Texte libre

La tentation du désert
 

Les marchands de sable
détestent
prêcher dans le désert.
Que le désert croisse !
Honneur à qui favorise
le désert !
à qui recèle un désert !
 
Prophètes de malheur,
annonceurs d’apocalypses
naissent du  désert.
Brament dans le désert.
Aboulique, la foule.
Boulimiques, les masses.
Venues du Nord,
déferlent par les autoroutes
du soleil.
Maximalisation du Sud.
A l’heure de midi,
le midi brûle.
Le désert croît.
Déserts, les chantiers.
Licenciés, les ouvriers.
Moi, les pieds dans l’eau.
Indifférent au paradis.
 
Prophètes de bonheur,
annonceurs d’âges d’or
surgissent du désert.
Exultent dans le désert.
Mimétique, la foule.
Léthargiques, les masses.
Venues du froid,
s’allongent sur le sable
chaud.
Sieste sous parasol.
A l’heure de midi, il fait nuit.
Le désert croît.
Déserts, les embarcadères.
Désarmés, les rafiots.
Moi, la tête dans les étoiles.
Indifférent à l’enfer.
 
Les assoiffés de pouvoir
déversent sur la foule,
les grandes eaux
de leurs mirages.
Fébriles, les assujettis
fascinés par ces images
qui ne désaltèrent pas.
Qui en appellerait à
la traversée
du désert ?

Sur les plages de sable,
l’indifférence d’aujourd’hui.
Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable,
l’indifférence d’hier.
Dure. Sèche. Érémitique.
 
Du désert, aimer à la folie
le grain de sable
qui enraye la machine,
saboteur de toute folie
des grandeurs.
 
Du désert, garder
le grain de sable,
inaltérable,
ne pas s’attarder
à la dune,
sa répétition en masse,
altérée par
tout vent de sable.

Favoriser le désert
jusqu’au mira (cl ou g) e
de  l’oasis
                  
J.C. Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré
 

 

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Mardi 28 novembre 2006
Contre la télévision/ Enter the ghost
Spectacle vu le 22 novembre au Théâtre Garonne à Toulouse

La Compagnie La Llevantina, installée dans les Pyrénées Orientales, a créé du 15 au 23 novembre 2006 au Théâtre Garonne : Enter the ghost.
Initialement, ce projet devait s’appuyer sur le texte de Pasolini : Contre la télévision, publié aux Solitaires intempestifs.
"À travers ce recueil de textes choisis, présentés et contextualisés, tous inédits en français, on découvre le Pasolini politique « en version originale » : dans toute sa violence verbale mais aussi sa très dérangeante subtilité rhétorique.
Dès les années soixante, c’est Pasolini qui « voit loin » quand il réfléchit sur le pouvoir de la prétendue télévision. Il y voit l’incroyable férocité d’un contrôle totalement intégré par tous ceux qui s’y prêtent, à commencer par ses plus proches amis, les artistes et les intellectuels de gauche.
Peu après mai 68, et renversant sa propre caricature masochiste du vieux poète qui s’est mis du côté des flics prolos contre les étudiants « fils à papa », sa réflexion sur l’extrémisme et le système de passation des valeurs entre générations au temps du capitalisme triomphant prend une valeur universelle."
« Mieux vaut être un ennemi du peuple qu’un ennemi de la réalité. »

Las, les ayant droits de Pasolini refusaient les droits au tout début des répétitions.
Étrange, ce comportement des héritiers d’une œuvre devenue publique, même si elle n’est pas encore dans le domaine public, de refuser que soit posée publiquement la question : sommes-nous les héritiers de Pasolini ? quel héritage nous a laissé Pasolini ?
On m'a dit que j'ai trois idoles: le Christ, Marx et Freud.
Ce ne sont que des formules.
En fait, ma seule idole est la réalité.
Si j'ai choisi d'être cinéaste, en même temps qu'un écrivain,
c'est que plutôt que d'exprimer cette réalité par les symboles
que sont les mots, j'ai préféré le moyen d'expression qu'est
le cinéma, exprimer la réalité par la réalité.
PIER PAOLO PASOLINI
site sur Pasolini (cliquer)

Cette interdiction n’a pas empêché la compagnie de créer un spectacle où le texte et son auteur étaient devenus par la force d’une décision arbitraire, des ghosts, des fantômes, venus hanter la vie et la pensée de quelques vivants : des passeurs comme on aimerait qu’il y en ait plus, c’est-à-dire travaillés par une nécessité.

J’avais déjà vu 3 spectacles de La Llevantina : Aléthéïa, Ouvriers et paysans, Œdipe le tyran. Ce dernier spectacle devait être accueilli à La Maison des Comoni au Revest en avril ou mai 2005 : il a fait partie des 21 contrats que j’ai dû annuler suite à la décision de TPM (Falco, Musso, Paecht, Masson, Joffre, Giraud et autres maires de l’aire toulonnaise) de m’éjecter du Théâtre du Revest, fin 2004.
Cette compagnie et son metteur en scène Marie-José Malis font un travail de création s’appuyant sur une réflexion approfondie de ce que peut signifier : faire du théâtre aujourd’hui, réflexion politique, esthétique, philosophique, et d’une pratique d’acteurs consciente des risques de manipulation du public d’où les bascules entre jeu et non jeu, entre énonciation et profération.
Enter the ghost est un spectacle essentiellement métaphorique, avec des emboîtements de métaphores comme quand par exemple pour « montrer » ce qu’exige comme « outils » le travail de la pensée, sont exhibés, pelle, marteau, rouleau à peinture…, signifiants à plusieurs degrés de lecture, de la dérision au sérieux, du plein au vide.
Il y a une métaphore englobante, me semble-t-il, due au parti pris d’énonciation et non de profération qui nous laisse à la limite entre audible et inaudible, comme si toute énonciation (et même profération) était vouée à être immédiatement absorbée par la vulgarité générale dont la télévision, jamais montrée ni évoquée, est la machine à vulgariser ou plus essentiellement dans la vacuité de tout discours, de tout propos, voué à l’insignifiance parce que voué à disparaître à peine énoncé, parce que vide aussi de pensée comme le souligne la scène relative à une émission de radio, de France-Culture, sur l’état économique du monde et qui est d’une indigence crasse, les noms des spécialistes invités étant dissipés par les éternuements des auditeurs critiques de cette émission.
J’ai vu deux parties dans ce spectacle :
une première partie consacrée aux figures
- de Socrate : Connais-toi toi-même,
- de Jésus : Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés en me sacrifiant pour vous
- et de François d’Assise ne pouvant adopter qu’une posture, celle de l’imitation de Jésus,
partie d’interrogation sur l’identité, sur le réel et la réalité, sur l’acte et non le mot, traitée de façon souvent jubilatoire par le jeu des comédiens jouant  à la face dans une relation d’adresse limite au public, dans une scénographie en désordre, de bric à brac de panneaux, chaises, lit, table, câbles, projecteurs, amplificateurs, radios, magnétophones…, scénographie fermée par un mur en fond de scène avec fenêtres et volets s’ouvrant parfois sur un espace très éclairé, d’une blancheur contrastant avec l’espace de la scène qui par les jeux de lumière nous intègre dans l’espace de jeu. Le dispositif adopté pourrait être une métaphore actuelle du mythe de la caverne de Platon : il y a peut-être une réalité au delà de l’apparence et une vérité au delà de l’opinion, ce dont se moque ou doute le propos du spectacle puisque jamais rien ne vient de cet arrière-fond.
Le jeu des acteurs est un savant mélange de jeu et de non jeu, de temps de travail et de repos, de travail sérieux et de jeux gamins, ne nous laissant que très peu de répit.
une deuxième partie de réflexion sur le monde actuel avec cette mise en abyme d’une émission radio "sérieuse" sur la croissance, hilarante, mais d’où émerge comme des appels au secours : Rilke, Holderlin, Freud et d’autres.
Pour conclure, un spectacle dont on sort content, (on y parle de joie à la fin), qui nous a donné à réfléchir en nous montrant à l’œuvre une humanité anémiée (l'état actuel des gens dans ce monde) mais non dépourvue de ressources pour se ressourcer aux meilleurs des nôtres, aux plus profonds, un spectacle où la dérision n’est pas signe d’impuissance mais prise de distance avec l’insignifiance ambiante et exigeant de nous avec nos « outils » de bricoleur, œuvre féconde et action transformatrice, un spectacle politique donc, le procédé étant parodique. Je signale la présence d'airs d'opéras, échos de notre pouvoir de faire entendre autre chose que la vulgate vulgaire.

« François inaugure une nouvelle définition de la personne. Il imite. Et il imite quoi, ben, le Christ.
Ben oui, il n’imite pas quelque chose de plein, un maître, mais le vide, le vide qui s’est produit quand le dieu s’est écarté de lui-même sur la croix. Vous vous souvenez de l’histoire ? le Père, le Fils… » au début.

« Non pas la référence à des signes et des images garantis, mais le fait qu’on ne puisse se reconnaître dans aucun signe, dans aucune image : voilà ce que ce serait une joie plus ancienne que la paix, et qu’une admirable parabole franciscaine définit comme une demeure – nocturne, patiente, dépaysée – dans la non-reconnaissance. Elle est le ciel parfaitement vide de l’humanité, l’exposition de l‘inapparence comme unique patrie des hommes. » à la fin.
enter the ghost

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : spectacles
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Commentaires

Avons-nous vu le même spectacle? Soporiphique à souhait, plein de références pompeuses et parfois erronées. Si cette troupe comme elle le souligne dans le problème a voulu donner une définition de ce que doit être un artiste ou un intellectuel aujourd'hui, voici la conclusion: une logorrhée stérile, un pédantisme inutile. La mise en scène est explicative à souhait, lourde, maladroite, appliquée sans aucune inventivité. On s'ennuie sans jubiler une seule minute. Reste peut-être la pitié qu'on approuve en face de ces acteurs obligés d'affirmer pendant plus de deux longues heures leur présence malgré l'indigence de leur texte et l'incohérence de leur direction. Et pour couronner ce spectacle scolaire, chaque minute a droit à sa dose de bons sentiments. Qu'on puisse y voir des métaphores à foison certes... mais voit-on sur cette scène du théâtre? Là est la question.

Commentaire n°1 posté par Aurélie Palat le 20/03/2008 à 16h41
Nous n'avons pas vu le même spectacle parce que sans doute sommes-nous des spectateurs différents, de cultures différentes, d'expériences différentes et c'est tant mieux. L'ennui ne me semble pas une catégorie objective pour parler d'un spectacle: ça parle plutôt du spectateur qui voit sans voir le spectacle ennuyeux, d'autant plus ennuyeux qu'il attend de jubiler comme si Pasolini nous avait jamais fait jubiler avec ses films ou ses écrits. Quant aux acteurs mal dirigés, c'est méconnaître le travail acharné de Marie-José Malis avec "ses" acteurs.
Réponse de Jean-Claude Grosse le 21/03/2008 à 17h15
Monsieur,
que les créations contemporaines continuent à donner raison à ceux qui exécrent la culture et n'y voient qu'un domaine réservé à une caste d'"élus", que la critique ( aussi prestigieuse soit elle ,Alain Badiou en particulier) continue d'encenser ce que le bon sens ne fait que récuser, et qu'enfin triomphent ceux qui pensent que le passé est toujours mieux que le présent, qu'aujourd'hui n'a plus à rien dire. Soyons peu exigeants à l'égard des productions culturelles. Puisqu'elles essayent tout de même, puisqu'elles contiennent les références qu'il faut. Laissons s'enfermer la culture en soi-même. Laissons la pourrir à force de se répéter et de se complaire. Laissons faire... et applaudissons des deux mains.
Qu'il y ait du travail acharné, je n'en doute pas. Que mon ennui soit tout subjectif, je ne le récuse pas non plus. ( quoique nombre de spectateurs présent, les trois quarts ont décidé de quitter la salle avant la fin mais sans révolte juste par ennui) La bonne volonté, les bonnes intentions inondent cette production. Les acteurs, la metteur en scène semblent être de braves gens.
J'ai peut-être vu sans voir comme vous semblez le suggérer. Je m'excuse donc d'appréhender toutes choses avec mes tripes et le peu de culture que vous paraissez m'attribuer.
Je sais juste que le spectacle consensuel que j'ai cru voir ne correspond pas à ma conception de la culture: ouverte, renouvelée, pédagogique, et oui je l'affirme JUBILATOIRE.
Commentaire n°2 posté par Aurélie Palat le 21/03/2008 à 20h12
Madame,
comment pouvez-vous à partir du spectacle "enter the ghost" faire le procès de la culture d'aujourd'hui, onaniste, pour artistes et intellectuels nombrilistes, sans souci du public, du grand public dont vous êtes. À mon avis, l'offre culturelle, théâtrale comprise, est suffisamment diverse pour que vous trouviez les spectacles jubilatoires, ouverts, pédagogiques que vous recherchez. Pour ma part, j'ai essayé de rendre compte, sans tripes, de ce que j'ai vu au Théâtre Garonne à Toulouse. Vous devez savoir que certains lieux sont connus pour proposer "autre chose". C'est le cas des Bernardines à Marseille. Si je veux voir du grand public, je choisis le Gymnase ou la Criée. Je pense que l'offre est devenue avec la décentralisation capable de satisfaire les goûts du plus grand nombre. On a gagné en démocratisation culturelle et donc "enter the ghost" a le droit d'exister, droit que vous semblez ne pas lui reconnaître. Il y a une forme de censure dans vos propos, liée au droit de la majorité.
Réponse de Jean-Claude Grosse le 22/03/2008 à 11h32

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