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Les Cahiers de l'Égaré

Dans le sillage de Dasha K / JC Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #poésie, #pour toujours

elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle
elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle

elle a surgi 21 jours durant avec ses 21 ans, venue d'ailleurs, accompagnée par l'autre d'elle

Dans le sillage de Dasha K

1-

Elle a surgi

vingt et un jours durant

avec ses vingt et un ans

ailleurs

qu'à Baklany

au Baïkal

où elle donna naissance

à Baïkala

la sirène

qui fait un usage si libérateur

de l'eau froide et pure du Baïkal

Elle a surgi

sur des plages

dans des criques

ensoleillés

de Méditerranée

elle a flotté étonnée sur l'eau salée

habituée de l'eau douce et pure du Baïkal qu'elle reçoit

pleine bouche comme eau de Vie

ici en Méditerranée pas question d'avaler

mais de recracher

elle s'est offerte

allongée sur le dos

corps et bras déployés

au bercement

au remuement

des vagues renouvelées

sans savoir que c'était vagues de mort

pour les naufragés venus d'Afrique

elle a marché sur des pistes de montagnes

du côté de Batère à Corsavy

mon village depuis 1965

elle a marché sous la pluie dans le brouillard

elle a improvisé des poses d'envolée

dans des bâtiments désaffectés

livrés aux vents et à ses fantaisies

elle s'est magnétisée nue

dans un torrent des Pyrénées

l'éjaculant le fracassant Riu Ferrer

elle a aspergé d'eau plus froide et revigorante que celle du lac

son corps gracile

de liane étirée

entre deux horizons

elle et l'autre d'elle

elle a déambulé dans des villages perchés du Lubéron

à l'histoire tourmentée

Gordes Roussillon Ménerbes Lacoste Bonnieux

Oppède le Vieux Cabrières

avec On the road à la main

et une rose de tissu au niveau du pubis

acrobate de ruines à restaurer

elle a grimpé cul sans culotte

sur le divan du divin marquis

elle a été nymphe à La Fontaine du Vaucluse

a plongé ses mains dans l'eau limpide

a psalmodié quelques paroles de chamane

porté les gouttelettes arc-en-ciel à ses lèvres à ses yeux

aspergé ses seins menus

et j'ai vu Ailleurs


 

Muse du poète Pétrarque tu as éructé des paroles éprouvées

échappées du Canzoniere

j'ai mouillé de te voir mains baladeuses sur des pierres comme des chairs

promeneuse curieuse des détails non des ensembles

nous avons vu les mêmes détails

amoureuse de tout chat rencontré

porteuse de toasts à la kedrovaïa

tirée de ton sac

à tout ce qui te fait vibrer qui te touche

vingt et un jours

d'émotions

de sensations

de coïncidences


 

Rencontre avec un livre

perdu au milieu des milliers de livres

de la librairie de l'abbaye de Sénanque

Récits d'un pèlerin russe

récits servant dans un récit

de Jerome David Salinger

Franny and Zooey

Franny Glass

sœur de Zooey

étudiante en art

désenchantée

par l'égocentrisme du monde

tente de s'en échapper

en atteignant

la purification spirituelle

expérience vécue

à l'identique par une amie

ayant choisi la voie

de la prière intérieure

prière du cœur

perpétuelle

enseignée dans la Philocalie

de quoi ne plus pouvoir démêler fiction et réalité

et si Ailleurs c'était ici

et si l'autre d'elle c'était moi

 

2-

me voici interrogé par cette voie

par la voix de Dasha

pas fanatique de religion

mais qui se signe

en orthodoxe

dans nos églises

qui s'y recueille

consacre un cierge au saint consacré

se refuse à photographier le lieu sacré

à entrer s'il faut payer

le sacré étant pour tous

à profusion

et gratuit

- qu'est-ce donc que le sacré ?

- sens et tu comprendras !

- sentir quoi ? comprendre quoi ?

- sens comme tout est traversé (elle miaule : miaou !)

- je sens que tu me traverses, que tu m'habites ! je voudrais que tu m'abrites !

- cela ne se peut ; ce qui circule ne peut pauser

- n'es-tu que circulation ?

- entends ma respiration ! palpe la circulation de mon sang ! ressens mes émois ! ça cogne !

moi aussi ça cogne ! ça ne te fige pas ? quand on est dépassé par le sublime, n'est-on pas comme écrasé ?

- il y a sublime et sublime ! ton sublime est extérieur à toi ! mon sublime m'intègre !

- ton sublime peut-il m'intégrer ? depuis que je chemine sur tes chemins, toi traçant tes spirales de détresse, moi zigzaguant d’ivresse, je rêve de contacts, de caresses, de tendresses, de lentes montées en désir !

- j'avais compris ! finie ta platonnerie alors ?

- c'était une décision du vivant de l'épousée ; maintenant rien ne la justifie !

- tu cherches donc à m'avoir ?

- non ! tu n'es pas une chose ! je voudrais être avec toi !

- on voit déjà ensemble les mêmes détails ! cela ne te suffit-il pas ?

- je m'en contenterai si tel est ton choix ! si je sens que rien de toi ne me conduit vers toi !

- les chemins qui mènent à moi, je ne les connais pas ! les chemins qui me mènent vers celui que j'ai choisi, je ne les connais pas non plus ! c'est mystérieux et sacré l'amour ! tu en sais quelque chose pour avoir renoncé à me désirer !

- non ! pour avoir tenté de sublimer mon désir de toi !

- me désires-tu donc ?

- oui ! d'un désir doux ! centré sur toi ! (il miaule : miaou !)

- je ne crois pas à cela ! Lacan l’a dit : il n’y a pas de rapport sexuel ! c’est chacun pour soi au moment de jouir !

- en as-tu l'expérience ?

- oui ! avec celui que j'ai choisi ! je l'aime ! il me désire ! je suis décidée à l'aimer quoiqu'il arrive !

- tu es prête à souffrir donc de non-réciprocité d’amour ?

- je souffre déjà ! mais cette souffrance me fait du bien ! elle me nettoie !

- de quoi te nettoies-tu ?

- des tentations qui exercent sur moi une attraction irrésistible

- exemples ?

- l'alcool !

- la possession ?

- je suis terriblement jalouse ! c'est le nettoyage le plus violent ! j’ai compris que détester, haïr, c’était aimer encore, aussi !

- comment t'y prends-tu ?

- c'est lui qui m'impose sa loi ! que puis-je faire sinon espérer que mon amour sera plus fort que ses envies de papillonner ? qu’il s’inclinera devant cet amour qui l’aime comme l’homme qu’il est ! indépendamment de ses qualités, de son talent, de son charme, de son charisme, de sa beauté ! je ne cherche rien ! n’attends rien que cette inclination !

- ne t'es-tu pas donnée à lui ?

- si ! bien sûr ! en se donnant, une fille prouve son amour !

- en prenant, le séducteur ne prouve rien à l'aimante !

- je sais !

- je vois !

- ça va ?

- ça va !

 

3-

Chère Dasha,

j'aime te regarder, regarder ton regard d'une proximité inatteignable, ton regard d'ailleurs

j'aime regarder ta bouche, tes lèvres, j'aime leur pulpe rouge

j'aime te regarder jusqu'à la taille, sentir que mon bras, mes mains sont tentés d’enlacer, envelopper

j'aime regarder tes bras et tes jambes tout de finesse faits pour enserrer, balader

j'aime t'écouter,

boire ta voix de grave, ses blessures, ses fêlures

tes rires perchés (je n'ai pas l'échelle qu'il faut pour les attraper)

ta voix tendre d'enfant en attente

ta voix dure d'écorchée pas prête à céder, prête à résister à toute altération de ton intégrité

(de toute évidence, tu sens quand tu es menacée et tu sais y faire face ;

je parle de l'intégrité de ton être)

j'aime écouter tes jugements ; tu les fondes toujours avec justesse 

ainsi ce refus d'écrire sur l'ardoise de Corsavy parce que n'étant pas de la famille

même si tu es proche de ma souffrance 

ainsi ce refus d'entrer dans le monastère de Sant Joan de las Abadesses parce que c'était payant 

j'aime découvrir ta russitude au quotidien,

ton attachement au pays qui t'a éduqué, ton refus de le quitter :

ce serait malhonnête m'as-tu dit

ta religiosité sans pratique mais présente, active

j'aime découvrir tes passions littéraires, russes, étrangères ; quel éventail de lettres !

j'aime en prendre plein les yeux en te voyant vivre au jour le jour 

tes attitudes d'abandon quand tu es fatiguée, bras et jambes complètement ouverts

tes miaulements, ton attirance pour les chats

(tu es une chatte m'as-tu dit ;

je te trouve effectivement très chatte, indépendante, préservant ton territoire, pas facile d'accès)

tes poses et ta façon de te déplacer, légère, élégante, sûre 

tes leçons de maintien comme mannequin t'ont donné la classe qui s'ajoute à la grâce

bref, te voir vivre au jour le jour est un enchantement, un rajeunissement

ma vie à la sexualité solitaire désormais

vécue sous l’horizon de la mort

reprend des couleurs et quelque ardeur

ah ! puissions-nous nous rapprocher encore

un petit peu

jusqu'au frôlement des mains, des têtes, des épaules, des genoux

comme lors de cette soirée où sifflant tes dix whisky

fumant nerveuse agitée cigarette sur cigarette

tu t’es confiée avec confiance sans réticences

après ton avertissement solennel mon jurement solennel

à moi, ton homme de confiance

ah comme l’alcool te rend vive, lucide, inattendue

comme ton visage est traversé d’expressions fortes, d’émotions fugitives

comme tes regards sont foudroyants d’audace, de violence, de pénétration

oui ce soir-là,

j’ai osé une seule caresse sur tes cheveux

tu as posé tes lèvres juste à côté des miennes

 

on entend : miaou !

 

on ne sait si l’écho a fait : miaou !

4 -  Nuit d'ivresse

  • c'est la dernière nuit ! comprenez ! je veux passer la nuit avec vous !

  • à quoi faire ?

  • à parler !

  • ou à boire ?

  • vous ne comprenez rien ! je veux boire !

  • non !

  • pourquoi êtes-vous si strict ?

  • je suis strict pour votre santé

  • je m'en fous ! je suis triste !

  • de partir ?

  • non ! de rentrer ! remplissez-moi le bocal !

  • non ! vous êtes ivre !

  • non ! je ne suis pas ivre ! Vous voulez me priver parce que vous êtes jaloux !

  • de qui ?

  • de lui ! je l'apprécie comme homme en général !

  • vous me prêtez des sentiments que je n'ai pas !

  • vous êtes jaloux ! Je le sais !

  • je ne vous reconnais pas le droit de parler de mes sentiments !

  • versez-moi à boire alors !

  • non ! Je n'ai pas à aggraver votre ivresse ! Ce matin vous partez !

  • Vous voulez que je trépigne ? Que je pleure ? Que je tape des pieds ? Que je hurle ? Que je casse de la vaisselle ? Que je pique une bouteille de champagne dans votre cave ? Que je me couche à vos pieds ?

  • Faites ce que vous voulez ! Vous n'aurez pas à boire !

  • Qui êtes-vous pour m'empêcher de boire ? Vous n'êtes pas mon père ?

  • Non ! Mais je suis un ami qui vous veut du bien !

  • Je m'en fous ! Je veux boire !

  • Vous savez comment ça se passe chez vous ! Si vous buvez, vous acceptez d'être prise par l'homme qui vous fait boire ! Je ne veux pas de ça avec vous ! Entre nous !

  • Vous ne comprenez rien ! Vous êtes un homme ! Vous ne savez pas ce qui se passe dans mon ventre ! Je pense à lui ! Parti ! Forcé de partir !

  • De qui parlez-vous ?

  • De mon bébé

  • avorté ?

  • Oui !

  • je vous donne un verre de whisky

  • un ne suffira pas

  • il y en aura autant que vous voudrez ! Vive la mort des avortons !

  • vous êtes méchant avec moi ! Pourquoi ?

  • Je ne suis pas méchant ! Je vous sers à boire !

  • Pour m'avoir ?

  • N'est-ce pas ce que vous voulez ?

  • Je ne sais pas ce que je veux !

  • Laissez-vous aller !

  • Ne me touchez pas !

  • Faudrait savoir ce que vous voulez !

  • Je ne sais pas ce que je veux !

  • Quand on est saoul, on oublie tout !

  • Je veux oublier ! tout oublier ! l'oublier ! m'oublier ! tout noyer dans le Léthé ! tournoyer dans le Léthé.

29 février 2012 - 28 juin 2017

Jean-Claude Grosse

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