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Les Cahiers de l'Égaré

Grotte Chauvet, 30/04/2010-16 et 17/10/2009

Rédigé par grossel Publié dans #voyages

le panneau des chevaux

le panneau des chevaux

Dimanche 29 janvier 2017, visite de Lascaux 4, premier groupe, celui de 9 H 30, -1°. Le bâtiment en béton et verre, près de 11000 m2, est très fonctionnel. Les surplombs évoquent les abris, plus "confortables" que les grottes, qu'il suffisait de couvrir de peaux de rennes pour obtenir des abris "sains", non enfumés, aérés, moins humides... La reconstitution de la grotte est remarquable, 13°, éclairages évoquant les chandelles. Le discours de la guide est évidemment formaté, un mixte de remarques scientifiques et de considérations journalistiques au goût du jour comme s'il fallait absolument nous rapprocher de ces homo sapiens sapiens, nous dit-on mais si c'est vrai génétiquement, ce n'est qu'une vague parenté car nous échappe tout l'aspect culturel de ces sociétés nomades, petites en nombre. Apparemment, pas d'hommes pour orner ces grottes mais des adolescents, peut-être des femmes. Toujours est-il que même un groupe de 25, c'est déjà trop pour faire l'expérience sensible, immédiate des oeuvres réalisées, sans le filtre du discours guidesque. L'atelier à la sortie de la grotte dit atelier de Lascaux est remarquable car permettant de "voir" des détails, impossibles à visualiser dans la grotte. Le théâtre de l'art pariétal (en 3D, sans comédiens en chair et en os est triste à pleurer. Le cinéma 3D est peu convaincant, le diseur quasi-inaudible pour un speech, un pitch pauvre. L'atelier de l'imaginaire est une plaisanterie aléatoire de choix d'oeuvres modernes et contemporaines en "lien" avec l'art pariétal. La salle d'exposition temporaire ne m'a pas convaincu. Dans l'espace marchand, on trouve du whisky Lascaw, distillé dans la distillerie du Périgord. J'ai trouvé Le temps sacré des cavernes de Gwenn Rigal, chez Corti, novembre 2016, les hypothèses de la science. Dans l'article ci-dessous, j'aborde ces hypothèses.
                                                                                                                   JCG, le 31 janvier 2017

 

Vendredi 30 avril 2010
une visite exceptionnelle
dans la Grotte Chauvet

 

Arrivés à 9 H, vendredi 30 avril, sur le parking du Pont d’Arc, les 5 visiteurs du jour, dont je suis, sont accueillis par la conservatrice de la grotte. Elle nous présente le protocole à respecter pendant la visite, et nos deux accompagnateurs.
Après une montée de 20 minutes pour un dénivelé de 100 mètres, nous nous retrouvons sur le site à 200 mètres d’altitude, surplombés par une falaise de plusieurs dizaines de mètres. Des filets au-dessus de nos têtes ont été placés pour d’éventuelles chutes de pierres. Nous enfilons nos combinaisons et baudriers de sécurité, allumons les lampes de nos casques tout neufs. Code : la porte blindée s’ouvre. Nous pénétrons dans un boyau, la chatière, où nous chaussons des sabots caoutchoutés, puis sur les fesses nous nous faisons glisser jusqu’à l’échelle perpendiculaire de 8 mètres que chacun descend, assuré par une corde. Nous nous retrouvons sur une plateforme : la visite peut commencer.
Nous sommes donc arrivés dans la grotte par le plafond. Il est 10 heures. Nous baignons dans une atmosphère à base de radon et de gaz carbonique. Un compteur mesure le radon. La concentration en CO2 est élevée, ce qui oblige chaque année à fermer la grotte de mai à janvier, les chercheurs ne pouvant passer plus de 120 heures par an dans la grotte, les visiteurs n’y passant pas plus de 2 heures. Nous, nous y passerons 2 heures et quart.
La grotte a été découverte le 18 décembre 1994. Des visites limitées ont lieu depuis 2005 seulement, des aménagements importants ayant été effectués pour préserver au maximum la totalité de la grotte, sols en l’état, parois, plafonds. 350 visiteurs par équipes de 5 en 2007, 8 en 2008, 250 en 2009, 200 en 2010.
Les chances de cette grotte unique :
      -   l’effondrement de la falaise qui, il y a 20000 ans, a bouché l’entrée de la grotte fréquentée à partir de 36000 ans
      -   le radon qui a protégé les œuvres des champignons, des lichens et nous laisse aujourd’hui en présence d’un site remarquablement conservé. Je n’en veux pour preuves que les fins éclats d’argile collés sur certains dessins suite aux ébrouements des ours, les restes des foyers, les réserves de charbon de bois des artistes. On passe à 20 centimètres de restes de torches qu’on a frottées, mouchées contre la paroi
     -   troisième chance de cette grotte : le professionnalisme des découvreurs (on doit dire juridiquement, les inventeurs) qui dès la seconde visite avec des lampes plus puissantes posent au sol des lais utilisés en agriculture, limitent leurs déplacements, ne s’étalent pas dans la grotte, rendus imprudents par l’enthousiasme, au contraire. Les passerelles, installées depuis, l’ont été sur les zones couvertes par les inventeurs, ce qui a laissé la plus grande superficie des 7 salles, vierge de tout pas. Le protocole insiste sur la nécessité de ne pas perdre l’équilibre, de se baisser suffisamment pour ne pas toucher plafonds de couloir, parois qu’on frôle à dix ou vingt centimètres.
De l’entrée à la dernière salle, il y a 350 mètres. Les salles n’étant pas en enfilade, on rebrousse chemin certaines fois pour s’aventurer plus loin ailleurs. Le parcours est d’environ 1000 mètres, alternant grandes salles à voûtes hautes, couloirs étroits et bas.
Trois caractéristiques se dégagent de cette visite :
-    la beauté du site en tant que grotte avec ses concrétions, ses drapés qui éclairés sont magnifiques, ses stalactites et stalagmites, ses fistuleuses ;
-    la présence au sol, à la fois compacts et dispersés, d’ossements par milliers, ossements d’ours (pas d’ossements humains) dont 200 crânes d’ours (l’un d’eux fait 55 centimètres, ce qui renvoie à un ours debout de 3,5 à 4 mètres) ;
-    la présence sur les parois, à la fois compactes et dispersées, d’oeuvres d’artistes aurignaciens (430 dessins à l’ocre, au charbon de bois et gravures au doigt ou avec un outil de silex)

 

12 - copie 

 

Diapo n° 12 (cliché ministère de la Culture et de la Communication, Direction régionale des affaires culturelles de Rhône-Alpes, Service régional de l’archéologie) :
Panneau des chevaux (détail. L. env 1,10 m). Chevaux placés en parallèle et se superposant au tracé, antérieur, des aurochs dont ils reprennent la ligne de dos, en haut à droite et dont il subsiste une encornure derrière le deuxième individu. Remarquer la crinière surnuméraire venant accroître l'effet de nombre et renforcer le rendu de la perspective déjà souligné par la déformation curviligne progressive des têtes ("vison polaire"). Le modelé des ganaches est rendu à l'estompe tandis que le tracé des naseaux est finement détouré, par raclage, au détriment du dos d'un rhinocéros.

Photo reprise dans La Rose, hommage théâtral à la grotte Chauvet, de Roger Lombardot


Ce qui surprend, mot minimal pour dire ce qu’on éprouve, dans la découverte de ces œuvres :
-    la densité croissante des œuvres au fur et à mesure qu’on s’enfonce, la salle des chevaux et la salle des félins étant les dernières et offrant la plus grande profusion d’œuvres. On pourrait penser à un projet pensé, conçu, de parcours mais l’absence au sol de tassement par opposition aux bauges des ours, manifeste que les salles n’étaient fréquentées que par les artistes et leur équipe, très petit groupe agissant pendant l’absence des ours soit les belles saisons : ce travail n’avait pas de fonction muséale, pédagogique, religieuse…
-    la diversité en taille des œuvres, de quelques centimètres à 2 mètres 50 pour les lionnes dont le dos est dessiné d’un seul trait sans reprise ; pour les têtes d’ours, 3 traits ; les oreilles des rhinocéros étant représentées par une forme en guidon de vélo
-    la diversité des techniques dont l’estompe permettant de donner du volume, de la profondeur. Techniques allant de la gravure stylisant le sujet (le hibou, certains mammouths) à la composition abstraite à base de paumes en passant par les dessins à l’ocre, les plus anciens (bien que n’ayant pas été datés – il n’ y a pas volonté forcenée de datation, les scientifiques préférant conserver en l’état pour ne pas avoir à prélever ce qui entraîne nécessairement une dégradation – on sait qu’ils sont plus anciens car on en trouve recouverts par des dessins au charbon), en terminant par les dessins noirs au charbon ou au manganèse et là on a aussi bien des dessins d’une vérité, d’une modernité extraordinaire (les chevaux particulièrement vivants) que des stylisations (le bouquetin qu’on voit de si près qu’on nous presse de passer pour ne pas l’abîmer). À noter aussi les représentations en perspective, cet effet étant obtenu de plusieurs façons, en particulier pour les bisons qui nous regardent de face, leur corps étant de profil ou pour les cerfs, mégacéros dont la 2° patte est moins nette que celle qui s’offre à nous en premier
-    la variété du bestiaire, essentiellement des animaux dangereux qu’on ne chasse pas, dont on se méfie mais qui en représentation ne sont jamais montrés dans leur dangerosité, seulement tels qu’ils sont, montrés dans des scènes de vie (affrontements de mâles rhinocéros, lionne se refusant au lion qui veut la couvrir, lionnes prêtes à bondir, bisons en cavale pour échapper aux lionnes)
-    la variété des emplacements : de tels emplacements dans des musées obligeant à toutes sortes de contorsions tellement les emplacements sont insolites contribueraient à diminuer le nombre d’entrées. Là, on prend plaisir à être surpris car les parois ne s’éclairent qu’avec les lampes de nos casques et les deux puissantes lampes des accompagnateurs qui se servent aussi d’un stylo optique pour nous montrer à distance (parfois 15 mètres) telle ou telle particularité. Il faut se pencher, tourner la tête d’une certaine façon, prendre le bon recul (30 mètres au moins) pour voir par exemple le pubis de la Vénus « couverte » peut-être par un bison. La niche du cheval de la salle du fond est une merveille, naturelle et préparée, mise en scène. Les dessins sont nichés dans des endroits insolites comme pour nous surprendre et il faut effectivement les dénicher. Ils ne s’offrent pas à première vue.
-    l’enchevêtrement des dessins : de toute évidence, par les datations faites qui étalent les dessins entre 31500 et 27500, il y a des réalisations séparées de centaines voire milliers d’années (même bestiaire, mêmes techniques). Ces réalisations différentes au même emplacement, parfois respectent le travail antérieur, parfois ne s’en soucient guère. Cela donne une impression de profusion : un feu d’artifice d’animaux, en particulier pour la salle des chevaux et celle des lionnes
-    les mains positives et négatives, celles-ci moins nombreuses, et les paumes manifestent bien la présence des artistes mais la signification de ces mains (celle de l’aurignacien d’1 m 80 au petit doigt cassé et celle d’une femme ou d’un adolescent) sur les parois reste mystérieuse (ce n’est sûrement pas une signature car de telles mains n’apparaissent que parfois)
-    la fraîcheur des charbons, des traces d’argile, la netteté des dessins, parfois griffés par les ours, parfois dénaturés par des coulées de calcite procurent la sensation que les artistes viennent à peine de quitter la grotte et cette sensation se combine avec l’impression très nette que ces artistes nous échappent complètement, irreprésentables, définitivement inconnus et inconnaissables, présence très forte, absence tout aussi forte.
Au sortir de la grotte, nous remercions nos accompagnateurs, précis et discrets, respectueux du rythme que nous avons donné à notre déambulation et tentant de répondre à nos multiples questions.
Nous déjeunons à l’auberge en compagnie de la conservatrice et de l’initiateur de cette visite.
Les discussions portent sur les interprétations données à ces œuvres d’artistes. Sont récusées les interprétations par le totémisme, le chamanisme. Ces œuvres n’ont pas été vues par les enfants des tribus : elles n’ont pas de fonction pédagogique. Elles n’ont pas été vues par les adultes : elles n’ont pas de fonction symbolique de représentation du monde. Elles n’existent que pour elles-mêmes, que pour les artistes les réalisant et pour ceux qui interviennent après sur les mêmes parois. Récusée en partie donc la solution évoquée par Emmanuelle Arsan sous le titre : Parce qu’ils ne pouvaient pas s’en empêcher, solution consistant à faire de ces artistes des rebelles et marginaux, échappant aux règles du groupe, se réfugiant dans la grotte, se livrant aux délices de l’art préféré aux duretés de la chasse.
Il semble que ces sociétés nomades se communiquant l’adresse des sites aient voulu détacher quelques-uns d’entre eux pour ce travail, les prenant, eux et leur famille, en charge économiquement pour qu’ils puissent donner tout son essor à leur génie artistique, inventant la perspective, le mouvement, la profondeur, la composition. Voilà un art qui surgit d’un coup, dans sa perfection, non préparé par des mouvements antérieurs, par une accumulation technique produisant une mutation à un moment donné.
La grotte Chauvet remet en cause tout ce que nous avions admis avec les travaux d’André Leroi-Gourhan. Dans la grotte Chauvet, l’art de l’homo sapiens sapiens, nous, surgit d’un coup, dans sa perfection. Et cela a été rendu possible par une société suffisamment généreuse pour libérer ses artistes, les laisser à leur travail créateur, sans contrepartie, en toute gratuité.
Quelle leçon pour les ministres de la culture ! Et pour les "artistes" d'aujourd'hui !
Les 5 visiteurs du 30 avril ont décidé d’écrire un livre commun sur ce que cette visite a suscité et suscitera en eux.
Éditeur : Les Cahiers de l’Égaré.


                                                          Jean-Claude Grosse, le 2 mai 2010 à Le Revest

 
Ardèche méridionale,
grotte Chauvet,
vallée de la Drobie,
sentier des Lauzes
16 et 17 octobre 2009
association d’écrivains de théâtre
 
 
Associer réellement 33 EAT, c’est ce qu’a réalisé Roger Lombardot, les 16 et 17 octobre 2009, autour de la grotte Chauvet, de l’art pariétal des origines et des paysages de l’Ardèche méridionale.
A de EAT est devenu une réalité : 33 EAT vont écrire d’ici le 18 décembre 2009, 15° anniversaire de la découverte de la grotte, 1.000 mots pour les 33.000 ans des dessins d’artistes aurignaciens et les millions d’années des vallées, des monts et autres merveilles.
33 EAT réunis, ça fait du monde et c’est un bel échantillon d’humanité, de diversité, de parcours, de statuts, d’audience, de rayonnement, d’obscurité, de jeunesse, de maturité… Quand en plus, l’hôte trouve pour chaque EAT, dans la plaquette de présentation, une phrase de son œuvre pour l’épingler sous sa photo, on a là une attention à l’autre, un geste d’amour, à méditer, chers confrères et consoeurs, habitués des messages pour information de la liste et de la hors liste EAT. Cette empathie intime est la marque de l’écrivain, écho assourdissant aussi du bruit et de la fureur du monde, des vacations farcesques de l’histrion qui fait son tour dans l’arène et disparaît. (Emprunts non divulgués).
Le hasard des distributions à table, dans les chambres, le bus ou les voitures a rendu possibles quelques rencontres électives (Étienne croyait à l’amitié pour en finir avec les tyrannies, Michel croyait à l’amitié, une fois par siècle, et nous ?), quelques échanges sélectifs  (polis, superficiels, sincères, sérieux, amusés…) entre 33 personnes réunies pour deux jours intenses, denses, dans ces paysages d’Ardèche à la préhistoire mouvementée, à l’histoire arrangée, au présent et à l’avenir incertains (sauf notre disparition individuelle, collective et d’espèce).
Entre les 33 EAT, j’ai ressenti du chaud, du froid, du clos, de l’ouvert, du solitaire, du solidaire, du spontané, du calculé, du retenu, du lâcher prise. J’ai vu une croqueuse de pommes, des grappilleurs de Clinton et autres cépages interdits, toujours présents sur les faïsses. une collectionneuse de bogues… Tout un jeu entre EAT, éminemment sympathique parce que sans enjeu de pouvoir, de prestige. Il s’agit seulement de se mettre chacun, chacune, et ensemble, au service d’un projet commun avec le meilleur de soi et de son écriture : dire, écrire ces paysages, ces habitants, ces dessins si vieux, trouvés par hasard, il y a 15 ans. Peut-il y avoir projet plus rassembleur, plus prometteur ? Les utopies généreuses bien que réalisables sont si rares.
Pour ma part, j’ai apprécié l’ambiance studieuse et ludique voulue par l’hôte et celles (personnes et associations) qui lui ont apporté aide et soutien. Ils ont souhaité, permis, favorisé un investissement  sans dégâts matériels de leur  territoire appelé à s’ouvrir à nos rêveries accueillies par des mots, des métaphores, des rythmes, des récits, des histoires, de la pensée. Territoire et imaginaire, tel est le titre du projet de Théâtre d’Aujourd’hui, installé à Laurac en Vivarais. C’est le local conjugué à l’universel, du concret ancré articulé à un envol possible de l’imaginaire.
Des auteurs de trois continents immergés pour deux jours dans un pays connu, défendu, interrogé par les organisateurs sont invités sans consignes à livrer en 1.000 mots, l’essentiel de leur pensée créatrice sur des œuvres et des paysages habités par la beauté.
Ce que j’ai le plus ressenti dans ces deux jours, c’est la légèreté. L’organisation  soignée, l’accompagnement attentif et précis n’ont pas rendu perceptible  le travail considérable en amont, l’énergie silencieuse et peu visible pendant, le coût de l’opération payée par des collectivités et institutions qu’il a fallu convaincre et qui ont fait confiance à l’hôte, à son équipe, à ce projet d’intérêt public : oser 33.000 mots sans complaisance pour haler, ailer demain en s’appuyant sur le meilleur du passé par dessus l’irresponsabilité d’aujourd’hui.
Merci à Roger Lombardot pour cette démonstration réussie d’intervention poétique dans le champ politique. Voilà un territoire plutôt isolé, assez loin des voies du déferlement même si cette Ardèche n’y échappe pas, qu’un poète irrigue, fertilise de ses lectures, créations, de son théâtre à domicile, de sa bibliothèque théâtrale, de ses interventions en collèges et lycées. 30 ans d’irrigation, de présence, ça finit par se savoir, par se remarquer, ça crée des publics, des réseaux d’amitié, de solidarité. Ajoutez à cette présence active et créatrice, la qualité indiscutable des projets parce que d’intérêt public (pour et avec lui, pour son édification, son élévation) et vous comprendrez pourquoi à Rosières, le 16 octobre en soirée, pour la partie officielle de cette rencontre, de nombreux élus, de nombreux habitants sont venus à la rencontre des 33 EAT. L’hôte a réussi à multiplier par 33 la fertilisation croisée. Les officiels ont su éviter  langue de bois et langue de vent, parler avec sincérité, trouver les accents appropriés. Le buffet a permis un beau et long moment de convivialité partagée par 200 personnes.
Je crois qu’il y a à réfléchir sur cette rencontre. Elle montre que le poète peut convaincre des élus, subvertir juste ce qu’il faut (subvention et subversion : couple à manier avec habileté pour faire dévier, changer un peu, provoquer de petits écarts comme le clinamen épicurien, introduire un léger libre jeu dans les rouages). Associer, s’associer à d’autres donne du poids, de la crédibilité, un peu de pouvoir sans quoi on ne peut agir sur rien ; c’est un des bons usages possibles du champ politique.
Je suis sûr que d’autres initiatives d’association réelle, sur le terrain, sur des projets, naîtront de ces deux journées ou s’en inspireront. Je pense à ce qui sortira peut-être de la rencontre EAT Languedoc-Roussillon du 27 novembre 2009 : un défi collectif annuel (écrire à plusieurs sur ce dont ne parle pas le théâtre d’aujourd’hui, faire retour avec amour, sans complaisance sur des textes proposés à la lecture aimante). Je pense aux projets : Gabrielle Russier/Antigone (réalisé en 2008 à Hyères avec 7 auteurs, livre édité par Les Cahiers de l’Égaré, le 1° septembre 2009), Baïkal Méditerranée 2010-2011, Lettres à une mère 2010-2011, projets qui ont fait, feront appel à des EAT et à d’autres. Il ne s’agit là que d’aventures que je connais ou initie.
En tant qu’éditeur du livre des 33.000 mots, ayant déjà l’expérience de commandes collectives, je sais que nous ne serons pas déçus. Même s’il y a eu choix de chacun par l’hôte, le hasard de la composition des 33 EAT donnera un livre divers, ondoyant et contradictoire (emprunté à Michel Eyquem dit M.), un livre dans lequel les 33 textes composeront une œuvre ouverte. Sera intéressant le choix de l’ordre : alphabétique ? thématique ? par affinités ? par oppositions ? ... Un beau défi que nous relèverons pour surprendre auteurs et lecteurs.
Je souhaite que chacun des 33 EAT s’associe à la diffusion du livre. Car d’expérience, je sais que les auteurs sont  les meilleurs défenseurs de leur travail.
À vous donc, chers confrères, consoeurs de proposer des formes inédites de circulation, de susciter des rencontres à retentissement intime, de prendre des initiatives venues du coeur.

 
texte écrit à la demande du BAT (Billet des auteurs de théâtre), paru à un moment donné puis évacué (sans doute politiquement incorrect), reproduit ici
Amitiés,
Jean-Claude Grosse
Les Cahiers de l’Égaré
Le 25 octobre 2009 pour mes, je ne me souviens plus

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