de la France, (il donnait ses ordres en français), alliée naturelle de la Russie, avait été plus fort que la haine de l'empereur Alexandre pour le petit Corse.
Et je persiste à penser que nos élites ont tort de se subordonner à l’ami américain qui ne nous veut pas du bien contrairement à tout ce qui se dit. Disant cela, il me faut préciser que je désigne au moins les néo-conservateurs au pouvoir.
En ce qui me concerne, je pense qu’il y a beaucoup à faire avec la Russie et à ma façon, j’y contribue, avec d’autres.



Par Jean-Claude Grosse
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