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Les Cahiers de l'Égaré

Roman et film sur le naufrage du Koursk/Marc Dugain

26 Juin 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Note de lecture
 Une exécution ordinaire
de Marc Dugain
chez Gallimard

Le Koursk

J’avais déjà lu avec grand intérêt La malédiction d’Edgar, documentaire-fiction consacré à Edgar Hoover, patron du FBI pendant 48 ans et qui a tenu tous les présidents des USA, ayant des dossiers sur chacun, lui-même étant peut-être tenu par la Mafia, ce qui expliquerait en partie l’absence remarquée du FBI avant, pendant et après les assassinats des 2 Kennedy et de Marilyn Monroe.
Une exécution ordinaire est comme le précédent, un roman, un documentaire-fiction sur la terrible tragédie du Koursk, ce sous-marin russe coulé à une centaine de mètres de profondeur dans les eaux glaciales de la mer de Barents, en août 2000, avec 118 hommes à bord.
À la différence du précédent, l’auteur ne s’est pas concentré sur son sujet : il en profite pour remonter dans l’histoire jusqu’à Staline, pour s’attarder sur Poutine, jeune officier du KGB puis 2° président de la nouvelle Russie après Elstine. Mais c’est sous l’angle de la petite histoire que ces personnages sont abordés : Staline parce qu’il souffre d’arthrose fait appel à la mère du narrateur, doctoresse ayant des pouvoirs de magnétiseuse, pour se faire soulager. Les rencontres ont lieu de nuit, le secret le plus absolu doit être gardé, Staline exige la séparation de la doctoresse d’avec son mari, le narrateur naît peu après la disparition du tyran qu’on découvre dans son quotidien et à travers des confidences sur l’exercice de son pouvoir. Poutine, alors jeune officier du KGB, Plotov dans le roman, est mis à l’épreuve en Allemagne de l’Est : in extremis, il n’a pas à abattre la belle espionne traître, il a gagné la confiance du général du KGB ; il se trouve que Plotov est le petit-fils du cuisinier de Staline comme le narrateur est le fils de la magnétiseuse de Staline.
Ce narrateur, professeur d’histoire, est un personnage complexe, pas du tout un héros, portant sur le monde un regard sceptique, capable de s’adapter, ayant une femme dont il pensait se séparer mais dont il va s’occuper après une chute dans un escalier qui l’a faite régresser dans l’amnésie ; il a une amante ; il a une fille et un fils dont la 1° mission comme jeune officier sous-marinier s’effectue sur le Koursk, Oskar dans le roman.
Deux passages sont consacrés au Koursk, Oskar, dans le roman : lors d’une enquête menée par un journaliste occidental, guidé par la fille du narrateur, Anna, son père lui servant de chauffeur. Cette enquête permet à l’auteur de faire le point sur les différentes hypothèses. 1° thèse officielle russe : le Koursk a été coulé par un missile tiré d’un sous-marin américain, type Los Angeles, se sentant menacé par Oskar qu’il reniflait par l’arrière, ce qui avait énervé le commandant du Koursk faisant manœuvrer son sous-marin pour chasser l’américain. J’ai vu un reportage sur France 2 consacré à ce naufrage et on voyait bien, photo parue dans la presse russe pendant 2 jours, que les tôles de l’avant du sous-marin étaient enfoncées vers l’intérieur.

3 photos montrant un impact et non une explosion

 2° thèse officielle russe : l’explosion d’une vieille torpille à l’avant puis explosion du magasin à torpilles. 3° hypothèse : le Los Angeles dans son reniflage a éperonné le Koursk par en dessous, provoquant une explosion. 4° hypothèse : la torpille explosive aurait été sabotée par des tchétchènes et les ingénieurs du Daghestan montés à bord d’Oskar. Comme on le voit, ce n’est pas demain la veille que l’on saura la vérité.
Le 2° passage consacré au Koursk raconte les dernières heures des 23 survivants de l’arrière. Parmi eux, l’officier en 3°, Anton, le meilleur ami du narrateur et Vania, le fils du narrateur. Ces pages sont les plus insoutenables du livre. Mais notre angoisse est contenue par la minutie du comportement d’Anton qui ne cède pas à la panique, calme ses hommes, agit avec méthode. Nous tenons bon, comme eux jusqu’à l’explosion suivant le décapsulage de la 2° cartouche d’oxygène.
Autre chapitre sur lequel je veux m’attarder : celui consacré au comportement de Plotov, alias Poutine. Ce qui est effarant, c’est de voir comment la raison d’état commande son comportement, sans aucune humanité. En effet, il faut qu’il n’y ait aucun survivant c’est-à-dire un possible témoin pouvant contredire la thèse officielle. Il ne faut pas que les secours viennent des occidentaux : ce serait un camouflet pour la Russie et sa flotte en grandes manœuvres, le Koursk ayant tiré avec succès, la fameuse torpille à capitation, Schkval se déplaçant à 500 kilomètres/heure et qui donne l’arme absolue aux Russes puisque capable de couper en 2 un porte-avions.

D’où l’échec des 1° secours russes. Tout le monde morts, les marins deviennent des victimes et on peut accepter l’aide étrangère qui ouvrira avec facilité le sas d’accés.

Bref, un roman que je recommande pour peu qu’on ait été touché par ce drame de l’été 2000.

Le Koursk, longueur 100 mètres, hauteur 49

La vérité sur le naufrage du Koursk

Film de 72 minutes de Jean-Michel Carré

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