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Les Cahiers de l'Égaré

Oisivetés/Journal étrange/Marcel Conche

11 Juin 2007 , Rédigé par Jean-Claude Grosse Publié dans #notes de lecture

Note de lecture sur :
Oisivetés, Journal étrange 2,
de Marcel Conche

paru en mai 2007 aux PUF.

oisivet--s.jpg

Ce journal étrange de 390 pages est intéressant à plus d’un titre.
Pour l’essentiel, les 81 chapitres ou essais commencent, comme le 1° journal, par : Si. Échappent en partie à cette règle l’essai 69 et les 73-74 qui prolongent l’essai sur Louise Labé.
Commencer par Si indique que nous sommes dans le monde ou le règne des possibles, ce que permet l’oisiveté installée dans le temps qui s’écoule (faux, c’est nous qui passons !) d’où le pluriel pour oisivetés, moments propices à l’inattendu, à l’imprévisible. L’esprit libéré des contraintes galope de sujet en sujet. Montaigne avec lequel Marcel Conche a une grande affinité philosophique lui sert d’avertissement. À la différence de Montaigne (mais Montaigne veut nous égarer en parlant de l’ineptie de ses divagations et il serait donc plus juste de dire : à la ressemblance de Montaigne), ces essais ne sont pas chimères et monstres fantasques, sans ordre et sans propos.
Ces essais abordent au gré des jours et des événements, sans préméditation, les sujets les plus divers. Ils ne sont pas datés (pour un journal) mais parfois certains indices nous permettent de savoir que nous sommes le 16 mai, car Marie-Noële (avec un l) est venue ou le 11 juillet, parce qu’une lettre est arrivée de Tarbes (avec allusion aux Fleurs de Tarbes de Jean Paulhan).
Ces essais sont courts en général, 2 à 5 pages. C’est à Louise Labé que Marcel Conche consacre les 3 essais les plus longs pour, avec force et fougue, contester l’affirmation non prouvée de Mireille Huchon qui en fait une « créature de papier ». Textes à l’appui, Marcel Conche montre que seule Louise Labé pouvait écrire ce qu’il nous livre. Oisivetés cite quelques poèmes de troubadours, de Louise Labé, de Sapho et c’est un grand plaisir de retrouver ces textes d’amour avec les subtiles distinctions évoquées au chapitre XIII.
Il me semble que si l’amour sous sa forme « courtoise » ou son fond « brûlure » occupe cette place dans Oisivetés, c’est que l’auteur est plein d’un amour de plus de 50 ans, enfin déclaré, enfin apaisé, enfin réconcilié. C’est ce qui m’a le plus touché dans ce journal : cette présence et cette insistance de l’être aimé. Avec ces tentatives de l’auteur, sans doute réussies, d’entrer dans un monde, hier inaccessible, aujourd’hui, possible, le monde de la foi, non que Marcel Conche se convertisse à elle mais il essaie de se la rendre familière et compréhensible : il s’agit pour lui, parce qu’aimant, d’embrasser plus qu’hier et d’embrasser le monde de l’autre, pas seulement l’autre, même si la demande de baiser est effective. Il s’agit me semble - t’il d’exercices « spirituels », allant jusqu’à demander et obtenir une messe chantée avec texte lu par l’aimée, lors de la disparition de l’auteur et de son enterrement à Altillac. Rien de morbide dans cette démarche, plutôt un accomplissement, un achèvement, une élévation comme un Tombeau anticipé à Marcel Conche. Si Marie-Noële (avec un l) occupe autant de place, c’est que la fidélité de l’auteur à son sentiment est pleine et entière, qu’il peut regarder en arrière, remettre en cause tel jugement par lequel il se racontait des histoires (non, avec M-N, il n’aurait pas renoncé à la philosophie ; oui, avec M-N, il aurait aussi philosophé, il se serait aussi voué à sa vocation.).
Parmi les chapitres qui m’ont le plus éveillé, ceux sur Émile Cioran et sur Clément Rosset. Page 196, il donne 2 exemples de ce qui aurait permis à Cioran de philosopher. « Il (Cioran) dit exceller à percevoir le caractère transitoire de tout. Il lui suffit de poser cela comme une vérité, et il commencera à philosopher : c’est le début de la philosophie d’Héraclite. Il n’y a pas de sensation fausse dit-il. Qu’il pose cela comme une vérité et non comme une remarque ou une opinion que l’on jette en passant, et il commencera à philosopher : c’est le début de la philosophie d’Épicure. » Quant à Clément Rosset, pour ne pas le réduire à « un jouisseur d’existence », à un sage occidental en quête d’un bonheur quotidien à partir d’une certaine manière de vivre s’appuyant sur l’acceptation du réel commun (sans interroger ce réel ordinaire, ce qu’ont fait les philosophes, réfutant d’ailleurs ce réel comme n’étant pas le vrai Réel, le Réel le plus réel) et pour le ramener dans le champ de la philosophie, il lui propose de se rattacher à l’école écossaise qui veut s’en tenir au sens commun et faire du réel ordinaire, le vrai réel (que les philosophes du Réel considèrent comme une pseudo-réalité).
À l’occasion de ces 2 chapitres, j’ai commencé à voir ce que « sont » mes vérités, mes évidences et ce qui me convient dans la philosophie de Marcel Conche et en quoi je m’en éloigne. Sa philosophie de l’apparence absolue me semble vraie et du point de vue des « êtres » (éloïses dit Montaigne) que nous sommes, pour moi, la mort est absolue, concerne toute éloïse et ce n’est pas parce que la vie se renouvelle, se perpétue que cela modifie l’absoluité de la mort. C’est-à-dire que je ne conçois pas l’absoluité de la vie. Ce qui me rend plus difficile l’acceptation de sa métaphysique de la Nature. Car je serais comme Clément Rosset, ne voulant pas sortir du réel ordinaire, le réel des sensations. Je pourrais m’attribuer ce que les troubadours demandent à la formulation de l’amour, à savoir, la mesure : essayer d’appréhender le temps infini, la Nature éternellement créatrice ne me semble pas être à ma portée, le vouloir me semble relever d’une démesure à laquelle je préfère renoncer ; j’aurais la même modestie parlant de création : je ne puis lui attribuer le pouvoir que certains lui attribuent comme Georges Mathieu par exemple.
Cela aussi pour dire que l’on ressent dans certains chapitres le poids d’un rejet du quotidien répétitif, ennuyeux, dans d’autres l’exaltation d’un quotidien créatif avec le surgissement de l’inattendu, de l’imprévisible ou encore le charme, le bonheur de certaines journées, de certains moments, provoqués par des visites, des discussions, des présences féminines le plus souvent.
Je comprends que la seule philosophie ne comble pas une vie d’homme, elle « comble » le philosophe en quête de vérité sans souci de bonheur (il est plus difficile dit-il d’être philosophe que sage), elle ne comble pas l’homme et seul l’amour peut procurer ce sentiment de plénitude. C’est toute l’ambivalence de Marcel Conche, me semble - t’il, un vrai amoureux d’un amour vrai (ça, ce n’est pas universel, ça concerne un ou deux êtres selon qu’il y a réciprocité ou non et ça met en jeu corps, cœur, esprit, âme) et un vrai amoureux de la vérité (ça, c’est universel même si la vérité trouvée, argumentée n’en convainc pas d’autres parce qu’il n’y a pas de preuves en métaphysique). Je crois avoir la chance d’un amour réciproque depuis plus de 40 ans maintenant comme j’ai eu la douceur-douleur d’un amour sans partage, transformé en amitié en pointillés, un peu comme les rencontres à éclipses de M et de M-N, pour comprendre ce qui manque à Marcel Conche mais je ne peux partager cela avec lui car c’est de l’ordre du vécu, du senti, du ressenti et il n’y a pas besoin de la rêverie, de l’imagination pour « vivre » ce qu’on ne vit pas dans le réel ordinaire. Mais les mystiques me feraient mentir et sans doute aussi Marcel Conche qui s’essaie à des étreintes de bonheur, chapitre XXVII, un des très émouvants et très beaux chapitres de ce journal sans date. Avec ce bémol pour moi, d’après mon expérience : l’habitude ne tue pas le regard qu’on porte sur l’autre qu’on aime mais ce n’est pas comme si tout commençait à l’instant car j’ai conscience de ces 43 ans de proximité et d’harmonie, couleurs de notre vie qui n’a pas été « rose » ni « à l’eau de rose ».
L’actualité occupe peu de place dans ce journal : 2 chapitres, un sur le mouvement anti-CPE, l’autre sur le Non au référendum et l’Europe qu’il veut : de l’Atlantique à l’Oural donc avec la Russie, conception avec laquelle je suis d’accord.
L’Histoire occupe plusieurs chapitres, généralement sur des faits, qu’il évoque, qu’il corrige, sur lesquels il porte des jugements (Marie-Antoinette, Berty Albrecht, au chapitre XXXIII), ce qui m’amène à évoquer les fins de chapitre : ni conclusion, ni chute mais comme sonné et sommé d’aller plus loin ; voilà ce que je dis ; à toi lecteur, si tu le veux, de rebondir. « Elle l’avait embrassé parce qu’elle en avait eu la permission – et elle avait eu du remords. Dans la forêt d’Évreux, elle n’avait pas demandé la permission. » Constat : à toi de faire l’usage que tu peux de ce propos.
J’ai apprécié aussi certaines mises au point, sur René Char, Heidegger, la rencontre de ces deux rusés, même s’il est plus facile aujourd’hui qu’en 1966-1969, d’évaluer la portée et la signification de cette rencontre. N’ai-je pas, dans une plaquette consacrée en 1985, à trois poètes d’altitude :Odysseus Elytis, Saint-John Perse, Lorand Gaspar, conclu en écrivant : « À leur écoute, reformulons et travaillons la question de Martin Heidegger : le Var (lui dit : la Provence) est-il cette arche secrètement invisible qui relie la pensée matinale de Parménide au poème d’Hölderlin ? »
Aujourd’hui, j’en sais plus sur les deux rusés. René Char, l’obscur, ne m’attire plus, je ne le lis plus. Au trobar clus ou trobar ric, je préfère le trobar leu, ce que je formule ainsi dans mon recueil, La parole éprouvée : je veux une écriture transparente pour faire entendre une voix juste.
Heidegger est sorti aussi de mes centres d’intérêt mais Marcel Conche qui a écrit Heidegger par gros temps aux Cahiers de l’Égaré en 2° édition ne peut pas ne pas réagir avec raison et pour la vérité, la justice, au livre d’Emmanuel Faye contre Heidegger dans les chapitres XLIX et LVIII.

Le chapitre XI qu’il m’a dédié et je l’en remercie, je ne m’y attendais pas, est consacré à la pièce de Jean-Richard Bloch, Toulon, pièce sur le sabordage de la flotte, que j’ai rééditée aux Cahiers de l’Égaré en 1998, parce que j’escomptais la faire recréer à Toulon même, dans l’enceinte de l’arsenal sur le Clémenceau ou à Châteauvallon, en 2001 ou 2002. 4 ans de bataille soldée par le renoncement au projet mais avec une soirée de théâtre à vif consacré au 60° anniversaire de l’événement, le 27 novembre 2002 (ce fut un succès public malgré le silence de la presse locale) et sans doute une des raisons de mon éviction de La Maison des Comoni, le théâtre du Revest, 2 ans après. L’intérêt de ce chapitre est que Marcel Conche qui ne considère pas que Jean-Richard Bloch a réussi son pari de « transporter avec bonheur l’actualité sur la scène en lui conférant le style et la dignité de l’œuvre d’art » parce que la pièce n’a pas d’intensité tragique, réécrit en quelque sorte le canevas de la pièce pour en faire une tragédie cornélienne. On aimerait qu’il aille au bout de ce canevas. Nul doute que la pièce serait une puissante tragédie avec les personnages de l’Histoire : Pétain, Darlan, Auphan, De Gaulle, de Laborde…Mais je dirai à Marcel Conche que la tragédie n’est pas le seul genre théâtral, que la pièce de Jean-Richard Bloch combine différents registres ou genres (dramatique, mélodramatique, tragique et même « boulevard ») pour sans doute en faire une pièce « populaire ». La tragédie de Marcel Conche aurait indéniablement une valeur éducative, d’édification du caractère, que n’a pas la pièce de Jean-Richard Bloch. Le dossier sorti par les Études Jean-Richard Bloch sur son œuvre théâtrale fait bien le point sur cette pièce et le projet que j’ai portés sans succès. Je signale à la demande de Marcel Conche que l’éditeur a oublié un segment, page 51, avant-dernière ligne, après : (au titre du STO) si on le voulait bien.
Je terminerai sur la beauté du chapitre VIII, du 7 octobre 2005, alors que Marilyne quitte la France pour l’Uruguay. Je suis très sensible à ces évocations de Fanny ou Marilyne qui ont traduit le livre de Pilar Sanchez Orozco, Actualité d’une sagesse tragique (La pensée de Marcel Conche), que j’ai édité aux Cahiers de l’Égaré, étudiantes à Toulon à ce moment-là et auxquelles j’avais confié ce travail qu’elles ont présenté à Marcel Conche à l’occasion d’un séjour chez lui d’une semaine. Apparemment, ce fut une belle rencontre.
Oisivetés, un journal très intime, sans impudeur, limpide, riche, à lire avec une certaine retenue pour en goûter les résonances en soi.
Jean-Claude Grosse, le 21 mai 2007

Avec des « si »
Journal étrange 1

Marcel Conche
PUF
ISBN 2130554601
19 euros

avecsi.jpg

Voici le dernier livre de Marcel Conche, journal étrange, sous-titre du titre : Avec des « si ».
Pourquoi cet adjectif : étrange ? Le Petit Robert propose : très différent de ce que l’on a l’habitude de voir, d’apprendre ; qui étonne, surprend. Le titre donne la clef : une vie avec des « si », est-ce une vie ? Avec des suppositions, on refait peut-être en esprit une vie mais une vie, ce sont des faits, des événements réels, c’est une réalité qu’on ne peut effacer, qu’on ne peut corriger. Cependant, ces faits, ces événements, éphémères, on peut porter sur eux, un regard, un jugement, différents selon le temps.L’usage que je tente ici du dictionnaire, dont je suis coutumier, Marcel Conche le pratique abondamment, avec raison, allant jusqu’à corriger le dictionnaire pour le mot : « racisme » au chapitre XL, ce que toute personne qui parle, écrit, devrait faire car la langue commune nous est moins familière que nous le croyons. Ce livre est-il donc un journal étrange ? Il surprend si on veut réduire Marcel Conche à ce qu’il a écrit antérieurement et qui est considérable et qui n’a pas la forme de courts chapitres comme ici mais ce serait méconnaître la pensée du philosophe dont la métaphysique première est une métaphysique de l’apparence.
Comment un philosophe de l’apparence absolue, peut-il écrire 84 chapitres avec des « si » ?
C’est que le philosophe tel que le conçoit Marcel Conche n’en est pas moins homme et qu’il est philosophe pour être vraiment homme, vraiment lui. Dès lors, la prise en compte d’émotions, de sentiments, de manques, de bonheurs ou de joie de fond, de rêves, d’amitiés, amène Marcel Conche sur des chemins où le philosophe s’aventure pour son plaisir et notre édification car comme toujours, il est dans le partage, dans le souci d’ajouter au monde.
À la différence de Montaigne qui écrit des essais dont les titres indiquent qu’il veut en faire le tour, par les détours qu’on lui connaît, par sauts et gambades, Marcel Conche, grand compagnon de Montaigne, lui-même convaincu de la nécessité de philosopher aujourd’hui sous la forme d’essais, s’exerce à dire ce qui lui est venu à l’esprit certains jours. Et il le dit en chapitres courts, de deux à quatre pages, véritables pièces à conviction montrant avec clarté, poésie, précision ce que peuvent un esprit capable de juger, un cœur capable d’aimer. Où l’on s’aperçoit que son esprit n’est pas occupé qu’à penser la Nature, ce qui n’est pas rien, mais peut s’attarder à des préoccupations diverses et variées, révélant des aspects de l’homme, de ses rapports à lui, aux autres : sa mère, son père, sa femme, ses amies, à quelques autres : faux grands hommes, hommes ou femmes vrais, de ses rapports au monde, à certains de ses aspects de jadis, d’hier ou d’aujourd’hui, allant jusqu’à dresser les plans de sa maison, des environs d’Altillac et même de la Bérésina. Si on connaît, comprend sa philosophie, on le retrouve, on l’accompagne, on papillonne sur des sujets divers desquels il tire toujours des conclusions conformes à ce qui nous semble être sa philosophie. La précision de ses jugements par la qualité des arguments, la clarté de l’expression fait merveille : belles leçons pour ceux qui hésitent à se servir de leur jugement ou se complaisent dans l’ambiguïté comme pour ceux qui se contentent d’opinions fluctuantes au gré des manipulations médiatiques. On le sent ferme sur des questions comme l’avortement, le pacifisme, l’euthanasie… mais il n’est jamais dogmatique. Marcel Conche est prudent : sa prudence n’esquive pas, elle vient de son enracinement paysan. Et ce qui m’apparaît à cette lecture, c’est le poids de cette origine : il n’y a pas eu de déterminisme socio-culturel pour lui puisqu’il s’en est émancipé, avec de la chance, des choix et beaucoup de travail au service de sa vocation, de ce qu’il était depuis tout jeune : philosophe, c’est -à- dire homme ayant une raison et s’en servant mais n’empêche, cela l’a limité partiellement au niveau des goûts, des ouvertures de l’esprit ; et cela, même s’il n’y a aucune récrimination chez lui, seulement une analyse lucide de ce que ça veut dire : naître fils de paysan en Corrèze en 1922, avoir 18 ans en 1940, éviter la résistance, puis plus tard l’incorporation pour se consacrer à la recherche de la vérité.
J’ai beaucoup aimé le chapitre XXXVI : Si je vais à Montevideo, où il parle si bellement de Maryline ; comme il est sensible aux jeunes filles non coquettes, non séductrices mais pleines de charme parce que profondes, vraies ! et comme je partage ce penchant ! ; le chapitre XXXVIII : S’il est douceur plus grande, où il distingue deux temps de son vécu, l’un d’occupations, l’autre d’éternité à deux, même si cela ne durera pas ; le chapitre XLVI : Si l’on n’attend rien, pour le « déprisement incroyable de tout ce pourquoy les humains tant veiglent, courent, travaillent, naviguent et bataillent » ; le chapitre XXXII : Si Manou est mon idéal, pour ce portrait de l’absolue simplicité de la vie.
Pour reprendre sa distinction entre éthique et morale, beaucoup de ces pages révèlent l’éthique de Marcel Conche, sa façon à lui de vivre un certain nombre de choses et de gens. Et je garantis qu’il se dégage de ces pages beaucoup d’émotion, de sensibilité, d’intelligence du cœur à égalité avec la clarté des propos et du jugement. Mais on ne tombe pas toujours d’accord, c’est pourquoi dans le chapitre LXXIII, j’ai aimé la place qu’il laisse à Fanny sur le titre, obscène ou pas : Hiroshima mon amour ; un exemple de discussion ou de dialogue ne débouchant pas sur un accord d’où la présence des deux points de vue, trois même puisque Marcel Conche en expose deux de deux points de vue opposés.
Avec des « si », peut se lire en tous sens et ce n’est pas un mince plaisir de pouvoir vagabonder, d’aller à sauts et à gambades comme lui, qui va ainsi, par les chemins qu’ils tracent à la faucheuse dans son verger, son clos et par la composition de son journal.
Jean-Claude Grosse, le 3 février 2006

Cher Marcel Conche,

Votre philosophie commence par un sentiment très fort : le refus de la souffrance des enfants, du mal absolu, à partir de quoi vous êtes conduit par la pensée à déconstruire Dieu, le Monde, l’Homme, le Cosmos, l’Ordre…et à construire votre métaphysique de l’apparence puis votre métaphysique de la Nature.
Votre philosophie prend donc tout son essor, à partir d’un sentiment et la raison est utilisée pour disqualifier ce qui tente de justifier l’injustifiable et pour proposer une alternative, une autre voie, où la morale devient fondamentale, à fonder, ce que vous faites.
Pour ma part, ce qui me meut encore c’est un profond sentiment d’injustice mais je dois être dans un registre plus relatif que celui du mal absolu. Mais même relatif, le mal m’insupporte. Est-ce que ce sentiment, partagé par beaucoup, et qui m’a fait militer pendant des années, m’a égaré car effectivement, il y a tellement d’injustices que l’on peut courir tout le temps, un peu comme ces signataires professionnels de pétitions ? On pourrait en oublier la vraie vie, la vie brute, à l’état brut, faite de sensations et d’émotions simples, de sentiments simples eux aussi.
Une question se pose à moi : vous évoquez à merveille ce que certaines jeunes filles peuvent provoquer en vous, qui n’est pas désir, sexualité, qui est tout de même amour sans consommation et même quelques fois sans réciprocité. Vous parlez du grand bonheur ardent qui est celui du grand amour, pas ravageur comme l’amour passion mais créateur, source d’accueil de l’infini, d’ouverture à l’infini tant par exemple le visage de l’aimée ne s’épuise jamais dans la contemplation qu’on en a.
D’où ma question : Si moi, Marcel Conche, j’avais philosophé à partir d’un sentiment autre que le refus de la souffrance des enfants mais à partir d’un sentiment de grand amour…
Avec toute mon amitié et dans l’attente de vous revoir au printemps.
Jean-Claude Grosse, le 4 février 2006

PS: sur ce blog, ma note de lecture sur La mort et la pensée, de Marcel Conche.

conche.jpg
JCG avec Marcel Conche


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