Texte libre

La tentation du désert
 

Les marchands de sable
détestent
prêcher dans le désert.
Que le désert croisse !
Honneur à qui favorise
le désert !
à qui recèle un désert !
 
Prophètes de malheur,
annonceurs d’apocalypses
naissent du  désert.
Brament dans le désert.
Aboulique, la foule.
Boulimiques, les masses.
Venues du Nord,
déferlent par les autoroutes
du soleil.
Maximalisation du Sud.
A l’heure de midi,
le midi brûle.
Le désert croît.
Déserts, les chantiers.
Licenciés, les ouvriers.
Moi, les pieds dans l’eau.
Indifférent au paradis.
 
Prophètes de bonheur,
annonceurs d’âges d’or
surgissent du désert.
Exultent dans le désert.
Mimétique, la foule.
Léthargiques, les masses.
Venues du froid,
s’allongent sur le sable
chaud.
Sieste sous parasol.
A l’heure de midi, il fait nuit.
Le désert croît.
Déserts, les embarcadères.
Désarmés, les rafiots.
Moi, la tête dans les étoiles.
Indifférent à l’enfer.
 
Les assoiffés de pouvoir
déversent sur la foule,
les grandes eaux
de leurs mirages.
Fébriles, les assujettis
fascinés par ces images
qui ne désaltèrent pas.
Qui en appellerait à
la traversée
du désert ?

Sur les plages de sable,
l’indifférence d’aujourd’hui.
Molle. Obèse. Prolifique.

Dans les déserts de sable,
l’indifférence d’hier.
Dure. Sèche. Érémitique.
 
Du désert, aimer à la folie
le grain de sable
qui enraye la machine,
saboteur de toute folie
des grandeurs.
 
Du désert, garder
le grain de sable,
inaltérable,
ne pas s’attarder
à la dune,
sa répétition en masse,
altérée par
tout vent de sable.

Favoriser le désert
jusqu’au mira (cl ou g) e
de  l’oasis
                 
J.C. Grosse
La Parole éprouvée
Les Cahiers de l'Égaré

image013.jpg
photo: Laurent Laveder

Images Aléatoires

  • 32-Nasrine.jpg
  • 009.jpg
  • 09-Chez-A--cha.jpg
  • 0819-Autoportrait.jpg

Texte Libre

 


 

Les Cahiers de l'Égaré n'éditent que des titres en lien
avec les activités des 4 Saisons d'ailleurs

 

Inutile d'envoyer des manuscrits
 
Le diffuseur-distributeur (national et international) des Cahiers de l'Égaré est:

SOLEILS,

23 rue de Fleurus,
75006 PARIS
courriel: soleilsdiffusion@hotmail.fr
tel: 01 45 48 84 62 / fax: 01 42 84 13 36

 

Vous pouvez vous procurer les Cahiers de l'Égaré auprès de votre libraire, sur les sites de vente en ligne ou directement auprès de l'éditeur.
Sur ce blog, vous ne trouverez dorénavant que des informations sur les titres parus ou à paraître. Le nettoyage du printemps 2012 a été effectué.

 

  image003.jpg

photo: Laurent Laveder

 

Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /Déc /2008 11:34
EN MAI, FAIS CE QUI TE PLAIT !

J'ai 75 ans. Institutrice en retraite depuis 20 ans, je suis une fidèle du club des retraités de la M.G.E.N. Il m'arrive d'y lire la revue APORIE. Nous nous sommes abonnés et certains d'entre nous y collaborent.

J'ai cru percevoir une certaine ironie dans le choix des thèmes annuels proposés à la réflexion. L'espoir, prévu en 1985 programmé pour 1987, précède la crise , annoncée pour 1986, qui engendre Le Désert. La crise est proposée pour mars 1986, c'est à dire un moment qui, aux dires de Robert -un fin analyste politique- va donner naissance à une situation inédite de crise politique que tout le monde s'ingénue à exorciser, camoufler, éviter en parlant de "cohabitation", un nouveau mot à la mode qui leur permet de prendre leur désir pour la réalité. Comme en 68. Car pour moi, la crise exemplaire, c'est mai 1968. Je n'ai jamais réussi à comprendre comment Cohn-Bendit, que j'ai eu sur les bancs de l'école primaire à Montauban en 1953 a pu se retrouver à la tête de ce mouvement de contestation d'une audace inouïe. Régine, pour me chiner, dit que c'est parce qu'en 1953, je lui tapais encore sur les doigts. C'est vrai. J'avais hérité de cette pratique de la III° République. Mais au moins, avec moi, il ne bégayait pas.

Nous sommes une quinzaine à fréquenter le club, plusieurs fois par semaine, dont une majorité de vieilles dames. C'est bien connu que nous
vivons plus longtemps que les messieurs. Au club, nous en avons trois et nous y tenons. Nous sommes liés par de solides amitiés et la retraite n'a pas diminué notre intérêt pour l'école de la république.
Indéniablement, elle est en crise. Et le nombre de réformes se proposant de l'en sortir n'a -d'après Bernard- fait qu'aggraver son état depuis 68.

Je suis d'accord avec lui car pour moi, la crise de l'école commence en mai 68. Maintenant, il ne s'agit plus d'apprendre, mais de découvrir par soi-même. Alors les enfants manipulent, bricolent. Manipulant et créant des mots, les voici poètes disant n'importe quoi. Dans une classe de petits, ça donne l'exquis:

Je vais en Normandie
Sur un tapis.
Je vais à Château-Chinon
Dans un ballon.

Dans une classe de grands, c'est plus délirant: Depuis deux dars, le stol des clivares se gourloupait sur les doles, graversait les prémures, se pagouillait dans les marmages.

Manipulant des hypothèses, les voici chercheurs et expérimentateurs, faisant n'importe quoi. À l'institutrice qui voulait faire découvrir aux enfants l'état gazeux, l'un d'eux proposa: Maîtresse, si on mettait JoJo dans le Perrier? Sitôt dit, sitôt fait. On sortit Jojo, le poisson rouge de son bocal rempli d'eau plate pour le plonger dans le Perrier où il ne tarda pas à flotter ventre en l'air.

Je suis convaincue que, depuis 68, tout est fait en haut lieu pour qu'à
l'école on n'apprenne rien. Parce qu'apprendre à lire, à écrire, à compter, ce serait rébarbatif, autoritaire et qu'il faut désormais respecter la personnalité et la spontanéité des enfants. J'en veux à Dany d'avoir contesté le savoir et sa transmission sous prétexte qu'il ne serait qu'idéologie perpétuant les inégalités. En tous cas, grâce à moi, il sait lire et écrire. Il s'en est bien servi pour critiquer la société. Et on ne peut pas dire que j'ai étouffé sa spontanéité et sa personnalité. Avec moi, il ne bégayait pas.

Nous cherchons à nous maintenir en forme. C'est l'expression que nous employons pour dire que nous cultivons notre esprit critique. Nous mettons à l'épreuve nos conceptions et soumettons à l'analyse les discours à la mode. Les objectifs de notre programme d'hygiène spirituelle ont été formulées par François: se protéger de tous les dogmatismes, ne pas sombrer dans la tolérance qui finit par tolérer l'intolérable, rejeter le nihilisme sous toutes ses formes. Pour réaliser ce programme, nous lisons, discutons. Nous pratiquons avec plaisir, parfois avec bonheur, les jeux de rôles. Lorsque Robert a mal vécu l'échec du printemps de Prague en 1968, nous lui avons proposé pour le dékremliniser durablement de rendre hommage pendant plusieurs séances au camarade Staline, joué par Bernard, qui ne devait pas manquer d'évoquer avec complaisance et cynisme ses crimes. Nous invitons aussi quand l'opportunité se présente l'un de nos maîtres -à nos âges, il en reste assez peu- ou à défaut l'un de nos élèves devenu maître.

En mai 1985, nous avons décidé de nous intéresser à La Crise. Car si le thème proposé par APORIE correspond à la situation actuelle, la diversité de nos modèles de crise nous intrigue. Pour moi, c'est mai 1968. Bernard, le philosophe préféré du Club, se réfère à 14-18. Régine, une collègue de lettres qui me ravit parfois la vedette, a un faible pour la crise de 29. Robert, notre historien qui est aussi un marxiste convaincu, s'acharne à comprendre la crise du mouvement ouvrier qui se ramène à la crise de sa direction.

J'avoue que je n'ai jamais compris pourquoi. Quant à François, l'autre philosophe du club, il prétend que c'est un mot qui sort du chapeau quand on veut faire accepter aux gens des changements douloureux.

Robert nous proposa d'inviter son maître, Fernand Braudel, un historien de grande réputation, encore très alerte malgré ses 83 ans.

Nous fîmes de gros efforts. Nous lûmes "La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II" et surtout "Civilisation matérielle, économie et capitalisme".

Robert nous expliqua qu'il s'était détaché de son maître parce que la Nouvelle Histoire dont Braudel est présenté comme le Patron par les médias avait provoqué une crise de l'enseignement de l'histoire et de la géographie qui, sans la résistance des enseignants, auraient disparu au profit des sciences économiques et humaines. La Nouvelle Histoire délaisse l'événement pour la vie matérielle, les idées pour les mentalités. On portait autrefois des souliers à la poulaine; on porte aujourd'hui des bottes de rocker. On avait autrefois peur du loup; on a aujourd'hui peur de la bombe atomique. Conséquence paradoxale: cette "histoire" met en valeur ce qui persiste plutôt que ce qui change puisque la peur subsiste si les objets de la peur varient. La Nouvelle Histoire peut ainsi évacuer la chronologie et multiplier les rapprochements dans le temps et dans l'espace. L'histoire cesse alors d'être l'étude du passé pour devenir l'étude de l'origine des problèmes de notre temps, "l'explication de la contemporanéité". Elle nous "apprend" ainsi que le capitalisme remonte très loin dans le temps, que des signes l'annoncent dès le 1° siècle de notre ère. Conclusion: le capitalisme c'est vieux et ça durera malgré les crises, sa règle étant de se maintenir par le changement même. Pour Robert, Braudel a réussi l'exploit de "prouver" la pérénité du capitalisme en usant de concepts marxistes qu'il a préalablement déformés.

Pour ma part, j'ai été surprise de trouver dans la conclusion de "Civilisation matérielle" quelques lignes sur 68: "Herbert Marcuse a bien le droit de dire qu'il est stupide de parler de 1968 comme d'une défaite. 1968 a secoué l'édifice social, brisé des habitudes, des contraintes, voire des résignations: le tissus social et familial en est resté suffisamment déchiré pour que se créent de nouveaux genres de vie, et à tous les étages de la société. C'est en quoi il s'est agi d'une authentique révolution culturelle. Mais le temps passe: une dizaine d'années, ce n'est rien pour l'histoire lente des sociétés, c'est beaucoup pour la vie des individus. Voilà les acteurs de 1968 repris par une société patiente à qui sa lenteur donne une prodigieuse forme de résistance et d'absorption. L'inertie c'est ce qui lui manque le moins. Donc pas un échec, c'est sûr; mais un franc succès, il faut y regarder de près." Arrivée là, je me suis dit: Bien, il va rentrer dans les détails des effets de 68. Eh bien non! Comme Robert nous l'avait signalé, il m'a promenée là où je m'y attendais le moins. Pour regarder de près, il faut aller loin. "La Renaissance et la Réforme se présentent comme deux magnifiques révolutions culturelles et de long souffle, éclatant coup sur coup. C'était déjà une opération explosive, dans la civilisation chrétienne, que de réintroduire Rome et la Grèce, et déchirer la robe sans couture de l'Église, c'en était une autre, pire encore. Or tout se tasse finalement, s'incorpore aux ordres existants et les blessures se guérissent." C'était comme si on m'avait dit: Tu t'inquiètes des retombées de 68? Ne t'inquiète pas! ça se tassera comme ça s'est toujours tassé.

En trois mois, nous avions soigneusement préparé la rencontre. Pas question pour moi d'être tendre avec un monsieur qui s'exprimait comme ma grand-mère. Quelle ne fut pas notre surprise, en septembre, de découvrir par la presse locale qu'on nous avait piqué notre idée et que le centre de rencontres de la ville -installé sur une colline inspirée d'où le directeur lutte contre l'ignorance- organisait trois journées avec Fernand Braudel! On n'a jamais su comment notre idée avait pu sortir des locaux du club et arriver aux oreilles des responsables du centre de rencontres. Un climat de suspicion régna quelques temps mais nous finîmes par admettre que la fuite avait dû être involontaire. Il ne pouvait y avoir de traître parmi nous.

Mes collègues boycottèrent ces journées. Moi, j'y allai par curiosité. La crise doit être à l'oeuvre partout, même là où se vend la culture. Toute mise en spectacle me paraît indécente et signe d'inauthenticité, maladie de notre temps.

La presse locale se saisit de ces rencontres et ce qui aurait pu être un événement unique ne fut qu'un cliché stéréotypé. À lire les articles, j'avais un sentiment de déjà vu, de déjà lu. Pensez donc! Amener le patron de la Nouvelle Histoire, qui a un champs de vision d'une ampleur inaccoutumée puisqu'il réussit à embrasser la planète entière et un millénaire entier, à se produire sur scène, et le filmer pour la postérité, faisant la leçon d'histoire à une classe de collège cinquante ans après qu'il a quitté l'enseignement secondaire -on lui demanda si en cinquante ans les élèves et les leçons avaient changé ou non- et quelle leçon! le siège de la ville en 1707, c'était une belle opération médiatique rendant possible l'emphase journalistique. Mais monter en épingle, toujours de la même façon, a un effet meurtrier: l'épingle finit par faire éclater l'enflure. Et l'insignifiance de ce qui est présenté comme sans précédent est si évidente qu'il ne reste plus qu'à en
rire.

Evidemment, je trouvais que c'était un peu cher pour mes ressources d'institutrice à la retraite. 70 F par jour et 60 F par repas, ça allait me coûter: 210 F + 180 F= 390 F. J'ai gardé de mon métier l'habitude de calculer et de demander des comptes. Payer 390 F pour payer qui? Fernand Braudel venait bien par plaisir et pour le plaisir. On m'expliqua que c'était pour payer les voyages et les repas du gratin régional et international invité à participer au spectacle. Pas de spectacle sans dépenses somptuaires: il faut bien jeter de la poudre aux yeux pour éblouir, aveugler.

Bernard n'avait pas manqué de s'étonner. Comment l'historien de la longue durée pouvait-il prendre plaisir à n'être qu'une brève écume événementielle. Pour parler de 1707, jusqu'où allait-il remonter dans le passé? Et pour parler du siège de la ville, allait-il voyager dans le monde entier? L'ampleur de la vision ne lui paraissait pas être une garantie de scientificité et la longue durée n'était sûrement pas un concept. On avait affaire à un érudit doublé d'un écrivain doué pour le montage.

Chacun y alla de son couplet et de sa cérémonie.

La presse locale annonça en bonne place -les articles étaient signés par le rédacteur en chef- la venue du plus grand historien français actuel, l'intellectuel le plus prisé outre-Atlantique. Bernard me fit remarquer que l'abus des superlatifs, caractéristiques de l'écriture journalistique, était un des signes les plus évidents de la crise que traverse aujourd'hui le langage qui ne sert plus à dévoiler, délivrer la vérité mais à plaire, séduire, manipuler.

Les journalistes ne sont pas travaillés par le doute linguistique.

Un journaliste réussit en 64 mots -j'ai compté- à nous présenter l'histoire à trois étages sur laquelle l'historien a travaillé 64 ans.

La concision journalistique, c'est la pomme de discorde entre Bernard et moi. Lui pense que pour résumer 64 ans de recherche en 64 mots, il suffit de ne pas avoir lu l'oeuvre. Moi je pense qu'à l'école de journalisme, on leur apprend des méthodes de lecture globale et des techniques de résumé qui ne leur permettent pas de comprendre ce dont ils ont à rendre compte, par exemple l'oeuvre de Fernand Braudel.

Le maire lui remit la médaille de la ville.

L'amiral et son état-major reçut l'éminent professeur et sa suite pour un débat sur la Méditerranée comme théâtre d'opérations militaires.

Il n'y a que l'inspecteur d'académie à ne pas l'avoir reçu. Sans doute à cause de la pauvreté des moyens attribués à lÉducation Nationale, situation que j'ai toujours connue pendant mes trente-six années de service.

Tout ce que la ville, le département, la région compte de notables et d'officiels se retrouva au centre de rencontres. 400. Je croyais qu'il y en avait plus. C'est finalement peu de choses. Mais qu'est-ce qu'ils prennent comme place, toujours aux premiers rangs!

Les trois journées furent animées par des journalistes en renom. Ca confirme que j'ai raison contre Bernard: les journalistes, ce sont les Nouveaux Penseurs. Le premier jour, on a eu droit à la "reine" Christine. Elle ne dit mot. Son sourire me suffit. Son talent était éclatant. Elle pouvait se faire payer cher.

Le maire y assista. Par devoir et par amitié -Robert dit que c'est par souci électoral- il est de toutes les sorties. Au milieu du populaire pour les grandes rencontres de l'équipe de football. Au sommet de l'échelle des pompiers avec le Père Noël. Au milieu des baigneurs fêtant la nouvelle année dans la grande bleue. Je trouve qu'il gère très bien son temps et son image de marque. À mon avis, il devrait réussir la Traversée de la Ville et la Renaissance du Centre Ville, deux projets qui traînent depuis vingt-cinq ans. Demain, j'en suis sûre, il sera de toutes les soirées de prestige à l'Opéra municipal rénové où l'on donnera Wagner, Bellini, Mozart. J'espère qu'il mettra son noeud pap' et un beau frac car je lui trouve beaucoup d'allure. Robert n'aime pas cette politique qui veut que chacun reste à sa place: le peuple au stade, les bourgeois à l'opéra. Mai 68, ce ne fut pas mieux: étudiants et ouvriers dans la rue, hippies faisant l'amour à l'Odéon ou à la Sorbonne.

De ces journées, je n'ai pas gardé un grand souvenir. Il y avait trop de beau monde, trop d'intellectuels de haut niveau remettant en question ce qu'on m'avait appris à l'École Normale et que j'avais retranscrit pendant trente six ans. Malgré mon âge, les spécialistes ça m'impressionne et ça me paralyse. Heureusement que j'ai les réunions du club pour bien garder ma tête à moi. Bernard, que nous apprécions toutes beaucoup, dissipa en quelques formules définitives mon malaise: "S'il suffisait de remettre en question, de renverser les perspectives, de tenir des propos peu orthodoxes pour produire une Nouvelle Histoire, une vérité nouvelle, alors bien sûr! Mais peut-être, avant de produire du neuf, faudrait-il montrer que l'ancien est dépassé. Et puis, ce qui se présente comme neuf n'est peut-être que du très vieux monde à l'envers." Là dessus, Robert nous apprit que les nouveautés de Braudel et Wallerstein se trouvaient déjà dans "L'impérialisme, stade suprême du capitalisme" de Lénine. J'avoue que je ne suis pas allée vérifier mais j'ai fort bien compris mon collègue quand il déclara que le capitalisme était heureux de trouver des "historiens", des idéologues comme Braudel ou Tenenti pour "prouver" que le capitalisme est une structure permanente de la vie sociale à laquelle on n'a pas pu et on ne pourra pas échapper. Pour le capitalisme c'est évidemment plus rassurant que le pronostic marxiste-léniniste qui le voue à disparaître, sa crise finale ayant commencé en 1917.

J'ai été peinée d'apprendre la mort de Fernand Braudel quelques semaines après ces journées. Il m'avait épatée par sa vitalité. Mais il ne m'avait pas éclairée sur 68. J'aurais bien aimé qu'il m'explique, parce que pour moi c'est une conséquence de 68, comment une société peut d'une part abolir la peine de mort pour les grands criminels et d'autre part instaurer le droit d'avorter, droit à tuer des innocents absolus.

C'est pourquoi je proposais au cours d'une de nos réunions qu'on invite Daniel Cohn-Bendit. Car tout de même, si on voulait comprendre pourquoi il était facile d'enseigner la morale autrefois et impossible de l'enseigner aujourd'hui -malgré la longue durée, Monsieur Braudel avait admis ce changement, cette crise-, ne fallait-il pas remonter 18 ans en arrière, à la crise de mai 1968? Monsieur Braudel aurait trouvé que j'ai une vision étroite mais je suis sûre que 68 est la cause de notre décadence, liée à la crise de la morale.

L'idée m'en était venue en écoutant Cohn-Bendit à l'émission "L'oreille en coin". Quelle verve! Il avait bien changé depuis que je l'avais eu sur les bancs de l'école primaire à Montauban en 1953. Lui si réservé, si discret, il était devenu bien remuant et agité. Avec moi il ne disait jamais d'âneries. Alors que là il n'arrêtait pas. Comme en 68. Qu'est-ce qu'il a pu en dire. J'avais honte pour lui. Je lui avais écrit d'ailleurs pour le lui dire. Il m'avait répondu. Sa lettre était remplie de fautes. Avec moi, pourtant, il n'en faisait pas. Il ne bégayait pas non plus.

Mes collègues du club accueillirent ma proposition avec sérénité et ne lui firent aucune publicité. Nous n'aimons pas la fébrilité et l'étalage.

Cohn-Bendit accepta notre invitation. Et c'est ainsi que sans le concours des ministères de la culture, de l'éducation nationale, des affaires extérieures, ni le concours du Conseil Régional, du Conseil Général et de la Ville, il s'expliqua, gratuitement, pour les adhérents du club des retraités de la M.G.E.N. Mes collègues, craignant mon animosité à l'égard de Cohn-Bendit, me firent jouer quelques saynètes où je devais m'acharner sur un bouc émissaire. Ce fut Régine. Je m'en donnai à coeur joie.

L'événement -qui n'en fut un que pour nous car nous n'avions surtout pas voulu que le journaliste local en parle: il aurait rameuté tous les partisans de la France virile qui hantent la basse ville, où il serait resté dix minutes et aurait rédigé son papier comme s'il avait assisté à la totalité de la rencontre, pratique payante qui lui permet de duper son rédacteur en chef attentif à d'autres événements stéréotypés et de passer des moments agréables et intimes avec son "partner-love", une mode "branchée" made in U.S.A. -eut lieu le 1° février 1986. Événement daté, unique, ayant une cause. Donc événement historique.

Dany nous surprit: "J'ai accepté l'invitation de Victorine parce que Victorine a été mon institutrice. Figurez-vous qu'en 1953, elle me tapait sur les doigts quand je disais des âneries. C'était rare. Je préférais ne rien dire, être sage comme une image. Aujourd'hui j'ai compris que plus on en dit, plus on a de la valeur, et plus on vous prend au sérieux. Dire des âneries, en réalité c'est être créatif. Regardez les publicités: c'est un immense tissus d'âneries. Mais ça paye. Je ne connais que Victorine à penser que 68, c'est le début de la décadence. Les âneries réussies de 68, ce sont les libertés d'aujourd'hui. Et les contestations non réussies de 68, ce sont les oppressions d'aujourd'hui. Pourquoi transmettre un savoir qui conduit à la bombe atomique? J'avoue que l'attachement de Victorine à une école élémentaire qui apprenne à lire, à écrire, à compter est touchant. Mais les fautes que je fais, je les retrouve dans les pubs, affichées, avouées comme telles, non sanctionnées et rentables. Voilà un effet de 68: la transgression ludique de toutes les règles. En sociologue qui n'a jamais exercé, je retiens surtout les retombées de 68. Par exemple, le Paris-Dakar. On dit: c'est Sabine qui l'a créé. Moi, je dis: c'est un produit de 68. Comme 68, le Paris-Dakar, c'est une réponse à l'ennui. On ne flambe plus les voitures, on les plante dans des dunes. Quelques voitures, ça suffit. Les médias assurant la mise en spectacle pour que le défoulement collectif se produise." Il n'avait pas bégayé.

Régine, toujours prompte à s'émouvoir, s'étonna de ce rapprochement. Les voitures qui avaient flambé en mai n'étaient-elles pas en stationnement dans des rues barrées par des barricades alors que les bolides qui se sont plantés en janvier roulaient à tombeau ouvert sur des pistes sans balises?

Dany lui fit remarquer que l'oppositon situationnelle qu'elle mettait en avant cachait une identité fonctionnelle: dans les deux cas, on aboutissait au même résultat, la destruction des bagnoles. "Le Paris-Dakar, c'est comme 68, c'est comme les films burlesques des années 20, ça provoque un rire hénaurne en sacrifiant l'objet-roi de la société de consommation: l'automobile."

Régine s'offusqua de ce rapprochement. Elle n'avait pas trouvé burlesque du tout la séquence télé où Sabine engueulait des concurrents qui avaient lavé à flots de mousse leur vaisselle dans l'eau d'un puits. "Ici, nous ne sommes pas chez nous. Nous devons respecter ces gens et leur milieu. Ici, l'eau est vitale. C'est un crime de la polluer", gueulait Sabine dans son mégaphone.

Tout le monde riait de bon coeur en entendant ce récit, Régine comprit qu'il ne servait à rien de se scandaliser de la bêtise de Sabine et que rire de ses âneries était autre chose que rire de la destruction des bagnoles.

François qui déteste Sartre nous amusa beaucoup en nous rappelant que l'auteur des "Mains Sales" avait dit à Dany: "Quelque chose est sorti de vous qui étonne, qui bouscule, qui renie tout ce qui a fait de notre société ce qu'elle est aujourd'hui. C'est ce que j'appellerai l'extension du champ des possibles. N'y renoncez pas." Et la gifle de Braudel: "Jean Paul Sartre peut rêver d'une société où l'inégalité disparaîtrait, où il n'y aurait plus de domination d'un homme sur un autre homme. Mais aucune société du monde actuel n'a encore renoncé à la tradition et à l'usage du privilège." Il nous rappela que ses contributions parues dans APORIE balayaient les inepties de Sartre. "Cohn-Bendit a raison, 68 ne constitue pas le reniement de notre société comme le croit Sartre, 68, c'est le plein développement des énormes possibilités de médiocrité recelées par notre société. Une seule condition: avoir suffisamment de culot pour présenter le médiocre comme génial, révolutionnaire, nouveau, moderne..."

Dany se fit prêter les contributions en question -nous sommes abonnés à APORIE- et les parcourut pendant que François renvoyait Sartre aux oubliettes en s'appuyant sur l'argument dominateur de Diodore Cronos. J'avoue être agacée et travaillée par les analyses de François. Bernard m'a dit un jour, en aparté, que François était une réincarnation de Démocrite. "Pressentez-vous l'éclat de rire auquel il veut atteindre et qu'il veut retrouver?"

"Ecoutez, dit tout à coup Dany, la démarche de cette revue me plait. J'en parlerai à mes amis de Francfort. Puisque vous aimez le paradoxe, je vais vous dire ce qu'a été réellement 68. La droite n'en a retenu que la violence destructrice pour faire peur et susciter une forte demande de sécurité. La gauche s'est refusée à y voir une violence constructive et n'y a vu qu'une révolte d'étudiants irresponsables retardant de plusieurs années son arrivée au pouvoir.

En fait, 68, ce n'est pas une révolution faisant table rase du passé. Les barricades fermaient les rues mais ouvraient la voie. La contestation a révélé au système les irrationnalités qui l'encombraient et permis de nouvelles rationalisations. Par exemple, la contestation de la famille a montré le gaspillage de temps et d'énergie qui s'y produit. Chaque famille immobilise une femme pour des tâches répétitives, genre faire à bouffer deux fois par jour et tout ça pour deux, trois ou quatre personnes. La prolifération des Quick, des Fast Food, c'est la généralisation de la bouffe-sandwiches que nous avons inaugurée sur les barricades, tous sexes mélangés. 68 a fait découvrir les avantages de l'ouvert sur le clos. On sort la femme du foyer pour qu'elle devienne conductrice d'autobus, skipper de catamaran. Fini l'enfermement chez soi ou dans la voiture. Maintenant on sort, on court, on fait du "jogging". Finis les costumes et les cravates. Maintenant, c'est le style décontracté, survêt et col ouvert. On sort de la fatalité de la reproduction et des contraintes du mariage. On accède à la jouissance sans entrave. On multiplie rencontres et partenaires."

J'ai failli piquer une crise en entendant ces âneries dites sans bégayer par Dany. Bernard me fit boire pour me requinquer un marc fabriqué autrefois par François quand il s'occupait aussi à produire du vin, tout en enseignant la philosophie.

"Le frein à tout cela, ce sera l'extension du Sida dans le champ des possibles", prophétisa François.

Régine, qui est très "branchée" comme on dit aujourd'hui -il faut dire qu'elle a dix ans de moins que moi- fit remarquer à Dany que le système avait aussi multiplié les lieux d'enfermement propices au délire: les stades, les Zéniths, les Bercy, les grandes surfaces. Et que l'enfermement devant la télé avait encore beaucoup d'adeptes.

"On ouvre l'école sur la vie", reprit Dany.

"C'est le n'importe quoi érigé en système", commenta Robert.

"Il n'y a qu'à voir ce qu'on propose à mon arrière-petit-fils, gueula Bernard. Il est étudiant en gestion des entreprises et des administrations. Eh bien il joue à la bourse, il fait partie du club junior-entreprises, il a organisé une nuitée estudiantine: Montée d'adrénaline. Déficit de 20 000 F qu'il doit combler en organisant d'autres soirées pour apprendre à gérer en prenant des risques calculés."

Bien évidemment, je ne fus pas la dernière à donner des exemples de n'importe quoi. La pédagogie de l'éveil qu'on pratique aujourd'hui à l'école primaire, c'est le n'importe quoi généralisé.

Régine m'interrompit: "Tu dis n'importe quoi. Ouvrir l'école sur la vie, ça veut dire responsabiliser l'élève, lui faire prendre des initiatives."

Robert l'interrompit: "La prise de responsabilités ou d'initiatives, autrement dit la participation, c'est un moyen trouvé depuis 68 pour faire croire aux citoyens qu'on les libère alors qu'on les enchaîne. Participez à la gestion de votre établissement, prenez des responsabilités, vos responsabilités, gérez la pénurie. Difficile de dire après qu'on n'est pas satisfait. Un autre moyen pour masquer la fragilité du régime présidentiel a constitué à multiplier les instances élues, expression de la volonté populaire, appelées à décider. C'est la décentralisation et la régionalisation.

Mais quand on est mécontent, on ne sait plus où manifester, à la mairie, au conseil général, au conseil régional? Et après les élections, ça risque de se compliquer encore. Irons-nous manifester à droite-Matignon ou à gauche-Élysée? Crise dans les rangs ouvriers. Crise dans les sommets. Ce que Cohn-Bendit appelle l'ouverture, c'est une aggravation de l'atomisation.

" Pas du tout, réplique Dany. 68 c'est d'abord une explosion d'énergie pure et rebelle essayant de briser l'atonie et la quiétude d'une organisation aseptisée de l'existence -boulot, métro, dodo. C'est l'irruption massive de l'anomie, 15 jours de désordre, 15 jours de bonheur arrachés à l'ennui. Même les analysants avaient quitté les divans. À une morale étriquée, conformiste, tautologique genre: Les étudiants doivent étudier, les enseignants enseigner, les travailleurs travailler, 68 a opposé une manière de vivre et de dire le collectif. La foule solitaire devenait communauté. Parlez à vos voisins disait une parole de mai. Dix millions de grévistes ont parlé comme on n'a jamais parlé. Belle revanche de l'oral sur l'écrit, de la radio sur la télé. 68 a voulu renouer avec le mythe de la transparence, de la communion et de l'immédiateté."

C'est ce que nous avons vécu ici avec la grande aventure du Printemps". dit Régine qui est toujours fourrée là où ça bouge.

Qu'est-ce que c'est que ça?", demanda Dany Cohn-Bendit.

Un spectacle-fleuve sur la Renaissance et la Réforme auquel ont participé avec enthousiasme plus de 200 comédiens, danseurs, musiciens, mêlant fraternellement professionnels et amateurs, enseignants, lycéens, ouvriers des chantiers, subventionné sans arrière-pensée ni souci d'en tirer profit par la droite, la gauche, les industriels, la marine nationale. Un spectacle sur la génération qui eut 20 ans en 1500, redécouvrit Platon Aristote et la Grèce, vécut la découverte de l'Amérique et l'anéantissement des Indiens, prit parti dans la cassure de l'Église, mit la terre sur son orbite autour du soleil. Un spectacle sur Michel-Ange, Luther, Las Casas, Copernic et quelques autres. Un spectacle qui a été une grande fête populaire où notables et petit peuple saucissonnaient sur les gradins de pierre du théâtre en plein air pendant les entractes", répondit Régine heureuse de ce qu'elle avait retenu les séminaires sur la Renaissance, et émue au souvenir du rôle qu'elle avait joué pendant le carnaval d'Elbing, la scène finale. Elle ajouta que l'aventure du Printemps avait mimé l'aventure de la Renaissance puisqu'après l'explosion de foi et d'enthousiasme qui avait fait aboutir ce projet fou en donnant des ailes aux créateurs, l'étroitesse d'esprit du pouvoir local avait fait retomber la ville dans son ennui par le retour à l'ordre et le règne du désert.

Mais c'est une résurgence de mai", s'exclama Dany.

"Normal, dit méchamment Robert, le metteur en scène de ce spectacle
mégalo est un ancien de mai qui a pratiqué la communauté pendant
quelques années.

" Et ce doit être un juif comme moi", cracha Cohn-Bendit qui malgré son énervement ne bégaya pas. "Et comme moi, il devra s'exiler car les pouvoirs n'aiment pas les grandes fêtes de l'humanité. Ils préfèrent orchestrer les grandes âmes de la division. Mais le destin des exclus, c'est de préparer le nouveau monde de demain."

Bernard rompit le silence: "Si 68, c'est d'abord, c'est que 68, c'est ensuite."

Eh bien, il y a eu un double jeu de l'anomie. Dans un premier temps, 68 est une manifestation de violence destructive. Dans un deuxième temps, c'est une manifestation de violence constructive. C'est cet aspect paradoxal que j'ai voulu mettre en évidence. 68 a construit 86."

C'est alors que François, nullement épaté par le paradoxe de 68, bondit et nous emporta: "Merci à Régine. Elle m'a donné la clé de 68 en évoquant l'aventure du Printemps. Mai 68, c'est un retour au myhte de Dyonisos."

Ca y est, ça le reprend, me glissa Bernard en aparté, il confond le service du vin et le service divin."

Rappelez-vous Les Bacchantes" 'Euripide. Penthée assure le gouvernement de Thèbes quand Dyonisos, son divin cousin, y arrive pour y instaurer son culte. En bon gestionnaire, Penthée reporte au futur les jouissances de la vie, voulant sauver le blé en herbe, et lutte de toutes ses forces contre la licence débridée des femmes et des hommes de sa cité. Il lutte seul puisque même le devin Tirésias et Cadmos, son grand-père, fondateur de Thèbes, se rallient à l'orgiasme. C'est parce qu'il est hostile au jeu rituel de la violence destructive qui commémore la fondation de la cité -pour construire l'unité de la cité, il faut détruire le bouc émissaire- et recrée sa vitalité -pour produire, il faut dépenser- que Penthée est atrocement dépecé par les bacchantes sur l'ordre de sa mère Agavé. Sa mort assure le triomphe de Dyonisos qui renouvèle le dynamisme de la cité. 68 illustre la liaison existant entre la destruction dyonisiaque et l'expansion apollinienne."

"Mais c'est du Nietzsche", ironisa Bernard.

"Oui, conclut Dany, en 68 on a sacrifié par une débauche effrénée les idéologies mystifiantes pour, en 86, sacrifier aux cultures édifiantes."

Lectrice d'APORIE, je me suis décidée à vous envoyer ce texte. Ayant reçu la note du comité de rédaction sur vos critères de sélection, je n'ai aucune appréhension. "Le discours aporétique auquel notre revue doit se reconnaître est un discours sans complaisance et désillusionné, habile dans le déboulonnage des statues, un discours vertigineux par nature. Les propos tenus devront être, à l'inverse des credo communs et autres platitudes, soucieux de la distance et du ton, loin des pouvoirs et des modes. Leur originalité fera leur portée. Leur liberté, leur altitude", dit cette note. Pas de doute, mon texte sera retenu.
Victorine ENGEL
Aporie N°6, La crise, 1986


Par grossel - Publié dans : aporie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 16:57
LA BAGAGERIE
Lycée professionnel du Golf Hôtel à Hyères
MERCREDI  3 ET JEUDI 4 DECEMBRE 2008

ACTION "GABRIELLE RUSSIER"

 
Etape 2 , rencontre entre les auteurs et avec l’artiste associée, puis débat public.



Journée du 3 Décembre
(article annonçant les 2 journées)

Les objectifs des deux jours :
1/ contribuer à l’élaboration de la forme artistique à présenter en avril
2/ travailler au devenir éditorial des textes
3/ organiser la séance publique du 4

Après un tour de table et une présentation rapide de chaque texte par les auteurs, la discussion a considérablement « ouvert la focale » sur des thèmes politiques, sociaux, psychologiques, culturels, donnant tout son sens à ces journées :
- stimulation intellectuelle dans le cadre d’un débat riche à partir d’expériences d’écritures très différentes des auteurs ;
- affaire Gabrielle Russier intéressante dans la mesure où est abandonnée toute idée de commémoration, ressassement du passé, entreprise mémorielle, pour aller vers des questionnements sur la société, l’homme, la vie, ses mythes, ses valeurs, ses comportements, hier et aujourd’hui.

Ainsi plusieurs axes de réflexion se sont dégagés :

- qu’est-ce qu’une vie humaine ?  notions de fragilité, exemplarité, fabrication, transmission ; « qu’est-ce qu’une vie si on ne se la raconte pas » ?
- le temps, la postérité : ce qui reste des faits, d’une vie, avec le temps ; déformation, oubli, fragments, recomposition du passé avec sa mémoire et celle des autres , temps de la personne, temps de la société. Pour évoquer l’affaire Russier, la distance avec les faits permet une réflexion stimulante car pas d’enjeu immédiat ; mais cette même distance pose la question de l’analyse, l’interprétation que l’on peut faire de ce passé avec notre seul regard de 2008, fait d’ignorance et de simplification, si l’on n’y prend garde.
- La personne dans et face à la société : le contexte de l’affaire Russier, mai 68, homme sur la Lune en 69 , illustrations d’une ouverture, mais en contre point l’affaire, l’oppression politique, sociale ; discussion sur l’oppression actuelle ; grande fragilité, complexité d’un homme plein de contradictions, soumis chaque jour à des possibilités d’ouverture et de fermeture.
- Le jugement : juger, faire un choix manichéen, fonctionnement binaire de la société : un dépassement est-il possible ? y a t-il une voie possible, souhaitable, entre relativisme absolu produisant l’image d’un homme salaud universel, et le manichéisme traditionnel, les bons d'un côté, les méchants de l'autre ? Difficulté des hommes de sortir de schémas, de se libérer
- Une tragédie : l’affaire Russier, une forme archétypale, renvoyant à

Harold et Maud, West side story, la tragédie classique.
Et si tout cela n’était qu’une fabrication à commencer par  l’histoire d’amour entre Gabrielle et Christian ?

- La mort : le suicide, la mort choisie ou pas, le sens de la mort ; Gabrielle n’a t-elle pas été assassinée ? La nécessité de dire les choses avant de mourir ; la mort par laquelle commence le cycle de la tragédie, mais aussi l’affaire Russier : sans sa mort, on n'en parlerait plus depuis longtemps ; la mort comme fondatrice.
- Une affaire Gabrielle Russier, possible aujourd’hui ? oui si l’angle par lequel vient le scandale est la pédophilie ou l’homosexualité, par exemple ; oui car poids des conservatismes ; mais une telle histoire irait-elle jusque devant les tribunaux ?

Des manques à interroger et pouvant être l’occasion d’un nouveau travail d’écriture :
- sur la forme archétypale de l’affaire et des protagonistes ;
- sur deux hypothèses : - si Gabrielle avait survécu, que dirait-elle de cela, et de notre intérêt pour l’affaire : n’y a t il pas plus important, plus urgent aujourd’hui ?
                                    - et si c’était Christian qui s’était donné la mort ?
- inclure dans l'ouvrage à publier pour mars 2009 par Les Cahiers de l'Égaré : un résumé de l’affaire, le fruit de nos discussions, en faisant attention de ne pas construire un discours aui aurait la prétention de poser une parole de vérité sur cette affaire.
- Travailler sur la photo de Gabrielle qui pousse à des interprétations contradictoires où chacun peut trouver son compte : c’est Jeanne d’Arc, un ange de pureté, ou l’incarnation du vice, de la folie.

Sur la forme artistique : réfléchir notamment au public et à la manière de l’accrocher pour le faire venir ; définir clairement ce que l’on est et ce que l’on fait ; penser à la diffusion de la forme artistique.
 

(article sur l'affaire Gabrielle Russier)

Présents : Albertine, Gérard, Gilles, Jean-Claude, Muriel, Roger, Katia. Absente: Sylvie.

A/ Matinée consacrée à l’organisation de la séance publique du jour et au devenir des textes.

1/ Sur la forme
-important de construire le public à partir d’une tête d’affiche comme Del Castillo, et à partir d’une accroche thématique :
- un titre accrocheur et qui ouvre : donc pas "L’affaire Russier" mais par exemple « si on racontait une histoire (ou une tragédie) ».
- important de croiser les disciplines, pour faire rêver le public ; ouvrir mais ne pas gommer l’histoire, ni même 68 .
- lien entre cette histoire et la réflexion politique, philosophique, sur la société, donne à notre initiative un aspect provocateur à exploiter.
- Problématiser dans ce sens pour le public :
Une histoire d’amour entre un prof et un élève est-ce une histoire d’amour comme les autres ?
Une affaire Russier est-elle possible aujourd’hui ?

      
-questions d’autant plus légitimes que l’on est dans un lycée et que l’on s’adresse d’abord à des jeunes ; ne pas exclure les jeunes en restant sur l’affaire Russier, si lointaine, et sur 68 dont ils ignorent tout. Mais essentiel de partir de là.

2/ Sur le fond
- Les 2  questions pour le public  poussent à s’interroger sur  :
Qu’est ce qu’aimer ? Qu’est-ce qu’enseigner ?  Quelle différence entre détournement de mineur et pédophilie ? quelle est la particularité de la relation prof/élève ? Quels sont les interdits, et comment se déplacent-ils avec le temps ? Où se situe le seuil de transgression ? Comment et par qui arrive le scandale ?


-Des éléments de réponse sont proposés :
- avant de frapper, la société met à distance la victime en la déshumanisant, en la chosifiant. Visible avec le pédophile : pas de sentiment possible, définition froide, renvoyant à un acte sexuel, à une maladie ; au contraire "détournement de mineur" est plus riche, plus ouverte comme expression. Passer de "détournement de mineur" (en 68) à "pédophilie" (depuis quelques années), c'est le signe, le symptôme d'une "aggravation" des faits et de leur répression: tout est fait pour qu'on exclue le pédophile. Qui a intérêt à cette aggravation qui jette dans l'oubli des personnes comme Patrick Font par exemple.
- Idée d’une sacralisation du prof et de l’élève dans la société qui rend difficile toute sortie des normes ; idée de désacralisation aujourd’hui qui fait du prof et du jeune des criminels potentiels ; dans les deux cas, "affaires Russier" possibles mais aggravées.
- Le corps du prof et le corps de l’élève : bien souvent ignorés ou à la base du scandale. Entre prof et élève, une parole sans corps,  difficile de parler de relations de personne à personne, et ça coince aujourd’hui, vue l’évolution de la société
- Poids des interdits en 68-69, d’où le slogan "il est interdit d’interdire".

B/ Après-midi consacré à la discussion sur les textes de Muriel et Gérard

- Importance des mots pour dire l’amour, par exemple : l’amour n’existe que par les mots qui le font exister. La parole peut magnifier l’amour. Aujourd’hui, dans tous les domaines, difficultés à dire, à nommer : cerveaux bourrés de raccourcis et de lieux communs.
- Le théâtre, une manière de dire les choses : dans nos textes, importance des monologues, qui vont dans la chair des choses, imposent un rapport frontal, quand le dialogue propose fuite et transversalité. Mais dialogue pas vain quand donne toute sa place à l’intériorisation.
- Une formule de Gérard : sur l’homme pas encore humain. Une clef pour comprendre l’affaire Russier et tous les problèmes d’aujourd’hui : humanisation, lente, chaotique. Etre humain, c’est être capable de reconnaître le monde dans son mystère, reconnaître les autres et être reconnu par eux.
- Quelques pistes pour la suite :
               -  distinguer l’objet livre de la forme artistique ;
            -  on peut imaginer une incarnation de Gabrielle à partir de croisements de fragments des textes ;
               -  le slam, intéressant pour remettre le mot au centre.
               -  art de la formule dans les textes de Gérard, permettant mise en relation des textes.


C/ DEBAT AVEC LE PUBLIC JEUDI 4 DECEMBRE 17H à 19H

Notes prises par Albertine durant le débat :
JEUDI 4 DECEMBRE 2008 17h-19h


17 présents (dont les auteurs) + 3 élèves qui ont assisté au slam de Muriel avant de repartir, pour eux, 68 ne leur dit rien.
Sont présents du lycée : un élève, les trois documentalistes, un professeur
Présentation des 4 Saisons d’ailleurs
La semaine du souffle culturel : au mois d’avril, présentation d’une forme artistique au théâtre Denis à Hyères.

Chaque auteur présente brièvement son texte.

Sylvie Combe a écrit du point de vue de Gabrielle qui attend dans sa salle de bain, en se rimmellisant, son amant, pensant à l'écart d'âge, à son vieillissement

Jean-Claude Grosse a fait écrire par Christian
, devenu professeur, une lettre à Gabriella, sa petite fille, il est devenu le mari de son élève Gabrielle-Petit Chat, le père de Christian, mort dans un accident de voiture avec son oncle Gabriel, et de Gabrielle qui vient de donner naissance à Gabriella, arrière petite fille de Gabrielle-Gatito et de Christian, père de Gabrielle-Petit Chat et de l'oncle, Gabriel

Albertine Benedetto a écrit un monologue du point de vue de la mère à la fin de sa vie, son fils enfin revenu pour s'occuper d'elle

Gilles Desnots a imaginé le difficile dialogue entre le père, sur son lit de mort et son fils devenu curé des Accoules sous le nom de Père Russier

Muriel Gébelin a écrit du point de vue de Satan, la co-détenue de Gabrielle, aux Baumettes, Satan sur laquelle Gabrielle a exercé une influence positive

Roger Lombardot a fait enregistrer un message de Neil Armsrtrong, au moment où le vaisseau spatial va alunir le 20 juillet 1969, événement entre les 8 semaines d'emprisonnement (avril-juin 1969) et le suicide (1° septembre 1969)

Gérard Lépinois a écrit divers textes de réflexion favorisant des éclairages simultanés comme l'a pratiqué le cubisme ou Claude Simon dans La Route des Flandres.


Lecture d’un texte de Gérard Lépinois : Les reins

Postérité du travail : une édition, un débat thématique au mois d’avril, une forme artistique
Première étape : faire le point à partir de ce foisonnement d’idées suscité par le travail mené pendant ces deux jours autour de Gabrielle Russier et des textes produits.

Débat :

Une histoire d’amour est-elle possible entre un professeur et un élève ?

- MF : c’est un professeur, c’est une femme, elle est plus âgé; Simone de Beauvoir radiée de l’EN pour affaire sur mineur (détournement pour Sartre)
- Témoignage d’élève : pas de problème à condition que ça reste discret. Gênant parce que c’est un prof.
- MF : fascination des élèves pour certains profs.
- Qu’est-ce qui est choquant ?
- L’élève : c’est le regard des gens. Même si l’amour n’a pas d’âge. Prof pas sérieux.

- Gérard : L’élève peut-il être considéré comme un homme ?
- Françoise : une femme professeur peut aimer pas seulement des hommes accomplis
- Rencontre de deux personnes : l’amour est possible
- Ludovic : on se bride, on est cadre de l’institution
- Roger : relation maître-élève. Le théâtre, c'est très physique, on se touche d'où prudence avec de très jeunes comédiens
- JC : la tenue vestimentaire, question qui se pose pour les élèves mais aussi pour les profs
- Les jeunes sont sensibles de plus en plus au physique des professeurs et le disent
- Difficile d’évacuer le corps
- F : il y a le costume qui correspond à l’institution. Les gens ont tendance à laisser leur vie privée en dehors du cadre professionnel. Codes ni écrits, ni dits. On s’y conforme pour éviter les ennuis.
- JC : Réfléchir sur la manière dont ces normes s’acquièrent
- Roger : notion de responsabilité
- Gilles : Intrusion de l’intime dans le cadre social d’où le besoin de se cacher
- MF : relation prof-élève d’une grande richesse, désir d’aller vers les élèves
- Gilles : Rôle de la représentation très important, image qui peut évoluer dans le temps.

Deuxième temps de la réflexion

- Gilles : cette femme transgresse, à partir de quand et comment est-ce qu’on bascule dans l’affaire ?
- F : contexte dans lequel Gabrielle a été située comme une prof qui passe du côté des élèves. C’est plus cet aspect qui compte que la relation amoureuse.
- Gilles rappelle le contexte de l’appel a minima de 1969 : l’Etat croit pouvoir remettre en ordre la société. Casser tout ce qui peut être cause de désordre. Mouvement de sympathie pour Gabrielle à partir du procès. Aujourd’hui : vague conservatrice, défoulement du conservatisme, une affaire Russier possible.
- Muriel : peur de se regarder en face
- MF : possible
- JC : aujourd’hui il y aurait un contre-pouvoir, comité de soutien
- Roger : les contre-pouvoirs sont mous ! il faut alerter le monde entier avant que l’entourage proche réagisse.
- F : sentiment d’être démuni. Manque de relations de proximité.
- Roger : un metteur en scène intervient à Avignon dans un contrôle d’identité. Violences policières. Où est le soutien du Festival d’Avignon ? Se bagarre seul pendant des mois.
- Gilles : deux choses complémentaires.
1) Porosité de l’opinion publique par rapport à l’idéologie sécuritaire. La sensibilité collective a évolué
2) les contre pouvoirs existent formellement mais pas assez puissants. Des associations essentiellement, ni les partis politiques, ni les syndicats. Il faudrait militer 24h sur 24h, impossible !
- Association Ni pute ni soumise : témoignage. Le combat des femmes est loin d’être fini. Les pères pédophiles restent protégés.

19h 05 Conclusion faite par Gilles :
un débat riche
créer du lien
objectif artistique : maintenir une parole contre l’oppression économique et politique
L'Affaire G. R. nous parle aujourd’hui : elle touche à des choses essentielles dans la société. Au-delà du fait divers, dimension universelle.

couv-gabrielle-russier-copie-1.jpg

image001.png
Par grossel - Publié dans : théâtre - Communauté : L'art e(s)t la vie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /Nov /2008 15:42
À la mémoire de 2 des 560 écrivains
tués pendant la boucherie industrielle de 14-18.


L'an dernier, j'évoquais pour le 11 novembre 2007, les 2 ders des ders de la der des guers, disait-on après la guer avant que l'autre n'éclate.
Le der des ders est parti le 12 mars 2008. Il s'appelait Lazare Ponticelli.
Aujourd'hui grâce à Daniel Aranjo, on pense aux écrivains tués au front. Il y en eut des célèbres. Souvenez-vous de leurs noms ?
Ici, on évoque, on exhume deux "oubliés" qui ne méritaient ni la mort ni l'oubli, pas plus que n'importe quel autre poilu ou autre combattant.
Ayant vu à Marrakech, sur Arte, un film sur 14-18, on se rend compte que Français comme Allemands avaient vite compris que cette guerre, cette boucherie, les dépassait, les anéantissait, physiquement, moralement, psychologiquement.
Certains se mutinèrent. Ils furent fusillés pour l'exemple: 675. On attend toujours leur réhabilitation.
grossel



Jean-Albert TROUILHET :

Jean-Baptiste Bégarie
(1892-1915)
 

La vie, l’œuvre et le destin d’un poète gascon
combattant de la Grande Guerre,

Monein (64), éditions PyréMonde / Princi Negue & Institut Béarnais & Gascon, 2008
(381 pages).

Qui se souvenait de Jean-Baptiste Bégarie ? Même pas, aux marges orientales du Béarn et au pied des Pyrénées, le village béarnais de Bénéjacq où il était né dans la dernière décennie du XIXème siècle. Qui le lisait ? Personne hormis une poignée de spécialistes qu’avait peut-être revigorés le livre récent (2005) de Jean Eygun Poésie d’Oc au XXème siècle, Anthologie bilingue, lequel livre s’ouvre sur « La lue » (La Lune), un poème de Jean-Baptiste.

Dédié au chanteur Marcel Amont qui a d’ailleurs mis en musique ce très beau poème, le travail de Jean-Albert Trouilhet exhume l’homme et l’œuvre dans un ouvrage qui se signale par sa probité et sa ferveur. Aucune piste n’a été négligée pendant les deux années qu’aura duré l’enquête : l’auteur aura avec constance et passion interrogé la famille Bégarie (dont le poète Georges Saint-Clair), les occitanistes et les membres de l’Institut Béarnais & Gascon (dont le savant Justin Laban), le Service historique de la Défense (à Vincennes et Pau) et tous ceux ou toutes celles qui, à des titres divers, pouvaient lui permettre de retrouver des documents, d’établir des faits, de sauver une mémoire, de rendre hommage à un poète et à une langue.

Se trouve ainsi ressuscitée une enfance béarnaise entre Bénéjacq et le presbytère de Gomer où le jeune orphelin de mère trouve refuge chez l’oncle, un abbé aussi subtil que lettré. Est restitué le temps ingrat des écoles puis celui du service militaire en France d’abord, en Algérie ensuite, chez les Zouaves. Sont reconstitués les derniers jours passés dans la boue et la craie de l’Artois, jusqu’à ce jour de février 1915 où le jeune homme trouve la mort. Il a 23 ans. Pour chacune de ces périodes, Jean-Albert Trouilhet a trouvé des mots justes et des illustrations pertinentes. Il a d’abord visé l’exactitude mais a su, quand il le fallait, quitter les archives au profit des songes.

Sous ce double éclairage, l’œuvre prend relief. L’auteur n’a pas seulement retrouvé les premiers discours (la félibrée de Pontacq de 1911), la correspondance (avec la famille ou avec les amis de la renaissance gasconne : Simin Palay, Miqueu Camelat, l’hispaniste Jean Bouzet), les articles donnés à La Bouts de la terre (« La voix de la terre », un journal plein de bravoures). Il a fait battre le cœur des écrits de Jean-Baptiste : des poèmes, donnés en gascon et en traduction française. Nous voici de la sorte rendus sensibles à la vigueur d’une langue, à sa rude concision, mais aussi au sens de la mélodie et à une force des images qui ne peuvent que surprendre chez le tout jeune homme qu’est alors le poète.

Jean-Baptiste Bégarie fait partie des 560 écrivains recensés morts à la guerre de 1914-1918 côté français. Son nom est gravé dans les lames de marbre du Panthéon. Et ce nom nous parle enfin, grâce au travail passionné de Jean-Albert Trouilhet. Si nous ne pouvons pas ne pas regretter ce que nous aurait donné ce « Prince de l’Esprit » que fut Jean-Baptiste, du moins sommes-nous assurés que le gascon ne pourra plus ignorer ce vigoureux enfant et que nous ne pourrons pas oublier sa voix qui monte de la terre.

LA LUE

        « O Lue ! quau nèn haroulè
        Mey que tu cour las galihorces,
Quoan dab lou gran sourelh au soum dou tou soulè
            E hès à las estorces ? »

        Quaucop lou plasè ’sbarluèc
        De-ns ha tatès que l’arrougagne
E lunan darrè-u broulh coum lou mounard trufèc
            D’arrîde s’escarcagne.

        Quaucop tabé gaytan s’ou pouy
        Dou cèu brusla-s la blue rase,
Que bedem eslita-s, bère dab sou cap couy,
            Nouste lue de case.

        Qu’arròdie coume u bòlou d’or,
        Regan tout dous l’estéle yaune,
Sauneyayres luècs au cerbèt de biscor
            Que la boulém ta daune.

        Que bòlie sous calots de nèu
        Coum lou cap d’u taure cournude,
Lou nèn enlusernat, acatan lou ridèu
            Dou brès, que la salude.

        U sé yoenin, au cèu bluard,
        Lou bòlou d’or hasè hielade,
Cusmeran lous arrays en u baram escarp ;
            Qu’ere u bèt sé de hade.

        Lou lugra s’esliupabe au glap
        De las pesquites choalines,
E la lue courrè, chens da nat tume-cap,
            Debat de las peyrines.

        L’oelh briac, que dechàbi ’n l’arriu
        La loue danse briulante,
Quoan ue estéle au cèu eslinchan, coume u hiu
            E cadou per la cante.

        Qu’ère u brouch. Sa bergue d’arèu
        Qu’abè lusit en l’escurade.
Que bedouy, lusent d’oelhs, u perrac de camèu
            Segui la me peytade.

Yulhet 1911.


LA LUNE // Ô Lune, quel gamin folâtre court plus de ravins quand, au plus haut de ton logis, tu affrontes le grand Soleil ? / La voilà rongée du désir fol de nous faire des niches et, de derrière son nuage comme un singe moqueur, elle se prend d’un vaste rire. / Parfois encor nous voyons par-dessus le mont brûler la bure bleue du ciel, et se glisser la belle au crâne chauve : Notre Dame la Lune ! / Qu’elle roule comme une boule d’or frôlant doux l’étoile jaune et, songeurs lunatiques au cerveau retourné, nous la voulons pour Dame. / Qu’elle vole sur les pics de neige, cornue comme une tête de taureau, et l’enfant ébloui tire la ridelle du berceau, et la salue. / Un soir de ma jeunesse, dans le ciel bleuard, la boule d’or filait quenouille, et tassait ses rayons en un rare halo : ah ! beau Soir de Fée ! / L’astre fuyait la morsure doucereuse des goujons, et la lune courait sans plus donner de la tête au ras des galets. / L’œil saoul, je laissai la danse bruire au fil du ru quand une étoile, glissant du ciel comme un fil, est tombée sur la rive. / C’était un sorcier. Sa verge de houx avait lui dans l’obscurité. Je vis un spectre de chameau, tout luisant d’yeux, suivre ma trace. // Juillet 1911

traduction Daniel Aranjo
(professeur à l'Université du Sud)


 Compte-rendu de lecture de Jacques Le Gall

Lettre du poète « fantaisiste » Jean-Marc Bernard
(fantaisiste, épicurien dans ses vers mais engagé),
écrite du front une semaine avant qu’il ne soit dispersé
par un obus en 1915 devant Souchez



MON BIEN CHER AMI,

Ma proposition de citation à l'ordre du jour, faite par le commandant de Compagnie, est dans le lac ! Le colonel, avec raison, n'a pas voulu la retenir, disant que je n'ai fait que mon devoir ; il va falloir que je saisisse une nouvelle occasion de mériter ma croix de guerre !
J'ai reçu votre carte du 25. Oui, l'abondance des marmites déprime un peu ; mais on s'y fait. Voici quelques vers, écrits dans une heure de découragement ; inutile de vous dire que si ces strophes traduisent un moment de mon cœur, elles ne sont plus maintenant à jour.

DE PROFUNDIS

Du plus profond de la tranchée,
Nous élevons les mains vers vous,
Seigneur ! ayez pitié de nous
Et de notre âme desséchée !

Car plus encor que notre chair,
Notre âme est lasse et sans courage.
Sur nous s'est abattu l'orage
Des eaux, de la flamme et du fer.

Vous nous voyez couverts de boue,
Déchirés, hâves et rendus...
Mais nos cœurs, les avez-vous vus ?
Et faut-il, mon Dieu, qu'on l'avoue ?

Nous sommes si privés d'espoir,
La paix est toujours si lointaine,
Que parfois nous savons à peine
Où se trouve notre devoir.

Éclairez-nous dans ce marasme,
Réconfortez-nous, et chassez
L'angoisse des cœurs harassés ;
Ah ! rendez-nous l'enthousiasme !

Mais aux Morts, qui tous ont été
Couchés dans la glaise ou le sable,
Donnez le repos ineffable,
Seigneur ! ils l'ont bien mérité!

Maintenant je vais écrire, je crois du moins, un pendant à ces strophes découragées, une phrase du Dies iræ :

Jour de colère que ce jour
Où nous sortirons des tranchées…


                                       -------------------------------------------

Puisque toi et moi nous "fêtons" le 11 nov. avec les poètes engagés et massacrés, je te mets ici un texte, de JM Bernard, que deux de tes comédiens avaient lu à la Maison des Comoni en 2001 pour le colloque sur Vérane et les Fantaisistes. Ces gens-là, les Fantaisistes, étaient certes des épicuriens et des subtils, mais qui ont tenu à faire leur devoir en s'engageant !
à noter...
S'ils avaient été stoïciens, peut-être qu'ils auraient beaucoup philosophé avant de s'engager !
A toi

Daniel Aranjo





Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : notes de lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 16:55

Mille soleils splendides 
Khaled Hosseini 
Belfond 2007

 


Ce roman de plus de 400 pages, en quatre parties, est un des plus terribles que j’ai jamais lus.

Il se déroule en Afghanistan pour l’essentiel, couvre 50 ans d’histoire afghane, de la monarchie à la république, de la période communiste à la période taliban en passant par la période moudjahidine, de l’intervention soviétique à l’intervention américaine, de la destruction des Bouddhas géants de Bamian par les talibans à la reconstruction de Kaboul après leur chute suite aux attentats du 11 septembre 2001, quand Bush déclara la guerre à Al Quaida, à Oussama ben Laden, au mollah Omar, aux talibans, au terrorisme mondial, à l’axe du mal par l’axe du bien.

 50 ans d’histoire afghane, vécue à travers ce que vivent quelques femmes, au quotidien, loin des enjeux, des conflits, des revirements d’alliances. 50 ans de quotidien marqués par des coutumes ancestrales immuables, par des évolutions passagères (quand les communistes sont au pouvoir, les filles et les femmes se libèrent, accèdent à l’école et au travail ; il en sera de même après la chute des talibans, avec l’arrivée des troupes américaines), par des régressions d’une violence inouïe quand les talibans triompheront des seigneurs de guerre, divisés entre eux après avoir été unis contre les soviétiques (les Américains n’étant pas pour rien dans les revirements et par suite les malheurs du peuple afghan).

Ces femmes ont pour noms ou prénoms : Nana, Mariam, Laila.

La première partie est consacrée à Nana et à Mariam, au père de Mariam, Jalil, Mariam étant une bâtarde, une harami. Mariée à Rachid, de 30 ans plus âgé, un concentré de mâle et de violence, elle subit pendant 18 ans, la vie et les assauts sans succès (fausses couches) que lui impose ce tyran domestique, l’obligeant à la burka, la battant, l’humiliant…

La deuxième partie est consacrée à Laila, petite fille puis adolescente qui va vivre de beaux moments avec Tariq, l’éclopé, jusqu’à ce qu’il disparaisse de sa vie, lui quittant Kaboul sous les bombes, elle, perdant sa famille et sa maison dans l’explosion d’une roquette tirée par Hekmatiar ou par Massoud, deux des seigneurs de guerre afghans.

La troisième partie est consacrée au mariage de Rachid, 60 ans et de Laila, 14 ans, celle-ci l’épousant parce qu’elle se sait enceinte de Tariq puis aux rapports tendus entre Rachid, Laila, Mariam, les deux femmes séparées par 17 ans, d’abord rivales puis devenant solidaires contre Rachid, aux rapports très différents de Rachid à Aziza, la fille de Tariq (mais il ne le sait pas, le devine peut-être), à Zalmai, son fils et au retour de Tariq, après sept ans en prison pour trafic de drogue au Pakistan. Cette partie s’achève avec le meurtre de Rachid lors d’une dispute d’une violence extrême alors qu’il étrangle Laila qui a osé accueillir Tariq chez lui, comprenant qu’Aziza n’est pas sa fille. Mariam porte le coup de pelle fatal qui sauve Laila. Elle se dénonce aux talibans et après un procès d’un quart d’heure, elle est condamnée à mort et sera exécutée 10 jours plus tard, en public sur le stade Ghazi.

La quatrième partie est consacrée à la vie en exil de Tariq, Laila, Aziza, Zalmai, enfin ensemble et heureux. La libération de Kaboul étant intervenue, Laila veut revenir dans sa ville. C’est le retour au pays, la visite à Herat et à la kolba au milieu de la clairière, où vécurent Nana et Mariam, Mariam attendant la visite hebdomadaire de son père à l’insu de ses femmes légitimes, la découverte de la dernière lettre de Jalil à Mariam, l’harami qu’il n’a pas su imposer comme sa fille à ses femmes et à ses dix autres enfants. Laila a enfin trouvé le travail qui lui convient : professeur dans l’orphelinat où fut accueillie Aziza lorsqu’ils mourraient de faim, travail identique à celui de son père, Babi, avant que les moudjahidines ne fassent tomber le régime communiste.

L’écriture de ce roman est d’une très grande précision, cuisine et mœurs, paysages, histoire politique, ambiances, langage, pensées intimes, émaillée de pas mal de mots afghans. L’histoire se déroule avec quelques suspens, terrible comme je l’ai dit, à la limite du supportable. J’ai voulu lire ce livre jusqu’au bout, en forme d’hommage à des victimes cherchant toujours même dans les pires situations à garder des repères, religieux pour Mariam, humanistes et progressistes pour Laila et vivant ainsi en hommes et femmes et non en machines soumises, en esclaves. Cela veut dire que s’il y a soumission, il y a aussi place pour la révolte. Mariam et Laila en sont l’exemple dans la façon dont elles « vivent » avec Rachid : elles finissent par ne plus accepter les coups et l’affrontent, même si elles sont perdantes et reçoivent davantage de coups.

Donc, un roman terrible qui montre que les valeurs humanistes ont encore un avenir. Les mille soleils splendides, métaphore d’un ghazal d’un poète du XVII° siècle, Saïb-e-Tabrizi, sur Kaboul, évoquent pour moi, Nana, Mariam et Laila et quelques autres personnages, Tariq, le mollah Faizullah, Babi, Fariba, Jalil même. Aucun de ces cœurs n’est identique, chacun a sa splendeur.

Jean-Claude Grosse, à Marrakech, le 6 novembre 2008.


Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : notes de lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 12:08

L’amande 
Nedjma
Plon 2004

 


Il s’agit d’un récit  présenté par l’éditeur comme un événement puisque pour la 1° fois, une femme musulmane s’exprime librement sur sa vie intime. Je ne suis pas allé vérifier cette information, argument de vente.

J’ai lu ce récit intime à Marrakech. C’est un bon endroit pour lire ce genre de récit quand on écoute les gens parler, surtout les femmes. Bien sûr, je n’ai pas les moyens de faire la part des choses, vérités, fantasmes voire mensonges. La femme, la citadine marocaine n’hésite plus à choisir son indépendance en trouvant l’Européen qui voudra d’elle. Les deux y trouvent leur compte : lui, se paie une jeune beauté, elle, s’achète sa liberté. Comme ce n’est encore qu’une minorité, le mâle marocain trouve toujours une épouse puis s’il le faut, une jeune maîtresse. Je ne suis ni une femme arabe ni une femme musulmane, pas d’avantage un homme arabe et musulman mais un homme, un Français d’un certain âge, pas en chasse, satisfait de sa vie sexuelle et amoureuse. Je dis cela car je pense que « ma » lecture de ce récit ne vaut pas pour tous. Elle vaut au moins pour moi, même si je tente de lui donner valeur pour tous.

Je ne me suis pas laissé impressionner par les déclarations de l’éditeur.

Nedjma a choisi l’anonymat, tout en acceptant les plateaux de télévision. C’est un choix, peut-être un coup de pub.

L’auteur n’est pas la narratrice, Badra, la lumineuse. Inutile d’attribuer à Nedjma, même si il y a sans doute de l’autobiographie dans ce récit, l’expérience et la vie de Badra.

Badra, je l’ai ressentie moins comme une femme (Nedjma par exemple) que comme l’expression de femmes arabes, musulmanes, prises dans les filets d’une société machiste et matriarcale, où les mères se soumettent leurs filles et belles-filles pour les soumettre aux mâles, à leurs mâles et aux fils qu’ils auront.

Les chapitres en italiques consacrés au mariage de Badra, au hamman des noces, à la nuit de la défloration sont terribles, montrent cette conspiration des femmes mûres, déjà violées, contre les vierges préparées pour le viol.

Mais cette société se révèle plus complexe que cet exercice de la terreur. Des solidarités minuscules se mettent en place, entre Badra et sa sœur Naïma, entre Badra et sa tante Selma, entre Selma et Taos, les deux femmes d’oncle Slimane, avec Latifa, enceinte hors mariage…, solidarités vitales, formes de résistance à l’oppression du corps féminin et de la femme.
Evidemment, les mâles sont aussi les jouets de cette société, jouets d’abord des femmes qui entre elles se racontent les débandades au sens propre de ces faux mâles, inhibés plus souvent qu’on ne croit devant le sexe et le corps féminin, qui entre elles s’en moquent, s’en vengent, les quittent, se fabriquent des niches émancipatrices, consolatrices ; jouets ensuite entre eux, mis en concurrence, tentés alors par l’homosexualité, la bivalence et par les putes qui les infectent.

Ce récit intime nous fait découvrir l’omniprésence de la sexualité dans cette société qui la refoule, ce que certains, se voilant la face, appellent pudeur. Sexualité qu’on veut cacher, l’ayant assimilé au Mal, mais qui trouve toujours les coins et recoins pour se manifester et ce dès 10 ans : découverte de la minette par les garçons, découverte de la pine par les filles, découverte du corps adolescent, des seins, de la vulve, du clitoris et des frottements troublants entre filles, jeux avec les garçons où des filles se font piéger, rejetées ensuite par leur famille.
Les chapitres : L’enfance de Badra, L’amande de Badra, Badra à l’école des hommes, Mes marginales bien aimées, Naïma, la comblée, Hazima, la camarade de chambrée, retours sur le passé, initiations stimulantes pour Badra, pour sa curiosité insatiable, sont particulièrement savoureux par les mots et expressions choisis. Ils dégagent un sentiment de vérité plutôt jubilatoire : on jubile de voir cette société répressive incapable d’endiguer les assauts de la sexualité, de la vie.
Badra qui pendant 5 ans va être baisée comme une morte par le notaire Hmed, trouvera la force de le plaquer, de passer outre les menaces de mort de son frère Ali, et découvrira à Tanger les jouissances les plus raffinées, les plus cruelles, 14 ans durant, avec puis sans Driss.

Il faut attendre la page 81 pour que nous fassions connaissance avec Driss et la page 107 pour que nous entrions dans le vif érotique, jusqu’à la page 229.

Cette centaine de pages est entrecoupée de chapitres en italiques, retours sur le passé déjà évoqués.

Cette centaine de pages est excitante, bandante et c’est une réussite d’écriture.

Double vocabulaire, cru et poétique, descriptions sans allusions, directes, expériences multiples, de la mignardise d’approche au sadisme conclusif.
En une centaine de pages, Badra et Driss nous font vivre ce qu’un couple enchaîné-déchaîné par le sexe peut vivre, à deux, avec deux lesbiennes : Najat et Saloua, avec un homme-femme : Hamil.

Badra n’est jamais vulgaire, obscène. Ce qu’elle a vécu avec son corps et son cœur, elle nous en fait part sans pudeur, sans retenue et cette voix authentique nous fait avancer dans notre propre cheminement : voudrions-nous vivre de telles expériences ? Pour moi, c’est non, pour nous, c’est non. Notre sexualité, vivace et tendre, n’a pas besoin de l’intensité désirée, recherchée par Badra qui, quand elle fait le bilan de sa vie, reconnaît qu’elle aurait aimé un homme de patience.

Cette terrienne qui grâce à son maître et bourreau s’est cultivée, de la littérature arabe anté-islamique à la littérature mondiale, mais cette culture semble acquise plus qu’assimilée, cette terrienne devenue dépendante du sexe puis de l’alcool comme apaisement au sexe, a su aussi puiser dans son cœur, dans les sentiments qu’elle éprouve, jouissance, soumission, jalousie, désir de possession, culpabilité, religiosité proche d’un  mysticisme cosmique, l’énergie pour ne pas aller au bout de la déchéance mécanique, pour refuser son cul au sodomite, son cœur à celui qui est peut-être un menteur.

N’ayant aucune certitude quant à l’amour de Driss, elle finit par se refuser définitivement à lui, lui faisant vivre une expérience de jalousie qui se conclura par une scène sadique.

Je relève que cette centaine de pages montre que Badra, même si elle jouit, fait jouir, est l’instrument de Driss.
Ce n’est qu’après Driss qu’elle sera celle qui choisit, agit, pouvant faire très mal et peut-être du bien, à Wafa. Elle en avait fait à son arrivée à Tanger, à Sadeq, comme une aveugle, et sans doute est-elle passée à côté de l’homme de sa vie en l’envoyant à la mort avec la phrase la plus assassine qui soit : je ne t’aime pas.

Emancipée économiquement grâce à Driss, elle ne sera pas ingrate, saura l’accueillir, atteint de cancer en phase terminale et l’emmener finir ses jours à Imchouk, le bled d’où elle s’était enfuie et où elle est revenue, la cinquantaine atteinte, femme respectée, draguée aussi sans succès par son jeune ouvrier agricole, Safi.

Driss enterré, Badra peut enfanter de ce récit, l’épilogue reprenant le prologue, le prolongeant. De quoi s’est-il agi ? De sexe certes mais surtout d’amour, deux amours qui n’ont pas pu se rencontrer, deux manières d’aimer qui ne se sont pas rencontrées et ce n’est la faute ni de Driss ni de Badra.

Tant dans le prologue que dans l’épilogue, Badra atteint par l’écriture, au sublime, à l’alliance du céleste et du terrestre, dans un syncrétisme qui n'est pas de mon goût mais peu importe. L’amour en sort grandi, le corps n’étant qu’une « douloureuse métaphore ».

Bref, j'ai pris grand plaisir à cette lecture, indépendamant de la portée "politique" de ce récit intime. 
J’avais envisagé à un moment de faire une étude lexicologique de ce récit : mots pour la bite, mots pour l’amande, verbes pour les rapports dans toutes les positions mais je préfère laisser le lecteur se délecter ou s’offusquer de ce vocabulaire
.

Marrakech, le 4 novembre 2008

32-Nasrine.jpg


31-Le-jardin-d--pices.jpg


Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : notes de lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 21 octobre 2008 2 21 /10 /Oct /2008 10:30
Note de lecture sur le livre de Fanny Capel :
Prof…et fière de l’être !
éditions du Rocher, septembre 2008 


    Ce témoignage d’une « prof », agrégée de Lettres, en poste dans un lycée de Seine et Marne et membre de l’association « Sauver les Lettres » depuis sa création en 2000 ne pourrait être qu’un livre de plus dans le débat si médiatique depuis le Festival de Cannes autour de l’école.
En 29 courts chapitres, Fanny Capel nous fait entrer dans une parole vraie, non pas seulement parce qu’on y sent l’expérience vécue au plus près (avec quelques échantillons de la prose de ses élèves, la silhouette d’une Aurélia dont la présence récurrente signale un échec, ou encore les portraits de ses collègues de lettres esquissés d’un geste rapide et sûr), mais parce qu’elle s’interroge, analyse, questionne, mêlant de manière très réussie l’enquête de terrain, les références livresques (L’art d’apprendre à ignorer de X. Darcos ou Libres enfants de Summerhill de A.S. Neill), les sources officielles auxquelles nous sommes renvoyés précisément par des notes en bas de pages (rapports de l’OCDE, sites internets de l’Education Nationale) ou encore ses propres souvenirs et son imaginaire.
    Partant de la question digne d’un Montesquieu : « Comment peut-on être prof ? », l’auteure prend appui sur son parcours, règle son compte à la « vocation », préfère dire comme Zazie : « c’est pour faire chier les mômes » !…et nous montre, chemin faisant, la complexité de ce formidable métier, formidable même au sens classique du terme.
    Après les chapitres où elle parle de ce qui l’a amenée à cet étrange métier, si galvaudé, si mal compris, Fanny Capel passe à la défense et illustration de sa thèse : oui, elle rame à contre- courant, oui, la littérature française doit s’enseigner, c’est-à-dire se transmettre, oui, un cours magistral, cela peut se faire, sans culpabilité ! Il faut « oser faire cours » ! Fanny Capel dit merveilleusement son amour des grands textes, ceux qui nous construisent, consolent, aident à vivre, ceux qui nous rendent forts et libres. Et le propos alors se fait politique : l’école comme véritable apprentissage de la démocratie et non comme antichambre du supermarché. Et la voilà qui s’élève contre « Le règne des épiciers », réaffirmant avec beaucoup de vigueur : l’école n’est pas un coût, elle est un investissement. Les derniers chapitres se font plus graves, se chargent de pessimisme, même si la fin se veut bravache, face à toutes les menaces : « Merdre ! ». Mais le règne d’Ubu semble avoir de beaux jours devant lui…

Albertine Benedetto, 19 octobre 2008



Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : notes de lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 10:57
Journal étrange III/Noms
de Marcel Conche
aux PUF



Ce 3° tome du Journal de Marcel Conche mérite comme les 2 précédents de trouver de nombreux lecteurs. Les sujets abordés par Marcel Conche sont variés : on est émerveillé d’être en compagnie de quelqu’un qui partage véritablement ses analyses, jugements, connaissances, émotions, interrogations. On passe du pire (pour l’essentiel, le nazisme et ses horreurs mais aussi le goulag) au meilleur (ce qu’apporte une présence féminine, la contemplation d’un paysage, d’un arc-en-ciel, d’une aquarelle), de la cruauté à la bonté. On apprend à reconnaître l’unité des contraires au travail, à accepter la fugitivité, l’évanouissement de toute chose, à savourer sans mots, avec mots aussi, de beaux moments, de belles âmes, à regarder avec lucidité l’expression du mal absolu, celui dont sont victimes les enfants. On apprécie le pouvoir argumentatif de Marcel Conche, ses jugements tranchants et tranchés, sa débonnarité conjointe à la fermeté. On apprécie sa puissance poétique moins pour créer que pour rendre compte de la poésie de la réalité, pour faire sentir le pouvoir créateur de la Nature. On apprécie son pouvoir narratif : raconter des histoires, des épisodes, rendre vivant un moment, un être de papier, un prénom. Fleurissent les prénoms de femmes, une bonne quinzaine, des portraits et des rencontres. On apprécie la sincérité de l’homme qui avoue sans honte les expériences qu’il n’a pu faire, le baiser en particulier, l’attente qu’il en a, tant d’années après. On est ému par cette quête très épurée qui met la sexualité à sa place, au 2° plan, qui vise à une communion de nature spirituelle (mais aussi sensuelle) et la trouve auprès d’Émilie. Les essais sur des philosophes comme Leibniz, Heidegger, Épicure, Pyrrhon, Kant, Sartre…, sur des sujets comme la beauté, le mal absolu sont éclairants, éclairant le philosophe invité mais aussi Marcel Conche, éclairant le sujet.
Voilà 81 chapitres en 430 pages qui se lisent dans la continuité ou le désordre. Pour ma part, j’y ai pris un vif plaisir. Par exemple au chapitre 78 : Elle, qu’on comparera à l’interview de Jacques-Alain Miller sur l’amour, dans Psychologies magazine d’octobre 2008. Ou au dialogue avec Kant, chapitre 12.
Jean-Claude Grosse, 11 octobre 2008

Mercredi 12 novembre 2008 à partir de 19 H, café-philo consacré à Marcel Conche, aux Chantiers de la Lune à La Seyne-sur-mer, avec Les 4 Saisons d'ailleurs et JCG
Samedi 15 novembre 2008, à partir de 14 H, pause-philo consacrée à Marcel Conche, à la médiathèque d'Hyères, avec Les 4 Saisons d'ailleurs et JCG.

ACTUALITÉ D’UNE SAGESSE TRAGIQUE
Les Cahiers de l'Égaré

(La pensée de Marcel Conche)
de Pilar Sánchez Orozco
Préface d’André Comte-Sponville.
ISBN: 2-908387-81-6 -  352 p. -   16,5x24 -  40€

Un extrait:

Comment vivre ? Comment avoir une bonne vie ? Ni la science ni la morale ne peuvent nous donner la réponse, car, bien que la première nous donne des connaissances sur le monde et la vie, et bien que la seconde nous informe de nos devoirs envers les autres, aucune des deux ne nous dit si cela vaut la peine de vivre, ni de quelle façon. Mais, puisque nous vivons, la question ne peut cesser de nous intéresser, et la philosophie ne peut cesser de se la poser. C’est en effet la question à laquelle l’éthique et la sagesse tentent de donner une réponse, comprenant que, d’une part, elles évoluent dans un domaine du savoir distinct de celui de la connaissance et que, d’autre part, elles vont plus loin que la morale.
Nous sommes à un moment où les grands discours traditionnels, telles que les grandes religions, les utopies politiques ou les cosmologies anciennes, ont perdu leur crédibilité. Nous évoluons dans un monde désenchanté et sans grandes espérances, où même la notion de sagesse peut paraître quelque peu anachronique. Nous vivons à une époque qui n’est pas encore sortie de la crise métaphysique et qui, par conséquent, dans l’absence d’une vision métaphysique nette, a beaucoup de difficultés à trouver une cohérence entre un énoncé éthique et une nouvelle vision métaphysique pas encore configurée, car la méfiance à l’égard de la métaphysique traditionnelle et ses fausses illusions semble avoir discrédité toute tentative de métaphysique. Par conséquent, comme beaucoup, nous évoluons habituellement dans le relativisme du pluralisme éthique : sans critère clair pour nous définir personnellement, comme si tout dépendait finalement des circonstances plus que de nous-mêmes. Mais le problème est que de toute façon, nous devons vivre et, si possible, trouver une réconciliation avec « la réalité » telle qu’elle est. Nous savons que cette réalité est problématique, en un double sens : premièrement au sens immédiat de la réalité commune, où nous rencontrons des problèmes vitaux auxquels nous devons répondre ; mais aussi en un second sens « métaphysique ». Et la sagesse, telle que l’entend Conche, implique un mode de vie en cohérence avec une compréhension métaphysique déterminée. Comment trouver une cohérence avec quelque chose qui n’est pas clair ? À partir de la défense d’un pluralisme philosophique, il est possible d’accepter différents modèles de sagesse. Mais, comme nous ne vivons qu’une vie, un choix vital et intellectuel s’impose en même temps à chaque individu.
L’on dit souvent que la philosophie est l’amour de la sagesse. Mais Conche ne voit pas les choses exactement ainsi. Il croit que l’objet ou la finalité de la philosophie n’est pas la sagesse, mais simplement la vérité. Pour chercher la vérité, et ne s’intéresser qu’à la philosophie, en laissant de côté une grande quantité d’intérêts « mondains », il est nécessaire d’avoir déjà, préalablement, beaucoup de sagesse. Autrement dit, la sagesse est une condition de la philosophie, et peut-être est-ce la raison pour laquelle les philosophes sont « rares ».



Marcel Conche par Jean Leyssenne


DU CHOIX D’UNE MÉTAPHYSIQUE
POUR DONNER DE LA VALEUR À SA VIE
POUR VIVRE VRAIMENT

Notre monde, notre époque, post-modernes pour certains, se caractérisent par la perte du sens et de la valeur. Le nihilisme et le relativisme conjuguent leurs effets dévastateurs sur les esprits qui ne croient plus à rien si ce n’est au triomphe du rien. Il y a là quelque chose qui semble profondément vrai : tout ce qui existe est voué à disparaître, ne laissant à terme aucune trace. Il n’y a pas d’être, il n’y a que  l’apparence absolue, tout étant voué à la mort, au néant. Ainsi donc, il y a un nihilisme ontologique indépassable. Mais il ne se déduit pas de ce nihilisme que, tout étant voué au rien, rien n’a de valeur. Paradoxalement, cette destinée, cette destination n’influent pas sur ma liberté : voué au rien, mais vivant , pour un certain temps, inconnu de moi, j’ai toute latitude pour vivre ma vie, un don, comme je l’entends. La fin, connue, anéantissement, néantisation, ne détermine en rien mon chemin, mon parcours : c’est moi qui le dessine et rien ni personne, même si aucune trace ne subsiste, ne pourront faire que mon dessin n’a pas été dessiné. Cette métaphysique de l’apparence ne m’affaiblit pas, ne me mutile pas.
Au contraire, je découvre que la valeur et le sens de ma vie, c’est moi qui en décide : je peux être cause de moi-même, dessiner mon parcours même si je sais qu’il peut être interrompu à tout moment, brutalement. Je peux décider de devenir ce que je suis, de développer mes dons (ce dont la Nature m’a fait don, ne serait-ce que cette faculté commune à tous les hommes : penser). Il y a là une posture tragique : affirmer ma vie et mes dons, malgré la mort qui me guette, qui n’est pas dans l’air du temps. On aurait plutôt tendance à baisser les bras, à se laisser aller, à se laisser vivre. Tel n’est pas mon choix : malgré les terribles épreuves infligées par la mort, j’ai fait choix de travailler à la mémoire des disparus, d’inscrire ce travail dans un travail plus vaste de partage de ce dont je suis convaincu et que j’appelle pour le moment : gai savoir mais que je devrais appeler : sagesse tragique. J’invite ceux qui se sentent un  peu dans cet état d’esprit à lire, méditer Marcel Conche.
Jean-Claude Grosse, 25 novembre 2006




Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : notes de lecture
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 1 juillet 2008 2 01 /07 /Juil /2008 16:17
L’ENSEMBLE À NOUVEAU


RIEN NE SERA PLUS JAMAIS COMME AVANT
(À Nouveau, fragments 2)

oeuvre de Michel Bories, support de l'affiche

On ne sait jamais comment ça arrive. Le temps passe, et l’on croit toujours, comme des gamins, qu’il reste un espoir, que l’on finira bien par se retrouver. Toute une vie d’attente et de mensonges. Le temps passe, rien ne change, et l’on ne se retrouve pas. Pas de happy end. Vide parfait.
Cyril Grosse

Ca parlera de la vie, de la vie avec l’amour, peut-être sans aussi.
Avancer en amour sans savoir.
La main droite poussant la main gauche.
Ce seront des fragments d’humanité, une galerie de portraits, des gens qui passent à la recherche d’un sentiment les liant à d’autres … plusieurs figures et autant de vies différentes pour décrire le monde selon ses émotions, ses sensations, ses impressions .
Une esquisse autobiographique, en souvenir de toi(s).
Ce sera du temps perdu avant toute chose, nécessaire à cet acte de créer.
Ce sera un processus et des questionnements tout autour, peut-être même dedans.
Ce sera un pétacle autour du théâtre, les mains pleines de peinture et le cœur rempli d’amour.
Ce sera en souvenir de nous.
Une histoire que je veux raconter.
Sous l’œil du peintre.
Ce sont aujourd’hui ces quelques mots couchés sur le papier.
Mais le jour A, ce sera bien sûr, tout autre chose.
Katia Ponomareva

Pour notre Amour, et pour aussi, tous les autres, une poste restante.
Cyril Grosse




Mémoire vidéo du spectacle


 

Katia1

envoyé par grossel




Katia2
envoyé par grossel




Katia3
envoyé par grossel




Katia4
envoyé par grossel


Par grossel - Publié dans : spectacles - Communauté : L'art e(s)t la vie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 16:20
Vient de paraître



Sollicitude
(extrait P.129-130)


La publicité semble être une question secondaire. On la trouve facilement plaisante. Elle se donne même comme la fantaisie de la réalité.
Cette dénomination indique pourtant clairement l’« essence » de ce qui est public, et donc proclame tout de suite la prétention d’annexer et de convertir celle-ci.
La publicité procède par stratégie et tactique. Quoi qu’on en dise, elle est, sous toutes ses formes, une théorie et une pratique de la force.
Elle est indissociable de tout un fonctionnement social et en donne une image, à la fois, déformée et fidèle.
Elle ouvre un champ de bataille majeur, où la guerre doit être menée avec des moyens paradoxaux en regard de l’image toute faite et refaite qu’on en a. Et c’est, précisément, la doxa qu’elle vise, afin de la transmuer.
La guerre économique doit se dérouler sur fond de libération, largement imaginaire, des corps et des esprits.
La publicité, à travers de multiples pressions éphémères, aide à constituer une atmosphère inéluctable. Comme facteur d’immanence, elle tend à envahir toute la sphère publique. Celle-ci sera aussi remplie d’elle que possible, mais la saturation (notion changeante) devra être évitée.
À haute dose, elle crée un continuum, au-delà de ses discontinuités, et une stagnation, au-delà de ses rotations. Elle finit par être là, même où elle semble absente ; et par sembler ne pas être là, même où elle est présente. Sa stagnation rotative prend alors, si l’on peut dire, un poids énorme de légèreté.
Son ton, son style de base s’insinuent partout. Loin d’avoir lieu seulement de temps à autre, elle annexe à son domaine jusqu’aux intervalles qui séparent ses apparitions. Sa logique étroite de l’irrationnel tient lieu de bien commun.
Elle fait école, soi-disant buissonnière : elle devient la vie, en tant que déni de la vie. Elle n’a rien de spontané, alors qu’elle en a tout l’air. Elle est la médiation par excellence qui, grâce à sa sophistication, devient capable d’être vécue comme immédiate.
S’ouvre tout un champ pour l’invention et la mise au point d’armes psychologiques (mais le corps entier est visé). Elles ont pour cible les masses.
Pourtant, il s’agit de pacifier. Quand on utilise un vocabulaire guerrier, c’est en modifiant son sens : il doit pouvoir signifier la vie comme griserie, détachement de tout, gratuité fantasmatique des plaisirs et de la jouissance, etc.
Il n’est question de cible qu’au prix d’un enveloppement et d’une pénétration qui ont peu à voir avec le rapport archaïque entre la flèche et l’animal.
La publicité contribue beaucoup à rendre naturelles, à travers toute une immanence, les formes de transcendance à l’usage des masses qui conviennent le mieux au développement du capitalisme.
En un sens, elle est bonne pour les hommes. Elle ne les traite pas comme des récepteurs passifs. Elle ne s’adresse pas à eux comme à des contenants et ne leur adresse pas des contenus. Elle est plus fine et perverse que cela. Elle les traite comme des hommes à la transcendance irrépressible : des hommes libres.

Fiction du capital de Gérard Lépinois
15x21, 224 pages, 15 euros
ISBN: 978-2-35502-006-3


Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : cahiers de l'égaré
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 13:45
Chers lecteurs visiteurs de ce blog,

Voici la couverture du livre 18,5x24 cm consacré à Michel Bories (1949-2001), artiste-peintre décédé avec Cyril Grosse (1971-2001), écrivain, metteur en scène et comédien, le 19 septembre 2001 à Cuba.
Le livre Disparition est un livre de 248 pages, cartonné avec du 24/10°, (ce sera le 1° livre cartonné des Cahiers de l'Égaré) dont 146 reproductions d'oeuvres photographiées avec précision et talent par Jean Belvisi en deux intenses séances de travail.
Deux ans de travail pour la recherche de textes et l'iconographie (il n'est pas évident de construire l'itinéraire d'un artiste) et 60 heures passées à la mise en pages depuis 15 jours.
Tirage 1.000 exemplaires disponibles vers le 10 octobre pour l'exposition à la Tour des Templiers à Hyères du 27 octobre au 9 décembre 2007 du mercredi au dimanche inclus,  de 10 à 12 H et de 14 à 17 H 30.
Vernissages le 27 octobre à 11 H 30 et le 21 novembre à 18 H.
1° exposition avec Origines et Horizon.
2° exposition avec Gris Rouge / Bleu Vert.
Je compte sur vous pour m'aider à diffuser largement ce livre dont le coût d'ensemble est élevé (le prix à l'exemplaire est normal pour un tel objet) mais Michel Bories (l'homme et l'artiste) mérite bien un tel livre, peut-être le seul livre d'ensemble qui sortira sur lui en dehors des  30 mots pour maman, encore disponible, édité en 2000 à 1.000 exemplaires aussi.
Le livre coûtera 35 euros plus 7 euros de frais de port.
Considérez donc ce message comme un appel à souscrire:
chèque de 42 euros à l'ordre des Cahiers de l'Égaré, 669 route du Colombier,
83200 Le Revest.

Les Cahiers de l'Égaré risquent, si le livre fait flop, de disparaître avec Disparition.
Mais je sais que je peux compter sur vous.
Vous l'avez prouvé pour Le peintre et pour Le gras théâtre est mort maman de Cyril Grosse.

Amitiés,
Jean-Claude Grosse
pour Les Cahiers de l'Égaré


Table des Matières

À l'état brut – François Carrassan    7
Un naufragé de la lumière – Salah Stétié    8
Michel Bories et le Pof Art – Jean-Claude Grosse    10
Origines      17
L'Art du corps    35
Horizon       43
Gris Rouge    61
Bleu Vert    79
Écrits Images – Michel Bories       97
Peintures-Objets    125
Mots pour Maman    137
Signes Écritures Papiers    145
Feu – Michel Bories    165
Beverly – Cyril Grosse, Michel Bories    171
Détournements     183
Exquises dernières     195
    - Dialogue d'enfer – Gilles Desnots    197
Regards – Bébé, Cécile Boisson, Gilbert Desclaux,
Michel Gorsse, Antoine Le Gall, Katia Ponomareva,
Sylvie di Roma, Gérard Salgas        203
Parce qu'il ne pouvait pas s'en empêcher
Emmanuelle Arsan      229
Remerciements      243

À l'état brut


Peindre dans l’absence, écrivit-il un jour à Tahiti.

C’était sa peinture. Elle voulait y rester. Y parvenir. Y revenir. À l’état brut. Mais ce n’est pas, comme on le croit, l’état d’avant, encore moins d’avant que ça commence.

C’était une peinture légère. C’était une peinture immobile. C’était une peinture lucide.

Il suffit d’ouvrir Le testament d’un chasseur de lion – Afrique – 1787. Ouvrir, voir et lire.

Une peinture légère. Une peinture de la première fois. Primitive et première. Une peinture qui, à la différence de l’homme, ne descendrait de personne. Une peinture sans origine. Un berceau – l’Afrique – n’est pas une origine. Une peinture dont le geste n’aurait ni commencement ni fin. D’un geste définitif auquel rien ne pourrait s’ajouter et qu’on ne reverrait donc pas. Peinture d’une seule fois. Car on ne sait l’origine de rien.

Une peinture immobile. Hors du temps. L’homme blanc, dit-on en Afrique, a une montre mais il n’a pas le temps. Cet homme qui s’élance vers l’avenir comme vers son horizon naturel. Mais l’avenir, toujours à venir, est un non-être. Et l’horizon reste une ligne imaginaire qui recule quand on avance vers elle. Sur une montre peinte, les aiguilles ne bougent pas. Et l’année 1787, surgie de nulle part, est juste là pour dire que le chasseur pouvait toujours courir. Sa mémoire s’efface sur la toile qui blanchit.

Une peinture lucide. Une peinture sans peinture. Qui ne se regarde pas peindre. Qui ne se pose pas la question de la peinture. Sans référence à la culture dominante ou dominée. Car il n’y a pas d’état sauvage ou innocent. Le lion a mangé le chasseur. Le tableau a chassé le peintre. Qu’est-ce qu’on regarde ? Une peinture à l’état brut, indifférente à la question de l’état brut. Sans école et sans postérité. D’elle-même son testament et la seule héritière.

François Carrassan
  CouvdefinitivBories.JPG
ISBN 978-2-35502-000-1 
248 pages, 18,5 x 24, cartonné, 146 reproductions,
35 euros + 7 euros de frais de port
à l'ordre
Les Cahiers de l'Égaré
669 route du Colombier
83200 Le Revest

exclusivement réservé aux souscripteurs

Par Jean-Claude Grosse - Publié dans : cahiers de l'égaré
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : Les Cahiers de l'Égaré
  • Les Cahiers de l'Égaré
  • : Ce blog est destiné à présenter Les Cahiers de l'Égaré, maison d'édition des 4 Saisons d'ailleurs. Ce blog parle aussi de culture. On y mettra des textes en libre circulation, sans droits d'auteur, selon Condorcet.

Catégories

Recommander

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés