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Les Cahiers de l'Égaré

Mai, juin, juillet/Dans les théâtres de 1968/Denis Guénoun

17 Juillet 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Mai, juin, juillet

Dans les théâtres de 1968

Denis Guénoun

Les Solitaires Intempestifs

 

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J’ai lu cette pièce récente en Avignon entre le 10 et le 13 juillet, en trois temps comme sa construction.

Le 10 juillet, Mai, le 11 juillet, Juin, le 13 juillet, Juillet.

C’est une pièce foisonnante par les lieux évoqués, les personnages mis en jeu,  les thèmes abordés, les formes proposées.

Il s’agit de 68 et du théâtre en 1968.

Mai est le mois de la vague, si haute, si puissante, venue de quelles profondeurs, qu’on pense, que certains pensent qu’elle balaiera le vieux monde.

Denis Guénoun est des deux côtés, côté rue, écoles, usines, Odéon (occupé ; alors que les spectateurs d’un spectacle de danse américain sortent, les manifestants pénètrent dans le théâtre ; on est le 15 mai; Jean-Louis Barrault réussit à s’exprimer, défenseur des poètes donc des jeunes ; il ne rencontre que mépris, confondu par son rôle d’homme de théâtre du pouvoir gaullien) et côté pouvoir: de Gaulle, Malraux ...

La parole est libérée, libre. Les enjeux sont considérables : ou la situation est révolutionnaire et la révolution est possible ou la situation peut se contrôler, des négociations s’engager, des revendications s’arracher.

Côté militants, on voit bien la coupure entre les jeunes et les anciens, l’impatience des uns, la prudence des autres.

Côté pouvoir, on voit bien comment il semble se dissoudre, être démuni, à court de solutions répressives ou concertées, négociées.

La situation de l’Odéon concentre toutes les contradictions, la mise en cause de Barrault par les occupants, la mise en cause du théâtre dans ses fonctions citoyennes d’élévation, d’éducation, de transformation de l’homme. « Barrault est mort ». Vive le théâtre de la vie. Pas le théâtre qui sépare.

On a retrouvé quelque chose de cela à la question de théâtre du 14 juillet. Claudel et Tête d'or, Artaud et le corps sans organes.

Denis Guénoun s'est déjà coltiné à Artaud - Barrault dans un spectacle magnifiquement habité par Stanislas Roquette que j'ai vu à Marseille.

Juin est le mois du reflux, le pouvoir a repris l’initiative avec l’annonce de la dissolution de l’assemblée et des nouvelles élections après le flop de l’annonce d’un référendum, de Gaulle a retrouvé sa voix, déferlante du 30 mai sur les Champs-Élysées

C’est le mois de la rencontre des directeurs de théâtre à Villeurbanne. Ils sont désignés par des noms de villes. Les débats correspondant à ce qui s’est passé sont affligeants, sauf exception, le corporatisme « justifié » par des missions de service public étant le moteur des comportements. Aucune vision, aucune mise en cause.

Juillet, c’est Avignon, l’effervescence du Festival, Jean Vilar défendant son festival y compris contre l’équipe américaine accueillie et dont les jeunes attendent une révolution du théâtre et de la vie avec Paradise now. La rencontre entre Poésie et Révolution sur le trottoir avec l'auteure est une scène fantaisiste qui aborde des questions importantes comme la prééminence, la primauté de la poésie sur la révolution qui se fait rare, est foutue ...

La pièce commence par un prologue, Barrault s’adressant dans une missive à Vilar, s’achève sur un épilogue où Vilar tente dans une missive de s’adresser à Barrault. La boucle est bouclée entre deux géants du théâtre, pas si opposés que ce que l'on a cru. Vilar se hisse jusqu'à une réflexion sur vie et mort qui m'a laissé sur ma faim. La fréquentation de l'oeuvre de Marcel Conche m'apporte beaucoup plus sur ce thème essentiel.

Dans le cours du texte, Denis Guénoun fait intervenir auteure et dramaturges, ce qui permet d’offrir une œuvre ouverte, en construction, agitant ses enjeux sur le plateau, une œuvre où le souci du sens est au cœur, conforté par le souci de quelle forme portera le mieux le sens.
Cette commande du TNP de Villeurbanne et de France-Culture est une excellente initiative. Le texte de Denis Guénoun me semble être un texte essentiel sur cette période clef de notre histoire (déjà 44 ans), événements politiques comme quel théâtre pour quel public, quel souci : la création d’œuvres nouvelles, l’invention de formes nouvelles, le ciblage de publics consommateurs, la politique du chiffre ...

Juillet sera lu le 20 juillet 2012 à 20 H au musée Calvet.

Mai, juin y ont été lus le 20 juillet 2011.

 

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Le spectacle Mai, juin, juillet sera créé le 24 octobre 2012 à Villeurbanne pour une semaine.

Bons vents à ce texte et au spectacle.

 

Jean-Claude Grosse

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