Texte libre

La tentation du désert
 

Les marchands de sable
détestent
prêcher dans le désert.
Que le désert croisse !
Honneur à qui favorise
le désert !
à qui recèle un désert !
 
Prophètes de malheur,
annonceurs d’apocalypses
naissent du  désert.
Brament dans le désert.
Aboulique, la foule.
Boulimiques, les masses.
Venues du Nord,
déferlent par les autoroutes
du soleil.
Maximalisation du Sud.
A l’heure de midi,
le midi brûle.
Le désert croît.
Déserts, les chantiers.
Licenciés, les ouvriers.
Moi, les pieds dans l’eau.
Indifférent au paradis.
 
Prophètes de bonheur,
annonceurs d’âges d’or
surgissent du désert.
Exultent dans le désert.
Mimétique, la foule.
Léthargiques, les masses.
Venues du froid,
s’allongent sur le sable
chaud.
Sieste sous parasol.
A l’heure de midi, il fait nuit.
Le désert croît.
Déserts, les embarcadères.
Désarmés, les rafiots.
Moi, la tête dans les étoiles.
Indifférent à l’enfer.
 
Les assoiffés de pouvoir
déversent sur la foule,
les grandes eaux
de leurs mirages.
Fébriles, les assujettis
fascinés par ces images
qui ne désaltèrent pas.
Qui en appellerait à
la traversée
du désert ?

Sur les plages de sable,
l’indifférence d’aujourd’hui.
Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable,
l’indifférence d’hier.
Dure. Sèche. Érémitique.
 
Du désert, aimer à la folie
le grain de sable
qui enraye la machine,
saboteur de toute folie
des grandeurs.
 
Du désert, garder
le grain de sable,
inaltérable,
ne pas s’attarder
à la dune,
sa répétition en masse,
altérée par
tout vent de sable.

Favoriser le désert
jusqu’au mira (cl ou g) e
de  l’oasis
                 
J.C. Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

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photo: Laurent Laveder

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Texte Libre

 


 

Les Cahiers de l'Égaré n'éditent que des titres en lien
avec les activités des 4 Saisons d'ailleurs

 

Inutile d'envoyer des manuscrits
 
Le diffuseur-distributeur (national et international) des Cahiers de l'Égaré est:

SOLEILS,

23 rue de Fleurus,
75006 PARIS
courriel: soleilsdiffusion@hotmail.fr
tel: 01 45 48 84 62 / fax: 01 42 84 13 36

 

Vous pouvez vous procurer les Cahiers de l'Égaré auprès de votre libraire, sur les sites de vente en ligne ou directement auprès de l'éditeur.
Sur ce blog, vous ne trouverez dorénavant que des informations sur les titres parus ou à paraître. Le nettoyage du printemps 2012 a été effectué.

 

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photo: Laurent Laveder

 

pour toujours

Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 18:00

Projet Marilyn Monroe

lancé en avril 2011

  réalisé en mai 2012

le livre Marilyn après tout

est paru aux Cahiers de l'Égaré

 

COUV MARILYN 2 COUL.-DOS 12 2 Layout

 

18 F/18 H

de 17 à 71 ans

parlent de leur Marilyn

20 euros frais de port compris

par chèque à l'ordre des Cahiers de l'Égaré

669 route du Colombier

83200 Le Revest

 

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EAT MEDITERRANEE 

LES CAHIERS DE L’EGARE

 

LES 4 SAISONS D’AILLEURS

 

projet : Pour Marilyn Monroe

 

 Marylin Monroe s’est donnée la mort le 5 août 1962. La commémoration du cinquantenaire de sa disparition, donnera sans doute lieu à quantité de contributions de toutes natures, jusqu’à ce que l’opinion publique en soit saturée.

 

Dans ces conditions, qu’est-ce qui peut pousser les EAT Méditerranée à rejoindre ce flot annoncé, pour 2012 ?

 

L’écho positif, souvent enthousiaste, des auteurs auxquels nous nous sommes adressés, et au-delà, l’intérêt que le projet suscite, ne cessent de surprendre. Ils soulignent, nous semble-t-il, la pérennité d’un mystère Marilyn, constitutif d’une mémoire individuelle et collective, appelée à durer, comme le pressentait Jacky Kennedy, dès 1962.

 

Une mémoire durable, donc une mémoire nécessairement complexe et évolutive dans le temps. Le cinquantenaire est un moment propice pour faire le point, nous interroger sur la capacité d’une Marilyn morte depuis si longtemps à susciter encore admiration et rejet, compassion et interrogations. A tel point qu’il est à la fois trop tôt, et peut-être même vain de chercher à faire émerger une vraie Marilyn, tant elle ne se réduit jamais et jamais définitivement au portrait que l’on croit avoir réussi à dessiner d’elle à tel ou tel moment.

 

Il apparaît en tout cas clairement que sous l’icône sexuelle, offerte habituellement  comme image-idée dominante, bouillonne un mystère construit par les medias et les témoins, par Marilyn elle-même, mystère tout autant fabriqué par nos fantasmes, nos histoires personnelles et familiales, dans leurs contextes spatial, temporel, culturel.  A terme, il est possible d’imaginer Marilyn Monroe, comme une forme archétypale du féminin sacré, figure prenant un jour sa place aux côtés de Jeanne d’Arc, Marie-Madeleine, Artémis ou les Vierges Noires, par exemple.

 

Dans cette nébuleuse du féminin, Marilyn produit aujourd’hui encore sa propre nébuleuse. Aussi nous a-t-il paru intéressant de nous adresser à des auteurs des deux sexes, appartenant à différentes générations, venus d’horizons géographiques divers et traduisant une certaine variété socio-culturelle :

 

Des auteurs EAT Méditerranée se sont inscrits au projet :

 

Denis Cressens, Gilles Desnots, René Escudié, Moni Grego, Jean-Claude Grosse, Roger Lombardot,  Marcel Moratal, André Morel, Danielle Vioux.

 

Des auteurs EAT d'autres régions les ont rejoints :

Simone Balazard, Isabelle Bournat, Dominique Chryssoulis, Marc-Israël Le Pelletier, Benjamin Oppert, Anne-Marie Patris, Yoland Simon, Diana Vivarelli

 

Le compagnonnage d’écriture se réalisera aussi avec:

Aïdée Bernard, Gilles Cailleau, François Carrassan, Monique Chabert, Sylvie Combe, Angèle Germaneau, Bagheera Poulin, Dacha Коsаcheva (texte en russe), , Gérard Lépinois, Angèle Lemort - Kremena Nikolova (texte à 4 mains franco-bulgare), Pierremont, Bernadette Plageman (texte en  américain), Frédéeique Renault, Aïcha Sijelmassi (texte en arabe), Elsa Solal …

 

 

Afin de respecter au plus près la manière dont opère le mystère Marilyn, les contraintes d’écriture ont été limitées le plus possible :

 

- les auteurs ne dépasseront pas les 1000 mots ; leur écriture pourra être théâtrale, romanesque, poétique, philosophique, expérimentale, etc ; un objectif général est donné, au départ, qui n’a cependant rien de contraignant :  il s’agirait de faire réparation, tenter de rendre à Marilyn Monroe ce qui lui a été volé, de lui donner ce dont elle a été frustrée. Elle se comportait avec les hommes comme ceux-ci le voulaient, l’escomptaient, à la va-vite … (cela ne nous intéressera pas outre mesure) mais être miroir du désir du mâle, dominateur, irresponsable, lâche, n’était que la face visible de M.M. Il y avait Norma Jeane, il y a toujours eu Norma Jeane, cherchant le père, son amour, sa reconnaissance, cherchant la mère aussi …  Évidemment, ce sont des hypothèses. Il faudra bien se décider à en choisir certaines plutôt que d’autres, moins biographiques que métaphysiques. M.M. comme chance, comme don semblant être une des plus productives.

 

Ces indications que chacun est libre de reprendre à son compte, de détourner, d’ignorer,

répondent aussi à une préoccupation d’un autre ordre : chercher à rendre visible ce projet, donner donc envie à un lectorat et un public potentiels de s’y intéresser, au milieu du flot des publications, images et sons qui déferleront en 2012, sur des supports médiatiques, éditoriaux, et de productions,  très puissants.

 

L’originalité du projet réside donc, également, dans la place accordée aux mots, à l’écriture, pour dire Marilyn. S’il existe bien quelques ouvrages importants,  la concernant de près ou de loin, il n’échappe à personne que, pour la plupart des gens, la mémoire de Marilyn a été véhiculée, d’abord et de manière écrasante, par l’image, sous toutes ses formes. En proposant de privilégier l’écriture, notre projet présente des qualités indéniables :

-       une mise à distance par rapport à la plupart des images, et une possibilité réflexive autre ;

-       une forme de fidélité à MM qui aimait les mots,  comme en témoignent ses lectures, ses poèmes, ses correspondances tout au long de sa vie, utilisant souvent des supports liés à une urgence d’écrire : feuilles volantes, couvertures de carnet, papier à entête de restaurants ou d’hôtels où elle séjournait, etc ;

-       une appropriation du sujet par des auteurs qui partagent avec la plupart de leurs futurs lecteurs ou spectateurs, le fait de n’avoir pas connu MM, de n’être pas liés à son entourage et ses héritiers, et de n’être pas des spécialistes de la question.

 

 

 

 

Gilles Desnots, secrétaire des EAT MED et des 4 Saisons d'ailleurs

Jean-Claude Grosse, président des EAT MED et des 4 Saisons d'ailleurs

                              éditeur des Cahiers de l'Égaré

 

 

 

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Albums photos Marilyn Monroe et Monroe Marilyn sur mon blog
 
 

Note de lecture sur Fragments de Marilyn

Note de lecture sur Marilyn, dernières séances

Note de lecture sur Don Wolfe et Joyce Carol Oates

Note de lecture sur Les Misfits

Note de lecture sur Marilyn et JFK

 

 

 

court montage que j'ai réalisé avec des images et 3 voix de Marilyn (la voix est ce qui disparaît le plus vite alors que les images restent)

 

 


Par grossel - Publié dans : pour toujours - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 12:05

 

Par grossel - Publié dans : pour toujours
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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 08:49

Revue des deux mondes,

N° hors série, 6 décembre 2011

(les liens renvoient à des articles précédents,

à consulter ainsi que les vidéos)

 

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ce N° exceptionnel a été présenté le 6 décembre 2011 au cinéma du musée du quai Branly lors de la présentation du projet de la Grotte Chauvet Pont d'Arc, candidate au patimoine mondial de l'UNESCO

 

Trente-trois auteurs de théâtre se sont donné rendez-vous un week-end en Ardèche, afin de découvrir les lieux qui accueillent un trésor de l’humanité, la Grotte Chauvet-Pont d’Arc, candidate au patrimoine mondial de l’Unesco, dont les fresques pariétales sont datées de – 36 000 ans… À partir de leurs impressions et de leur inspiration, chacun de ces auteurs a écrit un texte de 1000 mots recueillis dans ce hors-série. 33 textes, 33 000 mots, en hommage à cette grotte vieille de 33 000 ans…

 

(Avec N. de Pontcharra, G. Trépanier, M. Grégo, J.-M. Ribes, J. Larriaga, J.-C. Grosse, P. Tanon, G. Costaz, M. Bellier, R. Escudié, G. Desnots, L. Contamin, P. Touzet, Lazare, G. Boulan, E. Destremau, M. Beretti, S. Joanniez, Y. Cusset, S. Lastreto Prieto, P. Alkemade, J.-P. Alègre, G. Brulotte, J.-Y. Picq, B. Purkhardt, É. Melgueil, J.-P. Thiercelin, G. Gruhn, C. Piret, C. Confortès, B. Jacobs, D. Paquet, C. Tullat. Préfaces de M. de Lacharrière, P. Terrasse, J.-J. Queyranne, R. Lombardot, D. Baffier,.)

 

12 - copie

 

Les Cahiers de l'Égaré ont publié en 2007, La Rose, hommage théâtral à la grotte Chauvet, de Roger Lombardot, initiateur de ce projet de 33000 mots, ouvrage comportant un cahier de 24 pages de photographies, toujours disponible sur commande aux Cahiers de l'Égaré, 669 route du Colombier,  83200 Le Revest. 17 euros port compris, par chèque.

 

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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 14:15

disparition de François Abou Salem,

auteur, comédien, metteur en scène franco-palestinien

 

 

Je viens d'apprendre par hasard la disparition de François Abou Salem, le fils de Lorand Gaspar, grand poète, chercheur en neuro-sciences et de Francine Gaspar, sculpteur
J'avais accueilli deux spectacles de lui et de sa compagnie El Hakawati
- À la recherche d'Omar Khayyam en passant par les croisades, une création à la tour du Revest en août 1991, qui avait eu une belle suite dont le Festival d'Édimbourg et bien d'autres festivals et théâtres; j'aurais tant d'anecdotes à raconter sur cette création franco-belgo-italo-israelo-palestinienne avec chrétiens, juifs, musulmans et athées dont

              -         mon déplacement à Savignone sul Rubicone, pour voir la compagnie en résidence un an avant la création
          -      la représentation de Moi, l'abominable, confession d'un bourreau nazi, tirée de Deutches Requiem de J.L Borges, interprétée en hébreu par l'acteur palestinien Akram Tillawy - très belles photos dans Donjon Soleil, le livre des années-lumière des 4 Saisons du Revest et texte de François : À la recherche d'une réconciliation en passant par Le Revest -
          -      et le débat autour du film: Les figuiers de barbarie ont-ils une âme ? de Rachel Mizrahi qui tira des larmes à tous et auquel participèrent Salah Stétié et Denis Guénoun))
- Motel en décembre 1998 à la Maison des Comoni, le théâtre du Revest que j'ai dirigé de 1990 à 2004 après avoir créé le Festival du Revest de 1983 à 1991
J'avais fait créer Judée de Lorand Gaspar  à la tour du Revest en juillet 1987
et une rencontre de poètes avait été organisée autour de Lorand Gaspar au Fort Napoléon à La Seyne en avril 1987
le N°9 de la revue Aporie (que j'ai dirigée avec François Carrassan pendant 10 ans) lui avait été consacré: Égée-Judée de 1988
J'avais perdu le contact avec François comme je l'ai perdu avec son père mais je recevais les informations venues de son théâtre à Jérusalem-Est
Je garde le souvenir d'un homme exigeant, d'un auteur de qualité, d'un comédien de talent, d'un metteur en scène rigoureux

Jean-Claude Grosse

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 19 août 2011 5 19 /08 /Août /2011 22:15

Marilyn, une femme

par Barbara Leaming

 

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Cette biographie date de 2000. Elle est bien documentée pour le point de vue qu'elle adopte, l'essentiel étant centré sur le conflit permanent entre le Studio et Marilyn. Le récit sur plusieurs chapitres aboutissant à la victoire de Marilyn sur Zanuck est presque fastidieux, tant les péripéties sont innombrables, illustrant ces deux lieux communs américains : business is business, time is money. Pratique du double jeu, secrets et effets d'annonce, utilisation habile des rivalités, utilisation habile ou maladroite des médias, importance du temps, des dates (tenir jusqu'à … puis accélérer … ), pressions diverses, menaces, procès, mises à pied, suspensions … Marilyn a appris à se battre en écoutant, voyant, souffrant et finalement, par son obstination, sa férocité, son habileté, ses maladresses aussi, elle obtient un contrat à la mesure de son rêve, de son attente, de son talent voire de son génie. Ce récit montre pour qui en douterait que les plans les plus élaborés peuvent échouer parce que des éléments imprévus se présentent, des événements inattendus ont lieu. Il faut faire avec, s'adapter. Ce récit montre que l'on peut souvent se tromper sur les intentions de ses partenaires comme de ses adversaires. Marilyn a connu maintes trahisons comme elle aussi a trahi mais dans la balance, ceux qui ont voulu se servir d'elle sont plus nombreux que ceux dont elle s'est servi.

On s'aperçoit que la vie de rêve ne l'est pas. Qu'Hollywood est une machine à exploiter, à broyer, sans état d'âme, seules les rentrées d'argent comptant. Payée de façon dérisoire alors même qu'elle rapporte déjà beaucoup, soumise à des rythmes ou des cadences infernales (4 jours entre la fin d'un tournage et le début d'un autre, horaires exigeants : 7 heures du matin … ), considérée comme une image sans cervelle, un visage sans cerveau, méprisée dans ses désirs de perfection, ignorée dans ses remarques sur les rôles, les personnages qu'on lui fait jouer, on se dit que l'énergie déployée par Marilyn pour se battre et gagner a été colossale, qu'il lui fallait une motivation d'une force exceptionnelle.

C'est son rêve d'enfant, devenir une star à Hollywood, inauguré avec Grace Mc Kee, qui l'a porté toute sa vie. Rêve puéril comme celui de milliers d'autres au moment de la crise de 1929, pour échapper au quotidien des familles d'accueil, de l'orphelinat, des agressions sexuelles précoces. Elle aurait tout aussi bien pu devenir une épouse comme tant d'autres dont la vie s'arrêtait à 20 ans. Cela faillit être son cas avec son mariage à 17 ans avec Jim Dougherty. Mais son rêve était très fort (elle l'a dit : en contemplant la nuit de Hollywood, je pensais : il doit y avoir des milliers de filles seules comme moi qui rêvent de devenir vedettes de cinéma ; mais je n'ai pas à me préoccuper des autres ; c'est moi qui rêve avec le plus de force), elle ne craignait pas la concurrence et sa proximité géographique avec Hollywood nourrissait son rêve (elle voyait les lettres RKO depuis une fenêtre de l'orphelinat).

Cette force s'origine t'elle dans le rejet de Norma Jeane par sa mère Gladys qui a tenté de l'étouffer à sa naissance et l'a livrée par manque de moyens et par instabilité aux familles d'accueil ? On a dit que les problèmes de Marilyn avec le studio étaient d'origine psychologique. Il faut alors s'entendre. Elle n'était pas intéressée par l'argent, elle voulait être merveilleuse, être admirée non comme la madame blonde qui roule des hanches, la sex symbol, la bombe sexuelle, objet des fantasmes masculins, mais comme artiste, comme actrice talentueuse, être respectée comme femme avec une cervelle et un coeur. Et elle a mis tout son talent, toute son énergie pour atteindre et obtenir l'amour et le respect des autres.

On peut dire cinquante après qu'elle a réussi. Mais réussite paradoxale, comme s'il y avait un malentendu. Marilyn en fréquentant l'Actor's studio veut se faire reconnaître dans des rôles tragiques ou dramatiques (Grushenka, les femmes chez Shakespeare et Tolstoï, elle aurait pu penser à Molly de Joyce). Or, ce sont ses rôles comiques qui restent et resteront. Elle réussit à infléchir les rôles stéréotypés que lui concoctait le studio, à leur donner un contenu très personnel et ce sont ses rôles que le public a aimés et aime. Elle a sous-estimé ses compositions comiques (le mot composition n'est pas bon car elle habitait son personnage), elle a sous-estimé la Fille, la Marilyn qu'elle a créée ; elle cherchait une actrice qui sans doute ne lui convenait pas, une actrice que les circonstances ne lui ont pas permis de rencontrer (l'échec de son mariage avec Arthur Miller étant la principale raison mais aussi sans doute les limites d'Arthur Miller lui-même comme dramaturge tant dans Les Misfits que dans Après la chute).

Terminons en soulignant que les rôles comiques de Marilyn rencontraient et rencontrent l'adhésion du public américain, encore très puritain, en ce sens qu'ils donnent de la sexualité une image innocente, inoffensive et donc permettent aux Américains et aux autres de se réconcilier avec la sexualité, enseignée, intériorisée comme dangereuse, destructrice, coupable. Arthur Miller est caricatural de ce point de vue là tant il charge Marilyn dans Après la chute pour se disculper, fuir sa propre culpabilité (coupable d'adultère avant son divorce d'avec sa femme Mary).
Cette biographie commence par le triangle Kazan-Miller-Marilyn et s'achève sur le même triangle. C'est extrêmement intéressant car cela nous rappelle des souvenirs de cinéphile (Sur les quais avec Marlon Brando, Un tramway nommé désir avec Marlon Brando et Vivien Leigh, Baby Doll avec Marlon Brando et Marilyn Monroe mais Kazan ne voulut pas de Marilyn qui fit tout pour obtenir le rôle et Marlon ne put le faire non plus) et la triste époque du maccarthysme (Kazan en délateur, Miller en homme de conviction défendu par Marilyn).

Les documents de Barbara Leaming en particulier les carnets de Miller lui ont fourni la matière d'une approche psychologique parfois irritante en ce sens que Marilyn est reconstituée à partir de documents d'autres sur elle or personne dans ces documents n'est neutre, objectif ; tous ont des intentions, il y a toujours des enjeux et cela donne une biographie où l'on a l'impression que tout est calcul, enjeux, manipulation, intentions cachées, inavouées, erreurs d'appréciation … Cela conduit Barbara Leaming à des formules genre : il était clair …, à l'évidence … Autrement dit, Barbara Leaming est persuadée de dire la vérité sur les uns et les autres et cette approche psychologique la conduit à conclure au suicide de Marilyn. Elle transforme en destin après avoir tellement mis l'accent sur les péripéties, les imprévus, les jeux d'influence occultes ou pas, la vie de Marilyn, habitée par une pulsion de mort liée à sa mère Gladys et par un instinct de survie également puissant mais la nuit du 4 août, Marilyn avait finalement accepté le jugement maternel … elle avait achevé le geste que Gladys avait entamé à ses yeux en tentant de tuer sa petite fille (page 445).

Ce qui échappe me semble t-il à la biographe c'est :

Elle avait le cœur pur. Elle n'a jamais compris ni l'adoration ni l'hostilité qu'elle suscitait (Edward Wagenknecht)

Pour survivre, il lui aurait fallu être soit plus cynique, soit encore plus détachée de la réalité qu'elle ne l'était. Malheureusement, elle était tel un poète des rues qui s'efforce de faire entendre des vers à une foule railleuse et méprisante (Arthur Miller)

Il vaut mieux être malheureuse seule que malheureuse avec quelqu'unI ( Marilyn)

Une carrière c'est quelque chose de merveilleux mais on ne peut se blottir contre elle la nuit, quand on a froid (Marilyn)

L'argent ne m'intéresse pas. Je veux simplement être merveilleuse (Marilyn)

 

Jean-Claude Grosse

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Vendredi 12 août 2011 5 12 /08 /Août /2011 10:38

Note de lecture sur

Marilyn, la dernière déesse/Jerome Charyn

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Ce livre de la collection Découvertes/Gallimard date de 2007. La bibliographie comporte 14 titres, l'essentiel des titres sur Marilyn. Iconographie et légende de qualité. Témoignages et documents bien choisis.

Que nous apporte ce livre ? Des points de vue dont celui de Charyn. Des points de vue contrastés, à l'image de la Jekill and Hyde féminine que fut Marilyn (qui était Gémeaux), femme de lumière (pour autrui) et d'obscurité (à soi), me semble-t-il. Disons que de ces contrastes émerge une femme qui apparemment échappe aux clichés qu'on a présenté d'elle, ce que l'on pressentait. Intelligente, usant de stratagèmes le plus souvent inconscients, réactions somatiques si l'on veut, pour faire entendre raison autrement que par des arguments à ceux qui prétendaient la diriger dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée. Elle a payé le prix fort de cette radicale indépendance ou liberté alors même qu'elle était sous contrat avec des magnats ressemblant à des soudards. Certes, elle s'est plantée avec les Marilyn Monroe Productions, mais n'avait pas renoncé comme le montre sa lettre à Lee Strasberg dans les Fragments. Elle a ouvert la voie à l'indépendance des stars par rapport au star-system. Elle a su séparer, à peu près, vie publique et vie privée, ce que font aujourd'hui la plupart des vedettes.

Ce que ce livre rend perceptible aussi sans que l'on rentre dans les détails, c'est la difficulté à séparer la légende et la réalité, à trouver la vérité. Entre les rumeurs colportées par le service communication des studios, favorables ou défavorables à Marilyn selon ses rapports avec les patrons, les légendes inventées par elle sur son enfance, son adolescence, celles colportées par les plumes acerbes ou chaleureuses des chroniqueurs d'Hollywood, celles colportées par ses hommes, amants, collègues, partenaires … il est impossible de reconstituer un chemin de vérité. On en est réduit à se dire que cette image composite, floue, fruit de multiples interactions d'images n'est maîtrisée par personne, et pas par la personne concernée, cela malgré son indéniable talent et travail sur elle (son corps et son visage ; elle dit sa capacité à faire dire à son visage ce qu'elle veut) et son image (elle passe des heures à LA regarder, en réalité à la fabriquer avec les magiciens qui s'occupent de ses cheveux, de son maquillage, de son corps).

Ce qui me frappe, en écrivant ceci, c'est le relativisme affiché par Marilyn sur la célébrité dont elle sait qu'elle est éphémère et qu'elle ne sert à rien quand on est seule et qu'on a froid la nuit, qu'elle la doit pour l'essentiel à la chance et aux hommes qu'elle a rencontré au bon moment (Johnny Hyde qu'elle a couvert de son corps, la nuit de sa mort, à l'insu de la famille du défunt, dit la légende inventée par Elia Kazan mais c'est si vrai ; ou Lee Strasberg pour sa carrière). Autrement dit, non une vie comme un destin, non une vie comme une tragédie, mais une vie jouée aux dés, une vie livrée aux hasards, Marilyn intervenant avec son intelligence non pour maîtriser, orienter mais dévier ( comme au jeu de billards). Elle dit d'une fille intelligente, qu'elle embrasse mais n'aime pas, qu'elle écoute mais n'est pas dupe, qu'elle quitte avant d'être quittée. Joyce Carol Oates dit que Marilyn, née au moment de la grande crise de 1929, avait une chance sur des millions de devenir ce qu'elle est devenue. Elle avait si peu d'atouts (un corps de rêve, des rêves fous et forts, et un inconscient qui lui a fourni le meilleur (son talent comique mais pas exclusivement) et le pire (ses angoisses, insomnies, ses peurs, ses dépendances). La chance, l'intelligence et les circonstances (la guerre froide, l'anticommunisme des Américains, le maccarthysme – elle fit preuve d'une solidarité exemplaire avec Arthur Miller, lui-même courageux face à ces inquisiteurs – , la fabrique à rêves – moyen d'une domination culturelle mondiale dénoncée par les soviétiques – , l'émergence de la sexualité dans une Amérique puritaine où il faut échapper à la censure … ) ont donné ce cocktail indescriptible : Marilyn Monroe, que je vois moins en déesse qu'en sirène, être hybride.

 – là-bas ! Thelxiopé la troublante ! ici ! Thelxinoé l'enchanteresse ! Mais ce pourrait être Himeropa, Parthénopé, Molpé, Aglaophone, Aglaopé ... 

 

Jean-Claude Grosse


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Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 19:51


L'artiste Miss.Tic


Elle a une façon bien à elle d'écarter les questions qu'elle juge sans importance. Avec douceur, la moue dubitative, le regard noir de l'enfant qui prépare une bêtise, elle fait mine de ne rien avoir à dire. C'est ainsi qu'elle décourage toute tentative analytique sur son pseudonyme. Miss.Tic n'est autre que la signature - trouvée dans un vieil album de Picsou - qu'elle a décidé d'adopter, dans les années 1980.



1956
Naissance à Paris.

1976
Théâtre de rue, au sein de la troupe Zéro de conduite.

1985
Premiers pochoirs sur les murs de Paris.

1986
Première exposition, à la galerie du Jour - agnès b., Paris 2e.

2000
"Muses et hommes", une série de 20 pochoirs sur les murs de Paris, qui s'inspire de fragments de tableaux de peintres célèbres.

2007
Dessine l'affiche du film "La Fille coupée en deux", de Claude Chabrol.

2009
Exposition à la galerie parisienne Lélia Mordoch, du 5 au 11 juin.




C'est devenu son nom. Une identité choisie. La seule qui apparaisse sur l'interphone de son immeuble, à la porte de son atelier du 13e arrondissement de Paris, sur ses toiles et les façades urbaines. Même ses amants, qui étaient les seuls à avoir le droit de murmurer son prénom, disent, depuis 2002 (allez savoir pourquoi ?!), Miss.Tic. "Il n'y a plus que le fisc et les flics qui connaissent ma véritable identité."

Beaucoup plus joueuse et pudique que soucieuse de cultiver le mystère, ce petit bout de femme aux longs cheveux noirs, née à Paris en 1956, se méfie des fouineurs qui ramènent tout à l'intime, se ruent sur le pathétique. "Je sais qu'au vu de certains épisodes de ma vie, je fais rapidement Cosette. Je ne veux pas en faire un fonds de commerce."

Deux livres sont récemment parus sur elle. Miss.Tic. Je prête à rire mais je donne à penser (Grasset 2008), qui réunit textes et dessins de l'artiste ; et Miss.Tic, femme de l'être, de Christophe Genin (éd. Les impressions nouvelles, 2008), qui étudie son itinéraire et son travail avec retenue. Cela lui va bien. Toujours "droite dans ses talons aiguilles", plutôt que dans le ressassement. Miss.Tic est définitivement du côté de la vie. Elle le sait depuis longtemps.

Elle n'a que 10 ans quand un accident de voiture tue plusieurs membres de sa famille, dont sa mère. Le drame ne fait qu'aiguiser un peu plus son désir d'agir, d'avancer, de considérer l'existence comme une chance inouïe. "Vous savez, perdre quelqu'un est difficile, mais c'est tout de même l'autre qui meurt", dit-elle, paraphrasant l'épitaphe du surréaliste Marcel Duchamp.

Six ans plus tard, quand son père décède, elle quitte Orly et ses cités, sur un Solex. Direction Paris où elle loue une petite chambre de bonne dans le 6e arrondissement. Elle rêve du Saint-Germain-des-Prés de Boris Vian et de Juliette Gréco, ne trouve que des endroits ringards qui "puent le tabac et la vieille bière". En 1980, elle rejoint son copain aux Etats-Unis où, durant deux ans, dans les milieux underground du hip-hop, de la drogue et de l'alcool, la jeune fille tombe dans les excès, s'éloigne d'elle-même.

Retour à Paris. Les bandes des Frères Ripoulain et de Vive la peinture (VLP) détournent les affiches, peignent les murs et les palissades. D'abord spectatrice, elle finit par rejoindre le mouvement. "J'aimais bien cette démarche populaire, cette approche pratique de l'art." Elle sort d'une rupture amoureuse difficile. Son premier pochoir sera l'ultime message adressé à l'homme aimé. "Je voulais lui donner une réponse intelligente, mais pas hystérique." Elle bombe "J'enfile l'art mur pour bombarder des mots coeurs". Signe Miss.Tic et, pour incarner son texte, dessine son autoportrait. L'intéressé la (et se) reconnaîtra.

Trente ans plus tard, il suffit de mettre bout à bout ses phrases et ses silhouettes de femmes sexy - en robe noire, soutien- gorge et porte-jarretelles, ou nues et offertes, ligotées et soumises - pour retracer son parcours, entendre les soupirs et les désirs qui l'ont traversée. "Je ne me suis pas laissé défaire", "Prends mes jambes à ton cou", "Fais de moi ce que je veux", "Avec l'amour le temps passe vite avec le temps l'amour passe moins souvent"...

Sa vie, elle n'a cessé de la raconter sur la face des murs. Précisant au fil de ses jeux de mots et de leurs indécences pudiques les traits d'un caractère bien trempé. "Souvent une chose et son contraire, pudique et provocatrice ; grande généreuse qui déteste les bons sentiments", souligne son assistante et amie, Christine Gabin, dite "La Gabin". "Miss.Tic est avant tout quelqu'un d'extrêmement réglo, pragmatique dans sa manière d'aborder sa vie et son art."

Une femme séductrice et libre, féministe évidemment mais pas militante. "Je suis une grande amoureuse, une nymphomane monogame qui change souvent d'homme", s'amuse-t-elle au souvenir de ses nombreux amants, ses quelques grandes histoires d'amour et ses deux mariages. Les hommes : omniprésents dans sa vie, quasi absents de ses pochoirs. "Je ne sais pas les dessiner. Quand j'essaie, ils ont tous la tête de Ken (le fiancé de la poupée Barbie).""J'aime trop jouer pour m'intéresser au jeu des autres." Et l'a inscrit joyeusement, comme à son habitude, à la bombe : "Protégeons les enfants utilisons des préservatifs." Femme mais pas mère. Elle n'a jamais eu envie d'enfant -

 


Elle a connu l'époque tranquille des rues sombres dont elle peignait les murs sans teinte pour tenter d'égayer le passant. Puis la loi qui se durcit au tout début des années 1990, la traque des policiers, les nuits au poste et... le procès de trop. En 1999, elle est condamnée à verser 22 000 francs (3 385 euros) au propriétaire d'un immeuble sur lequel elle avait écrit "Egérie et j'ai pleuré". "Cela m'a fait réfléchir. Je voulais continuer de travailler mais autrement. Je me suis consacrée à l'illustration, l'édition. Pour la rue, j'ai demandé des autorisations."

Miss.Tic, qui s'était offert la plus ouverte des galeries, la rue, se voit refuser par des galeristes. Mais tous ne réagiront pas ainsi. Dès 1986, pas une année ne passe sans qu'elle soit exposée, en France et à l'étranger. Le Victoria and Albert Museum de Londres et le Fonds d'art contemporain de Paris ont acquis des oeuvres de Miss.Tic. Les marques la réclament, Kenzo, Louis Vuitton, Lamarthe... Puis le théâtre et le cinéma, pour dessiner des affiches. "Il y a de l'humour, de la santé, de l'intelligence dans la création de cette artiste qui a magnifiquement su ne pas se laisser enfermer dehors", admire la comédienne Andréa Ferréol.

Miss.Tic aime bouger, s'adapter, douter, travailler. Son oeuvre suit le mouvement. "Contrairement à beaucoup d'artistes qui viennent de la rue, elle a su créer un langage et le faire évoluer, remarque Pierre Cornette de Saint-Cyr, commissaire-priseur et président du Palais de Tokyo, à Paris. En tatouant la peau des villes, elle s'est inscrite dans le prolongement des affichistes du mouvement néoréaliste fondé par Pierre Restany."

Et de tout ce trajet, s'il ne devait rester qu'une seule chose, ce serait probablement les mots. Ils sont au commencement de tout. Chez elle, les bibliothèques débordent. Littérature, philosophie, psychanalyse, sociologie... "Devenir simple, c'est compliqué." Les livres l'y ont aidée.

Véronique Cauhapé
Article paru dans l'édition du Monde du 17.04.09.
Photos prises par grossel en mai 2008


Par grossel - Publié dans : pour toujours - Communauté : L'art e(s)t la vie
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 15:37


L'Origine du monde/ Le Jardin d'épices/ Père


Voyant à l'occasion de mon dernier séjour au Maroc (octobre-novembre 2008) le tableau réalisé par Ya.Smine, pour un amateur d'art et d'érotisme vivant à Marrakech, Le Jardin d'épices, tableau inspiré par L'Origine du monde de Gustave Courbet, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'affiche proposée par le Théâtre 71 de Malakoff, sous la responsabilité de Pierre Ascaride pour le spectacle que devait créer Cyril Grosse, Père d'August Strindberg, en février-mars 2002.
Le spectacle a bien été créé mais pas dans la mise en scène de Cyril, disparu le 19 septembre 2001 à Cuba.
Les comédiens choisis par Cyril, François Marthouret, Anne Alvaro, Éléonor Hirt, Frédéric Poinceau, Victor Ponomarev, ... qui avaient déjà fait un travail à la table de 3 jours avec Cyril,  début septembre 2001, n'ont pas renoncé au projet et Père a été créé comme prévu, joué dans la traduction de Cyril et Gunnila Nord, dans une mise en scène de Julie Brochen.
Plus de 70 représentations ont eu lieu dans une quinzaine de villes de France.
Merci à eux, 7 ans après.

affiche pour le spectacle Père
L'Origine du Monde par Gustave Courbet

Le Jardin d'épices by Ya.Smine



PDF du projet Père

Le Jardin des Délices ou le règne de l'amour
de Hieronymus Bosch
(film et article)



En lien avec cet article et cette vidéo sur Le Jardin des Délices, je mets en ligne deux passages tirés du roman de Cyril Grosse: Le Peintre, consacrés au tryptique de Hieronymus Bosch. Le Peintre a été édité par Les Cahiers de l'Égaré, le 22-02-2002, pour la création de Père au Théâtre du Gymnase à Marseille.
Jean-Claude Grosse

– J’ai ici une édition d’Art, particulièrement belle, consacrée au Jardin des délices de Hyeronimus Bosch. Voilà plus d’une semaine que j’y travaille. (Il ouvre le livre, page huit cent trois. Admiration prolongée.) Je ne me suis intéressé, moi, qu’à un seul couple, dans cette profusion. (Sourire de contentement, il observe les réactions de Joseph.) C’est – entre parenthèses – ce qu’il y a de plus frappant dans l’œuvre de Bosch, son sens du détail – avec, bien sûr, les détours de son imagination –. Mon couple se trouve au centre du panneau central, presque au milieu du lac, entre le Paradis et l’Enfer. L’eau est opaque, mais l’on distingue les cuisses – jambes en fuite – et leurs corps, roses et blancs, comme sculptés, avec couleur. Ventre limpide de la jeune fille, le sein posé contre lui, une ombre pour le duvet et ses cheveux qui ruissellent – mais est-ce le mot ? –, bruns et ors, en gouttes et en fils. Elle ressemble à l’Ève du Paradis, vous ne trouvez pas ? (Du coin de l’œil à Joseph, il sourit.) Ils sont enlacés, le jeune homme retient la main, étrangement ouverte, de sa maîtresse. Ils sont enlacés, mais ce n’est pas une étreinte. Elle, regarde droit devant elle, lui, fixe l’on ne sait quoi, avide et inerte à la fois. (Exalté.) Quelle est la cause de cette mélancolie ? Cet oiseau, œil noir, qui semble les narguer ? Cette figure, qui dépasse, ici, de ce vase bleu ? Ou est-ce cet homme sur les plumes du grand oiseau ? L’Art, ses détails, le silence, bruits. Voilà, mon cher, à quoi j’occupe mes journées. Et j’en suis arrivé à la conclusion que cette mélancolie, ce léger effroi, vient d’eux, d’eux-mêmes oui, et non des autres. Mais Hyeronimus Bosch ne s’est certainement jamais intéressé à ce couple…  (page 25)

Huit heures quarante. Zéro-huit-quatre-zéro. Il se souleva. Ses genoux lui faisaient de plus en plus mal. Articulations : métal rouillé qui pourrit. Il quitta la bibliothèque en boitant, traversa le couloir et pénétra dans son cabinet de travail. L’édition de luxe du Jardin des délices, ouverte à la page huit cent trois, l’attendait ainsi que ses lunettes, sur le bureau en chêne massif. Des corps nus et colorés grouillaient toujours dans l’eau du lac, mais ses yeux ne distinguaient que des taches, un mouvement abstrait. Il chaussa ses lunettes – car il goûtait l’expression – et fut surpris par le sexe des personnages, leurs ébats l’étonnaient. Peut-être parce qu’il était nu, et que son corps lui apparaissait dans sa réalité effrayante et sans appel. Alors qu’il avait passé de longues heures à scruter les détails de ce jardin, c’était la première fois qu’il le voyait avec une telle précision : corps blancs, corps sans âge, des sexes de bambins, un érotisme froid. Aucun homme ne bandait. Des peaux lisses, sans bourrelets, sans replis, sans veines ni sang, une jeunesse éternelle. Et il fixa encore son couple fétiche. Mélancolie oui, mélancolie de la vieillesse, peur de la mort. Une illumination matinale, fatigue, irrationnel. Voilà d’où vient leur effroi. Diurne, nocturne. Et sans s’en rendre compte, il ouvrit la bouche et se mit à respirer comme un cardiaque.   (page 64)


Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : pour toujours
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