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Les Cahiers de l'Égaré

Controverses d'Avignon

Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #agora

Les lignes qui suivent datent des 3 Controverses d'Avignon, organisées par Avignon Public Off, entre 1998 et 2000.
Je trouve intéressant de les mettre en ligne.

Jean-Claude Grosse
Portrait

Qui suis-je ?
Quel auteur ?

GROSSE Jean-Claude, né en 1940 à Ollioules (Var).
Professeur de lettres et de philosophie jusqu’en 1998 à Toulon.
A dirigé la revue Aporie de 1982 à 1990 (13 numéros consacrés à ordre et désordre, diable et démons, à la limite, à l’espoir, à la crise, au désert, à la mise à mort, au soleil, au mythe, à Odysseus Elytis, à Saint-John Perse, à Lorand Gaspar, à Salah Stétié).
Dirige Les Cahiers de l’Égaré depuis 1988 (100 titres : théâtre, poésie, essais, photographie, philosophie).
Directeur artistique des 4 Saisons du Revest depuis 1983 (en 20 ans, 162 compagnies accueillies pour 282 spectacles, dont 75 créations, 652 représentations).
Organisateur depuis 1995 de l’Agora de la Maison des Comoni (espace de pensée libre, gratuit, ouvert à tous ; travaux publiés annuellement).
Pour le bilan avec les réflexions suscitées, voir:
De l'impasse à la traverse, Les Cahiers de l'Égaré 2003
Auteur dramatique :
La Lutte des places, La Vie en jeu (Les Cahiers de l’Égaré, 1997).
Poète de l’insolente patience, a mis 44 ans de vie, d’amour et d’écritures jouées aux dés désespérés des mots pour 116 poèmes dans:
La parole éprouvée (Les Cahiers de l’Égaré, 2000).
Poèmes publiés dans les revues Nu(e), Pris de peur, La licorne d'Hannibal.
Essais parus dans les revues Aporie, Sud.


Bibliographie :
Poésie :

- Gros Sel, éd. Saint Germain des Prés, 1980 (épuisé)
- Le Flou des rencontres, éd. La Table Rase, 1984 (épuisé)
- Parole d’aimant(e), Les Cahiers de l’Égaré, 1988 (épuisé)
- La Parole éprouvée, Les Cahiers de l’Égaré, 2000

Interventions d’urgence :
- Sans anesthésie, 1981 (contre le coup d’Etat en Pologne, en soutien à Solidarnocz)
- La tête dans le sable, 1991 (contre la guerre du Golfe)

Théâtre :
- La Lutte des places (1978 - 1983), Les Cahiers de l’Égaré 1997
- La Vie en jeu (1992 - 1995), Les Cahiers de l’Égaré 1997

Essais:
- Pour une école du gai savoir, un livre qui débloque, Les Cahiers de l'Égaré 2004,
en collaboration avec Philippe Granarolo et Laurent Carle


L’écriture pour moi ?
Réponse avec Horizons 1, Horizons 2, ci-dessous.

Le mot "public" ?
Celui ou celle engagé dans le travail sur lui ou elle-même avec le souci de l’élévation (de lui, de l’autre, des autres, du monde), donc toujours singulier, forcément rare, se sortant du troupeau parce qu’il le veut et s’en donne les moyens.

Le mot "langage" ?
À trop élargir son extension (pour certains tout est langage), ne perd-on pas son sens : outil d’expression et de communication ?

Le mot "territoire" ?
Mot de sédentaire ayant perdu de vue qu’il fut, qu’il est nomade, de passage, en transit, en exil.

Le mot "représentation" ?
Mot d’intellectuel ayant perdu le sens de la présence.

Le mot "imaginaire" ?
Mot d’artiste, d’autiste ayant perdu le sens du réel.

Le mot "mémoire" ?
" si les anges volent, c’est parce qu’ils se prennent à la légère "
le travail de mémoire n’accouche pas de la vérité ; il remplace une falsification par une autre.

Le mot "esthétique" ?
Mot écran pour tenter de rendre opaque, l’évidence de la beauté.
Mot alibi permettant de proclamer l’émergence permanente de créateurs et d’esthétiques toujours nouvelles quand évidemment on n’a affaire qu’à d’habiles copieurs, transposeurs…


Le mot "censure" ?
Mot servant à rassembler les résistants.

Le mot "subversion" ?
Mot servant à rassembler les collaborateurs.

Mon mot ?
Le nombril n’est pas le centre du monde (ou l’inverse). Attention à ne pas finir moitrinaire !


Témoignage :

1. En tant qu ’auteur, j’ai écrit deux pièces, dont une de commande, avec une aide à l’écriture. Je les ai envoyées, imprimées, à prés de 150 professionnels de la culture. J’ai eu 4 retours de lecture. Et la compagnie qui me l’a commandée, avec laquelle j’ai travaillé, n’en a rien fait, montant un spectacle universel, en grommelot, qui a été un échec pour une équipe vouée au succès.

Leçon pour moi : sortir de la chaîne de production publique ou privée qui suppose qu’on ait des relations, qu’on soit en réseau ou en famille…

Ma prochaine écriture débouchera sur une réalisation qui ne devra rien à l’argent public, à la presse, qui sera en rupture avec les pratiques de la profession… Si je rassemble en amont les spectacteurs de ce projet, il verra le jour…

2. En tant qu’éditeur (entre autres de la Lettre au directeur de théâtre de Denis Guénoun, 3 tirages: 2500 exemplaires) je reçois des manuscrits.
Je n’édite que 4 à 5 textes par an, si possible qui vont être montés, ce qui favorise leur diffusion.
Un artisan comme moi, trés présent sur la fabrication, la correction des épreuves, rencontre la plus grande indifférence auprès des directeurs de théâtre (lisent-ils, achètent-ils, faut-il aussi leur offrir les livres en service de presse, eux dont les salaires et les avantages… ?), auprès des bibliothécaires, des libraires, des tutelles qui soutiennent les uns et pas les autres ( j’ai renoncé à solliciter le CNL, Beaumarchais, à rencontrer le directeur du livre de " ma " DRAC).


3. En tant que lecteur de manuscrits, je trouve deux dominantes : les sujets abordés traitent des problèmes d’individus, de duos, de trios aux prises avec… ; les écritures sont en fragments ou sont des montages…
Dans l’ensemble, c’est noir, c’est violent, c’est déprimant, ça n’ouvre aucune voie. I
ll y a des auteurs, des scénaristes, imaginatifs, mais bien moins que José Bové à Seattle ou à Millau, qui a les pieds et la tête dans le réel, et qui mériterait une épopée pour la cour d’honneur du palais des Papes.
Les scénaristes américains sont plus proches des combats menés, à mener pour faire prendre conscience, changer des aspects du monde.
Comparez Brokovitch à Baise-moi !

4. En tant que directeur, il m’arrive de passer commande avec ou sans aide à l’écriture, d’organiser des résidences d’écriture avec ou sans aide.
Dois-je dire mon étonnement devant des comportements indélicats : résidence aidée non effectuée, manuscrit non livré, manuscrit proposé à un autre éditeur… ?


HORIZONS 1

faut-il donc que les fils
trouvent les repères nécessaires à leurs itinéraires de marchands
que leurs pères n'ont indiqués sur nulle carte

faut-il donc que les fils
construisent les repaires que n'ont pas édifiés leurs pères
repaires nécessaires sur leurs itinéraires d'aventuriers

nous avons souffert
des guerres de nos pères
de leurs étendards sanglants

nous avons à inventer
en mettant bas les banques de la possession
n'est-ce pas les Bardi les Peruzzi
en mettant bas les églises de la perversion
n'est-ce pas Sepulveda Torquemada
sur le ventre dur de leurs certitudes
avec nos mains d’Hercule
notre ingéniosité de Dédale
nos désirs d’Icare
nous avons à inventer
la seule terre permise
la seule terre possible

la terre non promise
la terre paisible


HORIZONS 2

faut-il donc que les filles
trouvent les pelotes nécessaires à leurs itinéraires de labyrinthes
que leurs mères n'ont pas laissées en héritage

faut-il donc que les filles
construisent les amers que n'ont pas édifiés leurs mères
amers nécessaires sur leurs itinéraires de messagères

nous nous sommes nourries
des sourires de nos mères
de leurs rêves d’amours flous

nous avons à inventer
très prés du quotidien conforme
n’est-ce pas Aïdée, Pasiphaé pleine de moi, ton Minotaure
loin de l'ordinaire répétition
n'est-ce pas Annie, Pénélope rêveuse de moi, ton Ulysse
sur le ventre tiède de leurs mystères
avec nos doigts de perce-neige
nos bras de carrousel
nous avons à inventer
le seul amour aimant
le seul amour vivant


l’amour du dernier jour
comme au premier jour

(La parole éprouvée,
Les Cahiers de l’Égaré, 2000)

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