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L'insolite traversée de Cyril Grosse
Chef-d’oeuvre du “Molière russe”, La Forêt d’Alexandre Ostrovski est une grande comédie satirique. Dans une ambiance colorée de monde en sursis, elle pointe les appétits d’une propriétaire de vastes domaines forestiers, forcée de les vendre peu à peu pour s’offrir de douteux plaisirs. Autour d’elle, la plupart des personnages courent aussi derrière leurs désirs, sans prêter aucune attention aux dommages que leurs attentes égoïstes provoquent autour d’eux, ni à ceux qu’ils poussent dans le malheur. Par la grâce du théâtre, l’aventure tourne pourtant cette fois-ci à l’avantage des jeunes et des démunis.
Le domaine de Gourmijskaïa, quelque part en Russie, dans la seconde moitié du XIXème siècle. Une riche propriétaire aide les pauvres et les malheureux. Avant de mourir, elle
veut arranger les histoires de famille et faire son testament. Marier sa nièce à un jeune homme sans le sou. Léguer sa fortune à un neveu de son mari. L’arrivée de deux comédiens, Infortunatov et
son compère Fortunatov va lever les masques et révéler le vrai visage de cette femme égoïste, cruelle, menteuse et amoureuse. Farce lyrique, amère, ironique, féroce, La Forêt est une des pièces
les plus montées du théâtre russe.
"Pourquoi y sommes nous venus, dans cette forêt, ce bois profond et sans soleil ?" Ce n’est pas Godot qui parle mais Infortunatov, acteur de province, qui, comme son compère Fortunatov, n’attend plus rien, mais observe une société qui se délite, des personnages qui hésitent. À l’attente, ont précédé le doute et la mesquinerie. Si l’auteur ne pensait pas que ces deux protagonistes de "l’infortune" seraient les héros de sa pièce, c’est sur eux que repose en définitive toute la trame de cette pièce où s’opposent les soi-disant " gens de bien " aux artistes perdus, mais authentiques.
Avec cette comédie grinçante où la noblesse d’âme des déchus se heurte à la bêtise des hypocrites, Ostrovski (1823-1886), dramaturge, inventeur du "théâtre de mœurs russe" a signé une pièce dont le succès ne s’est jamais démenti.
Guy-Pierre Couleau
Philippe
Sireuil
Ni Brocéliande, ni Grand-mère Loup, ni Belle endormie, ni Elfes, ni Trolls dans cette forêt dépeinte par Alexandre Ostrovski et baptisée lors de sa création en 1871 « le théâtre shakespearien de
l'actualité russe ». Dans la broussaille des désirs et des rêves, sur les sentiers des renoncements, sous la futaie des intérêts, c’est le mensonge qui grouille, rode et règne en maître.
On ment ici par souci du qu’en-dira-t-on, comme la riche et vieillissante propriétaire Gourmijskaïa ; par intérêt, comme le marchand de bois Vosmibratov ; par peur des coups, comme son fils
Piotr. On ment par espièglerie, comme la pauvre jeune fille Axioucha, ou par arrivisme, comme le jeune parvenu Boulanov. On ment aussi par hypocrisie assoiffée, comme le font les hobereaux de
province que sont le raffiné à la cravate rose Milonov, et Bodaïev, l’officier à la retraite. On ment encore par méchanceté comme Oulita, la servante, ou par discrétion complice comme Karp le
serviteur.
Et rien ne changerait vraiment, le train-train des vilenies quotidiennes irait son petit bonhomme de chemin, une pincette sur les fesses par ci, une gifle par là, une humiliation par ci, une
peine par là …
N’était l’arrivée, au pays des souches, d’un joyeux et inquiétant olibrius, nommé Infortunatov, acteur tragique, qui, tel Don Quichotte, s’en prendra aux moulins de l’égoïsme pour faire triompher
l’amour des adolescents, partiellement aidé dans sa tâche par Fortunatov, acteur comique retrouvé à l’orée du bois.
On mentira dès lors, mu par l’utopie d’une société sans taches et sans calcul, par goût irrévérencieux et naïf à la fois de la fiction, pour le plaisir de l’intrigue, par savoir-faire et par
métier en quelque sorte. Il y aura dès lors mensonge et mensonge, mensonge contre mensonge, ou pour paraphraser Shakespeare, mensonge pour mensonge.
Ruse contre coup fourré, stratagème contre piège, réalité médiocre contre fiction délirante, pot de terre contre pot de fer, joyeuse sottise des libertés du théâtre contre bêtise des us de la
société bourgeoise, roublardise naïve des saltimbanques contre égoïsme forcené des propriétaires ou de ceux, pire encore, qui rêvent de le devenir : la comédie - car il s’agit bien d’une
comédie, peut-être même d’une farce si l’on préfère la vivacité de l’aplat à la douceur du pastel - d’Ostrovski est faite de tout cela. Elle dépeint un monde qui est encore le nôtre aujourd’hui ;
la pièce est un ballet virevoltant où se mêlent la trivialité des uns et le lyrisme des autres, où le charme le dispute à l’effroi, une ode à l’amour du théâtre, du rire et de la vie.
"Pourquoi y sommes nous venus, dans cette forêt, ce bois profond et sans soleil ?" Ce n’est pas Godot qui parle mais Infortunatov, acteur de province, qui, comme son compère Fortunatov, n’attend
plus rien, mais observe une société qui se délite, des personnages qui hésitent. À l’attente, ont précédé le doute et la mesquinerie. Si l’auteur ne pensait pas que ces deux protagonistes de
"l’infortune" seraient les héros de sa pièce, c’est sur eux que repose en définitive toute la trame de cette pièce où s’opposent les soi-disant " gens de bien " aux artistes perdus, mais
authentiques.
Philippe Sireuil
C'est cette pièce que Cyril Grosse (1971-2001) traduit et adapte avec Victor Ponomarev en 1999. La création a lieu à la Maison des Comoni au Revest après 3 semaines de répétitions dans le théâtre suivies de deux semaines de représentations. 10 comédiens sur le plateau: Laurent Vercelletto, Laurent Chouteau, Jeanne Mathis, Valérie Marinèse, Katia Ponomareva (la soeur de Cyril), Magali Bonat, Bernard Meulien, Pierre Palmi, Vitya Ponomarev et Cyril Grosse. Mise en scène: Cyril Grosse. Ce spectacle très bien accueilli tourna 2 ans et valut à L'Insolite Traversée la compagnie de Cyril Grosse d'être conventionnée par l'État pour 3 ans, à compter de 2000, année qui fut celle de son dernier spectacle, répété au lac Baïkal: (c'est possible) ça va ou l'un de nous est en trop, en français et en russe.
Aujourd'hui, 7 juin 2010, je mets en ligne 10 vidéos de ce spectacle que j'ai soutenu à la Maison des Comoni.
Jean-Claude
Grosse
Bonjour,
je découvre à l'instant votre article sur "La Forêt" et je suis un peu surprise de voir le texte du metteur en scène Philippe Sireuil repris intégralement dans votre propre texte, mais non signé. Pourriez-vous me dire qu'il s'agit d'un oubli ou si c'est Sireuil qui a repris votre texte?
Moi-même intéressée par ce qui y est dit, je voudrais en reprendre un extrait, mais je ne sais pas quel nom mettre pour l'auteur.
D'avance, je vous remercie pour ces éclaircissements,
Anne