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Les Cahiers de l'Égaré

Notre dernier tango / J.C. Grosse

Rédigé par grossel Publié dans #pour toujours

(texte écrit suite à l'atelier d'écriture du 26 novembre 2015 dans la galerie de l'ambassade d'Argentine ; cours de tango assuré par le maestro Coco Dias ; artiste exposé: Alberto Bali ;

avant de commencer j'ai lu Uno et Cambalache, deux tangos célèbres de Enrique Santos Discépolo la consigne a été : personnaliser en utilisant les pronoms personnels Je-Tu-Nous, les possessifs; personnifier les parties du corps en contact: fronts, joues, mains, bustes, cuisses, genoux, pieds, en notant la possible dissociation des parties en question tant chez l'homme que chez la femme

un autre atelier a eu lieu le 17 décembre 2015)

Notre dernier tango

sans Paris sous nos pieds

Le monde était mal barré

les gens ramaient

les puissants étaient indécents

les impuissants violents

la planète était épuisée

l'air pollué

dans les villes on sortait masqués

les flics contrôlaient

les glaciers fondaient

les océans montaient

des paysages étaient noyés

des gens migraient

des tsunamis submergeaient

des rives surpeuplées

partout des barbelés électrifiés

des trous pour passer

et s'écorcher

y a toujours des flics

pour se mettre en travers

des chemins de l'espoir

des flics enfants des petits

soutenant les puissants

des mous arrondis du ventre

des illusionnistes de l'action

accrochés à leurs privilèges

à leurs prébendes

Je rêvais de théâtre à vif

dans les halls des banques

sur les quais des gares

les marches de l'Élysée

je rêvais de gens masqués

pour se moquer

des mosquées

et des temples

je rêvais de commedia dell' arte

de marionnettes et pantins

à désarticuler

de Pantalons déculottés

de Matamores démembrés

de Doctors éviscérés

je rêvais que le grand nombre

se mettait à rire aux éclats

cessait de geindre

de se plaindre

cessait de tout encaisser

et se mettait à casser les baraques

de la grande foire des charlatans

Et puis tu as eu mal au dos

tu es entrée aux urgences

à l'hôpital le 29 octobre 2010

à 9 H

tu as été opérée au cervelet

deux fois

ton cancer a été identifié

un cancer de l'utérus

qui avait métastasé

une grenade explosive dans ton corps

Je me foutus du monde

de ses dérèglements

de ses grands fous

des tourments des gens

T'étais foutue

condamnée

tu allais partir

un tout prochain jour

une toute proche nuit

après 16825 jours et nuits

de vie commune

d'amour partagée

après 1 453 680 000 secondes

d'éternité Bleu Giotto

oui secondes d'éternité

car passant

never more jamais plus

il serait toujours vrai

qu'elles étaient passées

for ever pour toujours

ces secondes

inscrivant dans l'éternité

tes sentiments tes émotions

tes pensées

tes énergies tes souffles

écrivant ton livre d'éternité

Alors un dernier tango

ne nous sembla pas de trop

nous avions dansé

tant et tant de tangos

pas pour faire les beaux

mais pour nos abrazos

pris au lasso de nos bras

Tu es sortie du lit blanc

dans ta nuisette blanche

la pâleur de ton visage

éclaboussa mes 70 ans

je mis notre tango

Libertango d'Astor Piazzola

chanté par Guy Marchand

« Moi je suis tango, tango J'en fais toujours un peu trop Moi je suis tango, tango Je ne connais que des rimes en "o" Moi je suis tango, tango J'ai cette musique dans la peau Moi je suis tango, tango Elle me glace jusqu'aux os Moi je suis tango, tango Je l'étais dans mon berceau Moi je suis tango, tango Je le serai jusqu'au tombeau Moi je suis tango, tango Toutes les femmes sont des roseaux Moi je suis tango, tango Que je plie dans un sanglot

J'aime Dire "je vous aime" Même Si c'est un blasphème J'aime dire "Je t'aimerai toujours" Même si Ça ne dure qu'un jour Même si Je n'ai jamais eu d'humour, Il ne m'en faut pas Pour te faire l'amour, Je te serai Toujours fidèle Comme je le suis A Carlos Gardel »

Séparés

à 30 centimètres

l'un de l'autre

respectueux du code

nous avons fait l'abrazo

Je t'ai enlacée comme ça

ma main gauche légère

prenant ta main droite légère

à bout de bras souple

mon bras droit juste

sous ton épaule gauche

pas trop serrée à moi

pour la liberté de tes figures

de tes passes

toi qui savais me mettre

dans l'impasse

où glisser ma jambe ?

Front contre front

nous avons fait

un pas de côté

une marche glissée

et décroisée de 8 pas

8 passes croisées

décroisées

pieds bien sur terre

sans ronds de jambes

nous touchant

du buste

des cuisses

des genoux

des jambes et des pieds

une fente

une feinte

des sourires entre nous

pas un mot entre nous

tango veut dire toucher

Un raidissement

Tu passas dans mes bras

ton dernier souffle

soufflé dans ma bouche

J'ai continué à danser

avec ton corps chaud

abrazo

encore souple

les infirmières n'ont rien fait

pour nous séparer

séparer vie et mort

J'ai dansé un tango

de mort et de vie

notre dernier tango

sans Paris sous nos pieds

sans le ciel de Paris

sur nos têtes

le 29 novembre 2010

à 21 H

Je t'ai déposée sur le lit

j'ai rabattu le drap blanc

caressé tes jambes

embrassé tes mains

et ton visage

baisé tes lèvres

j'ai fermé tes yeux

et j'ai dit

« je t'aime »

Parce que j'aime Dire "je t'aime" Même Si c'est un blasphème

Puisque tu n'es plus mienne J'aime dire "Je t'aimerai toujours" Puisque ça durera jusqu'au jour

Où je passerai pour toujours

Le 29 novembre 2015 à 21 H

Jean-Claude Grosse

(texte écrit suite à l'atelier d'écriture du 26 novembre 2015 dans la galerie de l'ambassade d'Argentine ; cours de tango assuré par le maestro Coco Dias ; artiste exposé: Alberto Bali ;

avant de commencer j'ai lu Uno et Cambalache, deux tangos célèbres de Enrique Santos Discépolo la consigne a été : personnaliser en utilisant les pronoms personnels Je-Tu-Nous, les possessifs; personnifier les parties du corps en contact: fronts, joues, mains, bustes, cuisses, genoux, pieds, en notant la possible dissociation des parties en question tant chez l'homme que chez la femme

un autre atelier a eu lieu le 17 décembre 2015)

restent les lèvres, rouges, si rouges que le moindre souffle peut emporter

restent les lèvres, rouges, si rouges que le moindre souffle peut emporter

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