Texte libre

La tentation du désert
 

Les marchands de sable
détestent
prêcher dans le désert.
Que le désert croisse !
Honneur à qui favorise
le désert !
à qui recèle un désert !
 
Prophètes de malheur,
annonceurs d’apocalypses
naissent du  désert.
Brament dans le désert.
Aboulique, la foule.
Boulimiques, les masses.
Venues du Nord,
déferlent par les autoroutes
du soleil.
Maximalisation du Sud.
A l’heure de midi,
le midi brûle.
Le désert croît.
Déserts, les chantiers.
Licenciés, les ouvriers.
Moi, les pieds dans l’eau.
Indifférent au paradis.
 
Prophètes de bonheur,
annonceurs d’âges d’or
surgissent du désert.
Exultent dans le désert.
Mimétique, la foule.
Léthargiques, les masses.
Venues du froid,
s’allongent sur le sable
chaud.
Sieste sous parasol.
A l’heure de midi, il fait nuit.
Le désert croît.
Déserts, les embarcadères.
Désarmés, les rafiots.
Moi, la tête dans les étoiles.
Indifférent à l’enfer.
 
Les assoiffés de pouvoir
déversent sur la foule,
les grandes eaux
de leurs mirages.
Fébriles, les assujettis
fascinés par ces images
qui ne désaltèrent pas.
Qui en appellerait à
la traversée
du désert ?

Sur les plages de sable,
l’indifférence d’aujourd’hui.
Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable,
l’indifférence d’hier.
Dure. Sèche. Érémitique.
 
Du désert, aimer à la folie
le grain de sable
qui enraye la machine,
saboteur de toute folie
des grandeurs.
 
Du désert, garder
le grain de sable,
inaltérable,
ne pas s’attarder
à la dune,
sa répétition en masse,
altérée par
tout vent de sable.

Favoriser le désert
jusqu’au mira (cl ou g) e
de  l’oasis
                  
J.C. Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

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Vendredi 22 septembre 2006
SUR LE DROIT D'AUTEUR
CONDORCET ou BEAUMARCHAIS ?


Parole libre, pas dans l'air du temps
J’ai lu le compte-rendu : Parole libre, des Écrivains Associés de Théâtre.
Je tiens à exprimer mon désaccord avec beaucoup de choses dites, d’actions proposées, même si je suis d’accord avec certaines analyses sur les crapuleries des metteurs en scène signant de fausses traductions ou de vraies adaptations leur permettant de toucher des droits sur des morts, sur les responsabilités des directeurs irresponsables de théâtre, non-lecteurs de théâtre contemporain mais quand je lis des expressions comme rapports de force, lobbying, prise de lieux prestigieux ou intermédiaires , syndicat… alors je me dis : les EAT sont mal barrés.
C’est un discours revanchard, guerrier, offensif, pour se faire reconnaître, se faire une place au soleil et cela m’insupporte car indigne pour moi de ce qu’est un écrivain, quelqu’un qui comme dit Flaubert « ne doit pas plus apparaître dans son œuvre que dieu dans sa nature. L’homme n’est rien. L’œuvre, tout ! » Ce que j’entends comme question sous-jacente dans Parole libre, c’est : comment nous y prendre pour vivre de notre travail d’auteur ?
Si c’est cela la motivation première, alors oui, on est mal barré.
Pas mal d’auteurs d’abord ont déjà réussi à se mettre en cheville ouvrière ou pas avec des théâtres ou savent utiliser toutes les ressources des aides diverses, des bourses, des résidences, des commandes, des ateliers d’écriture. Le système actuel offre plein de possibilités pour arrondir les fins de mois, pour voyager et écrire en vagabondant et autres mystifications. Les malins profitent déjà du système.
Ensuite, si on obtenait le pouvoir dans les théâtres, chez les éditeurs, dans les médias par un travail de modification du rapport de forces, je ne suis pas sûr que le théâtre se porterait mieux, que les mœurs y seraient plus correctes : les petits requins sont aussi prédateurs que les gros parce que petit veut devenir gros et a les mêmes pulsions, le même appétit de pouvoir que gros.
Vouloir vivre de son écriture, c’est paradoxalement s’éloigner de la mission, de la vocation de l’écrivain.
Choyé par les princes, pourquoi irait-il mettre en question leur pouvoir ?
Pour écrire l’homme et le monde, il faut une souffrance réelle, pas une souffrance imaginée, une souffrance de sympathie, d’empathie. Je ne crois pas que de bonnes résidences, de bonnes conditions matérielles d’écriture puissent donner de grandes œuvres.
Nous sommes 320 aux EAT. Notre projet est-il que 320 ou moins vivent de leur plume automatisée? Ou allons-nous nous demander comment dire l'homme et le monde d'aujourd'hui, en tenant compte de ce que beaucoup de gens pensent, sans préjugé mais parce qu'ils vont au théâtre, comme Thibaudat? Y a-t-il parmi nous un grand auteur ? Je n’en sais rien. Ce qui me paraît important, c’est qu’on écrive, du nécessaire pour nous, qui aura peut-être des chances de l’être pour quelques autres et s’il y a une œuvre essentielle, elle finira par être reconnue, après la mort de l’auteur.
Pour ma part, je ne revendique aucun titre d’écrivain, aucune reconnaissance. Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit en trouvant le temps, à côté du temps de travail, du temps familial : il y avait peut-être une nécessité et c’est cette nécessité qui disparaît si on est dans la reconnaissance, dans la recherche de la reconnaissance et de la rémunération.
Par contre, je crois qu’il est important d’écrire, de lire, de faire écrire et dire par d’autres que nous, avec notre aide, d’entendre des textes et pour cela, nul besoin de gros moyens : je revendique depuis toujours, la gratuité pour ce que les auteurs proposent. Pas de droits d’auteurs : trop d’œuvres sont du copier-coller, et c’est normal : il y a un créateur, un génie tous les deux, trois siècles. Et en général, il n’est pas reconnu de son vivant. Les œuvres de l’esprit n’appartiennent à personne.
Pendant très longtemps, depuis les peintures pariétales, (le fait de marginaux se cachant dans les grottes parce que préférant rêver leurs bisons plutôt que chasser de vrais bisons, artistes parce qu’ils ne pouvaient s’en empêcher comme le dit G.B.Shaw), les œuvres n’ont pas été signées. C’est un phénomène récent dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui encore, on trouve normal que les recherches sur le génome ou sur le noyau n’appartiennent à personne mais à l’humanité. Je sais que malheureusement les USA essaient de s'approprier à coups de brevets les formules de tout un tas de plantes venues d'ailleurs.
Et contradictoirement, on veut que les créateurs-copieurs-colleurs (nous puisons tous dans l’air du temps, les idées dans le vent, les faits divers ou de société, dans l’histoire, les mythes… et il faudrait rémunérer la petite astuce, la petite trouvaille, souvent piquée à un ancêtre ou à un pas connu ? reste peut-être la petite musique de l’écriture mais il n’y a pas moins de faussaires chez les auteurs que chez les metteurs en scène) soient propriétaires de leur œuvre.
Condorcet s’opposait à Beaumarchais sur cette question du droit d’auteur. Pour moi, c’est la voie de Condorcet qui est la bonne.
Ce qui se passe en musique avec le i-pod, le MP3 est extrêmement intéressant : voilà une technique qui permet de démocratiser et bien sûr, majors et ministre et SACD et SACEM mais pas ADAMI et SPEDIDAM, essaient de légiférer contre cette nouvelle liberté. Toutes les radios font du potcast aujourd’hui : internet, ce n’est plus seulement de l’écrit ou de l’image, c’est de la voix, de la musique. Et même s’il y a des menaces sur internet, il y a là un espace d’expression, de liberté (même surveillée) qui dépasse en extension tout ce que le papier, le spectacle vivant permettent.
Internet, c’est quasiment la gratuité, c’est une individualisation possible sans précédent. M’étant mis à cet objet le 12 septembre 2005 et faisant vivre maintenant 3 blogs, je m’aperçois que j’ai déjà dépassé la fréquentation que j’avais à l’année quand je dirigeais le théâtre du Revest. Directeur de théâtre, je coûtais assez cher à la collectivité (pas moi, j’ai été bénévole pendant 22 ans) parce que programmer de la qualité, du risque demande des moyens et malgré des tarifs d’entrée attractifs, des actions artistiques et culturelles, des agoras, j’étais régulièrement déçu des résultats, pas toujours mais souvent : spectacle vivant = pratique très minoritaire.
Internaute, je ne coûte pas un sou, je ne rentre pas un sou, vient qui veut, commente qui veut, pas de comptes à rendre à des tutelles opposées dans leurs attentes et leurs objectifs, à des hommes politiques clientélistes car allez conquérir des théâtres municipaux : vous n’y serez pas les maîtres car les hommes politiques comprennent vite le bénéfice d’image qu’ils peuvent retirer d’une culture racoleuse.
Donc, aujourd’hui, je cherche:
- à utiliser internet pour que, outre mon expression, d’autres s’expriment ; on sait trop que la non-pratique de l’expression écrite favorise la violence : mettre des mots rend supportable l’injustice, aide à vivre et à combattre avec raison, intelligence, ruse…
- à faciliter l’écriture de bien d’autres que moi, y compris de jeunes des cités (le nord)
à contribuer à élever éventuellement le niveau de pensée et d’expression de ceux avec qui je dialogue. Je pense en particulier à mes contributions sur un forum de jeunes rappeurs du nord : La cave du savoir sur le site : http://www.axiomfirst.com
Je n’ai aucune difficulté à dire des choses qui vont déplaire parce que j’ai prouvé que je voulais et savais défendre des auteurs vivants:
- comme éditeur des Cahiers de l’Égaré
- comme organisateur de résidences d’écriture (Guénoun, Picq, Stétié,…) et de création (85 créations, pour la plupart de jeunes compagnies, entre mars 1983 et fin 2004)
- comme organisateur d’agoras depuis octobre 1995.

Les EAT ont d’après moi autre chose à faire que défendre un bout de gras, un morceau de gâteau mais il faut d’abord de la générosité, de la gratuité.

Jean-Claude Grosse, le 16 février 2006


Par Jean-Claude Grosse
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Samedi 20 janvier 2007
Art et culture
radiographie de jour

Les articles vieillissent plus ou moins bien. Celui qui suit date de mars 1998.


Art et culture

Formulé ainsi, le sujet proposé demande qu’on essaie de définir les deux termes : “art” et “culture”, et qu’on étudie leurs relations.
I - Je commencerai par la notion de “culture”.
Etat des lieux :
- Domination de la “culture” made in USA and Japan : produits culturels comme marchandises à vendre à des consommateurs culturels — 3 vecteurs essentiels : cinémas, musiques, télés et ordinateurs avec leurs déclinaisons vestimentaires, alimentaires mais aussi idéologiques ; ce qui se joue là, c’est le conditionnement des esprits, dès l’enfance jusqu’à l’âge adulte : s’éclater, prendre son pied, ne pas se prendre la tête... Culture de la sensation, de l’émotion. Culture de l’instant. Culture du jeu. Culture du vertige, de l’ivresse, de la vitesse, de la mort. Culture de la violence, de la destruction de l’autre, de l’horreur. Ça plaît, ça marche, ça rapporte.
-L’exception culturelle française ou européenne est le fait d’un très petit nombre d’artistes : cinéastes, écrivains, compositeurs, paroliers qui savent se battre mais ne sont pas suivis par le public.
-Institutionnalisation de la culture depuis Malraux. Cette institutionnalisation, il faut aujourd’hui évaluer ses résultats. En matière d’équipements culturels, le territoire est plutôt bien équipé (relevons l’erreur des salles polyvalentes). En matière de moyens, tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont insuffisants à tous les niveaux : la culture a toujours le dernier rang. Mais des moyens, même insuffisants, pour faire quoi? en direction de qui, avec qui? La plupart des lieux favorise la consommation culturelle de “bon goût” d’une “élite” par l’argent et le niveau. Il ne faut pas s’étonner alors que le peuple, les jeunes n’aillent pas au théâtre, à l’opéra. Ce ne sont pas leurs lieux. Une politique volontariste peut ponctuellement modifier le paysage mais il faut sans doute renoncer à l’idée, au projet de démocratisation de la culture et de l’art. Quand une grande rétrospective marche (Van Gogh, Gauguin, Picasso), que se passe t-il exactement? S’agit-il pour chaque spectateur d’une rencontre singulière avec une œuvre, chacun éprouve t-il “son” émotion esthétique ?
En présence de la “fracture” sociale, mot déjà relégué aux oubliettes, les politiques cherchent à utiliser la “culture” à d’autres fins que de distinction sociale, à des fins d’expression, de socialisation, d’intégration. Ce sont les projets Hip Hop et autres, en direction des jeunes des banlieues. Quel bilan en tirer ? La peur du désordre pousse les gens de pouvoir à encadrer, à récupérer ce qui s’invente dans les marges. Beaucoup de moyens mis en jeu pour socialiser, commercialiser le rap. Dans les années 60-70, la culture était contestataire, en révolte contre l’ordre dominant, créatrice de désordre, de dissensus. Aujourd’hui, les marchands veulent faire et font de l’argent, les politiques veulent faire du consensus. Les “artistes” jouent le jeu.
-La culture des jeux d’argent : on joue dans tous les milieux, à tous les âges, à toutes sortes de jeux d’argent ; cet attrait pour l’argent facile, qui engage des sommes énormes (les moyens de la Française des Jeux sont considérables!) n’a-t-il pas d’effet sur les esprits et les comportements ? Par rapport au travail ? à la vie?
-Conclusion : la culture (liée à l’éducation) au sens des humanistes protège t-elle, arme t-elle contre la barbarie, l’inhumanité? un homme cultivé ne sera t-il jamais un barbare? le cynisme de nos “élites” prouve le contraire me semble t-il! La culture au sens ethnologique semble aujourd’hui très identitaire, peu propice à la reconnaissance de l’autre, de l’étranger, et quand il y a rencontre avec l’autre (voyages culturels), cela s’apparente à un génocide culturel ; s’il peut y avoir métissage des corps, le métissage des cultures n’est en général qu’un rapport de forces, une cannibalisation de la culture faible par la culture dominante. Toutes les cultures et sous-cultures se valent-elles? je ne le crois pas ; pour ma part je refuse ce qui me semble être culture de mort.

II) La notion d’”art” maintenant.

Deux questions m’intéressent entre autres. Que faut-il entendre par création, créateur? Quelle expérience fait-on dans la contemplation d’une œuvre d’art?
A) Sur la création et le créateur. Sans doute, avant d’être créateur, est-on imitateur? Quant aux moments de création, innovation dans le contenu et la forme, ne sont-ils pas rares? Le créateur ensuite se répétant. L’histoire de l’art apparaissant comme une mise en ordre, une conceptualisation a posteriori de non-créateurs, même si des créateurs ont eu, ont une réflexion théorique sur leur pratique.
B) La contemplation par l’œil, par l’oreille (quel rapports entre ces 2 sens?) de l’œuvre d’art relève t-elle du goût (de l’éducation du goût), de la beauté (universelle et non relative comme le goût) ? On peut penser que l’œuvre d’art est comme une annonciation, anticipation d’une autre façon de voir, d’entendre, de sentir, annonce d’un nouvel homme, utopie donc. Rares sont les œuvres, rares sont les œuvres engendrant un bouleversement durable du spectateur.
C) La marchandisation de l’art. De l'œuvre d’art au marché de l’”art”. De l’œuvre d’art aux produits culturels, esthétiques (tous les goûts sont dans la nature, tout est permis). De l’œuvre anonyme de la préhistoire au produit signé d’aujourd’hui : à moi, les droits d’auteur, d’adaptateur. Si les dadaïstes avaient pour projet de tuer l’art, ne faut-il pas aujourd’hui admettre que l’art est mort et qu’à travers les commémorations patrimoniales , on est en train de tuer l’art du passé (son universalité, son éternité).
D) Que pourrait vouloir un artiste aujourd’hui? Et comment reconnaître un artiste s’il en existe aujourd’hui?
- Jusqu’où peut aller la radicalisation de l’artiste? Après Beckett, Genet par ex au théâtre, qui? On ne se tire pas de cette question, en répondant : théâtre contemporain.
-Quelle position de spectateur adopter aujourd’hui?
-Quelle position d’artiste pour aujourd’hui?
-Quelle culture proposer?

Considérations légères sur la culture

D’abord définir : la culture peut désigner l’ensemble des productions matérielles et symboliques d’une société, productions transmissibles d’une génération à l’autre, partageables dans un espace donné, assimilables par d’autres sociétés, ouvertes au changement...
Ainsi à titre d’exemples : la langue française, la cuisine nouvelle, la taille des oliviers, les pratiques d’hygiène, les musiques d’aujourd’hui...
Le champ de la culture est donc vaste, et ne se limite pas au domaine des pratiques artistiques. Il intègre nombre d’activités de la vie quotidienne, de la vie professionnelle et des temps de loisirs...
Or, la culture est perçue comme liée aux pratiques artistiques : littérature, peinture et arts plastiques, musique, danse, architecture...
Elle est alors considérée comme élitiste, réservée à 10-20% de la population, à des catégories socio-professionnelles moyennes et supérieures, aux tranches d’âge adulte...
Et l’on voit apparaître des conflits dans un champ qui par définition est un champ d’unification, d’assimilation, de circulation...
Conflits entre culture élitaire et culture populaire, entre culture identitaire et culture créolisée, entre culture de masse (et mécanique) et spectacle vivant (et artisanal), entre culture abêtissante et culture enrichissante...
Les différents secteurs du champ culturel se ghettoïsent. Et là où on attendrait de l’ouverture d’esprit, de la curiosité, des échanges vifs et vivifiants, on trouve des crispations, des rigidités...
A titre d’illustrations: les peintres du dimanche ou les peintres de paysages ignoreront les peintres contemporains et réciproquement, les comédiens amateurs ne se déplaceront pas pour des spectacles de comédiens professionnels et inversement...
Un état des lieux est donc à dessiner, éclairé par une image parlante. Celle de la cuisine.
Si la cuisine est une pratique culturelle, on voit bien qu’elle permet de se reconnaître (je suis des régions de l’huile d’olive), de se distinguer (je ne suis pas des régions du beurre), qu’elle se transmet, qu’elle évolue (il y a des artistes de l’art culinaire qui dans un 1e temps peuvent surprendre, heurter les goûts établis, dans un 2e temps peuvent être assimilés...), qu’elle emprunte (le couscous, la paella...), qu’elle a des conséquences plus ou moins bonnes pour la santé (il y a donc une culture qui aime la vie, une autre qui aime la mort - je pense à certains films, à certaines musiques, à certains livres, aux pratiques liées à la drogue, à l’alcool...) Tout le monde cuisine, est plus ou moins talentueux, y prend plus ou moins du plaisir... On peut vouloir pour les différents champs culturels, ce qui se pratique dans le domaine culinaire... On peut avancer par suite, quelques principes :
-il y a pas de règles en matière de goût, même si le goût n’est pas inné mais acquis, même si le goût peut évoluer
-bon goût et mauvais goût sont des jugements subjectifs, à ne pas ériger en règle
-les politiques n’ont pas à faire valoir leurs goûts
-les politiques ont à favoriser l’échange, la circulation, la créolisation, l’innovation
-les politiques ont à prendre conscience que la culture (au sens très large donné au début) est le liant d’une collectivité, qu’elle est créatrice de lien social ; pour cela, il faut des lieux et des moyens.

La “guerre” culturelle

Ca y est. On l’admet. On est bien engagé dans la “guerre” économique. Il faut l’admettre. On est aussi engagé dans la “guerre” culturelle. Tant qu’on n’ a pas conscience qu’il s’agit de guerres, il est difficile de se battre. Dès qu’on en prend conscience, on peut identifier “l’ennemi”, développer stratégies et tactiques pour lui résister, voire le vaincre.
La culture “ennemie”, c’est la culture de mort. Made in USA and Japan, elle déverse ses produits, vendus comme des marchandises à des consommateurs, en se servant de trois vecteurs : les films, les musiques, les jeux vidéo, avec leurs déclinaisons vestimentaires, alimentaires mais aussi idéologiques. Ce qui se joue là, c’est le conditionnement des corps et des esprits, de l’enfance à l’âge adulte. Il s’agit de s’éclater, de prendre son pied, d’être bien dans ses baskets, de ne pas se prendre la tête... Cette culture de la sensation, de l’émotion est aussi une culture de l’instant et du virtuel. Cette culture du jeu cultive la vitesse, l’ivresse, le vertige. C’est une culture de la violence contre soi, contre l’autre, une culture de l’horreur, de la catastrophe, du fantastique. Culture de masse, elle vise à abrutir, à abêtir. Culture de masse, elle fixe les gens chez eux, devant leurs écrans, dévorant ce qu’ils ont de plus précieux : leur peu de temps à vivre. Prenant du plaisir, ils ne voient pas qu’ils en meurent et qu’on les tue de dose en dose. Passifs comme leurs chiens et leurs chats trop bien nourris, ils gémissent sur les malheurs du monde, si complaisamment exhibés à la télé par des présentateurs stérilisés, aseptisés. Cette culture d’asservissement trouve la faveur du plus grand nombre. Les FNAC, les Virgin... sont les temples de cette soumission volontaire. Evidemment, pour qu’une telle culture profilère, donnant l’illusion de la diversité, de la liberté de choix, il faut que règne le libre-échange. Ainsi la culture de mort se nourrit-elle et nourrit-elle la “guerre” économique camouflée sous le nom de liberté des marchés.
Comment résister? Y a-t-il une exception culturelle française? Le seul cadre de résistance aux marchés, c’est l’Etat-Nation. La seule façon de résister au libéralisme qui dérégule, déréglemente, c’est de réglementer. Cela suppose une volonté politique, et à défaut une volonté citoyenne. C’est cette volonté qu’ont un petit nombre de cinéastes, un petit nombre de compositeurs et paroliers, et qui a permis de sauver le cinéma français, la chanson française. Parfois, le public suit, adopte un film, une chanson.
Cela dit, la France depuis Malraux a un ministère de la Culture, avec un petit budget, même pas 1%. Les politiques culturelles suivies par les différents gouvernements et ministres ont modifié, transformé le paysage culturel. En matière d’équipements, le territoire est plutôt bien aménagé : bibliothèques et médiathèques, théâtres, salles de concerts... On n’est pas encore revenu de l’erreur des salles polyvalentes, quasiment ingérables, mais l’idée de la spécialisation-spécificité des lieux fait son chemin. Les élus municipaux, départementaux, régionaux dont les missions ne sont pas culturelles mais qui y viennent se forment au contact des professionnels de la culture. Il existe bien sûr des risques d’instrumentalisation de la part d’élus plus soucieux de leur carrière que de leurs concitoyens. La vigilance et l’opposition sont donc nécessaires quand de telles situations se présentent. Résister au FN à Toulon et à Vitrolles, oui! Mais aussi résister au maire RPR de Verdun qui interdit Heiner Muller! Résister au maire PCF de Sigean qui supprime Théâtres après 3 ans d’existence parce qu’il veut du théâtre pour des bac moins 5 et pas plus 5!
Cela dit, l’offensive des marchés financiers et de leurs relais technocratiques (FMI, Bruxelles...) et politiques (gouvernements de presque tous les pays et de tous bords) contre les exceptions et singularités (“modèle” japonais, “modèle” français...) menace particulièrement l’Etat français, ce que les “philosophes” de salon nommaient l’Etat-Providence. L’offensive contre la fonction publique, les services publics, contre la Sécurité sociale, contre l’Education nationale, contre la culture pour tous, contre l’énergie, l’eau, les transports pour tous les citoyens et pas seulement les clients ou les consommateurs est particulièrement vive en France où elle est menée de l’intérieur même de l’Etat (qu’on se rappelle exit Juppé diatribant contre la mauvaise graisse de la fonction publique, qu’on se rappelle Allègre allègrementant contre le mammouth Education nationale). Peut-on dire qu’aujourd’hui, l’offensive atteint le champ culturel et son petit 1% de budget?

Le théâtre en France en 1998

Pour commencer, je dirai que le monde du théâtre n’est pas la petite utopie sociale, réelle et vivante qu’il pourrait être. J’ai connu une exception : l’aventure du Grand Nuage de Magellan créant Le Printemps de Denis Guénoun en 1985 à Châteauvallon. Dans son essai, Relation (entre théâtre et philosophie) que j’ai publié aux Cahiers de l’Égaré, Denis Guénoun revient sur l’aventure de L’Attroupement et du Grand Nuage de Magellan. Les artistes, ceux qui ne veulent pas se soumettre, pas les arrivistes - ceux qui se soumettent et veulent soumettre - sont rares. Au risque de déplaire, je nommerai Jean-Louis Hourdin, Didier Besace. Il y en a quelques autres. Ils se reconnaîtront comme seuls, des amis se connaissent et se reconnaissent. Je crois à l’amitié (comme La Boétie en parle pour mettre fin au pouvoir des tyrans et des soumis volontaires, comme Montaigne en parle qui fut bouleversé par sa rencontre avec La Boétie comme peut nous boulverser une œuvre d’art). Je me méfie par contre des familles (c’est encore plus étroit que la chapelle, le clocher). Le monde du théâtre malgré la cérémonie des Molière n’est pas une grande famille. C’est un monde de petites familles, de petits réseaux, un monde d’arrivistes, de carriéristes sans foi ni loi, un monde de petits requins qui aimeraient devenir grands.
N’attendez pas de solidarité dans ce milieu. Illustration : Gérard Paquet et Châteauvallon. Gérard Paquet en juin 1995 dit un NON retentissant à l’argent de Toulon, devenue municipalité FN. La municipalité FN veut le licenciement de Gérard Paquet et l’asphyxie juridique de Châteauvallon. La municipalité FN a obtenu le licenciement de Gérard Paquet et Châteauvallon a cessé de programmer depuis mars 1998. Pourtant, quelle “mobilisation” le 13 février 1997, à Toulon, quel “déchaînement médiatique” pendant quelques semaines! Aujourd’hui Gérard Paquet compte ses amis. Le Syndéac combat-il pour qu’il soit directeur du nouveau Châteauvallon? Que veut pour lui, la Ministre? Une mission d’études! A part Culture en danger, une association de Toulon, je ne vois pas qui agit car qu’on le veuille ou non, le FN a gagné et on nous présente cette défaite comme une victoire puisque des cendres, va renaître un nouveau Châteauvallon, à programmation plus ouverte et sans Gérard Paquet, ce que voulait aussi le FN et son relais, l’ex-préfet Marchiani. La lepénisation des esprits est lisible dans l’affaire de Châteauvallon.
Donc le monde du théâtre, n’est pas une grande famille. Déjà, il y a deux familles, celle du théâtre privé et celle du théâtre public.
Sans doute, y a-t-il de bons spectacles privés? Mais quand je vois le coût d’une représentation proposée par les tourneurs des vedettes à discours de gauche caviar à salaire (ou cachet) à cacher aux RMistes, je me dis : ce n’est pas mon monde et je renonce à acheter les Brigitte, Isabelle, Nicole, Evelyne, Gérard, Alain, Pierre, Bernard et les autres.
Sans doute aussi, y a-t-il de bons directeurs de théâtres privés? Mais à Paris, en Avignon et ailleurs, je vois pulluler les garages transformés en théâtres où les compagnies paient pour jouer. Voilà un marché juteux et je me dis : ce n’est pas mon monde et je renonce aux spectacles d’Avignon - off.
Bien sûr, je renonce aux spectacles du théâtre public du Festival -in d’Avignon, aux spectacles des Théâtres Nationaux, des Centres Dramatiques Nationaux, des Scènes Nationales. C’est trop cher! Et puis, il y a des pratiques que je rejette : pourquoi tel Théâtre National (celui de Marseille) fait-il passer à la recette les compagnies régionales?
On le voit : les mœurs des deux familles se ressemblent. Cherté des spectacles du théâtre public, exploitation des compagnies n’ayant pas pignon sur rue...
Une autre opposition mérite qu’on s’y attarde : l’opposition entre théâtre amateur et théâtre professionnel. Sans doute y a-t-il de bons spectacles amateurs? Mais acteurs amateurs et public familial et amical des spectacles amateurs ignorent les spectacles professionnels, revendiquent d’être programmés dans les salles municipales moyennant un coût de représentation comme s’ils étaient professionnels. Le coût étant moindre qu’un spectacle professionnel on voit des municipalités privilégier le théâtre amateur qui fait ainsi concurrence à des gens essayant de vivre de ce métier. Lesquels professionnels ignorent les spectacles amateurs mais n’ignorent pas de former des amateurs dans leurs ateliers payants de théâtre.
Dernière opposition que je voudrais aborder : l’opposition théâtre en salle, théâtre de rue. Le théâtre de rue me semble richement doté, ce qui est paradoxal. Souvent spectaculaire, souvent gratuit, souvent provocant à point (juste ce qu’il faut! ) n’a t-il pas le défaut majeur de prendre pour spectateur, l’homme de la foule, le badaud que l’on sort de son somnambulisme le temps de la “chose”? Le théâtre en salle s’est diversifié en investissant des lieux, qui initialement n’étaient pas prévus pour le théâtre. Cette capacité des artistes à redonner sens à ce qui l’a perdu, des friches industrielles, des casernes désaffectées, mérite attention puisque grâce à eux, la vie l’emporte sur la mort. Qu’on pense à la Cartoucherie, aux Bouffes du Nord.
Pour continuer mon tour de France du monde du théâtre, je vais prendre un fil conducteur : de l’auteur à l’acteur, du texte à la scène.
Des auteurs, il y en a. Des éditeurs aussi. Les aides à l’écriture et à l’édition existent. Est-ce que ce dispositif donne de grandes œuvres théâtrales? Je ne sais pas. Mais je suis favorable à l’effervescence. Commandes d’écriture, défis lancés à des auteurs, résidences d’écriture sont nécessaires comme vivier pour que “les grandes œuvres séditieuses, les grandes œuvres licencieuses” réclamées par Saint-John Perse dans “Les tragédiennes sont venues” voient le jour. Par contre, le théâtre écrit est mal diffusé par les libraires, ignoré par les bibliothécaires. Le théâtre écrit est peu lu comme théâtre dans un fauteuil (voulu par Musset). On voit tout de même, auteurs ou acteurs lire en public (en salle ou en appartement) du théâtre et l’expérience est souvent convaincante. Hélas, pour un petit nombre.
Qu’attendre des auteurs? Que leur demander? Les auteurs sont, sauf exception, des professionnels de l’écriture avec ce que cela suppose d’influences, de modes, de tics, de facilités. Influencés comme chacun de nous par les idéologies, les idées dans le vent, la pensée unique, rares sont ceux qui investissent des champs non-littéraires comme celui de la science et des techniques, comme celui de la spéculation et de l’argent sale... La plupart ne savent rien du monde, de comment il fonctionne. La plupart ne parlent que de l’individu, du couple, de la famille - tout cela en crise, tout cela sado-maso, expression du sentiment dominant : l’impuissance. Et quand certains parlent de politique, ça donne : La télé et la guerre du Golfe ou les vœux du Président pour qu’on rit de nos hommes politiques quand j’aimerais des fictions avec des hommes de caractère ouvrant des voies, donnant la voix à nos aspirations. J’en suis arrivé à me méfier des auteurs (américains, anglais, allemands, autrichiens, suisses, jamais français) qu’on nous présente comme parlant de notre temps.
Après les auteurs qui ne sont pas à la hauteur, les metteurs en scène et les acteurs. Qu’en dire? Très peu de troupes permanentes, très peu d’équipes stables. On assiste à une prolifération de compagnies d’une ou deux personnes. Est-ce un signe de vitalité, un signe d’anémie? Est-ce incapacité à sortir de l’individualisme, à travailler ensemble? En tout cas, ça donne des solos, des duos, des monologues, des dialogues, du café-théâtre, de la performance d’acteur et des petites formes quand le combat contre la mondialisation exigerait des spectacles puissants, enthousiasmants. Des années de fréquentation des théâtres les plus divers m’ont laissé peu de souvenirs : une vingtaine de spectacles sur des centaines. Je me souviens de Conversations Pieces : les gens sont formidables, de François-Michel Pesanti... Trop d’esthétisme, trop de minimalisme - l’équivalent théâtral de l’écriture blanche -. Trop de prétention dans les intentions écrites, trop peu de réalisation, d’incarnation sur le plateau. Ne va-t-il pas de soi qu’un art collectif et difficile comme le théâtre demande des acteurs bien formés, initiés aux différentes théories et pratiques de l’acteur, demande des metteurs en scène inscrivant leur travail en continuité ou en rupture par rapport à l’histoire des formes théâtrales. J’attends au théâtre de bons artistes interprètes, des artisans connaissant et perfectionnant leur métier. J’attends peu de créateurs c’est à dire des gens faisant évoluer formes et thèmes, souvent contre les attentes de l’époque, au prix du scandale ou de l’incompréhension. Aujourd’hui, quelques journalistes très lèche-culés font et défont les “créateurs”, leurs créatures. Pitoyable jeu que ces renvois d’ascenseur qui discréditent les “artistes” et les “critiques” et rendent méfiant le public. Comme nous sommes dans un monde de professionnels, c’est à dire de gens qui essaient de vivre, de survivre en faisant du théâtre, c’est la jungle. On ne se fait pas de cadeaux, on se pique les projets, on se déteste, on colporte des rumeurs, on dit beaucoup de mal, on n’aime pas le travail des autres, on n’aime que le sien. Bref, on survit. Les uns exclusivement soucieux des 43 cachets leur assurant leurs Assedic. Les autres grâce à des spectacles jeune public qui attirent mamans et enfants. D’autres, grâce à des classiques qui attirent enseignants et élèves... Peut-on attendre d’un monde aux mœurs si semblables aux nôtres qu’il nous propose autre chose que notre médiocrité commune? Heureusement, il y a quelques vraies aventures théâtrales. Je pense aux Fédérés à Montluçon, à Chantal Morel à Grenoble... Pas celles des metteurs en scène cumulant direction de compagnie et direction d’un lieu très subventionné. Pour ceux-là, arrivistes plus qu’artistes, il s’agit de gérer une carrière en donnant des produits professionnels faisant l’unanimité. En général des Shakespeare, des Sénèque, des Eschyle... dont on nous dit très convaincu qu’ils sont d’actualité, ce qui est justifié par traduction nouvelle, adaptation nouvelle, ce qui concrètement permet à un vivant du XXè siècle de passer à la caisse sur le compte du mort du XVIè siècle ou d’avant Jésus Christ. Du consensus, de la pensée faible, cela nécessite des salaires et des notes de frais élevés.
Une particularité du monde théâtral français, c’est que les directeurs de beaucoup de salles ne sont pas des artistes mais des professionnels de la culture, des médiateurs culturels comme on dit aujourd’hui. Dans ces salles les directeurs programment, les chargés de communication font des programmes sur du beau papier avec de belles phrases et de belles photos, les relations publiques se chargent du public... Souvent, plus de 50% du budget passe à ces tâches : Conquête et fidélisation du public, formation du spectateur... Il suffit de lire les programmes des différents niveaux de la hiérarchie théâtrale (Théâtres nationaux, Centres Dramatiques nationaux, Scènes nationales, Théâtres missionnés de région, Théâtres municipaux) pour voir que peu de spectacles tournent, que ceux qui tournent tournent dans assez peu de lieux, que les spectacles proposés font dans le consensus mou et contribuent à la domestication du goût et de la pensée, favorisent des comportements de consommation culturelle pas très éloignés de ce qu’on trouve avec le théâtre de boulevard : du divertissement, une “bonne” soirée. Dans une telle uniformité du goût, il faut tout de même se faire remarquer par les subventionneurs. Alors, on se regroupe en réseaux plus ou moins grands, on fait travailler “sa” famille de compagnies. Là aussi, c’est la jungle. Des carrières sont à faire.
Nous voici arrivés au terme du tour de France. Dans les services culturels des communes, des départements, des régions, dans les directions régionales des affaires culturelles, au Ministère. D’un côté les techniciens, de l’autre les élus. On peut constater que les élus dans les petites communes pèsent plus que les techniciens. Là on finance pour que ça plaise aux électeurs. Au niveau des communes plus importantes, les techniciens et les directeurs de salle peuvent prendre quelque indépendance mais l’uniformité du goût fera qu’on proposera une “bonne” soirée avec un spectacle parisien plutôt qu’avec un spectacle du coin. Au niveau des collectivités territoriales, techniciens et élus sortent souvent de la même école, du même corps. On est déjà en technocratie, on a affaire à des gestionnaires c’est à dire à des relais de la rigueur monétariste et financière considérant qu’il faut “justifier” l’usage de l’argent public à des fins culturelles. La Charte des missions de service public proposée par la Ministre de la Culture illustre bien cette soumission idéologique au libéralisme, et la réorganisation du Ministère de la Culture révèle la capitulation des politiques et des technocrates renonçant à définir une politique culturelle, par la déconcentration des moyens. Disons pour être le plus clair possible que l’affaiblissement de l’Etat supposait un échelon territorial, ce qui fut fait avec la création des Régions. Celles-ci sont bien le cheval de Troie des technocrates de Bruxelles pour casser les Etats-Nations.
Même avec son petit 1% de budget, la culture est bien plus qu’un supplément d’âme, bien plus qu’un divertissement, bien plus qu’un facteur de cohésion sociale. A la culture de mort dominante, même avec les travers que j’ai décrits, nous préférons la culture de la vie, l’art et la création, le dépassement et l’élévation, la dignité. Même avec notre peu de lucidité, notre peu de combativité, nous sommes humanistes, nous parions sur l’Homme plutôt que sur l’Argent, nous parions sur l’Humanité et la Diversité plutôt que sur la Bestialité et l’Uniformité. Il nous faut donc réagir aux “réformes” en cours tant au niveau de l’Education Nationale qu’au niveau de la Culture car ce sont des régressions. Il nous faut aussi nettoyer nos écuries d’Augias, retrouver des pratiques citoyennes, plus responsables que celles que j’ai pointées.
Pour conclure, je dirai que je ne me mets pas à part ni au dessus. Nombre de mes pratiques me laissent un goût amer. C’est le prix que nous payons à être solitaires à défaut d’être solidaires.
Jean-Claude Grosse

radiographie de nuit
Par Jean-Claude Grosse
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Samedi 20 janvier 2007
Pour un service public de la culture
en étroite relation avec l’éducation nationale

(propositions pour la Présidentielle de 2007)

La culture en France depuis de Gaulle relève d’un ministère de la culture parfois élargi à la communication. L’audace de nos législateurs n’a pas été jusqu’à considérer la culture comme un service public. Par suite, nous ne sommes pas collectivement et individuellement « armés » d’un projet culturel inspiré de notre devise : Liberté, Égalité, Fraternité. Face au choc des civilisations, à la guerre culturelle menée par l’empire américain pour maintenir son hégémonie par la diffusion planétaire de l’american way of death, nous n’avons que des mots : dialogue des cultures, monde multipolaire. Nous n’avons pas la politique de ces mots.
Et pourtant, nous avons des valeurs, universelles, des droits universels de l’homme, un patrimoine artistique et culturel d’une ampleur considérable (à l’échelle de l’Europe). Avec un autre esprit que l’esprit guerrier et dominateur des néo-cons américains, avec un esprit de partage et d’ouverture, nous avons la mission de faire connaître ce qui nous constitue à la fois comme Français, Européen, Homme.
Nos établissements culturels (bibliothèques, médiathèques, musées, théâtres, opéras) porteraient sur leur fronton, la devise républicaine et auraient pour mission première l’éducation de nos concitoyens – et non le divertissement – par la diffusion de notre patrimoine artistique et culturel. Aujourd’hui on diffuse des produits éphémères, de faible valeur et qualité, on néglige les œuvres qui ont résisté au temps. Quelle bibliothèque va défendre Dante, Rabelais, Montaigne, Shakespeare, Cervantès ? Quel théâtre va présenter un des neuf cent soixante-dix chefs-d’œuvre (sur mille), des quatre-vingt auteurs (sur cent), jamais mis en scène qui composent notre répertoire, vieux de 2 500 ans, d’Eschyle à Koltès ?
Donc, résolument, à contre-courant de la société marchande, à contre-courant des modes et des goûts dominants, le service public de la culture redonnera de l’épaisseur temporelle et du sens à une société en manque qui se dope à la médiocrité. La lutte sera rude, le privé brossant dans le sens du poil, le public à rebrousse-poil. Il faudra des hommes politiques soucieux de moyen terme (10-20 ans) et non d’élections sans lendemains, des responsables culturels et des artistes soucieux d’art et de culture, et non d’égo personnel et de plaisir du public. C’est le moins qu’on puisse souhaiter pour la France. On peut espérer trouver dans les 5-10 ans à venir un homme politique de caractère sachant donner l’impulsion et les orientations.

I – Un service public de la culture suppose une télévision de service public. Nos concitoyens passent en moyenne 3 h 24 par jour devant le petit écran. Reconquérir ce temps et cet espace est un enjeu premier. Ces 3 h 24 de temps libre, quels que soient les programmes de télé, sont 3 h 24 enlevées au temps créatif. La télé, quel que soit l’intérêt des émissions, dévore le temps libre, le temps créatif, le seul temps à partir duquel je peux donner sens et valeur à ma vie, à partir duquel je peux être vraiment. Faire prendre conscience de cette aliénation est, paradoxe, possible par la télé. Autrement dit, la télé peut aider à désapprendre la télé. On parle beaucoup de reality-show et les gens aiment. Rien à voir avec la réalité puisqu’il s’agit de spectacularisation, de mise en scène. Par contre, les gens sont sûrement en attente de vérité. Et cette attente qui peut trouver à être satisfaite par nombre de bonnes émissions de notre radio publique (France-Inter, radio de grande audience avec des émissions dans l’ensemble sans complaisance, de qualité, impertinentes), devrait pouvoir trouver la même satisfaction avec la télé. Bons reportages, bons entretiens avec des gens « vrais », qui sont eux-mêmes, pourraient donner envie de se débrancher. Une télé publique de qualité verrait son audimat diminuer et s’effondrer celui des chaînes privées. Ou on aurait une France coupée en deux par une fracture culturelle : la France du divertissement, la France de l’élévation.

II – Un service public de la culture suppose une information publique. La liberté de la presse, c’est la presse livrée au privé, aux patrons de presse, c’est la manipulation de l’opinion, la désinformation. Et il ne suffit pas d’avoir appris à décoder pour ne pas être piégé. La seule protection contre la presse people, contre la « grande » presse, c’est une presse financée par nos impôts, une presse réellement indépendante et donc pouvant être informative, instructive. Une telle presse n’existe pas. Il faut l’inventer. Là encore, je pense que notre radio publique peut servir d’exemple. Mais il faut la diversifier. France-Culture doit se « démocratiser ».
Pour lutter contre l’érudition, le technicisme, il faut systématiquement, dans les émissions spécialisées, introduire des auditeurs pouvant poser des questions, réagir. France-Musiques, c’est bien mais manque peut-être une perspective historique ; peut-être aussi des clefs, à commencer par le solfège… Et pourquoi pas France-Littératures ? Les radios Bleu ne sont pas suffisamment sur le terrain pour mettre en valeur des hommes-femmes, des projets-réalisations, des vies édifiantes, des actions exemplaires… Les faits divers sont trop, dans tous les médias, axés sur la délinquance et sur les « affaires » judiciaires. Autrefois, il y avait des distributions de prix. Aujourd’hui, cela a disparu. Et les médias ne couvrent que l’horreur, jamais le courage, la dignité… Faut-il s’étonner du manque de repères et de valeurs de nos con-citoyens ? D’autant que les jeux d’argent (qui pullulent), le boursicotage (qui prospère entre deux Krachs) contribuent à polluer les esprits (quand on veut gagner vite et beaucoup par la chance, on ne veut plus gagner peu, lentement et par le travail.) Donc que la presse publique, la radio publique, la télé publique prennent le contre-pied de ce qui se pratique dans le privé : plus de pages pour la culture, moins pour le sport ; plus d’espace et de temps pour ceux qui sont méritants, très peu pour les indignes ; plus d’espace et de temps pour les anonymes exemplaires, désintérêt pour les idoles surpayées ; peu de place aux faits divers, à l’écume, à la boue, à l’horreur, de la place pour la science, la technique, la poésie, la philosophie… Il s’agit d’élever – au sens d’élévation et pas d’élevage – quand la tendance aujourd’hui est à la flatterie des bas instincts, à l’avilissement. Bien sûr, l’élévation suppose la légèreté (et non le sérieux, la lourdeur de ceux qui gèrent le catastrophisme généralisé) : « si les anges volent, n’est-ce pas parce qu’ils se prennent à la légère ? »

III – Bibliothèques et médiathèques, dans l’optique d’un service public de la culture et de l’éducation, ont un rôle important à jouer.
A – Dans les écoles, collèges, lycées, trop peu lisent. Les livres proposés sont trop aux goûts du jour : des nouveautés qui plaisent. Certes, on peut trouver les classiques mais spontanément, les jeunes ne vont pas aller les choisir. Pour leur faire découvrir les grands textes, la lecture à voix haute sera première par rapport à l’explication de texte. Avant de lire par eux-mêmes, les élèves entendront des lectures faites par des comédiens (CD, émissions radio, lecture vivante), toujours en petit nombre (une dizaine). Un même texte, lu par des comédiens différents, résonnera différemment. De l’interprétation blanche aux interprétations expressives, les élèves sentiront dans leur corps les effets de la voix, apprendront les pouvoirs de la voix, apprendront à se déprendre de certaines voix et de certains effets. Une initiation à la lecture à voix haute serait assurée par des comédiens (une quinzaine de séances de deux heures) permettant aux élèves de trouver leur voix, d’y prendre goût, de véhiculer les mots des grands auteurs.
Ils gagneraient ainsi en confiance et en exigence pour véhiculer leurs propres mots. Les textes proposés en lecture à voix haute seraient pris dans tous les genres, sans tenir compte des âges. Les contes vaudraient pour les petits mais aussi pour les grands. Les dialogues socratiques vaudraient pour les grands mais aussi pour les petits. Les élèves dans les bibliothèques scolaires : écoles, collèges, entendraient et diraient des poèmes, des pages de romans, des dialogues ou monologues de théâtre, des pensées, des analyses, des pages d’essais philosophiques, scientifiques, techniques. Les bibliothèques et non les classes – sauf si il y a une bibliothèque de classe – seraient le lieu de la découverte des livres, et d’abord des « 30 fondamentaux » puis des « 100 livres pour la vie »… Il y aurait des comédiens, conteurs, lecteurs en nombre suffisant pour satisfaire les besoins. Il va de soi que le pas de la lecture à voix haute au jeu théâtral peut être vite franchi. Sera plus difficile à franchir le pas de la lecture à voix haute à l’écriture. Pour favoriser son effectuation, on fera appel à des écrivains d’atelier d’écriture. Une revalorisation de l’écrit est nécessaire face à la concurrence des images. Les ateliers d’écriture à l’école pratiqueraient tous les genres : textes narratifs, descriptifs, lettres, dialogues… Page blanche et ordinateur seraient les supports de ces pratiques. On comprend que ce dispositif qui fait de la bibliothèque de classe / de l’école / du collège, une pièce maîtresse de deux apprentissages fondamentaux, lire, écrire, nécessite la mise en place d’équipes comprenant bibliothécaire (soucieux d’universalité plus que de nouveauté), documentaliste (savoir se situer, savoir chercher), comédien, écrivain, professeur de français (un passeur se situant à la fois sur le versant : respect de la langue et sur le versant : travail de la langue), et selon les textes travaillés, professeur de philosophie (dès l’école primaire), de technologie, de sciences, d’histoire-géo… Pour éviter, à l’école primaire et au collège, l’arbitraire, le nombre d’heures consacrées à la lecture et à l’écriture serait défini nationalement ainsi que les genres à travailler (tant de contes, tant de dialogues…) oralement et par écrit.
Une évaluation individuelle et annuelle (nourrie d’évaluations trimestrielles) serait effectuée, avec l’élève et par l’équipe pédagogique, pour lui proposer le cas échéant, un suivi et un parcours individualisés. L’élève choisirait la personne avec laquelle il souhaite établir une relation d’accompagnement. Nous pensons que les enseignants ne sont pas nécessairement des pédagogues, que la spécialisation – la compétence en termes de savoir – ne garantit pas l’aptitude à transmettre – à partager même –, que même formés en pédagogie, les enseignants ne seraient pas d’égaux pédagogues, pour deux raisons : deux jeunes ne réagissent pas de la même manière à l’enseignement d’un enseignant ; un enseignant perçoit différemment chacun des jeunes qui lui sont confiés. Des facteurs affectifs profonds interviennent qui peuvent, dans les deux sens, parasiter la relation ou au contraire, la dynamiser. Amour et haine sont des sentiments en jeu dans la relation : il vaut mieux ne pas les ignorer, il vaut mieux faire le clair sur eux. En clair, nous pensons qu’un enseignant-pédagogue qui aime ses élèves, l’amour voulant donner le meilleur de soi-même, le plus vrai de soi-même et pouvant obtenir ainsi, sans le demander, le meilleur de l’autre, saura «déclencher» chez certains élèves l’enthousiasme qui soulève des montagnes. Si c’est l’élève qui choisit celui qu’il aime, celui-ci a comme l’obligation de ne pas le décevoir : cela se peut s’il sait se mettre à l’écoute – au moins dans un premier temps. (Éloge de la transmission, George Steiner - Cécile Ladjali, Albin Michel, 2003.)
B – Dans les villages et les villes, dans les quartiers, les bibliothèques auraient le souci de tous les publics, de leur éducation / culture et non de leur divertissement. Les goûts dominants pour la BD, le policier, la science-fiction, le fantastique, l’eau de rose… ne sont pas à combattre. Tout en satisfaisant par leur offre, ces demandes, les bibliothèques peuvent mettre en place des actions de sensibilisation et d’initiation au théâtre, à la philosophie, à la science, à la technique, à l’art, à la poésie… par des expositions, des conférences, des lectures (en bibliothèque / en appartements…), des ateliers d’approfondissement (lecture à voix haute, jeu d’écriture). Sans doute, certaines bibliothèques mènent ce type d’action mais en l’absence d’une charte des bibliothèques fixant des objectifs, des priorités, c’est le bon vouloir des initiatives individuelles qui fait office de politique de la lecture publique.

IV – Le domaine du spectacle vivant. Voilà un domaine où fleurissent les créateurs. Autoproclamés. La lecture des notes d’intention, des dossiers artistiques révèle trop souvent l’indigence, l’absence de pensée. Ce qui est moteur, déclencheur, c’est l’envie, le désir que l’on tente de justifier par quelques généralités, banalités : s’essayer à fabriquer à partir du travail sur le plateau un objet provoquant l’émotion, fabriquer un objet où le texte n’est qu’un élément parmi d’autres : l’acteur, la scèno, la lumière, le son. Bref, on s’affirme bricoleur et si la mayonnaise prend, on est un créateur. Une pratique sans théorie, à l’intuition, peut engendrer un univers de créateur se répétant ensuite. Il y a donc place pour la création-génération spontanée. Mais si l’essentiel de ce qui est présenté est la génération spontanée, alors un déséquilibre s’installe, au profit de la nouveauté, au détriment de l’histoire – du répertoire. On voit pourtant ce qu’une opération comme Al-Djazaïr suscite. Opération décidée en haut et coordonnant les initiatives d’où un foisonnement, une effervescence sur un objectif : la mise en valeur du répertoire et des créateurs algériens, avec sans doute du bon et du moins bon mais sortir de leur isolement les artistes algériens, les confronter à leurs homologues français et au public d’ici, favoriser les échanges, n’est-ce pas un exemple de volontarisme politique se combinant heureusement avec la création et la diversité artistiques ? Il y a déjà un certain nombre de grandes manifestations mariant volontarisme politique et initiatives artistiques : Le Printemps des Poètes, la Fête de la Musique, Lire en fête, la Journée mondiale du Théâtre, les trois jours du Cinéma, le week-end de la culture scientifique et technique, les journées du Patrimoine. Il y a aussi des années commémoratives : Hugo, Cocteau… Il y a des années Brésil, Russie, Grèce, Espagne… Bref, il semble y avoir une volonté de mise en ordre du désordre artistique. D’un côté, la volonté. De l’autre, le désir. C’est une dialectique plutôt positive comme le montre le succès de certaines journées. On n’est pas dans l’art officiel, on n’est pas non plus dans l’art pour l’art. Mais peut-être faudrait-il faire une évaluation quantitative et qualitative de ces manifestations pour les faire évoluer vers plus d’impact, plus d’excellence ?
A – Ce qui aujourd’hui manque le plus dans le spectacle vivant, c’est la mise en valeur du répertoire théâtral européen d’abord, mondial ensuite. 2 500 ans de théâtre européen, ça donne cent auteurs majeurs, mille chefs-d’œuvre. Combien d’auteurs voit-on, combien de chefs-d’œuvre en une vie de spectateur ? fidèle à un lieu ou infidèle et circulant au gré de l’offre et de sa demande ? Le public, (les jeunes en particulier), n’a-t-il pas droit au répertoire ? En musique classique, il est bien défendu. Pas au théâtre. C’est, me semble-t-il, le rôle des Théâtres nationaux, Centres dramatiques nationaux, des metteurs en scène confirmés de défendre, de faire vivre le répertoire, aujourd’hui en friche. Pièces à nombreux personnages souvent, les pièces du répertoire demandent de bons interprètes travaillant en troupes. Les responsables de Théâtres nationaux et Centres dramatiques nationaux devraient être réunis une fois l’an pour définir leurs créations de pièces du répertoire et les tournées correspondantes, hexagonales, voire européennes. Les coûts seraient raisonnables (ce qui suppose de mettre à l’écart, les stars, les vedettes) pour que Scènes Nationales et Conventionnées puissent accueillir ces créations. Il va de soi que pour moi, le répertoire va d’Eschyle à Koltès, Gabily, Lagarce, Bernhardt…, que ce répertoire européen et mondial nécessite d’être traduit, retraduit, publié, présenté dans les bibliothèques, entendu à la radio, vu à la télé, ou en DVD. Quand pourrai-je voir La mort de Tarelkine de Kobyline, Wallenstein de Schiller, une des quarante pièces d’Ostrovski autre que La Forêt, Les Euménides d’Eschyle ?
L’histoire du théâtre révèle les purgatoires ou enfers qu’ont connu certaines pièces, oubliées pendant 20 ans, un siècle, et plus. Autrement dit, pour éviter cela, et parce que chaque génération de jeunes a droit au répertoire, il faudra s’assurer de la régularité des mises en scène des pièces du répertoire.
B – Le répertoire ayant retrouvé la grande place qui doit être la sienne, il faut se demander comment accompagner, comment soutenir la jeune création, la création-génération spontanée. Que l’envie, le désir soit le moteur, le déclencheur, que l’on crée d’abord pour soi, pour se faire plaisir, rien de plus normal. Mais l’on crée avec de l’argent public, on rencontre des représentants des autorités publiques, dont les directeurs de tous les étages de la hiérarchie théâtrale. Cette rencontre est la rencontre de plusieurs logiques : la logique du créateur, la logique DRAC – État (repérage des créateurs d’avenir), la logique Région, la logique Département (logiques de terrain, de soutien sans réelle évaluation artistique), la logique Ville (logique d’instrumentalisation des lieux et des artistes), la logique du lieu (logique de projet artistique dans le meilleur des cas, logique de fréquentation – d’audimat – dans la plupart des cas). Ces rencontres de logiques aussi différentes sont rarement favorables au créateur. Deux logiques prévalent : celle du lieu, celle de la ville. En cas de conflit, la ville l’emporte sur le lieu. Les directeurs, malgré leur projet artistique, sont rarement indépendants. Ils ont intégré la logique quantitative de leurs mentors et par suite pour assurer du chiffre, pratiquent l’éclectisme le plus débridé. C’est la tyrannie du public (on dit avoir le souci du public), de ses goûts, de son goût pour le divertissement. S’installe une logique libérale : le lieu veut fidéliser son public, sa clientèle, avec des produits pour tous les goûts, produits formatés grand public, le succès (quantifiable) mesurant la qualité (l’efficacité) de la programmation. Une telle logique libérale dans les lieux culturels qui se revendiquent pourtant d’un service public, a pour effet d’appauvrir l’offre tant en quantité qu’en diversité (en créativité), d’empêcher les mises en réseau. Ce n’est pas chacun pour tous. C’est chacun pour soi. En clair, cette logique libérale, à l’œuvre dans les lieux, au nom du souci du public – de son plaisir – a pour effet de laminer la création et la diffusion, de favoriser des effets de mode (le cirque, les arts de la rue, tel metteur en scène, tel auteur…).
C – Comment redresser la barre ? Partons des chiffres. (Guide 2002-2003 du Centre national du théâtre). Il y a en France : 7 Théâtres nationaux, 39 Centres dramatiques nationaux, 69 Scènes nationales, 56 Scènes conventionnées, soit 171 établissements publics ; 550 structures de production et diffusion, soit 721 structures de production et de diffusion pour 1 220 compagnies reconnues dont au moins 86 avec un lieu de fabrication et d’accueil, dont 285 conventionnées et 336 aidées à la production en 2003, soit 621, soit 50 % aidées, en réalité plus puisqu’une compagnie est aidée tous les deux ans si elle est reconnue.
Donc, on a 800 structures de production et diffusion pour 1 200 compagnies reconnues. On ne peut donc pas parler de prolifération de compagnies surtout si on fait en sorte que les compagnies à une ou deux personnes s’étoffent. Il faut inciter à ce travail de regroupement de troupes, même si la circulation des artistes est aussi à favoriser.
Théâtres nationaux, Centres dramatiques nationaux, compagnies avec lieux sont dirigés par des artistes, en équipes. Les jeunes loups de l’art se transforment vite, trop vite (parce que tutelles, experts et médias « poussent » les jeunes qui chassent les « vieux ») en barons de la culture. Et consomment l’essentiel du budget de la culture, sans souci de définir collectivement avec le ministère des priorités nationales comme la mise en valeur du répertoire.
Scènes nationales, Scènes conventionnées, structures de production/diffusion sont dirigées par des directeurs, soucieux le plus souvent de leur carrière et nommant missions, des activités et pratiques souvent démagogiques correspondant à des priorités territoriales/électorales.
C’est à ces deux niveaux que le système grippe. Les artistes ne sont pas reçus, sont mal écoutés, mal accueillis, mal produits, mal diffusés. Ou certains, prometteurs, sont instrumentalisés sur un ou deux spectacles par leurs directeurs-découvreurs avant d’être jetés (comme dans le show-biz). Ou d’autres font partie de la « famille » d’un ou deux directeurs et tournent en rond. Bien sûr, rares sont les artistes s’intéressant vraiment aux lieux qu’ils sollicitent pour être produits et diffusés. Ils ne savent rien du projet artistique des directeurs, de la programmation des lieux, qu’ils ne fréquentent pas. On est en technocratie culturelle particulièrement perméable à l’idéologie dominante, aux goûts dominants : Les groupes dominants aujourd’hui veulent du loisir « culturel », veulent « décompresser » ; le karaoké attire surtout les cadres ; une même personne peut aller à l’Opéra, jouer aux boules, lire Nietzsche et regarder : C’est mon choix. (La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Bernard Lahire, La Découverte, 2004).
Il me semble qu’il faut associer aux barons des Théâtres nationaux et Centres dramatiques nationaux des directeurs et associer aux directeurs des Scènes nationales et Scènes conventionnées des artistes conventionnés. Si on confie aux 260 structures (Théâtres nationaux, Centres dramatiques nationaux, Scènes nationales, Scènes conventionnées, compagnies avec lieu) dirigées par des artistes et des directeurs la mission d’associer une ou deux compagnies reconnues, un auteur, on a 260 auteurs vivants et 520 à 650 compagnies qui ont en principe les moyens de créer. Les 550 structures de production / diffusion s’associeront avec les compagnies restantes.
Une charte des établissements publics de spectacle vivant peut être élaborée : répertoire pour les Théâtres nationaux et Centres dramatiques nationaux, avec tournées dans les Scènes nationales et Scènes conventionnées ; auteurs vivants reconnus et équipes confirmées pour les Scènes nationales, Scènes conventionnées, avec tournées dans les structures de production / diffusion ; nouveaux auteurs, nouvelles équipes, nouvelles formes dans les structures de production / diffusion de cent à deux cents places, dotées de moyens suffisants. Il va de soi que l’irrigation de haut en bas proposée doit aussi fonctionner – de façon sélective, ce qui est légitime – dans l’autre sens.
Jean-Claude Grosse
Texte publié dans Pour une école du gai savoir, Les Cahiers de l'Égaré, 2004

Par Jean-Claude Grosse
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Dimanche 4 mars 2007
Les lignes qui suivent datent des 3 Controverses d'Avignon, organisées par Avignon Public Off, entre 1998 et 2000.
Je trouve intéressant de les mettre en ligne.

Jean-Claude Grosse
Portrait

Qui suis-je ?
Quel auteur ?

GROSSE Jean-Claude, né en 1940 à Ollioules (Var).
Professeur de lettres et de philosophie jusqu’en 1998 à Toulon.
A dirigé la revue Aporie de 1982 à 1990 (13 numéros consacrés à ordre et désordre, diable et démons, à la limite, à l’espoir, à la crise, au désert, à la mise à mort, au soleil, au mythe, à Odysseus Elytis, à Saint-John Perse, à Lorand Gaspar, à Salah Stétié).
Dirige Les Cahiers de l’Égaré depuis 1988 (100 titres : théâtre, poésie, essais, photographie, philosophie).
Directeur artistique des 4 Saisons du Revest depuis 1983 (en 20 ans, 162 compagnies accueillies pour 282 spectacles, dont 75 créations, 652 représentations).
Organisateur depuis 1995 de l’Agora de la Maison des Comoni (espace de pensée libre, gratuit, ouvert à tous ; travaux publiés annuellement).
Pour le bilan avec les réflexions suscitées, voir:
De l'impasse à la traverse, Les Cahiers de l'Égaré 2003
Auteur dramatique :
La Lutte des places, La Vie en jeu (Les Cahiers de l’Égaré, 1997).
Poète de l’insolente patience, a mis 44 ans de vie, d’amour et d’écritures jouées aux dés désespérés des mots pour 116 poèmes dans:
La parole éprouvée (Les Cahiers de l’Égaré, 2000).
Poèmes publiés dans les revues Nu(e), Pris de peur, La licorne d'Hannibal.
Essais parus dans les revues Aporie, Sud.


Bibliographie :
Poésie :

- Gros Sel, éd. Saint Germain des Prés, 1980 (épuisé)
- Le Flou des rencontres, éd. La Table Rase, 1984 (épuisé)
- Parole d’aimant(e), Les Cahiers de l’Égaré, 1988 (épuisé)
- La Parole éprouvée, Les Cahiers de l’Égaré, 2000

Interventions d’urgence :
- Sans anesthésie, 1981 (contre le coup d’Etat en Pologne, en soutien à Solidarnocz)
- La tête dans le sable, 1991 (contre la guerre du Golfe)

Théâtre :
- La Lutte des places (1978 - 1983), Les Cahiers de l’Égaré 1997
- La Vie en jeu (1992 - 1995), Les Cahiers de l’Égaré 1997

Essais:
- Pour une école du gai savoir, un livre qui débloque, Les Cahiers de l'Égaré 2004,
en collaboration avec Philippe Granarolo et Laurent Carle


L’écriture pour moi ?
Réponse avec Horizons 1, Horizons 2, ci-dessous.

Le mot "public" ?
Celui ou celle engagé dans le travail sur lui ou elle-même avec le souci de l’élévation (de lui, de l’autre, des autres, du monde), donc toujours singulier, forcément rare, se sortant du troupeau parce qu’il le veut et s’en donne les moyens.

Le mot "langage" ?
À trop élargir son extension (pour certains tout est langage), ne perd-on pas son sens : outil d’expression et de communication ?

Le mot "territoire" ?
Mot de sédentaire ayant perdu de vue qu’il fut, qu’il est nomade, de passage, en transit, en exil.

Le mot "représentation" ?
Mot d’intellectuel ayant perdu le sens de la présence.

Le mot "imaginaire" ?
Mot d’artiste, d’autiste ayant perdu le sens du réel.

Le mot "mémoire" ?
" si les anges volent, c’est parce qu’ils se prennent à la légère "
le travail de mémoire n’accouche pas de la vérité ; il remplace une falsification par une autre.

Le mot "esthétique" ?
Mot écran pour tenter de rendre opaque, l’évidence de la beauté.
Mot alibi permettant de proclamer l’émergence permanente de créateurs et d’esthétiques toujours nouvelles quand évidemment on n’a affaire qu’à d’habiles copieurs, transposeurs…


Le mot "censure" ?
Mot servant à rassembler les résistants.

Le mot "subversion" ?
Mot servant à rassembler les collaborateurs.

Mon mot ?
Le nombril n’est pas le centre du monde (ou l’inverse). Attention à ne pas finir moitrinaire !


Témoignage :

1. En tant qu ’auteur, j’ai écrit deux pièces, dont une de commande, avec une aide à l’écriture. Je les ai envoyées, imprimées, à prés de 150 professionnels de la culture. J’ai eu 4 retours de lecture. Et la compagnie qui me l’a commandée, avec laquelle j’ai travaillé, n’en a rien fait, montant un spectacle universel, en grommelot, qui a été un échec pour une équipe vouée au succès.

Leçon pour moi : sortir de la chaîne de production publique ou privée qui suppose qu’on ait des relations, qu’on soit en réseau ou en famille…

Ma prochaine écriture débouchera sur une réalisation qui ne devra rien à l’argent public, à la presse, qui sera en rupture avec les pratiques de la profession… Si je rassemble en amont les spectacteurs de ce projet, il verra le jour…

2. En tant qu’éditeur (entre autres de la Lettre au directeur de théâtre de Denis Guénoun, 3 tirages: 2500 exemplaires) je reçois des manuscrits.
Je n’édite que 4 à 5 textes par an, si possible qui vont être montés, ce qui favorise leur diffusion.
Un artisan comme moi, trés présent sur la fabrication, la correction des épreuves, rencontre la plus grande indifférence auprès des directeurs de théâtre (lisent-ils, achètent-ils, faut-il aussi leur offrir les livres en service de presse, eux dont les salaires et les avantages… ?), auprès des bibliothécaires, des libraires, des tutelles qui soutiennent les uns et pas les autres ( j’ai renoncé à solliciter le CNL, Beaumarchais, à rencontrer le directeur du livre de " ma " DRAC).


3. En tant que lecteur de manuscrits, je trouve deux dominantes : les sujets abordés traitent des problèmes d’individus, de duos, de trios aux prises avec… ; les écritures sont en fragments ou sont des montages…
Dans l’ensemble, c’est noir, c’est violent, c’est déprimant, ça n’ouvre aucune voie. I
ll y a des auteurs, des scénaristes, imaginatifs, mais bien moins que José Bové à Seattle ou à Millau, qui a les pieds et la tête dans le réel, et qui mériterait une épopée pour la cour d’honneur du palais des Papes.
Les scénaristes américains sont plus proches des combats menés, à mener pour faire prendre conscience, changer des aspects du monde.
Comparez Brokovitch à Baise-moi !

4. En tant que directeur, il m’arrive de passer commande avec ou sans aide à l’écriture, d’organiser des résidences d’écriture avec ou sans aide.
Dois-je dire mon étonnement devant des comportements indélicats : résidence aidée non effectuée, manuscrit non livré, manuscrit proposé à un autre éditeur… ?


HORIZONS 1

faut-il donc que les fils
trouvent les repères nécessaires à leurs itinéraires de marchands
que leurs pères n'ont indiqués sur nulle carte

faut-il donc que les fils
construisent les repaires que n'ont pas édifiés leurs pères
repaires nécessaires sur leurs itinéraires d'aventuriers

nous avons souffert
des guerres de nos pères
de leurs étendards sanglants

nous avons à inventer
en mettant bas les banques de la possession
n'est-ce pas les Bardi les Peruzzi
en mettant bas les églises de la perversion
n'est-ce pas Sepulveda Torquemada
sur le ventre dur de leurs certitudes
avec nos mains d’Hercule
notre ingéniosité de Dédale
nos désirs d’Icare
nous avons à inventer
la seule terre permise
la seule terre possible

la terre non promise
la terre paisible


HORIZONS 2

faut-il donc que les filles
trouvent les pelotes nécessaires à leurs itinéraires de labyrinthes
que leurs mères n'ont pas laissées en héritage

faut-il donc que les filles
construisent les amers que n'ont pas édifiés leurs mères
amers nécessaires sur leurs itinéraires de messagères

nous nous sommes nourries
des sourires de nos mères
de leurs rêves d’amours flous

nous avons à inventer
très prés du quotidien conforme
n’est-ce pas Aïdée, Pasiphaé pleine de moi, ton Minotaure
loin de l'ordinaire répétition
n'est-ce pas Annie, Pénélope rêveuse de moi, ton Ulysse
sur le ventre tiède de leurs mystères
avec nos doigts de perce-neige
nos bras de carrousel
nous avons à inventer
le seul amour aimant
le seul amour vivant


l’amour du dernier jour
comme au premier jour

(La parole éprouvée,
Les Cahiers de l’Égaré, 2000)
Par Jean-Claude Grosse
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Lundi 5 mars 2007
Je mets en ligne ce point de vue de Hervé Loichemol, paru dans Le Monde du 14 février 2006, en lien avec ce que je raconte en note de l'article sur la création de Ruth éveillée, en ligne sur ce blog.
Après l'interdiction de 1993, Hervé Loichemol avait demandé un récit sur cette question à Yves Laplace, paru au Seuil: Nos fantômes, l'affaire Mahomet.

Une fatwa contre Voltaire ?
par Hervé Loichemol

LE MONDE | 14.02.06 | 13h54 • Mis à jour le 14.02.06 | 13h54
En septembre 1993, Tariq Ramadan faisait son entrée dans le débat public. Il interpellait l'opinion et les autorités genevoises au sujet d'un projet de mise en scène - que je voulais réaliser - de la tragédie de Voltaire Le Fanatisme ou Mahomet le prophète. Les autorités culturelles locales allaient se ranger à l'avis de M. Ramadan et de M. Hafid Ouardiri, actuel porte-parole de la mosquée de Genève. Elles renonçaient à inscrire cette production dans le cadre des commémorations du tricentenaire de la naissance de Voltaire (1694), empêchant la création du spectacle.

Douze ans plus tard, toujours fidèle au poste, M. Hafid Ouardiri, solidement armé de la tolérance dans la main gauche et du blasphème dans la droite, est de nouveau intervenu auprès des autorités françaises et suisses pour que la simple lecture de cette pièce soit interdite. Cette fois, les responsables politiques et artistiques de Genève et de la France voisine ont décidé de faire respecter les règles laïques : la lecture tant redoutée eut donc lieu le jeudi 8 et le samedi 10 décembre 2005, au Centre culturel Jean-Monnet de Saint-Genis-Pouilly et au Théâtre de Carouge-Atelier de Genève, en présence d'un nombreux public et sous la protection de la police.

En quoi consistait le crime ? Il s'agissait pour quelques comédiens de lire une tragédie en 5 actes et en alexandrins, écrite il y a 264 ans, disponible aux éditions Gallimard depuis longtemps, très récemment publiée en Garnier Flammarion, accessible sur Internet et jouée l'année dernière pendant plusieurs semaines dans un théâtre parisien sans l'ombre d'un problème. La vigilance des censeurs n'est donc pas infaillible. Pourquoi diable la présentation publique de cette pièce, censurée pour la commémoration de Voltaire, est-elle devenue possible douze ans plus tard ? Nos dévots actuels n'ont peut-être pas mesuré que le déshonneur de la commémoration avait laissé des traces qui demandaient à être réparées.

Ils n'ont sans doute pas vu que les responsables artistiques et politiques avaient changé. Ils n'ont pas compris que Tariq Ramadan ne pouvait plus exposer son image dans une histoire aussi périlleuse.

L'affaire des caricatures danoises allait le montrer : pour instiller des interdits religieux dans l'espace laïque, il convient aujourd'hui d'éviter les gros mots de censure ou d'interdit. Il est plus efficace de développer une rhétorique suave : désormais, la liberté d'expression doit être limitée par les catégories précises et reconnues du respect, de la délicatesse et du raisonnable. Une liberté bien tempérée, donc, et à consommer avec la plus vive modération.

Jusqu'à plus ample informé, Voltaire n'est l'objet d'aucune fatwa à titre posthume. Pourquoi donc la lecture individuelle, autorisée chez soi, ne le serait-elle pas à plusieurs dans une salle de spectacles ? Ce texte ferait-il donc partie de ceux qu'on ne lit que d'une main ? Y aurait-il un danger à se rassembler dans des salles obscures pour reluquer des corps susurrants ?

Remercions les censeurs de nous rappeler une évidence : le théâtre possède encore - pour combien de temps ? - le pouvoir de questionner, de déranger, voire de séduire. Nul doute que les fanatiques voient dans les pratiques théâtrales une concurrence déloyale, une espèce d'exercice illégal de la captation des esprits.

Rappelons aux censeurs d'autres évidences : personne n'est obligé d'aller dans une salle de théâtre ; les spectateurs sont invités à s'y rendre individuellement ou en groupe, très rarement en corps constitué ; le public y accède librement en payant sa place ; la liberté de parole est un des principes qui règlent l'échange entre les acteurs et les spectateurs.

Mais il est un autre principe et d'une autre portée : au théâtre, la vérité ne tombe pas du ciel. Le semblant y règne - le mensonge si l'on veut. C'est lui qui fait advenir la vérité. En acquittant son droit d'entrée, le spectateur accepte que le Néron de Racine ne soit pas celui de Tacite ou de Suétone, que le Caligula de Camus ne soit pas celui des livres d'histoire et qu'il s'appelle à la ville Gérard Philipe ou Charles Berling. Le spectateur normal achète consciemment le droit d'assister, parfois de participer, à ce jeu des identités. C'est donc prendre les spectateurs pour de parfaits crétins que de répéter inlassablement que le vrai Mahomet n'était pas celui décrit par Voltaire. Tout le monde le sait depuis toujours, et tout le monde s'en moque.

Ne soyons pas naïfs : nos illuminés n'ignorent rien de tout cela. Leur visée n'étant pas religieuse, mais politique, s'ils prétendent interdire, ce n'est pas par ignorance, mais en connaissance de cause : leur ritournelle est destinée à circonscrire des territoires, à les marquer et à les annexer. Lesquels ? Evidemment, les lieux où s'exerce ce jeu des identités - on y perd son latin ou son arabe classique. Les lieux où s'exerce l'interprétation, où un mot peut signifier différemment en fonction d'une intonation, d'un regard ou d'un signe quelconque. Les lieux où la vérité n'est plus révélée, mais travaillée, élaborée, produite par les femmes et les hommes dans un partage ironique des significations. Les lieux où les textes relèvent de la mythologie ou de l'histoire, mais plus du sacré. Les lieux où Abraham, Jésus ou Mahomet ne valent pas plus qu'Hamlet, Robespierre ou Tartuffe, où ils ne sont plus la propriété des religions, où les religions deviennent un moment de l'histoire de l'humanité. Des lieux donc où les religions ne sont plus en droit ni en mesure d'imposer leur loi.

C'est contre cette inexorable expropriation que s'activent les censeurs. On comprend leur divine fureur.

Metteur en scène, Hervé Loichemol prépare un spectacle sur Adriano Sofri qui sera représenté à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon en juillet 2006.

HERVÉ LOICHEMOL
Article paru dans l'édition du 15.02.06

Déjà, il y a quelques années (1988-1989), quand je dirigeais la revue Aporie, j'avais été destinataire d'une lettre d'intégristes toulonnais (le Front Intégriste du Var), me demandant d'intervenir auprès de François Mitterrand pour qu'on expurge des Pensées de Pascal, les Pensées 595, 596, 597, 598, 599, 600 et 601 (j'ai reproduit cette énumération têtue telle que) dans Le Livre de Poche, lettre publiée dans le N° 11 d'Aporie, Le Soleil, 1989, envoyée au Président de la République (F.M.) et au journal Le Monde.
grossel

Tariq Ramadan ment sur la pièce de Voltaire

Tariq Ramadan est-il, oui ou non, intervenu en 1993 pour empêcher que la pièce de Voltaire sur Mahomet soit jouée en Suisse ? Régulièrement accusé de tenir un double discours et soucieux de se refaire une image, le prédicateur nie. Mais les faits sont têtus...

La pièce devait célébrer le tricentenaire de la naissance de Voltaire, organisé par l’État et la ville de Genève. Sa représentation n’aura jamais lieu. Après des semaines de campagne de la part de leaders islamistes, la subvention prévue pour la monter n’est finalement pas accordée. Dix ans après les faits, Tariq Ramadan nie formellement avoir joué le moindre rôle dans cette affaire, que ce soit sur son site web, lors d’une interview accordée à Robert Ménard de Reporters sans frontières pour la revue Médias (mars 2005) ou dans une tribune envoyée au journal Le Monde le 23 février 2006. Un simple rappel des faits prouve pourtant le contraire.

Rappel des faits
Nous sommes au printemps 1993. Hervé Loichemol, metteur en scène de gauche, militant antifasciste (il a mené une opération de solidarité avec les Bosniaques contre les génocidaires), mais aussi libre-penseur anti-intégriste (il a monté un comité pour soutenir les intellectuels algériens), souhaite célébrer le tricentenaire de Voltaire en montant l’une de ses pièces, Le Fanatisme ou Mahomet le prophète.

Cinq ans après l’affaire Rushdie – que Loichemol a soutenue en compagnie d’intellectuels comme Fethi Benslama –, la pièce de Voltaire correspond au besoin de liberté d’expression du moment. Elle montre que l’islam était une religion plutôt égalitaire par rapport à la société mecquoise de l’époque. Mais aussi, comment toute religion, aussi égalitaire et juste fût-elle, n’est pas à l’abri d’un caprice ou d’une injustice commise au nom de Dieu. Il s’agit en réalité d’une allégorie contre tous les fanatismes et tout particulièrement d’une charge contre le « christianisme odieux ». En 1742, Voltaire avait dû interrompre sa pièce le temps du passage à Paris de l’ambassadeur de Turquie, puis elle fut suspendue après trois représentations par « ordre supérieur », parce que véhiculant un message jugé « dangereux pour la religion ». C’est donc une pièce majeure de l’œuvre de Voltaire et Loichemol souhaite lui rendre hommage.

Le projet roule. Début 1993, Hervé Loichemol déjeune au restaurant Le Coutance à Genève avec Erica Deuber-Pauli, militante communiste en charge des Affaires culturelles de la ville de Genève, et deux directeurs d’institutions culturelles genevoises. Ils sont partants. Le spectacle est envisagé pour l’année suivante… Mais plus l'échéance approche, plus le projet suscite la controverse. Un premier leader islamiste monte discrètement au créneau : Hafid Ouardiri. Il s’agit du recteur de la mosquée de Genève (financée et orientée par les Saoudiens), un ami d’enfance de Tariq Ramadan, du temps où le père et modèle de « frère Tariq » était lui-même financé par les Saoudiens. Les deux hommes sont alors assez proches. D'ailleurs, deux ans plus tard, en 1995, le recteur de la mosquée de Genève hébergera le comité de soutien à Tariq Ramadan pour dénoncer son interdiction de séjour en France… Ouardiri, donc, demande la censure de la pièce au nom du respect de l’islam. Mais c’est au nom du respect des « sensibilités religieuses » qu’Alain Vaissade, conseiller administratif de la ville de Genève, qui connaît lui aussi très bien Tariq Ramadan (il a été son professeur), recule : « Même si Voltaire croise le fer avec le catholicisme, Le Fanatisme ou Mahomet présente les musulmans comme sanguinaires. Elle peut toucher et exacerber les sensibilités religieuses. »

Ne pas blesser « les sensibilités religieuses »
En 1993, déjà, l’argument porte. Mais rien n’est encore joué. L’avis de Vaissade n’est pas encore une décision. Et Loichemol porte l’affaire à la connaissance des médias dans l’espoir d’obtenir gain de cause contre ce qu’il estime être une forme de censure : « On ne peut pas célébrer Voltaire en interdisant l’une de ses pièces. C’est une contradiction dans les termes. » Entre alors dans l’arène Tariq Ramadan, qui va servir à légitimer le refus de subventionner la pièce de Voltaire. Très précisément à partir du 25 septembre 1993, date à laquelle il s’exprime publiquement dans Le Journal de Genève. À aucun moment, Ramadan n’exige la censure de la pièce au nom du blasphème. Il se contente de culpabiliser ceux qui voudraient la monter malgré les protestations. En expliquant qu’elle risque de blesser les musulmans : « En ce moment, les musulmans bosniaques apparaissent en plein cœur de l’Europe comme les nouveaux ennemis. On ne peut pas décider de monter Mahomet en faisant abstraction d’un contexte explosif. » Le contexte n’est qu’un prétexte. En l’occurrence, les musulmans n’apparaissent pas comme les ennemis, mais plutôt comme les victimes, puisque les Européens se sentent solidaires des Bosniaques exterminés par les Serbes… Loichemol fait d’ailleurs partie de ces Européens-là. Mais peu importe, l’essentiel est de culpabiliser. Un art où Ramadan excelle ! Ce n’est ni sa première ni sa dernière intervention contre la pièce, puisqu’il déclare dans ce même article du Journal de Genève : « Les autorités m’ont demandé mon opinion. Je leur ai répondu ceci : peut-on, au nom de la liberté d’expression, blesser une population qui a l’impression qu’on ne l’aime pas ? »

La censure dans un gant de velours
Le 27 septembre, Tariq Ramadan écrit à Erica Deuber-Pauli – une amie proche – pour s’étonner de la tournure publique prise par les événements. Visiblement, il se serait bien contenté d’être consulté à titre amical, dans l’ombre, sans avoir à y prendre part publiquement. Ce qu’il fait pourtant. Et avec une certaine efficacité. Le lendemain, le conseiller administratif de Genève fait paraître un communiqué pour signifier qu’il émet un avis négatif. La décision, elle, est reportée à novembre. Les autorités se donnent encore un peu de temps pour trancher. Tout peut donc encore changer. Tariq Ramadan va alors intensifier ses efforts et multiplier les interventions médiatiques. La presse suisse, où il a de très nombreux contacts, commence à lui être favorable. Loichemol se voit même soudainement soupçonné d’être « islamophobe », autrement dit raciste. Ce qu’il vit très mal. Mis en position d’accusé, il décide d’organiser un débat au théâtre de Poche, dans le centre-ville de Genève, le 3 octobre.

Tariq Ramadan débarque entouré d’une dizaine de filles voilées, qui distribuent des tracts. Il s’agit d’une lettre ouverte adressée à Hervé Loichemol, dans laquelle Tariq Ramadan demande implicitement de ne pas jouer la pièce pour ne pas offenser les musulmans : « Vous appelez cela “censure”, j’y vois de la délicatesse. »

La lettre ouverte sera publiée dans La Tribune de Genève le 10 octobre 1993. En attendant, au théâtre de Poche, Hervé Loichemol découvre le style inimitable de Tariq Ramadan. Une âme de réactionnaire pur et dur, dans un gant de velours. Le metteur en scène cherche à le pousser dans ses retranchements en lui posant à trois reprises cette question : « Monsieur Ramadan, je voudrais connaître votre position sur l’affaire Rushdie ? » À trois reprises, Ramadan esquive et ne répond pas.

Côté public, le moraliste est parvenu à se faire passer pour la victime… Présente dans la salle du théâtre de Poche, Erica Deuber-Pauli annonce que le dossier de subvention pour la pièce n’est plus accepté, mais simplement « à l’étude ». Alain Vaissade décide, lui de ne pas accorder la subvention. « Il y a des précautions à prendre », dit-il. Nous sommes le 12 octobre, soit quinze jours après l’irruption de Ramadan dans le débat public. Le prédicateur a obtenu gain de cause, sans même avoir eu à réclamer officiellement le retrait de la pièce. Et, simplement parce qu’il n’a pas fait interdire lui-même la pièce (ce dont personne ne l’accuse !), il estime n’avoir joué aucun rôle dans cette affaire.

Lorsque Ramadan se tait, Voltaire parle
Écœure par tant de mauvaise foi, épuisé aussi par tant de mensonges et de campagnes diffamatoires, Hervé Loichemol décide de quitter la Suisse pendant un temps. Son cauchemar manque recommencer treize ans plus tard. Le 8 décembre 2005, lorsque la petite ville de Saint-Genis-Pouilly lui demande de faire une lecture de la pièce de Voltaire sur Mahomet. Sitôt alerté, Hafid Ouardiri de la mosquée de Genève part en campagne et écrit au maire pour se plaindre. Hervé Loichemol se dit prêt à renoncer : « Je ne veux pas revivre ce que j’ai vécu il y a dix ans, je laisse tomber. » Mais cette fois, le maire et le préfet lui demandent de tenir bon. Ils lui promettent même une protection policière. Le jour du vernissage précédant la lecture, devant trente à quarante personnes médusées, Hafid Ouardiri débarque pour faire son show. Comme Ramadan, il nie toutefois avoir demandé l’interdiction de la lecture. Le maire, qui s’y attendait, montre la lettre écrite par Ouardiri… qui prouve le contraire.

Cette fois surtout, Tariq Ramadan n’intervient pas dans le débat public. Et pour cause. Nous sommes précisément au moment où le prédicateur tente de redorer son blason et nie être intervenu contre cette pièce en 1993, afin de renforcer ses liens avec certains altermondialistes… Et devinez quoi ? Cette fois, la pièce a bien eu lieu.

Caroline Fourest
11 février 2007
Par Jean-Claude Grosse
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Samedi 26 mai 2007
Un débat prend forme

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Descente de Velickovic

Rémy Aron directeur de la Maison des artistes a déclenché une forte polémique. A la veille des élections présidentielles, il a sollicité les candidats, leur demandant de prendre position sur la crise des valeurs de l'art et sur la politique institutionnelle. Seul Nicolas Sarkozy a bien voulu entamer un dialogue.

Nombreux sont ceux qui préfèrent maintenir dans les limites du contexte de la campagne électorale et sur le terrain partisan de la politique politicienne, les propos de Rémy Aron . Des propos nécessairement "réactionnaires". ("Dans la foulée des propos réactionnaires de Rémy Aron... " Roxana Azimi, Le Journal des arts)

Or dans le même temps circule un manifeste "L'art c'est la vie" signés par des artistes de toutes tendances esthétiques et de tous bords politiques. Ils partent du même constat, le milieu artistique est verrouillé. Ils réclament les mêmes réponses que Rémy Aron aux difficultés sans nombre posés à l'art et aux artistes depuis vingt-cinq ans en France.

Au delà des intérêts nécessairement particuliers qui motivent et motiveront certaines prises de parole dans ce débat, nous avons choisi de retranscrire dans Art Point France Info le texte bien informé et bien argumenté de Aude de Kerros (voir l'article ci-dessous : La querelle) qui défend la position du directeur de la Maison des artistes.

Nous vous offrons par ailleurs la possibilité de répondre comme nous à l'appel des artistes et intellectuels signataires du manifeste "L'art c'est la vie". (voir ci-dessous)

Enfin, d'accord avec l'appel lancé par l'équipe de Cassandre/Horchamp quand elle déclare "Regroupons nos pensées même si elles sont diverses, surtout si elles sont diverses" nous vous livrons leurs Raisons d'agir (voir ci-dessous) qui sont le sujet et l'objet de deux réunions publiques les 14 et 18 mai.

L'analyse d'un problème (et il est réel pour au moins 40 000 artistes aujourd'hui et d'innombrables professionnels de l'art ) suppose que l'on fasse retour sur des faits, des idées pour les critiquer. Elle réclame un état des lieux et nécessite des remises en cause.

Notre plus grand souhait est que le débat prenne forme et que les véritables solutions qui sont avancées ne soient pas traitées comme de vaines récriminations mais comme des actions à mener dans le cadre d'une nouvelle politique culturelle dont l'art est un aspect essentiel, un enjeu éducatif.
Catherine Plassart

La querelle
Le débat caché sur l’art refait surface…
La transgression de Rémy Aron
Le Manifeste de « l’art c’est la vie »

Il existe en France un débat sur l’Art, un débat caché. Un débat évité par les grands médias, craint par ceux qui exercent le pouvoir culturel sans aucun contre pouvoir. Pour ces privilégiés la ligne de défense est d’éviter toute polémique visible, de diaboliser l’adversaire et de culpabiliser le public non initié.
_Cependant il est arrivé, entre novembre 1996 et mai 1997 très exactement, que le débat apparaisse au grand jour avant de disparaître jusqu’aujourd’hui, non sans faire quelques réapparitions furtives à l’occasion d’affaires judiciaires comme ce fut le cas récemment avec l’affaire « Présumés innocents » ou « l’affaire Pinoncelli ». Les tribunaux sont en effet de plus en plus sollicités pour se prononcer sur ce qui n’est pas de leur ressort: le statut artistique de certains objets incertains.

Comment faire pour que l’on parle des choses interdites? Le débat interdit a pris une forme inattendue… Voici les faits : Le bureau de la Maison des Artistes et son Président Rémy Aron ont voulu profiter des élections présidentielles pour « communiquer » et faire connaître les problèmes de survie des 45 000 artistes qui cotisent au Régime de Sécurité Sociale*1 dont ils ont la charge, Régime par ailleurs exemplaire parce que bénéficiaire. Ils ont demandé à chaque candidat aux présidentielles leur programme sur les questions intéressant les artistes plasticiens pour diffuser ces informations sur leur site Internet. Rémy Aron sollicita également à chacun un rendez- vous afin d’exposer les souhaits de la profession.
_Deux candidats on envoyé leurs programmes: Besancenot l’a fait sous forme d’un mail reproduisant les lignes générales de son programme. Sarkozy a répondu par une lettre très précisément à toutes les questions posées en reconnaissant l’importance de la Maison des Artistes dans la représentation de ceux-ci.
_Rémy Aron et François de Verdière ont été invités par José Freshe et Stéphane Fradet-Mounier à exprimer les desiderata des artistes au cours d’un interview retransmis sur NS-TV*2, diffusé sur le site Internet du candidat. Au cours de cette entrevue furent évoquées quelques convergences entre les demandes de la Maison des Artistes et le programme de Nicolas Sarkozy.
_La chose fit scandale et une campagne de presse se déclencha contre Rémy Aron accusé d’avoir « donné des consignes de vote en faveur de Nicolas Sarkozy », ce qui bien sur n’a jamais été le cas*3, ce n’est pas dans ses compétences.
_Si les opinions personnelles de Rémy Aron sont connues pour être à droite (UMP), elles n’entrent pas ici en ligne de compte. Le but de l’opération était, en accord avec ses mandataires : donner une visibilité aux points de vue des artistes et faire du lobbying en prévision de la suite des évènements.(Cela a été une pratique générale pendant cette campagne devenue la grande occasion pour communiquer). Ils ont d’ailleurs été très surpris de l’indifférence des autres candidats à leurs requêtes.
_La mission fut un succès: Cette vidéo a été la plus consultée du site de Sarkozy ce qui montre que les français sont intéressés par la question de l’art. Cette stratégie de communication a eu pour résultat remarquable d’avoir pu exposer pour la première fois au grand public les vrais problèmes des artistes vivant en marge de l’Etat. Ils ont d’ailleurs été les seuls visibles pendant cette campagne…

Parlons-en !_Cela valut à Rémy Aron, dix jours après, un lynchage médiatique en règle et organisé. Entre le 20 avril au 4 mai, il eut droit à un tir groupé: … Le Monde condamne le délinquant*4, Annette Messager sur France Culture*5 exprime sur un ton ou l’émotion est a son comble sa stupéfaction et sa révolte devant des propos « indécents », « obscènes » et « réactionnaires ». le « Journal des Arts » *6 parle de relents populistes et pétainistes, les Inrockuptibles*7 titrent « Un réac à la Maison des Artistes » et évoquent Le Pen, comme en 1997 …C’est la seule parade !
_Et c’est là que l’on voit le débat occulté refaire son apparition subrepticement... Car Rémy Aron est mis en accusation non pas tellement à cause de la bataille électorale en cours mais parce qu’il a exprimé des conceptions artistiques contraires au dogme de L’AC*8.
_Rémy Aron a en effet employé la transgression, seule méthode efficace pour qu’enfin on entende parler dans les médias des problèmes de la Maison des Artistes dans la grande presse. Ainsi, il remercie Nicolas Sarkozy d’avoir réintroduit l’idée de « beauté », d’avoir parlé d’excellence et de valeurs. Pour aggraver son cas Rémy Aron a aussi défendu l’enseignement de l’Histoire de l’art et du dessin à l’école. Et là intervint un quiproquo étonnant : Rémy Aron, lui même peintre, explique que le dessin est fondé sur la hiérarchisation des « valeurs » ce qui veut dire, en termes de métier, la maîtrise de l’échelle qui va de l’ombre à la lumière. Ce mot ainsi que celui de « beauté » va déclencher une hystérie collective dans une partie du milieu de l’art.

La bigotterie post-moderne_Devant cette campagne de presse on reste perplexe Au delà de la stratégie visant à limoger Rémy Aron menée par un groupe influent qui n’en est pas à sa première tentative, on peut observer le déclenchement d’une réaction irrationnelle, une terreur quasi religieuse devant le mal incarné dans la personne du Président de la Maison des Artistes.
_Qu’a t-il de si effrayant ? Rémy Aron demande la défiscalisation des achats d’œuvres d’art, la reconnaissance de la diversité des expressions au sein du Ministère de la culture, il réclamme que les artistes soient représentés dans les Conseils qui décident de leur sort. Il veut mettre l’artiste au centre de la vie artistique. Il a osé critiquer les FRAC, Marcel Duchamp et les Institutions qui ont aboli toute diversité artistique.

La transgression de Rémy Aron_Daniel Buren et quelques autres célébrités ont déclaré : « c’est très grave ! »*9. On les comprend, ils ont tout à perdre. Mais c’est un petit nombre…Alors pourquoi ce tremblement d’horreur devant la transgression de Rémy Aron ? Le bruit court que le monde de l’art est en danger à cause de lui, que c’est « le retour à l’ordre ».
_En parlant du « beau », de la « hiérarchie des valeurs », de ce travail de maîtrise de l’espace qu’est le dessin, Remy Aron a en effet prononcé des mots tabous capables d’ébranler les certitudes des auteurs d’AC: la Foi dans le dogme qui affirme que toutes les œuvres sont équivalentes et que tous les artistes sont égaux entre eux. Il a touché au privilège qui est à la source de la réussite de quelques uns et la consolation de ceux qui n’ont pas connu le succès. Toute foi aide à vivre mais elle est fragile, le doute n’est jamais loin... On comprend l’ampleur du traumatisme et la cause de l’hystérie.…
_Les personnes désirant évacuer Rémy Aron n’ont donc eu aucun mal à lancer une pétition pour qu’il démissionne. Des « noms » comme Boltansky, Sophie Calle, Anette Messager, Sarkis donnent l’exemple… Un millier d’artistes*10 l’ont signé, dit-on dans « Le Monde » du 5 mai…reste les quarante quatre mille autres cotisants artistes professionnels…

Un nouveau Manifeste_Au même moment et sans concertation un Manifeste circule signé par une centaine d’artistes souvent connus. La nouveauté absolue est qu’il s’agit d’un mélange de peintres de toutes tendances dont deux académiciens et de conceptuels, tout particulièrement des membres de Supports Surface, mouvement conceptuel radical, grandes figures de l’art officiel, ayant évolué depuis vers la peinture.
Il a pour nom « L’art c’est la vie ». (cf l'article suivant) Cette formule fait sans doute écho à Dada, aux Surréalistes, à Fluxus, à Beuys et à Duchamp *11. Elle souligne le mouvement perpétuel, le dépassement des contraires propre à l’art et réaffirme l’idée postmoderne que « tout est art » et va au bout de la formule en y incluant aussi « l’art », exclu jusque là. Ce manifeste montre que l’on a changé d’époque et que l’AC ne peut plus, sans se trahir, refuser au « Grand art » toute légitimité, comme ce fut le cas pendant un demi-siècle.

« L’art c’est la vie »_Que dit-il ? « Nous représentons trois générations et des courants et options esthétiques différents. Il est temps d’ouvrir le débat . Peintres et sculpteurs sortent de leur réserve pour la première fois depuis 1972 »
Suit une dénonciation du « Ministère public qui désorganise le cadre naturel par ses excès »._Il dénonce « le monopole officiel, les manipulateurs masqués qui imposent une pensée unique soumise au marché et à la mode, l’art du spectacle »
_Il condamne : « La centralisation abusive du pouvoir aux mains d’un petit groupe de censeurs » ainsi que « le détournement des FRAC, les choix mondains de l’AFAA ».
_Ils demandent de « libérer la création de l’encadrement officiel » et de « témoigner de la diversité artistique ». Ils veulent « la participation effective des artistes aux Conseils qui décident de leur sort », souhaitent « le soutien des initiatives privées par des mesures efficaces » et enfin « l’enseignement artistique dans les écoles »
_ _Ce manifeste correspond, au programme voté par l’AG de la Maison des Artistes, défendu par Rémy Aron dans sa campagne de lobbying…Cela prouve qu’il y a aujourd’hui une grande majorité d’artistes qui mettent radicalement en cause la politique culturelle pratiquée depuis trente ans dans le domaine des arts plastiques.

La conversion de Pierre Restany _Cette évolution concerne même certains conceptuels qui ont sans doute connu la même évolution que Pierre Restany à la fin des années 90 qui lui faisait dire : « L’Art contemporain est une forme parfaite du totalitarisme, une forme pure, un enfermement métaphysique, une subversion parfaite. C’est l’art de la pensée déviante ».
_Le dernier livre écrit par Pierre Restany*12, à qui l’on doit pourtant d’avoir imposé le conceptualisme en France, concerne l’œuvre du sculpteur René Letourneur (1898-1990) qui a connu la grande formation classique et a été Prix de Rome.
_Pierre Restany en 1999, après avoir déclaré quarante ans plus tôt à la planète entière que « l’art n’était plus légitime », évoque René Letourneur en ces termes : « Les sculptures de Letourneur possèdent ce surplus de spiritualité organique qui les projette au delà du seuil de la modernité. Et à ce titre j’aime croire qu’elles pourraient aisément s’intégrer dans l’espace domestique où les sites extérieurs de l’architecture post moderne, dans la pure logique de l’éclectisme cher à ses protagonistes. (…) « Il n’est pas dit que l’avenir de l’art contemporain réside encore longtemps dans l’idéologie pure et dure de la rupture cyclique avec la tradition, au nom d’un progrès technologie qui ne connaît comme limites que celles du défi humaniste envers la machine intelligente. Car ce défi lui-même peut prendre une tournure plus traditionnelle, celle de la transcendance »
_._Cela veut-il dire qu’il commence a être admis en France que chaque artiste puisse choisir librement sa voie sans être diabolisé et exclu? Choisir s’il veut être un peintre, un sculpteur, un graveur ou bien un « auteur contemporain »*13, comme c’est le cas dans tous les autres pays du monde ?
_Choisir si l’on accepte d’être « évalué » quand on est un artiste ou simplement « commenté » si l’on est un « auteur contemporain » ?

Nous sommes sur la ligne de faille..._Mais parions que l’apparition du débat ne sera pas de longue durée…Trop d’intérêts sont en jeu. Il disparaîtra donc mais réapparaîtra encore, sous peu.
_ _En attendant la mesure concrète de la défiscalisation défendue par Rémy Aron pour les achats d’art situés dans la tranche qui va jusqu’à 10 000 euros*14 est un moyen simple pour que les artistes qui exercent leur art hors de la spéculation financière propre à l’AC et des subventions de l’Etat puissent vivre de leur art. Chacun aurait à nouveau sa chance dans la voie librement choisie.
_ _Aude de Kerros

_*1 L’Association de la Maison des Artistes a des missions diverses dont celle d’organiser l’Aide Sociale, d’assurer les relations régionales, européennes et internationales. Elle s’occupe du statut des artistes et de ses conditions de vie, de l’éducation artistique et de la formation. C’est elle qui gère le régime de « Sécurité Sociale des artistes auteurs d’œuvres graphiques et plastiques » qui fluctue entre 40 000 et 45 000 affiliés dont parmi eux 16 000 artistes ont fait un acte volontaire d’adhésion afin de participer activement à la vie de l’association. C’est un Régime paritaire auquel contribuent les diffuseurs._*2 NS-TV émission Focus du 12 avril 2007 sur le site Internet du candidat UMP Nicolas Sarkozy_*3 Les médias font l’amalgame en considérant que le seul fait d’intervenir sur ce site est un appel à voter ce qui n’est pas honnête et indigne du métier de journaliste._*4 Le Monde 28 Avril 2007. Les plasticiens tous derrière Sarko ? Nathaniel Herzberg_*5 France Culture émission, « Tout Arrive », Arnaud Laporte, 20 avril 2007_* 6 « Le Journal des Arts », Roxane Azima, 27 avril 2007_* 7*« Les Inrockuptibles » 4 Mai 2007 _*8 « AC » contraction de « Art contemporain » qui ne veut pas dire « art d’aujourd’hui » mais correspond à une idéologie qui admet comme définition de l’art « Est de l’art ce que l’artiste décide être de l’art à condition que cela soit aussi reconnu par le milieu de l’art et les institutions ». Voir Christine Sourgins, « les mirages de l’Art contemporain », la Table Ronde Paris, 2005 _*9 « Le Monde », 5 mai 2005. A noter que sur ces mille artistes un certain nombre sont affiliés à la MDA mais beaucoup, tout en étant assujettis ne sont pas pour autant membres, c’est un des paradoxes qui caractérise la Maison des artistes…Par ailleurs on trouve beaucoup de noms de personnes qui ne sont pas des artistes, du milieu de l’art officiel notamment qui n’ont pas de raison de signer comme des animateurs, des fonctionnaires, des théoriciens, des dirigeants de FRAC. Visiblement des intérêts sont en cause. _*10 « Les Inrockuptibles » 4 Mai 2007 _*11 Marcel Duchamp avait inventé son double féminin : Rose Sélavy_*12 René Letourneur par Pierre Restany, Editions Cercle d’Art, Paris, 1999_*13 Le mot « artiste » étant réservé aux artistes de la main privilégiant l’accomplissement matériel et esthétique de l’œuvre. Le sens de l’œuvre étant le don de la forme. Les artistes d’AC gagneraient à être plutôt nommés « auteurs contemporains » car ils privilégient le concept._*14 Soit les prix pratiqués par 90% des artistes, ceux précisément qui n’intéressent pas le Ministère. Ils ne peuvent plus survivre en France parce que les choix officiels les ont démonétisés, qu’il n’existe pas d’autres filières de reconnaissance, peu de Fondations, pas de médias accessibles et que leurs acheteurs ont fui chassés par la pression fiscale.
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Descente de Velickovic

L’art c’est la vie !
Appel

De quoi a besoin la création pour exprimer sa vitalité, loin des carcans officiels et idéologiques ?
Nous sommes tous des engagés volontaires pleins d’énergie. L’art est notre vie. Mais, en France, l’action du ministère public qui cherchait à favoriser la vitalité créatrice des arts plastiques en désorganise désormais de plus en plus profondément le cadre naturel par ses excès :
la normalisation et le monopole d’un certain art officiel,
les manipulateurs masqués qui, au sein des institutions et notamment au Musée national d’art moderne, imposent une pensée unique, soumise au marché et à la mode, obsédée par l’art tendance, les accrochages big bang, et l’art spectacle,
la centralisation abusive du pouvoir entre les mains d’un petit groupe de censeurs qui, au sein de la délégation aux Arts plastiques et du Musée national d’art moderne, dévoient l’action de ceux qui pensent et veulent agir autrement,
la censure et le mépris que ces agents doubles du marché international imposent à la création en France au mépris de leur fonction,
le détournement des FRAC, victimes des mêmes influences,
l’isolement et l’exclusion dont sont victimes des fonctionnaires indépendants d’esprit et non conformes aux diktats officiels.
les choix incohérents, inconstants, et mondains de Cultures France (ex-AFAA).

Pour exprimer sa réelle vitalité, la création en France a besoin d’être libérée de cet encadrement officiel. Sa diffusion par le ministère public doit découler naturellement de son histoire et témoigner de sa véritable diversité. Nous demandons :
l’équité et le pluralisme des générations et des courants dans les présentations officielles de la création contemporaine en France.
la répartition équitable des lieux d’exposition temporaires, galeries contemporaines du Centre Pompidou, galeries nationales du Grand Palais, espaces du Palais de Tokyo, et galerie du Jeu de Paume, entre les différentes générations et courants d’artistes vivant et travaillant en France.
la création de conseils d’orientation pour garantir à la fois la pertinence, la transparence, le pluralisme et l’équité des orientations et des choix du Musée national d’Art moderne, de la délégation aux Arts plastiques, et de Cultures France.
une participation significative des artistes à ces conseils.
le soutien des initiatives privées par des mesures d’encouragement efficaces.
l’enseignement artistique à l’école enfin pris en compte dans les évaluations et doté des moyens nécessaires,
un lieu vaste et ambitieux pour montrer en permanence et sans complexes, à Paris comme à Londres, à Madrid, et à New York, toute la vitalité, la diversité, et l’originalité de l’art en France.


(1) Premiers signataires : Pat Andréa, Dominique Angel, Anne Anthony, André-Pierre Arnal, Bruno Badoux, Marielle Baldelli, Vincent Barré, Claude-Henri Bartoli, Nancy Barwell, Louis Bec, Gonzalo Belmonte, Vincent Bioulés, Jean-Claude Bohin, Jacques Bosser, François Bouillon, Mark Brusse, Myriam Bucquoit, Pierre Buraglio, Alex Burke, Florence Callot, Christian de Cambiaire, Louis Cane, Béatrice Casadesus, Hervé Castanet, Frank Chalendard, Jean-Paul Chambas, Claude Chaussard, Miguel Chevalier, Alain Clément, Claire Colin-Collin, Gérard Collin-Thiebault, Bernard Crespin, Henri Cueco, Marinette Cueco, Caroline Culand, Antoine de Bary, Anne Deguelle, Joël Desbouiges, Patrick Des Gachons, Daniel Dezeuze, Hervé Di Rosa, Cécile Doubre, Joël Ducorroy, Erro, Marie-Héléne Fabra, Pascal Fancony, Serge Fauchier, Hervé Fischer, Fabienne Gaston-Dreyfus, Paul-Armand Gette, Danielle Gibrat, Anne Gorouben, Daniel Humair, Christian Jaccard, Robert Janitz, Jean-Luc Jehan, Jacqueline de Jong, Peter Klasen, Joël Kermarrec, Alain Lambilliote, Jean Le Gac, Nathalie Leroy-Fiévée, Elizabeth Mercier, Jean-Michel Meurice, Bertrand Meyer-Himhoff, Michel Mourlot, Bernard Pagès, Jean-Luc Parant, Anne-Marie Pêcheur, Ernest Pignon-Ernest, Augustin Pineau, Pierre Pinoncelli, Anne et Patrick Poirier, Edouard Prulhière, André Raffray, Bernard Rancillac, Yves Reynier, Marcel Robelin, Guy de Rougemont, Marie Sallantin, Michel Sicard, Pascal Simonet, Pierre Skira, Vladimir Skoda, Tony Soulié, Peter Stampfli, Soizic Stokvis, Klaus Stoeber, Julien Terdiman, Jean-Paul Thibeau, Thierry Thoubert, Pierre Tual, Gérard Titus-Carmel, Vladimir Velickovic, Claude Viallat, Vuk Vidor, Jean-Louis Vila, Jan Voss, Michèle Waquant, Pierre Marie Ziegler.

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Crucifixion de Velickovic

En forme de manifeste :

Raisons d'agir,
par l'équipe de Cassandre/Horschamp

Je me souviens, lors du forum social européen de Florence, en 2002, avoir écouté les terribles constats d'artistes italiens du spectacle vivant empêchés de travailler par toutes sortes de censures, bloqués par une multitudes d'obstacles insidieux ou frontaux, finalement réduits, sous Berlusconi, au choix entre une extrême précarité et la soumission au commerce le plus vulgaire.

Je n'en croyais pas mes oreilles. La médiocrité au pouvoir, la rentabilité comme valeur suprême, la bêtise victorieuse, enragée, s'acharnant à détruire sauvagement tout ce qui est de l'ordre de l'élévation, du partage, de la transmission, de l'intelligence.

J'étais alors heureux et fier d'être français, de vivre et travailler dans un pays dont l'histoire est pétrie de luttes pour l'intelligence et la liberté, fondé sur une tradition de résistance suffisamment forte pour que ce cauchemar soit absolument impossible, inimaginable chez nous.

Impossible ? Vraiment ? Nous allons le savoir bientôt. Mais c'est à nous d'agir sans attendre.

Nous sommes les héritiers de luttes et d'utopies magnifiques, nous sommes les héritiers du grand mouvement de l'Éducation populaire construit dans ce pays, les enfants ou les petits-enfants des pionniers de la décentralisation théâtrale française de l'immédiat après-guerre.
_Et nous l'affirmons encore comme nous l'avons longtemps répété dans le désert : face à une Europe soumise aux impératifs délétères de la rentabilité, face à une offensive sans précédent de l'ultralibéralisme nord-américain, le service public de la culture français doit être actualisé, consolidé, défendu, et porté comme un exemple pour les autres !

Or ce fut loin d'être le cas lorsque la gauche était au pouvoir en France… Et il est peut-être désormais trop tard, au moment où l'existence même du ministère de la culture qu'André Malraux préfigura est mise en cause.
Notre revue s'appelle Cassandre et ce qu'elle annonçait est en train de se produire.

Mais c'est lorsque il est «peut-être trop tard» que les vraies énergies se lèvent et que la force du combat peut renaître. C'est donc maintenant, sans attendre.

Face au démantèlement programmé du service public de la culture français, il nous faut aujourd'hui agir vite et fort.

Impossible de laissé faire sans réagir la vague de destruction qui s'abat sur l'intelligence, la recherche, l'art, la culture. Impossible et indigne. Il en va de notre responsabilité. À nous d'être à la hauteur de l'histoire qui nous a portés. À nous de transmettre.

L’instant est grave. Dès novembre 2006, nous avons lancé un appel aux candidats à l’élection présidentielle française pour qu’ils considèrent avec un peu plus de sérieux la place de l’art et de la culture dans leurs programmes politiques.

Peut-être cela n’a-t-il pas été tout à fait inutile, mais l’état actuel des consciences est tel que nous n’avons pas réussi à provoquer l’écho et les réactions que nous estimions indispensables sur cette question vitale pour l’avenir de notre civilisation.
_Et, aujourd’hui, nous avons, les uns et les autres, toutes les raisons d’être très inquiets face à une déferlante du pire populisme télévisuel, du divertissement marchand le plus vulgaire, qui s’emploie à détruire tout ce pour quoi nous combattons.

Si les « politiques » français ne peuvent ou ne savent pas s’emparer sérieusement de cette question fondamentale, pour résister au formatage annoncé des «cerveaux disponibles», alors une immense responsabilité retombe sur nos épaules.
_Nous ne nourrissons aucune illusion, nous ne pourrons sauver l’essentiel et inventer de nouvelles voies que si nous agrégeons des compétences nombreuses, diverses et complémentaires.

Quels que soient les obstacles, nous n’avons pas le droit de renoncer, nous n’avons pas le droit de nous laisser diviser, de nous contenter de protéger des intérêts égoïstes, corporatistes ou lobbyistes.

Ne perdons pas de temps, regroupons les énergies et les pensées des acteurs sincères et authentiquement engagés dans le combat pour la défense de l'enjeu artistique et culturel.

Regroupons nos pensées même si elles sont diverses, surtout si elles sont diverses, et retrouvons-nous sur un désir de réflexion commune et d’actions. Et organisons-nous. Agissons pour susciter dans notre pays un grand mouvement de défense de l’art et de la culture DANS la société contemporaine et en particulier du service public de la culture que la France a su construire depuis une soixantaine d’années.

Nous proposons de créer aujourd'hui une force collective autour de la défense de l'enjeu artistique et culturel dans notre pays.

Nous vous invitons à deux réunions publiques autour de ces «Raisons d’agir» :
- Le 14 mai, à 20 h, au Lavoir Moderne Parisien, dans le cadre des Agoras de la Goutte d’Or ;_- Le 18 mai, à 20 h, au couvent des Récollets, autour de la lecture de fragments de «L’Esthétique de la résistance» de Peter Weiss, par Laurent Grisel.
L’équipe de Cassandre/Horschamp

Une suite à cet appel:
le N° de la revue Art absolument de septembre 2007
L'art c'est la vie







Par Jean-Claude Grosse
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Mercredi 21 janvier 2009
Note de grossel : après le discours d’investiture de Barack Obama, il me semble intéressant de remettre en valeur, aujourd’hui, 21 janvier 2009,  cet article de mai 2006 sur la pièce de Roger Lombardot : Discours d’investiture de la Présidente des Etats-Unis.
On se  demandera si Hilary Clinton aurait pu être cette première présidente des Etats-Unis.
On comparera ce discours au discours d’investiture de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis comme le disent avec abondance les médias (je ne l'ai pas trouvé dans la presse, incroyable mais vrai!).
Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau le pensent armé d’une vision, d’une intuition poétique, prophétie du passé, ouvreuse de voies à des possibles invisibles, portés aussi par d’autres, plus obscurs, voies qui ont pour nom, la créolisation du monde, le Toutmonde.
On se demandera ce que vaut son équipe, composée de gens aux idéologies diverses dont certains au lourd passif, comme Paul Volcker.
Bonnes lectures et bon esprit critique.


Création du Discours d’investiture
de la Présidente des États-Unis


Cette pièce a été écrite par Roger Lombardot dans le cadre d’une résidence d’auteur de 3 ans au théâtre de Vals-les- Bains en Ardèche : 2005-2006-2007. Le Discours est le 2° volet de cette résidence, après Sarah dont le succès ne se dément pas avec plus de 40 représentations et avant le 3° volet, prévu pour 2007 et qui aura pour thème : l’adoption.
La pièce a été créée au théâtre de Vals-les-Bains du 20 au 23 avril 2006, dans une mise en scène de Roger Lombardot, avec une mise à disposition du théâtre de 3 semaines. Collaboration exemplaire entre la municipalité, l’adjointe à la culture, le service culturel de la ville, la directrice du théâtre et l’auteur-metteur en scène.
J’ai vu le spectacle le samedi 22 avril.
Je n’ai pas faibli une minute : présent, attentif pleinement pendant 1H 15.
La mise en scène comme toujours chez Roger Lombardot est minimaliste ou sobre pour que le texte et son interprétation soient les plus valorisés possibles.
Un banc comme décor, un banc en fer peint en blanc, un banc de jardin public.
Un châle comme accessoire pour occuper les mains de la Présidente et solliciter notre regard sur ses gestes maîtrisés, sa sérénité conjointe à une volonté, une détermination émergeant d’une douceur, d’une bonté gagnées sur la « nature » guerrière de l’homme.
Des lumières construisant les espaces dont la pièce a besoin.
Quelques déplacements de la Présidente, sur le banc, vers le public, et deux séquences en voix-off : celle où Vieux Jim résume ce que l’Histoire lui a appris et le Discours lui-même.
Un grand moment d’émotion musicale : l’ouverture de la V° symphonie de Mahler que Vieux Jim faisait retentir dans sa cabane du Montana pour montrer à Petite, le génie anticipateur des artistes. En l’occurrence comment cette symphonie annonce la tragédie de la 1° guerre mondiale.
On le devine : ce discours est hors normes. La Présidente ne parle pas depuis la Maison Blanche. Elle est assise sur un banc à Manhattan et évoque pour nous, yeux dans les yeux, ce que fut son enfance auprès de ceux qui furent ses grands-parents d’adoption : Jim et Margareta, les plus proches voisins, ce que l’un et l’autre lui ont apporté, comment ses convictions vécues se sont forgées à leur contact quotidien, ce que des mots peuvent engendrer dans l’esprit et le cœur d’une « petite » reconstruisant petit à petit le puzzle, le sens de ce que l’un lui dit sur la violence de l’homme, du guerrier, de ce que l’autre lui fait découvrir sur la nature, sa beauté, sa diversité. Les parents, eux, pionniers en tout, divorcent et détruisent en quelques semaines les efforts de trois générations. À leur façon, ils ont aussi marqué Petite comme ils ont marqué un de ses trois frères engagé au Viêt-Nam pour fuir l’enfer familiail et n’en revenant pas. Il avait 23 ans et Petite ne l’était plus : elle avait ressenti dans sa chair ce que dorénavant elle allait rejeter comme idéologie et pratique de la barbarie, l’idéologie guerrière, idéologie de perdants fondamentalement, à remplacer par de nouveaux rapports entre l’homme et la nature, entre les hommes par la médiation d’une femme, la Présidente du pays le plus puissant, le plus guerrier, un pays se sentant investi d’une mission de civilisation : les États-Unis. Formée par des études de biologie, la Présidente a les arguments permettant de fonder cette nouvelle politique. On pourrait évidemment discuter point par point la philosophie de ce Discours mais il n’est pas mauvais, il est même salutaire d’entendre enfin un discours politique humaniste, ouvrant la voie à une issue pour nous sortir de la barbarie dans laquelle nous nous complaisons depuis des millénaires.
Ces confidences de la Présidente préparent le Discours, lui donnent son épaisseur, ses « justifications » profondes et quand nous l’entendons en voix-off, (ce pourrait être au micro en live et ce serait très impressionnant), sur une lumière de fond de scène de plus en plus bleue, nous savons que ce n’est pas un discours de circonstance sans lendemain mais un discours de survie, essentiel, convaincu et convaincant.
C’est pourquoi Les Cahiers de l’Égaré l’ont offert à Ségolène Royal, même si sur son site n’a pas été accueillie la note critique de grossel sur le premier chapitre de son livre : Le désordre démocratique : premier diagnostic.
La comédienne, interprétant le rôle de la Présidente est d’origine anglaise : Alison Corbett et elle donne à la Présidente la présence forte d’une femme de conviction, irradiant par sa bonté acquise par la souffrance, l’inverse d’une « dame de fer » à la Thatcher.
Ce spectacle sans superflu, traçant sa trajectoire dans l’humanité d’une femme, alerte notre réflexion, mobilise notre énergie, aiguise notre envie d’issue, de sortie du catastrophisme ambiant et généralisé. : il faut puiser dans notre humanité la force de combattre notre inhumanité.
Espérons que ce spectacle rencontrera un écho aussi favorable que Sarah. L’écoute dans la salle le 22 avril fut remarquable, par un public de tous âges. Et les discussions dans le hall après le spectacle montrèrent que Lombardot et son interprète avaient touché juste.
Jean-Claude Grosse, le 1° mai 2006.

Extrait du discours d'investiture
de la Présidente des États-Unis

… Et le rire éclatant de grande petite fille de ma chère Margareta. Et ses mots :
– Lorsque dans ton cœur tout ira mal, tourne-toi vers le monde !…
C’est ce que j’ai fait. D’abord, en étudiant la biologie, puis, plus tard, en m’orientant vers la politique. J’ai toujours pensé que les deux disciplines étaient complémentaires. En ce sens qu’elles nous rapprochent toutes les deux du vivant. D’ailleurs, je crois qu’on pourrait souvent s’inspirer du comportement des autres espèces pour améliorer l’organisation de la vie en société… La façon dont les arbres se regroupent pour maintenir l’équilibre au sein d’un écosystème, par exemple… Je vais peut-être déranger en disant cela, mais il m’est apparu très vite que la manière dont on exerce la politique est en total décalage avec la réalité. Alors que les sciences et les techniques n’ont cessé d’évoluer, notre organisation sociale paraît dater des premiers âges. La population humaine a crû, les nations ont remplacé les tribus, cependant les querelles de territoire et les appétits de conquête et de domination ont perduré. Nous nous y sommes épuisés. Si bien que nous n’avons pu trouver la force de dessiner un projet à la mesure des vertus de l’espèce… Toute notre énergie a toujours été aspirée par la peur de l’autre et le souci de nous en protéger ou de le dominer.
Cette attitude est stérilisante. Et c’est aux dirigeants politiques qu’il incombait de rechercher des modèles de gouvernement susceptibles de nous extirper des schémas guerriers. S’ils avaient fait preuve d’autant d’imagination que nombre d’artistes ou de chercheurs, le visage de l’humanité aurait aujourd’hui d’autres couleurs… Il y a longtemps que nous n’avons plus besoin de chefs de troupe mais, à leur place, de gouvernants visionnaires, respectueux du monde et de la personne humaine. Malheureusement, trop de responsables politiques, dévorés par l’ambition et le besoin de paraître, n’ont d’autre vision que le pouvoir et son accaparement à des fins personnelles. Ce comportement nous entretient depuis toujours dans la tragédie. Non seulement il discrédite la politique mais, plus grave encore, il hypothèque toute chance d’évolution vers une société juste et harmonieuse. La politique est à mon sens l’une des disciplines les plus belles et les plus nobles qui soient, par le fait qu’elle touche à notre riche matière humaine, et nous devons veiller ensemble à ce qu’elle ne soit plus dévoyée par les opportunistes et les démagogues. S’il y a une grande aventure à mener en ce siècle c’est bien sa réhabilitation. Car plus que jamais notre survie dépend des choix de société que nous allons faire. À l’heure où nous partons à la découverte de nouveaux mondes, il est urgent d’apprendre à respecter le nôtre. Et il est impératif de considérer que nous appartenons tous à la même espèce. Notre patrimoine commun, c’est celui-là. Et c’est sur lui que nous devons fonder notre action politique. Dès lors que nous nous reconnaîtrons semblables et que cette reconnaissance supplantera les considérations de nationalité, de couleur, d’idéologie, de religion… nos relations se transformeront radicalement et nous pourrons alors envisager de construire une société authentiquement humaine. Ne pensez pas que ce soit une utopie, il s’agit au contraire du seul projet politique capable d’assurer notre survie. Ce qui est utopique c’est de croire encore qu’on peut résoudre les problèmes par la violence. Tous les guerriers ont échoué. Tous les empires se sont effondrés. Les héros de l’histoire universelle sont tous des perdants, sans exception… Peut-on se satisfaire d’un tel modèle !
De nouveau, des blocs se forment, prêts à s’affronter pour contrôler l’énergie de la planète, possédant chacun les moyens d’exterminer l’humanité tout entière. Ne nous y trompons pas, la guerre économique c’est déjà la guerre… les affrontements périphériques, la répétition du conflit généralisé… Si, à ce jour, nous avons survécu, c’est parce que nous avons toujours su nous adapter. Mais, nous adapter, aujourd’hui, ne signifie pas inventer le dernier avatar de la lance qui tua le premier fauve, les armes se sont depuis longtemps retournées contre nous, cela veut dire, au contraire, abandonner nos réflexes guerriers pour les remplacer par des gestes de concorde… Le seul ennemi qu’il nous reste à maîtriser c’est nous-même. Croyez-moi, si nous ne parvenons pas à nous libérer de nos peurs et de nos haines, et si, dans les plus brefs délais, nous ne modifions pas notre comportement à l’égard du milieu qui nous a engendrés, nous disparaîtrons, comme la presque totalité des espèces a disparu. Et la vie ne nous regrettera pas… Elle a prouvé, tout au long de son cheminement, qu’elle ne s’embarrasse pas des perdants… Quant à croire que nous avons capacité à résoudre, en dernier ressort, tous les problèmes c’est de l’ordre de la vanité ou de la suggestion et j’ai bien peur que l’évolution se moque de ce genre de sottises… Il y a quelques années, je suis tombée sur une réflexion d’un philosophe qui m’a longuement interrogée : « L’homme cruel, disait-il, sait d’instinct que l’humanisme est la rêverie sénile des nations à bout de souffle qui n’ont plus assez de force pour accepter la haine universelle et qui ne supportent pas de penser que l’histoire est condamnée à répéter le drame de Caïn et Abel. »… Eh bien, en mes qualités de biologiste et de toute nouvelle présidente, j’ai envie de lui répondre que la haine n’a rien d’une fatalité. Si l’on peut affirmer sans se tromper que l’être humain est composé d’eau et de matières organiques, rien ne permet de soutenir qu’il est un précipité de haine. Que l’homme ait prouvé par ses actes qu’il en était porteur ne justifie pas qu’on lui fasse l’honneur de la considérer irrémédiable, tels le plasma sanguin ou la moelle des os. En conséquence, il est temps, je crois, que nous cessions de nous complaire dans le rôle d’animal maudit.
Ce qui ne serait que justice à l’égard de la hyène ou du crapaud, moins épargnés… Dès lors que nous choisirons d’opposer à la haine les vertus dont nous sommes très largement dotés, les jours de l’homme cruel seront comptés. Comme sont comptés ceux des grands fauves. Et l’homme bon, l’homme doux, l’homme juste… pourra succéder au guerrier, devenu obsolète. Et c’est à lui, ce nouvel homme, enfin sorti de la terreur, cet homme véritablement civilisé, que je veux maintenant m’adresser. À lui que je dis : Nous avons besoin de toutes les ressources de ton intelligence et de ta sensibilité… car l’héritage que nous laisse l’homme cruel est tragique et aucun dirigeant, aucun gouvernement, n’est capable à lui seul d’y faire face. D’ailleurs, où est-il le gouvernement qui n’est pas rongé par les luttes de pouvoir ?… J’ai appris à considérer l’humanité comme un grand corps dont chacun de nous serait une cellule et j’ai le sentiment que tant que chaque cellule ne sera pas mise en situation de responsabilité à l’égard de l’ensemble, nous souffrirons individuellement et collectivement. C’est pourquoi je vous demande de prendre dès aujourd’hui le temps de réfléchir… Il est urgent que nous nous posions chacun la question de savoir qui nous sommes et dans quel monde nous souhaitons vivre… J’ai la conviction que les visions comparées de millions d’êtres nous apporteront plus que les certitudes et les élucubrations de quelques-uns. À quoi servirait-il que nous ayons inventé l’outil informatique si nous devions ne pas l’utiliser dans le sens d’une communication globale susceptible de réunir tous les membres de la communauté humaine autour d’un projet de vie issu de ce que chacun porte de meilleur !… C’est en tout cas le programme d’adaptation et de survie que j’ai choisi de vous soumettre… L’établissement progressif d’un système reposant sur la responsabilité de chacun. Ce qui constitue de mon point de vue la forme la plus achevée de la liberté… Pour avoir bien étudié les différentes espèces, je crois pouvoir affirmer que nous avons une chance unique, celle de disposer de cette anomalie qu’on appelle la conscience. Une chance sur des millions, pour être précise. Avouez qu’il serait dommage de la gâcher et de disparaître avant même d’avoir trouvé le goût de vivre ensemble… À la fin du Dictateur, de Chaplin, que j’ai revu avec Margareta et Jim, un peu avant la mort de celui-ci, le personnage incarné par Charlot clame : « L’amour est dans vos cœurs, pas la haine ! Seuls ont de la haine les mal-aimés ou les pervers… Vous avez le pouvoir de créer le bonheur, d’embellir la vie, d’en faire une merveilleuse aventure ! Au nom de la démocratie, utilisons ce pouvoir !… » Ce sera ma conclusion… Je vous remercie de m’avoir écoutée.
Laurac-en-Vivarais, printemps-été 2005.
Roger Lombardot

Le discours de Barack Obama
sur la question raciale
20 mars 2008

(note:  Était-ce un speech historique, exceptionnel, comparable à celui de Kennedy en 1960 sur son affiliation catholique ? Ou bien un rideau de fumée, un numéro rhétorique d’illusionniste ? À vous de juger après l'investiture du 20 janvier 2009)

« Nous le peuple, dans le but de former une union plus parfaite.

Il y a deux cent vingt et un ans, un groupe d'hommes s’est rassemblé dans une salle qui existe toujours de l'autre côté de la rue, et avec ces simples mots, lança l'aventure inouïe de la démocratie américaine.

Agriculteurs et savants, hommes politiques et patriotes qui avaient traversé l’océan pour fuir la tyrannie et les persécutions, donnèrent enfin forme à leur déclaration d’indépendance lors d’une convention qui siégea à Philadelphie jusqu’au printemps 1787.

Ils finirent par signer le document rédigé, non encore achevé. Ce document portait le stigmate du péché originel de l’esclavage, un problème qui divisait les colonies et faillit faire échouer les travaux de la convention jusqu’à ce que les pères fondateurs décident de permettre le trafic des esclaves pendant encore au moins vingt ans, et de laisser aux générations futures le soin de l’achever.

Bien sûr, la réponse à la question de l’esclavage était déjà en germe dans notre constitution, une constitution dont l’idéal de l’égalité des citoyens devant la loi est le cœur, une constitution qui promettait à son peuple la liberté et la justice, et une union qui pouvait et devait être perfectionnée au fil du temps.

Et pourtant des mots sur un parchemin ne suffirent ni à libérer les esclaves de leurs chaînes, ni à donner aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute croyance leurs pleins droits et devoirs de citoyens des Etats-Unis

Il fallait encore que, de génération en génération, les Américains s’engagent —en luttant et protestant, dans la rue et dans les tribunaux, et en menant une guerre civile et une campagne de désobéissance civile, toujours en prenant de grands risques—, pour réduire l'écart entre la promesse de nos idéaux et la réalité de leur temps.

C’est l’une des tâches que nous nous sommes fixées au début de cette campagne —continuer la longue marche de ceux qui nous ont précédé, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus généreuse et plus prospère.

J’ai choisi de me présenter aux élections présidentielles à ce moment de l’histoire parce que je crois profondément que nous ne pourrons résoudre les problèmes de notre temps que si nous les résolvons ensemble, que nous ne pourrons parfaire l’union que si nous comprenons que nous avons tous une histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs, que nous ne sommes pas tous pareils et que nous ne venons pas du même endroit mais que nous voulons aller dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos enfants et petits-enfants.

Cette conviction me vient de ma foi inébranlable en la générosité et la dignité du peuple Américain. Elle me vient aussi de ma propre histoire d'Américain. Je suis le fils d'un noir du Kenya et d'une blanche du Kansas. J’ai été élevé par un grand-père qui a survécu à la Dépression et qui s'est engagé dans l'armée de Patton pendant la deuxième Guerre Mondiale, et une grand-mère blanche qui était ouvrière à la chaîne dans une usine de bombardiers quand son mari était en Europe.

J’ai fréquenté les meilleures écoles d'Amérique et vécu dans un des pays les plus pauvres du monde. J’ai épousé une noire américaine qui porte en elle le sang des esclaves et de leurs maîtres, un héritage que nous avons transmis à nos deux chères filles.

J’ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux des oncles et des cousins, de toute race et de toute teinte, dispersés sur trois continents, et tant que je serai en vie, je n'oublierai jamais que mon histoire est inconcevable dans aucun autre pays.

C’est une histoire qui ne fait pas de moi le candidat le plus plausible. Mais c’est une histoire qui a gravé au plus profond de moi l’idée que cette nation est plus que la somme de ses parties, que de plusieurs nous ne faisons qu’un.

Tout au long de cette première année de campagne, envers et contre tous les pronostics, nous avons constaté à quel point les Américains avaient faim de ce message d'unité.

Bien que l’on soit tenté de juger ma candidature sur des critères purement raciaux, nous avons remporté des victoires impressionnantes dans les états les plus blancs du pays. En Caroline du Sud, où flotte encore le drapeau des Confédérés, nous avons construit une coalition puissante entre Afro-Américains et Américains blancs.

Cela ne veut pas dire que l'appartenance raciale n'a joué aucun rôle dans la campagne. A plusieurs reprises au cours de la campagne, des commentateurs m’ont trouvé ou « trop noir » ou « pas assez noir ».

Nous avons vu surgir des tensions raciales dans la semaine qui a précédé les primaires de la Caroline du Sud. Les médias ont épluché chaque résultat partiel, à la recherche de tout indice de polarisation raciale, pas seulement entre noirs et blancs mais aussi entre noirs et bruns.

Et pourtant ce n’est que ces deux dernières semaines que la question raciale est devenue un facteur de division.

D’un côté on a laissé entendre que ma candidature était en quelque sorte un exercice de discrimination positive, basé seulement sur le désir de libéraux [Ndt : gens de gauche] candides d’acheter à bon marché la réconciliation raciale.

D’un autre côté on a entendu mon ancien pasteur, le Rev. Jeremiah Wright, exprimer dans un langage incendiaire des opinions qui risquent non seulement de creuser le fossé entre les races mais aussi de porter atteinte à ce qu’il y a de grand et de bon dans notre pays. Voilà qui, à juste titre choque blancs et noirs confondus.

J’ai déjà condamné sans équivoque aucune les déclarations si controversées du Rev. Wright. Il reste des points qui en dérangent encore certains.

Est-ce que je savais qu’il pouvait à l’occasion dénoncer avec violence la politique américaine intérieure et étrangère ? Bien sûr. M’est-il arrivé de l’entendre dire des choses contestables quand j’étais dans son église ? Oui. Est-ce que je partage toutes ses opinions politiques ? Non, bien au contraire ! Tout comme j’en suis sûr beaucoup d’entre vous entendent vos pasteurs, prêtres ou rabbins proférer des opinions que vous êtes loin de partager.

Mais les déclarations à l’origine de ce récent tollé ne relevaient pas seulement de la polémique. Elles n’étaient pas que l’indignation d’un leader spirituel dénonçant les injustices ressenties.

Elles reflétaient plutôt une vue profondément erronée de ce pays —une vue qui voit du racisme blanc partout, une vue qui met l'accent sur ce qui va mal en Amérique plutôt que sur ce qui va bien. Une vue qui voit les racines des conflits du Moyen-Orient essentiellement dans les actions de solides alliés comme Israël, au lieu de les chercher dans les idéologies perverses et haineuses de l'Islam radical.

Le Rev. Jeremiah Wright ne fait pas que se tromper, ses propos sèment la discorde à un moment où nous devons trouver ensemble des solutions à nos énormes problèmes : deux guerres, une menace terroriste, une économie défaillante, une crise chronique du système de santé, un changement climatique aux conséquences désastreuses. Ces problèmes ne sont ni noirs ni blancs, ni hispaniques ni asiatiques mais ce sont des problèmes qui nous concernent tous.

Au vu de mon parcours, de mes choix politiques et des valeurs et idéaux auxquels j’adhère, on dira que je ne suis pas allé assez loin dans ma condamnation. Et d’abord pourquoi m’être associé avec le Rev. Jeremiah Wright, me demandera-t-on ? Pourquoi ne pas avoir changé d’église ?

J’avoue que si tout ce que je savais du Rev. Wright se résumait aux bribes de sermons qui passent en boucle à la télévision et sur YouTube, ou si la Trinity United Church of Christ ressemblait aux caricatures colportées par certains commentateurs, j’aurais réagi de même.

Mais le fait est que ce n’est pas tout ce que je sais de cet homme. L’homme que j’ai rencontré il y a plus de vingt ans est l’homme qui m’a éveillé à ma foi. Un homme pour qui aimer son prochain, prendre soin des malades et venir en aide aux miséreux est un devoir.

Voilà un homme qui a servi dans les Marines, qui a étudié et enseigné dans les meilleures universités et séminaires et qui pendant plus de trente ans a été à la tête d’une église, qui en se mettant au service de sa communauté accomplit l’œuvre de Dieu sur terre : loger les sans-abris, assister les nécessiteux, ouvrir des crèches, attribuer des bourses d’études, rendre visite aux prisonniers, réconforter les séropositifs et les malades atteints du sida.

Dans mon livre, Les Rêves de mon père, je décris mes premières impressions de l’église de la Trinity:

« L'assistance se mit à crier, à se lever, à taper des mains, et le vent puissant de son souffle emportait la voix du révérend jusqu'aux chevrons (...). Et dans ces simples notes — espoir ! — j’entendis autre chose. Au pied de cette croix, à l'intérieur des milliers d'églises réparties dans cette ville, je vis l'histoire de noirs ordinaires se fondre avec celles de David et Goliath, de Moïse et Pharaon, des chrétiens jetés dans la fosse aux lions, du champ d’os desséchés d’Ezékiel.

Ces histoires —de survie, de liberté, d’espoir— devenaient notre histoire, mon histoire ; le sang qui avait été versé était notre sang, les larmes étaient nos larmes. Cette église noire, en cette belle journée, était redevenue un navire qui transportait l’histoire d’un peuple jusqu'aux générations futures et jusque dans un monde plus grand.

Nos luttes et nos triomphes devenaient soudain uniques et universels, noirs et plus que noirs. En faisant la chronique de notre voyage, les histoires et les chants nous donnaient un moyen de revendiquer des souvenirs dont nous n'avions pas à avoir honte (…), des souvenirs que tout le monde pouvait étudier et chérir - et avec lesquels nous pouvions commencer à reconstruire. »

Telle a été ma première expérience à Trinity. Comme beaucoup d’églises majoritairement noires, Trinity est un microcosme de la communauté noire : on y voit le médecin et la mère assistée, l’étudiant modèle et le voyou repenti.

Comme toutes les autres églises noires, les services religieux de Trinity résonnent de rires tapageurs et de plaisanteries truculentes. Et ça danse, ça tape des mains, ça crie et ça hurle, ce qui peut paraître incongru à un nouveau venu

L'église contient toute la tendresse et la cruauté, l’intelligence l’extrême et l’ignorance crasse, les combats et les réussites, tout l'amour et, oui, l'amertume et les préjugés qui sont la somme de l’expérience noire en Amérique.

Et cela explique sans doute mes rapports avec le Rev. Wright. Si imparfait soit-il, je le considère comme un membre de ma famille. Il a raffermi ma foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants.

Jamais dans mes conversations avec lui ne l’ai-je entendu parler d’un groupe ethnique en termes péjoratifs, ou manquer de respect ou de courtoisie envers les blancs avec qui il a affaire. Il porte en lui les contradictions — le bon et le mauvais— de la communauté qu’il sert sans se ménager depuis tant d’années.

Je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier la communauté noire, je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier ma grand-mère blanche, une femme qui a fait tant de sacrifices pour moi, une femme qui m'aime plus que tout au monde, mais aussi une femme qui m’avouait sa peur des noirs qu’elle croisait dans la rue et que, plus d'une fois, j’ai entendu faire des remarques racistes qui m'ont répugné.

Ces personnes sont une partie de moi. Et elles font partie de l’Amérique, ce pays que j’aime.

D'aucuns verront ici une tentative de justifier ou d’excuser des propos tout à fait inexcusables. Je peux vous assurer qu’il n’en est rien. Je suppose qu’il serait plus prudent, politiquement, de continuer comme si de rien n'était, en espérant que toute l’affaire sera vite oubliée.

Nous pourrions faire peu de cas du Rev. Wright, et ne voir en lui qu’un excentrique ou un démagogue, tout comme certains l’ont fait dans le cas de Geraldine Ferraro, l’accusant, à la suite de ses récentes déclarations, de préjugé racial.

Mais je crois que ce pays, aujourd'hui, ne peut pas se permettre d'ignorer la problématique de race. Nous commettrions la même erreur que le Rev. Wright dans ses sermons offensants sur l'Amérique —en simplifiant, en recourant à des stéréotypes et en accentuant les côtés négatifs au point de déformer la réalité.

Le fait est que les propos qui ont été tenus et les problèmes qui ont été soulevés ces dernières semaines reflètent les aspects complexes du problème racial que n’avons jamais vraiment explorés — une partie de notre union qui nous reste encore à parfaire.

Et si nous abandonnons maintenant pour revenir tout simplement à nos positions respectives, nous n'arriverons jamais à nous unir pour surmonter ensemble les défis que sont l'assurance maladie, l'éducation ou la création d'emplois pour chaque Américain.

Pour comprendre cet état de choses, il faut se rappeler comment on en est arrivé là. Comme l’a écrit William Faulkner : « Le passé n’est pas mort et enterré. En fait il n’est même pas passé. » Nul besoin ici de réciter l’histoire des injustices raciales dans ce pays

Mais devons nous rappeler que si tant de disparités existent dans la communauté afro-américaine d’aujourd’hui, c’est qu’elles proviennent en droite ligne des inégalités transmises par la génération précédente qui a souffert de l'héritage brutal de l'esclavage et de Jim Crow.

La ségrégation à l’école a produit et produit encore des écoles inférieures. Cinquante ans après Brown vs. The Board of Education, rien n’a changé et la qualité inférieure de l’éducation que dispensent ces écoles aide à expliquer les écarts de réussite entre les étudiants blancs et noirs d’aujourd’hui.

La légalisation de la discrimination —des noirs qu’on empêchait, souvent par des méthodes violentes, d'accéder a la propriété, des crédits que l’on accordait pas aux entrepreneurs afro-américains, des propriétaires noirs qui n'avaient pas droit aux prêts du FHA [Ndt : Federal Housing Administration, l’administration fédérale en charge du logement], des noirs exclus des syndicats, des forces de police ou des casernes de pompiers, a fait que les familles noires n’ont jamais pu accumuler un capital conséquent à transmettre aux générations futures.

Cette histoire explique l’écart de fortune et de revenus entre noirs et blancs et la concentration des poches de pauvreté qui persistent dans tant de communautés urbaines et rurales d’aujourd’hui.

Le manque de débouchés parmi les noirs, la honte et la frustration de ne pouvoir subvenir aux besoins de sa famille ont contribué a la désintégration des familles noires —un problème que la politique d’aide sociale, pendant des années, a peut-être aggravée. Le manque de service publics de base dans un si grand nombre de quartiers noirs —des aires de jeux pour les enfants, des patrouilles de police, le ramassage régulier des ordures et l'application des codes d'urbanisme, tout cela a crée un cycle de violence, de gâchis et de négligences qui continue de nous hanter.

C'est la réalité dans laquelle le Rev. Wright et d’autres Afro-Américains de sa génération ont grandi. Ils sont devenus adultes à la fin des années 50 et au début des années 60, époque ou la ségrégation était encore en vigueur et les perspectives d'avenir systématiquement réduites.

Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas de voir combien ont renoncé devant la discrimination, mais plutôt combien ont réussi à surmonter les obstacles et combien ont su ouvrir la voie à ceux qui, comme moi, allaient les suivre.

Mais pour tous ceux qui ont bataillé dur pour se tailler une part du Rêve Américain, il y en a beaucoup qui n'y sont pas arrivés – ceux qui ont été vaincus, d’une façon ou d’une autre, par la discrimination.

L’expérience de l'échec a été léguée aux générations futures : ces jeunes hommes et, de plus en plus, ces jeunes femmes que l'on voit aux coins des rues ou au fond des prisons, sans espoir ni perspective d'avenir. Même pour les noirs qui s'en sont sortis, les questions de race et de racisme continuent de définir fondamentalement leur vision du monde.

Pour les hommes et les femmes de la génération du Rev. Wright, la mémoire de l’humiliation de la précarité et de la peur n’a pas disparu, pas plus que la colère et l’amertume de ces années.

Cette colère ne s’exprime peut-être pas en public, devant des collègues blancs ou des amis blancs. Mais elle trouve une voix chez le coiffeur ou autour de la table familiale. Parfois cette colère est exploitée par les hommes politiques pour gagner des voix en jouant la carte raciale, ou pour compenser leur propre incompétence.

Et il lui arrive aussi de trouver une voix, le dimanche matin à l’église, du haut de la chaire ou sur les bancs des fidèles. Le fait que tant de gens soient surpris d’entendre cette colère dans certains sermons du Rev. Wright nous rappelle le vieux truisme, à savoir que c’est à l’office du dimanche matin que la ségrégation est la plus évidente.

Cette colère n’est pas toujours une arme efficace. En effet, bien trop souvent, elle nous détourne de nos vrais problèmes, elle nous empêche de confronter notre part de responsabilité dans notre condition, et elle empêche la communauté afro-américaine de nouer les alliances indispensables à un changement véritable.

Mais cette colère est réelle, et elle est puissante, et de souhaiter qu’elle disparaisse, de la condamner sans en comprendre les racines ne sert qu’à creuser le fossé d’incompréhension qui existe entre les deux races.

Et de fait, il existe une colère similaire dans certaines parties de la communauté blanche. La plupart des Américains de la classe ouvrière et de la classe moyenne blanche n'ont pas l’impression d’avoir été spécialement favorisés par leur appartenance raciale.

Leur expérience est l’expérience de l’immigrant —dans leur cas, ils n’ont hérité de personne, ils sont partis de rien. Ils ont travaillé dur toute leur vie, souvent pour voir leurs emplois délocalisés et leurs retraites partir en fumée.

Ils sont inquiets pour leur avenir, ils voient leurs rêves s’évanouir; à une époque de stagnation des salaires et de concurrence mondiale, les chances de s’en sortir deviennent comme un jeu de somme nulle où vos rêves se réalisent au dépens des miens.

Alors, quand on leur dit que leurs enfants sont affectés à une école à l’autre bout de la ville, quand on leur dit qu’un Afro-Américain qui décroche un bon job ou une place dans une bonne faculté est favorisé à cause d’une injustice qu’ils n’ont pas commise, quand on leur dit que leur peur de la délinquance dans les quartiers est une forme de préjugé, la rancœur s'accumule au fil du temps.

Comme la colère au sein de la communauté noire qui ne s’exprime pas en public, ces choses qui fâchent ne se disent pas non plus. Mais elles affectent le paysage politique depuis au moins une génération.

C’est la colère envers la politique d’assistance de l’Etat-Providence et la politique de discrimination positive qui ont donné naissance à la Coalition Reagan. Les hommes politiques ont systématiquement exploité la peur de l’insécurité à des fins électorales. Les présentateurs des talk-shows et les analystes conservateurs se sont bâti des carrières en débusquant des accusations de racisme bidon, tout en assimilant les débats légitimes sur les injustices et les inégalités raciales à du politiquement correct ou du racisme a rebours.

Tout comme la colère noire s’est souvent avérée contre-productive, la rancœur des blancs nous a aveuglés sur les véritables responsables de l’étranglement de la classe moyenne —une culture d’entreprise où les délits d'initiés, les pratiques comptables douteuses et la course aux gains rapides sont monnaie courante ; une capitale sous l'emprise des lobbies et des groupes de pression, une politique économique au service d'une minorité de privilégiés.

Et pourtant, souhaiter la disparition de cette rancœur des blancs, la qualifier d’inappropriée, voire de raciste, sans reconnaître qu’elle peut avoir des causes légitimes —voila aussi qui contribue à élargir la fracture raciale et faire en sorte que l’on n'arrive pas à se comprendre.

Voilà où nous en sommes actuellement : incapables depuis des années de nous extirper de l'impasse raciale. Contrairement aux dires de certains de mes critiques, blancs ou noirs, je n'ai jamais eu la naïveté de croire que nous pourrions régler nos différends raciaux en l'espace de quatre ans ou avec une seule candidature, qui plus est une candidature aussi imparfaite que la mienne.

Mais j’ai affirmé ma conviction profonde—une conviction ancrée dans ma foi en Dieu et ma foi dans le peuple américain—qu’en travaillant ensemble nous arriverons à panser nos vieilles blessures raciales et qu’en fait nous n’avons plus le choix si nous voulons continuer d’avancer dans la voie d’une union plus parfaite.

Pour la communauté afro-américaine, cela veut dire accepter le fardeau de notre passé sans en devenir les victimes, cela veut dire continuer d’exiger une vraie justice dans tous les aspects de la vie américaine. Mais cela veut aussi dire associer nos propres revendications –meilleure assurance maladie, meilleures écoles, meilleurs emplois—aux aspirations de tous les Américains, qu’il s’agisse de la blanche qui a du mal à briser le plafond de verre dans l’échelle hiérarchique, du blanc qui a été licencié ou de l'immigrant qui s’efforce de nourrir sa famille.

Cela veut dire aussi assumer pleinement nos responsabilités dans la vie — en exigeant davantage de nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants, en leur faisant la lecture, en leur apprenant que même s'ils sont en butte aux difficultés et à la discrimination, ils ne doivent jamais succomber au désespoir et au cynisme : ils doivent toujours croire qu’ils peuvent être maîtres de leur destinée.

L’ironie, c’est que cette notion si fondamentalement américaine –et, oui, conservatrice—de l’effort personnel, on la retrouve souvent dans les sermons du Rev. Wright. Mais ce que mon ancien pasteur n’a pas compris, c’est qu’on ne peut pas chercher à s’aider soi-même sans aussi croire que la société peut changer.

L’erreur profonde du Rev. Wright n’est pas d’avoir parlé du racisme dans notre société. C’est d’en avoir parlé comme si rien n'avait changé, comme si nous n'avions pas accompli de progrès, comme si ce pays —un pays ou un noir peut être candidat au poste suprême et construire une coalition de blancs et de noirs, d'hispaniques et d'asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux—était encore prisonnier de son passé tragique. Mais ce que nous savons – ce que nous avons vu—c’est que l’Amérique peut changer. C’est là le vrai génie de cette nation. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l’espoir —l’audace d’espérer —pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain.

Pour ce qui est de la communauté blanche, la voie vers une union plus parfaite suppose de reconnaître que ce qui fait souffrir la communauté afro-américaine n’est pas le produit de l’imagination des noirs ; que l’héritage de la discrimination —et les épisodes actuels de discrimination, quoique moins manifestes que par le passé- sont bien réels et doivent être combattus.

Non seulement par les mots, mais par les actes —en investissant dans nos écoles et nos communautés ; en faisant respecter les droits civils et en garantissant une justice pénale plus équitable ; en donnant à cette génération les moyens de s'en sortir, ce qui faisait défaut aux générations précédentes.

Il faut que tous les Américains comprennent que vos rêves ne se réalisent pas forcément au détriment des miens ; qu'investir dans la santé, les programmes sociaux et l'éducation des enfants noirs, bruns et blancs contribuera à la prospérité de tous les Américains.

En fin de compte, ce que l’on attend de nous, ce n’est ni plus ni moins ce que toutes les grandes religions du monde exigent —que nous nous conduisions envers les autres comme nous aimerions qu’ils se conduisent envers nous. Soyons le gardien de notre frère, nous disent les Ecritures. Soyons le gardien de notre sœur. Trouvons ensemble cet enjeu commun qui nous soude les uns aux autres, et que notre politique reflète aussi l'esprit de ce projet.

Car nous avons un choix à faire dans ce pays. Nous pouvons accepter une politique qui engendre les divisions intercommunautaires, les conflits et le cynisme. Nous pouvons aborder le problème racial en voyeurs —comme pendant le procès d’O.J. Simpson —, sous un angle tragique – comme nous l’avons fait après Katrina – ou encore comme nourriture pour les journaux télévisés du soir. Nous pouvons exploiter la moindre bavure dans le camp d’Hillary comme preuve qu’elle joue la carte raciale, ou nous pouvons nous demander si les électeurs blancs voteront en masse pour John McCain en novembre, quel que soit son programme politique.

Oui, nous pouvons faire cela.

Mais dans ce cas, je vous garantis qu’aux prochaines élections nous trouverons un autre sujet de distraction. Et puis un autre. Et puis encore un autre. Et rien ne changera.

C’est une possibilité. Ou bien, maintenant, dans cette campagne, nous pouvons dire ensemble : « Cette fois, non ». Cette fois nous voulons parler des écoles délabrées qui dérobent leur avenir à nos enfants, les enfants noirs, les enfants blancs, les enfants asiatiques, les enfants hispaniques et les enfants amérindiens.

Cette fois nous ne voulons plus du cynisme qui nous répète que ces gosses sont incapables d'apprendre, que ces gosses qui nous ne ressemblent pas sont les problèmes de quelqu'un d'autre. Les enfants de l’Amérique ne sont pas ces gosses-là, mais ces gosses-là sont pourtant bien nos enfants, et nous ne tolérerons pas qu’ils soient laissés pour compte dans la société du vingt-et-unième siècle. Pas cette fois.

Cette fois nous voulons parler des files d’attente aux urgences peuplées de blancs, de noirs et d’hispaniques qui n’ont pas d’assurance santé, qui ne peuvent seuls s’attaquer aux groupes de pression mais qui pourront le faire si nous nous y mettons tous.

Cette fois nous voulons parler des usines qui ont fermé leurs portes et qui ont longtemps fait vivre honnêtement des hommes et des femmes de toute race, nous voulons parler de ces maisons qui sont maintenant à vendre et qui autrefois étaient les foyers d'Américains de toute religion, de toute région et de toute profession.

Cette fois nous voulons parler du fait que le vrai problème n’est pas que quelqu’un qui ne vous ressemble pas puisse vous prendre votre boulot, c’est que l’entreprise pour laquelle vous travaillez va délocaliser dans le seul but de faire du profit.

Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toute couleur et de toute croyance qui servent ensemble, qui combattent ensemble et qui versent ensemble leur sang sous le même fier drapeau. Nous voulons parler du moyen de les ramener à la maison, venant d’une guerre qui n’aurait jamais dû être autorisée et qui n’aurait jamais dû avoir lieu, et nous voulons parler de la façon de montrer notre patriotisme en prenant soin d’eux et de leurs familles et en leur versant les allocations auxquelles ils ont droit.

Je ne me présenterais pas à l’élection présidentielle si je ne croyais pas du fond du cœur que c'est ce que veut l'immense majorité des Américains pour ce pays. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite mais, génération après génération, elle a montré qu’elle pouvait se parfaire.

Et aujourd'hui, chaque fois que je me sens sceptique ou cynique quant à cette possibilité, ce qui me redonne le plus d’espoir est la génération à venir —ces jeunes dont les attitudes, les croyances et le sincère désir de changement sont déjà, dans cette élection, rentrés dans l’Histoire.

Il y a une histoire que j’aimerais partager avec vous aujourd’hui, une histoire que j’ai eu l’honneur de raconter lors de la commémoration de la naissance de Martin Luther King, dans sa paroisse, Ebenezer Baptist, à Atlanta.

Il y a une jeune blanche de 23 ans, du nom d’Ashley Baia, qui travaillait pour notre campagne à Florence, en Caroline du Sud. Depuis le début, elle a été chargée de mobiliser une communauté à majorité afro-américaine. Et un jour elle s’est trouvée à une table ronde où chacun, tour à tour, racontait son histoire et disait pourquoi il était là.

Et Ashley a dit que quand elle avait 9 ans sa maman a eu un cancer, et parce qu’elle avait manqué plusieurs jours de travail elle a été licenciée et a perdu son assurance maladie. Elle a dû se mettre en faillite personnelle et c’est là qu’Ashley s’est décidée à faire quelque chose pour aider sa maman.

Elle savait que ce qui coûtait le plus cher c’était d’acheter à manger, et donc Ashley a convaincu sa mère ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était des sandwichs moutarde-cornichons. Parce que c'était ce qu’il y avait de moins cher.

C'est ce qu’elle a mangé pendant un an, jusqu'à ce que sa maman aille mieux. Et elle a dit à tout le monde, à la table ronde, qu’elle s’était engagée dans la campagne pour aider les milliers d’autres enfants du pays qui eux aussi veulent et doivent aider leurs parents.

Ashley aurait pu agir différemment. Quelqu’un lui a peut être dit a un moment donné que la cause des ennuis de sa mère c’était soit les noirs qui, trop paresseux pour travailler, vivaient des allocations sociales, soit les hispaniques qui entraient clandestinement dans le pays. Mais ce n’est pas ce qu’elle a fait. Elle a cherché des alliés avec qui combattre l’injustice.

Bref, Ashley termine son histoire et demande a chacun pourquoi il s'est engagé dans la campagne. Ils ont tous des histoires et des raisons différentes. Il y en a beaucoup qui soulèvent un problème précis. Et pour finir, c’est le tour de ce vieillard noir qui n’a encore rien dit.

Et Ashley lui demande pourquoi il est là. Il ne soulève aucun point en particulier. Il ne parle ni de l’assurance maladie ni de l’économie. Il ne parle ni d’éducation ni de guerre. Il ne dit pas qu’il est venu à cause de Barack Obama. Il dit simplement : « Je suis ici à cause d’Ashley. »

« Je suis ici à cause d’Ashley ». A lui seul, ce déclic entre la jeune fille blanche et le vieillard noir ne suffit pas. Il ne suffit pas pour donner une assurance santé aux malades, du travail à ceux qui n’en n’ont pas et une éducation à nos enfants.

Mais c’est par là que nous démarrons. Par là que notre union se renforce. Et comme tant de générations l’ont compris tout au long des deux cent vingt et une années écoulées depuis que des patriotes ont signé ce document a Philadelphie, c’est par là que commence le travail de perfection. »

Traduction de Didier Rousseau et de Françoise Simon
Ammon & Rousseau Translations, New York


L'analyse de Ségolène Royal

Chères amies, chers amis,

Mardi 20 janvier, Washington, au café Millot, Dermon Avenue

Depuis ce café très proche des cérémonies, je vous envoie cette lettre.

Dès cinq heures du matin dans un froid glacial, des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants de tous âges, de toutes les couleurs et de toutes conditions - ce que Barack Obama a appelé le « patchwork of our heritage » - ont convergé vers le Mall pour vivre ce moment historique. Comme s’ils voulaient s’assurer que tout cela était bien vrai !

Et c’est sans compter les milliards d’autres qui, à travers les écrans de télévision du monde entier, et je pense en particulier au continent africain, avaient au même moment les yeux rivés sur cette façade ouest du Capitole.

La cérémonie d’investiture a eu beaucoup d’allure. Barack Obama est sans conteste très charismatique et il se dégageait de cette immense foule, joyeuse et pleine d’espoir, une véritable force démocratique.

Que retenir du discours de Barack Obama ?

Vous le lirez en entier, mais voici les idées et les citations qui m’ont marquée :

    Tout d’abord un diagnostic sans concession sur la crise économique et sur la violence du monde, qui sont « la conséquence de la cupidité et de l'irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. »
    L'Amérique est une nation d'immigrants « qui ont pris des risques » - des hommes et des femmes anonymes -, « qui ont souffert de la morsure du fouet. » Concorde, Gettysburg, Normandy, Khe Sahn sont les quatre batailles auxquelles Barack Obama a fait ensuite référence pour mobiliser les énergies de la nation.
    La démocratie fait chaque citoyen, qui, par son action, doit accompagner la prise de responsabilité de l’Etat.  Il y aura une transparence absolue de tous les systèmes d’aides.
    « Cette crise nous a rappelé que sans surveillance le marché peut devenir incontrôlable, et qu'une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. » Il faut donner à chacun l’occasion de réussir sa vie. Ce n’est pas de la charité.
    La sécurité de ne peut pas se faire aux dépens des libertés.
    « Nous sommes réunis car nous avons préféré l'espoir à la peur. »
    L’Amérique a vocation à dialoguer avec le monde entier. C’est parce que les Américains ont connu la ségrégation qu’ils sont conscients de la nécessité de parler à leurs anciens adversaires.
    « Le monde a changé et nous devons évoluer avec lui. » Mais nous devons le faire, a-t-il ajouté, « avec nos valeurs de toujours ».
    « Ce qui nous est demandé maintenant, c'est une nouvelle ère de responsabilité » (« the new area of responsability »).
    « C'est le prix, et la promesse, de la citoyenneté (…) C'est la raison pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n'aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré. »

Ce discours a duré vingt minutes. La foule était saisie par ces paroles, par cet appel constant à chacun pour qu’il se mette en mouvement, par la force du symbole et la volonté politique.

Des centaines de personnes se sont ensuite déplacé paisiblement du Mall vers Constitution Avenue pour assister au défilé qui montrait si bien la diversité de l’Amérique.

Tout-à-l’heure, nous sommes passés devant une maison sur laquelle est affichée en grandes lettres : « 20 janvier 2009 : la fin d’une erreur ».

Cordialement,
Ségolène Royal




Par grossel
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Jeudi 22 janvier 2009
David Černý : l'artiste aux 27 visages
des pays de l'Europe




Un canular, voilà ce qu'est l'oeuvre d'art intitulée "Entropa" et exposée actuellement dans l'atrium du bâtiment Justus Lupsius à Bruxelles, le siège du Conseil de l'Union européenne.
L'artiste à l'origine de cette oeuvre, David Černý, aurait en effet tout simplement inventé l'existence des 26 co-auteurs exigés par la Présidence tchèque de l'Union européenne. Comme l'a rappelé, embarrassé, le ministre tchèques des Affaires européennes, Alexandr Vondra, "le contrat entre le gouvernement et l'artiste stipulait clairement que la création devait être l'oeuvre conjointe d'artistes provenant des 27 Etats membres".
Le concept d'"Entropa" : demander à 27 artistes européens de représenter visuellement un cliché qui colle à la peau de son pays. A l'arrivée, ça donne une France en grève, la Grande-Bretagne représenté par un grand vide et la Bulgarie occupée par d'immenses toilettes à la turque. C'est d'ailleurs  la radio bulgare Darik qui a dénoncé la supercherie après avoir vérifié sur Google. L'information a ensuite été relayée et confirmée par le Daily Telegraph.
La Présidence tchèque, qui niait ces accusations en début de semaine, a du admettre la réalité : David Černý est le seul auteur de l'oeuvre.
Alexandr Vondra a avoué avoir "eu la mauvaise surprise d'apprendre que le créateur de l'oeuvre Entropa était en fait David Cerny et n'avait pas été réalisée par 27 artistes représentant les Etats membres de l'Union (...) David Cerny porte la pleine responsabilité de ne pas avoir rempli ses engagements. Nous allons désormais étudier les mesures à prendre". En attendant, pas sur que l'oeuvre reste bien longtemps accrochée dans le bâtiment symbolique du Conseil ....


Sucrer l'Europe

David Cerny, l'auteur d'"Entropa" est un artiste qui en 1991, encore étudiant à Prague, a fait de la prison pour avoir peint en rose un char russe érigé en statue. Depuis, il est régulièrement celui par qui le scandale arrive. A Bruxelles, le 15 janvier dernier, à l'occasion de l'inauguration de la présidence tchèque, il a mis tout le monde dans l'embarras, y compris lui même d'ailleurs. D'une part, il avait monté un canular et mystifié ses commanditaires. Il avait attribué à vingt-six artistes fictifs issus chacun d'un pays membre de l'Union une pièce de la sculpture-puzzle suspendue dans le grand hall du Conseil européen. Par ailleurs,"Entropa" véritable juxtaposition de stéréotypes et d'idées qui ont fait long feu est une réalisation dérangeante voire injurieuse.
Jugez plutôt. Dans "Entropa", la France porte fièrement une banderole "en grève", l'Allemagne est bardée de tronçons d'autoroutes positionnés en forme de croix gammée, l'Italie est un terrain de football où les joueurs esquissent des mouvements obscènes, la place de la Grande Bretagne est simplement inoccupée. Le Luxembourg est "à vendre", l'Espagne totalement bétonnée, l’Autriche est un pré vert où poussent d’immenses tours de refroidissement de centrales nucléaires. Le Danemark est un assemblage de briques Lego évoquant une caricature de Mahomet, la Suède un meuble en kit, la Roumanie figurée par le château de Dracula. Sur le territoire polonais flotte le drapeau arc-en-ciel de la communauté homosexuelle, alors qu'aux Pays-Bas seuls quelques minarets émergent des flots. La Belgique est transformée en boîte de pralines. La Bulgarie est représentée par des toilettes à la turque. L'irrévérence de l'auteur n'a pas épargné la République tchèque puisque son pays natal prend la forme d'un écran lumineux où défilent les « formules géniales » du Président Václav Klaus comme : « le réchauffement de la planète est un mythe. Je pense que tous les gens et tous les scientifiques sérieux le disent. »
Provocation en deça, calomnie au-delà, les vérités sont bonnes à dire pour l'artiste. Il espérait obtenir le rire. Toutefois des nations se sont senties blessées, il s'est excusé. L'oeuvre reste en place, seule la Bulgarie a demandé que sa présence sur le portant soit masquée. En dépit de la tactique esthétique de David Cerny, "Entropa" ne semble pas en mesure d'ouvrir la discussion, comme si elle témoignait déjà d'une idée de l'Europe politiquement dépassée aux yeux d'une majorité parmi les 450 millions d'européens.
Catherine Plassart

Pour le plaisir

Barcelo

Cutolo

Richter

Pollock

Barcelo

Vénus Africa- Michel Bories (1949-2001)


Le jardin des délices de Hieronymus Bosch
(film)


La demeure du chaos: l'oeuvre, le procès


Ce film n’est pas un reportage, ce film n’est pas un documentaire, ce film n’est pas un court-métrage, ce film est le miroir tragique d’une société profondément malade, qui demande avec froideur d’annihiler et de détruire des milliers d’oeuvres d’art…
Ce film nous explique qu’en France, l’oeuvre d’art n’a aucun droit d’exister de manière autonome sur l’espace public. Elle doit se conformer impérativement au plan local d’urbanisme.
On enlève donc à l’oeuvre d’art tout ce qui la distingue de l’urbanisme : sa singularité, l’empreinte de son auteur, ses signes distinctifs, sa forme, son médium, son sujet,son âme .
Ce film restitue l’écriture engagée du réalisateur Etienne Perrone ; il porte littéralement la voix des 104 500 signataires pour défendre la liberté d’opinion en France où les critères d’une société démocratique s’estompent peu à peu.
thierry Ehrmann

Procès en appel à Grenoble - 17-18 novembre 2008
Réalisation : Etienne Perrone sur un synopsis judiciaire de thierry Ehrmann
Images : Etienne Perrone - Simon Désage
Production : Musée l’OrgAne - La Demeure du Chaos
avec l’aimable autorisation du Musée des Beaux-Arts de Lyon





Par grossel
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Mardi 27 janvier 2009
Oh les beaux jours ... de la création artistique


Nicolas Sarkozy a annoncé la création d'un "conseil pour la création artistique" qu'il coprésidera avec la ministre de la Culture, Christine Albanel, et qui sera animé par le producteur de cinéma Marin Karmitz, marqué à gauche.

Il s'agira notamment de "recentrer les aides sur l'excellence artistique" et mettre de l'ordre dans "l'empilement de subventions".


rappel des faits : info issue du site du Ministère de la Culture

Mardi 13 janvier, Nicolas Sarkozy a présenté ses vœux au monde Culturel lors d’un déplacement à Nîmes. L’occasion de préciser les priorités et objectifs pour 2009.

Des priorités. Rappelant que les Arts et la Culture sont les valeurs les plus hautes et les plus précieuses de la civilisation, Nicolas Sarkozy a présenté ses vœux au monde Culturel le 13 janvier à Nîmes.
Le Président de la République a notamment présenté les grandes créations en cours dans le domaine de la Culture : le grand Musée des Civilisations de la Méditerranée qui ouvrira ses portes à Marseille en 2012 , la Maison de l’histoire de France qui verra le jour en 2009.
Les vœux ont également été l’ocacsion de préciser les missions prioritaires pour l’année à venir : politique de l’éducation artistique et culturelle, amélioration de la qualité architecturale grâce à des consultations et concours, adoption de la loi création et internet, poursuite de la réforme du marché de l’art par des mesures législatives et fiscales… L’augmentation de 100 millions du budget alloué à la restauration du patrimoine protégé pour 2009 est également un axe essentiel de la politique culturelle en 2009.

Des annonces. Par ailleurs, lors de son discours Nicolas Sarkozy a annoncé : l’instauration d’un accès gratuit aux musées et monuments dépendant de l’Etat pour tous les jeunes de moins de 25 ans et leurs professeurs à compter des vacances de Pâques, la création d’un conseil pour la création artistique, le dégel de la réserve au titre du programme création en 2009 et poursuite du soutien de l’Etat pour lancer la réforme basée sur les Entretiens de Valois. Le Président de la République s’est par ailleurs engagé à préserver la spécificité du régime de l’intermittence dans la réforme de l’assurance chômage. Enfin, Nicolas Sarkozy a souhaité la mise en œuvre d’une politique culturelle ambitieuse notamment grâce à l’évolution du Ministère de la Culture qui fête ses 50 ans en 2009, avec une organisation modernisée, des établissements plus autonomes, une administration plus stratégique et tournée vers les enjeux du futur, notamment le développement de la culture dans l’environnement numérique.

interview de Marin Karmitz, producteur
Marin Karmitz : "La culture a disparu du champ politique"


LE MONDE | 14.01.09 | 09h59  •  Mis à jour le 14.01.09 | 11h10
 
Vous allez animer un conseil pour la création artistique, présidé par Nicolas Sarkozy. Quel est son rôle ?

Marin Karmitz : Cette structure part d'un constat : la culture a disparu du champ politique. Depuis De Gaulle et Malraux, puis Mitterrand et Lang, elle n'est plus au cœur de la politique. Or, depuis le début des années 1990, les données de la création culturelle ont changé : la révolution numérique, la mondialisation et maintenant la crise économique ont bouleversé le paysage. Avec des professionnels, je veux proposer des solutions pour que la création redevienne un élément de l'imaginaire, du rêve, de la cohésion sociale, qu'elle redonne un mouvement à la société.

Quelles disciplines culturelles entendez-vous couvrir ?
Toutes, à l'exception du patrimoine. Je veux d'abord faire un bilan des blocages. Puis proposer des solutions pour redonner de la mobilité. Les structures lourdes ont prévalu jusqu'à présent. Il faut inventer des dispositifs plus légers, utilisables par tous.

Par exemple ?

Après La Graine et le mulet, Abdellatif Kechiche a voulu garder la péniche qu'il avait utilisée pour le film et l'installer devant la barre de HLM où il avait tourné L'Esquive. Son objectif était d'y créer une école de cinéma pour les jeunes des cités dont il aurait été le professeur. Cela n'a pas été possible.

Qui sera dans le conseil ?

J'ai le pouvoir de le composer. J'ai déjà obtenu l'accord de pas mal de personnes, des professionnels qui ont une pratique que je qualifierais de "différente". J'annoncerai l'équipe d'une quinzaine de personnes sans doute dans une dizaine de jours.

Quand rendrez-vous votre rapport ?

Nous ne rendrons pas de rapport. Ce conseil fera des propositions régulièrement car, et c'est essentiel à mes yeux, ce sera une structure pérenne. Et, autre élément important, même si la ministre de la culture y est évidemment présente, le conseil est directement en lien avec le président de la République. Il ne peut y avoir de véritable politique culturelle, porteuse d'un projet de société, si elle n'est pas directement soutenue par le président.

Pourquoi avoir accepté cette fonction ?

Je réfléchis à ces questions depuis des années. J'ai présidé la commission culture, compétitivité et cohésion sociale du XIe plan à la demande de Pierre Bérégovoy et Jacques Lang. J'ai présidé le château d'Oiron, je préside la chambre philharmonique dirigée par le chef d'orchestre Emmanuel Krivine… Je ne m'intéresse pas qu'au cinéma. Mais jusqu'ici, j'avais l'impression de ne pas avoir les moyens de faire aboutir mes idées. Là, j'espère les avoir.

Le monde culturel risque d'être choqué qu'un conseil de la création soit présidé par le président de la République.

Est-ce qu'à l'époque de De Gaulle, il aurait été terrorisé ? Est-ce qu'il a été terrorisé par Mitterrand ? Moi, j'ai commencé à être très inquiet quand Mitterrand a invité Berlusconi à lancer en France la première télévision privée. Et terrorisé quand la culture a disparu des préoccupations des politiques.


Choream


Freestyle par Choream/José Bertogal

God in my pocket
Pour la première fois,
un téléphone mobile visio
a été le témoin d’une terrible histoire...
Eloignée de ses proches et retenue captive,
Caroline doit sa survie à son mobile visio.
Une histoire exclusivement racontée à travers
les flux entrants et sortants d’un téléphone portable...

Production : ENNORABAL FILMS
Pour le POCKET FILM FESTIVAL 2006 / FORUM DES IMAGES
Scénario : Arnault Labaronne (avec l'étroite collaboration de Caroline Gerdolle)
Fiction
80 minutes - 3GP - 2006
Première projection le Samedi 7 Octobre 2006 à Beaubourg (Cinéma 2)
Sélection du Pocket Film Festival 2006
avec Caroline Gerdolle
Patrick Mimoun, Deborah Cohen Tanugi,
Marie Février, Karine Pinoteau, Séverine Broussy,
Diane Dassigny, Tanya Lopez Sierra, Samuel Ganes,
Sylvia Whitman, Cécile Calvet, Manuel Pirès, Anita Lewton,
Caroline Sol, Vincent Lehoux, Grégory Granier, Candice Nechitch...
musique
Jo & Liv of Nu Planet
montage
Yannick Haennel
mixage
Dorian Darcourt

LE PREMIER LONG DE FICTION GRAND PUBLIC
ENTIÈREMENT TOURNÉ AVEC UN TÉLÉPHONE PORTABLE...


God In My Pocket - Caroline Gerdolle
envoyé par daylightpeople


Axiom: Lille, ma médina


Développements appliqués au Spectacle Vivant
la kitchen intervient regulièrement sur des créations musicales, chorégraphiques, théâtrales, pour apporter ses ingrédients et ustensiles technologiques à des recettes melant souvent de nouveaux outils à la scénographie et la mise en scène. Voici un aperçu
Konnecting Souls
Compagnie Franck II Louise 

Projet Mouvement/Musique et nouvelles technologies
Développement informatique : Dragan (Polyfractus)

Création les 2 et 3 octobre 2004 à 16h à la Grande Halle de la Villette/ Auditorium Boris Vian, dans le cadre de Villette Numérique.

Depuis ses premiers travaux chorégraphiques, Franck II Louise explore son obsession : la musicalité du mouvement.
Le développement de dispositifs technologiques scéniques, en particulier les systèmes de capteurs non filaires, ouvrent de nombreuses perspectives sur ce thème. Ce temps de recherche doit permettre de faire évoluer le processus habituel de création danse/musique.
Généralement, le son s’adapte aux mouvements déjà crée ou vice-versa. Le but de cette recherche est d’explorer les conditions d’une création simultanée en tenant compte de la spécificité de la danse hip-hop : forte imprégnation rythmique des corps, accélérations circulaires et centrifuges, contacts spécifiques avec le sol,...
Les capteurs seront alors utilisés pour tenter de traduire la musicalité des mouvements et des corps, ou comment transformer les danseurs en instruments de musique.


extraits de la dernière performance dansée interactive de la
cie mobilis-immobilis
le danseur muni de capteurs embarqués est directement lié à l'environnement 3D temps réel réagissant selon ses mouvements.La musique electroacoustique est live.
COMPAGNIE MOBILIS-IMMOBILIS / MAFLOHE PASSEDOUET
captage.exe

     


Rien ne sera plus jamais comme avant
L'Ensemble À Nouveau



La demeure du chaos: l'oeuvre, le procès


Ce film n’est pas un reportage, ce film n’est pas un documentaire, ce film n’est pas un court-métrage, ce film est le miroir tragique d’une société profondément malade, qui demande avec froideur d’annihiler et de détruire des milliers d’oeuvres d’art…
Ce film nous explique qu’en France, l’oeuvre d’art n’a aucun droit d’exister de manière autonome sur l’espace public. Elle doit se conformer impérativement au plan local d’urbanisme.
On enlève donc à l’oeuvre d’art tout ce qui la distingue de l’urbanisme : sa singularité, l’empreinte de son auteur, ses signes distinctifs, sa forme, son médium, son sujet,son âme .
Ce film restitue l’écriture engagée du réalisateur Etienne Perrone ; il porte littéralement la voix des 104 500 signataires pour défendre la liberté d’opinion en France où les critères d’une société démocratique s’estompent peu à peu.
thierry Ehrmann

Procès en appel à Grenoble - 17-18 novembre 2008
Réalisation : Etienne Perrone sur un synopsis judiciaire de thierry Ehrmann
Images : Etienne Perrone - Simon Désage
Production : Musée l’OrgAne - La Demeure du Chaos
avec l’aimable autorisation du Musée des Beaux-Arts de Lyon


Michel Bories (1949-2001), artiste-peintre

(voir sur ce blog, les articles sur le livre
Disparition
publié par Les Cahiers de l'Égaré
en octobre 2007)


testament d'un chasseur de lion, 1787

origines

Vénus Africa

le peintre


Le Pofart
de Michel Bories
envoyé par grossel




Par grossel
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Samedi 9 mai 2009

 


Tracey Emin en Berne


J'ai découvert cette artiste par un reportage du magazine Métropolis sur Arte le 18 avril, à l'occasion de son exposition au Kunstmuseum de Berne du 19 mars au 21 juin 2009. Ce qui m'a intéressé c'est l'ambiguité entre vie personnelle et art, l'usage artistique qu'elle fait de ce qu'elle est, de ce qu'elle vit ou a vécu. Sacré pied de nez à ceux qui prétendent que l'art est à séparer de la vie.                        

grossel

 

 

Tracey Emin (née le 3 juillet 1963 à Croydon) est une artiste britannique d'origine chypriote turque faisant partie du groupe des Young British Artists.

Elle s'est fait connaître du public britannique par deux scandales médiatiques : un esclandre sur le plateau d'une émission culturelle de Channel 4 alors qu'elle était totalement ivre et son installation de 1999 pour le prix Turner, My Bed, composée de son propre lit défait ainsi que de préservatifs usagés et de sous-vêtements tachés de sang. Emin utilise différentes formes d'expression comme la couture et la sculpture, le dessin, la vidéo et les installations, la photographie et la peinture. Elle est en conflit avec son ancien petit ami, l'artiste Billy Childish, à propos du stuckisme notamment. Tracey Emin a rejoint la Royal Academy of Arts de Londres en mars 2007.

Jeunesse 

Tracey Emin est née à Croydon mais fut élevée à Margate. Elle a un frère jumeau. Son père, un chypriote turque, était marié à deux femmes et divisait son temps entre deux familles. Vers l'age de 13 ans elle a été victime d'un viol.[réf. nécessaire]

Son Œuvre 

En 1994 eut lieu la première exposition personnelle de Tracey Emin, à la White Cube Gallery à Londres, intitulée My Major Retrospective. Elle y exposait des photographies personnelles, des photos de ses premières peintures qu'elle a détruites...

En 1995 elle réalise une de ses œuvres les plus célèbres, Everyone I Have Ever Slept With 1963-1995, une tente bleue sur laquelle étaient cousus les noms de toutes les personnes avec lesquelles elle avait dormi, des petits amis, des membres de sa famille avec lesquels elle a dormi étant enfant et ses deux enfants avortés. L'ambiguïté du titre pousse certains à taxer l'œuvre d'exhibition de la vie sexuelle de l'artiste, mais il s'agirait plutôt d'une œuvre intime au sens large. L'œuvre fut achetée par Charles Saatchi et exposée à la Royal Academy de Londres en 1997. Elle fut détruite dans l'incendie du dépôt de Saatchi en 2004. Le tissu et la couture prennent une part importante du travail d'Emin, souvent découpé pour faire des lettres cousues sur un autre matériau. Elle a notamment voyagé à travers les États-Unis avec le fauteuil de sa grand-mère, There's A Lot Of Money In Chairs (1994), sur lequel elle a cousu son nom et celui de son frère, le nom des villes où elle s'est arrêtée et a fait des lectures publiques de son livre Exploration Of The Soul.

Bien que ses œuvres aient donné à Emin une certaine notoriété dans le milieu de l'art, elle était inconnue du public jusqu'à son apparition, en 1997, dans une émission de télévision sur Channel 4 à propos du Prix Turner, durant laquelle, ivre, elle avait injurié les invités.

En 1999, nominée pour le Prix Turner, Emin expose My Bed à la Tate Gallery. Il s'agit de son lit aux draps souillés entouré de préservatifs usagés, de paquets de cigarettes, une culotte tachée de sang menstruel... Le lit était présenté tel qu'elle l'avait laissé après y être resté plusieurs jours alors qu'elle était déprimée et pensait au suicide à cause de problèmes de couple.

En juillet de la même année elle expose une série de monotypes inspirés de la vie de la Princesse Diana à la Blue Gallery, dans une exposition intitulée Temple of Diana. Par ailleurs, Tracey Emin a produit un nombre important de monotypes, souvent biographiques, à propos de ses avortements ou la mettant en scène dans des situations personnelles ou intimes. Ces dessins, exécutés très rapidement, comprennent souvent du texte, parfois raturé ou mal orthographié, très spontané, qui exprime sa pensée à l'instant où elle écrit.

Pour l'exposition tenue pour le Prix Turner, Emin choisit de présenter parmi ses œuvres six petites aquarelles intitulées Berlin The Last Week in April 1998. Il s'agit de peintures d'après des clichés au Polaroïd pris d'elle-même dans son bain à Berlin en 1998. D'après Simon Wilson, porte=parole de la Tate Gallery Emin aurait inclus ces peintures pour répondre aux accusations qui disent qu'il n'y a plus de peinture dans les expositions du Prix Turner. La pratique de la peinture d'Emin est variée et a évolué au fil du temps. Dans les années 80, influencée par son petit ami de l'époque, Billy Childish, elle peignait dans un style proche de l'Expressionisme, elle cite souvent Edvard Munch et Egon SchielePurple Virgin (2004), Asleep Alone With Legs Open (2005) ou Masturbating (2006). comme influences majeures. Elle peint principalement des autoportraits, souvent des peintures représentant son anatomie intime comme

En 2007, Emin est choisie pour représenter la Grande Bretagne à la Biennale de Venise où elle expose notamment des peintures sur toile de grand format représentant ses jambes et son vagin, une série d'aquarelles intitulée " The Purple Virgins", ainsi que la série des aquarelles, datant de 1990, qu'elle a faite de son avortement, exposées pour la première fois. Le 29 Mars 2007, Tracey Emin a été nommée Académicienne Royale par la Royal Academy of Arts.

La première rétrospective importante de l'œuvre d'Emin a eu lieu à la Scottish National Gallery of Modern Art à Edimbourg, d'août à novembre 2008, visitée par plus de 40 000 spectateurs, battant le record du musée pour un artiste vivant. On pouvait y voir un grand nombre d'œuvres de Tracey Emin, des œuvres rarement exposées de ses débuts aux plus connues, des couvertures cousues, des peintures, sculptures, films, néons, dessins et monotypes.


 

Le stuckisme est un mouvement artistique britannique fondé en 1999 par Billy Childish et Charles Thomson. Il prône une peinture figurative en réaction à l'art conceptuel, et particulièrement à celui du courant des Young British Artistsmécène Charles Saatchi. Le mouvement du stuckisme, qui réunissait à l'origine treize artistes, s'est depuis étendu, et compte en 2006 plus de 120 groupements d'artistes répartis en différents points du globe. Billy Childish a quitté le mouvement en 2001. (également appelé « Brit Art ») soutenus par le

Depuis leurs débuts, les stuckistes ont mis sur pied de nombreuses interventions artistiques mais ils ont réellement commencé à attirer l'attention sur eux en organisant des manifestations et en faisant de l'agitprop auprès des médias, notamment à l'extérieur du musée londonien Tate Britain contre le Prix Turner[1], parfois déguisés en clowns, afin de tourner en dérision ce type d'institution. Après avoir exposé principalement dans des petites galeries du quartier de Shoreditch, à Londres, ils ont fait pour la première fois leur entrée dans une exposition temporaire d'un grand musée public en 2004, à la Walker Art Gallery, dans le cadre de la biennale de Liverpool.[2]

Les campagnes d'agitprop des stuckistes passent aussi par les voies officielles : ainsi, ils se sont présentés aux élections du parlement britannique[3], ils ont intenté une action contre Charles Saatchi auprès de l'Office of Fair Trading, l'organisme britannique chargé de veiller au respect du droit de la concurrence, considérant que Saatchi jouissait d'un pouvoir déloyal dans le monde de l'art[4], et ils ont, en vertu de la loi sur la liberté de l'information promulguée en 2000 au Royaume-Uni (Freedom of Information Act 2000), obligé la Tate Gallery à divulguer publiquement des informations relatives à l'achat d'une œuvre de l'artiste britannique Chris Ofili, The Upper Room, pour une somme exorbitante, action qui fut à l'origine d'un scandale dans la presse britannique, dans la mesure où Chris Ofili était alors membre du conseil des curateurs du musée concerné[5].

 



Par grossel
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