Texte libre

La tentation du désert
 

Les marchands de sable
détestent
prêcher dans le désert.
Que le désert croisse !
Honneur à qui favorise
le désert !
à qui recèle un désert !
 
Prophètes de malheur,
annonceurs d’apocalypses
naissent du  désert.
Brament dans le désert.
Aboulique, la foule.
Boulimiques, les masses.
Venues du Nord,
déferlent par les autoroutes
du soleil.
Maximalisation du Sud.
A l’heure de midi,
le midi brûle.
Le désert croît.
Déserts, les chantiers.
Licenciés, les ouvriers.
Moi, les pieds dans l’eau.
Indifférent au paradis.
 
Prophètes de bonheur,
annonceurs d’âges d’or
surgissent du désert.
Exultent dans le désert.
Mimétique, la foule.
Léthargiques, les masses.
Venues du froid,
s’allongent sur le sable
chaud.
Sieste sous parasol.
A l’heure de midi, il fait nuit.
Le désert croît.
Déserts, les embarcadères.
Désarmés, les rafiots.
Moi, la tête dans les étoiles.
Indifférent à l’enfer.
 
Les assoiffés de pouvoir
déversent sur la foule,
les grandes eaux
de leurs mirages.
Fébriles, les assujettis
fascinés par ces images
qui ne désaltèrent pas.
Qui en appellerait à
la traversée
du désert ?

Sur les plages de sable,
l’indifférence d’aujourd’hui.
Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable,
l’indifférence d’hier.
Dure. Sèche. Érémitique.
 
Du désert, aimer à la folie
le grain de sable
qui enraye la machine,
saboteur de toute folie
des grandeurs.
 
Du désert, garder
le grain de sable,
inaltérable,
ne pas s’attarder
à la dune,
sa répétition en masse,
altérée par
tout vent de sable.

Favoriser le désert
jusqu’au mira (cl ou g) e
de  l’oasis
                 
J.C. Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

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photo: Laurent Laveder

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photo: Laurent Laveder

 

Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /Mars /2010 23:19
On ira voir la mer
est devenu
à la fois un spectacle et un livre,
publié par Les Cahiers de l'Égaré.

Un livre d'entretiens croisés entre Gilles Desnots et Katai Ponomareva.
Je trouve les auteurs excellents dans les rêves et réflexions qui empruntent à différents registres: la vie, l'histoire, l'art, la nature, la mer, la femme, l'homme, l'enfant, et tout le reste. On part vraiment en voyage et les réflexions sont d'une belle maturité, sincères aussi et mieux, vraies. De quoi satisfaire l'exigeant philosophe Marcel Conche. Même si sa réflexion est plus construite, plus dépouillée, il aimera ces évocations. Car les écritures sont vivantes, qu'elles déclinent une situation ou proposition, qu'elles tentent de faire le Tour du Tout Trou, métaphores filées donnant à voir, entendre, sentir, palper. On en sort différent comme d'un spectacle vrai. Alors que je tends à réduire à l'os, à l'essentiel ce que je crois avoir compris de la vie mortelle, de la solitude, et qui tient en peu de mots me semble t-il, les auteurs m'ont fait retrouver de la chair, du corps et de la jubilation. Vive la vie, merde. Merde, vive la vie de merde.
J'ai trouvé très intéressant aussi leurs échanges sur les doutes, la place juste de chacun... On comprend au fur et à mesure cette insistance de Katia qui me semble tourner moins autour de sa place et de celle des autres qu'autour du Tout, du Trou. Comment en faire le tour ? Je pense que ce qui se passe avec la rencontre entre ovule et spermato, avec la division cellulaire, la spécialisation cellulaire, constructives d'un Tout, un organisme vivant, ressentant et pensant, chaque organe étant au service du Tout, donne peut-être une image de ce qu'ils cherchent, accouchement permanent, création permanente... don, construction orientée vers, par une fin, un être humain, un spectacle vivant.
Je voudrais rajouter qu'il y a du Socrate qui doute (je sais que je ne sais rien) et du Socrate accoucheur (la maïeutique) chez tous les deux, tous deux accoucheur de l'autre, accouché par l'autre; j'ai senti aussi fortement une oscillation entre le désir d'embrasser le tour du tout trou et le lâcher-prise (ils n'arrêtent pas de se conseiller de lâcher prise, de laisser du temps au temps, de prendre comme ça vient avec bien sûr l'angoisse comme prix à payer...). Bref, ce sont plus que des entretiens croisés. C'est une rencontre entre un parapluie et une machine à coudre sur une table de dissection. C'est une rencontre surréaliste, une rencontre comme celle de Francesca et de Robert sur la route de Madison. Sauf que le décor c'est le bout du monde, le début de la mer.
On a là un exemple de vie où deux personnes essaient à la fois d'être fidèles à ce qu'elles sont, de ne pas se tromper sur leur désir, de ne pas se mentir et en même temps d'être à l'écoute de l'autre, d'être respectueux de l'autre, lui disant où il est possible d'aller, où il n'est pas possible d'aller au moment de l'énonciation car après ça peut évoluer. On voit bien qu'une vraie relation exige un échange vrai, sincère, lucide, permanent. On voit que ça ne s'appelle pas compromis ou alors ça l'est mais sans compromission: on reste clair sur soi, sur ce qu'on veut, on ne concède que ce qu'on peut, on ne fait pas de chantage à l'autre, on entend ce qu'il dit, sa demande, en y répondant par la satisfaction ou par un refus mais dont on s'assure qu'il ne sera pas blessant, rupture. C'est beau.
De bonnes références aussi. On voit qu'on a affaire à des gens cultivés au meilleur sens du terme, proches du sensible, du réel mais sachant aussi s'approprier les apports des autres.
grossel

Un spectacle créé par L'Ensemble À Nouveau
 
au COMEDIA, à TOULON
10, rue Orvès - Le Mourillon - 83 000 Toulon
(Réservations : 04 94 42 71 01)
 
Les 16 & 17 MARS 2010 à 20h45
Le 18 MARS 2010 à 19h
Les 19 & 20 MARS 2010 à 20h45
Le 21 MARS 2010 à 16h

 
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Par grossel - Publié dans : cahiers de l'égaré - Communauté : L'art e(s)t la vie
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