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Les Cahiers de l'Égaré

Mille soleils splendides / Khaled Hosseini

6 Novembre 2008 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Mille soleils splendides 
Khaled Hosseini 
Belfond 2007

 


Ce roman de plus de 400 pages, en quatre parties, est un des plus terribles que j’ai jamais lus.

Il se déroule en Afghanistan pour l’essentiel, couvre 50 ans d’histoire afghane, de la monarchie à la république, de la période communiste à la période taliban en passant par la période moudjahidine, de l’intervention soviétique à l’intervention américaine, de la destruction des Bouddhas géants de Bamian par les talibans à la reconstruction de Kaboul après leur chute suite aux attentats du 11 septembre 2001, quand Bush déclara la guerre à Al Quaida, à Oussama ben Laden, au mollah Omar, aux talibans, au terrorisme mondial, à l’axe du mal par l’axe du bien.

 50 ans d’histoire afghane, vécue à travers ce que vivent quelques femmes, au quotidien, loin des enjeux, des conflits, des revirements d’alliances. 50 ans de quotidien marqués par des coutumes ancestrales immuables, par des évolutions passagères (quand les communistes sont au pouvoir, les filles et les femmes se libèrent, accèdent à l’école et au travail ; il en sera de même après la chute des talibans, avec l’arrivée des troupes américaines), par des régressions d’une violence inouïe quand les talibans triompheront des seigneurs de guerre, divisés entre eux après avoir été unis contre les soviétiques (les Américains n’étant pas pour rien dans les revirements et par suite les malheurs du peuple afghan).

Ces femmes ont pour noms ou prénoms : Nana, Mariam, Laila.

La première partie est consacrée à Nana et à Mariam, au père de Mariam, Jalil, Mariam étant une bâtarde, une harami. Mariée à Rachid, de 30 ans plus âgé, un concentré de mâle et de violence, elle subit pendant 18 ans, la vie et les assauts sans succès (fausses couches) que lui impose ce tyran domestique, l’obligeant à la burka, la battant, l’humiliant…

La deuxième partie est consacrée à Laila, petite fille puis adolescente qui va vivre de beaux moments avec Tariq, l’éclopé, jusqu’à ce qu’il disparaisse de sa vie, lui quittant Kaboul sous les bombes, elle, perdant sa famille et sa maison dans l’explosion d’une roquette tirée par Hekmatiar ou par Massoud, deux des seigneurs de guerre afghans.

La troisième partie est consacrée au mariage de Rachid, 60 ans et de Laila, 14 ans, celle-ci l’épousant parce qu’elle se sait enceinte de Tariq puis aux rapports tendus entre Rachid, Laila, Mariam, les deux femmes séparées par 17 ans, d’abord rivales puis devenant solidaires contre Rachid, aux rapports très différents de Rachid à Aziza, la fille de Tariq (mais il ne le sait pas, le devine peut-être), à Zalmai, son fils et au retour de Tariq, après sept ans en prison pour trafic de drogue au Pakistan. Cette partie s’achève avec le meurtre de Rachid lors d’une dispute d’une violence extrême alors qu’il étrangle Laila qui a osé accueillir Tariq chez lui, comprenant qu’Aziza n’est pas sa fille. Mariam porte le coup de pelle fatal qui sauve Laila. Elle se dénonce aux talibans et après un procès d’un quart d’heure, elle est condamnée à mort et sera exécutée 10 jours plus tard, en public sur le stade Ghazi.

La quatrième partie est consacrée à la vie en exil de Tariq, Laila, Aziza, Zalmai, enfin ensemble et heureux. La libération de Kaboul étant intervenue, Laila veut revenir dans sa ville. C’est le retour au pays, la visite à Herat et à la kolba au milieu de la clairière, où vécurent Nana et Mariam, Mariam attendant la visite hebdomadaire de son père à l’insu de ses femmes légitimes, la découverte de la dernière lettre de Jalil à Mariam, l’harami qu’il n’a pas su imposer comme sa fille à ses femmes et à ses dix autres enfants. Laila a enfin trouvé le travail qui lui convient : professeur dans l’orphelinat où fut accueillie Aziza lorsqu’ils mourraient de faim, travail identique à celui de son père, Babi, avant que les moudjahidines ne fassent tomber le régime communiste.

L’écriture de ce roman est d’une très grande précision, cuisine et mœurs, paysages, histoire politique, ambiances, langage, pensées intimes, émaillée de pas mal de mots afghans. L’histoire se déroule avec quelques suspens, terrible comme je l’ai dit, à la limite du supportable. J’ai voulu lire ce livre jusqu’au bout, en forme d’hommage à des victimes cherchant toujours même dans les pires situations à garder des repères, religieux pour Mariam, humanistes et progressistes pour Laila et vivant ainsi en hommes et femmes et non en machines soumises, en esclaves. Cela veut dire que s’il y a soumission, il y a aussi place pour la révolte. Mariam et Laila en sont l’exemple dans la façon dont elles « vivent » avec Rachid : elles finissent par ne plus accepter les coups et l’affrontent, même si elles sont perdantes et reçoivent davantage de coups.

Donc, un roman terrible qui montre que les valeurs humanistes ont encore un avenir. Les mille soleils splendides, métaphore d’un ghazal d’un poète du XVII° siècle, Saïb-e-Tabrizi, sur Kaboul, évoquent pour moi, Nana, Mariam et Laila et quelques autres personnages, Tariq, le mollah Faizullah, Babi, Fariba, Jalil même. Aucun de ces cœurs n’est identique, chacun a sa splendeur.

Jean-Claude Grosse, à Marrakech, le 6 novembre 2008.


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