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Les Cahiers de l'Égaré

Prendre le temps de la porosité/Nadia Vadori-Gauthier

23 Juillet 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #agora

extraits de textes

de Nadia Vadori-Gauthier

en lien avec la question de théâtre

du 14 juillet en Avignon

le théâtre existe-t-il sans écriture ?


(rapports d’expérience et textes automatiques)

 

sur le seuil des transductions,

 

Nous nous tenons poreux, incertains, joyeux, oscillant entre le mouvement et l’image, entre un corps et un autre, entre visible et invisible.

Nous habitons l’interface mouvante entre humain et animal, culture et nature, vêtement et nudité, verticale et horizontale, visuel et tactile, lointain et proche...

Nous conjuguons nos vibrations et nos rythmes.

Nous convoquons des forces comme des enfants.

Nous sommes traversés et nous traversons.

Et nos corps sont réels.

 

Manifeste 2012 ( à mes loups-nuages-ouragans-poissons-étoiles )

 

Prendre le temps de la porosité

Le temps de traverser les membranes

De se glisser entre les déterminations potentielles

Refuser d'être

Différer de soi-même

Accorder ce même droit à tous

Être outre-humain, outre-animal

Considérer les fixités avec tendresse

Celle que l'on peut avoir pour la fragilité ou la faiblesse

immobilités nourries de la peur

conjurant l'entropie

Accepter, dans la joie, de se défaire

De ne pas aboutir

De se soustraire à la nomenclature

Laisser consciemment s'échapper ce dont nous n'avons pas idée

Danser comme le feu,

changer continuellement de forme, Nuage-dragon-fumée-infra mince

Interstitiel

Se tenir debout parfois, nus,

affirmer comme la montagne ou le vent

Un rythme, un espace, une vitesse et puis

Devenir vague-océan de pierres liquides, sang d'écume

Être flux d'un tambour traversé de vivants

Rire d'être plusieurs, en être soulagé

Multiplicités calmes,

repos des indistinctions

Oppositions tenues tendrement ensemble

Se changeant l'une dans l'autre

Aimer les «différances»

Faire meutes, émeutes,

se composer ensemble, contagier

Musiques, feulements, bleu, indigo, orange, or, vert

Rugir, laisser la peau être nos territoires

Vulnérables à l'aube

Nudités ardentes, lentes, imperceptibles, merveilles

Glissements du réel

Se déshabiller, se rhabiller ensemble, à rebours

Déboutonner les habitudes

Vibrer dans l'enfance de nos présences, I

ncandescents, dézippés

Féroces et doux

Non à la sublimation volontaire

Non à la beauté obligatoire

Non à l'élévation transcendantale

Non à la soustraction des corps

Non à l'éternité post mortem

Apparaître sur la lisière

Oui au sublime accidentel,

orage, éclat de lumière, foudre, douceur du matériau

Oui à la beauté hétérogène née de la nécessité

Oui à l'élévation immanente,

plongée au sein des corps , perception élargie,

État modifié de conscience qui investit les sonorités de la matière,

Contagions des vibrations du réel qui se propagent en cascade

Oui à l'éternité de nos présences vives, ici, au seuil de nos métamorphoses

Oui à la soustraction des corps sans chair,

images mortuaires d'un monde Dépossédé du droit à l'indéfinissable

Déserter les scènes frontales de nos oppositions binaires

Patiemment, amoureusement, défaire,

Fermer les yeux pour mieux entendre

Porter des visions enlacés et danser la plasticité de nos pensées

Étendues de surfaces monochromes

Oui à la couleur

Vibration, témoignage d'invisible, d'indicible, d'inouï, d'illimité, poésie directe,

Oui à la manifestation des phénomènes sans justification

Pulsation, foisonnement abrupt des images sans concession au sens

Scander notre humanité d'animal rythmique

s'animer de la joie de s'affranchir du fixe

Informer le devenir continuel des formes

 

Meute/expérience/4.1.12

 

Mon expérience de la meute est une expérience d'un basculement de la conscience de la perception. Comme si de l'intérieur ou de sa surface-même le visible s'élargissait, s'épaississait et tenait moins à sa forme. La conscience se modifie avec les modulations perceptives et ceci entraîne une façon différente de vivre le corps que celle que je pouvais avoir au quotidien avant cette expérience répétée. Je peux dire que la meute a modifié progressivement ma façon de me vivre en relation avec mon environnement.

J'opère une bascule dans ma perception comme si je plongeais sous l'eau ou que je m'immergeais dans un flux. Je quitte ma vision optique qui parfois me distancie ou me sépare des choses pour entrer dans une épaisseur tactile, une densité vibratoire, une ouate, une matière. Mon corps n'a plus les limites de mon organisme, il baigne dans un matériau mouvant donc il participe. Le monde devient oscillatoire, familier, confortable, intime. Je fais alliance avec le matériau. Pour cela je deviens poreuse. Je laisse la matière me toucher, la couleur, la lumière me toucher. Je me laisse mouvoir par le flux des choses.

Ce serait presque une expérience de dissolution si en même temps je ne sentais pas se condenser mon axe. Mon axe devient plus intense. Il capte des puissances dont la première est celle de sa propre vitalité. Axes du tube digestif et du système nerveux central, corps et esprit, une seule substance, un seul mouvement d'extension et de condensation simultanée. Je sens se réveiller ma bouche, mes dents, ma langue, mes orifices : mes narines, mes canaux auditifs, sexe et anus. Ils commencent à bouger sur des ondes invisibles comme les différents bouches d'une anémone liquide. Ma peau a aussi des bouches, des oreilles, des yeux. Les diaphragmes de mes mains et de mes pieds deviennent des bouches. Des yeux s'ouvrent dans plusieurs points variables de mon anatomie ouvrant et fermant leurs paupières. Je vois avec ma peau, je regarde avec mes vertèbres, mes ischions, mon nombril. J'écoute avec mes yeux, avec ma peau. Je trouve de nouvelles formes, de nouvelles articulations. L'eau me vient à la bouche, non pas pour absorber, mais pour mordre, attraper avec la bouche, jouer. Je serpente, bondis, fleuris, coule, dévale, déferle, pleuvoir, germer, naître, attaquer, neiger. Je cherche des connexions, des frottements, des alliances, je trouve du confort, je le romps, je le reconvoque, je roule comme un coup de tonnerre ou une fleur dans le vent, je fonds, je deviens dragon puis brume, feu d'artifice, palpitation de la couleur dans la pénombre, bouquet de rythmes. Le sol est ma maison, cocon, matrice, bateau, berceau, terreau. De là, tous mes âges,tous mes temps, toutes mes formes sont possibles. Je suis concomitamment plusieurs, vides et pleins. J'oscille avec la matière, je sens son

Aimer l'oscillation en nous des contradictions vivantes qui s'épousent

Être les pendules entre un monde et un autre, une image et une autre,

passeurs d'inachevé

infinité, ma parenté avec elle. Je me sens frère, soeur, enfant, rivière, mère de tous les vivants, feuillage et les bête, humaine et minérale. J'ai plusieurs vitesses.

Faire meute/29.1.12

Faire meute, me condenser autour de mon axe, entrer dans une épaisseur sans paroles, sans la linéarité des mots. M'immerger. Sentir des pulsations différentes, accélérer, ralentir, réveiller les affects de la bouche, envie de mordre,salive,dents. La couleur est mon corps. La couleur comme seule forme, comme seule transcendance, la couleur comme étendard vibratoire. Je m'agence, avance, recule, plie et déplie. Je suis un flux dans un flux. Je m'agence, je convoque la vibration, je la partage, je mets en vagues, je connecte, je reconnecte. Je suis un vecteur de convocation des puissances - rituel - acte chamanique de célébration de nos humanités multiples, kaléidoscope de nos métamorphoses. La meute se module, varie ses intensités. Je suis un point intense de cette constellation mobile,

Je

(...) Puis, accueillir le public, aller à sa rencontre, serrer des inconnus amusés dans ses bras, jouer à semer un doux trouble, une manière inattendue d'aller vers un autre, l'adopter, sceller une fraternité de passage

(...)

 

Écriture automatique/ nadia 26 avril 2012

 

Seuil/ passage/ entre-deux

entre deux loups / entre chien en loup / entre animal et pluie / entre toi et moi / entre /glisse / entre / entre- lace / outre-passe l'outre-monde / entre / passe / passe outre / outre-mer / outre-humain / pendule au mouvement plus ou moins ample, pulsation des apparemment contraires, je passe d'un bord à l'autre, d'une ligne invisible entre mon image et ma désimage, entre mon vêtement et ma nudité/ brouille les pistes des conventions rétiniennes - touche avec tes cils - touche avec ta langue - parle à rebours pour les invisibles - pour les fleurs nocturnes / dissoudre/ dissoudre/

imaginer ce dont l'image ne se laisse pas figer - fondre la glace des représentations / chauffer / rafraîchir / sentir l'air qui glisse de l'un à l'autre homme femme animal

enfant - rêve ou réel comme un galet dans la main entre passé et futur toujours sur la crête de la vague qui déferle vers une intensité imminente toujours à venir toujours passée - entre archaïsme et modernité sauvage d'avant-garde / traduis / passe / passe / passe entre les mondes / habitant des seuils / glisse / glisse du rétinien au tactile - couleur-matière / couleur- lumière / / deviens ton envers / tisse / détruis / rigole - entre organisme et corps d'étoiles - shoote - sors des lapins de ton slip - sois un arbre ou une chaise ou un humain si tu peux - si tu t'arrêtes de correspondre à une idée - si tu coules toujours vers ta source entre cerf et eau...

 

Nadia Vadori-Gauthier

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Mai, juin, juillet/Dans les théâtres de 1968/Denis Guénoun

17 Juillet 2012 , Rédigé par grossel Publié dans #notes de lecture

Mai, juin, juillet

Dans les théâtres de 1968

Denis Guénoun

Les Solitaires Intempestifs

 

mai-juin-juillet--187x300.jpg

 

J’ai lu cette pièce récente en Avignon entre le 10 et le 13 juillet, en trois temps comme sa construction.

Le 10 juillet, Mai, le 11 juillet, Juin, le 13 juillet, Juillet.

C’est une pièce foisonnante par les lieux évoqués, les personnages mis en jeu,  les thèmes abordés, les formes proposées.

Il s’agit de 68 et du théâtre en 1968.

Mai est le mois de la vague, si haute, si puissante, venue de quelles profondeurs, qu’on pense, que certains pensent qu’elle balaiera le vieux monde.

Denis Guénoun est des deux côtés, côté rue, écoles, usines, Odéon (occupé ; alors que les spectateurs d’un spectacle de danse américain sortent, les manifestants pénètrent dans le théâtre ; on est le 15 mai; Jean-Louis Barrault réussit à s’exprimer, défenseur des poètes donc des jeunes ; il ne rencontre que mépris, confondu par son rôle d’homme de théâtre du pouvoir gaullien) et côté pouvoir: de Gaulle, Malraux ...

La parole est libérée, libre. Les enjeux sont considérables : ou la situation est révolutionnaire et la révolution est possible ou la situation peut se contrôler, des négociations s’engager, des revendications s’arracher.

Côté militants, on voit bien la coupure entre les jeunes et les anciens, l’impatience des uns, la prudence des autres.

Côté pouvoir, on voit bien comment il semble se dissoudre, être démuni, à court de solutions répressives ou concertées, négociées.

La situation de l’Odéon concentre toutes les contradictions, la mise en cause de Barrault par les occupants, la mise en cause du théâtre dans ses fonctions citoyennes d’élévation, d’éducation, de transformation de l’homme. « Barrault est mort ». Vive le théâtre de la vie. Pas le théâtre qui sépare.

On a retrouvé quelque chose de cela à la question de théâtre du 14 juillet. Claudel et Tête d'or, Artaud et le corps sans organes.

Denis Guénoun s'est déjà coltiné à Artaud - Barrault dans un spectacle magnifiquement habité par Stanislas Roquette que j'ai vu à Marseille.

Juin est le mois du reflux, le pouvoir a repris l’initiative avec l’annonce de la dissolution de l’assemblée et des nouvelles élections après le flop de l’annonce d’un référendum, de Gaulle a retrouvé sa voix, déferlante du 30 mai sur les Champs-Élysées

C’est le mois de la rencontre des directeurs de théâtre à Villeurbanne. Ils sont désignés par des noms de villes. Les débats correspondant à ce qui s’est passé sont affligeants, sauf exception, le corporatisme « justifié » par des missions de service public étant le moteur des comportements. Aucune vision, aucune mise en cause.

Juillet, c’est Avignon, l’effervescence du Festival, Jean Vilar défendant son festival y compris contre l’équipe américaine accueillie et dont les jeunes attendent une révolution du théâtre et de la vie avec Paradise now. La rencontre entre Poésie et Révolution sur le trottoir avec l'auteure est une scène fantaisiste qui aborde des questions importantes comme la prééminence, la primauté de la poésie sur la révolution qui se fait rare, est foutue ...

La pièce commence par un prologue, Barrault s’adressant dans une missive à Vilar, s’achève sur un épilogue où Vilar tente dans une missive de s’adresser à Barrault. La boucle est bouclée entre deux géants du théâtre, pas si opposés que ce que l'on a cru. Vilar se hisse jusqu'à une réflexion sur vie et mort qui m'a laissé sur ma faim. La fréquentation de l'oeuvre de Marcel Conche m'apporte beaucoup plus sur ce thème essentiel.

Dans le cours du texte, Denis Guénoun fait intervenir auteure et dramaturges, ce qui permet d’offrir une œuvre ouverte, en construction, agitant ses enjeux sur le plateau, une œuvre où le souci du sens est au cœur, conforté par le souci de quelle forme portera le mieux le sens.
Cette commande du TNP de Villeurbanne et de France-Culture est une excellente initiative. Le texte de Denis Guénoun me semble être un texte essentiel sur cette période clef de notre histoire (déjà 44 ans), événements politiques comme quel théâtre pour quel public, quel souci : la création d’œuvres nouvelles, l’invention de formes nouvelles, le ciblage de publics consommateurs, la politique du chiffre ...

Juillet sera lu le 20 juillet 2012 à 20 H au musée Calvet.

Mai, juin y ont été lus le 20 juillet 2011.

 

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Le spectacle Mai, juin, juillet sera créé le 24 octobre 2012 à Villeurbanne pour une semaine.

Bons vents à ce texte et au spectacle.

 

Jean-Claude Grosse

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